Le souffle d infinité
144 pages
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Le souffle d'infinité , livre ebook

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Description

1851, près des côtes Françaises. Sean Erainn, accompagné de sa famille vient rendre visite à son frère Rory, installé à Saint-Malo avec son épouse Cordélia. C’est au cours de ce séjour qu’il fait la connaissance de Madeline Kerradec. Une jeune femme perdue dans un mutisme si intrigant que le benjamin de la fratrie, d’une nature particulièrement solaire, se sent immédiatement attiré par celle dont il aimerait percer les mystères. Elle a vécu l’enfer, c’est tout ce qu’il détient comme information. Madeline balance entre le bien et le mal, les ombres qui la retiennent prisonnière et la lumière vers laquelle Sean est déterminé à la ramener. Il y croit ! Mais à trop sous-estimer le poids de cette bascule, ne risque-t-il pas de sombrer vers l’obscurité ? Au cours d’une épopée maritime au rythme échevelé, le Souffle d’Infinité les emportera dans une aventure d’où personne ne reviendra indemne...

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Informations

Publié par
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EAN13 9782902427956
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0045€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Le Souffle
d’Infinité
Tome 2
Les Erainn : Sean, l’altruiste

 
 

Le Souffle
d’Infinité

Thalie Perrot
 
«Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. L’auteur ou l’éditeur est seul propriétaire des droits et responsable du contenu de ce livre. Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause, est illicite et constitue une contrefaçon, aux termes des articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.»
 
©2021, Thalie Perrot
Édition : Plumes de Mimi éditions, 122 rue de l’Argonne, 62117 Brebières.
Siret : 84469800100014
Dépôt légal : 07/2021
ISBN numérique : 978-2-902427-95-6
ISBN papier : 978-2-902427-96-3
 

Q ue l’on s’efforce d’être pleinement humain et il n’y aura plus de place pour le mal.
Confucius

S ois le changement que tu veux voir dans le monde.
Gandhi

C e roman est un hommage à tous ceux qui souffrent, peu importe l’époque. Nous sommes tous les garants de l’équilibre entre le bien et le mal.
Que la lumière l’emporte   !
Thalie
 
 

Table des matières
Chapitre premier
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 15
Chapitre 16
Chapitre 17
Chapitre 18
Chapitre 19
Chapitre 20
Chapitre 21
Chapitre 22
Chapitre 23
Chapitre 24
Chapitre 25
Chapitre 26
Chapitre 27
Chapitre 28

 
Prologue
 
M adeline Kerradec ne se souvenait plus depuis combien de temps elle se trouvait enfermée dans ce cachot lugubre. Elle s’était refusée jusque-là à toucher à l’infâme brouet 1 servi dans une écuelle à même le sol, juste devant sa cellule. Son estomac lui infligeait d’odieuses souffrances.
Les premiers jours de son incarcération, des individus encagoulés lui avaient entravé les poignets. La corde était si serrée qu’elle lui avait entaillé la peau jusqu’au sang, elle ressentait encore l’extrême supplice qu’elle avait subi alors.
Madeline endurait sa captivité, non seulement dans sa chair, mais également dans son âme. Elle entendait depuis trop longtemps les gémissements d’autres jeunes femmes désespérées, des détenues tout comme elle et qui, pour la plupart, avaient dû tolérer des choses atroces.
Durant des nuits et des jours, des hurlements d’effroi et de douleur s’étaient répandus en échos insoutenables dans cette prison de l’horreur. Madeline avait été enlevée sans en comprendre la raison. Enfin, plutôt, elle ne cherchait plus à savoir vers quel funeste destin cela la conduisait.
Sa blonde chevelure ressemblait désormais à un enchevêtrement de mèches salies et poussiéreuses, la robe qu’elle portait, souillée et répugnante, dégageait une odeur à vomir.
Elle ressentit, soudain, une sourde révolte, naître en son cœur ! Pourquoi la vie se montrait-elle si injuste ? Tout au début de sa claustration, elle avait bien tenté, des jours durant, de trouver un moyen d’échapper à ces conditions d’existence effroyables. Les murs et les barreaux de sa prison se révélaient bien trop épais pour penser même espérer s’enfuir. Madeline était juste parvenue à se libérer de la corde qui lui cisaillait les poignets, ses ravisseurs n’avaient toujours pas pris la peine de la retirer. Elle l’avait frottée longuement contre les traverses en métal de sa cellule. Elle craignait que les plaies, devenues purulentes, ne finissent par s’infecter plus encore.
Elle jeta un regard circulaire et machinal autour d’elle. En mémoire, lui revint cette autre fille que leurs geôliers avaient emmenée, quelques heures seulement après sa propre arrivée. Madeline l’avait questionnée cherchant à obtenir des informations sur son identité et sur le lieu où elles se trouvaient, mais n’avait perçu que l’affolement de cette adolescente à la peau décharnée et aux grands yeux remplis d’effroi.
Elle, qui pourtant demeurait si croyante, ne parvenait même plus à prier.
Madeline sentait naître au plus profond d’elle-même un sentiment de révolte et de haine incommensurable. À moins que ce ne fût la folie qui la guettait et prenait le pas sur la peur qu’elle éprouvait dans les premiers temps.
Une chape de plomb semblait s’être abattue sur ses frêles épaules et elle se laissa glisser lentement à terre, elle ne détenait plus de larmes à verser. Dans un réflexe de protection, c’est comme si toute trace d’humanité désertait son cœur, son être, son âme. Ses forces, elles aussi, la quittaient peu à peu.
Elle finirait ses jours sur ce sol de pierres froid et visqueux.
Elle se jura que si elle échappait à cette destinée fatale elle se vengerait de tous ceux qui avaient causé sa chute dans cet enfer !
Soudain, il lui parut entendre des bruits de pas dans l’escalier. Sans qu’elle le voulût vraiment, tous ses sens s’animèrent. Une odeur précieuse parvint jusqu’à ses narines frémissantes comme celles d’un animal aux abois. Et puis subitement, elle l’aperçut. Une jeune femme magnifiquement belle, tel un ange, apparut.
Lorsque Madeline vit cette dernière se rapprocher, son instinct l’exhorta à un ultime effort. Elle se releva sans bruit, posa sa main famélique sur celle, élégante, de la visiteuse de fortune. Celle-ci émit un petit cri bref de surprise, Madeline parant le geste de recul de l’inconnue, la retint tout en suppliant :
— Ne partez pas, madame ! Sauvez-nous !
 
 
Chapitre premier
 
1851, près des côtes françaises.
 
S ean Erainn regardait droit devant, un sourire flottant sur ses lèvres. Ils ne se situaient désormais plus qu’à quelques encablures des côtes françaises qu’il n’avait pas foulées depuis des années.
Trois ans s’étaient écoulés, à l’époque, il accompagnait son frère Rory, chargé de veiller à la sécurité des sœurs Montrésor.
Depuis Rory, qui s’était établi en tant qu’armateur, avait épousé Cordélia, ils vivaient très heureux, en France dans la merveilleuse cité de Saint-Malo. Jamais auparavant Sean n’avait vu de couples aussi amoureux que ces deux-là. Quoique ! À bien y réfléchir, il en connaissait effectivement un autre exemple : ses propres parents !
Sean se tourna vers le gaillard arrière, il ressentit de la tendresse. Apolline et Evan Erainn, serrés l’un contre l’autre, se regardaient avec un attachement infini. Le sourire de Sean se mua en une version plus moqueuse, mais bienveillante face à son frère, Liam, excédé par l’attitude amoureuse de leurs parents. Tout paraissait intolérable à ce dernier d’un caractère excessivement bougon. Sean se demandait encore comment son père et sa mère avaient pu le convaincre de se joindre à eux pour ce voyage. À la simple vue de son sémillant benjamin, Liam grommela puis se tourna pour se concentrer sur ses tâches de capitaine.
Sean étouffa un fou rire. Ah ! Que ses frères étaient différents ! À leur insu, ils s'avéraient drôles aussi, Liam ne dérogeait pas à la règle !
Sean referma son carnet à croquis pour mieux admirer la majestueuse silhouette des côtes bretonnes qui se profilait à présent sous ses yeux. La terre de France en approche, Sean se sentait vraiment euphorique à l’idée de découvrir son neveu venu au monde au cours de l’hiver.
Il était persuadé que ce qui les attendait ne serait que pure merveille. Son enthousiasme et son optimisme légendaire feraient leur effet sur son frère, il en était convaincu !
En gardant cette perspective en tête, il allait pratiquer quelques ablutions afin d’éliminer les traces d’embruns. Il fallait réaliser une bonne impression sur le dernier-né de la famille, un seul oncle Erainn effrayant suffirait amplement ! Sans le vouloir, il jeta à nouveau un œil à Liam qui, exaspéré d’être le centre d’attention, finit par lui adresser une grimace. Ce fut hilare que Sean rejoignit ses parents.
 
L e Magnifique clipper Aengus était à présent amarré dans le port de la vieille cité corsaire.
Sean, qui possédait une excellente mémoire des choses, sut immédiatement qu’il conserverait longtemps la vision de son frère Rory courant vers leur mère et la soulevant comme si elle n’était pas plus lourde qu’un bouquet de fleurs printanières. Ce dernier fit virevolter Apolline Erainn en la maintenant à bout de bras.
— Vous m’avez manqué ! avoua Rory.
— Toi aussi, mon chéri ! lui répondit-elle, émue.
Ils se souriaient comme deux êtres que les liens du sang unissaient au-delà de ce qui est visible pour le commun des mortels. Sean se trouvait touché en plein cœur de pouvoir assister à ces retrouvailles entre un enfant et sa maman chérie. Il aperçut des larmes de joie scintiller au coin des yeux d’Apolline. Rory la relâcha en la posant délicatement sur le sol, mais ce fut pour mieux la serrer contre son cœur. De nombreux badauds présents sur le quai semblèrent s’émouvoir d’une telle démonstration d’attachement. Les effusions n’étaient pas les bienvenues dans la société, ni même en dehors d’ailleurs. Cependant, leur mère, Apolline, les avait élevés dans la plus totale liberté affective. Elle avait toujours souhaité que ses fils se sentissent dégagés du carcan de ne pouvoir exprimer leurs moindres perceptions. Pour ce faire, elle les avait éduqués et encouragés à s’intéresser à l’art de leur choix afin de permettre encore à leurs sentiments et sensations de se développer.
Sean observa de nouveau la scène et vit son père s’approcher et donner une accolade pas forcément plus protocolaire, mais bien plus virile à Rory.
— Tu es toujours aussi fort, mon fils ! affirma Evan Erainn.
— Pas autant que vous, père ! répliqua Rory.
Liam se contenta d’un hochement de tête. Sean pensa, moqueur, que ce dernier était au paroxysme de l’amabilité. Il crut même apercevoir un petit rictus qui devait être un semblant de sourire sur le beau visage de son cadet. Il vint à son tour vers lui et comme Evan l’avait fait porta une étreinte chaleureuse à son frère tant chéri.
— Heureux de te revoir ! lui souffla Rory.
— Pas autant que moi ! lui répondit Sean.
Il ajouta :
— Où est la petite merveille de la famille ?
— Cordélia est là-bas ! déclara Rory, un éclat sardonique dans l’œil tout en désignant du doigt sa femme qui les attendait un peu plus loin.
— Tssss ! Tu es toujours aussi cocasse, remarqua Sean.
Rory mit une frappe fraternelle dans le dos de Sean. Tous se dirigèrent ensuite vers Cordélia qui tenait dans ses bras le dernier des Erainn.
Tous à leurs retrouvailles, ils ne se rendirent même pas compte qu’ils étaient observés.
 
À présent, ils se trouvaient tous bien installés dans l’immense hôtel particulier acquis par Rory à Saint-Malo. C’était une de ces magnifiques demeures construites au XVIIIe siècle par de riches armateurs à qui en succédait un autre finalement.
Les Erainn transportaient, dans leurs clippers très performants, du thé qu’ils importaient principalement depuis la Chine vers l’Angleterre. Rory avait choisi, quant à lui, une marchandise plus adaptée aux Français : le café 2 .
Depuis que Rory la connaissait, il n’était jamais parvenu à s’éloigner de Cordélia qui l’accompagnait partout, y compris quand il avait dû se rendre au Brésil pour ses affaires. Il importait également parfois de la laine depuis l’Australie ou encore des métaux précieux d’autres continents.
Sean admirait son frère qui avait su se construire une vie loin de leur magnifique Irlande et qui semblait si intensément heureux. Il jeta un regard circulaire à l’immense chambre que Cordélia lui avait attribuée et redécouvrit les grands et beaux yeux de sa belle-sœur lorsqu’elle l’avait revu sur le quai. Elle paraissait épanouie et comblée.
Après avoir accueilli sa belle-famille de la manière la plus chaleureuse qu’il fût, Cordélia leur avait présenté un bébé tout emmailloté dont seul le visage, poupon et un peu rougi par le vent marin, était apparent. Une mèche, noire comme le jais, s’était échappée. Mais ce qui avait retenu l’attention de tous avait été les yeux entre le bleu et le vert du petit Lodoïs.
Apolline s’était approchée de Sean, avait enserré sa taille et posé la tête sur la poitrine musclée de son plus jeune fils en lui confiant  :
— Je crois que Lodoïs a hérité des mêmes yeux que son oncle. Encore un Erainn qui va faire chavirer bien des cœurs !
Elle avait alors plaqué un baiser sonore sur la joue d’un Sean tout rougissant des compliments de sa mère.
Sean revint dans l’ici et maintenant, dans cette grande chambre bien agencée dans laquelle il ne devait pas passer plus d’une semaine. En effet, Liam et lui devaient partir pour la Chine où Evan, leur père, les avait chargés de récupérer une cargaison de thé à destination de l’Angleterre. Ce périple avait été l’occasion de déposer leurs parents en France afin qu’ils pussent faire la connaissance de leur petit-fils. Liam et lui-même étaient censés venir retrouver ensuite Apolline et Evan au retour de ce long voyage.
Sean jeta un œil à la magnifique petite pendule en bronze qui trônait sur le linteau de la cheminée en granit rose. Il considéra qu’il avait assez rêvassé et qu’il était bien temps de rejoindre la famille pour le souper. La porte de sa chambre donnait directement sur les marches douces de l’escalier qui desservait la plupart des pièces de nuit.
Il s’apprêtait à refermer l’huis lorsqu’une impression très étrange le prit tout entier.
Sean n’aurait su dire ce qu’il ressentait réellement, mais une force, plus grande que lui, l’obligea à lever les yeux et il crut apercevoir une frêle silhouette là où le degré formait un tournant. Figé sur l’instant, dès qu’il recouvra ses esprits, il se lança à la poursuite de l’image fugace en montant l’escalier le plus rapidement possible. Mais ne voyant rien, il se décida à redescendre. Finalement, il n’était peut-être pas aussi bien reposé que ce qu’il pensait.
Il rejoignit toute la famille dans un salon coquet et aperçut un immense chien lui foncer dessus ! Le bébé dont il se souvenait avait bien grandi, avant même que Rory n’ait pu intervenir, Chance sauta de joie sur Sean et voulut lui donner une léchouille.
— Chance ! Au pied ! ordonna Rory.
Le molosse revint immédiatement vers son maître tout penaud de l’avoir, semblait-il, contrarié. Il fixait Rory, les oreilles rabattues sur son crâne avec un regard empli d’une affection infinie.
— Ne le gronde pas ! Il n’a rien fait de mal, c’est juste une grosse boule de poils remplie d’amour, affirma Sean.
Ce dernier se dirigea vers le chien et le gratifia d’une caresse amicale sur le sommet de sa tête. Après ça, l’animal vint se coucher à ses pieds dès que Sean fut installé à table.
— Ne te plains pas s’il te suit comme ton ombre après ça, lança Liam.
— Je n’en ai pas l’intention, se moqua Sean. Détends-toi un peu, Liam !
Evan surenchérit sur les propos de Sean en assurant :
— Oui ! Tranquillisons-nous tous et profitons de ce que la vie nous gâte. Je lève mon verre à notre précieux Lodoïs !
Joignant le geste à la parole, les Erainn se retrouvèrent à trinquer à la santé du petit dernier.
Un majordome impassible aux allures raffinées, les tempes grisonnantes, vint leur annoncer que le dîner les attendait et leur conseilla de ne pas trop tarder s’ils ne voulaient pas qu’il se transforme en buffet froid. Tout le monde sut apprécier l’humour de ce serviteur pince-sans-rire.
Cordélia les enjoignit à l’accompagner. Ils se dirigèrent vers une somptueuse salle où le souper était prêt. Le repas qui suivit fut absolument divin. Cordélia encore une fois n’avait pas lésiné pour recevoir sa belle-famille d’une façon digne des plus prestigieux convives. Le personnel de maison avait veillé à ce que tout se déroule à la perfection. Le majordome vint prévenir Cordélia que le café allait être mis à disposition. Tous les Erainn se dirigèrent donc vers le salon adjacent dans un joyeux brouhaha.
Lorsqu’ils entrèrent, Sean se figea sur le seuil un instant. Une vision enchanteresse l’avait cueilli tout entier. Une jeune femme était tout occupée à verser la boisson fumante. Elle la faisait couler, dans le luxueux service en argent. Le liquide ambré et amer dont les effluves caractéristiques se mélangeaient au doux et subtil parfum fleuri qu’elle portait. Les narines de Sean étaient en émoi, elles frémissaient sans qu’il puisse les contrôler.
Les longs cheveux blonds de la demoiselle, attachés en une natte, montraient combien sa matière vivante cherchait, en réalité, à s’échapper de cette entrave à sa nature soyeuse et rebelle.
Sean se trouva si saisi qu’il blêmit à l’extrême. À cet instant précis, la beauté tourna son visage fin vers lui, comme mue par un instinct primaire. Leurs regards s’accrochèrent un simple instant qui sembla une infinité de temps.
Après qu’un grand froid se fut emparé de Sean, ce fut un feu interne d’une intensité rarement ressentie qui le dévora et monta jusqu’à ce que ses joues deviennent cramoisies.
Il lui parut entendre une voix intérieure, mais avant même qu’il ait pu reprendre ses esprits, la jeune femme à la chevelure d’or était sortie de la pièce. Elle avait adopté une attitude extrêmement docile, le dos un peu voûté et les yeux rivés au sol en passant à côté de l’ensemble de la famille. Apolline fut la première à remarquer le malaise de Sean.
— Qu’y a-t-il, Sean ? demanda-t-elle en se précipitant vers lui.
— Tout va bien, maman, ne vous inquiétez pas ! Je pense que je suis juste passablement fatigué. Je vais aller me reposer. Je vous prie de bien vouloir excuser mon absence. Ce fut une merveilleuse soirée !
Il était en train de s’éloigner afin de regagner sa chambre quand son frère Liam le retint par la manche et lui glissa à l’oreille, en un avertissement.
— Prends garde à toi, mon vieux ! Cette fille est une banshee 3  !  
 
Chapitre 2
 
S ean connut bien des difficultés à s’endormir. Il n’était pourtant pas de nature inquiète ni homme à se triturer l’esprit pour rien.
Cependant, cet avertissement de Liam avait résonné en lui durant toutes ces heures où il n’avait pas réussi à fermer les yeux sur un sommeil réparateur.
Liam, en plus d’être un grognon perpétuel, était aussi un des Irlandais les plus superstitieux que Sean ait jamais connus. Ces sornettes, Sean n’y avait jamais cru. Mais Liam n’en démordait pas, elles existaient bel et bien ! Ce dernier avait sans doute passé beaucoup trop de temps avec leur seanmháthair 4 . Les banshees appartenaient à la mythologie irlandaise. Leur grand-mère gaélique était passionnée par ces créatures féminines à mi-chemin entre déesses et fées. Ces magiciennes qui faisaient le lien avec l’autre monde selon elle. Elle y croyait mordicus ! Grand-maman Erainn était intarissable en matière de croyances et cultes celtes. Combien d’heures avaient-ils tous passées à écouter leur aïeule ? Bien souvent, ils s’étaient retrouvés les yeux agrandis d’effroi ou de délectation pour ses histoires toujours plus impressionnantes au fur et à mesure que la fratrie Erainn devenait des hommes. Liam s’était particulièrement lié à cette grand-mère et c’est tout naturellement qu’elle lui avait transmis sa maîtrise de la harpe 5 gaélique afin d’accompagner la transmission des légendes apprises.
Sean ne savait encore rien de cette créature blonde, entraperçue à la fin du dîner, mais il aurait pu jurer qu’un visage aussi angélique ne pouvait pas être celui d’une banshee. En tout cas, il tenta de se persuader qu’elle n’était pas un trop dangereux spécimen et que si c’était le cas rien ne viendrait mettre sa vie en danger.
Il prit son carnet à croquis et un crayon, puis très inspiré, dessina frénétiquement le portrait de la jeune fille. Tout son corps se mouvait comme captif d’un mystérieux enchantement. Chaque détail de son minois s’exposait peu à peu aussi nettement que si sa main en parcourait le contour parfait.
Sean, pour une fois, n’avait pas transformé une personne en caricature amusante, il laissait plutôt apparaître une véritable déesse. Dans ces jolis yeux de fusain, Sean pouvait lire une sourde détresse, quelque chose de l’ordre de la douleur qui ne guérit jamais. Il n’était entré qu’une simple fraction de seconde en son être intérieur, mais il s’en était aussitôt senti captif. Il croquait à présent sa bouche, sa mémoire visuelle ne lui faisant pas défaut. La pointe de son crayon s’appliquait à suivre la courbe généreuse des lèvres qui avaient marqué son esprit. Il se dégageait de cette bouche un charme qui mettait en éveil tous les sens de Sean. Il posa son fusain et observa ce personnage esquissé.
Cette créature divine possédait une ligne de mâchoire volontaire, un menton un peu rond qui donnait un ovale parfait à son visage et des yeux de chat, ombrés de longs cils que soulignait encore le liseré net et fin de ses sourcils.
Sean avait encadré ce délicat visage par une chevelure abondante et soyeuse qu’il n’avait fait que deviner. Il imaginait, déjà, sa douceur glisser entre ses doigts. Le charme agissait en lui lentement tel un élixir qui s’emparerait de sa raison. Il s’ébroua légèrement, un peu comme un chiot l’aurait fait au sortir de l’eau. Sean cherchait juste à reprendre pied avec la réalité. Comme à l’accoutumée, c’est sa maîtrise de la dérision qui parvint à l’extirper de sa rêverie sensuelle. Il se moqua intérieurement de lui-même en se taquinant gentiment :
— Dis donc, mon vil monsieur, ne serait-ce pas toi qui prenais tes frères pour d’impénitents et faibles séducteurs ? Il va peut-être falloir calmer tes ardeurs !
Une des choses dont Sean était le plus fier, c’était l’éducation reçue par sa mère, Apolline. Celle-ci était française, ce qui expliquait aussi leurs accointances avec la langue et le peuple de ce pays qu’ils aimaient tous tant. Apolline était issue d’une famille aristocratique qui n’était pas très conventionnelle et qui s’était, très facilement, accommodée des idées modernes d’après la Révolution de 1789. Sean disait fréquemment de ses grands-parents maternels qu’ils étaient des excentriques. Apolline faisait souvent référence à Olympe de Gouges 6 . Leur mère leur avait appris à respecter les femmes et Sean pensait vraiment s’être toujours comporté en gentilhomme avec elles. Ces notions de galanterie, d’élégance et d’égalité, il les adoptait en tant que valeurs essentielles pour lui. Il n’avait eu que des liaisons consenties avec des compagnes qui n’étaient pas de jeunes ingénues en quête d’une belle histoire d’amour. Sean était un très bel homme dont la silhouette flatteuse et musclée attirait les regards féminins. Ses yeux retenaient l’attention de tous par leur fascinante couleur, c’était un mélange de turquoise et de vert céladon qui magnifiait encore un visage d’une extraordinaire séduction. Sa nature profonde se composait d’une bienveillance et d’un optimisme sans faille. Il se sentait heureux et privilégié d’avoir une existence si pleine d’avantages, entouré d’êtres tous plus remarquables les uns que les autres. Il n’y avait aucune ombre à ce tableau d’une vie presque idyllique.
Ses parents étaient respectueux du fait que leurs enfants, à l’exception de Rory, ne fussent pas décidés à prendre des épouses. Sean, d’ailleurs, ne l’envisageait absolument pas encore. Quelques demoiselles du Comté de Cork l’espéraient cependant, mais il voulait parcourir les mers et les océans et assouvir ses envies de voyages avant de s’établir et de fonder une famille.
Pour l’heure, il revint vers l’objet de ses pensées. Cette jeune femme, dont il ignorait même le nom, était au service de son frère et de sa belle-sœur. Il serait vraiment malvenu de tenter quoi que ce fût avec elle. Malgré cela, il avait tout de même le souhait d’en apprendre plus sur cette inconnue. Et il savait parfaitement à qui il pourrait tirer les vers du nez.
 
P lus tard, lorsque Sean pénétra dans une petite cour intérieure de l’hôtel particulier, il surprit Rory et Cordélia qui s’embrassaient avec ardeur.
Le lieu où ils se trouvaient, surmonté d’une verrière qui formait une ouverture zénithale, offrait la vision de magnifiques et immenses plantes vertes qui trônaient au centre et conféraient une ambiance tout à la fois exotique et chaleureuse. Le puits de lumière, juste au-dessus d’eux, était encadré par des pans de murs aux fenêtres en nombre si impressionnant qu’elles redistribuaient comme autant de sources de clarté à tous les étages de la maison.
La structure architecturale avait été merveilleusement pensée. Rory était assis sur un banc en pierre avec une Cordélia radieuse et passionnée qui avait pris place sur ses genoux. Ce n’était pas la première fois que Sean surprenait ces deux-là dans une position peu protocolaire et quelque peu intime. Il croisa les bras sur son torse musclé et sourit avec indulgence face à ces amoureux transis. Rory ne quittait...

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