Nous irons toucher les étoiles
271 pages
Français

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Description

Thomas Leroy est un adolescent introverti ; Édouard Rolland a tout de son entier opposé : séduisant, souriant et confiant, prêt à tout pour se faire bien voir.


De leur rencontre naît une belle amitié ; de leur amitié naît l’ambiguïté de sentiments qu’ils tentent de comprendre à l’abri des regards.


Mais le masque des apparences est fragile, et les secrets bien lourds à porter face à l’influence des Cazalis... En dehors du lycée, leur mère fait la loi ; à l’intérieur, les jumeaux règnent en maîtres, entourés de leur cour. Édouard les a déjà vus à l’œuvre et craint le pire lorsque leur curiosité malsaine se pose sur Thomas.


S’abandonner entre leurs mains serait simple, mais Édouard ne veut plus de cette vie de mensonges.


Le jeu est dangereux, le risque de finir brisés est grand, mais ils en valent la peine. Alors lui et Thomas vont se battre : pour ce qu’ils sont, pour ceux qu’ils aiment, avec au bout, peut-être, la plus belle des victoires.


Aller toucher les étoiles.



#Romance #MM #YA #Psychologie #Silence #Harcèlement scolaire

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 8
EAN13 9782493747020
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0052€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Julie Thomières
Nous irons toucher les étoiles
 
Milo
Éditions Haro
 
N° ISBN Papier : 978-2-49374-703-7
N°ISBN Numérique : 978-2-49374-702-0
© Éditions Haro 2022, tous droits réservés.
© Haro et Adobe Stock, pour la présente couverture.
© Milo est une marque des Éditions Haro
Suivi éditorial et correction : Jennifer Verbeurgt
Dépôt légal : Février 2022
Date de parution : Février 2022
Éditions Haro :
200 route de Bordeaux, 40 190 Villeneuve de Marsan
Site Internet : www.editionsharo.fr
 
Art L122-4 du CPI : Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite sans le consentement de l'auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause est illicite. Il en est de même pour la traduction, l'adaptation ou la transformation, l'arrangement ou la reproduction par un art ou un procédé quelconque.
 
Art L335-2 du CPI : Toute édition d'écrits, de composition musicale, de dessin, de peinture ou de toute autre production, imprimée ou gravée en entier ou en partie, au mépris des lois et règlements relatifs à la propriété des auteurs, est une contrefaçon et toute contrefaçon est un délit. La contrefaçon en France d'ouvrages publiés en France ou à l'étranger est punie de trois ans d'emprisonnement et de 300 000 euros d'amende. Seront punis des mêmes peines le débit, l'exportation, l'importation, le transbordement ou la détention aux fins précitées des ouvrages contrefaisants. Lorsque les délits prévus par le présent article ont été commis en bande organisée, les peines sont portées à sept ans d'emprisonnement et à 750 000 euros d'amende.
 
Art L335-3 du CPI : Est également un délit de contrefaçon toute reproduction, représentation ou diffusion, par quelque moyen que ce soit, d'une œuvre de l'esprit en violation des droits de l'auteur, tels qu'ils sont définis et réglementés par la loi. Est également un délit de contrefaçon la violation de l'un des droits de l'auteur d'un logiciel définis à l'article L. 122-6.
 
 
 
 
À Hajar, mon binôme.
À Gaëra, ma petite étoile.
À Océane, Marjorie, Emilie et Yanick, vous formez ma constellation.
Ainsi qu’à toutes ces personnes qui se reconnaîtront en Thomas, Édouard ou leurs proches.
Prologue
Thomas
DEUX ANS PLUS TÔT
31 DÉCEMBRE 2018
 
Quand ma main effleure le clavier, l’obscurité frémit.
Quand mon doigt enfonce la première touche, le rideau tombe.
La note éclot dans le silence de la pièce. Elle rebondit contre les murs et déploie avec elle un rayon de lumière. La seconde emplit l’espace et vibre sous ma peau. Elle s’infiltre dans mes veines et parcourt le chemin jusqu’à mon cœur. La suivante produit une explosion douce et paisible au centre de ma poitrine. Des chaînes se brisent et me procurent une sensation de délivrance. Le morceau qui succède fait trembler mon être. La musique me transporte, elle pénètre mon âme et m’inonde de ses sentiments. Tantôt puissante, puis délicate, un moment joyeuse et soudain triste. Mon souffle se perd dans cette envolée divine, coupé par l’intensité de ces sons qui résonnent comme un chant sans paroles : une voix qui s’élève au-dessus de moi. Elle m’encercle, me frôle et me caresse telle une brise lâchée par le vent, puis s’éloigne pour s’épanouir en liberté.
Sous mes paupières closes, l’aube se dessine et une silhouette féminine se détache de l’horizon. Sa longue chevelure violette danse sous le zéphyr qui la soulève et son sourire resplendit sous l’éclat du soleil. Ses grands yeux rieurs, dont les iris sont pourvus de diverses couleurs, me contemplent et ses lèvres bougent pour prononcer mon prénom.
— Tu es le centre de mon univers, l’entends-je murmurer.
Un frisson me terrasse sans que je cesse de jouer. Le souvenir de ses doigts fermés sur les miens pour me guider à travers la lumière ravive les sensations de ma peau. J’ai l’impression que ses mains glissent sur mes poignets pour m’éloigner du piano et m’emporter dans sa course folle vers l’infini. Mes muscles se tendent un à un, luttant contre l’envie de rejoindre le fantôme de mon esprit. Toutefois, je refuse de le chasser de ma mémoire, accroché à cette image. Elle subsiste en moi et me procure le sentiment qu’elle existe encore quelque part.
— N’oublie pas que je t’aime, Tommy.
Alors que je poursuis la partition écrite pour elle, ses mots résonnent dans mon crâne, tel un écho sempiternel.
Zoé .
Son nom tourmente mes nuits, parce qu’elle n’est plus là. Elle a disparu et s’en est allée loin de moi. Sa présence s’est affaiblie pour permettre à la solitude de m’envelopper dans sa grande couverture glaciale. Elle était ma meilleure amie, celle qui me donnait de l’envie, de la force et du courage, mais elle a tourné les talons pour ne plus revenir. Sa voix, douce et mélodieuse, est ancrée dans ma tête comme une musique détentrice de mon corps. Elle m’a abandonné, pourtant je continue de penser à elle, puisqu’elle est ma seule lueur d’espoir.
Chapitre 1
Thomas
Bienvenue chez toi
29 JUIN 2020
 
À l’avant de la voiture, côté passager, Stéphanie me raconte l’histoire de Saint-Cirq-Lapopie. Sa fierté est grande lorsqu’elle m’annonce qu’il a été élu « village préféré des Français » en 2012 et qu’il fait partie des plus beaux du pays. Nous nous contentons de le contourner pour emprunter un chemin de terre, mais je peux d’ores et déjà constater que ma tante ne m’a pas menti en prédisant que j’allais être happé par l’ambiance médiévale. Les ruelles et les bâtisses que j’aperçois semblent venir d’une lointaine époque et ont courageusement bravé l’épreuve du temps. Des siècles se sont écoulés, et pourtant, le charme de cette petite commune est saisissant.
En levant les yeux, je distingue l’église qui trône sur la falaise et l’envie de m’y rendre pour admirer la vue que je pourrais avoir de là-haut se fait ressentir.
Je peine à réfréner mon excitation et tâche de ne pas sauter du véhicule pour courir jusqu’au sommet. Prendre de la hauteur m’a toujours procuré du bien-être. C’est à l’endroit où l’humanité me paraît minuscule et le monde vaste que je sens mes poumons se remplir d’oxygène. Ainsi, mon fardeau de solitaire se transforme en liberté et la signification d’exister y puise tout son sens.
La main posée sur la cuisse de son mari, en pleine contemplation de sa terre qu’elle n’a plus vue depuis des mois, Stéphanie irradie l’espace et captive mon attention. Son large sourire contraste avec les traits tirés que je lui ai connus jusqu’alors. Ses yeux plissés de joie se prolongent par la naissance de ses pattes-d’oie et la légèreté qui émane d’elle quand un rire s’envole hors de ses lèvres me fascine. Elle est dotée d’une beauté à la fois singulière et discrète. Ses longs cheveux bruns sont rassemblés en un chignon sauvage et ses iris bleus sont braqués sur l’environnement avec l’émerveillement d’un enfant.
Arnaud, mon oncle, lui lance quelques coups d’œil en coin tout en conduisant, soulagé de retrouver sa femme aussi heureuse. Lorsque nous sommes arrivés à la gare de Cahors, il nous attendait déjà depuis une heure, impatient à l’idée de nous revoir. Même si j’ai fait sa connaissance le jour où le juge m’a appris qu’ils devenaient mes tuteurs légaux, il a dû revenir ici pour gérer son cabinet vétérinaire et les animaux dont il s’occupe. Pendant six mois, nous ne l’avons vu qu’à de rares occasions, alors il s’est mis à courir vers son épouse quand il l’a aperçue au beau milieu du hall, se fichant du regard des autres. Je les ai observés, ravi qu’ils soient enfin réunis, et Arnaud s’est défait de ma tante pour venir m’étreindre, comme un père le ferait à son fils.
L’angoisse ne me quitte pas à l’idée d’habiter à des centaines de kilomètres de tout ce que j’ai connu pendant seize ans, mais j’essaie d’être optimiste sur ce renouveau. Durant plusieurs semaines, j’ai vécu seul avec la sœur de ma mère et son conjoint à travers elle ; l’envie d’en apprendre davantage sur eux s’accroît de plus en plus. Pour cela, ils ont décidé d’organiser un repas de bienvenue avec leurs meilleurs amis.
Stéphanie m’a confié qu’ils se voyaient tous les jours, sauf exception. Par conséquent, je risque d’être mêlé à eux. Tous les quatre ont grandi ensemble et ne se sont jamais perdus de vue, si bien que leurs propriétés ne sont délimitées que par une petite forêt. Elle m’a parlé de leur fils, Édouard. Il a mon âge et entre en terminale à la rentrée. Avec tout ce qu’il s’est passé pendant un an et demi, je n’avais pas la tête à le contacter avant mon arrivée. J’ai désactivé l’intégralité de mes réseaux sociaux et je préfère m’en tenir loin désormais. C’est donc avec une énorme boule d’anxiété que j’appréhende cette première rencontre. Après des mois sans m’être confronté aux jeunes de mon âge, je suis fébrile.
Tâchant d’éloigner toutes les pensées nocives de mon esprit, je m’encourage à me focaliser sur le nouveau décor. La présence des arbres se fait moins dense pour ouvrir la voie sur un impressionnant domaine. Encerclé par les bois, il a des allures de prairie verdoyante où des fleurs jaunes, bleues et violettes s’épanouissent et se déploient vers le soleil. L’allée sur laquelle nous roulons mène à un parking de graviers blancs situé au pied d’une incroyable maison en pierre.
En descendant de la voiture, je ne peux m’empêcher de partir à la découverte de cet environnement étourdissant, à tel point que j’en oublie mes valises et fonce vers l’escalier dressé devant moi, bordé de roches grises. Il bifurque en angle droit et donne sur une petite terrasse où seule une balancelle en forme de cocon repose. Les yeux et la bouche écarquillés, je me tourne vers ma tante – qui s’est empressée de me suivre – et m’écrie, ébahi :
— C’est magnifique ! On se croirait dans un rêve !
— Le nôtre ! affirme-t-elle. Celui d’Arnaud, le mien, et maintenant le tien. Tu as tout pour te sentir chez toi ici. Et attends de découvrir ta chambre ! Je suis persuadée que tu seras aux anges ! s’extasie-t-elle en extirpant les clés de son sac. Tu pourras la décorer comme tu le souhaites, te l’approprier, faire des travaux…
Elle n’a pas le temps de continuer son énumération que la poignée s’abaisse avant même qu’elle n’y pose la main. La porte s’ouvre sur un homme de taille moyenne, au large buste et à l’air revêche. Les sourcils froncés, les poings plantés sur les hanches, il s’exclame :
— Tu en as mis du temps pour retrouver le chemin de la maison !
— Pierre ! s’étrangle Stéphanie, partagée entre surprise et bonheur.
Le visage de l’homme se fend d’un sourire, son expression change du tout au tout. Il tend les bras vers elle en riant et s’impatiente :
— Alors, tu ne salues pas ton vieil ami ?
— Les femmes d’abord ! hurle une voix aiguë depuis l’intérieur.
Une petite dame à la chevelure blonde comme les blés déboule sur le perron et se jette au cou de ma tante en poussant des cris de joie. Elles tanguent dangereusement et ledit Pierre se précipite pour les rattraper avant qu’elles ne dégringolent les marches. C’est en les voyant là tous les trois que je comprends qui sont ces gens : les meilleurs amis de Stéphanie et Arnaud, le fameux couple dont elle m’a tant parlé.
— Enfin ! Tu m’as manqué !
— J’ai cru qu’elle n’allait pas survivre après tout ce temps passé sans toi, grommelle son mari. Je peux partir deux ans, elle s’en fiche, mais quand il s’agit de toi, c’est la fin du monde !
— Ne commence pas à faire ton ronchon, s’esclaffe Stéphanie en s’écartant de son amie. Viens plutôt me taper la bise !
Une fois les retrouvailles faites, ils s’aperçoivent que je suis là, immobile, et se tournent dans ma direction. Mes joues chauffent, le rouge monte. Leur soudaine attention me déconcerte. Je me retrouve silencieux face à eux. Céline n’attend pas les présentations de ma tante, elle m’adresse un sourire rayonnant et me surprend en m’enlaçant.
— Thomas ! Je suis contente de te rencontrer. J’avais hâte que tu nous rejoignes. Tu vas bien ?
Incapable de décrocher un mot, je hoche la tête. Ses paumes encadrent mon visage, elle me détaille avec minutie, comme pour s’assurer que je dis vrai.
— J’espère que le voyage n’était pas trop long et que les lieux te plaisent. Il y a plein de choses intéressantes à faire ici. On va profiter de l’été pour faire connaissance !
— Chérie, lâche-le ! Tu l’étouffes, le pauvre gosse ! intervient Pierre en l’agrippant par les épaules pour l’éloigner de moi.
Céline proteste et son époux l’ignore en me tendant la main.
— Enchanté, Thomas. Ne fais pas attention à cette foldingue, c’est une pile électrique et une boule d’affection ! Si elle te colle trop, n’hésite pas à le lui dire. Tu verras, elle prend la mouche et part en ruminant, c’est assez drôle à voir !
— Pierre ! s’offusque aussitôt sa compagne, provoquant un rire général.
Arnaud arrive, quelques valises sur les bras, et je m’apprête à lui proposer mon aide lorsque des bruits de pas sur le plancher se font entendre. Une voix grave résonne :
— Steph ! T’es là. Je crève la dalle. On va pouvoir passer à table.
Des exclamations fusent chez les adultes alors qu’un garçon apparaît dans l’encadrement de la porte. Comme paralysé par cette vision, je laisse mes yeux vagabonder sur sa grande silhouette et découvre son visage avec une certaine stupeur. Sa mâchoire est ciselée, ses prunelles sont emplies de tendresse et ses cheveux d’un blond cendré se livrent bataille sur son crâne. Subjugué par sa beauté, je le fixe, l’air interdit. Il s’attelle à saluer ma tante d’une vive étreinte et d’un baiser sur la tempe. Mes muscles se crispent quand je l’entends demander où je suis et Stéphanie lui fait signe de tourner la tête.
À l’instant précis où son regard se plante dans le mien, je sais que je plonge dans les orbes verdoyants de ma perte. Mon souffle se coupe. Nous demeurons immobiles l’un en face de l’autre. Un frisson me terrasse de la tête aux pieds. Son intensité me sidère. La couleur laiteuse de sa peau est similaire à celle de sa mère, ses lèvres à la légère nuance corail rappellent celles de son père, mais ses iris brillent d’un éclat unique qui me subjugue. Il esquisse un pas dans ma direction et un sursaut me saisit. Sa bouche s’étire en un sourire doux et chaleureux.
— Salut, Thomas. Je suis Édouard, le fils de Céline et de Pierre.
Je jette un coup d’œil vers les personnes en question et la nervosité me pousse à répliquer :
— En effet, il y a un petit air de famille.
Je secoue la tête de façon imperceptible, dépité. Les quatre autres s’esclaffent. Édouard diminue la distance. Il me surplombe de quelques centimètres et je déglutis, embarrassé. Il est trop proche pour que je puisse respirer correctement. Je m’apprête à lui serrer la main, mais il me prend de court en me faisant la bise. Les effluves de son parfum me parviennent, je dois me mordre la langue pour réagir.
Stéphanie vient à mon secours en nous priant d’entrer. Je suis tout de suite happé par la décoration à la fois simple et épurée. Un vestibule se dévoile. J’imite ma tante lorsqu’elle se déchausse pour ranger ses baskets dans un meuble et la suis pour découvrir une immense salle à manger.
Mes pieds foulent un parquet gris clair et les murs blancs donnent de la profondeur à la pièce. Je remarque un escalier en bois marron foncé qui se prolonge sur ma gauche. Mon regard effleure la grande table rectangulaire disposée au centre, mais il est accaparé par la gigantesque baie vitrée devant moi. La stupéfaction me saisit en découvrant la vue exposée. Stéphanie m’invite à aller sur la terrasse et je me précipite pour lui emboîter le pas. Je m’avance jusqu’à la murette qui délimite l’extérieur dallé et repère un jardin en contrebas tout aussi merveilleux que le paysage de façade. Au loin, la forêt se poursuit et la montagne continue de se perdre en hauteur.
— C’est magnifique, murmuré-je.
— Tu aimes ? s’enquiert ma tante.
J’acquiesce sans réussir à me détacher de ce spectacle de verdure éblouissant.
— Tu penses que tu te sentiras bien ici ?
Soudain, son interrogation calme mon euphorie et mes épaules s’abaissent. Je me confronte à ses billes bleutées et affirme avec quelque peu de réserve.
Quand je me retourne, je suis surpris de constater qu’Édouard nous a suivis. Les mains enfoncées dans les poches de son pantalon en toile, il me dévisage et je me tends sous son analyse. Je tente de paraître indifférent, sauf que les alarmes se déclenchent dans mon crâne et une certaine méfiance se réveille dans mon corps. Malgré l’attraction qui semble jouer avec mes nerfs, je tâche de rester loin de lui et le défie du regard.
— Bienvenue chez toi, Tommy ! me lance-t-il.
Je tressaille en entendant ce surnom et le remercie d’un hochement de tête.
En revenant près de la table, je me rends compte qu’elle est déjà dressée. Céline et Pierre sont fiers de nous présenter les pizzas qu’ils ont cuisinées pour chacun d’entre nous. Je m’installe entre Édouard et Stéphanie. Dans un geste machinal, je croise mes jambes sur l’assise de ma chaise et me retrouve dans la position du lotus tandis que nous débutons le dîner.
Il ne faut pas cinq minutes pour que les Rolland m’interrogent. Stéphanie m’a assuré qu’ils ignorent la raison de mon placement chez elle, donc je redoute les possibles indiscrétions à ce sujet. Les premières questions se concentrent sur le trajet, mon impression sur le décor du village et les visites que nous pourrions faire durant l’été. Puis la curiosité de Céline transperce mon intimité :
— As-tu une chérie à Nice ?
Je me fige tout en la regardant droit dans les yeux. Mes joues s’empourprent, je lutte pour ne pas jeter un coup d’œil vers ma tante.
Quand je lui ai appris que j’étais homosexuel et que je lui ai demandé si ça la dérangeait, elle m’a rassuré en certifiant que ça n’avait aucune importance pour elle, mais elle a toutefois tenu à être honnête envers moi en me prévenant que ses meilleurs amis ne sont pas des personnes ouvertes aux différentes orientations sexuelles.
J’essaie de préserver mon calme, resserre mon emprise sur mes couverts pour mieux contrôler mes tremblements et réponds :
— Non, je me concentre sur mes études.
— Prends-en de la graine, fils ! ricane Pierre. Les études avant les filles !
Il se marre tandis que sa femme lève les yeux au ciel en répliquant :
— Tu peux parler, monsieur le bourreau des cœurs ! Dois-je te rappeler le nombre de nanas après qui tu courais avant de te rendre compte que c’est moi qui te plaisais ?
Elle grimace, visiblement agacée – voire répugnée – par les conquêtes passées de son mari. Je souris face aux rires qui s’élèvent au-dessus des assiettes, mais la gêne s’accroît. Le reste du repas, je garde le silence, me contentant d’écouter les anecdotes hilarantes de la jeunesse des quatre adultes.
Une fois le dessert terminé, je demande à Stéphanie la permission de quitter la table et elle accepte. Je m’excuse auprès des invités. Édouard se lève pour me suivre, autorisé par sa mère.
Je le suis jusqu’à l’étage où une imposante mezzanine nous accueille. Un coin télé au charme plutôt rustique. Une porte se tient seule sur notre droite à un mètre à peine du sommet de l’escalier. Mon accompagnateur m’informe qu’il s’agit de ma chambre. Surpris, je lorgne ce qui nous entoure et découvre de l’autre côté une porte surmontée d’un panneau avec écrit « salle de bains » ainsi qu’un couloir menant à d’autres pièces.
Édouard ouvre la première, et je le suis dans ce qui va devenir mon antre. Je suis tout de suite frappé par cet espace. La pièce se tient en longueur. Les murs et le sol sont à l’image du reste de la demeure, mais les meubles et la bibliothèque rappellent le bois dans lequel sont forgés les escaliers. Tous mes livres sont exposés sur les étagères, ainsi que mes figurines, mes vinyles et mes DVD.
— C’est super beau, commenté-je.
— Ravi que ça te plaise ! On a essayé de suivre au mieux les directives que Steph nous donnait par téléphone, mais on avait peur que ça ne te convienne pas.
—  On  ? relevé-je en me retournant pour lui faire face.
Je sursaute en prenant conscience de notre proximité, néanmoins, je ne m’éloigne pas. Il retient sa respiration quand mon regard se confronte au sien et je n’ai aucun mal à deviner qu’il est perturbé par la couleur de mes iris. Zoé me disait toujours qu’elle était exceptionnelle, d’un turquoise presque translucide aux mille nuances de clair et de sombre. C’est à ces deux billes que j’ai dû m’accrocher quand elle a disparu, pour me souvenir que je devais affronter chaque journée sans elle et ne pas baisser les bras.
— Mes parents, Arnaud et moi, me répond Édouard au bout de quelques secondes.
Je me racle la gorge et m’empresse de contourner le lit pour me diriger vers la fenêtre et contempler la vue.
— Est-ce que ça devient habituel de voir ce paysage tout le temps ? questionné-je.
Il rigole dans mon dos. Je me rends compte avec soulagement qu’il est resté près de la porte.
— La nature a toujours beaucoup à nous offrir, alors on continue de l’admirer. Mais c’est vrai qu’on s’y habitue, certains ne s’attardent plus à l’observer. Tu n’étais pas convaincu par les paysages niçois, toi ? Plein de gens disent que c’est l’une des plus belles villes du monde.
Certains lieux ont beau être sublimes, si l’esprit l’assimile à de mauvais souvenirs, ils nous paraissent fades, repoussants et sans intérêt , pensé-je.
— Si, c’est juste que le cadre est différent, déclaré-je simplement. J’adorais regarder la nuit s’abandonner à l’aube et le jour décliner. Les crépuscules sont apaisants, je trouve.
Il acquiesce, les mains de nouveau enfoncées dans ses poches.
— Moi, ce sont les étoiles, m’avoue-t-il. Presque toutes les nuits, je m’arrête pour les observer.
Un franc sourire se dessine sur mes lèvres et son visage s’éclaire à son tour.
— Tu es passionné par les constellations ? m’intéressé-je.
— En quelque sorte, approuve-t-il.
— Tu m’apprendras ?
La lueur d’une émotion qui m’est inconnue traverse ses prunelles, je comprends que ma demande le touche. J’ignore pourquoi, cependant, j’ai hâte de le découvrir.
— Avec plaisir, confirme-t-il.
Chapitre 2
Édouard
Premier jour
1 er  SEPTEMBRE 2020
 
La nuit se confronte au jour, les couleurs se mélangent entre le voile de la pénombre et les éclats du soleil. Le ciel se défait de son obscurité, les étoiles sont de moins en moins distinctes et l’aube se confond dans les nuages, à la cime des arbres. Sur ce point de vue dégagé où se déploient l’est et l’ouest, j’observe d’un côté les prémices d’une nouvelle journée ainsi que les derniers instants à l’opposé.
Perché à des dizaines de mètres de haut, au bord de la falaise, je laisse mes yeux voguer sur les flots de la rivière et contemple la lumière qui s’y reflète. Cette clarté, bien qu’encore faible, se projette sur les parois rocheuses qui bordent le Lot et réchauffe la terre pour éveiller la nature dans une douceur réconfortante. À travers les feuillages, le soleil étincelle et révèle les couleurs du paysage. Là, dans le rayonnement du jour, un monde semble renaître au détriment d’un autre.
Un oiseau se déplace à la surface de l’eau, déployant ses ailes au-dessus d’un banc de poissons. Un récif se dresse en travers de leur course commune et leur chemin se sépare, offrant une nouvelle voie à chacun. Un chœur matinal, propre à la période printanière, s’élève pour bercer cette chaude fin d’été. Le célèbre gazouillis de la grive musicienne se distingue des autres et je clos les paupières pour écouter ce chant si doux. La forêt se tait la nuit, fredonne au matin, mais ne dort jamais. En son sein, je me gonfle d’oxygène et me libère de mes mauvaises racines. Je foule l’herbe fraîche et la terre humide pour ressentir la nature et m’emplir de ses ressources.
Thomas m’a appris à être en symbiose avec mon environnement.
Un craquement de branche retentit et les feuilles bruissent. Un sourire se dessine sur mes lèvres. Des bruits de pas résonnent dans mon dos, puis une silhouette s’extirpe de l’ombre pour entrer dans la lumière. Des doigts effleurent mes épaules avant d’y exercer une délicate pression. J’inspire profondément. Il est là, derrière moi. Je tourne la tête pour l’apercevoir. Ses grands yeux sont plissés par un léger amusement et l’incroyable couleur de ses iris illumine son visage. Ce turquoise me captive tant que je suis incapable de m’en défaire chaque fois que je le croise. La bouche de Thomas s’entrouvre, je l’entends me saluer et lui réponds d’un air distrait :
— Hey, Tommy !
Un frisson s’empare de moi lorsque son pouce frôle ma nuque. Je m’écarte pour qu’il me rejoigne sur le rocher. Une fois installé, il détaille le paysage comme on a pris l’habitude de le faire depuis deux mois. En juin, quand ma mère m’a annoncé que Stéphanie allait revenir avec Thomas, je ne l’ai pas crue, persuadé que leur arrivée allait une nouvelle fois être reportée. Jusqu’au dernier moment, j’en étais convaincu, mais je me suis retrouvé face à lui, sur le perron. J’ai compris qu’il n’était plus question de procédure et que je disposais de huit semaines pour apprendre à le connaître. Au départ, je m’imaginais que nous ne pourrions pas échanger grand-chose, qu’il serait renfermé et difficile à cerner, mais il s’est avéré tout le contraire.
J’ignore ce qui a poussé le juge pour enfants à retirer la garde de Thomas à ses parents, toutefois, j’ai été surpris de découvrir un garçon souriant et rieur – jovial, comme dirait maman. Il se préoccupe des gens qui l’entourent avec une bienveillance déconcertante.
Les quatre adultes se sont organisés pour que nous puissions partager chacune de nos journées ensemble. Nous avons passé notre mois de juillet à visiter Cahors et notre village. La première fois que j’ai conduit Tommy sur cette falaise, il en a tout de suite été conquis. L’endroit est ouvert sur la nature, la vue qu’il nous donne est époustouflante. Lui qui aime la hauteur, ici, il se sent à son aise. Nous nous y retrouvons presque tous les soirs pour discuter et être seuls.
À présent, je peux affirmer qu’il fait partie intégrante de mon quotidien. Le week-end dernier, alors que nous revenions de notre séjour à Sète, j’ai pris conscience qu’en à peine deux mois nous sommes devenus bien plus que des connaissances. Il est sans conteste l’un des meilleurs amis que j’ai eus jusque-là, au détriment de ceux qui composent ma bande actuelle depuis la seconde. Ils sont tous partis cet été, donc je me suis contenté de lui parler d’eux en attendant qu’il les rencontre. Malgré leur manque de points communs, j’ai bon espoir qu’ils s’entendent. Le verdict ne saurait tarder, puisque la rentrée approche à grands pas.
Stéphanie reprend son poste de secrétaire aujourd’hui et Arnaud se lance dans l’ouverture d’un refuge canin sur le domaine, où est implanté son cabinet vétérinaire – ce qui me laisse davantage de temps à passer avec leur neveu. Ils m’ont tous les deux fait promettre de veiller sur lui et de leur rapporter le moindre incident pour prévenir d’un quelconque problème. J’ai ri en les voyant si protecteurs envers mon ami, comme s’ils me léguaient la surveillance affinée d’un enfant en bas âge, mais je leur ai tout de même assuré que je ferai mon possible pour rester à ses côtés le temps qu’il prenne ses marques.
Mes yeux effleurent l’horizon et découvrent une aube un peu plus présente qu’à mon arrivée. Les rayons du soleil commencent à m’aveugler, mais je ne détourne pas le regard en sentant celui de Thomas se poser sur moi pour détailler mon profil. Durant sa contemplation, je feins l’indifférence. Or, je cesse de respirer. J’aime quand il porte cette attention sur moi, j’ai l’impression qu’il me donne de l’importance. À ses côtés, je suis prêt à affronter la dernière ligne droite avant la fin du secondaire. Je sais qu’il me soutiendra autant que je le ferai pour lui. Nous irons combattre ensemble ces longues journées de supplice jusqu’à l’obtention de notre bac.
— On y va ? me questionne-t-il en désignant l’heure sur son téléphone.
Un léger sourire se dessine sur ma bouche quand j’aperçois son fond d’écran : une photo de nous. Son visage est illuminé par son éclat de rire. Il a la tête renversée tandis que je suis plié en deux, l’un de mes bras enroulé autour de ses épaules. En arrière-plan, la mer Méditerranée s’étend à perte de vue. Ce moment restera gravé dans mon esprit, peut-être à jamais.
—  Go .
Je me lève à contrecœur, tâchant d’ignorer la boule dans mon ventre. Elle me pèse à chaque pas. Je lui tends son casque et enfile le mien. Si Arnaud m’a mis en garde contre la colère de son épouse lorsqu’il a appris que Thomas était monté sur mon deux roues, nous avons tous les trois été surpris que Stéphanie me propose de conduire son neveu au lycée les matins où nous commençons les cours à la même heure. Pour le reste du temps, il est convenu qu’il s’y rendra en bus.
J’enfourche mon véhicule et, quelques secondes plus tard, son torse se colle à mon dos. Ses bras encerclent ma taille, les pulsations de mon cœur s’entrechoquent et je frissonne sous l’assaut d’une vague d’électricité. L’habitude a beau s’être établie, j’ai toujours la même réaction en le sentant contre moi. Ça me perturbe au plus haut point.
Je déglutis en ajustant les lanières de mon sac contre mon ventre, ses mains raffermissent leur prise sur les pans de ma veste. Je clos les paupières pour chasser les sensations de mon organisme. Un vrombissement de moteur retentit dans le silence environnant et des oiseaux s’envolent alors que j’arpente le chemin escarpé à travers les bois. Pour rejoindre la route principale qui borde le village, je coupe par la forêt et atterris à quelques dizaines de mètres du pont. Je ralentis pour nous laisser le temps de contempler la rivière ainsi que les falaises ensoleillées, puis je gagne l’autre versant, poursuivant notre route jusqu’à la ville.
Une légère brise me porte les effluves de son parfum et la pression de mes doigts s’intensifie sur les poignées de la moto. Ma peau blanchit petit à petit. Je dois forcer le calme à me gagner pour chasser la tension de mes muscles.
Sortir du cadre idyllique de ces huit semaines de vacances pour transporter Thomas en dehors de notre bulle me terrifie. J’ai du mal à croire qu’il est temps de se reconnecter à la réalité, mais m’y plonger de nouveau en le sachant près de moi compense cette peur de nous perdre un peu. Je vais lui montrer une autre facette de ma vie, un décor différent tout en étant aussi essentiel.
— On est arrivés, lui annoncé-je en découvrant le grand portail bleu foncé du lycée.
Je fais signe au surveillant de m’ouvrir la porte coulissante du hangar où les véhicules des lycéens se succèdent et gare le mien dans un coin stratégique.
— Prêt ? demandé-je en rejoignant mon ami devant les grilles.
— Pas vraiment, avoue-t-il.
— On l’est jamais pour une rentrée. T’as rien à craindre, j’suis là.
Ma main saisit son épaule pour...

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