Marginal
155 pages
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Description

1986. Ce qui aurait dû être le meilleur été de la vie de Nate Bradford prend une tournure bien aigre lorsque ses parents décident soudainement de divorcer. Aujourd’hui, au lieu de passer sa dernière année de lycée dans sa ville natale, Austin, au Texas, il vit avec son père à Warren, dans le Wyoming. Population : 2 833 (et Nate trouvait cette estimation bien généreuse). Pas de piscine, pas d’équipe de tennis, pas de centre commercial – pas même MTV à la télé. L’école tout entière est plus petite que son ancienne classe, et dans une ville où les passe-temps préférés des ados sont le sexe et la drogue, Nate ne se sent pas à sa place.


Puis, il rencontre Cody Lawrence. Fauché, issu d’une famille brisée, et clairement du mauvais côté de la barrière. Le père de Nate dit que Cody n’apporte que des problèmes ; les autres gamins disent que c’est un vaurien. Mais Nate sait que Cody est un bon garçon qui n’a jamais été. En fait, il commence même à se demander si ses sentiments pour Cody ne vont pas au-delà d’une simple amitié.


Admettre qu’il pourrait être gay était déjà difficile, mais entre les préjugés d’une petite ville et la progression du SIDA qui faisait la une des journaux, il n’y avait pas de place pour deux jeunes hommes tombant amoureux l’un de l’autre dans un endroit comme Warren, Wyoming.

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Informations

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EAN13 9782375742457
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0045€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Marie Sexton
Marginal


Traduit de l'anglais par Camille Wright


MxM Bookmark
Le piratage prive l'auteur ainsi que les personnes ayant travaillé sur ce livre de leur droit.
Cet ouvrage a été publié sous le titre original :
TRAILER TRASH
MxM Bookmark © 2016, Tous droits réservés
Traduction © Camille Wright
Relecture @ Marie Laure T.
Correction © Emmanuelle LEFRAY
Couverture @ Jay Aheer
À tous ceux qui m’ont houspillée jusqu’à ce que je finisse cette histoire : Heidi en particulier mais aussi Rowan, Troy, Rob et Wendy.
Chapitre un

Cody était en train d’attendre à la station-service que les autres clients s’en aillent pour pouvoir s’acheter un paquet de cigarettes, lorsque le nouveau se pointa. Warren, dans le Wyoming, était un tout petit endroit où tout le monde se connaissait. Ce gosse n’était clairement pas du coin et il leva les yeux du magazine sur les Rolling Stones qu’il tenait pour pouvoir l’étudier.
Il devait comme lui avoir entre dix-sept ou dix-huit ans, mais il était fringué comme un de ces types BCBG tirés tout droit des films de John Hugues, avec ses chaussures bateau, son pantalon à pinces, son t-shirt de golf au col relevé et de la putain de laque dans ses cheveux, tant qu’à faire.
Il y avait deux possibilités : soit, et c’était la plus crédible, il était l’un de ces ploucs qui avaient tenté de prendre un raccourci à travers la campagne depuis l’autoroute quatre-vingt de Yellowstone et s’était arrêté pour demander son chemin, soit il venait d’emménager en ville.
Intrigué, il le regarda rejoindre directement le comptoir, aussi arrogant que possible, et demander un paquet de Marlboro rouges à Vera. Comme il s’y attendait, elle jeta un coup d’œil à la ronde pour faire l’inventaire de ses clients. Tammy et son gamin hurlant, le vieux Jerry qui était apparemment en train de rechercher le meilleur paquet de bœuf séché et Lucy, qui portait encore ses chaussons. Son tour d’horizon achevé, elle reporta son attention sur le nouveau, fit claquer une bulle de chewing-gum avant de prendre la parole.
— T’as une carte d’identité, gamin ?
— Bien entendu.
Mais il ne fit pas mine de la chercher dans son portefeuille.
— Tu comptes me la montrer un jour ? Pas de cigarettes si tu n’as pas dix-huit ans.
Cody ne pouvait pas voir l’expression de l’autre adolescent mais ce n’était pas nécessaire.
— Oh, émit-il, comme si elle venait de lui faire une révélation cruciale. OK, merci.
Il se mit à étudier les jarres de bubble-gum sur le côté du comptoir. Madame Thomas, la prof de musique du lycée, entra à ce moment. Cody renonça pour de bon et quitta le magasin. La prof et Vera ne s’aimaient pas beaucoup et elles en faisaient tout un foin à chaque occasion possible. Ça allait prendre des heures…
Une fois dehors il s’appuya contre le bâtiment et tira une cigarette. Le vent soufflait comme toujours, aussi dut-il se cacher derrière le distributeur de pains de glace pour pouvoir l’allumer. Quand il releva le nez, le BCBG se tenait là et le regardait, le vent rabattant ses mèches blondes dans ses yeux. Il les repoussa d’un geste.
— Eh mec, t’aurais pas une clope pour moi ?
Il ne lui en restait plus que deux, mais il n’avait pas envie de passer pour un radin.
— Bien sûr.
Il en tira une de son paquet et lui tendit son briquet. Lorsqu’elle fut allumée, le nouveau venu s’appuya contre la machine à glace. Il était un peu plus grand que lui mais d’un autre côté… tout le monde l’était.
— C’est quoi ton nom ?
— Cody.
— Cody, répéta-t-il comme s’il était en train de le goûter. Il dut en aimer la saveur puisqu’il esquissa un sourire. Mes amis m’appellent Nate.
Est-ce que ça voulait dire qu’il le considérait déjà comme son ami ? Cette éventualité le surprit.
— J’arrive pas à croire qu’elle m’ait demandé ma carte, poursuivit-il. Tout le monde s’en fout chez moi.
— Vera s’en fout aussi, mais elle a peur que les autres lui fassent une scène. Si une des mères PTA apprend qu’elle nous vend des clopes, elle perdra son boulot. Faut que tu attendes que tout le monde soit parti, là, elle acceptera de t’en vendre sans te poser de question. Pareil pour la bière une fois qu’elle te connaît.
— Et elle te connaît ?
— Plutôt pas mal.
Sa mère l’envoyait acheter des choses ici depuis qu’il était assez grand pour traverser la route. Nate tourna la tête pour que le vent dégage ses cheveux de son visage, mais tout ce qu’il y gagna fut de les faire voleter et se rabattre en pleine face.
— Est-ce que ce foutu vent arrête de souffler ici ?!
— Seulement quand il neige.
— Ça promet, j’ai vu la neige qu’une seule fois dans ma vie et ça m’a suffi.
Cody trouva le commentaire amusant et rit. Il se fit la réflexion qu’il exagérait pour rire, puis réalisa qu’il n’en était peut-être rien.
— Attends t’es sérieux ?
— J’ai vécu au Texas, il pèle de temps en temps mais l’année dernière ça a été la première fois que j’ai vu de la neige et ils ont dû boucler toute la ville.
— Ouais ben ici c’est clair qu’on ne ferme pas quand il y a de la neige… T’as déménagé dans le coin ?
— La semaine dernière.
Drôle de moment pour le faire… Avec la flambée des prix du carburant et du fioul, les gens avaient tendance à fuir le Wyoming et non s’y installer.
— Où est-ce que tu habites ?
Le blond fit un geste en direction du nord-est.
— En haut, à Orange Grove.
Orange Grove. Ça posait le décor, c’était le coin où tous les friqués s’installaient à Warren. En tout cas, personne n’avait jamais réussi à faire pousser la moindre orange dans le Wyoming…
— Ils sont où les autres au fait ? Je veux dire, où est-ce que tout le monde se retrouve ?
Nate n’avait fumé que la moitié de sa cigarette lorsqu’il la jeta dans le caniveau et il dut résister à l’envie de lui en coller une. Lui avait fumé la sienne jusqu’au filtre, qu’il jeta sur le trottoir avant de l’écraser du talon de sa chaussure. Il se fit violence pour ne pas en vouloir au petit nouveau de Warren d’avoir gâché la moitié de son avant-dernière clope. Il essayait aussi de ne pas lui en vouloir d’habiter au Grove. Il pouvait surmonter la cigarette, mais le Grove…? Ça le mettait hors de lui, sans aucune raison valable.
— Qui est-ce que tu recherches exactement ? Des gosses de riches comme toi ?
L’hésitation de Nate fut palpable.
— Ouais, enfin n’importe qui de notre âge.
Cody savait que son attitude était déplacée : ce n’était pas de sa faute si ses vieux avaient plus de fric que les siens. Il lâcha un soupir.
— Ceux que tu recherches seront au City Drug, c’est dans la rue principale.
— Un drugstore ?
— En quelque sorte… C’est vieux, ils ont une de ces vieilles fontaines, tu vois le genre ? Comme dans les années cinquante.
C’était un endroit plutôt sympa si on oubliait les bourges. Ils y faisaient une bière terrible, avaient de l’ironport à la tireuse et vendaient des limonades faites maison.
— C’est là-bas que tu trouveras ceux de ton genre.
Nate sourit, ses cheveux se rabattant dans ses yeux une fois de plus.
— Et où vont ceux qui ne sont pas de mon genre ?
Cody fronça les sourcils et résista à l’envie de sortir sa dernière clope pour se la griller.
— Les gosses des fermes, les cow-boys, seront à la vieille carrière, au sud de la ville. Je ne sais pas ce qu’ils y foutent et j’ai pas vraiment envie de le savoir. Les branleurs et les gosses du lotissement traînent au bowling. Y a que trois pistes mais ils ont un Pac-Man, un mille-pattes, un flipper et un babyfoot.
Il aurait pu lui dire que le flipper se déglinguait, qu’il manquait quatre joueurs au baby, trois rouges et un bleu mais il se dit que ce genre de détails ne l’intéresseraient sans doute pas.
— Puis après y a plus que les Mormons je crois, ils restent entre eux et doivent se voir les uns chez les autres.
— Et toi ? Où est-ce que tu traînes ?
Cody rit.
— Là, juste ici je suppose, derrière la machine à glace.
— Doit y avoir un autre endroit non ?
Il étudia son expression, soupesant ses mots.
— Peut-être…
Chaque école avait ses boucs émissaires, ses rejetés et au lycée Walter Warren, c’était lui qui occupait ce rôle. S’il avait dû se choisir un groupe, il aurait pris les branleurs du bowling, mais il ne leur faisait pas confiance. Il savait d’expérience qu’ils se retourneraient contre lui en un battement de cils si ça pouvait leur apporter quelque chose. Donc d’un certain côté… c’était sympa de se dire qu’il aurait un peu de compagnie l’espace de quelque temps, de l’autre, les cours reprenaient dans trois semaines et à ce moment-là, tout se finirait. Il était prêt à parier qu’en moins de deux, Nate rejoindrait tous ces richards du Grove et se comporterait comme s’ils étaient de parfaits étrangers l’un pour l’autre.
Mais bon, ça n’arriverait pas avant septembre et ils étaient toujours en août, qui cognait comme pas possible avec du vent à décorner les bœufs. Il n’avait franchement rien à perdre.
— Je vais te montrer mon coin, mais déjà, on s’achète un autre paquet de cigarettes.

* * *
Nate pensait qu’ils partiraient dans la foulée mais Cody le fit patienter. Lorsque le dernier client s’en fut allé de la station-service, il prit son argent et entra. Il ressortit avec un paquet dans chaque main, un de Marlboro et un de Camel lights. Il fourra le second dans la poche de sa veste avant de jeter le premier dans sa direction.
Il ne dit pas un mot et se contenta de descendre du trottoir.
— Où est-ce que tu vas ! appela-t-il.
Cody se retourna sur ses talons.
— Je croyais que tu voulais aller quelque part ?
Ah, il devait le suivre donc. À pied…
— Pourquoi est-ce qu’on n’y va pas en voiture ?
Il fit un geste de la tête en direction de la sienne, le regard de Cody se reportant sur la Mustang marron garée au fond du parking. Il la détailla une minute, Nate ne ratant rien du ressentiment de son expression qui lui rappela la manière dont il avait dit ‘gosses de riches comme toi’.
— Ouais, OK, accepta-t-il.
Il grimpa dans sa voiture et Cody le rejoignit et s’installa côté passager sans croiser son regard.
— Belle caisse… Mais c’était clair qu’il ne le disait que parce que c’était attendu de lui. Il la détailla. Décapotable, en plus…
— J’avais retiré la capote le premier jour, mais c’est beaucoup moins fun ici qu’à la maison. Se prendre le vent dans le visage était une chose, devoir le supporter venant de toutes les directions en était une autre. Mon père veut que je la vende pour acheter un pick-up.
Cody haussa les épaules.
— Ça te sera beaucoup plus utile en hiver.
C’était vrai, sans doute, mais le souci était que cette voiture était devenue le point de discorde avec son père. Ses parents avaient déjà ruiné sa vie en divorçant, ensuite il avait fallu que son père décide qu’il avait besoin d’un nouveau départ et d’une toute nouvelle ville. Il aurait voulu rester à Austin, avec sa mère, mais ses parents avaient décidé qu’il n’en serait rien et que ce qu’il pouvait bien en penser ou ressentir n’avait aucune espèce d’importance. C’était ainsi qu’il s’était retrouvé ici, au milieu de nulle part, à Warren dans le Wyoming, dans cette petite ville de deux mille huit cent trente-trois âmes, et encore, il était sûr qu’il voyait large, là. Il n’avait pas envie d’être ici et s’il vendait sa voiture pour s’acheter un quatre-quatre comme les ploucs locaux, il deviendrait l’un des leurs.
Et il n’avait aucune envie que ça arrive.
— Je prends quelle route ?
Il suivit la direction indiquée et une minute plus tard, Cody se penchait pour allumer la radio, un sourire timide aux lèvres.
— Huit pistes, c’est dingue…
— Je ne sais pas si ça fonctionne, j’utilise la radio chez moi, mais la seule que j’ai trouvée ici passe de la country.
— Elle se trouve en dehors de Casper. La station de rock la plus proche est à Salt Lake, peut-être qu’il y en a une à Laramie aussi, mais là t’es au milieu de nulle part, hein. On est dans le trou noir de la civilisation, on n’a même pas de magasin de musique…
— J’ai vu des cassettes à la station-service.
Il rit.
— Ouais, si tu aimes Hank Williams.
À l’ouest de la ville il y avait un lotissement de mobil-homes que Cody lui fit traverser. De l’autre côté, la route tourna au sud et s’enfonçait sous la voie de chemin de fer pour ressortir sur ce qui avait dû être un lotissement… dans ses bons jours. Maintenant cela tenait plus du film d’horreur : quatre mobil-homes moisis qui n’avait que de la poussière en guise de jardin, des torchons maculés pour les rideaux et un chien pouilleux qui leur gronda dessus, caché sous une voiture rouillée.
— Gare-toi là.
Il s’exécuta et le suivit jusqu’à une clôture barbelée que Cody enjamba. Le blond s’arrêta, pris de doutes, et le détailla en se demandant ce qu’il avait derrière la tête. Nate n’était pas stupide et savait à quoi s’en tenir rien qu’en le regardant. Il portait un jean passé, sans marque, avec un t-shirt miteux recouvert d’une veste en jean qui avait l’air de tomber en morceaux, couplé à ce regard inquiet et accusateur qui laissait penser qu’il avait toujours été du mauvais côté de la ligne.
Le père de Nate le qualifierait de mauvaise graine et lui dirait de s’en tenir éloigné.
C’est exactement pour cette raison qu’il avait décidé de lui parler en tout premier lieu. Mais là… c’était une chose que d’agacer son père, une autre de se faire arrêter pour s’être introduit chez quelqu’un.
— On va pas s’attirer des ennuis ?
— Non c’est bon, c’est la propriété de Jim, il s’en fiche tant qu’on n’emmerde pas ses vaches.
Nate le suivit alors de l’autre côté de la clôture. Ils sautèrent par-dessus une rigole d’écoulement qui puait la pisse de bovin et traversèrent un champ. Au-devant d’eux, à l’ouest, il repéra la voie rapide qui devait mener jusqu’à l’autoroute. D’ici, ils étaient assez près pour apercevoir les voitures, mais trop loin pour en distinguer les marques et modèles. Au sud, un troupeau de vaches paissait. Deux d’entre elles levèrent la tête pour les regarder mais la plupart se contentèrent de ruminer sans s’intéresser à eux.
Encore quelques pas et le terrain plongeait sur quelques mètres pour former une petite dépression. En dessous, se tenait un cimetière de voitures. C’était là que de toute évidence, Jim et sa famille se débarrassaient de leurs anciens véhicules. Il y avait la cabine rouillée d’un vieux pick-up, quelques tracteurs comme autant de squelettes décrépits et deux carcasses que Nate fut incapable d’identifier, de l’équipement agricole, peut-être.
Sur la falaise, à moitié enseveli sous la terre, se trouvait un vieux chariot. Les roues manquaient et ses essieux devaient être enterrés dans le talus formé sous lui. Il y avait toujours les arcs métalliques qui avaient un jour dû accueillir la toile de couverture. Il était couché à presque quatre-vingt-dix degrés sur le sol et Cody rejoignit le rebord de la dépression et s’y glissa jusqu’à s’asseoir en bas de la descente. La caisse du chariot y formait une sorte de couche inclinée qui regardait en direction de la prairie.
Il sortit ses cigarettes et prit la dernière de son précédent paquet avant d’écraser ce dernier et de le ranger dans la poche de sa veste, l’allumant alors avec une habileté née d’une longue habitude.
— Fais gaffe à tes mégots ici, c’est ultra sec, Jim m’écharperait vif si on lui crame son champ.
Nate glissa le long de la caisse en bois du chariot et s’installa à côté de lui. D’ici, ils étaient à l’abri du vent, ce qui était déjà bien.
— Qu’est-ce que tu fais ici ?
Cody s’allongea et ferma les yeux.
— Rien du tout.
— Rien du tout ?
Il sourit sans rouvrir les yeux.
— Je fume, je lis, je pionce… Je me branle.
Le faisait-il littéralement ou sous-entendait-il par là qu’il ne faisait rien du tout ? L’estomac de Nate papillonna alors qu’il s’interrogeait en silence.
— Alors c’est tout ? C’est ce que tout le monde fait ?
— Ça, ou se shooter.
— Et tu le fais ?
— Non, mais beaucoup oui, surtout ceux comme toi du Grove qui ont du fric à perdre…
Nate avait toujours été quelqu’un de raisonnable. Oui, il avait déjà descendu quelques bières, mais il n’avait jamais testé la drogue. Il sortit son paquet de sa poche et le regarda. Il n’avait commencé à fumer que deux semaines plus tôt et ne s’y était mis que pour emmerder son père.
— Je suis de la promotion quatre-vingt-sept, tu seras en dernière année aussi ?
Il se demanda comment il l’avait deviné, puis réalisa qu’il regardait sa chevalière.
— Ouais.
— Moi aussi.
Nate repoussa la bague sur son doigt tout en se rappelant l’exaltation qu’il avait ressentie lorsqu’il l’avait choisie en entrant au lycée. À l’époque il ne savait bien sûr pas qu’ils auraient déménagé avant son diplôme et qu’il devrait passer sa dernière année à Warren. Juste un an dans cette parodie de ville et il pourrait se casser. C’était ce qui lui permettait de tenir.
— Tu pratiques un sport ?
Cody rit.
— Ouais, bien entendu, je suis le capitaine de l’équipe de football. Qu’est-ce que tu crois toi ?
C’était en effet une question stupide… S’il avait réfléchi une seconde, il l’aurait compris.
— Et toi ?
— Tennis et je faisais partie de l’équipe de natation.
— La seule piscine ici est à l’air libre, elle n’est ouverte que trois mois par an.
— Ouais, je l’ai vue.
C’était juste un trou rectangulaire en ciment creusé dans le sol qui débordait de gamins surexcités. Il était loin des standards olympiques, même s’il avait bien trois couloirs de nage. À côté se trouvait le court de tennis, au singulier évidemment, dont le ciment craquelé était parsemé de mauvaises herbes. Nate avait pu y dénombrer cinq cadavres de bouteilles de bière mais aucune balle de tennis.
Il ravala le nœud qui se forma subitement dans sa gorge et batailla pour transformer sa frustration en colère qui lui serait plus utile dans ce genre de circonstances.
— Je suppose que je ne ferai plus rien maintenant…
Mais sa voix n’était pas aussi détendue et détachée qu’il l’aurait souhaité. Il savait que son amertume s’était entendue et pour la première fois, il n’y eut aucun ressentiment ou dédain dans le regard de Cody. Il avait même l’air d’avoir un peu pitié de lui.
— Tu es descendu en Enfer, Nate, émit-il sans la moindre trace d’humour dans le ton. Cet endroit finira par manger ton âme.
Chapitre deux

Nate proposa à son nouvel ami de le ramener chez lui mais ce dernier lui dit que la station-service où ils s’étaient rencontrés serait suffisant.
— Tu veux qu’on se voie demain ? demanda-t-il. Je peux te retrouver au chariot après le déjeuner.
Cody hésita une seconde, comme s’il n’était pas certain de comprendre sa question, ou comme s’il n’arrivait pas à croire ce qu’il avait entendu. Puis il sourit. Non pas ce sourire cynique qu’il lui avait offert plus tôt, ou un de ceux qui lui trahissaient qu’il le trouvait bourge et stupide. C’était différent et il lui donnait l’air plus jeune qu’il ne l’était en réalité. Un sourire doux, comme un secret partagé, que peu avaient dû voir.
— Super.
Juste ce mot, rien de plus. Mais Nate eut la sensation qu’il avait hâte d’y être.
Il rentra à Orange Grove avec ce sentiment familier d’inconfort grandissant au creux de son estomac. Son père était le nouvel officier de la police municipale de Warren. L’explosion du prix des carburants avait amené son lot de personnes dans l’État dans les années soixante-dix et la première moitié des années quatre-vingt mais maintenant que c’était du passé, les gens s’enfuyaient du Wyoming en troupeau. Les villes se délitaient et le taux de chômage n’avait jamais été aussi haut. Le tiers, facile, des villas d’Orange Grove étaient inhabitées, des panneaux ‘À vendre’ s’égrainaient sur les devantures, s’inclinant au gré des caprices du vent. Malheureusement, entre le chômage élevé et la répression, le taux de criminalité était lui aussi à la hausse. Son père avait réussi à avoir ce boulot parce qu’il avait assez d’expérience sur le papier, mais Nate ne comprenait toujours pas pourquoi ils avaient dû partir d’Austin et emménager dans une ville qui avait derrière elle ses plus belles années et qui tombait doucement en ruine.
Il trouva son paternel dans la salle à manger, accaparé par des dossiers ouverts et des feuilles étalées tout autour de lui.
— Où est-ce que tu étais ?
Une demande, pas une accusation. Pas inquiet, non plus, simplement curieux de sa journée.
— Dehors.
Il lut la douleur que sa réponse élusive fit naître dans son regard. Ils s’étaient toujours bien entendus, mais ça… c’était avant.
Avant l’aventure, avant le divorce.
— Tu as rencontré des jeunes de ton âge ?
— Un seul, on a traîné un peu ensemble.
— C’est bien, je suis content que tu te fasses des amis. C’est un garçon ou une fille ?
— Un garçon, il sera en terminale, comme moi.
— C’est super ! Comment s’appelle-t-il ?
— Cody.
— Et c’est quoi son nom de famille ?
Nate savait qu’il ne posait la question que pour savoir s’il faisait partie de la liste des habitués du poste de police, ainsi fut-il heureux de pouvoir répondre en toute sincérité qu’il n’en savait rien et qu’il n’avait pas demandé. Un silence inconfortable s’installa entre eux, son père jouant avec son stylo pendant qu’il regardait ses pieds. Il voulait lui en dire davantage. Il voulait lui raconter que Cody l’avait emmené dans un champ où ils s’étaient fumé la moitié d’un paquet parce qu’il n’y avait strictement rien d’autre à faire dans cette foutue ville. Il voulait lui dire qu’il lui avait appris que tout le monde se droguait ici. Il voulait lui dire qu’il l’avait emmené dans l’endroit le plus pourri sur terre. Que Cody avait dit qu’il finirait par lui dévorer l’âme et qu’il le croyait.
Il voulait lui dire tout cela, mais…
— Qu’est-ce qu’on mange ce soir ?
— Un chinois ça te dirait ? Ça ressemblait plus à une question qu’à une affirmation. J’en ai vu un dans la rue principale.
— Ils n’ont même pas de Pizza Hut ou de McDo, mais ils ont un chinois ?
— En fait il y a un historique asiatique assez marqué dans la région. Beaucoup de chinois ont aidé à construire le chemin de fer, j’ai été à la librairie aujourd’hui, ils ont un livre sur…
Nate le coupa avant qu’il digresse pendant des heures.
— Le chinois, c’est parfait.
Le dîner lui fit l’impression d’un voyage dans le temps, avec un petit jukebox individuel à chaque table. Un bouton permettait de tourner les feuillets comme sur les anciens livres d’histoire pour enfant, listant les différentes musiques proposées. Ils y insérèrent quelques pièces, pour le côté cocasse. Il n’y avait pas beaucoup de musique pop, alors Nate choisit ‘It’s Raining again’ et ‘One thing Leads to Another’. Son père chercha des musiques de Bob Seger mais la seule qu’ils avaient était ‘Tryin’ to Live My Life Without You’ qui était un peu trop connotée pour eux, alors il lança ‘Down Under’ ainsi que ‘Jack & Diane’ et l’espace de quelques autres minutes, Nate s’amusa presque.
La nourriture se trouva être finalement meilleure qu’il ne l’avait escompté, aussi. Ils prirent du porc aigre-doux, du riz cantonnais frit qu’ils trouvèrent tous deux bien meilleur que le riz grillé dont ils avaient l’habitude pour accompagner ce genre de plat. Nate s’était fait aux repas gênants avec son père. Celui-ci ne fut pas si mal, mais quelque chose n’allait toujours pas. Son père essayait de faire la conversation comme si rien n’avait changé, comme si sa mère n’était pas aux abonnés absents. Comme s’ils n’étaient pas attablés dans un resto chinois ridiculement petit au milieu du Wyoming où le vent soufflait dehors comme si lui aussi n’avait qu’une envie : se tirer de là au plus vite.
Il ne le blâmerait pas s’il y parvenait.
— J’ai vu un pick-up à vendre aujourd’hui. Un Ford, un peu rouillé mais ces engins sont increvables. Je pense qu’il ferait un bon investissement.
— Je garde ma Mustang.
— Cet hiver…
— Je sais.
Ils retombèrent dans un de ces silences inconfortables. Ils en avaient de plus en plus ces derniers temps.
— Je sais que tu n’as pas envie d’être là, émit doucement son père. Mais je n’avais pas beaucoup de choix…
— Je ne vois pas pourquoi on a dû partir d’Austin, tu avais déjà un boulot là-bas.
— Ta mère voulait garder la maison et je n’avais pas envie de me battre avec elle pour la garder.
— Tu ne t’es battu pour rien.
— Je voulais ta garde, je me suis battu pour toi, rectifia-t-il doucement.
Nate coupa court à cette discussion, parce qu’il n’y avait aucune bonne façon de lui annoncer qu’il n’aurait pas dû se donner cette peine. En plus, ils avaient déjà eu cette discussion.
— Qu’importe.
— Je ne pouvais pas rester à Austin après le divorce. Je ne pouvais vraiment pas. J’avais besoin de prendre mes distances…
— Ouais, eh bien t’as réussi, non ?
Son père se frotta le front.
— Je sais que tu penses que j’aurais dû essayer plus fort d’arranger les choses avec ta mère, mais…
— Tu n’as pas du tout essayé.
— Ce n’est pas vrai, dit-il avec une patience infinie. Tu n’as aucune idée d’à quel point tu as tort.
— Si tu avais vraiment essayé, on ne serait pas là. On serait à la maison à Austin, avec maman.
Son père soupira et resta assis en silence pendant un instant avant de plonger la main dans sa poche et de pousser une pièce sur le plateau de la table.
— Ça te dirait une autre chanson ?

* * *
Cody rentra chez lui depuis la station en se sentant étonnamment de bonne humeur. Oui, il n’aurait que quelques semaines avant que l’école commence et que la hiérarchie interne du lycée ne lui vole Nate, mais jusque-là, il semblait bien qu’il s’était fait un ami. Ça faisait un moment qu’il n’en avait pas eu un.
Les trois mobil-homes près du sien lui semblèrent plus oppressants qu’à l’ordinaire. Dans l’un habitait Ted, un alcoolique sans emploi dans la cinquantaine qui vivait seul. Vera de la station-service vivait dans l’autre avec sa mère invalide. Le troisième appartenait à Kathy Johansen et Pete Jessup, qui auraient très bien pu vivre en vendant de la drogue s’ils n’en consommaient pas plus qu’ils n’en vendaient. Ils étaient en train de s’engueuler, pour ne pas changer, et leurs hurlements s’entendaient aisément au travers des murs peu épais. Cody perçut quelque chose se briser à l’intérieur de leur mobil-home en passant devant. Les trains seuls parvenaient à faire plus de boucan qu’eux lorsqu’ils traversaient la ville en faisant trembler sa maison.
Nate avait proposé de le déposer chez lui, sans savoir qu’ils étaient passés devant et s’étaient arrêtés pratiquement devant sa porte d’entrée. Il était hors de question qu’il laisse un gosse de riche d’Orange Grove voir où il vivait. Nate en aurait appris bien plus sur lui qu’il n’était prêt à lui en montrer à ce stade de leur relation.
Il fut surpris de voir la voiture de sa mère garée devant chez eux. Elle était assise sur le canapé quand il entra, une cigarette coincée entre ses doigts et deux canettes de bière vides sur la table basse devant elle. Elle aurait dû être au travail.
— Ils étaient lents aujourd’hui, répondit-elle à sa question silencieuse. Ralph m’a dit de rentrer.
Sa mère bossait comme serveuse sur une aire d’autoroute sur la quatre-vingt. Elle se tapait presque une heure de trajet par jour pour une paye de merde. Elle dépensait la moitié de ce qu’elle gagnait dans le carburant pour pouvoir s’y rentre chaque semaine, mais il n’y avait aucun emploi à pourvoir à Warren. Au-delà de ça, ils avaient déjà enduré par le passé des périodes où ils n’avaient aucun revenu et c’était mieux, pas de beaucoup, mais mieux malgré tout.
— Qu’est-ce qu’on mange ce soir ?
Parfois elle ramenait les sandwichs au bœuf qui n’avaient pas été vendus, mais aujourd’hui, il ne voyait aucun doggy bag sur la table basse. Elle haussa les épaules et écrasa son mégot dans le pot de la plante morte.
— Ce que tu trouveras.
Il ouvrit le placard et détailla son contenu comme si c’était la première fois qu’il le voyait. Des nouilles instantanées d’une marque premier prix et une certaine quantité de pots vides de beurre de cacahouètes s’y trouvaient.
— On a du pain ?
Elle ne répondit pas, ce qui équivalait à un non.
Depuis la cuisine il ne pouvait voir que l’arrière de sa tête pendant qu’elle regardait La Roue de la Fortune. L’image était un peu merdique parce que l’antenne en feuille d’aluminium et ressemblant vaguement à des oreilles de lapin n’était pas vraiment en mesure de faire mieux, mais il pouvait tout de même voir que c’était la fin de la partie lorsque le gagnant se dirigea vers les vitrines pour y dépenser sa mise en cadeaux.
— Je vais prendre le chien en faïence pour trois cent dix-sept dollars, annonça le vainqueur. Et la télévision couleur pour six cent vingt-cinq.
Cody se demanda, comme il le faisait toujours, ce que cela ferait de dépenser du fric comme ça. Ces gens n’avaient aucune idée de la chance qu’ils avaient. Oui, Pat, je vais prendre les spaghettis pour trois dollars. Pas le premier prix avec l’étiquette noir et blanc, mais des Prego, s’il vous plaît. Et une miche de pain pour deux dollars cinquante.
Nate avait sans doute du pain chez lui et Cody se demanda si sa mère était assise sur le canapé à boire son dîner tout en descendant son second paquet de clopes de la journée.
— Le chèque n’est pas arrivé, ajouta-t-elle.
Le regard de Cody resta fixé sur sa tête alors que ses mots se frayaient un passage dans son esprit. La distraction bienvenue qu’il avait ressentie en passant du temps avec son nouvel ami connut une fin précoce et douloureuse.
— Il a des mois de retard, il avait promis qu’il l’avait envoyé…
— Tu penses que je n’en suis pas consciente, Cody ?
— L’école reprend dans moins d’un mois.
Elle soupira mais ne lâcha pas la télé des yeux.
— Oui, Pat, émit une femme en offrant un sourire resplendissant au présentateur. Je vais prendre ce bracelet en or pour cent vingt dollars.
— Maman, émit Cody en essayant de garder un ton calme et rationnel et non geignard. Les fringues de l’an dernier ne me vont plus du tout.
— Tu peux aller au Sous-Sol, j’ai encore des pourboires que tu peux utiliser.
Une des églises de Warren entretenait un petit magasin de fripes dans son sous-sol. Des chaussures et des vêtements d’occasion. Mais le pire était que tout provenait de dons des gens de la ville.
— Je déteste aller là-bas.
— Ce n’est pas si mal…
Elle ne savait pas ce que c’était mais il se souviendrait toujours avec une acuité douloureuse de l’humiliation qu’il avait ressentie en première année quand un connard s’était moqué de lui en disant qu’il portait les fringues qu’il avait jetées l’an passé.
— Je n’ai pas envie d’acheter mes habits pour l’école là-dedans.
Allez, voilà qu’il geignait. Il le savait mais il ne pouvait pas s’en empêcher.
— Tu crois que j’y peux quelque chose, Cody ? Elle le regarda enfin. Les traits de son visage semblaient plus marqués qu’à l’ordinaire et elle avait l’air bien plus âgée qu’elle ne l’était en réalité. Le fric ne pousse pas dans les arbres.
Sérieux, comme s’il avait besoin qu’elle le lui rappelle. Si ça avait été le cas, ils auraient eu du pain, merde. De toute façon, il n’y avait déjà pas beaucoup d’arbres dans le sud du Wyoming alors si le fric y poussait, il serait de toute façon au même endroit : à Orange Grove.
Cody ravala sa frustration. Il souhaita, une fois encore, d’arrêter de grandir. Ses orteils se tordaient douloureusement au bout de ses chaussures et il portait la seule paire de jeans qui ne montrait pas ses chevilles. Il avait tondu quelques pelouses cet été mais l’argent qui lui restait ne suffirait clairement pas.
Sa mère reporta son attention sur son émission, sur ces gens qui pouvaient dépenser presque deux cents dollars sur une poubelle de bureau importée d’Italie et moche comme un cul.
— Tu survivras.
Pat, je voudrais une putain de nouvelle vie pour cent dollars, prenez le fric sur l’arbre, celui qui pousse à côté de chez Nate.
Il repensa au catalogue de fringues qui traînait dans sa chambre. Dire qu’il avait passé des semaines penché dessus, à entourer des articles, à faire des listes, à ajouter ou soustraire des choses tout en essayant de voir comment il pouvait s’arranger pour tirer le maximum de vêtements de l’argent que son père avait promis d’envoyer. L’hiver dans le Wyoming craignait et il avait sacrifié la mode à la chaleur. Des jeans, des chaussures, quelques chemises bien entendu mais il avait surtout compté dépenser une bonne part de l’argent dans un manteau chaud. Maintenant, il ne pouvait espérer plus rien de tout cela.
Il referma la porte du placard. Il n’avait plus faim. Au moins il avait un paquet de clopes quasi plein dans sa poche…
— Je sors.
Elle ne répondit pas.
Il retourna dehors, les échos assourdis de la dispute de Kathy et Pete emplissant le lotissement, pitoyables et désespérés. Cody soupira et descendit lourdement les marches. Il n’avait aucune idée de l’endroit où il comptait se rendre. Au chariot dans le champ de Jim ou à la station-service ? Il pouvait se rendre au bowling et traîner avec les autres branleurs, ou dans la carrière pour donner une raison aux cow-boys de lui casser la gueule. Ça faisait bien deux ans qu’ils ne l’avaient pas fait, peut-être que cette fois ils se démerderaient pour bien faire les choses et l’achèveraient miséricordieusement.
Ça lui semblait être presque une bonne idée.
Putain Cody, pourquoi tout ce drame ?
Ouais, il savait qu’il exagérait, mais c’était ça ou pleurer et il préférait éviter de pleurer.
Il s’alluma une cigarette et regarda vers l’ouest, en direction de l’autoroute. Il se figura l’autoroute dans le lointain, parcourue par des gens qui se rendaient quelque part, eux. Combien d’entre eux avaient du fric ? Combien avaient une famille dans leur voiture ? Combien n’avaient jamais eu à se préoccuper de savoir si leur absent de père penserait à envoyer la pension alimentaire ?
En cet instant il aurait échangé sa place avec le premier d’entre eux en un claquement de doigts et sans poser de questions…
Chapitre trois
 
Nate avait dit qu’il le retrouverait après le déjeuner, mais il s’y rendit finalement dès qu’il fut debout. Il était onze heures passées lorsqu’il arriva et Cody s’y trouvait déjà, avec un paquet à moitié vide entre ses doigts.
— Le vent souffle toujours, émit Nate en s’asseyant.
...

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