Soleil mutin
59 pages
Français

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Description

Paul est un alpiniste. Il est amoureux. Amoureux de la montagne et surtout de Léa qu’il n’a plus vu depuis plusieurs années. Léa vit dans un village difficilement accessible au fond d’une vallée ceinturée de hautes cimes rocheuses.
Gravitent autour d’elle, outre le soleil omniprésent qui se met à l’abri lorsque des orages violents s’abattent dans la vallée, un philosophe, un écrivain, un génial inventeur un peu fou, une médecin anthropologue, un prêtre défroqué, la maire du village haute en couleur, une femme sans cesse en quête d’amour et bien d’autres personnages. Léa est la mère de Laure de père inconnu. Paul arrive dans ce village et l’histoire commence.
Avec pour toile de fond la grande Histoire. Pendant la guerre, le village a été détruit par les nazis et les miliciens. Des villageois ont péri. L’écrivain dans le village raconte ce qui s’est passé.
Corrélation entre un passé douloureux et un présent joyeux, tantinet déjanté.
Soleil mutin est un hymne à l’amour, où humour et tendresse alternent au fil des lignes. Le roman donne la parole à la nature, parfois bienveillante et parfois mutine.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 24 octobre 2017
Nombre de lectures 0
EAN13 9782312054346
Langue Français

Extrait

Soleil mutin
Bruno Girin
Soleil mutin
LES ÉDITIONS DU NET
126, rue du Landy 93400 St Ouen
A Anne Marie
pour ses conseils avisé s
Il y a des êtres qui justifient le monde, qui aident à vivre par leur seule présence. ( Albert Camus )
Quand ils auront coupé le dernier arbre,
Pollué la dernière rivière,
Et pêché le dernier poisson,
alors ils comprendront
que l’argent ne se mange pas.
(proverbe amérindien)
© Les Éditions du Net, 2017
ISBN : 978-2-312-05434-6
1
L’homme marche d’un pas décidé, un sac imposant sur ses larges épaules, le long d’un étroit sentier, ombragé, couvert de boue, balayé par les rafales de vent, faisant craquer rageusement les branches des arbres. Enfin, à la hauteur des derniers pins dégarnis, la masse énorme de la montagne émerge, ses alpages lisses et ronds, ses rochers noirs et coupants mutilant un ciel évasif. Il s’arrête, souffle. Une pensée mauvaise lui traverse l’esprit. Il reçoit en retour un coup de vent sur la nuque qui le fait vaciller. Il veut hausser les épaules mais décide de remettre à plus tard ce geste déplacé, son sac lui semble peser une tonne.
Le sentier serpente sur un alpage d’herbes grasses, franchit un torrent tourmenté et mène à un cabanon.
L’homme laisse tomber son sac contre un mur lézardé. Sous le choc une fissure s’élargit davantage. Il la considère un instant d’un air méditatif, puis hausse finalement les épaules, pousse la porte et un juron. Ce dernier lui reste dans la gorge, la poignet de la porte dans la main. L’intérieur est coquet et hospitalier. Quelques banquettes en bois superposées surplombent une table massive, entre deux bancs, placée au milieu de la pièce. Des araignées moqueuses sont pendues au plafond au bout de leur toile poussiéreuse à l’affût d’une proie hasardeuse. L’espace d’un moment, l’homme croise son propre regard qu’un miroir vétuste accroché au mur réfléchit gaillardement. Une chevelure brune en bataille, sous des sourcils épais, des yeux caméléons un peu ronds, leur couleur changeant selon l’environnement, des traits marqués bien appuyés. La peau est burinée par le soleil. L’unique fenêtre du cabanon est exiguë mais la lumière qui en émane est vaste. Sur l’appui de la fenêtre gît un vase dans lequel repose une ancolie. La nuit tombe sans un bruit, comme dans l’ouate. Surpris, l’homme cherche sa lampe de poche dans son sac, et la trouve tout naturellement dans une poche sous son vieux pull en laine. Le faisceau lumineux s’aplatit contre l’épaisseur de la nuit.
Allongé dans son sac de couchage, l’homme tourne son esprit dans tous les sens et même dans l’indécence. Il pense à Léa. Le voile noir de la nuit est soulevé à l’horizon par la lune, orangée, blanchissante au fur et à mesure qu’elle s’élève. Un paquet de lumière diffuse est projeté à travers la petite ouverture, s’écrase contre le mur qui s’ébranle sous le coup. L’homme se laisse guider par le sommeil, comme une frêle embarcation par le courant de la marée vers le large. Il sombre et rêve à Léa. Une souris, somnambule, le museau pincé et les yeux émincés, trottine, moustaches en avant, très embarrassée par la présence du visiteur…
L’ancolie, mélancolique, étire ses pétales au soleil matinal. Derrière les vitres, le dehors s’illumine. Le ciel s’habille de bleu, un petit nuage à la boutonnière. La nature se revêt de couleurs pastel, éclaircit ses nombreuses gorges, avant que le vent ne s’y emploie à chanter. La montagne frémit à la première chaleur. L’homme sursaute et se réveille. Il caresse l’ancolie qui, hospitalière, avait déjà ouvert sa corolle, puis s’étire à son tour.
Une heure plus tard, pendant laquelle il se rassasie, l’homme quitte avec regret la maison, son ancolie accueillante, ses murs lézardés et son toit de tôles plus ondulées que jamais. Le sentier ne l’a pas abandonné. Il danse ivre dans le givre matinal jusqu’au col, cette échancrure dans le rocher qui donne sur l’autre coté. Ce matin, l’homme se sent fort, ses rêves l’ont fortifié. A mi-hauteur, il se retourne. Le refuge a la taille d’une boite d’allumette. La vallée pleine de brume blanchâtre se perd derrière un horizon hésitant qu’un ciel boulimique engloutit avec lassitude. Les derniers mètres sont pénibles ; ses pieds s’accrochent à la roche, muscles bandés. D’un coup de rein, l’homme pose le premier pied sur la petite esplanade, le deuxième suit non sans effort. Le col est atteint. Derrière lui, l’espace se ferme. On ne distingue ni grand chose ni petite chose ; c’est un vide grandiose. Un vent frais lui violente le visage. Il remonte sa veste, frissonne, mais ne se retourne pas. La brume derrière lui remplit désormais le vide. Quelques bouquetins se dandinent paisiblement sur la crête. Ils semblent sans crainte. L’homme descend un peu sur l’autre versant, se laisse tomber sur l’herbe tendre et observe un moment les bêtes dont les magnifiques cornes recourbées semblent comme suspendus, accrochées au ciel. Devant, la vallée s’étend, gardée par des soldats de granit armés de hallebardes : des hautes cimes, des pics acérés, des pitons qui accrochent les nuages et les déchirent en lambeaux. Au premier plan, bien plus bas, un lac bleu, morceau de ciel tombé. Et pendant ce temps le soleil joue à saute-moutons avec les nuages. L’alpage, jonché de pierres, qui avait avalé le sentier, descend en pente abrupte, se perd, au delà du lac, dans des profondeurs douteuses à perte de vue et de raison. L’homme n’y jette qu’un œil, gardant l’autre pour assurer ses prises. Avec d’infinies précautions, il se laisse guider par la gravité. L’air s’échauffe. Un moment, l’homme glisse sur plusieurs mètres, se rattrape à une racine égarée, dernier vestige d’une forêt antique. Le vertige ne le prend pas, car il a l’habitude de se suspendre au dessus du vide, à ses heures perdues comme à celles gagnées lorsqu’il accompagne un client sur les différents toits du monde.
Quelques heures plus tard, il atteint le lac qui lui sourit. Il marche avec légèreté, sa tête, comme un ballon d’hélium est gonflée de futiles pensées vagabondes. Le clapotis de l’eau caresse inlassablement les bords. Le ronronnement radieux d’une cascade chatouille ses oreilles. Des papillons multicolores s’ébattent joyeusement, sautant de fleurs en fleurs lesquelles recouvrent le sol par myriade. Bientôt , au détour d’un monticule, les premières toitures en ardoise du village apparaissent comme alignées sagement sur un tapis coloré. Une vingtaine de maisons, dont certaines en ruine, se disputent l’espace en silence. Certaines crachent une fumée grise, souillant le ciel. Au milieu, une petite chapelle domine les autres bâtisses d’une cloche, accrochée miraculeusement par la grâce du Saint Esprit et qui semble ainsi mener la danse. Les rues sont recouvertes de pavés délavés à l’implantation anarchique. Dans les interstices du sol, la mousse se faufile et s’étend. Le village paraît endormi ; il baigne dans le silence que seul le ronflement de la cascade rompt au loin. Au hasard, l’homme emprunte des rues qu’il rend aussitôt. Le hasard lui est reconnaissant, une silhouette apparaît à sa rencontre.
Léa, drapée de ses plus beaux habits. Une jupe bleue lui colle à la peau, sa poitrine largement ouverte prolonge son splendide sourire.
Paul s’arrête. Il n’ose plus mettre un pied devant l’autre. Fasciné par l’apparition.
– Bonjour Paul, dit-elle, je m’impatientais. Sa voix chante.
– Bonjour Léa, tu m’attendais, dit Paul qui ne manque pas d’imagination, son cœur battant assomme son esprit.
– Viens, tu dois être fatigué, dit-elle doucement. Ses cheveux noirs coulent en désordre sur ses épaules couvertes.
Elle prend la main de Paul et l’entraîne jusqu’à une petite masure d’allure dégagée, svelte et pleine d’élégance.
– Voila, c’est ici que j’habite…
– La maison te ressemble, elle est très belle dit Paul, et puis sans raison apparente il enchaîne : ça fait plus de 6 ans que je ne t’ai pas vu, ni entendu !
L’intérieur est arrangé avec goût et embaume les fleurs. Les couleurs jouent aux plus fines, aucune ne triche, s’accordant finalement entre elles. Un tableau pendu au mur, représente un grand voilier blanc qui file au vent sur des flo

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