Le Manchy d or
89 pages
Français

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Description

Deux cousines, l’une qui a vécu au xixe siècle, l’autre qui vit au xxe siècle entreprennent une bien étrange correspondance, par lettres. Adeline, jeune fille de 28 ans habite l’île de La Réunion, chez ses parents, anciennement gros colonialistes ; Gisèle réside en France, dans un vieux château hérité de deux tantes : elle est mariée à Emilien de K/Aven dont elle a eu deux enfants. Le thème principal de cet échange épistolaire est l’AMOUR : Gisèle aime passionnément le vicomte de Blanval qui ne cherche qu’à s’amuser d’elle ; Adeline adore un jeune engagé, venu de la côte des Malabares, en Inde. Hélas, le jeune Marcello est promis à une puissante Déesse et ne peut l’épouser.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 06 mai 2016
Nombre de lectures 0
EAN13 9782312042947
Langue Français

Extrait

Le Manchy d’or
Claude Nativel
Le Manchy d’or
Commencé le 25/02/2014


















LES ÉDITIONS DU NET 126, rue du Landy 93400 St Ouen
L’histoire d’Adeline a été écrite pour mes deux filles, Dan et Betty et pour mes quatre petites-filles, Mélanie, Marine, Lou et Juliette.

J’espère qu’elles y trouveront du plaisir à la lire.

Je vous aime.























© Les Éditions du Net, 2016 ISBN : 978-2-312-04294-7
Chapitre I
L ETTRE 1
Château de K/ Aven – Janvier 1858…
Ma chère petite cousine,
J’ai longtemps hésité avant de t’écrire : d’abord, nous ne nous connaissons pas, ensuite nous vivons à deux époques différentes, toi, au vingtième siècle, moi, au dix-neuvième. Impossible ! diras-tu ! Et pourtant, la lettre que tu recevras viendra bien de moi et, j’espère, en retour, en avoir une de toi.
Avant d’élucider ce mystère, il y a mieux à faire : si nous voulons, toi et moi, commencer une correspondance, il faut savoir qui est le messager, qui est le destinataire, n’est-ce pas ? J’éclaire donc ta lanterne concernant notre famille dont les membres ont, hélas, à peu près tous disparu. Il ne reste, aujourd’hui, que mon époux, Emilien qui a hérité d’un titre au blason bien terni, la Révolution ayant ruiné son grand-père et deux vieilles tantes dont on pensait qu’elles allaient nous faire bénéficier de l’usufruit d’un patrimoine conséquent. Elles moururent sans avoir eu le temps d’expliquer à leur notaire, les opérations financières qui auraient pu nous sortir de la gêne. On apprit, bien plus tard, que le magistrat des finances était un malfaiteur de première et que par suite d’opérations frauduleuses, nos biens avaient fondu comme neige au soleil. Heureusement que le château de K/Aven nous est revenu, sinon nous serions des sans abris !
Ce château est une grande bâtisse dont le toit d’ardoises s’écaille par endroits. Nous ne l’habitons pas entièrement, certaines pièces étant hors d’usage, faute d’argent pour les réparer. Mon époux s’est installé à l’étage dans une partie de l’aile droite, moi, dans l’autre ; les enfants Thibaud et Alice sont logés dans deux immenses salles du rez-de-chaussée dont nous avons converti la moitié en chambres à coucher. Inutile de te dire qu’en hiver nous consommons du bois, dans les quatre énormes cheminées qui peinent à réchauffer nos lieux de vie. Heureusement , ce n’est pas le bois qui manque car nous avons hérité d’une bonne douzaine d’hectares de forêt dont s’occupent mon époux et un garde forestier. Le château a conservé deux fermages qui nous fournissent en volailles et en œufs, notre pain est fabriqué sur place.
Comme tu le constates, ma chère cousine, nous ne roulons pas sur l’or mais l’on s’en tire bien, si on peut dire ! Le Vicomte Emilien de K/Aven a bonne réputation ; quelquefois, les nobles des alentours nous invitent, lors d’anniversaires ou, plus rarement, d’un mariage. Nous avons peu de domestiques, trois exactement qui jouent le rôle de majordome et cocher, de femme de chambre et de cuisinière. Notre vie, loin d’être insipide comme on pourrait le croire, se déroule lentement au fil des jours. Les enfants, Alice et Thibault, âgés de neuf et onze ans sont instruits par mes soins et par leur père en ce qui concerne le français et le calcul, et nous nous sommes attachés le vieux curé de la paroisse, le père Ambroise qui leur enseigne les rudiments du latin.
Je vais te laisser quelques instants : voici Théodore, un de nos fermiers, qui vient nous livrer la moitié d’un cochon et la cuisinière, dépassée, me fait mander pour m’occuper de la manière dont on partagera les morceaux de la bête : tâche triviale, s’il en faut, mais nécessaire…
Je te retrouve, chère Adeline et reprends ma narration ! Ce n’est pas ragoûtant de se livrer à un tel travail, moi, cela ne me gêne pas, je me suis habituée à faire les petites choses, qu’autrefois, j’aurais dédaignées. Il faut te dire que j’ai assez d’esprit de famille pour sublimer tout ce qui, du temps de notre splendeur, je considérais comme tâches dégradantes, au grand dam d’Emilien, mon cher époux, pour qui le verbe « déroger » a gardé toute son importance ! Mais le temps des vaches maigres est venu et il faut faire avec !
Comme une vieille, j’ai appris à crocheter et dans mon panier à couture s’entassent les trop nombreux essais que je n’ai jamais terminés ; j’ai un chat de gouttière que j’ai apprivoisé et qui ronronne béatement tout le jour, je me promène quelquefois et me rends dans un lieu que l’on appelle « le Miroir aux Alouettes », une sorte de bosquet, avec, en son sein, un banc sur lequel, parait-il, venaient autrefois s’embrasser les amoureux, en cachette de leurs parents. Une légende dit qu’une fille très amoureuse d’un jeune homme qu’elle aimait à la folie, s’y est laissé mourir de froid, une nuit d’hiver. Elle a cru à une trahison de son fiancé qui, le lendemain, fou de douleur, s’est pendu à une poutre de la grange.
Ce que je te raconte là n’est pas très gai, mais je souhaite que tu aies le plus de renseignements possibles sur ma région qui est aussi la tienne comme tu l’apprendras bientôt. Comment ai-je su que je pouvais communiquer avec toi, ma chère Adeline ? Je vais essayer de te le dire en quelques mots. Un jour de l’été dernier, je suis allée au grenier du château, situé sous les combles. Là, parmi les vieux paniers et les malles délabrées, j’ai aperçu un tableau à demi sorti d’un couvercle. Quand je l’ai eu dans les mains, je remarquai une jeune et belle femme, vêtue d’une robe comme celle que portait l’Impératrice Eugénie, lors de ses réceptions, à la cour de Napoléon III. Son cou gracile émergeait du décolleté de la toilette et était orné d’un collier de pierres précieuses, vertes et rouges, saphirs et rubis, du plus bel effet. En haut et à gauche de cette tenue d’apparat était piquée une broche représentant une sorte de litière, dans laquelle était allongée une dame indolente.
La femme du tableau, traits fins, chevelure abondante, d’un blond mélangé de roux, dans laquelle étaient piquées de nombreuses épingles à cheveux décorées, elles aussi de pierres multicolores, tenait à la main un éventail richement travaillé qu’elle semblait manier avec grâce.
Au-dessous de la peinture se trouvait un titre que j’ai eu quelque peine à déchiffrer. Mais, en le frottant, et après avoir enlevé la couche de poussière qui le cachait presque, ma surprise fut grande en lisant : « ANNAIS SEYMOUR DE K/AVEN ». Sans doute le nom de cette femme. C’était la première fois que je voyais ton nom, au mien mêlé, dans l’indentification d’un portait.
En tant que curieuse reconnue de toute la famille, j’ai eu du mal à dissimuler mon impatience : la belle Annaïs occupa entièrement mon esprit, pendant une huitaine de jours. D’abord, je cachais la toile dans une des malles de ma chambre, après l’avoir mise sous clé, puis chaque soir, je la déroulais pour pouvoir étudier les détails de la peinture.
Ces minutieuses observations ne m’apportèrent rien de nouveau, sinon que la broche dorée attirait mon attention sans que je pusse trouver une cause à cet état. La litière, trans portée par quatre Noirs musculeux semblait se balancer de droite à gauche, de devant en arrière, bref, elle me paraissait vivre l’aventure de cette dame.
Les hommes, à moitié nus, avaient les chevilles cerclées d’un anneau de cuivre, et deux d’entre eux portaient une sorte de foulard rouge, un peu à la manière des corsaires, tels qu’on les voit sur les gravures des bateaux destinés à la course.
Je suis dans l’obligation de te laisser, ma chère cousine : j’entends Emilien qui rentre de la chasse et les aboiements de la meute m’indiquent que les chiens sont impatients de retrouver leur chenil. Ne te soucie pas de la manière dont le courrier te parviendra. Dès demain matin, regarde du côté de ta table de nuit et tu reconnaitras ma missive : elle est de couleur lavande, avec autour une fine dentelle blanche.
Chapitre II
Les Palmiers , le 30 mai 1958
L ETTRE 2
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