Le monde tel qu il le voit
382 pages
Français

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Description

L’amour ne connait pas de lois... mais la peur peut les aveugler.


Gabe mène une double vie. En tant que Gabriel Henson, il a plusieurs emplois pour aider au mieux sa mère alcoolique et sans remords. En tant que Tony Ryder, il fait du porno sur internet pour arrondir ses fins de mois et avoir une activité sexuelle sûre, régulière, mais sans les complications inhérentes aux relations. Mais lorsqu’il rencontre un jeune homme effrayé, paniquant dans une boîte de nuit, il ne peut qu’intervenir. Et depuis lors, le souvenir de ce jeune homme le hante.


Tristan Lavalle vit son existence par tranches de trente minutes. Après un traumatisme au cerveau trois ans auparavant, la seule manière pour lui de se maintenir à flot est d’enregistrer sa journée sur des carnets à spirales sans fin et des post-its. Un mois après une crise de panique publique et embarrassante, Tristan tombe à nouveau par hasard sur Gabe, et de leur rencontre naît une chaleureuse et satisfaisante relation épistolaire. Les deux hommes en veulent plus, mais la crainte des premiers pas se dresse entre eux.


Puis Tristan a l’occasion d’intégrer un essai clinique qui pourrait améliorer sa mémoire – s’il ne succombe pas aux effets secondaires. Mais pour Tristan, la possibilité d’une vie complète avec Gabe vaut bien tous les risques...Littérature

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 164
EAN13 9782376768814
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0045€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Publié par
JUNO PUBLISHING
2, rue Blanche alouette, 95550 Bessancourt
Tel : 01 39 60 70 94
Siret : 819 154 378 00015
Catégorie juridique 9220 Association déclarée
http://juno-publishing.com/
 
 
 
Le monde tel qu’il le voit
Copyright de l’édition française © 2020 Juno Publishing
Copyright de l’édition anglaise © 2017 A.M. Arthur
Titre original : The world as he sees it
© 2017 A.M. Arthur
Traduit de l’anglais par Enora Kersulec
Relecture et correction par Agathe P., Déborah Bourguignon
 
Conception graphique : © Tanya pour More Than Words Graphic Design
Tout droit réservé. Aucune partie de ce livre, que ce soit sur l'ebook ou le papier, ne peut être reproduite ou transférée d’aucune façon que ce soit ni par aucun moyen, électronique ou physique sans la permission écrite de l’éditeur, sauf dans les endroits où la loi le permet. Cela inclut les photocopies, les enregistrements et tout système de stockage et de retrait d’information. Pour demander une autorisation, et pour toute autre demande d’information, merci de contacter Juno Publishing :
http://juno-publishing.com/
ISBN : 978-2-37676-881-4
Première édition française : octobre 2020
Première édition : mars 2017
 
Édité en France métropolitaine
 
 
Table des matières
Avertissements
Chers lecteurs
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 15
Chapitre 16
Chapitre 17
Chapitre 18
Chapitre 19
Chapitre 20
Chapitre 21
Chapitre 22
Chapitre 23
Chapitre 24
Épilogue
À propos de l’Auteur
Résumé

 
 
 
 
Avertissements
 
 
 
 
 
Ceci est une œuvre de fiction. Les noms, les personnages, les lieux et les faits décrits ne sont que le produit de l’imagination de l’auteur, ou utilisés de façon fictive. Toute ressemblance avec des personnes ayant réellement existées, vivantes ou décédées, des établissements commerciaux ou des événements ou des lieux ne serait que le fruit d’une coïncidence.
 
Ce livre contient des scènes sexuellement explicites et homoérotiques, une relation MM et un langage adulte, ce qui peut être considéré comme offensant pour certains lecteurs. Il est destiné à la vente et au divertissement pour des adultes seulement, tels que définis par la loi du pays dans lequel vous avez effectué votre achat. Merci de stocker vos fichiers dans un endroit où ils ne seront pas accessibles à des mineurs.
 
 
 
 
 
 
Chers lecteurs
 
 
Ce livre s'adresse à tous ceux qui sont tombés amoureux de Tristan aussi profondément que moi. L'idée d'écrire un livre du point de vue d'un jeune homme ayant des problèmes de mémoire à court terme était pour le moins intimidante. Je n’étais pas tout à fait certaine de pouvoir le faire, alors j’ai commencé par Gabe. Finalement, Tristan a pris la parole et sa voix était enfin là, prête à raconter son histoire et à trouver sa fin heureuse. Il ne se contenterait de rien de moins que ça.
J'espère que vous apprécierez cette histoire d'amour inhabituelle.
Avec amour,
A.M. Arthur
 
 
Le monde tel qu’il le voit
Points de vue #2
 
 

 
 
A.M. Arthur
 

 
Chapitre 1
 
 
 
 
Gabe Henson triturait l’étiquette de sa bière Samuel Adams, plus motivé à décoller le rectangle de papier en un seul morceau qu’à boire la bouteille pratiquement pleine. La musique entraînante du club lui paraissait lointaine, alors qu’elle était habituellement pénétrante. Il ignora la masse de jolis danseurs derrière lui et refusa le verre qu’un visage inconnu essayait de lui offrir. Les habitués le connaissaient, et ils savaient quand lui foutre la paix.
Comme maintenant.
Il n’était pas venu au Big Dick pour trouver un partenaire d’un soir. Son patron aimait mieux que ses acteurs pratiquent l’abstinence les jours précédant une scène, et Gabe en avait une le lendemain. S’il était au Big Dick , entouré d’autres hommes gays, c’était seulement pour ne pas être à la maison avec sa mère, à s’inquiéter à propos de la scène à venir.
Et pourtant, cette inquiétude avait été mise au second plan par un autre incident, moins d’une heure plus tôt. Il ne parvenait pas à effacer de son esprit l’image du garçon effrayé, aux cheveux dorés, qui s’était recroquevillé dans un coin de la salle de pause, ignorant tout sauf le nom d’un ami qui saurait lui venir en aide. Mais le « garçon » n’était pas très gentil. Il avait pu entrer, il avait donc au moins vingt et un ans. Bear n’avait pas laissé passer la moindre fausse pièce d’identité depuis l’ouverture du bar.
Tristan.
Le nom ne lui allait pas. Il évoquait des images d’un Brad Pitt aux cheveux longs, galopant à cheval et séduisant Julia Ormond. Le Tristan de ce soir lui rappelait plus Alex Pettyfer, une demi-douzaine de kilos en moins et avec des cheveux plus hirsutes et légèrement plus blonds. Sans oublier une bonne dose de peur dans ses yeux. Des yeux hantés par quelque chose qui ne regardait pas Gabe, mais qui avait causé à Tristan une perte de sa mémoire à court terme, d’après son ami.
Gabe ne pouvait imaginer vivre avec un tel handicap. Quel désespoir avait poussé Tristan à se rendre seul au bar en sachant qu’il oublierait tôt ou tard où il était et pourquoi ?
Et pourquoi est-ce que je ne peux pas arrêter de penser à lui ?
Il avait également proposé d’offrir un verre à Tristan et à son ami – Joel ? Non, Noel – mais il doutait qu’ils l’acceptent.
— Quoi de neuf, mon chou ? demanda Pax en mettant de la glace dans un shaker. Tu t’es levé du mauvais pied ?
— Va te faire voir, rétorqua Gabe sans colère.
Pax était barman au Big Dick depuis plus de quatre ans, et ils avaient toujours obtenu le long, malgré l’habitude mystifiante de Pax de changer sa couleur de cheveux une fois par mois. Le mois dernier, il avait choisi de ressembler à un putois en les teignant en noir et blanc. Ce mois-ci, c’était bleu cobalt.
Pax ricana en s’occupant d’une bouteille de tequila.
— Quelqu’un est en période d’abstinence.
— Je n’ai pas besoin de détails sur ta vie privée, merci.
— Oh, mon chou, je ne parlais pas de moi.
Gabe leva les yeux au ciel. Il n’était pas en période d’abstinence – pas vraiment. Il avait eu des relations sexuelles assez régulièrement ces dix-huit derniers mois. Ce n’était simplement pas le genre de sexe qu’il voulait – le vrai, pas le porno. Même son très occasionnel plan cul ne comptait pas, parce qu’il se sentait aussi déconnecté de son partenaire après coup que lorsqu’il quittait une scène.
Non pas qu’il n’aimait pas ou regrettait son travail. Il aimait le sexe. Il aimait avoir des relations sexuelles, et être payé pour cela était un bonus. Même le sexe pornographique pouvait procurer une certaine intimité. L’un des hommes avec qui il faisait régulièrement des scènes était son meilleur ami. Mais finalement, cette intimité n’était pas réelle. Ça ne lui tenait pas chaud la nuit. Ça ne l’emmenait pas prendre un café avec lui après être allé au cinéma. Ça ne se transformait pas en une réelle relation basée sur la confiance.
Et peut-être que c’était le but.
— Il y a un petit blond sexy à l’autre bout du bar, déclara Pax en secouant son verre. Je ne pense pas qu’il soit un habitué, si tu cherches de la nouveauté.
— Merci, mais je ne cherche personne ce soir.
Gabe arracha encore quelques centimètres de l’étiquette humide de sa bouteille en verre. Presque fini.
— Si tu le dis.
Pax se déplaça pour verser ses cocktails, et le père de Gabe prit presque immédiatement sa place. Le veston aux sequins blancs projeta un reflet scintillant partout sur le bar, et Gabe essaya de ne pas trop plisser les yeux. Il aimait que son père adoptif, Richard Brightman, soit suffisamment à l’aise avec sa sexualité et son apparence pour porter quelque chose d’aussi hideux que des sequins inspirés par Richard Simmons, mais cela n’empêchait pas Gabe de fantasmer à l’idée de tous les brûler dans un feu de joie.
— Qu’est-ce qui te tracasse, fiston ? demanda papa.
Lui mentir était plus difficile que de mentir à Pax.
— Je pense à ce Tristan.
— Oui, ce garçon n’a vraiment pas de chance. Mais au moins, il a un ami pour s’occuper de lui.
— Oui.
Un autre morceau de l’étiquette fut décollé. Puis un autre. Conscient des yeux sur lui, Gabriel leva le nez. Papa n’avait pas bougé ni détourné son attention.
— Quoi ?
— Arrête.
Il commençait à s’énerver.
— Arrête quoi ? Ce n’est pas illégal de décoller les étiquettes de bière.
— Ce n’est pas ce que je voulais dire, et tu le sais. Laisse ce Tristan tranquille, ce n’est pas ton problème.
— Je ne fais pas de lui mon problème.
Papa se pencha en avant pour pouvoir baisser la voix. Afin de garder les problèmes de famille privées.
— Le fait que tu traînes ici avec cet air sur le visage signifie que tu penses à lui. Tu veux le soigner, n’est-ce pas ?
— Je ne le connais même pas.
— Oui, eh bien, je te connais toi, Gabriel.
— Ce qui signifie ?
— Ce qui signifie que je sais que comme tu ne peux pas soigner ta mère, donc tu cherches d’autres personnes à soigner.
La main de Gabe trembla, arrachant l’étiquette et laissant le dernier coin. Désormais en rogne, il roula en boule l’étiquette déchiquetée et la lança sur le bar.
— Je n’ai pas envie d’une leçon sur Debbie, d'accord. Laisse tomber.
Papa leva les deux mains en guise de capitulation.
— Je n’ai pas envie de te faire la leçon. Vous avez écouté toutes mes leçons, gamin. J’aimerais juste que tu me comprennes parfois, c’est tout. Nous l’aimerions tous les deux.
« Nous » incluait le partenaire de Richard et père biologique de Gabe, Bernard « Bear » Henson. Il avait été Bear toute la vie de Gabe, et il le serait toujours, même si techniquement il devrait être « papa ». Papa avait un passé aussi rempli avec la mère de Gabe, Debbie, que Bear, et ils comprenaient tous les deux le fardeau que Gabe continuait à porter. Gabe ne pouvait pas renoncer à elle. Elle n’avait personne d’autre.
— Je te comprends, papa. Je vous comprends tous les deux quand vous parlez, puis je prends mes propres décisions. Ce n’est pas comme ça que vous m’avez élevé ? Pour penser par moi-même ?
Papa poussa un grognement frustré.
— Tu es vraiment une plaie, tu le sais, ça ?
— C’est aussi comme ça que vous m’avez élevé.
Il sourit.
— Oh que oui ! Bon, tu comptes boire cette bière ou attendre qu’il n’y ait plus de bulles ?
— C’est probablement déjà le cas, mais je vois où tu veux en venir.
— Tant mieux. On est vendredi. En fait, on est samedi maintenant, mais ne nous attardons pas sur les détails techniques. Va t’amuser.
— Merci.
Gabe retourna son tabouret pour pouvoir regarder les corps danser tout en buvant sa bière tiède et légèrement plate. Il ne devrait vraiment pas faire de folies la veille au soir d’un tournage. La bière ne le ballonnait plus comme avant, surtout s’il n’en buvait qu’une, mais il devait à son maximum physiquement pour la caméra, sans exception.
La bière était plus un accessoire qu’autre chose. La dernière fois qu’il s’était un peu laissé aller, il avait laissé son compagnon de beuverie boire jusqu’à ce qu’il n’ait plus de souvenirs de la soirée. Shane avait semblé être un bon gars pour qui la malchance s’accumulait, ayant désespérément envie de se lâcher un peu, et c’est ce qu’il avait fait. Les démons que Gabe avait vus dans les yeux ivres de Shane étaient la seule raison pour laquelle Gabe avait décidé de lui pardonner d’avoir été un connard en se réveillant dans son lit. Il avait tellement la gueule de bois qu’il avait presque accusé Gabe d’avoir couché avec lui et de le lui avoir caché.
Ce qui avait énervé Gabe au plus haut point. Peut-être qu’ils avaient couché ensemble deux fois devant la caméra pour l’argent, mais Shane – ou Colby, son nom de scène – ne le connaissait pas. Il n’avait aucun droit de juger Gabe. Ce dernier n’avait pas besoin de saouler quelqu’un pour coucher avec lui, et cela faisait plus de deux ans qu’il ne s’était pas retrouvé ivre avec un coup d’un soir. Il avait appris la leçon.
Et Shane/Colby pourrait rester en dehors de sa vie.
Alors pourquoi Gabe avait-il accepté d’être le passif pour lui demain ?
Pour la même raison pour laquelle il prenait habituellement des risques : l’argent. Ils obtiendraient beaucoup de téléchargements pour un scénario où un actif charismatique comme « Tony » se ferait enfin prendre par-derrière.
Il s’était étiré toute la semaine avec ses doigts et un plug, mais il était encore terriblement nerveux. La seule fois de sa vie où il avait été receveur avait été une catastrophe douloureuse – ce qui n’était probablement pas rare pour deux ados de quinze ans, ivres et inexpérimentés.
Une tignasse de cheveux d'un brun doré hirsutes attira son attention, loin sur la piste de danse. Gabe se redressa, tentant de voir le visage de l’homme, le pouls s’accélérant. Cela ne pouvait pas être – non. Le visage n’allait pas. Ciselé et bronzé.
Tu es un idiot. Tristan ne reviendra pas, et certainement pas ce soir.
Gabe regarda sa montre. Deux heures du matin passées. Le dernier appel était à deux heures quarante-cinq de toute façon, et il devait se lever tôt pour un réveil à dix heures. Même s’il préférait la paix chaotique du Big Dick , il était grand temps de rentrer à la maison.
 
 
La porte d’entrée déverrouillée ne le surprenait plus, mais elle avait fait naître un nouvel instinct pour entrer dans sa maison lentement et discrètement. Être attentif à des armoires ouvertes ou des coussins de canapé retournés. De nouveaux dégâts qui n’auraient pas été causés par une rage ivre et qui pourraient indiquer un intrus. Debbie ne se souvenait pas des petites choses comme verrouiller la porte d’entrée ou tirer la chasse d’eau.
Il priait pour le jour où elle oublierait comment aller jusqu’au magasin le plus proche qui vendait de l’alcool.
Le séjour ne semblait pas très différent de quand il était parti huit heures plus tôt. Un tas de linge déplié sur le canapé. Les boîtes de pizza sur la table basse déjà pleine de magazines auxquels Debbie était abonnée. Les odeurs familières de la fumée de cigarette et du vin aigre mélangé à quelque chose de gras et vieux. Il verrouilla la porte d’entrée, puis suivit l’odeur jusqu’à la cuisine. Une demi-douzaine de boîtes blanches de nourriture à emporter jonchait la table de la cuisine, une partie de leur contenu déversée sur la vieille table en métal. Quelques mouches noires bourdonnaient autour du désordre.
« Fantastique », dit Gabe au plafond. Sa chambre était dessus, mais elle était probablement assez ivre pour dormir jusqu’à midi le lendemain. Elle commandait toujours chinois quand elle faisait le choix conscient d’essayer de boire jusqu’à oublier. Quelque chose l’avait bouleversée ce soir, et il en entendrait parler quand il rentrerait de sa scène demain.
La poubelle débordait. Il sortit le sac et le noua. Il fourra les boîtes de chinois dans un nouveau sac, avec le cubi de vin rouge qui se trouvait sur le comptoir. Il était à moitié plein, et il se ferait rôtir le lendemain, mais il s’en fichait. Ce soir, il n’en avait strictement rien à foutre. Il traîna les sacs-poubelle par la porte arrière et les mis dans les bacs à côté des marches. Puis il passa dix minutes à suivre et à écraser les mouches noires avec une tapette en plastique.
Il détestait les mouches.
Après un rapide pschitt de désodorisant, il éteignit les lumières et monta à l’étage. La chambre de Debbie était la première porte, et elle était grande ouverte. Il jeta un coup d’œil à l’intérieur parce que la lampe de chevet était allumée. Le lit était en désordre, les draps étalés sur le sol, mais pas Debbie.
Il était plus énervé qu’inquiet. Il était tard, il était épuisé, et il devait la gérer, peu importe où elle s’était écroulée pour la nuit.
Sa chambre était hors de question. Il gardait la porte verrouillée quand il n’était pas à la maison – non seulement pour ne pas déterrer sa cachette de porno et lui brûler les rétines, mais aussi parce qu’il ne lui faisait tout simplement pas confiance. Il avait peur qu’elle vole la montre Burberry qu’il s’était offerte après sa première scène et la revende pour s’acheter de l’alcool. Il avait peur de ne pas retrouver ses affaires, alors il les gardait sous clé quand il n’était pas à la maison.
Au bout du couloir, la porte de la salle de bain était entrouverte. Il alluma. Debbie dormait sur le sol de la salle de bain, enveloppée dans sa robe de chambre jaune. Il fit tomber l’abattant des toilettes avec son pied, puis tira la chasse, évacuant la preuve de son dîner et de sa beuverie. Elle n’avait pas vomi sur le sol ou sur elle-même – une chance pour laquelle il était incroyablement reconnaissant.
Bien qu’il aurait voulu la laisser là, il avait besoin de prendre une douche le matin, et c'était inconcevable avec sa mère évanouie sur le linoléum. Dans ces moments, Gabe remerciait l’univers de lui avoir donné la carrure de son père. Son mètre quatre-vingt-huit et ses quatre-vingt-quinze kilos lui permettaient de porter le mètre soixante, ne pesant presque rien de Debbie sans se fatiguer.
Cette femme ne pouvait pas manger six boîtes de nouilles en une semaine. Quel gaspillage d’argent !
Elle ne remua pas pendant la courte marche jusqu’à sa chambre ni quand il la posa. Il lui fallut une minute pour remettre de l’ordre dans les draps. Il vérifia qu’il y avait une poubelle de chaque côté du lit, éteignit la lampe et ferma la porte.
La routine chez Debbie Harper.
Dans un coin de sa tête, Bear lui sourit tristement et dit : Ce n’est pas ton job, Gabriel. Ce n’est pas ton job.
Gabe ne le niait pas. Il ne savait pas non plus comment arrêter.
Qu’avait-il d’autre à faire de sa vie si ce n’était prendre soin de sa mère alcoolique ?
 
 
Il devait accorder à Colby le mérite d’être aussi doux que possible. Accepter d’être passif pour la première fois depuis ses quinze ans avait été une décision angoissante pour Gabe, mais le salaire pour être le premier receveur lors d’une partie à trois avait été son facteur décisif. Chet avait même eu pitié de lui en lui permettant de choisir qui allait le pénétrer. Même si Gabe était ami avec son autre partenaire de scène Jon "Boomer" Buchanan, Boomer était parfois un top maladroit.
Colby – il avait encore du mal à se référer à lui par son vrai nom tout en travaillant – était un bon gars qui faisait du porno comme s’il avait un pistolet sur la tempe. Son histoire intriguait Gabe, mais il ne lui avait jamais posé la question. Aujourd’hui avait été le dernier tournage de Colby, de toute façon, donc ça n’avait pas d’importance. Comme Colby/Shane venait travailler au Big Dick en tant que danseur, alors Gabe ferait un effort.
Gabe s’était préparé pendant un long moment sous la douche ce matin-là. Colby faisait beaucoup de préparation manuelle à l’écran, et Boomer lui avait longtemps léché l’anus, ce qui avait été fantastique. La pénétration en elle-même avait été douloureuse, mais pas insupportable, et Gabe avait réussi à éjaculer. Chet était satisfait des images, donc Gabe l’avait pris comme une victoire et s’était échappé à l’étage pour se doucher.
Jon l’appellerait plus tard pour s’assurer que tout s’était bien passé pour lui, parce qu’il était un type bien. Ils travaillaient régulièrement ensemble, et même s’ils avaient filmé plus d’une demi-douzaine de scènes, il n’y avait rien de romantique entre eux. Et ça convenait à Gabe. Il aimait avoir un ami qui écoutait ses problèmes familiaux dingues, ne jugeait pas et n’attendait pas de sexe en échange de son temps et de son attention.
Après une douche rapide pour laver la sueur et les fluides corporels de la journée, il enfila un short de course et un tee-shirt qu’il sortit de son sac de sport. Son téléphone s’illumina. Six appels manqués, tous de Debbie. Pas de messages. Gabe regarda son téléphone portable, souhaitant que son éclair soudain de colère efface chaque notification d’appel. Lorsque ça ne fonctionna pas, il utilisa son doigt.
Supprimés.
Chet l’attendait près de la porte d’entrée de la maison qui servait de décor, un chèque à la main.
— Excellent travail aujourd’hui, mon garçon, très bon film. Voici l’avance que tu m’as demandée.
Gabe hésita à prendre le chèque. Chet était une anomalie dans l’industrie du porno, parce qu’il payait ses acteurs de deux manières. Tout d’abord, il y avait l’argent immédiatement après le tournage, sans royalties, ce qui était la norme de l’industrie et l’option que les gens comme Colby choisissaient habituellement pour se faire de l’argent rapidement. Gabe préférait les royalties, ce qui signifiait généralement pas d’argent sur le moment, mais il touchait un pourcentage décent sur tous les téléchargements. Le dernier exploit de Debbie avec le prêt sans garantie avait forcé Gabe à demander à Chet une avance contre la vidéo d’aujourd’hui.
— Merci beaucoup, Chet.
Gabe glissa le chèque dans son sac de sport.
— Si ta situation se complique, je peux te faire tourner plus de deux fois par mois.
— J’y réfléchirai.
Il continuait à recevoir des paiements mensuels réguliers provenant de sa bibliothèque de scènes passées, mais étoffer sa collection pourrait déplacer la virgule sur ses chèques.
— Appelle-moi quand tu auras de nouveau besoin de moi.
— Prends soin de toi, Tony.
Gabe prit une profonde respiration en quittant la maison, et expira longtemps et lentement sur le chemin vers sa voiture. C’était un rituel qu’il utilisait pour se défaire de Tony, l’homme qui était entré dans ce décor et avait fait son travail, baisant comme un champion et toujours avec le sourire. Bien sûr, Gabe avait pris du plaisir. C’était du sexe régulier sans les mauvais côtés, et toujours, toujours en sécurité. Tous les acteurs étaient testés pour les IST régulièrement, et personne ne couchait sans préservatif chez Mean Green Boys .
Deux ans auparavant, Gabe avait contracté un cas plutôt répugnant de gonorrhée buccale auprès d’un coup d’un soir qu’il avait sucé puis baisé. Malgré le statut de Richard, l’incident avait finalement appris à Gabe les dangers du sexe sans attaches, et il s’était abstenu pendant un certain temps. Il avait rencontré Jon à la salle de gym un après-midi, et après que leurs chemins se furent croisés plusieurs fois en un mois, ils se mirent à faire du sport ensemble régulièrement. Gabe avait apprécié leur amitié, et il avait appris que Jon était très méticuleux afin d’éviter des infections.
Un jour, après s’être douché ensemble, Jon avait plaisanté sur le fait que Gabe « soit dans le porno avec un sexe pareil ». Gabe avait ri, même après que Jon eut vanté les avantages du bon et régulier sexe avec très peu de risque. Quelques jours plus tard, Gabe recevait un appel au sujet d’un entretien pour être acteur pour Chet Green. Ça s’était bien passé, Chet lui avait montré de l’argent, et il n’en avait pas fallu plus. Signer avec Mean Green Boys avait été comme une évidence – en plus, il avait besoin de l’argent qu’il ne pouvait pas gagner en tant que serveur.
Sa route depuis la maison résidentielle de Camp Hill à travers la Susquehanna sur la Capital Beltway, puis en direction du nord vers son chez lui sur Harris Street, prit une vingtaine de minutes. Il essaya d’ignorer la circulation et les autres conducteurs, d’ignorer ce que sa mère voulait au point qu’elle l’avait appelé six fois sans laisser de messages. Il ouvrit les fenêtres et se concentra sur l’air chaud de juillet et l’odeur humide et huileuse de la ville.
Il avait bien sué lorsqu’il se gara devant la vieille maison bleue. Le jardin avait besoin d'être entretenu. Il mit ça sur la liste des choses à faire cet après-midi. L’effort physique l’aiderait à oublier le léger inconfort dans son postérieur.
Quelque chose à l’intérieur de la maison se brisa avant qu’il puisse glisser sa clé dans la serrure. La poignée tourna, ce qui lui indiqua qu’elle était sortie au moins une fois depuis qu’il était parti pour le tournage, parce qu’il verrouillait toujours la porte derrière lui. Ils avaient un sous-sol plein de vieux colis de télé-achat d’avant qu’il confisque toutes les cartes de crédit de Debbie, et ils ne vivaient pas dans le meilleur quartier de la ville.
Il entra dans le chaos. Le total opposé de l’ordre relatif de la veille. Les coussins n’étaient plus sur le canapé, des magazines jonchaient le sol. Une chaise de salle à manger était renversée. Des films et des livres étaient dispersés sur le tapis près de la télévision. Depuis la porte, il ne pouvait pas voir la source du bruit fracassant.
— Maman ?
Debbie sortit en furie de la salle de bain du rez-de-chaussée, sa robe de chambre flottant comme une cape, ses cheveux roux enroulés autour de sa tête comme un bonnet de bain frisé. Elle pointa un doigt en l’air alors qu’elle avançait vers lui tel un taureau mugissant.
— Où est-elle ? Où l’as-tu mise ?
Gabriel leva ses mains en l’air et fit un pas sur le côté.

—  Où ai-je mis quoi ?
— Mon alliance ! Tu l’as enlevée pendant que je dormais, et tu l’as cachée quelque part. Où est-elle ?
Une haleine de vin aigre lui souffla au visage. Il faisait presque trente centimètres de plus qu’elle, mais elle se débrouillait tout de même pour paraître plus grande que lui. Plus dominante, comme quand il était enfant et qu’elle le malmenait.
— Je n’ai pas pris ta bague, dit Gabe. Tu l’as vendue quand j’avais treize ans, et tu m’as accusé de l’avoir volé exactement comme tu le fais maintenant.
— J’avais la bague hier soir.
Il détestait ces matins. Des diatribes causées par la gueule de bois à propos d’événements d’il y a longtemps, généralement quelque chose qu’elle avait décidé comme étant la faute de Gabe. L’alliance avait disparu dix ans plus tôt après une dispute particulièrement violente entre Debbie et Bear, et elle les avait tous les deux accusés de l’avoir volée. Bear avait finalement retrouvé l’anneau chez un prêteur sur gages local, dont le propriétaire avait juré que Debbie l’avait vendue elle-même.
L’un des drôles d’effets secondaires de l’abus excessif d’alcool était la perte de mémoire.
— Cela fait plus de dix ans que tu n’as plus cette bague, déclara Gabe. Hier soir, j’ai seulement porté ta carcasse ivre morte du sol de la salle de bain à ton lit.
Sa main partit d’un coup, rapide comme toujours, et claqua chaudement sa joue. Sa tête ne bougea pas parce qu’elle n’avait plus ce genre de force, mais la gifle lui fit mal. Elle essaya encore une fois, et il attrapa son poignet, son sang-froid commençant à lui manquer. Il le serra jusqu’à ce qu’elle gémisse, puis le lâcha.
Ses grands yeux verts s’emplirent de larmes. Son menton trembla. Sur un long cri, elle fuit le salon. Ses pas retentirent à l’étage, se terminant par le claquement de la porte de sa chambre.
Gabe se frotta le visage là où sa joue piquait encore. Puis il commença à nettoyer son désordre.
Encore.
 

 
Chapitre 2
 
 
 
 
Big Dick. Big Dick. Big Dick. Grosses queues. Grosses queues. Grosses – pourquoi je pense aux grosses queues ?
Tristan Lavelle cligna des yeux derrière le pare-brise en regardant le paysage qui défilait, à la fois familier et nouveau. Il ne conduisait pas, ce qui était une bonne chose. Il n’avait pas conduit une voiture depuis longtemps. Depuis l’accident. L’accident était la raison pour laquelle il ne parvenait pas à se rappeler pourquoi il avait pensé à... quelque chose. Des queues ?
Sauf qu’il ne s’était pas agi d’un accident. Il était tout simplement plus facile et moins rageant de le voir comme un accident plutôt que ce que c’était vraiment. Ou du moins ce qu’on lui avait dit que c’était, puisqu’il ne s’en souvenait pas non plus.
Noel conduisait. Noel était son meilleur ami au monde, et ils étaient souvent tous les deux, même s’ils ne vivaient plus ensemble. La fac c’était fini. Lui et Noel ne partageaient pas de chambre avec Billy et Chris, mais ils leur rendaient parfois visite. Du moins, il en était relativement sûr.
Il étudia le profil de Noel, espérant que quelque chose le frappe. Un élément familier dans cette situation, ou même dans ses vêtements. Sa mémoire à court terme était à peu de chose près inexistante, mais il savait qu’il avait des moments où les choses lui étaient familières. Principalement avec des gens, récemment avec quelques lieux. Ils se produisaient beaucoup avec Noel, et beaucoup dans... cet endroit où il vivait qui n’était pas avec Noel, Billy et Chris.
Benfield. Oui. Il le savait, ça. Principalement des personnes âgées. Pas beaucoup de gens comme lui.
Les vêtements de Noel lui parurent étranges. Noel était agent de police, et il ne portait pas son uniforme. Quand il vint lui rendre visite, Tristan n’arrivait pas à se rappeler, mais il était à peu près sûr qu’il ne portait pas un jean noir moulant et un tee-shirt sans manches vert foncé. Tenue de soirée.
Tristan jeta un coup d’œil à ses propres vêtements. Jean bleu foncé. Pas vraiment serré, mais aucun de ses vêtements ne lui allait vraiment. Son tee-shirt noir disait « Embrasse-moi, je suis mignon ». Billy lui avait offert pour son dix-neuvième anniversaire.
La nuit. Des vêtements de fête. Ils sortaient.
Son cahier était ouvert sur ses genoux. Tristan ne voulait pas encore s’y référer. Il voulait essayer de comprendre ça tout seul, sans les longues notes qu’il avait probablement écrites. Sa vie tout entière depuis l’accident était relatée dans une série sans fin de cahiers à spirale. Des cahiers et des post-its partout sur les murs de sa chambre. Des calendriers et des rappels sur son ordinateur portable pour tout lui rappeler, comme ses médicaments ou prendre le petit déjeuner.
Je suis complètement brisé, mais tout le monde essaie de me réparer.
En particulier Noel. Noel était présent cette nuit-là. Noel avait été blessé, lui aussi. La famille de Tristan avait coupé les ponts parce qu’il était gay, mais Noel avait toujours été là pour lui.
— Tu peux monter un peu la clim, bébé ? Il fait chaud derrière.
La voix à la fois inconnue et totalement familière fit sursauter Tristan. Lui et Noel n’étaient pas seuls. Bon nombre de fois récemment, ils n’avaient pas été seuls parce que Noel sortait avec quelqu’un.
Réfléchis. Réfléchis. Réfléchis. Je le sais.
Noel manipula les boutons de la climatisation sur le tableau de bord de la voiture.
— Mieux ?
— Oui, merci.
Noel sortit de l’autoroute et entra dans la ville hautement éclairée. Harrisburg. Ils étaient allés à l’université ici. Il connaissait la ville, et il aimait y venir...

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