Reese & Ben
353 pages
Français

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Reese & Ben , livre ebook

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Description


Que se passe-t-il quand un groupe de justiciers coriaces rencontre une famille au grand cœur qui n’en a rien à faire des limites ?



Reese


C’était censé être un travail facile. Vous savez, le genre que vous obtenez après avoir été absent un certain temps et que le patron n’est pas tout à fait sûr de vos capacités ? Mais voilà, cela s’est fini en agression, un enlèvement, avec deux voyous, et du chantage.


Et au milieu de tout ça, une belle âme perdue qui a besoin de moi. Le jeune homme effrayé titille tous mes instincts de protection et réveille quelque chose en moi, prêt à me jeter à l’eau et à dévorer cet homme.


Mais comment pourrais-je avoir quelque chose à offrir à quelqu’un comme Ben ? Je suis une catastrophe. Blessé, balafré, pas tout à fait hors du placard, et je suis le fils très reconnaissable d’un homme célèbre... Je ne peux pas lui demander de me donner une chance pour toujours. N’est-ce pas ?


Ben


J’ai toujours été le seul à me soucier de moi, merde, j’ai même été abandonné le jour de ma naissance. Alors, oui, peut-être que si mes parents adoptifs avaient survécu, j’aurais eu une belle vie. Mais ils n’ont pas survécu, alors, je n’en ai pas eu une. Au lieu de cela, je suis obligé de supporter notre nouvelle famille d’accueil détestable pour pouvoir rester dans les parages et m’occuper de ma petite sœur.


Malheureusement, tout ne se passe pas comme prévu et lorsque la petite Georgie se retrouve dans les mains de voyous, il est clair que je suis son seul espoir. Du moins... jusqu’à ce que je rencontre le grand et fort garde du corps que quelqu’un a envoyé pour veiller sur moi.


Un homme au passé brisé peut-il un jour construire une famille avec une personne qui semble trop belle pour être vraie ?

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 4
EAN13 9782384400232
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0045€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Publié par
JUNO PUBLISHING
2, rue Blanche alouette, 95550 Bessancourt
Tel : 01 39 60 70 94
Siret : 819 154 378 00015
Catégorie juridique 9220 Association déclarée
http://juno-publishing.com/
 
 
 
Reese & Ben
Copyright de l’édition française © 2022 Juno Publishing
Copyright de l’édition anglaise © 2018 Lucy Lennox & Sloane Kennedy
Titre original : Made Mine
© 2018 Lucy Lennox & Sloane Kennedy
Traduit de l’anglais par Lorraine Cocquelin
Relecture et correction par Agathe P., Miss Relect Addict
 
Conception graphique : © Francessca Webster pour Francessca’s PR & Design
Tout droit réservé. Aucune partie de ce livre, que ce soit sur l’ebook ou le papier, ne peut être reproduite ou transférée d’aucune façon que ce soit ni par aucun moyen, électronique ou physique sans la permission écrite de l’éditeur, sauf dans les endroits où la loi le permet. Cela inclut les photocopies, les enregistrements et tout système de stockage et de retrait d’information. Pour demander une autorisation, et pour toute autre demande d’information, merci de contacter Juno Publishing :
http://juno-publishing.com/
ISBN : 978-2-38440-024-9
Première édition française : janvier 2022
Première édition : août 2018
 
Édité en France métropolitaine
 
 
Table des matières
Avertissements
Dédicace
Remerciements
Note des auteurs
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 15
Chapitre 16
Chapitre 17
Chapitre 18
Chapitre 19
Chapitre 20
Chapitre 21
Chapitre 22
Chapitre 23
Chapitre 24
Chapitre 25
Chapitre 26
Chapitre 27
Chapitre 28
Chapitre 29
Chapitre 30
Liste des personnages
À propos des Auteurs
Résumé

 
 
 
 
Avertissements
 
 
 
 
 
Ceci est une œuvre de fiction. Les noms, les personnages, les lieux et les faits décrits ne sont que le produit de l’imagination de l’auteur, ou utilisés de façon fictive. Toute ressemblance avec des personnes ayant réellement existées, vivantes ou décédées, des établissements commerciaux ou des événements ou des lieux ne serait que le fruit d’une coïncidence.
 
Ce livre contient des scènes sexuellement explicites et homoérotiques, une relation MM et un langage adulte, ce qui peut être considéré comme offensant pour certains lecteurs. Il est destiné à la vente et au divertissement pour des adultes seulement, tels que définis par la loi du pays dans lequel vous avez effectué votre achat. Merci de stocker vos fichiers dans un endroit où ils ne seront pas accessibles à des mineurs.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Dédicace
 
 
Pour nos fans.
 
 
 
 
 
 
Remerciements
 
 
Un grand merci à nos bêta lectrices, Claudia, Kylee et Courtney pour leurs incroyables commentaires ! Merci également à Lori, Barb, Shay et Chad d’avoir été une deuxième paire d’yeux pour nous. Un merci supplémentaire à Courtney pour un autre excellent travail d’édition.
 
 
 
 
 
 
Note des auteurs
 
 
Il y a une liste de personnages à la fin du livre. Sachez que nous l’avons placé à la fin du livre afin d’éviter les spoilers, car tous les personnages n’apparaissent pas dans Reese & Ben .
 
 
Reese & Ben
Le clan Marian & Les Protecteurs
 

 
Lucy Lennox
Sloane Kennedy
 

 
Chapitre 1
 
REESE
 
 
Ce gars allait se faire tuer, aucun doute.
J’accélérai l’allure lorsque je le vis s’avancer vers le passage piéton dont le feu bien rouge brillait fort dans cette nuit fraîche. Comme l’homme ne s’arrêtait pas, je lui criai d’instinct de le faire, et mon ventre se noua quand j’entendis un klaxon et des freins crissant un quart de seconde après. Étonnamment, le type parvint à échapper de peu à la collision avec un taxi, mais seulement parce que le chauffeur fit une embardée pour l’éviter et heurta du coup une voiture garée.
Le chaos suivit, quand le chauffeur énervé descendit de son véhicule en même temps que le malheureux propriétaire de celui garé et embouti sortait de l’épicerie au coin de la rue. Ma cible, elle, ne sembla pas remarquer les problèmes qu’elle avait causés et continua à s’avancer d’un pas lourd vers l’autre côté de la rue. Il avait le bras droit posé contre son ventre, et la faible lumière des lampadaires éclairait l’arrière de sa blouse d’hôpital, qui ressortait sous sa chemise.
— Qu’est-ce qui vous a pris ? s’énerva le propriétaire de la voiture en apercevant les dégâts.
Puis il invectiva le chauffeur du taxi. Sans tenir compte de la dispute qui s’ensuivit, je me précipitai de l’autre côté de la rue, évitant les voitures qui ralentissaient à mon approche.
Je n’étais pas du genre à me laisser aller à la peur, mais lorsque j’arrivai sur le trottoir et au bout de la rue pour continuer à poursuivre l’homme et que je ne le vis nulle part, l’adrénaline – qui pulsait dans mes veines depuis qu’il avait manqué de se faire percuter – monta d’un cran supplémentaire. C’était censé être une mission facile, alors hors de question de perdre ma cible.
Alors que je commençais à craindre que ce boulot se finisse aussi horriblement mal que mon précédent, le bas de mon dos se mit à irradier douloureusement. Je serrai les dents en essayant de ne pas penser à l’effet du stress sur mes blessures encore en cours de guérison.
— Putain, marmonnai-je en m’obligeant à respirer un grand coup et à étudier mon environnement.
C’était ma première mission depuis mon retour et ne pas perdre la trace du jeune homme seulement connu sous le nom de Ben était supposé être simple : je devais le suivre à sa sortie de l’hôpital et m’assurer qu’il ne courait aucun danger. Il était allé aux urgences après s’être fait tabasser, et il avait été soigné par le Dr Ethan Rhodes, qui s’était inquiété quand son patient avait refusé de donner son identité ou de raconter ce qu’il s’était passé. Alors, Ethan avait parlé à Cain, son fiancé, qui lui-même avait contacté Ronan, notre patron, pour voir s’il fallait garder un œil sur tout ça. C’était là que j’entrais en jeu. Je devais suivre ce type dès que sa sortie d’hôpital aurait été approuvée et découvrir son histoire.
Sauf qu’il s’était faufilé hors de l’hôpital en douce, sans autorisation.
Heureusement, j’avais décidé de me rendre sur site dès mon arrivée à San Francisco, mais surtout parce que j’étais incapable de rester sans rien faire… du moins, je ne l’étais plus.
Car rester sans rien faire permettait de penser, et penser me ramenait toujours à des endroits où je ne voulais pas retourner… n’étant pas prêt à le faire. Il s’était passé bien trop de trucs ces six derniers mois.
Mes bras se mirent à me picoter, et pas de manière agréable. Toutefois, comme je le faisais pour la douleur dans mon dos, j’ignorai cette sensation et me concentrai sur la situation. Je fermai les yeux et attendis que le bruit se calme dans ma tête, afin de me focaliser sur la seule chose qui me permettait d’avancer… littéralement et métaphoriquement.
La douleur passa à l’arrière-plan, de même que le brouhaha du trafic et des passants qui me contournèrent sur le trottoir, à quelques pâtés de maisons de l’hôpital.
Où pourrais-tu aller ?
Dans mon esprit apparut la photo de l’homme, qui m’avait été donnée en même temps que cette mission. Lorsqu’il avait été endormi dans son lit d’hôpital, ses blessures m’avaient empêché de bien distinguer ses traits, toutefois, pour une raison étrange, j’avais eu des papillons dans le ventre lorsque j’avais ouvert sa photo pour la première fois. Après que la magicienne en informatique de mon groupe avait piraté son dossier médical, je connaissais certaines infos de base, qui se résumaient cependant à une description générale, sa taille, son poids et le résumé de ses blessures.
Alors que j’aurais tellement voulu voir ses yeux.
Si mon enfance ne m’avait pas déjà permis d’apprendre que ce que disait une personne ne correspondait pas toujours à ce qu’elle pensait, mon séjour à l’armée l’aurait fait. Malheureusement, il m’avait fallu bien trop de temps enfant pour comprendre que toutes les personnes réclamant mon attention ne s’intéressaient en réalité pas du tout à moi et ne cherchaient qu’à atteindre mon puissant père.
J’avais fini par apprendre cette leçon à la dure. Je savais une chose depuis : le premier endroit à regarder, c’est les yeux.
Pour la centième fois au moins, je me demandai ce que ceux de Ben m’apprendraient. J’étais certain qu’il me mentirait, car la probabilité qu’il ne soit qu’une victime innocente était faible, voire nulle.
Les victimes ne fuyaient pas l’aide quand on la leur offrait.
Or, on lui en avait offert beaucoup depuis qu’il avait été transporté en ambulance, grièvement blessé, à l’hôpital St Vincent. Cependant, au lieu de dire au médecin qui il était – et il n’existait pas plus gentil et adorable que le Dr Ethan Rhodes –, Ben avait préféré garder le silence. Même les puissants antidouleurs qu’il avait dû prendre ne lui avaient pas délié la langue.
Si ce n’était pas la preuve qu’il cachait quelque chose, qu’est-ce que c’était ?!
Évidemment, pour démêler tout ça, il fallait d’abord que je trouve ce type et m’assure qu’il ne se fasse pas tuer avant que j’aie décidé si son cul valait la peine d’être sauvé ou non.
Repoussant cette pensée, je fis le silence dans mon esprit, puis j’ouvris les yeux. Je jetai un nouveau coup d’œil autour de moi, et mon pouls s’accéléra quand je remarquai un petit interstice dans le mur à une soixantaine de mètres de moi. Je m’y précipitai et constatai, excité, qu’il s’agissait même d’une ruelle. La puanteur des poubelles, de l’urine et d’autres odeurs corporelles sur lesquelles je préférais ne pas m’attarder m’agressèrent tandis que j’empruntais la voie, si étroite que même une voiture ne pouvait pas y passer. Comme il n’y avait plus de lampadaire alors que je m’enfonçais, je sortis mon portable et allumai ma lampe de poche. Au bout de la rue, je fus à la fois soulagé et déçu de ne repérer aucun signe de Ben.
Bon sang, est-ce que mon instinct venait de me trahir ? Pour ma première mission dès mon retour au boulot ?
La peur m’envahit à cette idée, mais je fis de mon mieux pour l’ignorer. J’avais failli tout perdre six mois plus tôt en prenant deux balles pour l’homme que je protégeais. Pendant la convalescence éprouvante, l’une des seules choses qui m’avaient permis de tenir, c’était de savoir que mon instinct ne me lâcherait pas… plus.
Mais que deviendrais-je s’il me faisait défaut aujourd’hui encore ? Que se passerait-il si les flammes qui m’avaient léché la peau et les balles qui m’avaient ôté toute capacité à contrôler mon corps m’avaient aussi pris l’un de mes rares atouts ? Je n’avais rien, sans mon travail.
Je n’étais rien.
Alors que je me sentais saisi par l’impuissance qui m’avait submergé quand le médecin m’avait annoncé que je ne remarcherais plus jamais, j’entendis une voix forte.
— Oh, on va t’aider à le trouver, ne t’en fais pas.
Machinalement, j’attrapai mon arme, coincée à ma ceinture, parce que si la déclaration semblait gentille, le ton, lui, ne l’était pas du tout.
Je n’entendis pas la réponse, s’il y en eut une. Et lorsque mon instinct me poussa à traverser la ruelle sombre pour rejoindre la rue au bout et le trottoir d’en face, je ne ressentis aucun soulagement. J’aperçus un arrêt de bus, toutefois, l’éclairage public était trop faible pour me permettre de distinguer autre chose que trois silhouettes, deux debout et une assise.
L’une des silhouettes fit se lever cette dernière. Le petit gémissement de douleur me fit accélérer l’allure ; je sentais que c’était ma cible.
— Cherchons son portefeuille ! ordonna la première voix.
Ben – car j’étais persuadé que le geignement provenait de lui quand il avait été forcé de se mettre debout – protesta et se libéra, mais il s’immobilisa dès que son agresseur l’attrapa à la gorge.
Je me mis à courir jusqu’à l’arrêt de bus, où ni l’homme maintenant Ben ni son complice qui lui fouillait les poches ne me remarquèrent. Même si j’aurais eu bien envie de tirer une balle dans ces connards, j’avais des règles à suivre. Je rangeai mon arme dans ma ceinture et lançai mon pied droit, frappant le premier homme à l’arrière du genou. Bien que ce geste me brûle le dos, je réussis à garder l’équilibre. Il hurla de douleur et relâcha Ben, qui s’affala de justesse sur le banc. Le type qui lui faisait les poches se jeta sur moi, mais je parvins à l’étaler d’une droite. Je m’apprêtais à retourner m’occuper du premier quand Ben se mit à tousser, déviant mon attention.
La panique m’envahit ; je l’aidai à se redresser sur le banc. Entendant l’un des hommes parler d’une voix pressante à son ami derrière moi, je sortis mon arme pour le cas où ils tenteraient de s’en prendre à nous. Mais je me rendis compte qu’ils cherchaient surtout à partir dans l’autre direction, en trébuchant dans leur hâte à y aller plus vite. Je me concentrai à nouveau sur Ben.
— Essayez de prendre de plus petites inspirations, lui conseillai-je en réalisant qu’il paniquait, car il ne parvenait pas à se remplir les poumons d’oxygène.
Il tenta de se libérer de ma poigne, mais il ne pouvait pas lutter contre ma taille et ma force. Malgré tout, je le relâchai, puisqu’il ne pouvait pas aller bien loin. Je levai les mains pour lui indiquer que je ne constituais pas une menace pour lui, puis je me souvins de l’arme que je portais toujours.
Heureusement, Ben ne l’avait pas vue ; il avait baissé les yeux vers le sol et essayait de respirer. Il rampa sur le banc et se retrouva pratiquement blotti contre l’abribus, la main posée sur le verre sale, pour tenter d’inspirer profondément, en vain.
Je savais que je devrais appeler quelqu’un, mais quelque chose à l’intérieur de moi, que je ne saisissais pas tout à fait et sur lequel je ne voulais pas m’attarder, me poussa à me rapprocher. Avec la paroi de l’abri dans son dos et contre son flanc, il était pour ainsi dire pris au piège. Il le comprit aussi, et ses problèmes de respiration empirèrent.
— Regardez-moi, dis-je en adoucissant ma voix pour qu’elle n’ait pas l’air trop rauque ou intimidante.
Doucement, je tendis la main vers son visage et le tournai afin qu’il puisse me regarder dans les yeux. Il tenta de résister, à peine.
Parce que sa crainte de ne plus pouvoir respirer était plus forte que celle que je lui inspirais.
— Ben, concentrez-vous sur moi, l’encourageai-je gentiment quand il referma les yeux.
Il ouvrit les paupières et s’agrippa tout à coup à mon poignet gauche. Je tressaillis quand ses ongles s’enfoncèrent dans ma peau toujours très sensible à cet endroit-là, malgré la manche de mon haut.
— Faites comme moi, insistai-je en retenant mon souffle.
Il secoua la tête avec frénésie, parce que son corps devait lui dire de respirer, et non l’inverse.
— Faites-moi confiance, dis-je en hochant la tête.
Une lueur apparut dans ses magnifiques yeux verts quelques instants, mais elle disparut avant que je puisse l’identifier. Quand il retint enfin sa respiration, je constatai avec soulagement que son agresseur n’avait causé aucun dommage à sa gorge.
— Maintenant, soufflez.
Ben m’obéit, et lorsque je lui indiquai quelques secondes plus tard à peine de bloquer sa respiration à nouveau, il s’exécuta. Mon instinct me confirma que sa réaction était surtout psychologique, et cela m’aida à apaiser mon propre cœur qui tambourinait dans ma poitrine.
— Soufflez, répétai-je.
Je le fis contrôler sa respiration encore deux minutes, avant de lui dire de tenter de respirer seul. Sa panique s’était un peu calmée, alors, quand il ressentit le besoin de baisser la tête pour se concentrer, je le laissai faire.
Je m’attendais à ce qu’il s’exprime, mais il ne dit rien. Le voyant s’écrouler à nouveau, je me précipitai vers lui. À ma grande surprise, au lieu de s’affaler contre l’abribus, il finit appuyé contre moi . Tout mon corps se figea en réaction.
— Ben ?
Je voulus m’écarter, sauf que sa main se referma autour de mon poignet au même moment. À l’endroit même où ses ongles s’étaient enfoncés quelques minutes plus tôt. Toutefois, cette fois-ci, ma manche était remontée et il touchait ma peau marquée. Ce contact me donna chaud et me rendit honteux en même temps, dans l’attente de son commentaire sur ma chair moche et inégale. Je me retins de toutes mes forces pour ne pas le repousser… surtout quand il entreprit de caresser ma peau avec son pouce.
— Si chaud, marmonna-t-il sans s’arrêter.
Le regardant, je constatai qu’il avait fermé les yeux.
— Ben.
Je dus répéter son prénom deux fois supplémentaires pour qu’il rouvre les paupières. À ce moment-là, je compris pourquoi je le sentais aussi détendu contre moi. Entre ses blessures, sa démarche malhabile quand il avait traversé la rue, l’accident qu’il avait failli avoir sans s’en rendre compte et sa façon de s’affaler ainsi si peu de temps après son agression, j’en déduisis qu’il subissait encore les effets d’antidouleurs puissants.
— J’aurais jamais cru que je câlinerais des inconnus à un arrêt de bus, marmonna-t-il avec un sourire amorphe. Mais c’est cool. Vous êtes cool. Vous sentez bon.
Il se décala afin de mieux renifler mon cou.
— Vous sentez la barbe à papa.
Malgré la gravité de la situation, je ne pus m’empêcher de sourire. Heureusement, il ne s’en rendit pas compte. Ni du fait que j’utilisais son prénom sans cesse.
C’était dire comme il était à l’ouest.
— Ben, dis-je en le secouant gentiment lorsque je crus qu’il somnolait. Vous devez retourner à l’hôpital.
Je passai un bras autour de sa taille et l’aidai à se relever. Ce n’était pas du tout une excuse pour le toucher.
Oui, c’est ça.
Je l’avais à peine redressé qu’il se mit à flipper et à tenter de me repousser.
— Non ! Pas la police ! Non !
Je n’eus pas le temps de lui dire que je n’avais jamais mentionné cette dernière, car il essaya de marcher seul. Je ne savais pas quel médicament il avait pris, mais il était puissant ; dès que Ben fut debout, il manqua de retomber au sol. Je le retins d’un bras.
— Pas la police, ils ont dit ! lança-t-il férocement en se débattant.
Il mangea ensuite de plus en plus ses mots, si bien que je ne pus en comprendre que quelques-uns.
« Dangereux ».
« M’ont prévenu ».
Maîtriser physiquement Ben ne me posait aucun problème, cependant, il refusait de se calmer et sa respiration s’accéléra une nouvelle fois.
— D’accord, dis-je en lui caressant le bras et en le faisant asseoir à nouveau sur le banc, et moi aussi. Pas d’hôpital et pas de police. Vous m’entendez, Ben ? Pas de police. On va rester un peu ici, jusqu’à ce que vous vous sentiez mieux.
Il se calma, sauf son corps, tendu, alors qu’il cherchait à s’éloigner de moi. Il mit si longtemps à répondre que je craignis de devoir trouver autre chose pour le rassurer. Puis je le vis regarder vivement autour de nous avant de se concentrer sur moi.
— Promis ? insista-t-il, d’une voix chargée de sa confusion et de sa fatigue.
Je compris qu’il oublierait toute promesse que je pourrais lui faire, et pourtant, je ne dis rien. Toute ma vie, j’avais souffert de promesses creuses. Je ne pouvais pas… et ne voulais pas… lui faire ça.
Mes yeux se posèrent sur le bracelet d’hôpital, à son poignet. Il avait la peau pâle et recouverte de chair de poule. Vêtu d’une simple chemise et d’un jean, il frissonnait sous l’air frais de ce début de printemps. Sa blouse d’hôpital, qu’il n’avait pas retirée dans sa hâte à s’habiller, ajoutait une petite couche supplémentaire. Il portait également des baskets, dont les lacets n’avaient pas été noués. C’était un miracle qu’il n’ait pas trébuché et ne se soit pas fait encore plus mal en tombant. Je soupirai en y pensant.
Qu’est-ce que j’étais censé faire, bon sang ? Je ne pouvais pas le laisser là. Ni lui dire qui j’étais. Si j’appelais mon patron, il me dirait sans doute que je n’étais pas de taille à gérer cette mission et que j’avais repris le boulot trop vite. Hors de question que ça arrive ; cela me priverait de mon travail, qui m’aidait à avancer.
Mens-lui.
Je rembarrai ma petite voix intérieure.
— Promis, lui dis-je enfin.
Je vis son cerveau essayer de lutter contre les médicaments qui parcouraient ses veines, mais ceux-ci finirent visiblement par gagner, puisqu’il s’affala une nouvelle fois contre moi. Je resserrai mon bras autour de sa taille, acceptant son étreinte, y compris sa tête qui atterrit sur mon épaule. Ses cheveux châtain clair étaient coupés courts et mes doigts me démangeaient de les toucher. Je fermai le poing et réfléchis plutôt à un nouveau plan.
J’attrapai mon portable et cherchai tant bien que mal un hôtel, à une main.
Ben se mit à marmonner quelque chose, que je ne compris pas bien. Cela ressemblait à « George », le nom qu’il avait prononcé peu après avoir révélé involontairement sa propre identité à Ethan.
— C’est lui que vous fuyez ? George ? C’est lui qui vous a fait du mal ?
Je tempérai mon envie de trouver ce George sans visage pour lui donner les mêmes bleus que Ben.
Qu’est-ce qui clochait chez moi, bon sang ?
Je n’eus pas trop le temps d’y réfléchir, car Ben reprit la parole, et sa déclaration me glaça le sang.
— Georgie, pas George, répondit-il en soupirant, avant de frotter sa joue contre mon bras et de poser la main sur mon torse. Je dois la trouver, parce qu’ils l’ont prise et qu’elle a peur et parce que je l’aime et parce que ce n’est qu’un bébé.
 



Chapitre 2
 
Ben
 
 
Ce fut le mélange perturbant de faim et de nausée qui me réveilla. Rien n’avait l’air à sa place ; l’odeur n’était pas la bonne ; les sons non plus. J’avais l’impression de flotter, comme si mes sensations étaient déconnectées du monde réel. Je tentai de m’asseoir, de me concentrer, mais dès que je fis le moindre mouvement, la douleur se réveilla dans mon flanc et me coupa le souffle. Je poussai un geignement et les larmes me montèrent aux yeux. Que m’était-il arrivé ? Où étais-je ? Le souvenir soudain de mains rudes et de voix basses m’agressant me fit tressaillir. Je réagis vivement, tentant d’échapper à cette situation qui me paraissait trop réelle, ce qui accentua la souffrance dans mes côtes. Elles protestèrent si fort que je ne pus ravaler mon cri.
— Chhhhut, tout va bien, déclara la voix d’un inconnu.
L’absence de mouvement dans la pièce aurait dû m’effrayer encore plus, et pourtant, cette voix eut l’effet inverse. Elle me calma et me permit de reprendre mon souffle.
Faites-moi confiance…
Je me souvenais de ces paroles, de ces trois petits mots si lourds de sens, lancés sur un ton autant autoritaire que suppliant. C’était lui qui les avait prononcés, j’en étais pratiquement sûr. Alors, peut-être n’était-ce pas totalement la voix d’un inconnu.
— Q… Qui êtes-vous ? Où… Où suis-je ? balbutiai-je tant bien que mal à cause des élancements douloureux de mon flanc.
Le visage de l’homme se fit plus net. Il était à la fois magnifique et empli d’inquiétude. Même confus, je pouvais dire qu’il semblait incertain… comme s’il ne savait pas quoi faire ensuite.
De moi, et de lui-même aussi.
— Je… euh… vous ai rencontré hier soir, pendant que vous marchiez. Vous sembliez avoir mal, mais vous m’avez fait promettre de ne pas vous emmener à l’hôpital, alors… alors je vous ai conduit ici.
Bien que ses hésitations me fassent penser qu’il ne me disait pas tout, mon cerveau était trop embrouillé pour tout saisir. Je tentai de m’asseoir, mais la douleur me fit tressaillir.
L’homme fut tout à coup à mes côtés, arrangeant mes oreillers, puis m’aidant à me déplacer lentement afin que je puisse me redresser prudemment. Ce faisant, je vis les muscles que moulait son tee-shirt à manches longues.
— Vous devriez vous faire examiner. Je peux vous reconduire à l’hôpital…
Mon cœur se mit à battre plus vite.
— Non. Il faut que j’y aille.
Je tentai de descendre du lit, cependant, la douleur dans mon flanc m’en empêcha, comme tout à l’heure.
— Oh Seigneur.
Je me mis à transpirer et la tête me tourna. Je repoussai mon malaise afin d’avancer.
— Quel jour sommes-nous ? demandai-je en essayant de poser les pieds à plat.
Combien de temps étais-je resté à l’hôpital ? Des heures ? Des jours ? Pourquoi avais-je l’esprit aussi embrouillé ?
— Nous sommes jeudi, répondit l’homme en m’attrapant par le bras pour m’empêcher de bouger.
Jeudi.
Je me figeai et tentai de rassembler les pièces du puzzle. Mon esprit refusa toutefois de coopérer et plus je cherchai à me concentrer sur une chose, plus la tête me tourna. Mon ventre se souleva et je craignis de vomir sur l’homme.
— Merde. Stop. Arrêtez de vouloir partir, dit-il d’une voix rauque et profonde. Je ne vais pas vous faire de mal. Vous êtes en sécurité, je vous le promets. Restez tranquille quelques minutes et détendez-vous. Tenez, buvez un peu d’eau.
Si je ne m’étais pas senti si mal, j’aurais pu sourire de son attitude – il n’avait clairement pas l’habitude de jouer les infirmiers. Dans la table de chevet, il attrapa une bouteille d’eau, l’ouvrit et me la tendit. Je m’en saisis avec avidité en essayant de ne pas m’en renverser dans ma ...

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