L odeur du gruau
91 pages
Français

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Description

Ils ont 20 ans et gravitent autour du café Les aurores : Judith, la barista ; Béatrice, sa collègue ; Frédéric, le cuisinier ; Paul, un séduisant client ; Léa et Carl, les colocs de Judith. Ils ne savent pas encore que cette amitié va durer toute la vie, pour le meilleur et pour le pire.
Croquée à trois époques différentes, jusqu’à l’aube de la quarantaine, la bande évolue, se rapproche et s’éloigne. À chaque tournant, les répétitions se révèlent, les blessures jamais refermées resurgissent, les deuils perdurent et l’amour change parfois de visage. Sommes-nous condamnés à revivre en boucle les mêmes épreuves jusqu’à la mort, qui flotte autour de nous comme l’odeur familière du gruau ?
Dans ce premier roman, Alexis Rodrigue-Lafleur observe avec tendresse et lucidité le travail impitoyable du temps sur les liens qu’on croyait indestructibles.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 14 novembre 2018
Nombre de lectures 0
EAN13 9782896996193
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0550€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

L’odeur du gruau

Alexis Rodrigue-Lafleur
 
 
 
 
 
 
 
L’odeur du gruau
 
Roman
 
 
 
 
 
 
 
Collection Vertiges
L'Interligne

Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives Canada
 
Rodrigue-Lafleur, Alexis, 1977-, auteur 
          L'odeur du gruau : roman / Alexis Rodrigue-Lafleur. 
 
(Collection Vertiges) 
Publié en formats imprimé(s) et électronique(s). 
ISBN 978-2-89699-617-9 (couverture souple).--ISBN 978-2-89699-618-6 (PDF).--ISBN 978-2-89699-619-3 (EPUB) 
 
          I. Titre.  II. Collection : Collection Vertiges 
 
PS8585.O390397O34 2018               C843'.6              C2018-905139-6
C2018-905140-X
 
 
 
L’Interligne
435, rue Donald, bureau 337
Ottawa (Ontario) K1K 4X5
613 748-0850
communication@interligne.ca
interligne.ca
Distribution : Diffusion Prologue inc.
ISBN 978-2-89699-619-3
© Alexis Rodrigue-Lafleur et Les Éditions L’Interligne
Dépôt légal : 4e trimestre de 2018
Bibliothèque et Archives Canada
Tous droits réservés pour tous pays

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
À Sandra, Eva et Gaël, complices du qu otidien.
À Cécile, pour son aide si précieuse.

Été 2009


1







Debout derrière le comptoir du café Aux aurores, à voir défiler les clients qui entrent et qui sortent, Judith s’imagine un c œ ur qui bat, un muscle involontaire qui pompe sans relâche pour maintenir ce flot continuel de gens. Elle observe ces individus qui arrivent l’air fatigué, en carence énergétique, en manque de courage, puis qui repartent le dos droit, le pas déterminé, une précieuse dose de bravoure entre les mains. Du matin au soir, ce feu roulant la fascine. Des passants, des plus colorés aux plus ternes, semblent surgir d’une source intarrissable, d’un fleuve sans fin. À se demander d’où ils arrivent tous. Est-ce cette grande ville qui les fournit ou viennent-ils d’ailleurs ? Tant de nouvelles têtes à tous les jours ! Dans cette cohue, quelques habitués. Certains qu’elle préférerait ne pas revoir, d’autres qui la laissent indifférente et quelques rares qu’elle attend, qu’elle espère, qui la font sourire. Ce commerce agit de manière involontaire, lui aussi. Invitant un client ou un autre à passer la porte. Pour le plaisir ou la déception de Judith.
Celui-ci, au visage vaguement familier, se met à lui raconter une histoire sans queue ni tête dans l’espoir de la faire rire un peu. Les intentions sont bonnes, la manière de s’y prendre maladroite. Elle imite un sourire. Il s’embourbe dans son histoire déjà pleine de trous. On entend un client qui s’éclaircit la voix. Le client bafouille. Judith force la politesse. Au suivant.
Surgit alors, comme un rayon de soleil à travers la grisaille, Paul, un ami du café. Les amis du café sont une classe à part de clients. Ils sont soit l’ami, le frère, la s œ ur, le chum , la blonde ou le coloc d’un des employés, et pour cette raison, on les traite différemment. Souvent avec un peu plus d’égard, avec un petit extra de temps à autre, quand le patron ne regarde pas. On leur sourit de manière plus naturelle. Si les employés forment une famille proche, les amis, eux, sont comme les cousins. Ils se divisent en deux sous-catégories : ceux qui donnent un très bon pourboire parce qu’ils savent que les employés font un salaire de misère et ceux qui ne donnent pas de pourboire du tout, croyant que leur lien privilégié les en dispense.
Salut, ça va ?
Oui, merci ; toi ça va ?
Paul. Avec sa manie de ne jamais venir à la même heure. Avec ses horaires mystérieux. Aucune chance de se préparer mentalement pour sa visite. Il la surprend parfois le matin très tôt. La fait languir tout le jour suivant. S’absente pendant une semaine. Visite deux fois dans la même journée. Si sa présence ne lui faisait pas autant d’effet, elle ne s’en formaliserait pas. Seulement, voilà, ce n’est pas le cas. Ses jambes qui deviennent molles quand il est là, ça l’embête. Ça la fait rager d’attendre son arrivée pour le voir partir une minute plus tard. Ça la déprime de voir ce moment filer sans qu’elle puisse en obtenir le moindre résultat.
Alors, histoire de garder la maîtrise de ses émotions, elle se répète que Paul n’est rien de plus qu’un élément de ce flux humain qui irrigue la ville. Qu’il vient ici pour sa dose de café. Pour son croissant. Pour dire un mot en passant à son colocataire, Frédéric, qui travaille à la cuisine.


2







Judith ignore qu’il arrive à Paul de faire un détour uniquement pour aller Aux aurores. Pour l’ambiance. Pour voir son colocataire. Mais sur tout pour elle, jolie barista au regard souligné de noir, à l’allure indomptable, qui lui adresse toujours un magnifique sourire, qui lui fait chaud au c œ ur, surtout les jours de pluie. Cette manière qu’elle a de rajuster sa coiffure nonchalamment. Sa tignasse blonde aux mèches rebelles. Elle ignore la déception de Paul lorsqu’il va au café et qu’elle n’y est pas.
Elle aime que son regard parfois s’attarde sur le tatouage qui couvre son épaule, qu’elle laisse apparaître partiellement en portant un ample chandail à manches courtes. Elle fait semblant d’ignorer ses yeux qui parfois trébuchent dans son décolleté. Elle ne déteste pas ça.
Il arrive aussi à Frédéric, le cuisinier, d’admirer le tatouage de Judith, mais cela ne provoque pas le même effet. Ses jambes gardent leur aplomb. Elle ajuste plutôt son vêtement d’un geste pudique. Paul sait que son colocataire ne déteste pas Judith. Alors par principe, il essaie de ne pas trop penser à elle. Par principe. Il essaie. Il va donc au café officiellement pour saluer son colocataire, duquel il se sent plus près depuis qu’il travaille Aux aurores. Il n’y a pas de coïncidences.
De son côté, elle y pense, puis elle oublie. Elle y pense, mais n’en fait pas une obsession. Hors du café, elle oublie presque son existence. Comme s’il n’existait qu’à l’intérieur des murs du commerce. Son quart de travail terminé, son regard se porte ailleurs.


3







En fin de soirée, on accroche le carton « Fermé » sur la porte. Avec les quelques ingrédients à sa disposition, Frédéric prépare une salade qui a davantage de panache que celles offe rtes aux clients durant la journée. Le soir tombé, il peut enfin laisser libre cours à son imagination culinaire dans la petite cuisine où le jour il ne fait que de maigres sandwichs, où il ne prépare que des soupes et des potages le plus simplement possible, car le propriétaire ne cherche pas à épater la galerie par des créations gastronomiques originales. Le mot d’ordre est la simplicité. Et ne pas exagérer sur les portions, s’il vous plaît. Si Frédéric a du talent, on s’assure, ici, qu’il ne l’utilise pas trop. Le patron tient à sa marge de profit, assez confortable merci.
Ils sont cinq à la fermeture et le patron a quitté depuis une heure. Il est un peu radin, mais leur fait confiance. Ils se régalent de ce que Frédéric réussit à concocter avec si peu de moyens. On fait le ménage en écoutant de la musique avec le volume au maximum. Ça défoule, après avoir enduré l’ambiance sonore générique et insipide qui plane à longueur de journée.
Après, direction le Cosmic, un de leurs bars préférés. Décor de films de science-fiction de série B. Extraterrestres à l’assaut de la Terre montés sur des monstres volants. Astronautes combattant des créatures marines sur des planètes éloignées. On y sert des cocktails nommés Spoutnik, Apollon, Proxima du Centaure, Mars Attack ou l’ œ il de Jupiter.
Autour du groupe du café, gravite un groupe plus grand. Pour la première fois en dehors du travail, Paul et Judith se retrouvent dans un même lieu. Dans ce décor, Paul prend une nouvelle dimension aux yeu

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