Les damnés de Dana, 3
141 pages
Français

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Les damnés de Dana, 3 , livre ebook

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Description

Le temps du sang et des larmes était venu. Alors que Mévéa se rapproche de ses souvenirs, la guerre contre les Romains est devenue inévitable. Les visions de la jeune fille se concrétisent et prennent forme, mais la conduiront-elles jusqu’à la clé de sa mémoire avant la fin ? Quels rôles joueront les vampires dans ce conflit imminent ? Pour Mévéa, son amant Galen, leur clan, ainsi que pour Morcant et les derniers représentants de l’ancien peuple, la vérité a-t-elle encore un sens alors que l’aigle de l’Empire s’apprête à écraser leur culture, et son dieu unique à remplacer leurs croyances.

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 18
EAN13 9782375680155
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0045€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Ambre Dubois Les Larmes de Dana Les Damnés de Dana 3 Editions du Chat Noir
Aux anciens dieux qui m’ont murmuré cette histoire…
1 Il faisait une chaleur étouffante depuis quelques j ours. Pourtant, les célébrations de Litha et de l’apogée du règne solai re n’avaient pas encore eu lieu. La moiteur de la forêt collait à la peau, all ant jusqu’à rendre le port des braies en cuir insupportable. Dans l’ombre des grands arbres, les yeux ronds des hiboux me surveillaient, émettant une légère lueur lors de mo n passage. J’avançais rapidement dans la nuit, me faufilant entre les bra nches et les bosquets, sans un bruissement. Une force m’appelait, me poussait à m’approcher, à lutter contre la chaleur. Ma peau blanche se découpait dans la noirceur, luis ant presque comme l’aurait fait celle d’une elfe. Dans mes oreilles, j’entendais les murmures des petites gens qui m’épiaient tout autour. Derrière u n tronc d’arbre, un éclat de dent brillait ; au détour d’une souche, une griffe délicate s’avançait pour m’attraper le mollet. Peut-être tentaient-ils de me retenir ? Ou de m’entraîner dans leurs gouffres sans fond ? Les désirs du petit peuple sont souvent insondables. Malgré tout, je poursuivais sur ma lancée, bien déterminée à rejoindre le lieu de manaissance, le Seuil des Anciens, ce cercle de pierres qui m’ avait vue m’éveiller à la réalité, l’esprit démuni de tout so uvenir. La force qui m’attirait devenait à chaque pas plus puissante, plus impérieu se, m’ordonnant d’accélérer le mouvement. Enfin, je les distinguai, les hautes masses noires disposées en rond qui se découpaient sur un ciel d’encre, la lueur de la lun e leur donnait un aspect humide et morbide qui me faisait froid dans le dos malgré la touffeur de la nuit. Ma conscience reprit, un instant, possession de mes membres, et je stoppai ma marche, observant les environs. Comme le jour de mon arrivée, une haute silhouette se tenait devant les pierres, au centre du cromlech. Une lourde cape et une capuche cachaient ses membres et son visage, seul un reflet de braise lui sait dans la pénombre à hauteur de ses yeux. La peur jaillit dans mes entra illes, me ramenant à la jeune femme éreintée et glacée qui était apparue une nuit sans lune, à l’orée de cette forêt, terrorisée. La raison me redonna la liberté de mouvement de mon corps. Je fis un pas en arrière et m’agenouillai sur le sol, ancrant mes mains dans la terre, ressentant sa chaleur et sa rugosité, cherchant de l’aide dans sa sève qui ne cessait de vibrer en ce début d’été. Et je réussis à me contenir, à ne pas laisser un hurlement de terreur franchir mes lèvres. Je par vins à contrôler ma respiration pour n’en faire qu’un souffle, pour que mes battements de cœur se fondent dans le décor forestier. L’homme se tourna dans ma direction. Je pensais qu’il allait s’avancer pour me rejoindre, me faire sortir de ma cachette, mais il n’en fit rien. Je venais de
maîtriser mon pire cauchemar. La grande déesse en s oit remerciée ! L’être sonda l’obscurité et revint ensuite vers la pierre centrale en levant les bras. Ses gestes ressemblaient à ceux des druides a ncestraux, pourtant le malaise que je sentais virevolter à travers ma chair me confirma qu’il n’en était rien. Le Seuil des Anciens était un lieu teinté de pouvoir, un accès vers l’Autre Monde, vers le Royaume des Ombres, détenteur des pl us antiques et plus puissantes magies. Et cet homme n’avait aucunement l’intention d’honorer l’Ancienne Tradition. Ses mains s’arrêtèrent soudain à mi-hauteur et je v is l’éclat d’un sourire habiller sa face. Sa voix à l’accent étrange, à pei ne compréhensible, s’éleva dans le silence de la nuit : — C’est parfait. Une autre silhouette apparut alors, invisible jusqu e-là, tout aussi masquée par une large capeline malgré la chaleur ambiante. Elle tenait entre ses mains un vieil ouvrage dont la couverture était parsemée de pierreries. — Avec cette incantation, nous allons pouvoir mettr e un terme à la résistance de ce peuple de barbares, susurra le nou veau venu d’une voix nasillarde. Ces paroles venues du fond des âges von t nous permettre de gagner cette rude bataille. Brittania, l’ultime mar che septentrionale de l’empire, sera bientôt entièrement romaine. Intégralement vouée au Christ. Et les voix des deux hommes se mirent à psalmodier dans une langue que je ne connaissais pas. Leurs timbres se fondaient p our ne plus créer qu’une unique incantation, un flot de paroles qui résonnait et s’amplifiait au contact des pierres. En quelques instants, des nuages sombres s’amoncelè rent autour du tertre, une pluie battante envahit les environs, me poussan t à m’aplatir davantage contre le sol, ressentant le cœur de la forêt battr e sur ma peau. La tempête se leva, balayant les arbres, faisant se plier les bra nchages, hurler le vent. La grande déesse déployait autour de nous toute sa mag ie, agressée par la litanie de ces étrangers. Les battements de mon cœur s’accélérèrent dans ma p oitrine, cognant à tout rompre contre ma tunique de cuir. Je ne pouvais me dérober à la vision de ces hommes, leurs voix rendaient sourdes mes oreill es, m’empêchaient de composer la moindre pensée concrète. Et soudain, dans le tumulte de la tornade, un viole nt éclair jaillit du ciel et frappa le sol qui vibra dans un grondement infernal . Resserrant mes poings dans la terre, je hurlai. Les mains de Galen sur mes épaules cessèrent de me secouer quand mon cri mourut dans ma gorge. Mon corps trempé par la s ueur tremblait de toutes parts, chaque parcelle de ma peau semblait pulser, prête à se désolidariser de mes muscles. Je n’entendais que ma respiration trop rapide et superficielle qui ne m’apportait aucun secours. Galen me parlait, mais ses mots n’arrivaient pas jusqu’à mon cerveau. J’étais terrorisée, apeurée, d émunie, seule et fragile,
comme en ce jour de mon apparition auprès des menhirs. Il me fallut de longues minutes avant de pouvoir à nouveau me maîtriser. Je perçus alors enfin la main de mon compagnon qui me serrait le bras. — As-tu eu de nouvelles visions ? me demanda-t-il d oucement, en scrutant mon visage. — Non, c’était… différent. En temps normal, les ima ges défilent dans mon esprit comme une transe rapide et douloureuse. Ici, il n’en était rien. Le cauchemar était long, terriblement angoissant et j’en faisais pleinement partie… — Il ne s’agit donc que d’un mauvais rêve, dans ce cas. — Cela semblait tellement réel, Galen. Et je me mis à lui raconter tout ce que j’avais vu. Le jeune guerrier m’écoutait avec attention. Sa silhouette se découpa it devant l’ouverture de ma petite demeure. À l’extérieur, une pluie battante c inglait la terre. Le vent soufflait avec de violentes bourrasques. Tout cela ne faisait qu’accentuer mon malaise, l’impression de rêver encore. Mon compagnon resta un instant silencieux à la suit e de mon récit et se contenta de hocher la tête. Lorsqu’un éclair traversa le ciel, il reprit la parole : — Ces hommes étaient-ils les deux étrangers, envoyé s de Rome, que nous avons déjà eu l’occasion de croiser ? — Je ne peux le jurer, mais ils y ressemblaient. Ra ppelle-toi ce que ces envahisseurs avaient promis au Roi Urien… Et s’ils en étaient réellement capables ? Ils disaient connaître les secrets qui p ermettent d’arrêter les vampires. Est-ce que c’est ce qu’ils ont l’intention de faire en détruisant la magie du Seuil des Anciens ? — Si ta vision est exacte, Mévéa, nous allons devoir prévenir les immortels de cette attaque, leur demander de surveiller les lieux pour que ces hommes ne commettent pas leur forfait. Galen se leva de la couche et se pencha pour attrap er sa tunique à lacets, couvrant par la même occasion la majorité des tatou ages qui parsemaient sa poitrine. Il enfila ses braies de cuir, lorsque je le saisis par le bras pour l’arrêter. — N’y va pas maintenant, c’est la pleine lune, c’es t trop dangereux. Et une poignée de terre s’échappa d’entre mes doigt s pour s’écraser lentement à nos pieds. Le guerrier et moi observâmes, dubitatifs, le tas h umide. Ma main était maculée de boue, de la glaise sombre noircissait me s ongles tant je les avais enfoncés dans le sol. — Il est trop tard, Galen. Ils ont déjà lancé leur sort…
2 — Ton hurlement a réveillé tout le village, crois-moi. Brannos ne pouvait quitter son petit sourire en coin en m’annonçant cela. Il savait à quel point j’étais gênée par ce genre de r emontrances, moi qui m’évertuais à me faire la plus discrète possible dans le clan, depuis les derniers évènements où l’on m’avait accusée de trahison. Prasus courait quelques pas devant nous, adoptant a vec souplesse la démarche du chasseur. Sous sa chevelure châtain, je voyais son regard ambré fouiller les fourrés. Son frère aîné l’avait mis au défi d’attraper seul un lièvre. Et le jeune garçon, en compagnie de son chien, Brave, y mettait tout son cœur. Je m’arrêtai, laissant Bran revenir à ma hauteur po ur lui lancer un regard noir. Sa fossette se creusa davantage, voyant qu’il avait réussi son effet. Pourtant, sa bonne humeur ne permettait pas d’éloig ner la peur qui m’habitait encore. — Mon cauchemar était terrible, je n’en avais jamais connu de tel… Le jeune homme s’arrêta et accrocha sa courte épée à sa taille. Il n’était plus à l’aise lorsque nous nous trouvions dans les forêts aux alentours du clan de l’Aigle. Les incursions romaines dans les enviro ns étaient devenues trop fréquentes. — Ton cri était tout aussi effrayant, Mévéa. Ce matin, les villageois se sont réveillés avec l’esprit en deuil. À travers ta voix , ils sont persuadés d’avoir entendu le hurlement d’une banshee. Et tu sais auss i bien que moi que cela annonce de nombreuses morts à venir. — Je n’ai pas eu de vision de champs de bataille, B ran, juste celle d’une étrange cérémonie au Seuil des Anciens. Ne me dis p as que, toi aussi, tu me tiens pour responsable de la guerre qui se prépare ! — Il n’en est rien, Mévéa, mais tu dois accepter qu e, pour le clan de l’Aigle, tu seras toujours une fey, une envoyée du peuple de s Anciens dont la mission est de nous avertir des dangers à venir. — Et qui porte malheur ! N’essaie pas de me ménager , Bran, cela ne marche pas. Je connais trop la détermination et la cruauté de nos amis. — Crois-moi, je les connais également ! Il reposa alors son attention sur son cadet qui s’a ppliquait à débusquer son gibier de dessous un fourré. Le jeune Prasus n’avait pas eu une enfance facile, stigmatisé par son terrible regard ambré qui trahis sait sa véritable ascendance, témoin inaltérable de toute son étrangeté. Le père du jeune garçon n’était autre qu’un vampire. Et quel immortel ! Derek, le Prince du clan de l’Aigle, le vampire le plus important de la région ! Il n’avait dû son salut qu’à la bienveillance de son frère qui avait pris soin de lui depuis la disparition de leur mère, Lysanda. À ma grande stupéfaction, je l’avais d’ailleurs découver te quelques jours auparavant, en vie, recluse au sein de la citadelle des immorte ls, au cœur d’un territoire nimbé de magie obscure. Je n’avais encore rien révé lé à mon compagnon, ne
souhaitant pas l’attrister davantage. Un mouvement dans un bosquet détourna mes pensées e t je vis un magnifique lièvre s’enfuir à toute vitesse en ligne droite, devant nous. Prasus qui avait déjà bandé son arc, décocha une flèche. Celle -ci vint se planter à quelques centimètres de l’animal. J’allais moi-même encocher une flèche sur mon arme, quand je sentis la main de Brannos se poser sur mon épaule : — Laissez-le faire… Il doit apprendre la persévéran ce et l’acceptation de l’échec. Je le regardai du coin de l’œil et renonçai, avant de rejoindre le jeune garçon qui ne décolérait pas. — Je l’avais presque ! J’aurais dû prendre le temps d’ajuster mon tir. J’ai voulu décocher trop vite… pestait-il en ramassant s a flèche au sol. Je ne pus m’empêcher de lui caresser le haut du crâ ne et d’ébouriffer son épaisse chevelure sombre. Le garçonnet leva vers mo i des yeux humides de frustration. — Tu y arriveras la prochaine fois, Prasus, déclarai-je. — Des tas de lapins n’attendent qu’à finir dans les marmites de Mandua ! renchérit son frère dans mon dos. Le jeune chasseur ravala son ire et se remit en mar che, cherchant une nouvelle proie pour prouver sa vaillance. — Son orgueil est mis à rude épreuve. Il tenait à te démontrer qu’il était un homme, me murmura Bran à l’oreille pour que son frère ne l’entende pas. — Il aura encore de longues années pour cela et, s’il suit les traces de son frère, nul doute qu’il prouvera à de nombreuses créatures qu’il en est bien un. Brannos partit dans un épais rire graveleux. Son pe tit frère se retourna vers lui pour le foudroyer du regard et lui intimer le s ilence. Un éclat jaune luisit un instant dans ses yeux. Nous poursuivîmes en silence notre progression. Arr ivé à l’orée d’une plaine, Prasus se coucha à plat ventre pour observe r les environs. Je m’accroupis auprès d’un fourré et Brannos me rejoint. — Cela se produit de plus en plus régulièrement, me confia-t-il. — Son regard qui brille ? Je pensais que ce phénomè ne n’avait lieu que la nuit. — Autrefois, c’était le cas, cela se produisait uni quement quand les immortels s’approchaient du village. Aujourd’hui, c ette manifestation se déclenche sans raison apparente comme si… Il reposa son regard chaleureux vers son jeune frèr e et j’achevai de mettre des mots sur ses doutes : — Comme si ses origines vampiriques prenaient peu à peu plus d’importance. Le jeune homme se contenta d’un imperceptible mouve ment de la tête pour me répondre. Immobiles, commençant à ressentir les désagréments de la
chaleur de mi-journée, nous attendîmes quelques ins tants, observant les alentours. Aucun mouvement animal n’était perceptible. — Ce que j’appréhende, c’est que ses prunelles se m ettent à scintiller en présence des villageois. Il nous a fallu tant d’ann ées pour trouver un peu de sérénité au sein du clan. Il ne faudrait pas grand- chose pour ranimer les peurs des villageois à l’égard de mon frère. — Tu ne pourras pas le garder éternellement sous ta surveillance... — Je sais, Mévéa, je sais… De lourdes gouttes de sueur perlèrent le long de se s tempes. Intérieurement, je pensais que les immortels pourra ient peut-être nous aider à éclaircir ce mystère, mais la présence et l’identité de Prasus devaient, au plus possible, rester discrètes, car nous ignorions tout des intérêts que pourrait lui porter Derek, le Prince des immortels. Un bruissement nous fit lever la tête avec prudence . Et je ne pus m’empêcher d’écarquiller les yeux en découvrant un grand cerf aux larges bois s’avancer délicatement vers le centre de la plaine. Ces animaux s’aventuraient rarement à découvert et restaient peu visibles en p leine journée. Par quel hasard se tenait-il dans pareil lieu ? Devant nous, les épaules de Prasus tressaillirent. Il avait sa proie en ligne de mire, l’arc prêt à tirer. Je retins mon souffle, incapable de croire à pareil exploit. La tension monta peu à peu, le jeune homme avait appris de sa précédente erreur et prenait le temps d’ajuster sa visée. Soudain, sa position changea. Il se redressa et se mit debout. Puis, ave c une singulière souplesse animale, il s’avança à découvert dans la plaine. Le cerf se tourna vers lui. Au lieu de s’enfuir, il l’observa s’approcher, sans tressaillir. Quel était donc cet étrange ballet ? Aucun animal normal ne resterait de la sorte immobile. Je pus remarquer que le front de la bête était teinté d’une marque blanche insolite. Quel sortilège hantait ce lieu et attirait Prasus ? L’enfant stoppa sa marche, ses doigts se relâchèren t. Son arc et sa flèche tombèrent au sol, juste quelques secondes avant qu’il ne s’effondre à son tour, le corps torturé par d’horribles spasmes. Dans le m ême temps, le majestueux cerf fut victime de la même danse chaotique. Aussitôt, je sentis Brannos bondir à mes côtés et se précipiter vers son frère. Je retins mon élan pour observer si le même étrange phénomène s’emparait de mon ami, ma is il n’en fut pas affecté. Je me redressai pour rejoindre mes deux compagnons. Le corps de Prasus avait cessé de s’agiter, il demeurait couché, les y eux grands ouverts, la respiration haletante et le visage en sueur. Son fr ère lui tenait la main et l’épaule, le soutenait à moitié, démuni devant le mal dont souffrait son cadet. Arrivée à leur hauteur, je me jetai à genoux et pos ai une main sur le front du garçon. Il était glacé. Une légère sensation de malaise m’habita alors, la pulpe de mes doigts me démangea comme si elle était en co ntact avec une âme puissante et imprégnée de magie. Je retirai rapidement ma main. — Mévéa, qu’est-ce qui se passe ?
Les habitants du village avaient pris pour habitude de venir me trouver pour soigner leurs petites blessures grâce à mes connais sances des plantes et des simples. Mais ce que je venais de ressentir n’avait rien à voir avec une maladie, j’avais déjà perçu cette sensation au contact de l’aura des immortels. C’était un pouvoir sombre, un magnétisme vampirique qui venait de se manifester en parcourant le corps du jeune homme. Son regard brillant quelques minutes plus tôt était-il le signe avant-coureur d’un tel déferlement de magie ? Je me retins d’expliquer mes pensées à Brannos deva nt Prasus, incapable de déterminer si le garçon était conscient ou non. En relevant la tête, je vis que le cerf, à quelques pas de nous, se redressait péni blement, peinant à se remettre du choc mystique qui l’avait touché. Il no us toisa avant de s’enfuir en courant, apeuré. — Un trône, murmura soudain le jeune homme au sol. J’ai vu un trône, un trône qui saignait… Ses paupières papillonnèrent alors et sa respiratio n devint plus calme. La tension dans son corps s’échappa enfin. — On dirait qu’il a subi une sorte de transe, déclarai-je. — Un peu comme lorsque tu perçois des visions ? — C’est l’impression que cela donne… — Mais pourquoi l’animal a-t-il subi le même sort ? Je me redressai légèrement, observant les alentours à la recherche d’une stèle ou d’une pierre gravée qui pourrait expliquer la magie qui régnait en ce lieu. Seul le souffle du vent dans les arbres me répondit. — Ce n’était pas un cerf normal, Bran, c’était l’in carnation de Cernunnos, j’en suis certaine. Le Consort a voulu communiquer quelque chose à ton frère. Il a utilisé ces songes pour lui indiquer un présage e n rapport avec la royauté, ce qu’Il incarne. — Si Cernunnos s’effondre, ce n’est certainement pa s un bon signe, me murmura Brannos sans oser élever la voix. — La guerre est proche, Bran. La grande Dana pleure et son Conjoint s’écroule… Cela signifie-t-il que c’est la fin du r ègne picte ? Ton frère pourra peut-être nous en dire davantage sur ses visions, u ne fois qu’il aura pleinement repris connaissance. Après tout, dis-je en essayant de me montrer optimiste, le cerf s’est relevé… — Tu n’y crois pas toi-même, Mévéa, je le vois bien . Hier soir, c’est toi qui hurlais dans la nuit ; aujourd’hui, Prasus perd la raison devant la vision d’un trône ensanglanté. Tous ces avertissements ne nous servent à rien puisque notre destin semble inévitablement en marche, prêt à nous broyer. Brave approcha de nous lentement pour venir lécher la main de son petit maître. Je n’avais pas remarqué que, pendant tout c e temps, le chien était resté en arrière alors qu’il ne craignait pas le danger en temps normal. — Brave aussi a ressenti que la magie en œuvre n’ét ait en rien bienfaisante. Ces maudits religieux romains semblen t transformer notre quotidien en malédiction, à tous les points de vue…
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