La mémoire du coeur
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La mémoire du coeur

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Description



Impitoyable, autoritaire, solitaire. C’étaient les mots utilisés pour décrire le Dr Micah Steinberg, le prochain chef du service de chirurgie, par le personnel de l’hôpital. Lorsqu’une lettre provenant de l’amie de sa grand-mère arrive de la maison de retraite, son monde bien ordonné bascule dangereusement de façon incontrôlable.
Josh Rosen avait tout jusqu’à ce qu’il apprenne qu’une grande partie de son monde était un mensonge. Forcé de réévaluer sa vie, il abandonne sa carrière et retourne à New York pour prendre soin de sa grand-mère bien-aimée. Ce qu’il n’avait pas prévu, c’était d’être attiré par un homme qui en apparence semblait vivre justement le genre de vie que Josh avait choisi de laisser derrière lui.


Alors que Micah se débat avec la réalité de la maladie de sa grand-mère, la liaison que ces deux hommes partagent s’approfondit, Josh aidant Micah à guérir puis à ouvrir son cœur. Micah découvre qu’il y a plus dans la vie que le travail, le contrôle et le succès. Josh s’investit profondément, mais n’a pas encore eu le courage de dire à Micah qui il est vraiment.


Lorsque la lutte pour la tête du service de chirurgie de l’hôpital tourne mal, le passé et le présent de Josh entrent en collision. Micah doit laisser le passé où il est et accepter, qui il est, s’il veut que sa vie aille de l’avant.
La vie est pleine de surprises, et comme Micah et Josh l’apprennent, l’amour peut se présenter que vous l’ayez prévu ou non.

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 21
EAN13 9782376760207
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0041€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Publié par
JU NO PUBLISHING
19 avenue du Maréchal de Lattre de Tassigny, 92100 Boulogne-Billancourt
Tel : 01 39 60 70 94
Siret : 819 154 378 00015
Catégorie juridique 9220 Association déclarée
http://juno-publishing.com/
 
 
La mémoire du cœur
Copyright de l’édition française © 2016 Juno Publishing
Copyright de l’édition anglaise © 2014 Felice Stevens
Titre original : Memories of the heart
© 2014 Felice Stevens
Traduit de l’anglais par Laure Ludovic.
Relecture française par Valérie Dubar, Jade Baiser, Estelle Pion
 
Conception graphique : © Leila chez CLM
Tout droit réservé. Aucune partie de cet ebook ne peut être reproduite ou transférée d’aucune façon que ce soit ni par aucun moyen, électronique ou physique sans la permission écrite de l’éditeur, sauf dans les endroits où la loi le permet. Cela inclut les photocopies, les enregistrements et tout système de stockage et de retrait d’information. Pour demander une autorisation, et pour toute autre demande d’information, merci de contacter Juno Publishing :
http://juno-publishing.com/
ISBN : 978-2-37676-020-7
Première édition française : décembre 2016
Première édition : février 2015
 
Édité en France métropolitaine
 
 
 
 
 
 
 
Avertissements
 
Ceci est une œuvre de fiction. Les noms, les personnages, les lieux et les faits décrits ne sont que le produit de l’imagination de l’auteur, ou utilisés de façon fictive. Toute ressemblance avec des personnes ayant réellement existées, vivantes ou décédées, des établissements commerciaux ou des événements ou des lieux ne serait que le fruit d’une coïncidence.
 
Cet ebook contient des scènes sexuellement explicites et homoérotiques, une relation MM et un langage adulte, ce qui peut être considéré comme offensant pour certains lecteurs. Il est destiné à la vente et au divertissement pour des adultes seulement, tels que définis par la loi du pays dans lequel vous avez effectué votre achat. Merci de stocker vos fichiers dans un endroit où ils ne seront pas accessibles à des mineurs.
 
 
 
 
 
 
 
 
Dédicace
 
À ma mère, la Nana de mes enfants. Tu me manques tous les jours. J'espère que je t'ai rendue fière.
 
 
 
Remerciements
 
Tout d'abord, merci à mon relecteur Keren Reed qui a rendu le processus de correction agréable. Merci aux meilleurs cheerleaders et amies que j'aurais pu avoir, Lindsey Ross et Sandy Owens. À Danelle Harmon, je te remercie d'avoir rendu l'idée d'auto-édition moins effrayante et d'être toujours là pour moi, à n'importe quelle heure de la nuit. Merci à Hope Cousin pour ta bêta lecture, tes blagues, mais surtout ton amitié. Un merci tout spécial à Denise, de Shh Mom's Reading pour son soutien inébranlable, ses conseils et ses encouragements.
 
Je voudrais avant tout remercier tous les lecteurs qui m'ont soutenu. Chaque email, message ou revue est apprécié à un point dont vous n'avez pas idée. Vous êtes sérieusement fantastique.
 
Pendant les dernières années de la vie de ma mère, elle a souffert de la maladie d'Alzheimer et cela a été déchirant de voir sa mémoire s'effacer, ainsi que sa lutte pour se souvenir des tâches quotidiennes. Elle a refusé d'abandonner et n'a jamais perdu son sens de l'humour ou son esprit indépendant. Je veux dédicacer ce livre à tous les aidants, que vous soyez mari ou femme, enfant ou petit-enfant. Je crois que ma mère savait que j'étais là pour elle et qu'elle était aimée. Les gens savent quand ils sont soignés par des gens qui se soucient d'eux. Si vous vous retrouvez submergés, il y a beaucoup de ressources disponibles. Je vous exhorte à contacter le Département du Vieillissement de votre état pour obtenir de l'aide.
 
 
 
 
 
 
La mémoire du cœur

Felice Stevens
 

 
Chapitre Un
 
 
 
 
Il devrait exister une loi contre les files d’attente interminables du lundi matin pour obtenir son café. Contre ça, et contre les longues queues dans le froid pour attendre son taxi. Tout ce que devait supporter le Dr Micah Steinberg avant même de mettre le pied à l’hôpital. Et bien sûr, parce que c’était lundi et que les Dieux étaient furieux pour il ne savait quelle raison, un nouveau barista – ou quel que soit le nom stupide qu’ils portaient aujourd’hui – était en pleine formation. La femme qui prenait habituellement sa commande aidait le nouveau venu à la caisse, lui donnant des conseils, mais la queue ne bougeait toujours pas assez vite pour lui.
Ils avancèrent d’un pas. Incapable d’ignorer le vrombissement incessant de son téléphone, Micah le déverrouilla maladroitement et fit défiler les nombreux messages et réunions importantes qui apparaissaient précédés d’un drapeau rouge, requérant son attention immédiate. Après avoir replacé la bandoulière de son attaché-case sur son épaule, il vérifia l’heure à sa montre. Presque sept heures. Merde. Il allait rater les tournées du matin s’ils ne se bougeaient pas les fesses. Mais bon sang, qu’est-ce qui leur prenait, de nos jours, de ne plus commander un café noir normal ? Ou au pire, un expresso ! Toutes ces dégoûtantes boissons sucrées étaient la raison pour laquelle la moitié de l’Amérique devenait diabétique.
Il atteignit enfin le comptoir, et sans attendre que la personne joyeuse lui souhaite la bienvenue, il grogna : « Quadruple expresso ! » avant de sortir son téléphone afin de le faire scanner. Et bien sûr, leur stupide machine refusa de le prendre, peu importe le nombre de fois qu’il essaya.
— Merde, c’est quoi le problème de ce truc ?
Il secoua son téléphone, puis fusilla du regard la personne de l’autre côté du comptoir.
— Votre machine est cassée ?
Stupide technologie de merde.
La femme haussa un sourcil et pointa simplement du doigt son téléphone.
— Vous le tenez à l’envers.
Le stagiaire tenta, sans y parvenir, de camoufler son rire et Micah serra les dents, ravalant les insultes qu’il rêvait de hurler à cet homme. Après avoir jeté un rapide coup d’œil à l’appareil incriminé, il le retourna et entendit le « bip » confirmant la transaction. Sans un autre mot, il alla au bout du comptoir pour attendre sa boisson, mais entendit d’abord l’homme marmonner dans sa barbe : « De rien, ducon ».
Micah sourit intérieurement. Gagné, baristaman ! Les gentils garçons finissent derniers. C’est pour ça que tu travailles dans un ridicule coffee shop à ton âge.
Bien sûr, les commandes étaient aussi ralenties, ce qui lui donna l’occasion d’étudier l’homme qui l’avait insulté avec tellement de naturel. Âgé d’une trentaine d’années, le type essayait de dégager des ondes jeunes et branchées avec son jean usé, sa barbe négligée et ses cheveux légèrement longs. Il était agréable à regarder et semblait charmer indifféremment les hommes et les femmes, les accueillant avec un large sourire éclatant et une voix rauque, mais agréable. Comme s’il sentait qu’on le dévisageait, il se tourna pour regarder Micah et lui adressa un clin d’œil et un splendide sourire.
Ses yeux avaient la couleur de la mer des Caraïbes et étaient bordés d’épais cils noirs, tandis que les profondes fossettes de ses deux joues faisaient ressortir ses lèvres pulpeuses. Incroyable, mais l’entrejambe de Micah se mit à gonfler à la simple idée de cette immense bouche autour son sexe. Putain . Il détourna le regard et se renfrogna, même lorsqu’ils appelèrent son nom pour qu’il aille récupérer son expresso. Son imperméable battant autour de ses jambes, il sortit sans prendre la peine de tenir la porte à la femme derrière lui.
L’hôpital où il travaillait était situé dans l’Upper West Side de Manhattan, entouré d’immeubles d’avant-guerre et de plus de magasins et de restaurants qu’il ne pourrait en explorer tout au long de sa vie, même s’il en avait le temps. Micah les remarquait à peine désormais. Passant la porte d’entrée de l’hôpital à grands pas, il inclina poliment la tête en direction du garde de la sécurité. Lorsqu’il arriva à l’ascenseur, il avait descendu la moitié du café en une seule gorgée. Le temps de parvenir à son étage, il l’avait terminé.
D’une main, il écrasa son gobelet et le jeta à la poubelle. Il répondit à peine aux bonjours des infirmières tandis qu’il se dirigeait vers son bureau. Qui avait le temps de rester là à ne rien faire et de se rappeler les noms de tout le monde ? Dans son esprit, elles étaient ici pour faire leur job : l’assister lui et les autres médecins. Il se fichait de savoir qui elles étaient, tant qu’elles faisaient bien leur travail. Seules deux personnes comptaient pour lui dans ce foutu hôpital, et alors qu’il ouvrait la porte de son cabinet, il vit l’une d’elles assise à son bureau, triant le courrier.
— Bonjour, Dr Steinberg.
Elle le regarda par-dessus les lunettes demi-lune qu’elle laissait habituellement pendre au bout d’une chaîne autour de son cou. Son sourire éclatant ressortait sur sa peau foncée. Peu importe ce qui se passait autour d’elle, Cynthia Wilson souriait toujours. Et pourtant, il l’avait mise en colère plus d’une fois au fil des années. Mais elle n’avait jamais perdu son sens de l’humour ni sa gentillesse naturelle, malgré l’humeur et le mauvais caractère du médecin. Comme il l’entendait souvent dire, « Jésus a dit d’aimer son voisin comme soi-même. Il n’a rien dit à propos de son patron, mais j’accorde au Seigneur le bénéfice du doute sur le fait qu’il pensait aussi au Dr Steinberg en disant ça » .
— Bonjour. Des appels ?
Il tendit la main pour qu’elle lui remette son courrier et ne s’embêta pas à attendre une réponse. S’il y en avait, elle avait probablement laissé les messages sur son bureau.
Il suspendit son imperméable à la patère, s’installa derrière son bureau et mit en route son ordinateur. Comme il le faisait chaque matin, Micah classa ses emails par ordre d’importance, et en supprima la plupart. Après avoir regardé son planning, il vit qu’il lui restait dix minutes avant de commencer sa tournée, alors il lut les nouvelles et paya quelques factures. Puis il se leva et s’étira en bâillant. Bon sang, il avait besoin de dormir davantage, mais après les longues journées qu’il passait ici ou en chirurgie, il avait peu de temps pour se détendre. Et les choses ne feraient qu’empirer s’il posait sa candidature au poste de chef de service. Pas besoin d’y penser maintenant . Il se glissa dans sa blouse de médecin, passa son badge autour de son cou et quitta son cabinet pour effectuer sa tournée. Il avait encore du temps avant de prendre sa décision, mais au fond de lui, il savait qu’il le ferait. C’était tout ce qu’il avait toujours désiré. Ce qu’il visait depuis la faculté de médecine, la preuve qu’il était le meilleur.
Des heures plus tard, il revint et trouva Cynthia à son bureau, les yeux rivés sur une enveloppe fermée entre ses mains. Ses sourcils froncés et son expression songeuse le stoppèrent immédiatement.
— Tout va bien ? Vous avez l’air bizarre.
Elle sursauta légèrement.
— Oh, Dr Steinberg. Pardon, je ne vous ai pas entendu revenir.
— À l’évidence, répondit-il en esquissant un sourire avant de pointer du doigt la lettre. J’espère que ce ne sont pas de mauvaises nouvelles.
Cynthia baissa la tête.
— Ce n’est pas pour moi, Docteur. C’est pour vous. Ça vient de l’EHPAD 1 où vit votre grand-mère.
Elle lui tendit l’enveloppe. Ce n’était pas un courrier administratif habituel, mais une lettre manuscrite en pattes de mouche. Pas l’écriture de sa grand-mère, d’après ses vagues souvenirs.
La dernière fois qu’il avait pris de ses nouvelles, on lui avait répondu qu’elle allait bien. L’établissement avait des médecins sur place et il avait fait en sorte qu’elle y reçoive tous les soins médicaux nécessaires. Il avait aussi ouvert un compte bancaire qu’elle pouvait utiliser pour tous les faux frais. Il recevait un rapport mensuel sur ses soins. En entrant dans son bureau, il se fit la réflexion qu’elle aurait bientôt quatre-vingt-dix ans.
Pendant un bref instant, il se remémora la cuisine accueillante de sa grand-mère, où il y avait toujours un plat délicieux en train de cuire au four. Enfant, tout ce dont il avait besoin pour se sentir bien était de s’asseoir à cette grande table ronde en bois, avec une pleine assiette de cookies tout chauds et un verre de lait froid.
Ces jours simples et agréables étaient bien loin désormais, de même que le petit garçon qu’il avait été. Micah se souvenait à peine de la dernière fois qu’il avait été heureux. Il s’assit à son bureau, ouvrit l’enveloppe et commença à lire.
 
Cher Dr Steinberg,
J’espère que vous ne me trouverez pas trop directe. Je m’appelle Ethel Baum et je suis la meilleure amie de votre grand-mère dans cet établissement. Lorsque je suis arrivée ici, nous avons découvert que nous venions du même petit village de Pologne, mais que, nos familles étant parties à différentes périodes à cause de la guerre, nous ne nous étions jamais rencontrées.
J’ai l’impression de vous connaître ; votre grand-mère m’a tout raconté de vous et de votre réussite. Je n’avais jamais vu quelqu’un d’aussi fier de son petit-fils. Je sais que vous êtes un chirurgien réputé et que vous avez un magnifique appartement dans Manhattan. Je sais que vous avez fait vos études à Harvard avant de rejoindre la faculté de médecine de Yale, et que vous avez été major de votre promotion, les deux fois.
Mais je sais aussi d’autres choses. Des choses plus importantes. Je sais que vous aimiez aller chez elle quand vous étiez petit pour jouer dans son jardin et nourrir tous les chats errants. Je sais que vous faisiez pousser des plants de tomate et lui aviez offert un buisson de lilas afin qu’elle pense à vous chaque fois qu’il fleurirait et que vous ne seriez pas là.
Je sais beaucoup de choses sur vous, Dr Steinberg. Je sais que vous aimez la soupe de poulet avec du riz, pas les pâtes, et que vous aimez le chou farci. Je sais combien vous aimez les gâteaux aux pommes et les biscuits « noir et blanc ». Je sais que votre grand-mère vous a appris à cuisiner et que vous connaissez toutes ses recettes secrètes.
Je sais qu’elle vous aime plus que tout au monde.
Je sais toutes ces choses parce qu’elle ne parle que de vous.
Je sais aussi que vous ne venez qu’une fois par an pour une visite de dix minutes et que votre grand-mère est aux anges pendant des jours suivants, parce que « son petit-fils si occupé, son Micah » a pris du temps pour elle.
Tout ce que je dois dire, c’est Honte à Vous. Votre grand-mère est la femme la plus douce et la plus aimante au monde et je ne comprends pas comment vous pouvez vivre dans la même ville et ignorer qu’elle existe. Elle est si fière de vous, et pourquoi ? Vous ne venez jamais la voir, ne l’appelez jamais. Pensez-vous qu’une fois par an soit suffisante ? Je ne dis pas que vous devriez venir tous les jours, mais vous avez sûrement du temps dans votre petit planning surchargé pour lui rendre visite plus souvent.
Je sais que vous pensez que je suis une vieille femme curieuse qui devrait se mêler de ses affaires, mais c’est votre grand-mère, votre Nana comme je sais que vous l’appelez. Elle n’en montre rien, mais tous les week-ends, elle s’assied là, avec une lueur d’espoir dans le regard, attendant de vous voir passer la porte. Mon petit-fils et moi l’emmenons en sortie avec nous, mais je sais qu’elle préférerait être avec vous. S’il vous plaît, venez la voir, rendez-lui visite au moins une fois par semaine. Êtes-vous si occupé que cela ? Je sais que vous n’êtes pas marié et que vous n’avez pas d’enfants. Ne pouvez-vous pas lui accorder un peu de votre temps ? N’a-t-elle pas toujours été là pour vous ?
Comment pouvez-vous la laisser mourir seule ?
Sincèrement,
Ethel Baum
 
Micah ne savait pas s’il devait rire ou jeter la lettre de l’autre côté de la pièce. C’était incroyable ! Pour qui se prenait cette vieille pie qui s’octroyait le droit de lui dire quoi faire ? Il fit tourner son Rolodex et trouva le numéro de l’EHPAD. Il tapa les chiffres avec fureur et attendit qu’on lui réponde.
— Les Arbres Argentés , bonjour. En quoi puis-je vous aider ?
— Ici, le Dr Micah Steinberg, grogna-t-il au téléphone. Je veux parler à la directrice. Tout de suite.
Sans se départir de son ton aimable, la femme lui répondit.
— Puis-je vous demander à quel sujet ? Voulez-vous un renseignement sur notre établissement ?
— Non ! s’écria-t-il en tapant du poing sur la table. Ma grand-mère, Ruth Steinberg, y vit. Maintenant, passez-moi la directrice. Je dois lui parler immédiatement.
— Je suis désolée, monsieur, mais elle est en réunion. Puis-je prendre un message ?
Il en doutait. Je ne suis pas né d’hier, ma belle. Je sais quand je me fais filtrer.
— Oh, pas de message. Je m’assurerai de lui dire en personne tout ce que j’ai à lui dire.
Il raccrocha le téléphone sur cette remarque cryptique. Toujours furieux, il se rassit à son bureau, lisant et relisant la lettre. Ridicule ! Et dire que cette petite bonne femme curieuse avait le culot de vouloir le faire culpabiliser.
Il repoussa son fauteuil et arpenta la pièce, une indignation légitime bouillonnant dans ses veines. Qu’était-il censé faire ? Rester assis toute la journée avec sa grand-mère ? Qui était censé payer pour tout, pour tous ses soins ? Le pape ?
C’était lui. Et cela n’avait-il pas montré à quel point il s’inquiétait lorsqu’il lui avait dit qu’elle ne pouvait plus vivre toute seule dans cette grande maison ? Entre les factures du gaz, le jardinier et toutes les autres dépenses, la maison avait été un gouffre à argent. Il avait demandé à Cynthia de trouver le meilleur endroit pour elle et avait ensuite organisé lui-même le déménagement.
Il se passa la main dans les cheveux. Bien sûr, il n’avait pas pu être là le jour de son emménagement, il avait des patients à voir et des opérations programmées. Cynthia lui avait envoyé une plante en son nom. Mais elle avait compris. Elle savait qu’il n’avait pas le temps. Nana ne lui en avait jamais voulu ; elle lui avait souri gentiment en lui disant de venir quand il le pourrait. C’était trois ans auparavant. Il ressentit un brin de culpabilité quand il compta sur une main le nombre de fois qu’il l’avait vue depuis.
Le temps lui filait entre les doigts, les week-ends passaient à toute vitesse, et sans qu’il s’en rende compte, une année entière s’était presque écoulée avant qu’il lui rende sa première visite. Mais mince, il appelait toutes les deux semaines pour savoir comment elle allait. Et à chaque Saint Valentin, sa fête préférée, il lui rendait visite avec une grosse boîte de sucreries et des fleurs.
Micah sentit son cœur se serrer douloureusement. Il jeta un nouveau coup d’œil à la lettre posée sur son bureau, et les mots assassins le frappèrent comme une gifle. Les parfums de son enfance envahirent ses sens ; l’arôme entêtant de la soupe de poulet de sa grand-mère se mélangeait à la richesse de son chou farci et de son rôti de bœuf. Et toujours en arrière-plan, comme accompagnement sucré, l’odeur de la cannelle.
La voix au doux accent de sa grand-mère le pressait tandis qu’il l’aidait en cuisine, coupant les pommes ou mélangeant la farine et les œufs. Chaque fois qu’il lui montrait son bulletin de classe avec tous ces A, son visage légèrement ridé s’illuminait de fierté. « Quel garçon intelligent ! Je suis si fière de toi, mon chéri ! » Puis elle l’embrassait et le câlinait.
À quatorze ans, il était allé dans une pépinière et avait dépensé toutes ses économies pour lui faire un cadeau. Comme si c’était hier, il se rappela le buisson de lilas qu’ils avaient planté ensemble juste sous la fenêtre de la cuisine. « Comme ça, tu ne m’oublieras jamais, Nana, même quand je serai loin de toi. » La joie et l’amour que manifestait le visage de son aïeule l’avaient rendu fier d’avoir eu cette idée. Chaque année, aux alentours de la fête des Mères, elle lui avait envoyé une photo d’elle debout à côté du buisson, les branches lourdement chargées de fleurs coniques violettes.
Merde ! Micah se dirigea rapidement vers son bureau pour prendre la lettre. Il remarqua que sa main tremblait légèrement. Était-elle en train de mourir sans que personne le lui ait dit ? La dernière fois qu’il avait appelé, elle allait bien, lui avait-on déclaré. Bien sûr, elle perdait un peu la mémoire, mais c’était courant à son âge. Il rit tout seul. Il était temps de se calmer. Depuis quand était-il si mélodramatique ? Il était le roi de glace – ne jamais montrer ses émotions, ne jamais laisser voir qu’on est blessé ou que quelque chose compte. Il avait appris ça à la Faculté de médecine, et cela lui était très utile dans son travail et sa vie personnelle.
Il lui fallait parler à la directrice de cette institution. Il voulait savoir qui était Ethel Baum et pourquoi elle se mêlait des affaires de sa grand-mère. De quel droit lui faisaient-ils quitter les locaux sans sa permission ? Peut-être pensaient-ils obtenir quelque chose d’elle ? Il avait entendu parler aux infos de ces arnaqueurs qui faisaient transférer l’argent des personnes âgées sur leurs propres comptes en banque, sans même qu’elles se rendent compte de ce qu’elles faisaient. Peut-être le petit-fils n’était-il pas satisfait de ce qu’il avait et désirait aussi l’argent de la grand-mère de Micah.
Bordel de merde ! On ne pouvait plus avoir confiance en personne de nos jours. Il regarda sa montre et vit qu’il était presque l’heure de déjeuner. N’ayant aucune intervention chirurgicale programmée, il bénéficiait d’un rare après-midi de liberté. Il retira sa blouse et l’échangea avec sa veste de costume, puis se glissa dans son imperméable.
— Cynthia, je m’absente pour le reste de la journée.
Il ferma la porte de son cabinet derrière lui.
— Si vous avez besoin de moi, contactez-moi sur mon portable.
— Oui, docteur.
Elle fit une pause.
— Est-ce que tout va bien ? Cette lettre annonçait-elle de mauvaises nouvelles ?
— Pas pour moi, répondit-il d’une voix dure.
Peut-être pour le petit-fils d’Ethel Baum, parce qu’il avait l’intention de faire savoir à cet homme qu’il connaissait son projet. Avec son impatience légendaire, Micah remonta le couloir à grands pas, sans se soucier de saluer les collègues qu’il croisait en chemin. Alex Stern, la seule personne qu’il pouvait réellement désigner comme un ami, l’interpella, mais il ne ralentit pas. Cependant, Alex ne laissait jamais l’humeur ni le caractère de Micah le refroidir et il attrapa ce dernier par l’épaule, le ralentissant.
— Hé, Micah, attends ! Qu’est-ce qui se passe ?
Haletant, Micah se retourna vers Alex.
— Je n’ai pas le temps de papoter. Je dois y aller.
Le visage joyeux d’Alex s’affaissa.
— Qu’est-ce qui ne va pas ? Je peux t’aider ?
Il retira le bonnet chirurgical bariolé qui retenait à peine ses boucles blondes et le froissa dans sa main.
— Je ne t’ai jamais vu si contrarié.
Micah ne put que secouer la tête, des larmes inattendues et silencieuses menaçant de s’échapper. Pour lui, sa grand-mère était la seule famille qui lui restait, puisqu’il ne parlait plus à ses parents depuis des années. D’aussi loin qu’il s’en souvienne, ils se disputaient comme des bêtes enragées, et cette froideur et cette haine lui avaient également été transmises. Il n’arrivait à déterrer aucun souvenir de famille auquel repenser avec affection. Une fois qu’il était entré à l’université, ils avaient divorcé ; il n’avait plus aucune nouvelle depuis des années. Seule sa grand-mère était restée en contact avec lui, un rappel affectueux qu’il avait quelqu’un qui se souciait de lui.
— Pas maintenant, Alex.
Sans attendre, Micah continua sa progression dans le couloir de l’hôpital, slalomant entre les brancards et le personnel hospitalier. Il avait enfoui tous ses souvenirs pendant des années, préférant ne vivre que dans l’instant présent. Le passé avait fait de lui l’homme qu’il était, et jusqu’à aujourd’hui, il n’avait eu aucun problème avec sa façon de mener sa vie.
Mais après avoir appuyé sur le bouton de l’ascenseur pour descendre, et tandis qu’il l’attendait, il se demanda ce qu’était devenu le lilas sous la fenêtre de la cuisine de sa grand-mère.
 

 
Chapitre Deux
 
 
 
 
Josh passa le tablier par-dessus sa tête et le plia avec soin. Bon sang, il n’avait jamais été aussi fatigué depuis que l’entraînement pour le marathon de Boston le forçait à se lever pour courir huit kilomètres tous les matins. Il tendit les bras au-dessus de sa tête et s’étira, puis il se pencha vers l’avant afin de chasser les nœuds dans son dos. Rester debout toute la matinée était rude.
— Alors, comment s’est passée cette première journée ?
Son manager, Rena, lui tendit un bol de tisane et appuya la hanche contre le comptoir. Elle l’observa d’un œil critique.
— Est-ce que tu penses revenir, ou je dois commencer à chercher quelqu’un d’autre ?
— Hé, je ne suis pas une petite nature !
Josh prit une gorgée de la tisane légèrement parfumée et apprécia la chaleur qui se répandit dans son corps.
— Il me faudrait plus que cette journée pour me mettre à genoux.
Se rendant compte de ce qu’il avait dit, il se mit à rougir.
Rena haussa un sourcil.
— Intéressant choix de mots, cependant ce n’est pas comme si je ne savais pas déjà ce qui t’y mettrait. Ou qui.
Rena était la sœur cadette de Craig Reisman, l’ancien associé et amant de Josh Rosen. Ils s’étaient rencontrés presque dix ans auparavant, lorsqu’ils faisaient tous leurs études à Boston. Rena était à Northeastern, en études de commerce, et ils traînaient tous ensemble le week-end. Après que Craig et lui eurent ouvert leur cabinet d’avocats et enfin emménagé ensemble, elle passait souvent les voir à leur bureau ou chez eux après le travail. Quand ils avaient rompu et mis fin à leur association, elle avait surpris Josh en insistant pour qu’ils restent amis.
— Allez, ne parle pas comme ça. C’est comme de parler de sexe avec ma sœur. Pas question.
Il lui ébouriffa les cheveux et regarda sa montre. Il avait encore un peu de temps avant de rendre visite à sa grand-mère, et il souhaitait lui apporter des donuts. Il pouvait s’arrêter à la nouvelle boutique de gâteaux en allant aux Arbres Argentés et prendre quelques friandises pour elle et le personnel.
Frais et Moulu , le nom kitch du coffee shop dans lequel il travaillait, était encore bondé – les gens allant et venant continuellement tout au long de la journée – mais la file d’attente avançait rapidement. Les serveurs étaient toujours polis et rapides, avec un sourire aux lèvres. Une chose était certaine : les New-Yorkais ne pouvaient aller nulle part sans leur plein de caféine. Quand il était encore avocat, il n’avait jamais songé aux gens qui lui servaient son café. Maintenant qu’il était de l’autre côté du comptoir, il avait acquis un tout autre respect pour ces personnes.
— Tu ne vas pas me demander comment va Craig ?
Josh secoua la tête en soupirant.
— Je sais comment il va, Rena. Il m’appelle presque chaque semaine pour me parler du type qu’il fréquente ou du nouvel accord qu’il a conclu ou de la quantité d’argent que j’aurais pu me faire si j’étais resté au cabinet.
— Tu ne crois pas que…
Josh leva la main pour l’empêcher de continuer. Ils en avaient déjà discuté et il savait à quel point elle souhaitait que son frère et lui se remettent ensemble.
— Non. Je ne crois pas, ma belle. Je veux un nouveau départ, et m’en aller était la meilleure chose à faire. Je ne peux pas rester avec un homme qui m’a trompé. La confiance s’est envolée. De toute façon, j’avais besoin de revenir chez moi pour être plus près de ma grand-mère. Avec toute ma famille en Californie, j’aurais été seul pour m’assurer qu’il y ait quelqu’un pour veiller sur elle.
— Mais Craig t’aime. Ces hommes ne veulent rien dire. Il était blessé parce que tu voulais obstinément revenir à New York sans même te soucier de ta relation et de ton cabinet.
Josh renifla avec mépris.
— C’est ce qu’il a dit ?
Ce type mentait à tout le monde. Quel salaud ! Craig et lui vivaient ensemble depuis trois ans quand il avait découvert que Craig le trompait. C’était au cours d’un de ces week-ends où Josh était allé à New York pour aider sa grand-mère avec les derniers arrangements pour sa maison. Bien qu’elle refuse de l’admettre, l’immense demeure était devenue un trop gros fardeau et ils avaient passé le week-end à la déménager dans ce superbe EHPAD juste en face de Central Park. Il avait voulu que Craig vienne avec lui, mais ce dernier avait décliné l’invitation, prétextant un procès à venir et un besoin de préparer la paperasse et les questions.
Aussi, lorsque Josh avait décidé d’attraper un avion plus tôt pour faire une surprise à Craig, c’est lui qui avait fini par être surpris en rentrant chez lui et en trouvant son compagnon en train de se taper un autre homme dans leur lit. Josh se demanda combien de temps cela lui prendrait pour oublier la douleur et la trahison.
— Écoute, ma belle, je suis navré de faire éclater ta bulle, mais je vais te dire l’horrible vérité. Oui, j’aimais ton frère, mais il a tout jeté aux orties avec un joli minois pris au hasard. De plus, nous avons discuté de la possibilité de déménager ici tous les deux et d’installer le cabinet dans cette ville, puisque nous étions tous les deux admis au barreau de New York aussi bien qu’à celui du Massachusetts.
Ce n’était pas ainsi qu’il voulait passer sa journée. Cela faisait plus d’un an que leur relation était terminée, et sa vision de l’avenir, ainsi que sa vie, avait changé.
— Oh !
— Il ne t’a jamais dit qu’il m’avait trompé, pas vrai ?
Josh n’avait pas besoin d’attendre sa réponse. Craig n’assumerait jamais la responsabilité de ses erreurs, parce qu’il n’avait jamais cru en avoir fait. Il était suffisamment arrogant pour s’imaginer que, parce qu’il était séduisant et très riche, ce qu’il faisait, qui il se faisait, et les conséquences de ses actes ne comptaient pas.
Grimaçant à ces souvenirs, Josh se remémora l’agacement et le dédain sur le visage de Craig lorsqu’un caissier faisait une erreur ou lorsqu’il était forcé de faire la queue plus longtemps qu’il l’estimait approprié. Cela lui rappela cet homme détestable qu’il avait servi plus tôt dans la matinée. L’homme, grand et extrêmement séduisant, était bien trop imbu de lui-même. C’était l’une des raisons pour lesquelles Josh lui avait offert un sourire aussi radieux quand il l’avait surpris en train de le dévisager. D’après l’expression de cet homme, Josh ne rentrait pas dans la catégorie de gens que M. Arrogance souhaiterait fréquenter en privé.
— Écoute, je dois aller voir ma grand-mère. Je serai là demain à six heures et demie. J’ai hâte d’affronter ce challenge.
Rena le regarda d’un air étrange.
— Je ne comprends toujours pas. Pourquoi avoir tout abandonné – ta maison, ta carrière, tout – pour revenir t’installer ici et travailler dans un coffee shop ?
Perdue, elle fronça les sourcils.
— Ça n’a aucun sens.
Il se pencha pour lui embrasser la joue.
— Je dois filer. À demain matin.
En chemin, il s’arrêta prendre une dizaine de donuts, s’assurant qu’il y en avait des fourrés à la confiture et recouvert de glaçage, les préférés de sa grand-mère. Alors qu’il faisait la queue, il réfléchit à la question de Rena. Pourquoi avait-il bouleversé sa vie de manière aussi drastique ? La trahison de Craig en était bien évidemment en partie la cause. Il n’aurait jamais pu rester avec lui après avoir trouvé un autre homme dans son lit.
Bien que Craig ait juré que cela n’était jamais arrivé auparavant et que cela ne se produirait plus jamais, Josh n’avait eu aucune raison de le croire. Pas lorsque Craig était incapable de répondre à la simple question : « Pourquoi est-ce arrivé ? ». Sa vie était-elle ennuyeuse ? Josh ne voyait aucun intérêt aux sorties en boîte ou dans des bars ; il avait plus de trente ans, bon sang ! Quel était l’intérêt de traîner dans une foule remplie de vingtenaires bourrés et en sueur ? Craig et lui avaient créé un foyer et une vie ensemble. Josh avait cru qu’ils avaient déjà tout ce qu’ils souhaitaient.
Mais apparemment, Craig ne partageait pas son avis. Alors cet après-midi-là, quand Josh était revenu et s’était retrouvé confronté aux fesses très nues et très jeunes de leur voisin de palier, pendant que ce dernier pilonnait son compagnon, sa vie parfaitement ordonnée avait volé en éclats. Et ce fut à cet instant-là que Josh sut que le seul moyen de se remettre de cette trahison était de tourner le dos à sa vie tout entière. Tout ce qu’il avait cru désirer et construire était basé sur des mensonges et des promesses rompues.
Ayant grandi dans une maison où l’argent n’avait jamais été un problème, Josh savait qu’il avait de la chance de pouvoir se permettre un changement aussi drastique. La sécurité de la fortune familiale avait rendu possible la décision de vendre sa part du cabinet et de bouleverser sa carrière, le temps de découvrir ce qu’il voulait faire de sa vie.
Josh croyait fermement au véritable amour. Toute sa vie, il avait désiré avoir un foyer et une famille avec un homme particulier. Quand il avait rencontré Craig, Josh les avait vus vieillir ensemble. Ils étaient faits l’un pour l’autre et Josh taquinait toujours Craig, l’appelant son Legoman. Et comme les Legos, chaque souvenir qu’ils se créaient au fil des semaines et des mois passés ensemble, empilés les uns sur les autres, formaient la charpente de leur avenir. Josh avait même choisi le nom du chien qu’il voulait avoir quand ils achèteraient leur première maison ensemble.
Mais lorsque le nombre de dossiers avait augmenté et que l’argent était entré dans les caisses, Craig s’était persuadé de sa propre importance. Il avait commencé à regarder de haut les propres personnes qu’ils essayaient d’aider. Quand Josh l’avait interrogé sur son changement de comportement, Craig avait balayé ses inquiétudes d’un baiser amusé.
— Ne sois pas bête, Joshie. Je ne mordrais jamais la main qui me nourrit.
Avec la sagesse acquise avec le temps et l’expérience, Josh s’étonnait d’avoir été naïf à ce point. Avait-il aimé Craig au point de ne pas vouloir se rendre compte des signes manifestes de changement de personnalité de son compagnon ? Ou – et c’était ce qui l’effrayait le plus – avait-il été si désespéré de trouver l’amour qu’il avait négligé les défaillances de Craig parce que ce dernier disait l’aimer ?
Toute sa vie, il avait été chahuté au sujet de sa sexualité. Il n’avait pas été persécuté, mais il y avait des façons subtiles tout aussi blessantes. Aucun des garçons ne l’avait jamais invité à venir jouer au ballon après l’école ou à traîner ensemble et jouer à des jeux vidéo. Après avoir passé des mois à les inviter chez lui et à entendre des excuses sur les raisons qui les empêchaient de venir, il avait arrêté d’essayer. Ses parents, quand ils daignaient mettre de côté les causes qu’ils défendaient pour se consacrer à leur propre fils, lui avaient dit d’ignorer la situation et étaient retournés sauver le monde pour tous les autres.
À l’université, ses meilleures amies étaient toutes des filles. Elles lui disaient constamment qu’elles aimaient avoir un ami gay, et même si c’était amusant de traîner avec elles et qu’il leur était reconnaissant de l’inclure dans leurs sorties, il devint rapidement fatigant d’être exposé comme leur « trophée gay ». Il avait eu peu d’expériences sexuelles, parce qu’il ne croyait pas au sexe avant l’engagement. Ce genre de pensée ne lui avait apporté rien d’autre que de l’humiliation et des rires, et plus d’une fois, il avait été...

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