Passé (si) composé
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Description

Après le chaos qu’a créé le départ de Daryl, à Riddes les semaines se sont écoulées et annoncent enfin un retour au calme dans la vie d’Alix. Malgré son incompréhension, la jeune kiné est convaincue que pour aller de l’avant, il faut définitivement l’oublier. Retour à la case départ, à quelques détails près, et pas des moindres... Elle obtient enfin le poste qu’elle convoitait et dorénavant, elle est chargée du service pédiatrique avec son ami Abel. Nigel, qui est resté à ses côtés, lui offre également l’occasion de s’installer avec lui. Encore bouleversée, elle accepte la proposition et tente de redonner un sens à sa vie sans lui. Daryl, lui, retrouve difficilement le cours de son existence en Angleterre auprès de son frère Néo. Alors qu’il réussit à s’imposer face à son père pour regagner les faveurs du conseil, un événement inattendu le force à tout quitter et à réapparaître dans la vie de la jeune femme. Mais pourquoi ce retour ? Et comment Alix va-t-elle réagir ?

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EAN13 9782493219336
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

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Exrait

PassÉ
( si)
composÉ
Linda Catherine
PassÉ
( si)
composÉ
« Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. L’auteur ou l’éditeur est seul propriétaire des droits et responsable du contenu de ce livre. Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause, est illicite et constitue une contrefaçon, aux termes des articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. »
©2021, Linda Catherine
Édition : Plumes de Mimi éditions, 122 rue de l’Argonne, 62117 Brebières.
Siret : 84469800100014
Dépôt légal : 12/2021
ISBN numérique : 978-2-493219-25-1
ISBN papier : 978-2-493219-26-8


Du même auteur
 
Passé (pas si) simple
Passé (plus que) PARFAIT
 
 
 
 
 
 
 



 
Table des matières

Chapitre   1
Chapitre   2
Chapitre   3
Chapitre   4
Chapitre   5
Chapitre   6
Chapitre   7
Chapitre   8
Chapitre   9
Chapitre   10
Chapitre   11
Chapitre   12
Chapitre   13
Chapitre   14
Chapitre   15
Chapitre   16
Chapitre   17
Chapitre   18
Chapitre   19
Chapitre   20
Chapitre   21
Chapitre   22
Chapitre   23
Chapitre   24
Chapitre   25
Chapitre   26
Chapitre   27
Chapitre   28
Chapitre   29
Chapitre   30
Chapitre   31
Chapitre   32
Chapitre   33
Chapitre   34
Chapitre   35
Chapitre   36
Chapitre   37
Chapitre   38
Chapitre   39
Chapitre 40
Chapitre 41
Chapitre 42
Chapitre   43
 


Chapitre   1
Il restera é go ï ste jusqu’au bout.
 
Alix
 
Cela fait déjà dix minutes que j’ai le regard fixé sur le document qu’Abel m’a remis lorsque je suis arrivée. Il s’agit de mon planning de la journée. Et je peux d’ores et déjà vous dire que même après l’avoir passé en revue un millier de fois, je ne connais pas le moindre détail de ce que contient ce maudit papier. Cela dit, j’en ai une vague idée, mais le programme que j’ai sous les yeux m’est totalement invisible. Et pour cause, cela fait des jours, que dis-je ? des semaines, que mon esprit égaré me torture. Des jours et des nuits que je ressasse en tentant en vain de digérer le départ de celui qui a déclenché cet état de lassitude perpétuelle dans laquelle je me trouve.
Huit semaines pour être exacte. Huit longues et interminables semaines que je ne l’ai pas revu ! Le même laps de temps durant lequel il ne m’a donné aucun signe de vie. Quand on y repense, à part lui, qui est capable d’accomplir ce genre de chose ? J’avais entièrement accepté le fait que je ne devais pas compter sur ses sentiments tout en sachant qu’il n’était pas prêt à m’en offrir, et jusqu’ici, cela me convenait parfaitement. Cependant, jamais je n’aurais imaginé une seule seconde qu’il me fuirait comme la peste bubonique en me laissant en pleine nuit. Et ça, au moment où j’avais le plus besoin de lui. Comment peut-on vivre des instants tellement intenses avec une personne, partager son quotidien et lui faire l’amour d’une manière aussi bouleversante, si c’est pour disparaître subitement à la moindre difficulté ? Qui pouvait bien faire cela ? Je vous le donne en mille…
Daryl Milsen, celui pour qui j’avais tout d’abord élaboré un plan de vengeance avant de revoir ma pâle copie et de le rayer intégralement de mon esprit et de la surface de la Terre.
Aujourd’hui, je suis farouchement déterminée à passer à autre chose. Enfin, c’est ce dont je tente de me convaincre… Car depuis que mon cœur s’est brisé en un millier de vulgaires morceaux, le temps reste suspendu. Alors, je fais de mon mieux pour survivre et maintenir de force, la tête hors de l’eau.
Hélas en attendant, ce ne sont que des chimères qui m’habitent. Car pour l’oublier, il faudrait toutefois que je commence par libérer le lodge que j’ai réintégré à mon retour de Genève. Sans parler du fait insignifiant que j’ai décidé contre l’avis de Nigel de prendre mes quartiers dans l’ancienne chambre de Daryl. Quoi de mieux pour se détacher d’une personne que l’on aime encore, que de dormir dans son lit ? Mouais… Vous trouvez ça ridicule ? Attendez, je ne vous ai pas tout raconté…
Le matin de son départ… Ou plutôt, de sa fuite… Bref, au moment où je m’étais réveillée seule et souverainement abandonnée après m’être confiée sur mon passé tragique, Nigel, accompagné de mon adorable Abel, était venu dans ma chambre pour m’apprendre ce que je connaissais déjà. À savoir que mon homme avait profité du fait que je dormais à poings fermés, pour s’évanouir dans la nuit sans prendre la peine de me laisser la moindre explication.
J’ai d’abord été complètement désorientée, puis très vite dévastée lorsque j’ai éclaté en sanglots, me vidant de toutes les larmes amères que contenait mon corps inerte dans les bras de Nigel. Par la suite, des gémissements de douleur ont pris place, quand les bercements de celui-ci m’ont à peine calmée. Désespérément, j’avais tenté de comprendre pourquoi il avait fait de moi une femme atrocement blessée, avant de me rendre à l’évidence. Il m’avait prévenue et maintenant tout était fini.
Je ne sais pas si c’était pour me protéger ou me ménager, mais Nigel semblait aussi surpris que moi par le départ de son frère. Quant à Abel, eh bien, n’en parlons même pas. Il était incapable d’engager une parole, tant il hurlait sa peine. Encore plus que moi pour tout vous dire, c’était complètement dément de le voir ainsi. Bien que l’immense douleur logée entre mes poumons me fît énormément souffrir, très vite, je m’étais ressaisie en espérant avoir tiré des conclusions trop hâtives. En réalité, je me fourvoyais. Je voulais désespérément être une femme forte et pas une pleurnicharde, mais c’était devenu horriblement pénible à accomplir. Je n’en avais plus la force ni l’envie. J’étais une nouvelle fois détruite et croyez-moi, cet intolérable sentiment, je le connaissais mieux que personne.
Je subsistai encore quelques instants sous les caresses réconfortantes de Nigel, puis je me décidai à me reprendre, car il était hors de question que j’émerge de cette satanée chambre les yeux bouffis. Cela aurait immédiatement alerté mes parents et mes amis. Et franchement, je n’avais pas envie d’éprouver la pitié d’autrui et encore moins de m’épancher sur cette douleur qui m’étirait de l’intérieur. Un bon vieux mensonge ferait l’affaire le temps d’achever le week-end. De toute manière, je disposais de toute une vie pour pleurer cette odieuse trahison.
Finalement, j’avais excusé l’absence soudaine de mon Viking en prétextant une urgence familiale. Oui, oui, une urgence familiale dont Nigel ne faisait pas partie. Même si cette parade puait atrocement le bobard à quinze mille, pour mon bien-être, personne ne s’arrêta dessus. De plus, j’avais pu constater pendant les préparatifs du repas que je n’étais pas la seule à dissimuler des choses.
À midi, Daisy nous avait annoncé qu’elle et Sevan avaient pris la décision de partir pour l’Angleterre en fin de journée. La prétendue raison invoquée pour cette soudaine déclaration était qu’elle tenait à accompagner mon frère le temps que celui-ci avoue à sa fiancée actuelle qu’il la quittait définitivement. Ma blonde en profiterait pour rendre visite à son père à Londres lors de ce voyage.
Après le départ impromptu de Daryl, voici que ma meilleure amie me délaissait également. C’était décidément une sacrée journée de merde, avais-je pensé, en comprenant que je ne devrai pas compter sur sa présence pour me soutenir. Dire que j’espérais élaborer avec elle un plan farfelu pour faire mordre la poussière à ce lâche.
Tandis que je tentais de digérer cette affreuse nouvelle sans émettre le moindre son, Catherine nous annonça à son tour qu’elle retournait à Paris. Elle souhaitait entamer la procédure de divorce et remettre de l’ordre dans sa vie avant de me rejoindre en Suisse.
C’était exactement à cet instant que j’avais arrêté de comptabiliser les coups de pelle que je recevais dans la figure depuis le fichu moment où j’avais ouvert les yeux. Encore heureux, je savais que mes parents ne partiraient qu’en fin de journée, autrement, je ne sais pas comment j’aurais survécu à ce week-end qui était censé être idyllique.
À ce moment précis, je venais de comprendre qu’il fallait impérativement que je prenne une décision capitale pour mon avenir. Et le plus tôt serait le mieux. Devais-je rester ici, en Suisse ? En effet, je devais nécessairement réviser mes priorités puisque quelques semaines auparavant, on m’embauchait pour une condition réelle. Mais qu’en était-il aujourd’hui ? Mon contrat stipulait bien que j’avais été engagée pour m’occuper d’un certain patient réputé pour être le moins coopératif de Riddes. À tout point de vue, ce n’était plus le cas ! Mais alors, pourquoi devrais-je retourner là-bas ? Et pour qui le ferais-je ? Toutes ces sempiternelles questions avaient vite été balayées par Nigel qui avait pris soin de prévenir Stéphane Dubey, mon aimable employeur de ce brutal revirement de situation. Sans perdre une minute, celui-ci m’avait contactée pour m’octroyer un nouvel emploi afin de remédier au regrettable désagrément que je venais de subir. Oui ! il appelait ça un « regrettable désagrément ». J’avais également décrypté dans cette même phrase que c’était légitimement par pure charité et pour faire amende honorable qu’il me faisait cette offre. Vous voulez savoir ? Eh bien, pour la deuxième fois depuis notre rencontre, j’avais accepté sa proposition à l’aveugle, sans réflexion. C’était un comble pour la misérable femme que j’étais décidée à changer en venant en Suisse. Mais une chose était claire, plus jamais je ne mêlerais sentiments et vie professionnelle, ça faisait trop mal…
Pourtant, voici deux mois que je suis de retour à Riddes et cette fois, pas question de m’occuper de patient sexy au caractère bien trempé pour lequel mon cœur pourrait chavirer. Stéphane m’a embauchée pour une seule spécificité et pas des moindres… Je suis de nouveau kinésithérapeute et pour embellir mes journées devenues mornes, il vient de me confier le service pédiatrique avec comme binôme, Abel. C’est avec un infini plaisir que j’accueille cette nouvelle, Abel est joyeux et empathique. Ça me rassure profondément de le savoir à mes côtés et d’avoir également quelqu’un qui se soucie un peu de moi.
D’ailleurs, je tiens à souligner qu’au sein de cet établissement pour personnes pleines aux as et aux allures de complexe de détente, on trouve un important service pédiatrique toutes spécialités confondues. Ce qui me fait le plus plaisir, c’est qu’en réalité toutes les bourses ont leur place. Pas besoin d’être un parent de Rothschild pour bénéficier des soins de la clinique, enfin, du moins dans cette partie. En aparté, Nigel m’avait expliqué que ce vaste projet était une pure volonté de l’actionnaire principal de voir cet endroit ouvert à tous les enfants défavorisés. Il avait à cœur de faire en sorte que ces jeunes patients en difficulté jouissent du même traitement que n’importe quel autre, ayant les moyens. Stéphane en était fier également et il en faisait son cheval de bataille pour le développement d’un dispensaire étendu à tous. Tous les vieux rabougris habitués à ce lieu ne voyaient pas d’un bon œil cette révolution en marche. La luxueuse clinique ouvrait enfin ses portes à de nouveaux horizons et depuis deux mois, j’y contribuais tant bien que mal. Je faisais tout mon possible pour rester positive en présence de ces petits anges, dont le moral était souvent mis à rude épreuve par la rééducation.
Cependant, en dépit de toutes les bonnes choses qui m’entourent, parfois, je suis mélancolique. L’absence de Daryl m’étouffe un peu plus chaque jour. Pourtant, la terre continue de tourner, les arbres de pousser, mais moi, je demeure arrimée à ma souffrance. Et par-dessus tout, Daisy me manque affreusement malgré les efforts que déploie Catherine qui tente tant bien que mal de me consacrer un maximum de temps. Je ne lui en tiens absolument pas rigueur. Dans le genre, j’ai la poisse, elle a tiré le gros lot avec son divorce.
 Alors, quand le soir je me retrouve enfin seule, je ne peux m’empêcher de me demander comment je vais pouvoir survivre une journée supplémentaire sans mon Viking. Tout en le maudissant, je laisse une nouvelle fois la douleur s’infiltrer insidieusement en moi ; elle se mue peu à peu en un irréductible chagrin. Ma triste conscience s’effondre comme un château de cartes exposé au vent capricieux et des larmes coulent le long de mes joues comme pour assouvir un rituel. Le lendemain, j’entame avec ce que l’on peut appeler exagérément de la volonté : un jour de plus sans lui…
Les fêtes approchent inexorablement et le service pédiatrique est en ébullition. Les enfants décorent richement les couloirs et les chambres avec des ornements qu’ils ont pris soin de confectionner sur mesure de leurs petites mains. Leurs sourires et leurs yeux pétillants annoncent gaiement l’impatience de cet instant tant attendu pour eux : la fameuse rencontre avec le père Noël. D’ailleurs, pour cette occasion, Nigel se prêtera au jeu du déguisement pour ravir tous ces chérubins et je me languis de pouvoir savourer ce moment. Si l’on m’avait dit qu’un jour cet infâme individu deviendrait mon plus cher allié, mon fidèle confident et mon meilleur ami, je n’y aurais probablement pas cru. Non, en fait, j’aurais crié haut et fort à l’affabulation. Car en plus de faire preuve d’altruisme, Nigel apportera une aide financée notamment par Milsen’s DC , afin d’offrir à tous ces jeunes enfants un semblant de joie dans ces circonstances difficiles.
Je suis heureuse pour eux, seulement une question me taraude. En effet, je soupçonne l’homme que je peine à oublier d’être à l’origine de cette soudaine générosité. Puis, que devient-il ? Où passera-t-il les fêtes ? Et pourquoi n’a-t-il pas encore donné de ses nouvelles ? Bon sang, s’il ne veut pas m’en fournir, alors qu’il en apporte à son frère ! Dans cette fâcheuse affaire, il restera égoïste jusqu’au bout. Et moi, fatalement, je dois me préserver au lieu d’attendre que mes journées s’écoulent avec angoisse. Il faut que je vive et savoure clairement chaque instant à sa juste valeur. 
C’est précisément à ce moment que je prends conscience que j’en ai assez d’être malheureuse et je me promets de tirer le meilleur parti de ma vie, même si effacer volontairement Daryl de ma tête me donne l’impression d’avoir à m’arracher le cœur pour le condamner comme jadis. Mais c’est un risque que je dois prendre, je me suis assez apitoyée sur mon sort en regrettant d’avoir enfin éprouvé l’amour ou d’avoir osé aimer malgré mes craintes. J’ai été imprudente et j’en paye le prix fort : mon noble cœur. 
Je ne veux plus me répéter comme un mantra que l’on n’a que ce que l’on mérite, car cet adage est faux et archifaux. Or, ce n’est pas en traînassant dans les vestiaires avec ce bout de papier entre les mains que je vais y parvenir.
J’ai assez pleuré le manque de Daryl et j’en ai vraiment plein le dos de tout ça. J’ai l’occasion que j’avais tant espérée et je compte entièrement la mettre à profit.
 
Chapitre   2
Il respecte compl è tement mon choix.
 
Alix
 
Le vendredi, je termine un peu plus tôt que les autres jours de la semaine, cependant, je suis exténuée. Comme tous les soirs, après ma journée de travail à la clinique, j’emprunte la navette pour rentrer au lodge. Mais ce soir, c’est la première fois que j’arrive à contempler attentivement le paysage. La nuit n’est pas encore tout à fait tombée sur les magnifiques collines habillées de leurs manteaux de neige. Cette vision m’apparaît d’autant plus belle lorsque je prends conscience où je me trouve actuellement. Eh oui, j’y suis enfin parvenue à ce changement de vie que j’espérais tant. D’ailleurs, si l’on oublie que mon cœur saigne et que mon cerveau est pris en otage par un obsédant Viking, mon existence est parfaitement parfaite.
D’aise, je soupire longuement, avant d’inhaler une profonde bouffée d’air frais de cet hiver qui me glace les poumons. J’apprécie cette sensation. Je la préfère un millier de fois à celle qui me comprime tous les jours que Dieu fait depuis deux mois. Seulement, ce soir, j’ai moins mal et je mettrai tout en œuvre pour que cela perdure. Il est vrai que j’aime cet homme plus que tout au monde, mais je souhaite par-dessus tout me recentrer sur l’essentiel. Et aujourd’hui, c’est de mon travail à Riddes qu’il s’agit. Alors, je compte attentivement prendre soin de cette petite bande de chenapans, qui adorent tant nous faire tourner en bourrique, Abel et moi. Nos journées sont parfois très épuisantes, limite éreintantes. Mais l’immense satisfaction qui en ressort nous donne des ailes et l’énergie dont nous avons grandement besoin.
Mon cher Abel est encore extrêmement affecté par le départ de Daryl. Il s’est tenu fort tout ce temps pour me réconforter et maintenant, c’est à moi de faire preuve d’empathie à son égard. C’est sans compter sur le soutien sans faille de l’improbable Nigel et la gentillesse de Stéphane sur qui nous nous reposons désormais. Bon, j’admets aussi que la compagnie devenue assidue de mon frère Samuel vaut son pesant d’or. Toutefois, cela reste particulièrement compliqué pour les garçons d’aborder certains sujets sensibles, qui ne sont jamais agréables ni faciles à entendre pour moi. Pour éviter des tensions incongrues, je leur ai explicitement interdit de prononcer en ma présence le nom de Daryl ou tout autre chose le concernant qui pourrait nourrir mon mal-être. Bah, oui ! Je ne suis pas totalement stupide. Je sais pertinemment que Sam et mon père demeurent en contact avec lui. Il a su m’abandonner et m’oublier rapidement, mais ses problèmes ne se sont pas envolés subitement en franchissant le seuil de la porte cette nuit-là. Nigel, quant à lui, respecte parfaitement mon choix et je l’apprécie d’autant plus pour ça. Je sais que cela lui pèse fortement de devoir se contenir, surtout lorsque je fais mine de ne pas connaître le troisième frère, quand accidentellement il dérape. C’est humain et je lui pardonne à chaque fois, même si cela me coûte avec le pieu encore planté profondément dans ma poitrine.
La navette s’arrête non loin du lodge, je décide de presser le pas, car la température avoisine le négatif, ce qui veut dire que si je m’attarde, malgré ma grosse doudoune, mon bonnet et mon écharpe, je risque fort de rester pétrifiée sur place. Je me dirige tout droit vers l’endroit où de toute évidence, je suis attendue. Je ne suis pas surprise. En effet, c’est devenu une habitude quotidienne pour Nigel de se griller une cigarette sur le perron, tout en guettant anxieusement mon arrivée. Bon, il fait toujours semblant de ne pas me voir lorsque je m’approche de lui et ça en tourne presque au ridicule de sa part. Pourtant, je trouve ça attendrissant, puis c’est invariablement mieux que toute la comédie qu’il avait instaurée lors de notre retour à Riddes. Monsieur avait solennellement décrété qu’il serait mon chauffeur et ma nounou attitrée. Pas de quoi se vexer, me direz-vous ? C’est touchant n’est-ce pas ? Eh bien, que nenni ! Vous voulez que je vous dise ? Son programme n’était pas une sinécure, il était nul et je le dis sans scrupule. D’ailleurs, cela a réellement failli détruire notre nouvelle amitié. 
Cela a commencé par tous les matins où il prenait soin de me déposer à la clinique avant de revenir à l’heure du midi pour un déjeuner obligatoire au Galeno . Il était évident que j’avais intérêt à me nourrir convenablement, sous peine de subir des remarques désagréables. Avec un tant soit peu de tact de sa part, cela aurait très bien pu se dérouler. Mais le fait est que mon ami obtenait l’effet inverse de ce qu’il souhaitait, j’avais plutôt perdu un peu de poids. Déjà quelque peu amaigrie après le départ de son frère et les quelques fois où mon estomac me faisait souffrir, cela n’arrangeait pas nos affaires. De plus, je savais incontestablement que ce n’était pas pour passer un agréable moment en ma compagnie qu’il le faisait, mais pour s’assurer que je mange tout simplement. Après ces repas devenus pénibles pour lui comme pour moi, Nigel me ramenait à la clinique en s’appliquant à mettre un point d’honneur à venir me récupérer à la fin de ma journée de travail. Parfois même, il errait dans les couloirs toute l’après-midi. À ce degré d’obstination, cela ne s’appelait plus du dévouement, mais de l’acharnement. À la longue, il réussit à provoquer mon agacement, puis à engendrer des frictions entre nous. Mon cerveau refusait de se soumettre un jour de plus au rituel qu’il nous imposait. Ouais, cela me rendait malade, puisque c’était Daryl qui m’avait blessée et non Nigel ; il m’était impossible de concevoir que mon ami se sente responsable des actes de son merdeux de petit frère. Sa vie était auprès de sa famille ou aux manettes de Milsen’s DC . Alors, après une dispute acharnée à ce sujet, nous nous étions accordés sur une ligne de conduite que dorénavant nous nous appliquerions à suivre. Il reprendrait le cours de son existence mise entre parenthèses, mais au nom de notre amitié, il resterait à mes côtés. Finalement, ce fut dans ce sens que j’acceptai sa présence. Et j’avoue que depuis, ça roulait bien entre nous. 
— Salut princesse, dit-il lorsque j’arrive à son niveau.
— Bonsoir, Nigel, tu es encore en train de te cramer les poumons.
— C’est un plaisir de te voir également, Marie mêle tout.
— Tu devrais penser à arrêter, d’autant plus, que ce n’est pas bon pour ta santé.
— Tu es sérieuse ? Tu te préoccupes de ma personne ? Bah, ça alors ! s’écrie-t-il surpris.
— Eh bien, oui, Monsieur ! la cigarette est une sale ennemie.
— Si ce n’est que ça, des ennemis, j’en mange une dizaine au petit-déj. Donc, pas besoin de t’inquiéter, princesse. 
— Tu n’as pas l’air de comprendre.
— Putain, Alix, c’est tous les jours que tu me rabâches la même chose. Cela ne veut pas dire que je ne pige pas ton point de vue. En dépit de toutes tes mises en garde, je continue de fumer, car JE... FAIS... CE... QUE... JE... VEUX, tente-t-il de m’expliquer en haussant le ton.
— Ça va ! Pas besoin de crier, je ne suis pas sourde. Mais…
— Mais quoi ? Vas-y, vide ton sac une bonne fois pour toutes, qu’on en finisse avec ça.
— Moi, je dis juste qu’arrêter, c’est bien plus efficace qu’une crème antivieillissement. Voilà, c’est sorti !
— D’arrêter la cigarette ? s’enquiert-il en fronçant les sourcils.
— Oui, ça t’en bouche un coin, hein !
— C’est surprenant ce que tu me racontes, le vieillissement précoce et tout ça... Du coup, je m’inquiète pour toi, car il me semble que tu ne fumes pas et…
— Ah, ah ! très drôle, abruti.
— Trêve de plaisanterie, princesse, il fait froid, alors rentrons. De plus, je nous ai mijoté un bon petit repas.
— Tu es un père pour moi, dis-je en pénétrant hâtivement dans notre foyer.
— Ouais, c’est ça ! Ne te réjouis pas trop vite, demain c’est toi qui régales.
J’éclate de rire. Il est sérieux ? Il n’a pas encore compris ?
— Tu es sûr de ce que tu avances ? lui demandé-je en le détaillant attentivement.
Il semble réfléchir un instant, puis il écarquille les yeux. Ça y est, il se remémore la dernière fois que j’ai cuisiné. 
— En fait, non ! je préfère me couper les couilles, plutôt que d’avoir à nouveau à goûter un de tes infâmes plats.
— Je suppose que maintenant nous sommes sur la même longueur d’onde ? le taquiné-je.
— Ouais, c’est ça. Je te rappelle que je suis resté collé aux chiottes pendant presque trois jours. J’ai compris ma douleur et plus jamais tu ne m’empoisonneras, s’écrie-t-il en hochant la tête avec un sérieux déroutant.
Cette fois, j’éclate d’un rire franc sorti du plus profond de mon être et cela ne m’était plus arrivé depuis des lustres. Nigel me fait vraiment beaucoup de bien, pensé-je. J’ai réellement de la chance qu’il ait décidé de rester avec moi.
Je retire enfin mon manteau, mon bonnet et mon écharpe que j’accroche négligemment sur le porte-manteau. Ce qui me vaut une œillade agacée. Je tire la langue à ce maniaque du rangement et je pénètre d’un air désinvolte dans le salon.
— J’ai allumé un feu de bois, princesse. Alors, installe-toi le temps que je nous prépare un verre.
— OK ! m’écrié-je reconnaissante de pouvoir me réchauffer.
Je me vautre dans le canapé, retire mes baskets avant de m’enrouler dans le doux plaid. À gauche de l’imposante cheminée se trouve le bar où Nigel s’affaire, pendant que moi, en mode sushi, je rêvasse en contemplant les flammes onduler devant mes yeux. Les grandes pointes aux multiples couleurs me réchauffent le cœur et une impression de bien être m’envahit.
— Il fait vraiment froid dans ce bled, s’exclame mon ami en me tendant un cocktail.
Enfin, une de ses mixtures bien sucrées qu’il a inventées pour me faire plaisir. Oui, d’après lui, je suis has been, car je suis incapable d’apprécier un excellent bourbon ou une autre de ces boissons qui brûlent les tuyaux.
...

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