Tatoo-moi
310 pages
Français

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Tatoo-moi , livre ebook

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Description


Il va pénétrer sa peau de son aiguille, mais pas que...


Ana, jeune maman trentenaire, vit chaque jour l'enfer auprès de son mari entre les quatre murs de leur maison. Jusqu'au jour où elle découvre l'infidélité de ce dernier et décide d'en finir. Son instinct de survie prend le dessus pour elle, mais surtout pour son fils.


Liam, beau et ténébreux, rythme sa vie entre son boulot et ses conquêtes. Mener une existence bien rangée, très peu pour lui. Jusqu'au jour où une belle inconnue, loin de son style habituel, pousse les portes de son salon de tatouage.


S'exerce alors entre eux une attraction forte, à laquelle il leur est imposé de résister. Mais entre l'ex-compagnon d'Ana et le passé de Liam, le danger rôde autour d'eux...

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EAN13 9782376528531
Langue Français

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Angélina Buchi
Tatoo-moi



ISBN : 978-2-37652-853-1
Titre de l'édition originale : Tatoo-moi
Copyright © Butterfly Editions 2021

Couverture © Butterfly Editions - Shutterstock
Tous droit réservés, y compris le droit de reproduction de ce livre ou de quelque citation que ce soit sous n'importe quelle forme.
Cet ouvrage est une fiction. Toute référence à des événements historiques, des personnes réelles ou des lieux réels cités n'ont d'autre existence que fictive. Tous les autres noms, personnages, lieux et événements sont le produit de l'imagination de l'auteur, et toute ressemblance avec des personnes, des événements ou des lieux existants ou ayant existé, ne peut être que fortuite.
ISBN : 978-2-37652-853-1
Dépôt Légal : octobre 2021
30092021-1130-VF
Internet : www.butterfly-editions.com
contact@butterfly-editions.com

À mes enfants, sans qui tout cela n’aurait jamais vu le jour et en mémoire de mon père,
qui m’a appris que confier ses faiblesses, c’est armer celui qui les reçoit.
Prologue
La peur , sensation horrible qui vous parcourt le corps et s’immisce dans chaque parcelle de votre âme. Cette peur, immonde, provoquée par la personne qui partage votre vie. Ces larmes qui en découlent si fréquemment, qu’elles connaissent le chemin de votre visage par cœur et en sont devenues une éternelle constante.

Cette voix, qui vous hurle à l’oreille, qui est si proche, qu’elle fait trembler chaque pore de votre peau. Ressentir une chaleur suffocante ou tantôt un frisson glacial. Votre âme est pétrifiée, mais seul votre corps réagit. Sensation horrible qui vous déchire les entrailles. Cette peur panique qui anticipe le prochain coup, telle une chorégraphie apprise avec minutie.

La peur de partir et de se retrouver seule, perdue, aux yeux de tous. Perdue, parce que l’on vous a trop souvent répété que vous ne servez à rien, que vous n’êtes qu’un déchet, rebut de la société. Que vous ne faites et ne ferez jamais partie des grands de ce monde. Figée par l’angoisse de ces mots qui résonnent si fort qu’ils sont devenus l’écho de la conscience. Cœur meurtri qui ne guérira jamais parce que la foudre s’est abattue en son sein.

Subir chaque critique, chaque insulte et ne faire plus qu’un avec ce flot de haine malsaine. Subir la violence d’un être répugnant qui ne se sent fort qu’en humiliant son égal. Lui imposer une supériorité perverse et irréelle qui prend vie parce que sa parole est écoutée comme une précieuse prophétie. Prophétie qui n’a de cesse de vous enfermer et qui prend l’importance que l’on veut bien lui accorder.

La peur , sensation désagréable et indigeste que votre moitié ne devrait jamais vous faire ressentir volontairement. L’amour est un sentiment pur, une puissance que l’on ne peut toucher de ses doigts et qui pourtant nous enveloppe de ses ailes. L’amour, le vrai, n’a pas de place pour la violence, la haine et les injures. L’amour vous transcende et vous rend si fort que le monde vous appartient. L’amour vous bouscule, il prend toutes sortes de formes et perdure pour l’éternité, il est tout simplement immortel. Il est bon de croire qu’il triomphe de tous les maux.

L’amour, comme une douce caresse, viendra panser les plaies béantes, qu’un tortionnaire a semées de son fer. L’éternel espoir d’un jour meilleur, qui fatalement viendra poindre. Alors, arriveront les prémices de ces rayons dorés, brillants de mille feux, et qui, comme la neige un soir de Noël, rendent le paysage émouvant. Perdue, en pleine tempête, vous apercevrez ce phare qui vous guidera à travers la brume et peu à peu l’emprise mortelle se dissipera.

Il y a tant de belles choses à vivre en ce monde, il est bon de ne jamais oublier que chaque être en fait partie et en mérite du respect. Quand enfin deux cœurs s’accordent comme une parfaite symphonie, c’est pour, ensemble, en devenir le meilleur et non le pire.
1.Une nouvelle vie.
Ana
Je finis de déballer mes cartons dans cet endroit encore inconnu et vide, les yeux larmoyants, un tremblement permanent dans les mains et le cœur en morceaux. Les mots apparaissent en boucle dans ma tête, le texto sur lequel je suis tombée ne cesse de m’envahir. La scène passe et repasse dans mon esprit. Vincent me tend son portable pour que je le prenne en photo avec notre fils et c’est à ce moment-là que ma destinée se renverse. Deux légères vibrations qu’émet le petit appareil au métal froid, l’écran s’éclaire :

# J’ai envie de toi, tu me manques.

En un instant, ma vie bascule. Frappée par la violence de ces mots, je reste immobile, assommée par la découverte de son infidélité.
Ironie de la situation, le prénom associé au message est Gregory.
Bien sûr, pris sur le fait, s’en sont suivis une énorme dispute, des portes qui claquent et un téléphone cassé. Heureusement, trois semaines plus tard, j’avais déjà les clés de mon nouvel appartement
Tout est encore si frais, des tonnes de questions me hantent et me torturent l’esprit. J’ai tellement mal, je me dis que mon bébé ne connaîtra jamais un foyer avec ses parents, d’autre part, cela lui fera sans doute moins de peine. Les enfants souffrent beaucoup de la séparation de leur famille, mon fils ne se souviendra même pas d’en avoir eu une.
Je dois réussir à mettre ma rancœur et ma haine de côté pour son bien. C’est ma seule et unique priorité. Peu importe le ressentiment que j’ai envers lui, il reste malgré tout son père. Il est aussi l’homme colérique et violent dont je dois me défaire. Il est nécessaire que je me réapproprie ma vie, mon corps et surtout mes pensées.
La première étape de mon changement a commencé par une nouvelle couleur de cheveux. Oui, banale et futile, mais je n’ai plus envie d’être la gentille petite femme au doux regard noisette et à la chevelure châtaine qui obéit sagement. Je souhaitais une teinte avec un peu plus de caractère, j’ai opté pour un marron chocolat bien foncé. J’ai l’impression d’être une gamine qui va à l’encontre de ses parents et ça me fait un bien fou. Je vais me renseigner aussi pour me faire un piercing et un tatouage. Ce qui pourrait passer pour une idée farfelue et désuète est à mes yeux la première étape de ma libération. Après tout, Vincent me l’avait formellement interdit, il disait : «  Ce n’est pas de bon goût, c’est de mauvais genre, seules les traînées sont tatouées. » Mes collègues de travail n’arrêtent pas de me ressasser que ce n’est pas à un homme de me dicter ce que je peux faire ou non. Leurs mots ne restent qu’une vague théorie illusoire.

J’ai rencontré Vincent à dix-huit ans. C’était mon premier amour et mon premier tout court. Depuis lors, j’ai eu tendance à écouter absolument tout ce qu’il me disait. Il a douze ans de plus que moi et beaucoup plus de connaissances sur la vie. Chaque fois que l’on entamait un sujet et que je n’étais pas d’accord, cela se terminait toujours par : « J’ai plus d’expérience que toi, je sais de quoi je parle ! » ou encore « C’est comme ça, et pas autrement ! »
J’aurais pu accepter n’importe quoi et supporter beaucoup, mais sûrement pas l’infidélité. C’est vraiment la situation de trop. Je ne passerai pas au-dessus, pas après tout ce que j’ai enduré. Je vois bien que Vincent pense que les choses pourraient peut-être s’arranger, croyant que perdue sans lui, je le supplierai bientôt de me reprendre. Il se trompe lourdement. Même après ses tentatives pour me faire culpabiliser, en me répétant inlassablement que je fous notre famille en l’air, je tiendrai bon. De son côté, il minimise son acte en argumentant qu’il est juste un être humain avec ses faiblesses. Elle lui a mis la pression pendant des semaines, parce ­que, oui, – c’est bien elle et non pas un certain Gregory l’auteur du fameux message –, bêtement, il a cédé. Après tout, il n’a fauté qu’une seule fois. Il s’en veut, et puis, j’en suis en partie responsable. Si un homme ressent le désir d’aller voir ailleurs, c’est que sa femme ne le comble plus et ne remplit pas correctement son rôle, enfin d’après sa vision des choses, là encore.
Je suis trop blessée, trop mal, je n’arrive même plus à le regarder. Je ne perçois que du dégoût. Quand j’analyse la situation, j’ai le tournis, douze ans de relation, de sacrifices, d’humiliations, un bébé de six mois et il a tout détruit.
J’ai le sentiment que me réapproprier mon corps et ma vie ne pourra m’être ô combien bénéfique. Je n’ai connu que lui, et tout ce à quoi j’ai pu penser ou faire est, jusqu’à maintenant, toujours par rapport à cet homme. Je dois apprendre à vivre pour mon fils et moi, il ne reste que nous. Cela sera certainement dur au début, mais je crois que rien n’est insurmontable. Cet adultère m’a réveillée, j’étais endormie dans une vie de couple, un quotidien où il était le seul maître.

J’aménage l’unique petite chambre de l’appartement pour Noah sur le thème de Mickey et Minnie. Les couleurs sont sobres, du blanc, du noir et quelques touches de rouge qui donnent un charme enfantin à la pièce. Moi, j’occuperai le clic-clac du salon, acheté d’occasion sur Leboncoin, cela fera largement l’affaire. Malgré la tristesse de la situation, j’éprouve un peu de réconfort en m’investissant dans la décoration dont j’ai envie, même avec mes modestes moyens. Vincent ne m’avait pas donné le choix dans notre maison. Il avait décidé de tout. Quand il m’a proposé de s’en aller et nous la laisser, j’ai refusé radicalement. Je pensais qu’il mettrait un temps infini pour partir, sous prétexte de ne rien trouver. Mais surtout, je souhaitais m’éloigner de ce qui n’avait jamais réellement été chez moi. C’était sa maison.
À notre rencontre, il l'occupait déjà. Il l’avait louée avec son ex-petite amie et à leur séparation elle a quitté les lieux. Au moment de m’installer avec lui, quelque temps après, je ne me sentais pas très à l’aise. Refusant catégoriquement de déménager, sous prétexte que l’on ne trouverait pas mieux, j’avais pris sur moi de rester dans cette bâtisse où je n’avais jamais été à ma place. La seule fois où j’avais abordé le sujet de mon malaise, il m’avait simplement rétorqué que je cherchais des excuses pour une dispute et que j’étais juste une gamine ingrate. Sur ces mots, je ne lui en avais jamais reparlé, je m’étais ralliée à ces propos, il avait sans doute raison.
J’ai le cœur gros, mais au fond, je me sens déjà chez moi, c’est étriqué certes, néanmoins cela nous suffit amplement. Je ferai au mieux pour mon fils. Cela ne sera sûrement pas parfait et il nous faudra un petit moment d’adaptation, je suis quand même certaine que ça devrait aller. L’inconnu me fait peur, oui, et il est temps de prendre un nouveau départ. Je suis terrifiée à l’idée de me retrouver seule, cependant, pas autant que je le suis, quand il me crie dessus.

Mon installation à peine terminée, Vincent me ramène notre fils, Noah. Toujours vêtu de son costume noir trois-pièces, qu’il porte en toute circonstance, et paré de son allure de gendre idéal qui me révulse à présent, il me tend le petit, libéré de sa corvée. Ses yeux scrutent mon aménagement avec mépris, j’ai l’impression d’entendre ses pensées insultantes.
— Tu as besoin de quelque chose ? me lance-t-il appuyé d’un regard langoureux.
Tiens donc, c’est bien la première fois qu’il s’intéresse à savoir si j’ai besoin de lui, la bonne blague.
Je me mords la langue pour m’adresser à lui d’une voix neutre, car, même si je suis en colère, je suis consciente que je dois faire attention à mes réponses.
— Non, merci, ça ira, articulé-je, calmement.
Je le vois s’installer sur mon clic-clac en toute décontraction.
— T’as une bière ? me lance-t-il en passant sa main nonchalamment dans ses cheveux couleur blé, tout en continuant d’observer les alentours.
Je suis folle de rage, j’ai une haine innommable qui monte en moi. Je me contiens, je n’ai pas envie de hurler devant mon bébé et Dieu seul sait, la tournure que pourrait prendre la suite des événements. Je ravale le fond de ma pensée et lui fais signe que non de la tête.
— Ça veut dire quoi ? Oui ou non ? Tu ne peux pas répondre ?
Son ton se durcit, ses traits fins se raidissent et sa mâchoire se serre, j’ai l’habitude, c’est sa façon coutumière de s’adresser à moi. Je connais l’expression de son visage et son regard bleu virant au noir par cœur.
— Ça veut dire non, tu sais très bien que je ne bois pas d’alcool, arrivé-je à prononcer d’une petite voix cristalline.
— Ben, note-le sur ta liste de courses, tu connais mon penchant pour les bières bien fraîches.
Je n’ai pas le temps de répondre qu’il m’arrête net dans mon élan me coupant l’herbe sous le pied.
— Après avoir brisé notre famille, c’est la moindre des choses, me lance-t-il d’une violence inouïe.
Il se lève d’un bond, ne porte pas même un regard à notre fils, qui, comme d'habitude, essaye de m’arracher mes créoles, et claque la porte.
Mon corps émet un léger soubresaut au bruit sec du bois, j’ai beau lui en vouloir, je me sens mal. Quand je suis seule, j’arrive à me raisonner, mais, dès qu’il est là, tout s’embrouille dans ma tête.
Je l’entends encore le soir où tout a basculé, me hurler que je ne parviendrai pas à subvenir aux besoins de notre enfant. Je lui prédestinais une vie merdique, et que je ne devrai surtout pas compter sur lui pour une pension alimentaire. Très sincèrement, cela ne m’avait pas traversé l’esprit, je n’ose même pas le solliciter pour dix euros. Je ne souhaite pas dépendre de cet homme financièrement. Là-dessus, j’avais écouté les sages conseils de ma mère, m’incitant fortement à garder mon emploi. Je comprends certaines mamans qui pensent que ce n’est pas comme ça que ça marche, c’est trop facile, il doit assumer son rôle de père. Je serais normalement d’accord sur ce point, mais, dans ce cas précis, je veux juste qu’il nous laisse tranquilles et je connais son rapport à l’argent. Cela le mettrait dans une de ces rages que je ne connais que trop bien.
Maintenant que je me détache de son ombre, je me rends compte de certaines choses. Je vois à quel point j’ai été aveuglée. L’épais brouillard se dissipe et m’ouvre les yeux sur ce que j’ai enduré. J’en suis en grande partie responsable, je lui trouvais toujours une excuse. Il jouait beaucoup sur le fait qu’il avait perdu sa maman très jeune, donc je ne pouvais pas comprendre son mal-être et son mauvais caractère.
Je me disais souvent, «  le pauvre, il a passé une sale journée au bureau », ou bien, «  c’est l’anniversaire de sa mère » , ou «  c’est Noël , les souvenirs lui font de la peine. »
Puis, c’était parce que je n’arrivais pas à tomber enceinte, on a mis trois ans pour avoir notre petit ange. À chaque crise, je lui trouvais toujours une excellente raison pour qu’il me crache que «  j’étais une mauvaise personne, une piètre cuisinière, une horrible femme d’intérieur. » Ou encore «  que je délaissais mon foyer pour un travail méprisant » , ce qui avait en partie expliqué son infidélité. C’est assez ironique quand on sait qu’il passe sa vie en déplacement et n’est avec nous que très rarement.
Il y a surtout une chose que je n’aurais jamais dû accepter
La première gifle.
La première fois que j’ai eu droit à cet élan de tendresse sur ma joue, c’était parce que je n’avais pas disposé les bons couverts à table. Il mange invariablement avec les mêmes et un soir où j’étais très fatiguée et un peu étourdie, je me suis trompée de couteau, cela m’a valu ma première baffe, j’étais enceinte de trois mois. Là encore, je l’ai excusé. Il n’avait jamais levé la main sur moi, du moins pas comme ça. Avant, c’étaient juste des cris, des menaces, des bousculades ou des objets jetés à la figure.
Mais, après ça, il y en a eu d’autres, toujours de ma faute, je le faisais exprès, d’après lui. Nous étions rentrés dans une spirale d’agressivité qui s’amplifiait avec le temps. Il me disait que j’aimais bien jouer les victimes, que je jouissais de cette situation. Sincèrement, je ne sais pas jusqu’où cela aurait pu aller. Notre séparation est une véritable libération, je me détourne enfin de toutes ces peurs qui faisaient mon quotidien. Je dois réapprendre à vivre loin de la violence et de son influence toxique.
Bannir cette angoisse dévorante, ne plus attendre, faisant les cent pas près de la fenêtre pour voir s’il va rentrer ou non. Arrêter d’être paralysée, pétrifiée à l’approche de phares qui éclairent le devant de la maison. Ou simplement effrayée qu’il trouve quelque chose à redire sur la manière dont j’ai mis la table, étendu le linge ou rangé les courses. Juste loin de cette soumission, qui le rend si fier.
Redevenir moi ne sera pas chose aisée, mais le renouveau, c’est maintenant.
***
J’emmène Noah à la crèche légèrement en avance aujourd’hui. J’ai décidé de sauter le pas et de me renseigner auprès du tatoueur avant de me rendre au travail. C’est le plus connu de la région, j’ai pris soin de vérifier tous les avis des internautes en amont. J’ai des envies d’aventures nouvelles, pas au point de me ruer aveuglément chez n’importe qui. D’après les commentaires, outre ceux de jeunes femmes sous-entendant leurs passifs très intimes et un tas d’allusions à leurs relations passées, l’ensemble est plus que satisfaisant.
J’ai un peu le trac et une angoisse grandissante à l’approche de la devanture de la boutique. La façade est sobre, de couleur claire et une enseigne noire arbore fièrement «  Tatoo-moi  » en grosses lettres trônant au-dessus de la porte vitrée. Je ne me suis jamais aventurée de ce côté de la ville et même si les petites rues dégagent une atmosphère provençale charmeuse, cela ne calme pas les battements frénétiques de mon cœur. J’ai beau savoir pertinemment qu’il ne va pas me tatouer, je m’y rends simplement pour des renseignements, mais rien que cela, c’est un sacré cap pour moi. J’ai l’impression d’être une adolescente excitée sur le point de commettre une bêtise. C’est vrai qu’émotionnellement parlant, je suis encore au stade des prémices de la jeunesse. Je n’ai presque rien vécu, rien vu, rien expérimenté. Je suis restée trop longtemps enfermée et façonnée, telle qu’il voulait que je le sois. Je crois qu’ouvrir la cage et prendre mon envol ne pourra faire de moi qu’une meilleure mère.
Dès l’instant où je pénètre dans cet univers qui m’est totalement étranger, une odeur aseptisée envahit mes narines. L’endroit est calme, désertique, presque paisible. Les murs sont blancs et des affiches de pin-up y sont accrochées çà et là. La couleur pêche du carrelage donne une note chaleureuse à la pièce et rappelle la douceur de la façade extérieure. Il me semble reconnaître Amy Winehouse en fond sonore et une vitrine avec du matériel pour le tatouage est exposée à côté d’une porte fermée juste en face de l’entrée. Sur la droite, il y a un comptoir en bois clair avec un tas de classeurs et magazines posés dessus, j’admire l’espace avec curiosité, jusqu’à ce qu’une tête en dépasse.
J’ai le cœur qui s’emballe encore plus et ma respiration s’accélère. Cette fois, ma démarche devient concrète, elle n’est plus qu’un simple fantasme créé dans mon esprit. Un jeune homme, d’environ trente ans, brun, les cheveux en bataille, me fixe. Je perçois l’éclat de ses yeux verts qui me transpercent. Son visage me paraît dur et son regard est intense. Un détail m’interpelle et me fige sur place, ce sont tous ses tatouages, il en a de partout. De ce que je peux distinguer de la distance où je me trouve, son cou en est entièrement recouvert. Comble pour moi de l’incompréhension, il en a un sur la pommette droite, quelque chose est écrit, cependant, il m’est impossible de le déchiffrer. Alors, oui, je sais très bien que je mets les pieds dans un salon de tatouage, mais je n’ai jamais vu quelqu’un en avoir autant. Ni même jamais côtoyé ce monde-là, et une question me brûle les lèvres et me déconcerte, qui se tatoue le visage  ? J’hésite à faire demi-tour et il rompt le silence de sa voix grave et d’un regard sévère :
— Tu t’es perdue, peut-être ?
2.Petit agneau égaré.
Liam
J’entends la porte s’ouvrir. Merde, fait chier , cela me coupe en plein dans mon inspiration. D’habitude, personne ne vient me casser les couilles à treize heures, sauf sur rendez-vous. Alors, quand je sors ma tête du comptoir et que je vois ce petit agneau apeuré, ça éveille instantanément ma curiosité. Je lâche mon crayon et remets à plus tard mes élans artistiques.
— Tu t’es perdue, peut-être ? lui lancé-je, en me levant de ma chaise.
Le petit agneau me dévisage avec de grands yeux aux reflets cuivrés, elle vacille à mon approche complètement déroutée.
Je réitère ma question :
— Tu t’es perdue, jeune fille ?
J’appuie chaque mot, toujours plongé dans son regard.
— Bonjour, balbutie-t-elle, la tête basse.
La rougeur de ses oreilles trahit la teinte dont se sont pourvues ses joues. Mal à l’aise, et les doigts tremblants, elle tourne aussitôt les talons, attrapant la poignée de la porte. Encore plus rapide que son geste, je dépose ma main sur la sienne à la fraîcheur déconcertante, qui déclenche un frisson partant de mon bras et s’écrasant dans mon entrejambe. J’ai un vif moment de recul, qui lui fait lever le menton, et son regard fébrile croise enfin le mien. Les traits de son visage sont doux presque angéliques, je perçois pourtant l’ombre de tristesse que reflètent ses iris, je comprends pourquoi l’on dit souvent que les yeux sont les fenêtres de l’âme. Je lis, sur cette jeune femme, l’expression que j’ai moi-même dû affronter devant un miroir pendant de longues années. Étrangement son physique agit sur moi plus qu’il ne devrait, je peine à me ressaisir devant cette étrange sensation.
— Excuse-moi, c’est simplement que j’imagine mal une fille comme toi dans mon antre, lui lancé-je, déstabilisé de cette alchimie soudaine.
— Ça veut dire quoi, une fille comme moi ? ose-t-elle timidement.
Je recule d’un pas et la scrute de haut en bas, un sourcil arqué.
— Rien, c’est juste que la plupart de mes clientes sont comment dire... euh… différentes, me dépatouillé-je.
— Oh, je vois, me répond-elle d’une voix à peine perceptible contemplant à nouveau ses pieds.
Je crois que je l’ai blessée, je culpabilise un peu de mon attitude de brute, je tente alors de rectifier le tir. Je sais quand même me montrer charmant, parfois.
— Bonjour, Madame, en quoi puis-je vous aider ?
Le coin de ses lèvres se contracte et son visage reprend des couleurs et de la contenance.
— Bonjour, Monsieur ! J’aimerais des renseignements pour un piercing au nez et un tatouage.
J’éclate de rire, c’en est trop pour moi, voilà que cet échange devient très divertissant.
— Pardon, je ne me moque pas. C’est juste que tu me sers du monsieur ? T’es sérieuse ?
Je précise mon amusement devant son air incrédule.
Puis, elle sourit de plus belle, elle est magnifique. C’est vraiment une belle, et même très belle, jeune femme. Elle n’a absolument rien à voir avec le genre de meuf que je baise. Elle me fait franchement de l’effet, à croire que je vieillis et que j’élargis mon style de fille.
— Bon, pour le piercing faudra voir avec mon associée, c’est elle qui se charge de ça. Par contre, pour le tatouage, tu as l’homme qu’il te faut. C’est pour toi ?
— Oui, c’est pour moi, chuchote-t-elle presque.
Elle cherche à m’exciter ou quoi ? Ou je deviens fou, putain, qu’est-ce qui m’arrive ?
L’air est chargé, je dirais électrique, c’est la première fois qu’une inconnue me fait autant d’effet et surtout aussi rapidement.
— Bien, tu sais ce que tu veux ?
— J’aimerais me faire tatouer une date, ici. De son index fébrile, elle me pointe le haut de son sein gauche.
Je plisse mon front les yeux interrogateurs.
— T’es sûre de toi, ma belle ? Ne me fais pas tatouer ta date de rencontre avec ton petit ami pour revenir dans six mois en m’implorant que tu veux la recouvrir parce que vous n’êtes plus ensemble !
— Non, rien à voir. Je suis sûre de moi. Je voudrais me faire tatouer la date du 19 janvier 2019 en chiffres romains, me dit-elle pour la première fois d’un air déterminé.
Elle s’approche de mon comptoir à la recherche d’une feuille et d’un stylo que je lui tends.
Elle se met à écrire : « XIX. I. MMXIX », et me donne le bout de papier.
Je lui renvoie un sourire charmé, conquis par l’assurance nouvelle qu’elle dégage.
— Bien, si Madame est sûre d’elle.
Je fais le tour de ma desserte pour attraper mon agenda sans jamais la quitter des yeux.
— Je peux te proposer la semaine prochaine, même jour, même heure. Cela te conviendrait-il ?
— C’est parfait, tu peux me l’inscrire quelque part.
Je lui tends une note où j’ai écrit la date du lundi 29 juillet 2019 à treize heures, rendez-vous avec Liam . Je mets aussi mon numéro de téléphone personnel, on ne sait jamais, en cas de désistement, au moins je serai directement prévenu. J’avoue que c’est étrange, donner mon numéro perso est une première, d’habitude, je file celui de la boutique en toute logique.
Elle prend le papier, ses doigts touchent ma main et son regard plonge dans le mien. Elle a les pupilles dilatées. Serait-il possible que je lui fasse de l’effet ? Ça m’est déjà arrivé de plaire à des filles dites « normales », elles ont envie d’un peu d’aventure, de goûter au bad boy .
Je suis toujours perçu comme ça. Mon apparence choque ou attire, je ne laisse pas indifférent, j’aimerais être en mesure de connaître dans quelle catégorie elle me place. Je n’ai pas l’impression qu’elle est intéressée par la fantaisie du mauvais garçon, elle a l’air frêle, mais pas idiote. Elle a l’allure d’une jeune femme qui a la tête sur les épaules.
— Je note quel nom dans mon agenda ?
— Ana.
— Et Ana, aurait-elle un numéro de téléphone où je peux la joindre, si jamais je dois annuler notre rendez-vous ?
Alors que je transcris le numéro qu’elle me dicte, je sens déjà naître la satisfaction de savoir où la contacter si l’envie m’en prenait.
Plus détendue qu’à son arrivée, elle me ramène sur Terre en changeant totalement de sujet alors que je souris niaisement, imaginant quelques messages sucrés qui pourraient la faire rougir.
— Quand pourrais-je prendre rendez-vous pour le piercing ?
— Je vois ça avec mon associée et je te dirai ce qu’il en est lundi, si ça te va ?
— Ok ! Alors, à lundi, Liam.
Elle me fait un sourire pincé et sort à la hâte comme si l’air de mon salon était toxique et qu’il lui tardait de reprendre une oxygénation pure. Mon esprit vicieux ne peut s’empêcher de mater son fessier au passage. Elle n’a pas le corps d’un mannequin ultra mince, sa silhouette est normale, elle a de belles hanches et un bon petit cul bombé, c’est juste assez pour l’imaginer en levrette.
Son legging noir Adidas épouse et me dévoile parfaitement ses formes. On est très loin de mon type de femme. J’ai toujours été attiré par des nanas extravagantes, souvent avec des couleurs de cheveux flashies , tatouées, percées, et même très tatouées et percées. Et par-dessus tout, critère de sélection numéro un, avec une énorme paire de seins. Toutes mes dernières conquêtes avaient des seins refaits, de parfaites énormes poitrines, tout ce que j’aime et qui me fait de l’effet.
Alors, pourquoi cette jeune demoiselle quelconque m’interpelle-t-elle ? Sans doute à cause du fait que j’ai la tête en vrac depuis la dispute de ce matin avec ma sœur. J’espère qu’elle ne m’a pas pollué l’esprit avec ses conneries, du style « ça serait bien que tu te trouves une nana sympa et que tu te concentres un peu sur l’avenir » . Ça explique pourquoi j’ai eu l’impression que cette fille apportait une touche de fraîcheur et de fragilité à ma triste et maussade humeur.
J’essaye de m’enlever la belle Ana de la tête et retourne à mon dessin. J’avais commencé à esquisser un portrait de femme, mais je le perçois maintenant bien terne comparer au visage de celle qui vient de sortir. J’attrape la feuille et la déchire, je dois me faire à l’idée de remettre à plus tard mes nouvelles créations.
3.Le grand saut.
Ana
Je suis tout agitée ce matin, c’est le grand jour. Je suis prête pour la suite de mon changement. Aujourd’hui, je franchis l’étape tatouage. En plus, je suis un peu excitée aussi par le fait de revoir Liam. Je ne sais pas pourquoi j’ai souvent pensé à lui durant la semaine. Il m’est même arrivé de m’endormir deux ou trois soirs en me perdant dans ses yeux émeraude.
Impossible d’expliquer pourquoi il me fait cet effet. Cette rencontre ne m’a pas laissée indifférente. Outre le fait de me sentir comme une personne à part entière, j’ai perçu une déconcertante impression de sécurité. Je savais Vincent loin de moi et cet univers si opposé au mien m’a comme enveloppée dans une bulle de douceur et d’apaisement.
Pour la première fois, tout sentiment d’oppression avait disparu, et les soubresauts de mon corps n’étaient dû qu’à l’étrange attirance que j’ai ressentie pour cet inconnu et non causés par de la crainte. Aussi, j’ai apprécié l’emballement de mon cœur, mon halètement, la chaleur sur mes joues…
J’ai tant appris à vivre avec des sensations similaires, cependant, elles n’étaient provoquées que par de l’angoisse et la peur.
Au cours de cet échange, le masque, dont je me parais habituellement, est tombé, m’offrant la possibilité de me présenter devant cet homme comme la jeune femme que j’ai été il y a bien longtemps. Bien avant d’être enfermée, recroquevillée au plus profond de mon âme, réduite à l’état d’animal docile que l’on attendait que je sois.
Ce tête-à-tête m’a déstabilisée par cet élan de confiance que m’a insufflé cet étranger au visage tatoué.
Je ne lui tiens même pas rigueur de son allusion à n’avoir jamais affaire à des clientes « comme moi ». Il a dû me placer direct dans la case des filles un peu louches, sans doute causé par mon absence d’interaction sociale. Mon cercle intime se limitant au bon vouloir de Vincent, je suis devenue très vite mal à l’aise au contact de nouvelles connaissances. Mais pas cette fois. Cette fois, la terreur a violemment été envoyée au tapis par mon simple reflet dessiné sur ses iris…
***
Je dépose mon fils chez ma mère, profitant d’une petite pause boisson chaude, et remercie intérieurement mon patron de m’avoir octroyé – ou plutôt imposé – deux jours de repos. Il me trouvait si fatiguée ces derniers temps qu’il a lourdement insisté pour que je prenne du recul. Faut dire que le déménagement, plus le stress d’une nouvelle vie, m’a bien chamboulée. Maman a considéré que c’était une merveilleuse idée, – et je dois bien avouer que c’est assez appréciable. Elle a surtout sauté sur l’occasion pour me proposer de récupérer Noah à coucher. Selon elle, j’ai grandement besoin de souffler. Je suis d’accord avec ça, mais je peux souffler avec mon fils.
J’ai du mal à couper le cordon, je ne l’ai jamais laissé à garder pour dormir. Mais comme elle a beaucoup insisté, et qu’elle habite à dix minutes de mon nouvel appartement, j’ai cédé. Je lui ai fait jurer de me tenir informée au moindre problème.
Paniquée et hésitante, je respire un bon coup et m’autopersuade que je peux le faire. Je me trouve devant la porte du salon de tatouage. J’ai les jambes tremblotantes, mais cela n’a rien à voir avec le tatouage en lui-même, mais plutôt avec l’acte que cela représente. Vincent déteste tellement ça et m’a jeté un regard si assassin la fois où j’ai évoqué l’envie de le faire que cela avait suffi à tuer l’idée sur-le-champ. Cette fois, je prends ma vie et mes désirs en main, par cet acte, je scelle définitivement notre rupture.
Quand je pénètre dans la boutique, il y a toujours cette même odeur aseptisée, encore du Amy Winehouse en fond sonore et toujours cette même chaleur qui imprègne l’atmosphère.
— Oh, on dirait que Madame est venue, je t’avoue que j’aurais parié que tu te défiles. Bonjour, ma belle, avance-toi.
La banque en bois sur ma droite est vide, la porte en face de l’entrée est fermée. J’approche doucement pour rejoindre la voix qui m’interpelle, elle provient du fond de la salle, dans le prolongement du comptoir.
Il sort sa tête d’un épais rideau noir, me fixe pendant de longues secondes créant une ambiance étrange, mais toujours aussi confiante. Il s’avance et me fait signe de...

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