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Description

Flora est ambitieuse, pleine de vie et a un avenir tout tracé.


Mais ça, c'est avant ce voyage qui va détruire sa vie. À son retour de Punta Cana, elle s'isole et refuse tout contact physique.


Pourquoi rejette-t-elle l'aide de tout le monde ? Qu'a-t-elle vécu ? Obtiendra-t-elle sa vengeance ?


Découvrez l'histoire troublante d'une jeune femme qui doit se reconstruire malgré les séquelles physiques et psychologiques qu'elle garde de sa mésaventure.

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 29
EAN13 9782902427154
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0045€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Ne m'approchez pas
 
 
 
Dédicace
Émilie Achin
Ne m'approchez pas
 
 
 
 
 

 
 
 
 
 
«Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. L’auteur ou l’éditeur est seul propriétaire des droits et responsable du contenu de ce livre. Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayant droit ou ayant cause, est illicite et constitue une contrefaçon, aux termes des articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.»
 
© Émilie Achin
 
ISBN numérique : 9782902427154
ISBN papier : 9782902427604
Édition : Plumes de Mimi éditions, 122 rue de l’Argonne, 62117 Brebières.
Siret : 84469800100014
Dépôt légal : 10/2020
Du même auteur
 
La saga Jiji (en 4 tomes)
La saga Harley club (en 3 tome)
Sous mon aile
Moi d’abord ! (nouvelle dans le recueil : Les drôles de plumes en vacances.)
 
Émilie Achin
 
Maniant l'art de l'écriture avec simplicité et fluidité, Émilie sait fidéliser et surprendre ses lecteurs. Elle joue avec les émotions de telle manière que lorsque l’on ouvre un de ses livres, on ne s’arrête plus avant de l’avoir terminé.
Après plusieurs succès, elle continue à publier ses romans et fait confiance à son imagination pour que ses œuvres soient un coup de cœur pour tous.
 
Proche de ses lecteurs, elle demande souvent leur avis et n'hésite pas à leur donner de son temps.
 
Vous êtes toutes et tous bienvenus sur sa page Facebook :
Émilie Achin auteure
 
 
 
 
À mes fidèles lecteurs, je vous remercie pour votre soutien.
C'est grâce à vous si j'en suis là.
                        Je vous aime.
 
 
Préface
  Les gens pensent souvent que les riches n'ont pas de problème. Ils se disent que nous avons beaucoup de chance et faisons ce que nous voulons sans avoir à nous inquiéter du lendemain.
 
Ils aimeraient être à notre place et imaginent tout ce qu'ils feraient avec un compte en banque comme le nôtre.
 
Mais la santé n'a pas de prix et on peut être multimillionnaire, cela ne veut pas dire qu'on peut guérir de tout.
 
Lorsque j'ai pris l'avion pour Punta Cana, je n'aurais jamais pensé vivre autant d'horreurs ni rentrer en France dans un tel état.
 
J'y repense jour et nuit, je revis ces moments chaque seconde, je revois ces hommes me faire les pires choses qui puissent exister et je ne parviens pas à sortir de ce tourbillon infernal.
Ils auraient mieux fait de me tuer, ma famille et moi n'aurions pas autant souffert.
 
Heureusement, on a tous quelqu'un qui nous est destiné, il faut seulement le reconnaître et accepter d'être aimé.
 
 
Chapitre 1
Je suis en pleine lecture quand ma sœur entre dans ma chambre sans prévenir, ce qui me fait sursauter.
 
— Flo, je vais boire un verre avec Julien ce soir. Tu viens ?
 
Elle ne se lassera donc jamais de vouloir me faire sortir. Tous les week-ends, Rose me propose des activités extérieures. Je n'aurais jamais refusé ses propositions avant, mais c'est devenu inconcevable pour moi d'être entourée de personnes autres que mes parents et ma sœur.
 
— Non, je ne peux pas.
— Allez Flora, je t'en prie... ça fait deux ans que tu n'as pas mis les pieds hors de cette maison !
— Je ne suis pas prête, désolée. Laisse-moi tranquille s'il te plaît.
 
Elle part en claquant la porte et je reprends ma lecture là où elle m'a interrompue.
Je suis consciente de faire vivre un enfer à ma famille, mais j'ai trop peur. Je ne veux pas qu'ils soient en danger à cause de moi. Ni eux, ni personne d'autre.
 
Ma mère pleure souvent. Elle se sent impuissante, elle a tout essayé pour me faire comprendre que je dois vivre malgré tout, mais rien n'y fait.
Mon père prend souvent ma défense et ne tente rien pour me faire sortir. Il a tellement mal vécu la situation, qu'il est devenu un autre homme, un papa poule qu'il n'était pas avant.
Ma sœur et moi sommes malgré tout aussi proches qu'avant, voire plus. Elle est de deux ans mon aînée, mais beaucoup pensent que nous sommes jumelles. Nous avons gardé notre complicité, avec une distance minimum que je l'oblige à respecter. Décision que j'ai prise à mon retour à la maison et qu'elle a respectée sans chercher à négocier.
 
Je suis en vie, c'est vrai, mais j'aurais préféré mourir que d'être dans cet état physique et psychologique.
Je passe mes journées à lire, regarder la télé et faire du sport dans la salle que mon père a faite construire, dans le fond du jardin.
J'ai vingt ans et voici mon quotidien. Alors que les jeunes de mon âge travaillent, étudient, font la fête tous les week-ends et passent la plupart de leur temps avec leurs amis, moi, je vis enfermée, isolée, pour le bien de tous.
 
Mon père est PDG de la plus grande entreprise de cosmétiques de France : DECHARMES COSMÉTIQUES.
Ma mère est évidemment son bras droit et ma sœur, la responsable marketing.
J'ai promis à ma mère d'essayer de faire une nouvelle thérapie afin de commencer le job qui m'est destiné, celui de directrice qualité de l'entreprise familiale.
La nouvelle psy, recommandée par un ami de la famille, commence sa première séance lundi et je suis déjà stressée.
 
Je passe le week-end à relire mes romans préférés. Ma mère a invité des amis hier midi et comme d'habitude, j'ai demandé à ma sœur de dire que je n'étais pas bien, afin d'éviter de me joindre à eux.
Ils ne savent pas de quoi je suis réellement atteinte. Mes parents ont dit à tous ceux qui demandaient pourquoi je ne sortais plus, que je faisais une grosse dépression.
Certains de mes amis se sont manifestés, essayant de me voir ou de m'appeler, mais Rose leur a demandé de me laisser du temps et leur donne de mes nouvelles, en évitant de révéler les vraies raisons de mon isolement.
 
*
 
  C'est le grand jour, Madame Dubion, ma nouvelle psy, doit arriver d'une minute à l'autre. Je suis encore dans la salle de bain, à regarder ce corps qui semble être à peu près normal ce matin. J'ai beaucoup maigri, mais je suis musclée, donc je me sens à l'aise dans mon jeans taille trente-six.
 
— Flo, tu descends ? Madame Dubion est arrivée !
 
Un sentiment de peur s'insinue dans mon ventre et mes tremblements reprennent.
 
— J'arrive maman !
 
Je respire un grand coup et descends les rejoindre dans le salon. Ma psy se lève pour me serrer la main, mais je reste à l'écart et lui fais un signe timide.
 
— Je vous laisse, je suis juste à côté, appelez-moi si vous avez besoin !
— Merci Madame Decharmes.
 
Ma mère quitte la pièce tandis que je me ronge les ongles.
 
— Alors c'est ça ton secret ?
 
Je fronce les sourcils. De quoi veut-elle parler ?
 
— Tes ongles. C'est donc de ça que tu te nourris pour avoir un corps aussi parfait ?
— Pardon ?
 
Je ne comprends rien. Elle sourit et dit :
 
— C'était une façon de te dire que tu es très jolie. Je vais éviter de traîner dans les parages avec mon mari, il risque de tomber sous ton charme !
— Génial…
— Appelle-moi Léa !
— Et c'est quoi votre boulot exactement ?
— Je suis censée être ta psychologue. Mais je peux aussi être ton amie, ta confidente, ou même t'apprendre un tas de bêtises !
— J'ai pas besoin de vous pour tout ça.
— Ok, alors pourquoi as-tu besoin de moi ?
— Ma mère a dû vous donner les raisons de votre venue et ce n'est certainement pas pour copiner qu'elle vous paie.
— Je sais que ta mère m'a menti quand elle m'a dit que tu avais des troubles du comportement. Alors si tu veux bien, je vais te dire ce que je pense.
 
Ma mère a osé dire ça ? Cette femme ment, j'en suis sûre, elle essaie juste de me faire parler, c'est son boulot après tout !
 
— On s'en tape de ce que vous pensez ! dis-je pour lui montrer mon agacement.
— Je vais te le dire quand même. Tu as vécu quelque chose de terrible, ça se voit, c'est pour ça que tu repousses tout le monde et que tu es aussi désagréable. Tu penses que personne ne peut te comprendre et tu t'interdis de vivre parce que tu te sens coupable.
— Waouh, quelle capacité de déduction !
— Tu peux continuer à vivre comme ça encore des années, mais que crois-tu devenir quand tes parents ne seront plus là pour toi ? me demande-t-elle en fronçant les sourcils.
— Je serais partie bien avant eux, dis-je à voix basse.
 
  Elle m'entend et reprend.
 
— Si tu veux, on peut rester là sans rien dire jusqu'à ce que la séance soit terminée ! Je m'en fiche, ce n'est pas moi qui ai un problème. C'est vrai après tout, j'ai une vie bien remplie, un mari, un joli bébé, une maison et des amis ! Je savais bien que tu ne serais pas une patiente avec qui il suffit de papoter un peu pour que l'affaire soit dans le sac. Je n'ai pas envie de te forcer à parler, ce n'est pas ma façon de travailler.
— Et quelle est votre " façon de travailler " ?
— Ça dépend du patient.
— Alors avec moi, comment allez-vous vous y prendre ?
— Je répondrai à ta question quand tu m'auras dit pourquoi tu restes enfermée depuis deux ans.
— Je n'aurais donc jamais cette réponse. Mais en fait, ça aussi je m'en fiche.
— Ta mère m'a dit que tu devais commencer ton nouveau poste de directrice qualité dans l'entreprise Decharmes. Félicitations ! Tu vas travailler d'ici ? demande-t-elle avec un sourire qui en dit long sur ce qu'elle pense.
— Pourquoi pas ?
— C'est sur le terrain que tu pourras donner ton point de vue et vérifier le bon déroulement des choses !
— Je peux très bien me faire livrer des échantillons et converser par téléphone, ou même par webcam ! dis-je en croisant les bras pour montrer que je me ferme peu à peu.
— Comme ça, tes employés sauront qu'ils doivent juste faire leur boulot correctement quand tu leur demandes des échantillons ! Bravo, quelle intelligence !
 
Elle se moque de moi ?
 
— Tiens, la séance est terminée ! Bonne continuation, Docteur ! dis-je en fuyant la pièce alors que la séance commençait à peine.
— Je te revois bientôt. Bonne journée Flora !
 
Elle rejoint ma mère avec un sourire de satisfaction. Je les entends discuter et prendre un nouveau rendez-vous, mercredi à treize heures.
D'habitude, les psychologues me prennent pour une dégénérée, ils me parlent comme à une enfant, mais elle, elle est différente. Elle joue avec moi. Je la trouve assez sympa en fait. Peut-être qu'elle me montrera le bout du tunnel !
J'attends qu'elle soit partie pour rejoindre ma mère dans la cuisine.
 
— Alors ma puce, ça va ? Ce n'était pas trop difficile cette fois ?
— Cool, elle est... cool.
— Ah, merci mon Dieu, fais qu'elle soit notre sauveuse ! dit-elle en regardant vers le ciel, avec un sourire de soulagement sur les lèvres.
— Maman ! Je n'ai pas dit qu'elle y parviendrait, c'est juste la plus cool de tous !
— Je t'en prie Flora, fais un effort.
— Je t'ai promis que j'essaierai, c'est ce que je vais faire. Essayer !
— C'est un bon début. J'ai confiance en toi ma puce. J'ai fait des cookies, tu en veux ?
— Allez, un petit pour la route, ensuite, je vais me défouler.
— Je peux t'accompagner ? me demande-t-elle d’une voix pleine d’espoir.
— Maman, je vais au fond du jardin. Il n'y a rien de spécial à voir !
— Si ça peut me permettre de passer du temps avec toi, je prends. Je te demande de faire des efforts, alors je dois en faire autant. Ce qui veut dire que je vais essayer de t'aider et ensemble, nous y arriverons, peu importe le temps qu'il nous faudra.
— Merci, mais je ne sais pas ce que tu vas pouvoir faire pour m'aider.
— Je vais commencer par venir m'entraîner avec toi !
— Quoi ? Tu veux faire du sport, avec moi ?
— Oui !
— Maman, cette salle est à moi, je ne veux pas que tu y touches quoi que ce soit, c'est trop dangereux, dis-je tout à coup angoissée.
— Rien ne me fera changer d'avis, je prendrais tous les risques pour que tu t'en sortes. Je n'en peux plus de te voir cloîtrée ici.
— Non, s'il te plaît ! J'ai trop peur pour toi, maman…
— Je ne risque rien, ne t'inquiète pas pour moi.
 
Je vais me changer et emmène, à reculons, ma mère, dans l'endroit qui m'est le plus cher depuis mon retour à la maison.
Je me défoule pendant deux bonnes heures. Au départ, ma mère fait les mêmes exercices que moi, mais au bout d'une heure, elle s'assoit et me regarde avec une admiration que je n’ai jamais vu dans ses yeux, jusqu’à maintenant. C'est la première fois depuis ce voyage, que je passe un aussi bon moment avec elle.
 
Dans la soirée, alors que je suis couchée, je l'entends raconter ce moment à mon père et pleurer en espérant que j'aille enfin de l'avant.
Je dois le faire. Pour moi, mais surtout pour eux.
 
 
Chapitre 2
— Flora, je peux entrer ? demande ma sœur en entre-ouvrant la porte de ma chambre.
— Si c'est encore pour me proposer de sortir, non.
— Alors je peux. Je voulais juste te dire que maman est heureuse d'avoir pu passer du temps avec toi hier. Elle m'en a parlé ce matin. Elle reprend espoir...
— Je l'ai juste laissé s'entraîner avec moi.
— C'est déjà bien. Moi aussi j’ai une faveur à te demander. Tu crois que tu pourrais me coiffer et me maquiller comme avant ? J'aimerais faire des essais pour la soirée que nous organisons dans deux semaines, pour la sortie de notre nouvelle gamme de parfum " Irréel ". Je dois faire un discours et je veux être jolie.
— Tu es déjà jolie ! Il y a longtemps que je n'ai pas fait tout ça, je ne sais pas si je vais être à la hauteur !
— Arrête, tu es la seule en qui j'ai confiance. Tu fais des merveilles avec quelques crayons et fards à paupières. Quant à mes cheveux, tu as toujours fait des coiffures difficiles à tes poupées... et à moi aussi... j'adorais ces moments.
— Ok, mais je mets des gants, je ne veux pas te toucher à mains nues.
— C'est comme tu veux, mais je n'ai pas peur, je sais que je ne risque rien avec toi, Flo.
— Je ne veux prendre aucun risque. Je fais déjà un gros effort en acceptant.
— Je sais, merci... je t'aime, Flora.
— Moi aussi, Rose, dis-je avec beaucoup d'émotion dans la voix.
— Je vais voir si maman a encore des gants jetables. Tu viens prendre le petit-déjeuner avec nous ?
— Tu ne dois pas aller travailler ?
— Non, j'ai pris ma journée, je voulais passer du temps avec toi.
— Et si j'avais refusé ?
— Ça n'aurait pas été la première fois que je pose une journée dans cet espoir et que tu refuses... dit-elle d’un air triste.
 
J'ai soudain un sentiment de culpabilité. Ma sœur et mes parents souffrent à cause de moi. Ils font tellement d'efforts pour que je passe à autre chose…
 
— Je suis désolée Rosie, j'essaie de m'en sortir... je te jure...
— Et je suis là pour t'aider, je serai toujours là pour toi.
 
Nous descendons et rejoignons notre mère dans la cuisine. Je me demande pourquoi elle est encore à la maison, elle aussi.
 
— Bonjour, ma chérie ! s’écrie-t-elle en m’apercevant.
 
Maman est heureuse, en effet, elle a un large sourire. Je l'imite et réponds :
 
— Bonjour, maman.
 
Puis je lui fais un signe de la main avant de m'asseoir en face d'elle. Il y a bien longtemps que je n'ai pas embrassé ni touché quelqu'un.
 
— Tu n'es pas au bureau ?
— Non, Rose m'a dit qu'elle allait te demander de faire des essais de coiffures et de maquillages. Alors je me suis dit que je pourrais y assister !
— Cool, mais je ne sais pas ce que ça va donner, comme je l'ai dit à Rose, il y a longtemps que je n'ai pas pratiqué !
— Même si tout est raté, on aura passé du temps ensemble et c'est ce qui m'importe.
— Ça fait tellement de temps que j'attends ça ! réplique ma sœur, folle de joie.
 
Je souris timidement et baisse les yeux. Ma sœur dépose un énorme bol rempli de chocolat chaud et une assiette de viennoiseries devant moi.
 
— Tiens, bon appétit !
— Mmmh, mais que me vaut toute cette attention ?
— Nous voulons te donner envie de t'en sortir, répond ma mère.
— Et surtout, passer de bons moments avec toi ! finit par dire ma sœur.
 
Nous prenons notre repas tandis que ma sœur nous explique ce qu'elle aimerait que je lui fasse. Ensuite, je monte me changer et préparer de quoi travailler. Seulement, en sortant ma mallette, j'ai un énorme pincement au cœur. Avant ce voyage, j'avais pour objectif de faire de grandes études dans l'esthétique afin d’ouvrir une chaîne de salons de beauté, qui aurait travaillé uniquement avec les produits Decharmes.
Ce projet a évidemment été oublié depuis.
 
Je retourne dans la cuisine avec un sentiment de tristesse, mais je me reprends en voyant que ma mère et ma sœur m'attendent avec impatience et ont préparé les ustensiles dont je vais avoir besoin.
Mon cœur s'emballe. Je suis contente de faire autre chose que lire ou regarder la télé, mais je panique. J'ai peur de me couper ou de contaminer quelqu'un par n'importe quel moyen. Malgré mon traitement et les avancées scientifiques, j'ai vraiment peur, c'est ma pire crainte. Je crois que psychologiquement, je suis troublée. J'ai été contaminée en une soirée... bien sûr, il y a eu des circonstances aggravantes, mais je n'arrive pas à vivre comme les autres malades.
 
Est-ce parce que mentalement, je suis encore choquée ? Ou est-ce parce qu'avant d'avoir cette maladie, je me serais méfiée des gens comme moi, comme je pense que les gens qui connaissent mon secret se méfient de moi ?
 
Je sors de mes pensées et enfile des gants, afin de commencer à préparer mon matériel. Ma sœur est assise sur un tabouret, elle attend avec un sourire gravé sur le visage. Elle me donne carte blanche, je commence donc par la coiffure, en lui faisant un chignon tressé sur le côté et ensuite, je la maquille selon la couleur de la robe qu'elle a choisie.
Je fais un joli dégradé de couleurs sur les paupières, un léger trait d'eye-liner, du mascara, du blush et un gloss rose foncé.
Rose est brune aux yeux noisette, elle est grande, plus grande que moi de quelques centimètres, et est également mince. En bref, c'est une très jolie fille.
 
Lorsque je termine les dernières retouches, elle est méconnaissable. Elle ne s'est pas encore vue, mais ma mère est bouche bée devant elle.
 
— Flora, c'est magnifique ! Tu n'as pas perdu la main !
— Je veux voir, je veux voir !
 
Je lui tends le miroir et elle se fige.
 
— Ça ne te plaît pas ? je lui demande inquiète.
— Oh merde, c'est pas moi !
— Si, c'est bien vous, Mademoiselle Rose Decharmes ! je lui dis cette fois en souriant.
— J'adore ! Julien va me demander en mariage quand il me verra comme ça, c'est sûr !
— Tu vas faire des jalouses ma chérie ! réplique maman.
 
Je suis soulagée d'avoir réussi à la rendre aussi naturelle et parfaite. Je me bats intérieurement pour proposer à ma mère de faire un essai sur elle aussi, je sens qu'elle a très envie de me le demander, mais qu'elle n'ose pas, alors je lance timidement :
— Toi aussi, tu veux que je te relooke ?
 
Elles arrêtent toutes les deux de rire et deviennent sérieuses.
 
— Oh, bah... oui, avec plaisir, merci !
— Allez, installe-toi ! De quelle couleur est la robe que tu as choisie ?
 
Elle essuie ses larmes et répond :
 
— Champagne...
 
Je m'affaire et lui fais une coiffure moderne, avec quelques mèches bouclées qui retombent autour d'un chignon ébouriffé. Ensuite, je lui applique de l'ombre à paupières marron, avec un dégradé beige pailleté, un rouge à lèvres bordeaux, un trait de crayon et du mascara.
Elle fait dix ans de moins, je suis impressionnée. Elle est tellement belle...
 
À quarante-sept ans, j'aimerais vraiment lui ressembler, mais malheureusement, le vieillissement de la peau chez les gens comme moi est avancé, et dans quelques années, je pense que je ferais le même âge qu'elle, malgré nos vingt-cinq ans de différence.
 
— Voilà, j'ai fini ! Tu es très jolie, maman !
— Oh, c'est trop beau ! s’écrie Rose.
— Tu veux te voir ?
— Oui ! répond-elle impatiente.
 
Je lui tends le miroir et elle se met à pleurer, cette fois à chaudes larmes.
 
— Flo, c'est vraiment magnifique, merci.
— Moi qui croyais ne pas réussir, je trouve que j'ai fait du bon boulot sur vous deux ! Je dois avouer que vous êtes de bons modèles, vous êtes déjà si jolies au naturel !
— Tu vois que tu vaux encore quelque chose !
 
Ma sœur me fait un clin d'œil et tend le bras pour me caresser, mais elle le retire rapidement en s'excusant quand elle me voit me raidir.
 
— Je vais aller ranger tout ça dans ma chambre.
 
Je rassemble mes affaires et monte ranger ma mallette. J'entends ma mère et ma sœur discuter de la soirée prévue en imaginant les réactions de certaines femmes du milieu mondain dans lequel nous vivons. Je suis heureuse d'avoir passé ce moment avec elles, ça m'a fait beaucoup de bien. Mais je suis aussi ravie de ne pas avoir à aller à cette réception. Je hais le monde auquel nous appartenons, rempli d’hypocrites qui se délectent du malheur des autres.
Je redescends quelques minutes plus tard et ma mère me dit :
 
— Et toi, si tu allais à une soirée de ce type, comment serait ta tenue ?
— Je ne sais pas maman, ça fait bien longtemps que je ne sors plus et je ne sais pas comment je m'habillerai, je n'ai pas pris soin de moi depuis le soir de mes dix-huit ans.
— Et si on commençait maintenant ? intervient ma sœur.
— Désolée Rose, mais je ne pense pas que ce soit une bonne idée.
— Mais si, je peux te prêter des vêtements, tu fais la même taille que moi !
— Je ne sortirai pas, je suis désolée... et cette soirée, n'y pensez même pas, ce n'est pas la peine, je vous vois venir !
— Je ne dis pas que je veux que tu viennes à cette soirée, mais essaie au moins de t'habiller, j'aimerais qu'on se prenne en photo toutes les trois ! dit ma mère pour me convaincre.
— Bon, je veux bien faire un essai, mais c'est exceptionnel ! D'accord ?
 
Ma sœur saute de joie et va chercher une jolie robe dans son dressing, avec des escarpins. Je ressors ma mallette de maquillage et vais me changer dans la salle de bain, tandis qu’elles enfilent leur robe de soirée.
Je me fais une coiffure toute simple, je mets quelques bijoux, je me maquille légèrement et les rejoins au salon pour cette photo.
 
— Oh, ma chérie, qu'est-ce que tu es jolie ! Ça faisait tellement longtemps que nous ne t'avions pas vu comme cela ! s’exclame ma mère lorsque j’entre dans la pièce.
— Merci, maman.
 
Ma sœur ne dit rien, mais ses yeux humides sont rivés sur moi. Nous prenons la photo tant demandée par ma mère et je vais remettre mes vêtements décontractés.
Je ne voudrais pas abîmer la robe de ma sœur, j'espère d'ailleurs que je n'ai pas laissé quoi que ce soit dessus ou que je ne me suis pas griffée avec la fermeture...
 
Lorsque mon père rentre du travail, il nous trouve toutes les trois dans le salon, à regarder des albums photos. Nous sommes émues et je regrette ces années passées. J'aurais tellement aimé vivre d'autres belles années comme celles-ci…
Je commence à trembler, à avoir chaud et à me sentir mal, alors je monte dans ma chambre et prends mon traitement, puis me couche.
 
Je pense que le fait d'avoir passé la journée debout, à discuter avec ma mère et ma sœur, m'a vraiment fatigué.
Avant de m’endormir, j'entends mon père remercier ma sœur d'avoir eu l'idée de me proposer cette journée. Seulement, la dernière phrase que j'entends me revient en tête comme un refrain : « Nous devons réussir à la convaincre, c'est primordial qu'elle nous accompagne. Les Américains exigent sa présence ! ».
 
 
Chapitre 3
Allez, laisse-toi faire ma belle... Tu ne peux pas t’échapper... À ton tour mec... Bouge pas où j'te bute... Tenez-la, elle remue trop...
 
Je me réveille en pleurant, tandis que mon père entre dans ma chambre en pleine panique.
 
— Je suis là, ma chérie, c'est fini, dit-il en restant près de la porte.
— Papa...
— Je sais, encore ce cauchemar.
— C'est plus long à chaque fois, ils vont de plus en plus loin. Je n'en peux plus papa...
— Tu n'en as jamais parlé... enfin... en détail. Ça pourrait t'aider. Je ne veux pas que tu me racontes ce qui t'es arrivé, mais tu peux le raconter à un professionnel ou à ta mère, ou même ta sœur...
— C'est trop dur.
— Je sais. Recouche-toi maintenant, essaie de te rendormir et pense à ce que je t'ai dit, parler te ferait beaucoup de bien.
 
Il quitte ma chambre avec un air inquiet sur le visage et je me rendors en pensant à ce qu'il vient de me dire.
 
*
 
— Flora, ta psy est là ! Mets un peignoir et descends ! crie ma mère du bas des escaliers.
— Il est quelle heure ?
— Treize heures. On t'a entendu cette nuit, papa nous a dit de te laisser dormir...
 
Je ressemble à un zombie. J'attrape ma robe de chambre et rejoins ma mère et le Docteur Dubion dans le salon.
 
— Ah, Flora... Je t'ai préparé une collation. Je vous laisse, à tout à l'heure !
 
Ma mère paraît fatiguée. Je pense qu'elle a pleuré, ses yeux sont gonflés et légèrement rouges. Le bonheur que nous avons vécu hier est déjà loin.
 
— Bonjour...
— Salut Flora, assieds-toi. Comment te sens-tu ?
— ...
— Visiblement, tu as eu une nuit difficile.
— Comme souvent...
— Qu'est-ce qui t'es arrivé ? Un cauchemar ?
 
Je hoche la tête de gauche à droite en fermant les yeux, très fort, pour montrer que je ne veux pas en parler.
 
— De quoi as-tu envie de parler alors ?
 
Je hausse les épaules.
 
— Je suis ici pour t'aider. Je ne veux pas te frustrer et je ne dirai rien de ce que tu me confieras.
— Mon père a dit qu'il fallait que j'aille à une soirée de présentation. Je ne suis pas sortie depuis deux ans, je ne veux pas y aller.
— C'est ça qui a réveillé tes cauchemars ?
— C'est fort possible...
— Tu as peur de sortir, ou qu'on soit trop près de toi ?
— Peut-être les deux, enfin... je ne veux pas qu'on me touche donc je préfère rester enfermée.
— Si j'ai bien compris, tu as peur de contaminer quelqu'un en le touchant ?
 
Je hoche la tête de haut en bas.
 
— Vous avez accès à tout mon dossier médical ?
— Oui, je sais tout... Je sais à quel point c'est difficile pour toi à accepter et je suis tout à fait consciente du regard que les autres pourraient avoir sur toi. Mais premièrement, personne ne sait et deuxièmement, toucher les gens ne les contaminera pas.
 
Je baisse les yeux et me renferme.
 
— Que dirais-tu de venir avec moi marcher dans le parc municipal ? Il n'y a pas grand monde et nous pourrions continuer notre séance dehors, il fait beau aujourd'hui !
— Je ne peux pas.
— Si, tu peux... passe au-delà de tes angoisses, tu en as la force ! Allez Flora, dix minutes.
— Non !
— Bon, alors que comptes-tu faire à l'avenir ?
— On s'en fout, il n'y a rien à faire, je n'ai pas d'avenir…
— C'est faux ! Beaucoup de personnes sont atteintes de la même maladie que toi et vivent presque normalement ! Tu dois arrêter de t'empêcher de vivre, tu gâches ta vie et celle de ta famille, regarde ta mère ! À chaque fois que je la vois, elle est triste.
— La ferme !
 
Je me lève et sors de la pièce. Je croise ma mère dans le couloir, elle baisse la tête tristement en voyant que j’ai encore une fois mis fin à la consultation.
Cette fois, mes larmes se mettent à couler et je cours jusqu'à ma chambre.
 
Je suis assise sur mon lit depuis plus d'une heure, le regard dans le vide, quand ma sœur entre et s'approche de moi. Je resserre les jambes contre ma poitrine.
 
— Flo, qu'est-ce qui s'est passé avec ta psy ?
— Elle a voulu me faire sortir et elle m'a dit que vous étiez malheureux à cause de moi... je sais qu'elle a raison.
— C'est pour ça que tu t'es enfuie ?
 
J'acquiesce.
 
— Je sais, et nous savons tous à quel point c'est dur pour toi, je regrette tous les jours qu'ils ne s'en soient pas pris à moi...
— Non, ne dis pas ça ! je crie.
— Je t'ai laissée seule, Flo, je t'ai abandonnée !
— Mais c'est moi qui t'ai dit d'y aller. Je croyais que tout se passerait bien, j'ai été naïve !
— Si tu savais comme je regrette…
 
Cette fois, c'est elle qui pleure. Je ressens une soudaine envie de la prendre dans mes bras. J'ai une idée... elle est peut-être idiote, mais utile. J'attrape mon drap pour mettre une sorte de barrière entre nous et la serre dans mes bras.
 
— Ne culpabilise pas Rose, ce n'est pas ta faute, c'est la leur. Je te promets de m'en sortir et de les faire payer un par un.
— Quoi ?
— Le jour où je m'en sortirai, je les chercherai et me vengerai, dis-je froidement.
— Mais enfin, sois réaliste, tu n'as même pas leurs noms. Et puis tu ne vas quand même pas te mettre à jouer les détectives !
— J'ai mieux que leurs noms, leurs visages me reviennent toutes les nuits et je sais qu'ils vivent là-bas, je les retrouverai. À ton avis, pourquoi je m'entraîne depuis aussi longtemps ?
— Alors nous le ferons ensemble, je t'aiderai à les trouver... Je pourrai rester comme ça toute la journée, ça fait tellement longtemps que tu ne m'as pas prise dans tes bras, toi qui étais si collante, dit-elle d’un air nostalgique.
— Crois-moi, c'est difficile de toujours devoir garder mes distances.
— Tu n'as pas à le faire. Je suis heureuse que tu fasses tant d'efforts. Je sais que tu peux t'en sortir, tu es forte. Il faut seulement que tu prennes conscience que tu ne peux pas contaminer les gens en les touchant.
— Je sais... Pourquoi papa veut que je sois là à la soirée de présentation ?
— On a un gros contrat avec une entreprise américaine et il faut qu'on soit au complet. On a des parts dans l'entreprise, donc on la représente.
— Et si je suis absente ?
— Ils risquent de se poser des questions et de ne pas nous faire confiance. C'est un contrat très important, il boostera notre entreprise dans le monde entier et on en a besoin. Les ventes ont chuté de quinze pourcents l'année dernière. Je dois t'avouer quelque chose... nous avons vraiment besoin de toi, il nous faut quelqu'un pour surveiller de très près la qualité de toutes nos fabrications. Il faut que tu remettes les choses dans le droit chemin. Personne ne vérifie la qualité de nos produits depuis le départ à la retraite de grand-mère, l'année dernière. Monsieur Standler a demandé à faire une réunion avant la soirée avec tous les dirigeants de Decharmes, bien sûr nous en faisons partie.
— Mais, Rose, je ne suis pas sortie depuis une éternité ! Comment veux-tu que dans deux semaines, je sois prête ?
— J'ai ma petite idée. Que dirais-tu, cette nuit, que nous partions marcher dans les rues ? Il n'y aura que toi et moi, il fera nuit et les rues seront vides !
— Je ne sais pas si je vais en être capable. Même si c'est la nuit et qu'il n'y a personne, je pense que c'est devenu une phobie...
— Alors je vais t'aider Flo. Je ne te lâche plus, tu es ma sœur, je veux que tu t'en sortes et nous allons le faire ensemble, toi et moi.
— Dans ce cas, je veux bien essayer, mais promets-moi de rentrer dès que j'en ressens le besoin.
— C'est promis !
— Et aussi, n'en parlons pas aux parents.
 
Je n'en reviens pas d'avoir dit oui. Je commence à paniquer. J'espère ne pas avoir accepté trop vite, mais si je veux me venger un jour, il faut que je passe ce cap, c'est inévitable.
 
 
Chapitre 4
Nous arpentons les rues de Saint-Raphaël depuis maintenant une bonne heure et n'avons croisé personne pour le moment, ce qui me permet d'être à l'aise et de continuer. Nous restons dans notre quartier afin de pouvoir rentrer rapidement en cas de problème.
Je découvre des maisons récemment construites, je remarque aussi que la ville a fait rénover le parc municipal et en passant devant chez mon ancienne meilleure amie...

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