Le café de Broken Road
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Le café de Broken Road , livre ebook

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Description

Que se passe-t-il lorsque vous obtenez tout ce pour quoi vous avez travaillé, pour finalement découvrir que ce n’est pas ce que vous vouliez vraiment ?


Dan O’Leary a travaillé jour et nuit pour terminer ses études de droit, rejoindre un grand cabinet et devenir associé, le tout avant l’âge de trente-cinq ans. Il a trouvé un homme qui lui a fait perdre la tête, et son meilleur ami depuis vingt ans l’a toujours soutenu.


Son mécontentement croissant à l’égard de son travail amène Dan à envisager un changement, mais une série de trahisons, professionnelles et personnelles, le conduit à reconsidérer toute sa vie.


En prenant un nouveau départ, Dan va rencontrer les habitants de Blue Ridge, en Géorgie, notamment le chef de la police Nick Oliver, et peut-être trouver un nouveau foyer. Mais le danger de son ancienne vie le suit et met non seulement sa vie, mais aussi celle de ses nouveaux amis, en danger.

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 38
EAN13 9782382281604
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0045€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Publié par
JUNO PUBLISHING
2, rue Blanche alouette, 95550 Bessancourt
Tel : 01 39 60 70 94
Siret : 819 154 378 00015
Catégorie juridique 9220 Association déclarée
http://juno-publishing.com/
 
 
 
Le café de Broken Road
Copyright de l’édition française © 2021 Juno Publishing
Copyright de l’édition anglaise © 2013 T.A. Webb
Titre original : Broken Road Cafe
© 2013 T.A. Webb
Traduit de l’anglais par Sully Holt
Relecture et correction par Valérie Cavaillès, Miss Relect Addict
 
Conception graphique : © Eunkyung
Tout droit réservé. Aucune partie de ce livre, que ce soit sur l’ebook ou le papier, ne peut être reproduite ou transférée d’aucune façon que ce soit ni par aucun moyen, électronique ou physique sans la permission écrite de l’éditeur, sauf dans les endroits où la loi le permet. Cela inclut les photocopies, les enregistrements et tout système de stockage et de retrait d’information. Pour demander une autorisation, et pour toute autre demande d’information, merci de contacter Juno Publishing :
http://juno-publishing.com/
ISBN : 978-2-38228-160-4
Première édition française : septembre 2021
Première édition : novembre 2013
 
Édité en France métropolitaine
 
 
Table des matières
Avertissements
Dédicace
Première partie
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Épilogue
Deuxième Partie
Prologue
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 15
Chapitre 16
Chapitre 17
Chapitre 18
Épilogue
À propos de l’Auteur
Résumé

 
 
 
 
Avertissements
 
 
 
 
 
Ceci est une œuvre de fiction. Les noms, les personnages, les lieux et les faits décrits ne sont que le produit de l’imagination de l’auteur, ou utilisés de façon fictive. Toute ressemblance avec des personnes ayant réellement existées, vivantes ou décédées, des établissements commerciaux ou des événements ou des lieux ne serait que le fruit d’une coïncidence.
 
Ce livre contient des scènes sexuellement explicites et homoérotiques, une relation MM et un langage adulte, ce qui peut être considéré comme offensant pour certains lecteurs. Il est destiné à la vente et au divertissement pour des adultes seulement, tels que définis par la loi du pays dans lequel vous avez effectué votre achat. Merci de stocker vos fichiers dans un endroit où ils ne seront pas accessibles à des mineurs.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Dédicace
 
 
Ce livre n’existerait pas sans Laura Harner. Elle m’a demandé un jour, que ferais-tu si tu pouvais faire tout ce que tu veux ? J’ai toujours voulu être propriétaire d’un restaurant, et cette série est née en dix minutes. Merci mon amie. Je t’aime.
Que ferais-je sans Will Parkinson ? Il est tout simplement le meilleur, et je lui dois tellement. Merci mon ami. Je t’aime aussi.
À Havan et Lee. Un soutien comme je n’en ai jamais connu, des amis pour la vie.
Et à mes fans… Je ne sais pas pourquoi vous aimez mes livres, mais je remercie Dieu chaque jour que vous le faites !
Tom.
 
 
Le café de
Broken Road
 
 
 

 
 
T.A. Webb
 

 
 
 
 
 
 
 
Première partie
 
Chapitre 1
 
 
 
 
Le café fut probablement la fameuse goutte d’eau qui fit déborder le vase.
La réunion se poursuivait depuis huit heures du matin et Daniel O’Leary devait faire de son mieux pour rester concentré. Son cabinet d’avocats avait pris en charge de nouveaux clients très importants, et l’équipe assignée était en train d’établir des stratégies sur la manière de distribuer les tâches et d’optimiser ses services au maximum. Dan travaillait pour la firme depuis qu’il était sorti diplômé de l’école de droit, dix ans plus tôt. Il venait tout juste de devenir l’un des associés du cabinet, mais il était habitué depuis longtemps à ces éternelles réunions sans fin. Parce qu’ils étaient récemment devenus partenaires, Greg Simkins, le dirigeant, prenait le plus souvent la parole.
Le petit-déjeuner se composait de café et de viennoiseries de toutes sortes, et tout était terriblement bon. L’arôme du café était bien différent de celui des petits sachets verts qu’ils stockaient dans le réfrigérateur de la salle de repos. Dan se demanda si c’était uniquement son imagination. Puis il remarqua la tenue des deux jeunes hommes qui préparaient le déjeuner et ne se rappela pas leur nom. Ils devaient travailler pour un nouveau traiteur, songea-t-il distraitement avant de se lever pour fuir une conversation barbante tenue par deux brillantes juristes tout juste diplômées. Il rejoignit la table sur laquelle des plateaux de nourriture avaient été disposés.
Des croissants croustillants s’empilaient aux côtés de tranches de pain aux céréales qui semblaient tout juste sorties du four. Des piles de rôti de bœuf, de dinde et de jambon, de fromage, de laitue fraîche et de tomates s’élevaient au-dessus des assiettes, et une délicieuse salade de pâtes était placée sur le côté. C’était drôle de voir que la nourriture l’attirait plus que le travail. Il y avait eu une époque où la perspective d’acquérir un nouveau client l’aurait fait bondir de son siège. Mais à présent… plus vraiment.
Que faites-vous lorsque vous possédez tout et que ce n’est pas vraiment ce que vous vous étiez imaginé ? Dan avait tout ce dont il avait toujours rêvé. Il était devenu l’un des associés, avant ses quarante ans, d’un prestigieux cabinet d’avocats. Il avait un amant, des amis géniaux. Et… tout se passait plutôt bien. Mais les choses n’étaient-elles pas censées être mieux que « bien » ? Depuis peu, quelque chose s’agitait en lui. Un sentiment qui le mettait de mauvaise humeur. Il rencontrait des difficultés à se concentrer sur son travail et, chaque fois qu’il devait le faire avec son supérieur, il avait de plus en plus de mal à garder ses réflexions désobligeantes pour lui. Au moins, aujourd’hui, la nourriture était merveilleuse. Il aurait aimé engager la conversation avec le type qui finissait tout juste de dresser la table, mais ça risquait de lui causer des problèmes avec son patron si Greggie le voyait ou l’entendait. Il se contenta donc de lui adresser un simple signe de tête en guise de remerciement.
Après avoir préparé un sandwich et attrapé une autre tasse de ce fameux café – bon sang, il était incapable de se souvenir de quelque chose d’aussi savoureux depuis des années –, Dan revint s’asseoir à sa place et s’attaqua à sa nourriture. Impressionné, il griffonna le nom du traiteur sur son bloc-notes. Il était tellement occupé à apprécier son repas qu’il faillit ne pas entendre Greg Simkins lorsqu’il commença à distribuer les tâches de chacun.
— Oh ! Attends une minute, s’étouffa Dan. Qu’est-ce que tu viens de dire ?
L’homme au costume impeccable haussa un sourcil tandis que le coin de ses lèvres se tordait.
— Si tu parviens à lâcher ton repas, Dan, je n’aurai pas à me répéter. Tu vas représenter Carlos Delgado, l’assistant du directeur des opérations de chez Randolph & Mays, devant le Juge Hayes la semaine prochaine. Les détails sont dans le dossier. Reprenons…
Dan ne savait pas trop ce qui lui traversa l’esprit, mais il interrompit aussitôt l’arrogant avocat dans son élan.
— Ne sois pas idiot, Greg. Je ne suis pas sous ta responsabilité, alors tu peux arrêter de jouer les bulldozers avec moi. Je veux comprendre pour quelle raison nous prenons en charge la défense d’un criminel ? Ce n’est absolument pas ma spécialité. Surtout avec un nouveau client. Et pourquoi ai-je été choisi pour être son avocat ?
Il ouvrit le dossier et parcourut les documents jusqu’à ce qu’il tombe sur le compte-rendu des événements. Ignorant le silence et le regard glacial de Simkins que Dan considérait à présent comme un imbécile, il lut les détails de l’affaire, de plus en plus furieux.
Fermant les paupières, il relâcha son souffle, compta jusqu’à dix – deux fois – avant d’ouvrir les yeux pour fixer le plafond.
— C’est une putain de plaisanterie ?
— Dan, nous poursuivrons cette discussion en privé. Reprenons notre réunion.
— Non. On en parle maintenant. Je veux savoir deux choses. Premièrement, pourquoi le cabinet se charge d’une affaire de trafic de drogue pour un nouveau client – client pour lequel je n’ai pas été consulté, pour lequel vous n’avez même pas eu la courtoisie de me demander mon accord avant de le représenter. Et deuxièmement, le plus important de tout : êtes-vous tous devenus cinglés ?
Étonné d’être encore capable de ne pas hurler, Dan braqua son regard sur Simkins. En voyant l’expression de condescendance inscrite sur son visage, il fit quelque chose qu’il ne s’autorisait pas habituellement : il céda à la colère, mais décida de partir avant que ses émotions ne débordent.
— Laisse tomber. Je prends ma journée. Je serai là demain. Charge-toi de mes appels.
Il userait du temps imparti pour tenter de comprendre pourquoi il se sentait aussi fébrile. Et pourquoi cette affaire en particulier avait-elle tout déclenché.
Dan s’empara de sa mallette, y fourra le dossier et se leva pour partir. Il s’arrêta près du festin du déjeuner, attrapa un croissant et jeta un coup d’œil par-dessus son épaule.
— La seule chose que tu n’as pas ratée aujourd’hui, c’est le traiteur. Félicitations.
Il put entendre Simkins se racler la gorge et poursuivre sa réunion hebdomadaire avant que la porte se ferme. Il eut la sensation d’abandonner derrière lui le poids qui pesait sur sa poitrine et savoura le goût du beurre en attendant l’ascenseur qui devait le ramener à sa voiture. La matinée tout entière l’avait rendu dingue – une perte de temps et d’énergie considérable. Lorsqu’il retournerait au bureau dès le lendemain, il aurait une discussion avec Greg et les autres associés et tenterait de réparer tout ce bordel. Dan restait perplexe face aux raisons qui avaient poussé ses collègues à l’assigner à une affaire criminelle. Il se sentait légèrement dérouté – non carrément dérouté – que le cas n’ait pas été du tout évoqué au cours de la réunion de travail.
Alors que l’ascenseur atteignait le parking, Dan entendit son téléphone sonner. Glissant une main dans sa poche, il l’en extirpa et y jeta un œil, reniflant en découvrant le SMS de l’un de ses collègues :
Reviens et on discutera de tout ça .
Il hésita, puis répondit rapidement :
Demain, OK ? Je ne peux plus supporter Greg pour le moment.
Dan éteignit le volume, puis passa le portable sur vibreur après avoir songé à l’éteindre complètement. Ce n’était pas comme s’il n’accumulait pas soixante heures de travail ou plus chaque semaine. Ils pouvaient bien se passer de lui une partie de la journée. Pourtant, il le garda allumé.
Le cœur léger, Dan sortit de l’ascenseur pour rejoindre les places de stationnement et dénoua son nœud de cravate. Détachant le premier bouton de sa chemise d’une main, il pêcha de l’autre les clés de sa Mustang décapotable de 68, puis déverrouilla la portière. Il balança sa veste et sa mallette sur le siège passager avant de décapoter –  Ah ! Les joies des gadgets d’avant  – puis s’installa au volant. Il prit plusieurs inspirations tout en se demandant quoi faire ensuite. C’était l’heure du déjeuner, le soleil brillait et le toit était ouvert. Stone Mountain était un bon choix s’il avait envie de rouler un moment. Il pouvait se faire un film. Ou…
La vision d’Abe à la maison, en boxer et rien d’autre, occupé à travailler sur son livre le frappa. Son conjoint depuis un peu plus d’une année, Abe Goldenburg contrebalançait son obsession du travail et des costumes. Ils s’étaient rencontrés à une fête où l’ami d’un ami les avait présentés l’un à l’autre. Abe travaillait sur une histoire évoquant les changements au sein des grandes firmes d’Atlanta – la manière dont de plus en plus d’avocats gay s’affichaient, dont la loi sur la discrimination des stéréotypes était loin d’être une chose à laquelle ils s’intéressaient encore. Il en avait d’ailleurs parlé comme de la loi post- Philadelphia 1 et il en avait fait un magnifique article.
Alors qu’il commençait tout juste à acquérir un peu d’indépendance en free-lance, Abe s’était mis à travailler sur un long roman qui mettait en scène un espion gay durant la guerre froide. Dan avait été heureux de faire des heures supplémentaires et de caresser tout le monde dans le sens du poil dans le but de s’associer pour leur offrir une résidence en ville et lui permettre ainsi de travailler à la maison. Bon sang, si le livre décollait – ainsi que la carrière d’Abe –, il pourrait rester chez lui en slip, et manger des glaces toute la journée en regardant la Juge Judy à la télé.
Réconforté par cette idée, Dan se dirigea vers la maison. Il aurait aimé prendre quelque chose sur la route pour le déjeuner, mais la circulation était horrible et ce n’était pas de nourriture dont il avait besoin. Il avait besoin d’Abe. Pourtant, la nourriture poussait aussi au sexe, parfois. Il aurait dû ramener une assiette à la maison pour la dévorer dans son lit. Sur les abdos d’Abe.
Il valait mieux se concentrer sur la route.
 
 
Il pensait surprendre Abe. Dan savait à quel point il travaillait dur sur son manuscrit. Il pénétra donc silencieusement dans le bâtiment. Toutes les lumières du rez-de-chaussée étaient éteintes et il crut entendre la télévision à l’étage. Le second niveau s’ouvrait sur un loft composé d’une chambre avec un patio qui faisait le tour de la pièce et dispensait l’ombre du début d’après-midi. L’espace était vaste et Abe avait placé son bureau le long du mur de la seconde chambre à coucher.
Dan jeta sa mallette et sa veste sur un fauteuil situé au bas des marches, puis retira ses chaussures. Tout en grimpant l’escalier, il tira sur sa cravate et commença à déboutonner sa chemise. Souriant d’avance, il perçut des grognements et des bruits humides qui ne pouvaient s’apparenter qu’à du sexe. Bon sang, Abe doit être en train de mater un porno . Parfait. Dépassant l’angle du couloir, Dan sentit son sexe gonfler en imaginant son amant allongé de tout son long, occupé à se masturber. Il tendit la main vers sa ceinture et… se figea.
Étendu sur leur lit, Abe était pris par deux hommes de chaque côté. Des types qu’il connaissait et en qui il avait confiance.
— C’est quoi, ce bordel ?!
Gary, son meilleur ami, eut la décence de paraître surpris. Mais ça ne dura pas lorsqu’Abe relâcha son sexe en grognant :
— Putain, mec ! Baise ma bouche. C’est trop bon.
Comme Gary ne bougeait pas, Abe tendit la main en arrière et se tourna vers Kerry, le conjoint de Gary, probablement dans le but de le supplier de le baiser plus fort. C’est à cet instant seulement qu’Abe le vit. Kerry dut remarquer quelque chose et pivota à son tour.
— Eh bien ! Je parie que c’est durant des moments comme celui-là que vous aimeriez avoir une caméra ! Oh, attendez ! J’en ai une.
Hébété, il tira son iPhone de sa poche et commença à prendre des photos. Son geste sembla briser le tableau, et les trois hommes se mirent à parler tous en même temps, bafouillant des excuses en saisissant leurs vêtements. Dan jeta un œil aux photos, écœuré.
— Au moins, vous aviez mis des capotes…
Abe fut le premier à le rejoindre.
— Bébé, ce n’est pas ce que tu crois.
Dan se montra incrédule.
— Tu te fous de ma gueule ? Tu avais une queue dans la bouche et une autre dans le cul, et ce n’est pas ce que je crois ?
Il recula d’un pas, incapable de supporter qu’Abe le touche.
— Vas-y, surprends-moi. Qu’est-ce que c’était, alors ? Vous avez trébuché sur le lit et vos fringues sont tombées ? Et puis leurs deux queues ont glissé en toi ? Parce qu’à part ça, je ne vois vraiment pas ce que ça peut être.
Les trois hommes se tenaient là, pâles face à sa colère, Abe nu, Gary et Kerry occupés à enfiler leurs shorts. De l’endroit où il se trouvait, Dan bloquait la porte et il eut soudain une révélation.
Ça. C’était à ça qu’avaient mené dix années de dur labeur puis douze mois d’amour passés à soutenir son conjoint. Il avait dû atteindre l’âge de trente-cinq ans, bosser comme un fou dans un boulot qu’il commençait à détester, pour voir son meilleur ami découper son cœur avec une lame émoussée. Ah oui, et son amant le trahir de la pire des manières, par-dessus le marché. Quel putain d’imbécile j’ai été ! Et comme ils ont bien dû rire de moi.
Abe se tint là durant une minute, comme s’il allait tendre les doigts pour le toucher, puis ses mains retombèrent.
— Je suis désolé.
Le silence parut s’éterniser. Dan attendit autre chose, mais rien ne vint.
— Désolé ? C’est tout ce que j’aurai ? Désolé  ? Ben, tu sais quoi ? Va te faire foutre avec tes excuses. Allez tous vous faire foutre. Je vais faire un tour. Quand je reviens, je veux que vous ayez tous quitté les lieux. Gary, je n’arrive pas à réfléchir pour le moment. Ça fait vingt ans que nous sommes amis. Quel putain d’idiot je fais, mec ! Abe, prends tes affaires et tire-toi.
Il entendit des clameurs s’élever, mais leva aussitôt une main pour les faire taire.
— Ça ne m’intéresse pas. Aucun de vous. Partez. Maintenant.
Avant que l’un d’eux puisse le retenir, il était au bas des marches, avait enfilé ses chaussures et était sorti. Dépassant l’ascenseur, Dan prit les escaliers et se retrouva dans sa voiture et à mi-chemin de l’autoroute avant que son cerveau n’enregistre quoi que ce soit. Il ignorait où aller, mais s’éloigner le plus loin possible de la maison et du bureau – qu’il avait un peu oublié – valait mieux. Il avait besoin de s’éclaircir les idées, de réfléchir.
Stone Mountain paraissait être une bonne idée. Le parc autour de la montagne était immense. Il pourrait abandonner la voiture et grimper sur les grandes pierres de granit disséminées dans la campagne. Il y avait des tas d’endroits où il pouvait s’arrêter pour acheter un short, un tee-shirt, des chaussures de randonnée, car il était hors de question qu’il retourne chez lui pour récupérer quoi que ce soit.
Ignorant les vibrations de son portable, Dan s’abandonna au soleil et à l’air frais qui libérèrent son esprit embrumé. L’autoroute s’étirait devant lui. Il pouvait oublier ses inquiétudes et se concentrer sur le bitume. Plus tard, quand il aurait atteint sa destination, il aurait suffisamment de temps pour réfléchir.
 

 
Chapitre 2
 
 
 
 
Il était tard lorsque Dan rejoignit le loft. Il était fatigué, usé jusqu’à la moelle. Plus que tout, il espérait qu’Abe avait fait ce qu’il lui avait demandé et qu’il était parti. Même si ce n’était qu’une nuit, il avait besoin de dormir seul. Il n’arrivait pas à dépasser le sentiment de trahison présent dans chaque aspect de sa vie. La seule chose qu’il savait, c’était qu’il était temps de reprendre le contrôle sur ce qui était en train de foutre son existence en l’air.
Le silence dans le bâtiment était à la fois un réconfort et une malédiction. Il avait l’habitude de rentrer chez lui – parfois à l’heure, mais le plus souvent très tard – après douze ou quatorze heures de travail sur une affaire. Il devait alors faire tout son possible pour rester silencieux, fermer la porte discrètement et grimper les marches sur la pointe des pieds. Certaines nuits, il pouvait trouver Abe occupé à travailler dur, si absorbé par ce qu’il était en train d’écrire que lorsque Dan se baissait pour l’embrasser, il sursautait en riant. À d’autres moments, Abe était allongé et dormait, l’air si paisible et innocent que le souffle de Dan se bloquait dans sa gorge.
Dan se tint dans la chambre, ignorant comment il était arrivé jusque-là. Il observa le lit en se demandant comment il avait pu se tromper autant. D’abord sur Abe, avec lequel il avait partagé tant de choses, les actes les plus intimes ainsi que des paroles d’amour, de réconfort et de confiance. Sur Gary, qu’il avait rencontré au lycée et qui avait été la première personne en qui il avait placé sa confiance et avec lequel il avait partagé une première tentative de baiser pour se prouver qu’il était bien gay. Et enfin sur Kerry, qu’il avait rencontré à l’université. Il s’était senti si heureux pour Gary quand ils s’étaient croisés pour la première fois et qu’il les avait vus s’arrêter en plein milieu de la cour de l’administration, la respiration coupée, leurs regards soudés et…
Secouant la tête, il s’assit sur le bord du lit pour retirer ses chaussures avant de se souvenir de ceux qui s’étaient tenus là avant lui. Et de ce qu’ils y avaient fait. Dégoûté, il se redressa et se dirigea vers la chambre d’amis en se demandant s’il serait capable de dormir de nouveau dans son lit. Il était rare qu’Abe et lui ne dorment pas ensemble. Habituellement, lorsque Dan se rendait à une conférence ou qu’Abe rendait visite à ses parents qui le détestaient et pensaient que leur Abraham chéri ne faisait que traverser une phase. Dans ces cas-là, ils s’appelaient et se murmuraient des choses réconfortantes, des paroles érotiques ou partageaient un simple Je t’aime . Ces séparations ne lui étaient jamais apparues comme une étape finale.
Il n’avait pas la force de se débarrasser de ses autres vêtements, alors il programma l’alarme de son téléphone portable, se glissa sous les couvertures, éteignit la lumière et ferma les paupières. Son esprit finit par lâcher prise et le sommeil l’entraîna dans l’obscurité.
Lorsqu’il ouvrit de nouveau les yeux, le soleil éclairait à peine les bords du patio. Il jeta un œil à son téléphone et constata qu’il était presque six heures et que son alarme allait se déclencher. Il avait une réunion avec ses associés à huit heures et devait être levé, douché, rasé et prêt à partir avant sept heures. Habituellement, il se préparait en lisant ses dossiers, leurs mises à jour et les menus détails que Davonna, son assistante, lui envoyait la veille. Pas aujourd’hui. Aujourd’hui, il allait devoir se concentrer sur le seul cas qui importait. Et découvrir pourquoi on lui assignait la défense d’une affaire criminelle. Le reste pouvait bien aller au diable.
Face au miroir, Dan s’accorda un regard critique. Le stress des dix dernières années liées aux soixante, soixante-dix ou parfois quatre-vingts heures de travail hebdomadaires passées à flatter les autres et à se montrer brillant, avait laissé des traces permanentes sur son front et entre ses yeux. En revanche, les rides aux coins de ses paupières venaient des rires et de l’amusement qu’il avait pu éprouver aux côtés de… non, il ne devait pas penser à Abe, ce matin.
Son nez droit et ses lèvres pleines lui avaient valu bien des attentions quand il était plus jeune et qu’il cherchait la libération dans les clubs. De même que ses boucles sombres, sa peau pâle, ses yeux noirs comme du charbon qui révélaient son héritage irlandais. Les femmes lui jetaient presque leurs sous-vêtements au visage. La plupart des hommes avaient tendance à le remarquer avec son mètre quatre-vingt-dix-huit. Ils le voyaient parfois comme un camarade potentiel, mais les autres… Ils ne semblaient pas avoir de problème à partager quelques verres avec lui ni à le tripoter au coin d’une rue… avant de fuir discrètement au matin.
Jusqu’à ce que, par hasard, un jour, quelqu’un voit au-delà de son sérieux et de son ambition. Qu’un regard passe outre au moment où les conversations devenaient ennuyeuses et qu’Abe le repère. Qu’il remarque enfin l’immense type au grand cœur qui aimait les chiens, la musique et les films sentimentaux.
Peu en avaient pris conscience, soupira-t-il avec regret. Sauf Gary, qui l’avait cerné tout de suite. De même qu’Abe.
Qu’ils aillent en enfer.
Dan termina de se raser et sortit son costume noir à rayures. Si ses maudits associés voulaient qu’il défende des trafiquants de drogue, il allait s’habiller comme eux. Peut-être devait-il leur accorder le bénéfice du doute, mais il avait un très mauvais pressentiment à propos de cette réunion. Sa vie personnelle était en train de voler en éclats, alors pourquoi sa vie professionnelle n’en ferait-elle pas autant ? Il se rendrait là-bas, écouterait ce que les autres auraient à lui dire, et puis…
Et puis, il était encore incertain sur le reste. Cependant, il savait une chose : il allait reprendre le contrôle de sa vie et de son bonheur. Au diable toute cette merde. Il était devenu l’associé d’un des plus prestigieux cabinets d’avocats d’Atlanta à un âge record en se révélant le plus dur et le plus rude d’entre eux – et ce Dan-là était aussi légèrement complaisant, il fallait l’avouer. Il allait ni plus ni moins leur rappeler que ses couilles étaient en titane et qu’il pouvait se montrer sans pitié.
Resserrant son nœud de cravate dans un Windsor parfait, il esquissa un sourire exercé, celui qui montrait la pointe de ses dents et le rendait sexy et dangereux. Ça devrait le faire . Attrapant ses clés et son portefeuille, il referma la porte derrière lui.
 
 
Les gens présents dans le bureau devinrent silencieux en le voyant traverser le hall du cabinet. Dan sourit à chacun, imaginant que c’était la semaine des requins sur Discovery Channel , qu’il était un grand requin blanc et qu’ils étaient tous des surfeurs. Les regards qui se détournaient, les coups d’œil qui glissaient rapidement sur le côté l’auraient poussé à se demander ce qu’ils avaient entendu et comment il pouvait les brosser dans le sens du poil, à une époque. À présent, il avait juste envie de se tenir là, dans son kilt, en se frappant la poitrine devant des hordes d’envahisseurs, comme Mel Gibson dans Braveheart . Avant de dérailler, de devenir complètement cinglé et de leur montrer qui était le patron. Sa secrétaire personnelle, Charity – dont le prénom était le moins approprié qui soit – était raide comme un piquet dans sa chaise et lui fit les gros yeux.
— Bonjour, Dan. Je vois que tu as dû consommer un bagel au saumon avant de venir, étant donné que le menu fretin ici présent est encore en vie.
Bon sang, qu’il aimait cette femme !
— Et bonjour à toi aussi, Princesse. Oui, ça va être une de ces journées où je me sens comme un pitbull pendant que les autres portent des sous-vêtements en croquettes. Oh, rends-moi service et prends mes appels. Surtout si c’est Abe. Ou Gary. Ou Kerry. En fait, tu peux leur dire que… non, je le ferai. Aucune raison de leur donner des munitions, s’ils se contactent. Ce qui est sûr, c’est que tu ne dois passer aucun appel à Greg.
Elle haussa ses sourcils délicatement épilés avant de lui lancer un regard de pure innocence.
— De l’eau dans le gaz ? Mon Dieu. Je ne l’avais certainement pas vu venir.
— Je t’adore depuis toujours, Catwoman. Je te laisserai un bol de crème et une souris vivante avant de me rendre à la réunion.
Elle se détourna et remit son oreillette Bluetooth en place.
— Retourne au boulot, adorable beau parleur, avant que je te dénonce pour harcèlement.
...

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