Liz
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Description

Dark romance - Suspense - 350 pages (réédition du projet phénix)


Max, jeune homme intelligent, populaire, issu d’une famille aisée, se contente d’amours ordinaires et d’amitiés simples. Mais tout n’est qu’apparences. Insensible, hermétique au désir, il reste foncièrement solitaire. Son drame : une rancœur viscérale envers un père qui, en privilégiant son ambition, a brisé sa vie.


Comme un ouragan, Élisabeth Ribes va surgir dans son existence et tout remettre en question.



Sombres révélations, obscure dépendance, on ne lutte pas contre la destinée !


Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 11
EAN13 9782379610738
Langue Français
Poids de l'ouvrage 3 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0045€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

LIZ – 1.5 – Dangereux désirs

Tome 1.5 – Dangereux désirs

G.H.DAVID
Tome 1.5 – Dangereux désirs

G.H.DAVID


Mentions légales
Éditions Élixyria
http://www.editionselixyria.com
https://www.facebook.com/Editions.Elixyria/
ISBN : 978-2-37961-073-8
Photos de couverture : Studio10Artur – Tverdokhlib
Phénix : JJordanov
Playlist

Pour tous ceux qui veulent se plonger musicalement dans l’univers du livre, voici sa playlist.

Placebo : I know
Georges Delerue : Le Mépris (Camille thème)
Svrcina : Meet me on the battlefield
Thirty seconds to Mars : Stay (At the Live lounge)
Low: Lullaby
Stray’s don’t sleep : For blue skies
Jason Walker: Every body lies
Aiva : He said (Nowadays remix)
Goapele : Back to you
Noora Noor : Forget what I said
Fleurie : Hurts Like Hell
Deep Purple : Soldier of fortune
Armand Amar : La terre vue du ciel
Sandrine Piau : Le premier cri
Cristina Perri : Arms
Trixie Whitley : Breathe you in my dreams
Kings of Leon : Cold desert
Kodaline : High hopes
Tom Mac Rae: A day like today
« Ceux qui répriment leur désir, sont ceux dont le désir est faible assez pour être réprimé »

William Blake - Le mariage du Ciel et de l’Enfer
Prologue

Si j’avais su un instant que la vie puisse un jour m’être favorable, alors j’aurais gardé plus d’espoir et d’innocence, profité davantage.
D’aussi loin que je me souvienne, hormis le drame que j’ai vécu au Kosovo et qui m’a poussé à abattre un homme, rien n’a jamais été regrettable dans mon existence.
Mais parfois, le hasard agit comme un révélateur et vous offre une vision différente du quotidien, levant le voile sur nos illusions.
Un de mes plus anciens souvenirs est celui d’une chaude journée d’été. Mon père venait d’être nommé à un poste important au Consulat. Je me rappelle avoir joué dans un immense jardin avec ma sœur et ma mère. Je l’avais trouvée impatiente et nerveuse. Ça m’avait marqué, parce que ma mère, tout comme moi, ne laisse jamais transparaître que sa sérénité. Je lui ressemble, même si tout le monde dit que je suis le portrait de mon père. Les gens qui nous sont proches le reconnaissent et le voient tous. Ma peau est comme la sienne, pâle et parsemée de taches de rousseur. Nous avons les mêmes yeux, verts et marron à la fois : ce sont, dit-on, des grains de beauté qui ornent nos iris. La seule différence, en réalité, c’est son abondante chevelure rousse alors que mon père, ma sœur et moi avons les cheveux noirs.
Je me souviens aussi… de la chaleur douce de cette fin de matinée, le vent léger, la pelouse fine et le soleil jouant dans de grands arbres. Profitant d’un instant d’inattention de la part de ma mère, je m’étais écarté pour retrouver mon père. J’étais rentré dans l’immense demeure haussmannienne, toute de pierre claire. Les tentures m’avaient impressionné, comme l’éclat du bronze des lustres et le regard sévère des portraits.
J’ai entendu des pas, alors j’ai monté quatre à quatre les escaliers monumentaux. En arrivant sur le palier, j’ai pris une grande inspiration pour calmer mon essoufflement, je crois que j’ai encore le parfum de l’air dans un coin de ma mémoire.
Au hasard des pièces en enfilade, j’avais entendu la voix de mon père. J’avais collé mon oreille contre une grande porte pour écouter les paroles qui s’en échappaient. La discussion semblait posée, mais tendue.
Je n’avais pas tout compris alors, mais les mêmes mots revenaient souvent : ils parlaient de numéros, de liste, de phénix, de protocole. Je faisais danser les images qu’ils évoquaient dans mon esprit et j’oubliais que je m’étais échappé, provoquant l’inquiétude de ma mère.
Le bruit étouffé de ses talons et les petits pas de ma sœur sur les tapis des salles m’avaient tiré de mes songes. J’avais eu peur et la porte s’était ouverte. Accroupi, j’étais minuscule, mon père et son interlocuteur m’étaient apparus immenses. Alors, pour la première fois, je m’étais relevé, bien droit, j’avais fait un pas en arrière et je les avais défiés du regard. Le silence, qui s’était ensuivi, fut le plus long de ma courte existence.
La voix paternelle, grave, résonne encore à mes oreilles :
— Eh bien ! Maximilien ?
J’avais bombé le torse et articulé clairement une défense dont je ne me souviens plus. Mon auditoire en avait été stupéfait, plus que fâché. Quel âge avais-je alors ? Six ans, peut-être sept. Ma mère m’avait pris par la main et m’avait gentiment réprimandé en italien : une manière pour elle de ne pas me sermonner de façon trop publique et de préserver la fierté qu’elle s’employait à me bâtir.
La suite des événements m’a marqué, l’homme avait pris à parti mon père à mon sujet. Il s’était positionné entre lui et moi, mais, contraint et forcé, avait accepté d’être des leurs. Il avait froidement remercié notre hôte et avait saisi ma nuque d’un geste protecteur pour me guider jusqu’à l’extérieur.
Je me rappelle du débat houleux entre mes parents, de l’inquiétude de ma mère, des paroles rassurantes de mon père. Mais j’avais eu la sensation très nette qu’il avait négocié avec le diable. Quelque part, cet épisode m’avait forgé. J’avais senti peser sur moi une menace invisible et silencieuse dont je ne comprenais ni l’origine ni la finalité.
Cette veille avait atteint un point culminant dix ans plus tard, au Kosovo. Mon père y était en mission diplomatique et nous l’y avions suivi. Les affrontements étaient à leur paroxysme et, ce jour-là, j’ai vu l’enfer de mes yeux. J’entends encore le claquement sec des tirs, le cri déchirant des gens sur lesquels les miliciens se livraient à des exactions. L’odeur de la poudre, l’air trouble saturé de poussière et le parfum âcre de la peur. Depuis, et j’ai conscience que c’est psychologique, j’ai presque perdu le sens de l’odorat.
Le temps n’est jamais passé si lentement, les secondes m’ont paru interminables, comme le jour où l’on m’a surpris en train d’écouter aux portes. Paradoxalement, lorsque j’ai pris la décision de mettre ma vie aux enchères de la guerre, les événements se sont succédé à une vitesse ahurissante. Un tir qui a éclaté a tout déclenché : j’ai oublié ma terreur, mes principes, pour devenir l’exécutant d’un instinct de survie. Le regard du soldat que j’ai abattu me poursuivra jusque dans ma tombe. C’était lui ou moi et, dans sa pupille, j’ai vu tomber l’ombre de la fatalité, le voile de l’effroi.
J’avais tant d’adrénaline dans le sang que je n’ai pas senti qu’on me poignardait par-derrière. La blessure, peu profonde, ne m’avait pas neutralisé. Loin de souffrir, j’étais anesthésié. Sauver, c’était ma fonction, je devais l’accomplir pour moi ou pour d’autres à n’importe quel prix. Je suis resté immobile, l’arme à la main, pendant qu’autour de moi les militaires s’agitaient dans un vacarme étourdissant. Je me suis retrouvé ballotté dans les bras de ma mère qui s’était jetée sur moi, avant de me tirer par la main à la demande d’un officier.
Moi, j’étais stupéfait par celui qui venait d’empêcher qu’on m’expédie dans l’au-delà. Il avait perdu sa cagoule, il était à peine plus âgé que moi et j’observais son visage jeune. De ses yeux bleus, il me fixait sans ciller, imperméable à la panique qui nous entourait alors.
Puis le temps a repris son cours, on m’a emmené promptement, tandis que ma mère m’appelait pour s’assurer qu’on ne nous sépare pas. J’ai perdu le contact visuel avec le jeune soldat, j’ai renoué avec la réalité, mais en simple spectateur. On appelle ça « l’état de choc ».
Enfin est venu le syndrome de stress post-traumatique, dont je ne garde plus aujourd’hui comme symptômes que des crises de panique. Et le bruit sec d’un coup de feu qui me tire régulièrement de mon sommeil. Comme un avertissement, un rappel, pour ne pas oublier que la vie est fragile : n’importe qui peut la prendre, un instant d’hésitation, un grain de sable dans les rouages du temps et tout bascule.
Règle numéro un : toujours être aux aguets, ne faire confiance à personne.
Elle

Max, samedi, 21 h

La discussion au téléphone s’éternise. Je ne sais plus quoi dire à Lorraine. Après tout, c’est mon ex-petite amie et c’est elle qui a rompu, pas moi. Pourquoi je devrais la réconforter ?
Nos chemins se sont séparés il y a quelques semaines, quand le sien a bifurqué vers un homme politique louche et libidineux. J’essaie malgré tout de faire preuve d’empathie, par galanterie et politesse. Peut-être aussi que je culpabilise de ne pas avoir été réellement amoureux, mais je ne suis pas capable de m’investir dans une relation.
De prime abord, je suis épanoui et sûr de moi. J’ai une famille heureuse et équilibrée dominée par le leadership d’une mère aimante et disponible, mariée à un homme ambitieux. Un pouvoir qu’il exerce sans faculté de recul et qui a bien failli nous coûter la vie à ma mère et moi. Un événement traumatisant qui conditionne désormais mon existence. Dès lors, si on gratte un peu le vernis de surface, je deviens méfiant et me protège en tenant les autres à distance. Un paradoxe que je traîne comme un boulet, mais dont je m’accommode.
Tandis que je tente de gérer la crise avec Lorraine, ma frangine me harcèle de textos qu’elle rédige en italien. C’est la langue maternelle de nos parents et mon ex ne la parle pas, évidemment, c’eut été trop simple ! Tenir deux conversations simultanées en deux langues, sur le même téléphone, est une galère qui me saoule. Je la préviens :

[Garance, j’allume mon ordinateur
et je te reprends sur Messenger.]

Lorraine, quant à elle, laisse éclater un sanglot dans l’appareil :
— Je n’arrive pas à tourner la page et je suis piégée par nos souvenirs, Max.
Je soupire ; sa voix brisée me trouble, mais son chagrin m’épuise. Je ne supporte pas qu’elle fasse valoir sa peine, parce que nous avons été deux à occuper sa vie. En ce qui me concerne, c’est la plus haute trahison : elle est entrée dans mon intimité et j’ai baissé la garde, alors qu’elle ne le méritait pas.
— Lorraine, je ne sais pas quoi te dire. Si je ne te comble pas, t’obstiner n’a pas de sens. Pourquoi ne pas ouvrir les yeux et aller de l’avant ?
— Parce que je suis tiraillée entre lui et toi, je m’en veux tellement…
Sur l’ordinateur, une sonnerie annonce l’arrivée d’un message de ma sœur.

[Max, ne te fais pas avoir !
Elle t’a trompé !
Tu sais ce que ça implique !]

Merci Garance, je suis au courant… je réponds aussi vite que possible :

[Je sais encore ce qu’avoir
une relation sexuelle veut dire.]

[Tu sais très bien à quoi
je fais allusion.]

Oui, manque de confiance, dégradation de l’image, cassure dans le continuum espace sexe – ou comment passer littéralement après un autre – et un frisson de dégoût m’envahit.
Au téléphone, Lorraine poursuit sa liste d’excuses :
— Et si c’était une erreur ? J’aimais vraiment ce qu’on partageait.
— C’est pour ça que tu as ouvert la partie à d’autres joueurs ?
Elle ne dit rien et je la comprends, il n’y a rien de plus à déclarer, alors j’entame un sermon :
— Écoute, Lorraine, tu as été attirée par un autre et tu as cédé. Oui je suis furieux, mais pas seulement, je suis lucide aussi. Tu ne trouves pas avec moi tout ce qui peut t’épanouir : ces choses-là, tu as besoin de les prendre ailleurs. Si je ne te suffis pas, c’est que je ne suis pas le bon.
Elle renifle bruyamment, je décolle le combiné de mon oreille.
— Alors tu baisses les bras ?
— Putain, Lorraine, arrête ! Tu es partie, tu reviens, mais tu ne peux pas le quitter… que tu ne saches pas ce que tu veux, admettons, mais je n’ai pas envie de suivre le mouvement, tu comprends ? Moi j’avance, il faut avancer.
Je baisse les yeux vers l’écran de mon ordinateur et les messages de Garance.

[C’est l’aventure avec lui
et la sécurité avec toi (…)
tu es son filet, sa roue de secours,
pas de passion, pas d’engagement
(…) TIRE-TOI !]

Je retiens un rire sadique et regarde l’heure à ma montre.
— Bordel !
Je me suis exclamé tout haut, surprenant mon interlocutrice vocale.
— Quoi ?
Elle a la voix rauque et mal assurée de quelqu’un qui est pris dans une crise de larmes.
— J’ai un rendez-vous.
— Avec une fille ?
Je perçois une pointe de désespoir dans sa question. Ça devrait m’attendrir, mais ça m’agace. Pourtant, au lieu de l’envoyer paître, je me justifie :
— Non, avec la bande habituelle : Marc, Alex, Lucas, Goldo…
— Ah ! lâche-t-elle, laconiquement.
Lorraine n’aime pas mes amis, ce n’est pas nouveau. Et ils ne l’apprécient pas non plus, ce qui n’a rien d’étonnant. En particulier Marc, qui pense qu’au fond, cette fille n’est pas une véritable femme, mais une sorte de chose aigrie et détestable. Ce qui est cruel après tout, si Lorraine est capricieuse, c’est qu’elle est malheureuse. C’est un peu ça qui m’inquiète : qu’elle souffre trop et finisse par se faire du mal. Un instant, je me demande si elle ne serait pas en train de gagner ma pitié. Il faut que j’abrège sans la froisser, c’est vital.
— Écoute, Lorie, je te promets de ne pas disparaître de ton paysage, mais là, c’est une question de politesse.
Je me gratte la tête en grimaçant, avant de poursuivre :
— Je vais être en retard, ça me met mal à l’aise.
— OK, je comprends, pleurniche-t-elle.
Sa résignation est pathétique, mais je n’ai pas le temps. C’est vrai que je vais être à la bourre.
— Dans ce cas, je te laisse. Essaye de prendre soin de toi, Lorraine, s’il te plaît.
Un vague geignement parvient à mon oreille une fois de plus. Et merde, ça va pas recommencer !
— Toi aussi ; je pense à toi, soupire-t-elle.
Qu’est-ce que je suis censé répondre à ça ?
— Pensa innanzitutto a te. Sii egoista, Lorraine
— Max ?
— Oui ?
— Tu parles en italien.
Ah ! Mince, ce serait bien que la prochaine apprenne ma seconde langue.
La prochaine. Oui… Eh bien ! Pas trop vite, Max, on a le temps .
— Je te disais d’être égoïste, Lorraine.
Comme si elle ne l’était pas déjà suffisamment… En fin de compte, je m’aperçois qu’on n’a pas vraiment grand-chose en commun. Je la salue sobrement pour ne pas la froisser et m’effondre sur ma chaise de bureau, exténué. Je ne vais peut-être pas y aller à cette soirée. Mater une série pépère en buvant du muscat, voilà ce que je vais faire. Je mets fin à la conversation avec ma sœur dans la foulée :

[Finalement, je suis naze,
elle ne m’aura pas,
mais les autres non plus.
Je reste ici.]

Elle sort de ses gonds :

[Garce ! Elle t’a découragé !
Hors de question !
Lève tes miches de cette putain
de chaise et va faire le con
avec tes potes !]

[Non. J’ai la flemme !]

[Bien. Je vais envoyer un
message à ton copain Marc
pour lui dire de passer te chercher.
Et je déballerai le pourquoi
de ta démotivation.]

S’il y a une chose que je déteste par-dessus tout, c’est de voir ma vie privée exposée sans mon consentement et mon contrôle. Or, ma sœur en est bien capable. À vrai dire, quand elle est déterminée, rien ne l’arrête, ce dont je cherche à me préserver.

[C’est bon, pas la peine
de mettre tes menaces à
exécution ! Et puis, ce
n’est pas une si mauvaise idée.
Tant qu’on y est,
suis tes propres conseils et
divorce avec ton travail, sœurette.]

[J’y penserai !]

Je me retiens de lui dire de s’investir un peu plus dans sa relation avec Ludovic, son ex-mais-pas-vraiment-ex, avec qui elle forme un couple compliqué et le mot est faible.
J’éteins l’ordinateur et me rafraîchis à la hâte avant de me changer. Cinq minutes plus tard, je suis en route vers l’ After , haut lieu de la débauche nocturne toulousaine. Je sais que je vais être en retard, alors comme d’habitude, je roule trop vite et je maudis tous les saints de la création en cherchant une place de stationnement. Je finis par me rabattre sur la solution de facilité : un parking souterrain hors de prix. Puis je file en courant vers le club. À l’intérieur, je trouve facilement la tablée de mes amis qui me font une véritable ovation d’accueil :
— Enfin ! On a failli parier que tu resterais enfermé chez toi ce soir aussi, exulte Marc.
— Ben non, tu vois…
Il se lève pour me donner une accolade amicale.
— Salut, ma poule !
Je ricane devant ses habituelles familiarités… Je fais le tour de la table pour dire bonsoir à tout le monde. Lucas sursaute à mon contact.
— Qu’est-ce qui t’arrive, Luc’, t’as pris un coup de soleil ?
Lucas est une sorte de Dieu viking, blond vénitien, yeux limpides, musculature olympique. Le voir se reculer craintivement est un peu surprenant.
— Non, m’explique-t-il, j’ai fait retoucher un tatouage.
Sous ses dehors d’enfant sage, Lucas est un vrai tatoué : un immense saint Michel terrasse un dragon sur la surface de son dos et maintenant, sur le haut de ses bras qu’il exhibe avec un air satisfait. Ce n’est pas franchement mon truc, mais je le respecte. Parmi ceux que je côtoie, ils sont deux à en porter. Ce qui attire mon attention sur le fait que nous ne sommes pas encore au complet. Je ne suis pas le seul à être à la bourre.
— Le mec le plus chaleureux de la bande n’est pas là, ce soir ?
Mon pote Goldo s’esclaffe :
— Je suppose que tu fais référence au caractère enjoué de notre ami Arthy ?
J’adopte un ton ironique en m’installant :
— Qui d’autre que ce boute-en-train d’Alexandre, hein ?
Tout le monde se marre. Alex est certainement le type le plus taciturne que je connaisse. Parfois, je me demande si je ne pourrais pas compter le nombre de mots qu’il prononce en une soirée sur les doigts d’une main, « salut » et « à plus » compris.
— Il est allé rejoindre une jeune demoiselle qu’il ramène ce soir, figure-toi, me répond-il.
Je m’étouffe, heureusement que je n’étais pas en train de boire.
— Une fille ?
Goldo maugrée dans sa barbe :
— Ouais, une fille ! Pas un mec.
— T’avais des vues sur lui ?
Marc et lui échangent des regards ambigus et vaguement hostiles ; ce sont les Feux de l’amour entre eux, je ne compte plus les rebondissements. J’essaie de détendre l’ambiance :
— À part peut-être une aventure ou deux, qui a déjà vu Alex passer prendre une nana chez elle pour l’emmener quelque part ? Personne ? C’est bien ce que je pensais.
— Ça avait l’air de bien coller entre eux au gala ENAC, déclare Marc.
Je me tourne lentement vers lui :
— Elle était au gala ?
— Oui, je lui ai proposé de m’accompagner.
Goldo se renfrogne un peu plus et je rigole :
— Eh bien, il semble qu’elle ait préféré l’obscur monsieur Arthy à ton flegme légendaire !
Tout le monde s’esclaffe et ma curiosité prend le dessus :
— Vous l’avez rencontrée comment, cette fille ?
Marc s’éclaircit la gorge :
— À L’avenue , c’est une copine de Maud Lambert.
— La rousse ?
— Oui ! déclare-t-il, comme s’il s’agissait d’une évidence.
— Et cette meuf, elle est comment ?
Il jette un regard en coin à Goldo qui se lève pour aller prendre une commande. Je lui demande de me ramener une bière et Marc poursuit :
— Petite, brune, très jolie avec beaucoup de charme, mais elle est spéciale.
— Qu’est-ce que tu appelles « spéciale » ?
— Je ne sais pas. Elle est à la fois distante et avenante. C’est contradictoire.
— Peut-être qu’elle est juste chiante ? suggère Lucas.
Marc éclate de rire.
— Peut-être que c’est Alex, les couilles en moins. Il a trouvé son clone !
J’essaie sans succès d’imaginer le pedigree de la gonzesse qui arrive à capter l’attention d’Arthy. Je fronce les sourcils.
— Elle fait quoi ?
— Fac de droit.
Alexandre s’est donc entiché d’une petite juriste brune au caractère revêche. La soirée promet d’être intéressante ! Marc me pousse du coude.
— Tiens, les voilà, tu veux des réponses à tes questions ?
Je repère Alex du regard, vu sa stature il est facile à trouver. Animé par un élan de curiosité, je recherche celle qui est censée l’accompagner.
J’en reste scotché.
C’est vrai qu’elle est petite et menue à côté de son grand gabarit. Son visage est encadré d’épaisses boucles brunes aux reflets cuivrés. Bouche délicate, petit nez retroussé, je croise son regard franc : elle a des yeux si clairs qu’on en remarque aussitôt la couleur, malgré la distance et l’obscurité. Elle a une démarche assurée et un corps fabuleusement harmonieux. J’ai un réflexe stupide étant donné le contexte : je me lève avec un sentiment de profonde déférence, comme quand on était gamins et que la directrice entrait dans la classe. Elle esquisse un sourire discret qui me laisse perplexe et captivé à la fois. Je n’arrive pas à détacher mon regard de sa personne. Elle a tout ce que je recherche pour trouver une fille belle : assurance, beau visage, proportions équilibrées. Je ne peux pas dire que je remarque quelque chose en particulier, c’est un ensemble.
Je murmure une question à Marc :
— Comment s’appelle-t-elle ?
— Élisabeth.
Un prénom royal, pour une jeune femme fière au port altier. Je sens tout à coup une sorte d’admiration incongrue se glisser dans mon esprit. Elle est spéciale, en effet, il fallait bien ça pour attirer l’attention d’Alex le glacial. Sur son passage, quelques hommes se retournent prudemment, il faut avouer que son cavalier est un peu dissuasif. Un coup d’œil suffit pour proférer une menace. Je me demande à quel point ils sont liés, s’il lui a déjà fait des avances, si…
Son sourire s’élargit et je comprends qu’elle n’a pas détourné son attention de ma personne ni moi de la sienne. J’ai oublié que nous étions entourés d’autant de monde, mais il n’y a qu’elle qui m’intéresse. Elle m’intrigue. Je tourne plusieurs fois son prénom dans ma bouche, pensif, cherchant le surnom le plus approprié à son image. Je chantonne dans ma tête : Élisabeth, Élie… Élie .
C’est elle … Élie.
Parfums interdits

Comme tous les vendredis soir, 1 je rejoins mes potes Lucas, Finn et Marc sur la place du Capitole pour la randonnée roller. La célèbre esplanade est envahie de gens qui profitent de la douceur de l’arrière-saison et de riders équipés pour la balade, ou la course, selon le niveau. La nuit tombe peu à peu et le soir prend cette couleur orangée si caractéristique de la ville rose. Marc roucoule vaguement devant quelques filles, Finn est marié avec son téléphone et je discute distraitement avec Lucas.
— C’est quoi ce truc ? s’interroge-t-il à voix haute, en observant un petit carton plié aux couleurs sombres.
Je saisis celui qu’une demoiselle me tend en souriant et je fais tourner l’objet entre mes doigts.
— Ils distribuent des échantillons pour la sortie d’un parfum.
Je relève les yeux pour croiser le regard de la jeune fille.
— Vous devriez l’essayer, déclare-t-elle. Il vous irait bien, j’en suis sûre.
Je penche la tête sur le côté pour l’observer. Elle a des cheveux blonds attachés en chignon dont s’échappent quelques mèches, des yeux vert clair et une très jolie bouche, ronde, pulpeuse. Je lui rends son sourire.
— Vous l’avez senti ? Qu’est-ce qui vous dit que ça pourrait me convenir ? Il n’y a pas grand-chose qui me plaît, en général.
Je m’amuse à mettre une pointe d’accent dans les derniers mots, et Lucas se penche vers moi pour me parler à l’oreille :
— Elle veut que tu t’en mettes dans le cou pour t’approcher.
Appelle-moi « con » !
Négligemment, je fais mine de récupérer mon sac à dos et je le dégage d’un mouvement rapide. Il s’étale sur le pavé en râlant. Je reste impassible, lâche le sac à mes pieds et me redresse le flacon à la main. Je m’immobilise face à elle en la regardant et je me demande un instant où je dois déposer la goutte fatidique. Dans la nuque de la fille qui ne me lâche pas du regard, je repère un joli grain de beauté qui me donne une idée. Je lui rends son échantillon.
— Essayez-le sur vous !
— C’est un parfum masculin, répond-elle, embarrassée.
Certes. Je décide de tester la fragrance, mais sur mon poignet. Je le porte à mes narines, perplexe. Rien ne se passe, je ne sens rien, alors j’abdique :
— Ce n’est pas mon genre, désolé.
— Vous portez quoi habituellement ?
Je me parfume uniquement par principe.
— En l’occurrence ? Ce soir ?
Son visage s’illumine, des étoiles plein les yeux. Là, il y a de quoi créer une ouverture.
— Oui, répond-elle, vous portez quoi ?
J’éclate de rire.
— Un caleçon, et vous ? Plutôt string ou shorty ?
Elle prend un air faussement offensé. Touché. C’est marrant la drague, si ce sport n’avait pas tant de conséquences, je m’en contenterais bien. Seulement voilà, je gagne la partie à tous les coups et je n’ai pas envie d’être emmerdé avec le trophée. Ma partenaire est joueuse. Elle se mord la lèvre pour répondre :
— Ça dépend de ce qu’on préfère.
— Si je dis rien, ça compte ?
Le pire c’est que c’est vrai, mais elle n’interprétera pas les choses comme je le voudrais, c’est couru.
— C’est une proposition ? m’interroge-t-elle, pas sauvage.
— Je ne sais pas, on pourrait commencer par se tutoyer, non ?
Je jette un regard circulaire autour de moi pendant qu’elle glousse. Les autres se sont décalés un peu plus loin et Marc, qui m’observe, me fait un clin d’œil.
Boulet…
Je me frotte la nuque avant de répondre :
— Écoute, je vais être honnête, je sors d’une histoire un peu compliquée là et…
— OK, OK, je comprends. Excuse-moi, je ne voulais pas avoir l’air de te forcer la main ! plaisante-t-elle un peu mal à l’aise.
— Non, non, tu n’as pas à t’en faire. Je suis sûr qu’on pourrait s’entendre, mais pas sur ce terrain. Crois-moi, je suis loin d’être un cadeau pour la gent féminine !
— T’as pas l’air, pourtant ! Tu fais quoi ? s’enquiert-elle.
— Je boucle mon année à l’INP et toi ?
— Psycho, maîtrise.
Je hoche la tête.
— Cool !
— Je suis désolée, je dois continuer ma petite distribution. Je vais filer, c’est quoi ton prénom ?
Je m’éclaircis la gorge avant de lui répondre :
— Max, et toi ?
— Julie.
En toute logique, à cet instant, on devrait échanger un numéro ou une connerie dans ce genre pour rester en contact, mais je n’ai jamais vraiment eu envie d’aller au-delà de ce stade. Je voudrais bien savoir si Alex a finalement conclu l’affaire avec la jolie brune de l’autre soir, je n’arrête pas d’y penser… son audace, sa répartie, son charisme étrange. J’attrape mon portable et ménage une porte de sortie pendant qu’elle galère à récupérer le sien.
— Donne-moi ton numéro et je t’envoie un message, d’accord ? Comme ça, tu auras le mien.
— Tu as raison, bonne idée.
Je déverrouille l’écran et prends note de son 06.
— On s’appelle ? demande-t-elle.
C’est pas gagné.
— Ça marche.
Je lui fais un petit signe du menton de façon avenante.
— Salut, Julie !
— Bonne rando, Max !
Elle retourne à sa tâche et je reviens vers les autres. Marc bougonne :
— En fait, quand t’es dans le coin, c’est systématiquement sur toi que ça tombe, ce genre d’opportunités.
Je me marre, il exagère.
— Pas vraiment non, mais je te la laisse si tu veux ! Je préfère les brunes, de toute façon. Les blondes, t’as essayé que chez les mecs, non ?
La bande s’esclaffe et je profite de l’hilarité générale pour glaner des renseignements en toute discrétion :
— Au fait, à ce propos, quelqu’un sait si Alex a fini de jouer avec sa conquête ? Il se la fait ou pas ?
Marc s’approche d’un pas avec un rictus moqueur.
— Contrairement à toi ? C’est ça, le fond de ta pensée ? C’est con… je crois que c’est bien engagé entre eux.
Le dépit et la frustration me saisissent brutalement. Merde. Dommage, elle me plaisait bien, Élisabeth. Je minimise :
— Ils sont pas mariés, si ? Ça ne va peut-être pas durer…
Finn hurle à la lune :
— Ouh ! Tu veux t’opposer à Alex ? T’as craqué ! Tu seras mort avant de demander le numéro de sa nana !
— Tu sais quoi, mec ? Je l’ai déjà !
— Alors t’es en sursis ! s’exclame Marc.
Fut un temps où j’étais un mec bien, mais ça…
À vrai dire, ce serait n’importe quelle fille je m’en moquerais. Seulement, pour une raison que j’ignore, je ne peux pas m’empêcher d’y penser. L’intensité de ses regards, peut-être ? Son sourire énigmatique ?
Je remets mon sac sur mon dos.
— Allez vous faire foutre, je m’en cogne.
— T’es susceptible depuis que tu t’es fait jeter par Lorraine.
Je me retourne vers Marc et je lui pose une main sur l’épaule.
— Tu sais quoi ? Tes avis, tu peux te les carrer où je pense. En toute amitié.
Il recule en levant ses mains devant lui.
— Oh ! C’est bon, qu’est-ce qui te prend ?
— Il me prend que mon ex et moi, ça ne pouvait pas coller pour des raisons qui ne te regardent pas. Alors peu importe ce que je fais et comment je le vis, je préférerais que tu n’analyses pas trop mon comportement.
Je m’écarte pour avoir la paix et j’entends Lucas qui le réprimande :
— C’est quoi le problème ? T’avais besoin de mettre les pieds dans le plat avec ces histoires ?
Je secoue la tête. Le problème, c’est que je ne suis pas en mesure de donner à une femme ce qu’elle attend d’un mec. Je ne suis pas fait pour bâtir un couple, Cupidon me fait la gueule, Éros, Vénus et tout le panthéon avec. Y a un dieu pour les célibataires ? Celui-là, je veux bien lui baiser les pieds. De toute façon c’est comme ça, je n’y peux rien, la seule fille qui éveille mon intérêt vient de se maquer avec le type le plus antipathique que je connaisse. Remarque, ça prouve au moins que tout est possible.
J’observe la rue Saint Rome qui se vide de ses passants alors que la place du Capitole grouille de monde. Lucas me rejoint, mais s’étale pour la deuxième fois de la soirée en ratant un dérapage. Je lui tends une main secourable, tandis qu’il peste :
— Putain ! J’avais cet échantillon de merde dans la poche arrière, je crois que je me suis mis du verre dans le cul !
J’explose, impossible de m’arrêter. Il se tord dans tous les sens et, malgré mon insensibilité olfactive, je sens bien qu’il pue l’eau de toilette à des kilomètres. Je vais pleurer… il est bon pour rentrer et jouer de la pince à épiler devant son miroir. Ce genre de choses n’arrive qu’à lui ! Je lui tourne le dos pour reprendre mon souffle. Plus loin, un groupe évite de justesse une fille qui traverse la rue à grandes enjambées malgré sa taille menue. Ses cheveux tressautent sur ses épaules, hâlant son visage d’épaisses boucles brunes, animées de reflets cuivrés.
Chevelure caractéristique. Je m’avance davantage.
— Hé ! Élisabeth !
Je crie, mais elle ne m’entend pas.
— Élie !
Elle s’immobilise un instant pour inspecter les alentours et me chercher du regard. Je décide alors de la rejoindre. Je saute un plot en béton et l’élan me pousse à terminer ma course un peu trop près. Je me stabilise en saisissant ses épaules et l’embrasse sur la joue pour noyer le poisson. Elle sent une délicieuse odeur d’agrumes et de vanille, le genre d’effluve qui vous donne envie de fermer les yeux et de ne plus penser à rien. C’est violent, un véritable choc, une révélation ! Je viens ni plus ni moins de retrouver l’usage d’un sens. Je respire son parfum et, une fraction de seconde, j’oublie tout.
— Salut, Max ! Tu fais la rando ? demande-t-elle.
Je me détache à regret pour lui répondre.
— Ouais… Chaque semaine ou presque.
Je me concentre sur ce que j’avais tant envie de revoir : son sourire et ses yeux. Je retrouve le sentiment qui m’a serré la poitrine quand on nous a évacués de Pristina. Je découvrais d’en haut la région ravagée par la guerre et ce qui me semblait beau n’était plus que désolation. Mon sang se fige devant le spectacle et le charmant visage marqué par le chagrin.
— Ça ne me regarde pas, mais est-ce que tu as pleuré ?
Elle baisse la tête pour dissimuler pudiquement les coulées de mascara.
— Disons que ma soirée a pris une tournure inattendue.
Je lui avais pourtant demandé d’être prudente ! Avec Alex, on ne sait jamais à quoi s’attendre. Trois fois sur cinq, la surprise est mauvaise. Elle tremble légèrement, de colère sans doute, et remonte ses paquets sur son avant-bras. Quelle connerie Arthy a-t-il encore faite pour qu’elle se retrouve seule à déambuler dans les rues, en pleurs ? Un passant la regarde en biais et je pense à la préserver du jugement des autres, pas la peine d’en remettre une couche.
— Finn et Lucas sont là aussi, faut pas rester ici. Ils vont te poser des questions auxquelles tu ne voudras pas répondre. Attends-moi, je vais les prévenir que je dois partir et je reviens.
Je retourne vers les autres qui s’apprêtent à prendre le départ. Je percute Finn qui s’énerve et je m’excuse :
— J’ai un empêchement, désolé, faut que je file.
— Ouais ! s’exclame Lucas. Tu te décides à passer la soirée avec la nana de tout à l’heure !
J’hésite à réagir à son commentaire. Franchement, oui, j’ai l’opportunité de tenir compagnie à une fille qui me plaît, mais je ne veux pas donner son identité.
— Non, je viens de recevoir un appel. Je ne peux pas rester.
— C’est qui ? me questionne Marc.
Je souris, j’ai envie de lui balancer en pleine tête que c’est Élie. Mais je garde ce moment pour moi, jalousement.
— Ma sœur, elle a des soucis. Éclatez-vous bien, les mecs !
Je me tire en priant pour que la jeune femme n’ait pas décidé de partir sans un mot pour ruminer sa rancœur toute seule, mais quand j’arrive, elle est toujours là.

Immobile, comme une apparition ou un miracle.
Dans ton regard
 
Elle a les doigts crispés sur le sac d’une boutique de chaussures, à tel point que ses jointures blanchissent. Je le prends doucement pour lui faire lâcher prise et lui tends l’autre main.
— Si tu me tiens, j’adapterai mon allure à la tienne.
Elle la saisit et reste immobile un instant avant de me questionner :
— Tu m’emmènes où ?
J’indique la rue du Taur d’un signe du menton.
— Dans un petit Kebab sympa dont je connais le patron, tu pourras te poser, te restaurer et te ressaisir.
Le patron, Abdul El Nasri, est un ancien de l’OLP 1 . En réalité, c’est un nom d’emprunt et personne ne sait comment il s’appelle, à l’exception de mon paternel. Parfois, je me demande quelle sorte d’éminence grise est Sandro Ricci. Je me dirige vers l’établissement en serrant les doigts de mon invitée qui se cramponne en retour comme si sa vie en dépendait. On ne peut pas dire que je l’emmène dans un trois-étoiles, mais l’accueil y sera chaleureux. En entrant, je salue l’ancien soldat. De carrure solide, il est aussi impressionnant que massif. Dans son cou s’étale une large cicatrice de brûlure, stigmate de guerre que certains remarquent, mais dont peu connaissent l’origine.
— Oh ! Ricci ! T’es pas à ta rando ? m’interroge-t-il.
— Non, ce soir je tiens compagnie à mademoiselle. Et ce n’est pas  ma  mademoiselle, Abdul !
Je la guide vers une table un peu à l’écart au fond du restaurant et elle s’assied tandis que je me débarrasse de mes équipements. Je me sens mal à l’aise quand je perçois son regard qui me détaille. Je suis prêt à parier que si je la prends en flagrant délit, elle ne s’en cachera même pas.
— Alors, c’est comme ça que tu t’appelles ? demande-t-elle, timidement.
— Maximilien Ricci, c’est exact.
Sur une chaise, je dépose mes protections et mon sac à dos avant de m’asseoir face à elle.
— Si tu n’es jamais venue ici, sache que tu pourras toujours t’y...

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