Un coup de bluff
274 pages
Français

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Un coup de bluff , livre ebook

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Description

Après la mort de son jumeau au combat, Patrick Daniels a le devoir d’épouser la fiancée de son frère. Malheureusement, il n’arrive pas à s’y résoudre et, dans sa détresse, il fait preuve d’un talent psychique plus fort que les tornades de son Texas natal. C’est alors qu’un homme mystérieux venant du Club Raven intervient et emmène Patrick à Baltimore, une ville de la côte Est en plein essor.


Remy Blanchard, vétéran du Club Raven, voit Patrick et sait, même si Patrick est très malade, que c’est le défi qu’il attendait. Il soigne Patrick et commence à lui apprendre à contrôler son talent. Ses méthodes sont peut-être peu conventionnelles et Patrick n’est peut-être pas habitué aux jeux sexuels que Remy maîtrise si bien, mais ils trouvent tous les deux dans l’autre quelque chose qui pourrait être aussi magique que le club de gentlemen où ils se rencontrent.



Note de l'éditeur : Chaque livre de cette série peut être lu indépendamment.

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 0
EAN13 9782382281819
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0034€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Publié par
JUNO PUBLISHING
2, rue Blanche alouette, 95550 Bessancourt
Tel : 01 39 60 70 94
Siret : 819 154 378 00015
Catégorie juridique 9220 Association déclarée
http://juno-publishing.com/
 
 
 
Un coup de bluff
Copyright de l’édition française © 2021 Juno Publishing
Copyright de l’édition anglaise © 2017 B.A. Tortuga
Titre original : Calling his bluff
© 2017 B.A. Tortuga
Traduit de l’anglais par Allie Vinsha
Relecture et correction par Deborah Bourguignon
 
Conception graphique : © Mary Ruth pour Passion Creation
Tout droit réservé. Aucune partie de ce livre, que ce soit sur l’ebook ou le papier, ne peut être reproduite ou transférée d’aucune façon que ce soit ni par aucun moyen, électronique ou physique sans la permission écrite de l’éditeur, sauf dans les endroits où la loi le permet. Cela inclut les photocopies, les enregistrements et tout système de stockage et de retrait d’information. Pour demander une autorisation, et pour toute autre demande d’information, merci de contacter Juno Publishing :
http://juno-publishing.com/
ISBN : 978-2-38228-181-9
Première édition française : octobre 2021
Première édition : janvier 2017
 
Édité en France métropolitaine
 
 
Table des matières
Avertissements
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 15
Chapitre 16
Chapitre 17
Chapitre 18
Chapitre 19
Chapitre 20
Chapitre 21
Chapitre 22
À propos de l’Auteur
Résumé

 
 
 
 
Avertissements
 
 
 
 
 
Ceci est une œuvre de fiction. Les noms, les personnages, les lieux et les faits décrits ne sont que le produit de l’imagination de l’auteur, ou utilisés de façon fictive. Toute ressemblance avec des personnes ayant réellement existées, vivantes ou décédées, des établissements commerciaux ou des événements ou des lieux ne serait que le fruit d’une coïncidence.
 
Ce livre contient des scènes sexuellement explicites et homoérotiques, une relation MM et un langage adulte, ce qui peut être considéré comme offensant pour certains lecteurs. Il est destiné à la vente et au divertissement pour des adultes seulement, tels que définis par la loi du pays dans lequel vous avez effectué votre achat. Merci de stocker vos fichiers dans un endroit où ils ne seront pas accessibles à des mineurs.
 
 
Un coup
de bluff
Club Raven #3
 
 
 

 
 
 
B.A. Tortuga
 

 
Chapitre 1
 
 
 
 
La fissure dans le miroir grandissait à chaque tic-tac de l’horloge qui annonçait son destin. Elle était apparue, ce matin, dans le coin inférieur gauche, d’abord comme un minuscule éclat, presque un léger incident à côté du cadre.
Maintenant, cinq heures plus tard, elle grimpait sur le verre, brisant l’image de Patrick en un mélange de cicatrices et d’uniforme déchiré.
Il laissa tomber sa tête palpitante dans ses mains, souhaitant pour la millième fois aujourd’hui que ce soit lui qui ait été perdu sur le champ de bataille, que ce soit lui qui ait été emporté, plié et cassé en deux, et non son frère jumeau. Celui qui brillait. Pas Henry.
La cruelle déception de ses parents était comme un brouet d’amandes amères. Et puis il y avait la situation dans laquelle il se trouvait aujourd’hui. Il devait se marier. Avec une femme. La précieuse fiancée de son frère en fait.
Carolina MacDonald était une charmante fille de bonne famille, une jolie petite débutante au sourire charmant et aux manières douces. Un bon parti. Un superbe spécimen de féminité.
Dommage qu’il ne s’intéresse pas du tout au beau sexe. L’idée de coucher avec elle et d’avoir une progéniture faisait frémir ses testicules. Pire que cela, ses nuits étaient remplies d’horreurs, de démons hurlants qui s’acharnaient sur son âme.
Il se leva, sa chemise trempée de sueur, des frissons le secouant.
Il déglutit convulsivement, la nausée étant pire qu’elle ne l’avait jamais été sur le champ de bataille, même lorsque son sergent avait eu le bras emporté par une balle alors qu’il se tenait à côté de lui.
Un coup unique fut frappé à la porte de son dressing, précédant le visage renfrogné de son père, aussi malvenu que peu avenant.
— La calèche part bientôt pour l’église, et madame votre mère désire vous voir. Bon sang, mon garçon, vous êtes-vous lavé en portant votre costume ?
— Il fait chaud, Père.
Il savait que c’était inconvenant, mais la sueur froide et les tremblements refusaient de s’arrêter.
— Je suis décent si elle veut s’unir à moi.
Il sentait l’attention de son père, le poids de la déception et de la désapprobation.
— Reprenez-vous. Vous vous comportez comme si on vous renvoyait sur le champ de bataille.
— Mieux vaut ça que cet enfer tout frais.
— Arrêtez d’être aussi dramatique. Le mariage n’est rien d’autre que nécessaire. Reprenez-vous.
— Je n’ai aucun désir d’épouser la fiancée d’Henry, Père !
Était-ce si difficile à comprendre ? Il ne souhaitait pas suivre les traces de son père, agir en seigneur du manoir sur les pauvres âmes qui trimaient dans l’usine, les fermiers qui apportaient leur coton.
— Eh bien, vous êtes le seul fils qu’il me reste et vous ferez ce qu’on vous dit.
Les oreilles de son père avaient viré au rouge, signe certain d’un malheur imminent.
C’était lui qui avait passé son enfance à cheval, à parcourir les champs et à explorer, sans apprendre les affaires de la famille ni chercher à obtenir une position ou un poste de pouvoir.
Maintenant il était piégé.
Le miroir craqua comme s’il se tendait aux limites de son cadre.
— Vous n’êtes plus un enfant. Puisque vous n’avez pas eu la décence de mourir à la place de votre frère, vous deviendrez ce qu’il avait l’intention d’être.
Il serra ses mains en poings afin de ne pas frapper son père au visage.
Quand il regardait, regardait vraiment, son père était devenu vieux, les lignes de son visage creusées, le gris de ses cheveux semblable à des touffes de coton.
— Je travaillerai à l’usine, j’y exaucerai votre volonté, mais me tenir devant Dieu et faire une promesse à la fiancée d’Henry ?
— Par Dieu, vous ferez ça pour votre mère ou je vous renie et je vous fais enduire de goudron et de plumes comme un esclave en fuite.
— Je suppose que je n’ai pas à vous rappeler que votre argument ne tient pas ?
Non pas qu’ils aient combattu un seul soldat de l’Union ou autre. Henry et lui étaient allés sur le front occidental, combattant les maudits païens qui menaçaient de prendre leurs terres, leurs enfants.
— Ne me rappelez jamais que vous auriez abandonné tout notre mode de vie.
Son père tendit la main, les doigts comme une bande de fer autour du bras de Patrick.
— Maintenant, faites votre foutu devoir.
Les muscles s’écrasèrent contre l’os, et quelque chose de profond se brisa en lui, le miroir craqua et le verre gicla dans l’air.
Son père jura, s’éloignant de lui en titubant, les mains sur le visage.
— Espèce de petite merde ! Qu’est-ce que tu as fait ? cria son père, sa voix s’élevant jusqu’à devenir un cri strident, la peur évidente.
Ses yeux étaient écarquillés et il voyait le monde tourner comme s’il bougeait en dehors de lui. Comme si une tornade s’était abattue juste à l’extérieur, les fenêtres s’inclinaient, puis s’ouvraient, les lourdes vitres grinçant et éclatant. Un son sauvage commençait à murmurer en lui, résonnant au creux de son estomac et remontant le long de sa colonne vertébrale pour s’installer à la base de son crâne.
Patrick hurla, ses ongles s’enfonçant dans l’arrière de sa tête, arrachant ses cheveux, son cuir chevelu.
Les fenêtres explosèrent.
La porte sortit de ses gonds.
Son père se releva du sol avant de se fracasser contre le mur.
— Isaac ! Patrick ! Jésus, aide-nous !
La voix de sa mère venait d’une vaste distance, d’un trou profond et sombre.
Il ne pouvait pas l’atteindre, ne pouvait rien faire. La tempête le tenait immobile, il ne pouvait que rester là et la laisser se déchaîner autour de lui.
Black Jim, l’homme qui avait travaillé comme chef de la maison des Daniels depuis aussi longtemps qu’il s’en souvenait, apparut à côté de lui.
— Patrick, garçon, dormez.
Le coup sur le côté de sa tête fut soudain, comme une bougie qu’on éteint.
Le silence qui l’entoura était sombre et tout à fait bienvenu.
 


Chapitre 2
 
 
 
 
Bon sang de bois. Canaan avait un torticolis. Le voyage en train depuis le Texas avait été… long. Vraiment long. Pourtant, il était heureux d’avoir eu un compartiment et non un siège assis tout le temps. Surtout avec le fils Daniels qui l’accompagnait.
Le wagon était aussi fermé, pour éviter les regards indiscrets, et le transfert s’était fait en douceur. Maintenant, il était assis avec son protégé dans le salon arrière du Club Raven, attendant le Colonel.
Le laudanum était devenu l’ami intime de Patrick Daniels, et Canaan avait mis un point d’honneur à entretenir cette relation. À présent, ce serait le travail de quelqu’un d’autre de dissocier l’homme de cette relation.
Après tout, il était rémunéré pour livrer des marchandises. C’était tout. Le colis était en sécurité et il avait gagné une quinzaine de jours de plaisir et de détente, un vin chaud et le plaisir de regarder les feuilles changer de couleur dans un climat plus frais que l’enfer texan.
La porte s’ouvrit enfin, le Colonel entrant à grands pas, son ombre derrière lui. Voir ce maudit Comanche faisait toujours frissonner Canaan.
Ces yeux noirs voyaient des choses qu’un homme indécent pourrait choisir de garder cachées.
Il se leva et fit un signe de tête.
— Colonel.
Ils se serrèrent la main, le Colonel souriant un peu. Cela n’atteignait pas ses yeux d’un bleu brillant, mais cela ne le rendait pas moins intimidant. Puis il se tourna vers l’homme inconscient allongé sur le long canapé.
— Quelle est son histoire ?
— Lieutenant Patrick Daniels. Son père est propriétaire d’une usine au Texas. Du coton. C’était le jour de son mariage, il a, apparemment, failli raser une maison de deux étages. Il se dit qu’il était possédé par des démons.
Des démons. Ces idiots ne reconnaîtraient pas un vrai démon s’il venait leur mordre les fesses, mais ce n’était pas à lui de le dire.
— Hum. Pourquoi est-il ici ? S’il est possédé, sa famille doit se ressaisir et le tuer.
Le Colonel pouvait être froid. Calculateur.
— Matthias.
Il ne cessait jamais d’être étonné par la richesse des émotions que le Comanche pouvait mettre dans un seul mot.
— Parce que cet homme n’a pas la moindre trace de démon en lui, Colonel.
Le garçon avait été grand ouvert, étalé devant lui. Il avait vu tous les secrets de Daniels. L’hystérie ? Absolument. La perte de contrôle ? Complètement. Culpabilité totale de son désir d’autres hommes et du besoin d’être contrôlé, d’être à genoux ? Parfaitement. Possession ?
Pas même de loin.
— Eh bien, bon sang. Ça aurait été plus facile. Qu’est-ce que vous en pensez, alors ? Que s’est-il passé ?
— Il a perdu un frère sur le front occidental. Il s’est pris une balle à l’arrière de la tête en traînant l’autre dehors, et il ne s’en souvient pas une seconde. Empoisonnement au plomb ? Spectres ?
— J’ai vu des choses étranges, dit le Colonel en pinçant ses lèvres avant de jeter un coup d’œil au païen portant le nom de Koni. Qu’en pensez-vous ?
— Je pense qu’il est un danger pour lui-même, ma lumière.
— Nous devons le mettre dans un endroit sûr alors, pendant que nous réfléchissons à quoi faire de lui.
— Vous allez le jeter dans un trou ?
Cela pourrait être divertissant, sincèrement.
— Attention, Canaan. Vos vérités se montrent.
Il sourit à Koni, lui adressa un clin d’œil espiègle alors même qu’il luttait pour retenir un léger grognement.
— C’est absurde. Vous n’avez pas à jouer avec mes… vérités.
— Je ne veux pas.
— Je ne suis pas sûr que quiconque le veuille, mon vieil ami, murmura le Colonel. Aidez-moi à le déplacer et je trouverai un domestique pour s’occuper de lui pour l’instant.
— Bien sûr. Il n’a pas été le moins du monde agressif jusqu’à présent. Plus drogué, hum ?
Canaan se dirigea vers lui. Il donna un coup de coude dans le canapé en prenant soin de ne pas le toucher.
— Daniels. Daniels ? Êtes-vous prêt à aller dans votre chambre, mon ami ?
Des yeux hébétés d’un bleu pâle le fixèrent, complètement perdus.
— Nous sommes de retour à la maison ?
— D’une certaine manière, oui.
— Oh.
Patrick essaya de se lever, et Canaan recula afin de lui laisser de la place. Toucher l’homme pourrait le mettre hors de lui.
Le grand blond faillit basculer et Canaan le rattrapa, trébuchant sous le poids de Patrick.
Koni disparut dans l’ombre, mais Matthias s’avança, les aidant à se stabiliser tous les deux.
— Je vous tiens, mon garçon.
— Merci, monsieur. On dirait que j’ai perdu mes pieds.
— Ce n’est pas un problème du tout, affirma le Colonel, faisant valser l’homme le long de la pièce, se dirigeant vers l’arrière où ils pouvaient accéder à des chambres privées.
— Vous avez un bel endroit ici. Je…
Oh, il ne faut pas laisser le garçon penser. Cela ne ferait qu’empirer les choses.
— Merci, fils. Maintenant, voici un endroit où vous pouvez vous allonger et vous reposer. Je peux demander à quelqu’un de vous donner de l’eau ?
Oui. De l’eau de laudanum.
La pièce vers laquelle ils conduisirent Patrick était un gouffre, juste un espace noir et vide, et Canaan se retint, sa lèvre supérieure se reculant instinctivement. Il n’aimait pas cette sensation de mort, à la façon dont le bruit dans sa tête s’arrêtait.
Le Colonel lui jeta un regard en retour.
— Envoyez Lyle avec de l’eau.
— Pas de problème, Colonel. Je m’en occupe.
Tout pour s’éloigner de cette pièce.
Le rire de Koni le poursuivit alors qu’il se retirait.
Il trouva Lyle, qui était l’un des serviteurs de confiance du colonel.
— Le colonel a besoin de laudanum et d’eau dans la chambre d’isolement.
— Oui, monsieur. J’ai fait préparer votre chambre habituelle, monsieur.
L’homme était une masse ambulante de cicatrices, une manche de sa chemise aussi vite qu’une orbite.
— Vous êtes un gentleman et un érudit, dit-il en se dirigeant vers l’escalier, avant de se décider pour la zone de billard.
Il voulait un cognac.
Son travail ici était terminé. Maintenant, il voulait s’asseoir et regarder le résultat fou de ce qu’il avait livré.
Il avait vu quelques visages familiers dans la zone de billard, et un visage particulièrement amical à une table de jeu de cartes. Remy Blanchard.
Oh, génial. Il adorait ce sourire de joueur malicieux.
Remy leva les yeux, l’aperçut et leva un doigt en croche vers lui.
Cela promettait un plaisir délicieux et une bonne dose de méchanceté. Il approuvait. Canaan se glissa dans le fauteuil à côté de Remy.
— Vous jouez au solitaire ?
— Personne ne veut jouer avec moi, mon cher.
— C’est vraiment dommage, je vais jouer.
En fait, il pensait qu’il avait de quoi jouer.
— Eh bien, faisons cela.
Remy avait des yeux dorés, comme du bon whisky. Un bel homme, avec des cheveux noirs bouclés et des dents blanches.
— En effet. Voulez-vous jouer pour une pièce ou une faveur ?
— Mmm, dit Remy en le regardant. Une faveur. J’ai beaucoup d’argent.
— Et je peux accorder toutes sortes de faveurs.
— Vous pouvez certainement, répliqua l’homme en mélangeant les cartes. Dites-moi pourquoi vous êtes ici.
— Je faisais une livraison. Intéressant, celui-là. Pas un démon, mais dangereux.
— Vraiment ?
Ces yeux dorés s’illuminèrent. Remy aimait vraiment son danger.
— Vraiment. Il a détruit la majeure partie d’une maison, trois granges et la moitié d’une égreneuse de coton, sans oublier de terrifier un pauvre aumônier dans une église.
— Merde 1 , s’exclama Remy, ses sourcils noirs s’arquant. Maintenant, c’est quelque chose d’intéressant.
— C’est un joli petit paquet aussi… un garçon innocent dans le corps d’un homme adulte. Son âme brûle, elle a envie qu’on joue avec elle.
— Essayez-vous de me le vendre, mon cher ? demanda Remy en distribuant une main de cinq cartes.
Cinq cartes signifiaient poker, ou poque comme l’homme l’appelait.
— Vous m’avez demandé, j’ai répondu.
Remy était stupéfiant, mais pas un coup de foudre. Simplement une joyeuse interruption.
— Eh bien, je vais devoir me renseigner davantage une fois qu’il aura un peu séjourné ici.
— En supposant que le Colonel ne l’ait pas fait passer au goudron et aux plumes.
Comme si Remy était capable d’attendre. Les énergies se dessinaient déjà autour de lui. Canaan pouvait les voir tournoyer et chuchoter autour de son ami.
— Ah, Matthias. Son aboiement est pire que sa morsure tant qu’aucun démon n’est impliqué.
— Il a des préjugés particuliers, n’est-ce pas ?
— Oui, en effet. Si nous jouions. Je vous accorde une faveur.
— Va pour une faveur, accorda Canaan, prenant ses cartes, et pinçant les lèvres en les regardant.
Remy le regarda, sa posture d’attente de joueur évidente.
— Trois jetons pour voir, dit Canaan, qui avait deux paires et se sentait donc assez confiant pour sourire.
— Écoutez-vous, bon sang. Je verrai vos trois et je relance d’un.
— Confiant. Va pour quatre. J’ai besoin d’une carte.
Il échangea sa carte, regardant Remy en prendre deux. Il obtint son full et laissa son sourire s’échapper.
— Vous avez l’air content, commenta Remy, en haussant un sourcil.
— Je le suis ? demanda-t-il, devant rire, parce que cette expression était tellement l’autre homme.
— Vous l’êtes. Votre offre.
— Hmm, marmonna Remy, faisant semblant d’étudier ses cartes. Je vais suivre.
— J’ai un full, au valet.
— Brelan de carte. Vous avez gagné, n’est-ce pas ? dit Remy en riant chaleureusement. Bien joué.
— Oui. Comme c’est agréable. Encore ?
— Certainement. Voulez-vous distribuer ? proposa Remy en poussant les cartes vers lui.
— Oh, votre confiance me stupéfie.
— Elle devrait ! Je laisse peu de gens toucher mes cartes, assura-t-il, la pause entre les mots « toucher » et « mes cartes » faisant sourire Canaan.
— Douces, à peine touchées… cartes, dit-il en riant doucement.
Remy gloussa comme un oiseau géant du bayou.
— Pures comme la neige.
— Je me souviens de la première fois que vous avez vu de la neige, Remy.
C’était divertissant, c’était le moins que l’on puisse dire. L’idiot avait glissé en descendant les marches et avait failli se casser la tête.
— Il y en a très peu d’où je viens aussi, cher.
— Vous n’avez pas tort, accepta-t-il, en riant doucement, avant de lever la main et d’oser caresser la tempe de Remy.
— Trouvons un autre endroit pour jouer les faveurs, d’accord ? Une pièce privée, dit celui-ci en rassemblant les cartes.
Il les rangea, puis se leva.
— Vous lisez dans mes pensées, mon cher.
— Oh, ce serait une compétence dangereuse en effet.
Canaan rit.
— En effet. J’imagine que nous avons plus d’un membre qui peut faire cela.
Le Club Raven se vantait d’avoir des membres uniques.
— Et j’imagine qu’ils évitent votre délicieux cerveau comme la peste.
— Je pense que oui, répondit-il en prenant la main de Remy. J’en ai trop là-dedans.
Ils se dirigèrent vers le fond de la pièce, vers l’immense Africain qui se tenait à la porte des étages supérieurs. Kwanele hocha la tête, son expression inchangée tandis qu’il s’écartait afin de les laisser passer.
— Merci, monsieur, dit-il en faisant un signe de tête à Kwanele, qui montra ses dents aiguisées dans un sourire aussi horrifiant que charmant.
— J’aime vraiment cet homme, s’exclama Remy en riant. Venez, chéri. Je sens une puissante faim monter en moi.
Canaan aimait l’idée que son ami retourne cette faim contre lui pour un moment, de sentir le poids de sa passion. Le pauvre homme ressentait tout, et le poids du bonheur et de la tristesse des autres devait le tirer vers le bas.
Heureusement pour Remy, il était infiniment capable de prendre tout ce que l’homme avait à donner.
Ils atteignirent une chambre privée, le préposé à l’étage la déverrouillant pour eux lorsque Remy en exprima le souhait.
Ah, celui-ci n’était pas d’humeur pour des jeux ou des jouets. Juste à baiser.
— Entrez, chéri. Je vais m’occuper de vous, dit Canaan.
— Vous le ferez, mon cher ? Je ressens le besoin que ce soit puissant.
Il ferma la porte derrière eux, attirant Remy dans un baiser qui faisait écho à l’obscurité qui bouillonnait en lui.
— Vous avez ma parole.
 

 
Chapitre 3
 
 
 
 
Patrick se réveilla lentement, la tête lourde, la poitrine comme si quelqu’un avait empilé des briques sur lui. Il cligna des yeux, écoutant ses cils claquer contre ses joues.
L’obscurité était brisée par une seule flamme, une bougie, pas même une lampe à huile, et même sa lueur vacillante lui faisait mal à la tête.
Il referma les yeux, mais il entendit le léger frottement du cuir sur la pierre et regarda à nouveau. Un homme avec un turban sur la tête et un poncho d’une matière douce et blanche vint se placer dans le petit cercle de lumière.
— De l’eau, monsieur ?
— S’il vous plaît. S’il vous plaît.
Était-il à l’hôpital ?
— Certainement.
L’homme avait un accent chantant, doux et aigu.
L’eau était d’une froideur presque choquante et il l’entendit éclabousser son estomac qui refusa presque le liquide, et il dut lutter pour le faire descendre.
— Voilà. Je sais que c’est difficile.
Des mains fraîches l’aidèrent à s’asseoir, empilant des oreillers derrière lui.
— J’ai quelques crackers ici si votre estomac est trop vide.
— Oui. Je suis désolé. Désolé, je ne… Où suis-je ?
— Vous êtes ici, répondit l’homme en souriant, les dents très blanches contre sa peau plus foncée. Je suis Anek. Si je peux vous offrir quelque chose, appelez-moi.
— Anek… dit-il en clignant lentement les yeux. Puis avoir un autre verre d’eau.
— Bien sûr, monsieur Patrick. Vous avez dormi très longtemps.
— Ma famille ?
Il avait un vague souvenir de feu et de verre, d’un train.
— Votre père a été mal en point pendant un certain temps, mais je crois savoir qu’il est en voie de guérison. Vous avez des lettres d’une jeune femme, mais pas d’autres nouvelles.
Une panique sourde commença à monter en lui, et il fronça les sourcils, les battements de son cœur s’accélérant.
— Il n’est pas nécessaire de les lire maintenant, n’est-ce pas ? dit Anek en touchant son épaule, et il se calma immédiatement, ses paupières devenant lourdes.
— Non. Non, pas besoin du tout.
— Je ne le pensais pas, dit Anek en tapotant sa poitrine, et le jeune homme bâilla.
— Dormez encore, monsieur Patrick. Je vous apporterai de la soupe dans un moment.
— Oui, monsieur. Merci.
— Dormez.
Anek se mit à chanter une chanson inconnue, presque indienne, mais elle l’apaisa, l’envoyant vers ses rêves.
Ses rêves calmes et paisibles. Où qu’il soit, s’il vous plaît, mon Dieu, laissez-le se détendre un moment.
 

 
Chapitre 4
 
 
 
 
— Alors, c’est un démon ? demanda Remy en regardant Anek de dessous ses cils.
L’indien se trouvait dans la cuisine, remuant des feuilles de thé dans l’eau bouillante avec un étrange fouet.
— Pas même de loin, monsieur.
— Non ? Alors pourquoi est-il enfermé, ami 2  ?
Remy aimait bien Anek, et il adorait le thé sucré au lait qu’il créait.
— Une rage profonde bouillonne en lui et il n’a aucun moyen pour la contrôler, Sahib.
— Hmm. Que se passe-t-il s’il ne la contrôle pas ?
Remy avait des démangeaisons depuis que Canaan était arrivé avec l’homme dans la salle d’isolement.
Curieux.
— Maître Canaan a dit qu’il avait rasé une maison sans lever la main. Il a besoin d’une base solide, oui. Il n’a plus aucune famille qui veuille le garder.
Il savait que Canaan avait dit cela. Il n’était pas sûr de le croire. Combien de rage cela demanderait-il ?
— Puis-je le rencontrer ?
Anek acquiesça, sans la moindre hésitation.
— Il doit rester dans la pièce où il se trouve.
— Bien sûr.
Il n’irait jamais à l’encontre d’un des propriétaires du club lorsqu’il s’agissait de sécurité. Ils savaient ce qui était le mieux pour les membres, tous.
— Je pourrais lui apporter du thé pour vous, mon ami.
— Ce serait très gentil. Il souffre de la maladie des tremblements.
Le laudanum voulait devenir un ami éternel.
Remy acquiesça facilement, ce qui, il l’espérait, cachait son empressement. Il ne savait absolument pas pourquoi il avait tant envie de voir cet homme, mais il ne remettait pas ses impulsions en cause. Elles le servaient bien et Canaan avait murmuré à son oreille, doux et malicieux, offrant de succulentes promesses sur les trésors qu’il avait vus dans l’esprit du garçon.
— Il ne mangera pas, mais j’enverrai de la nourriture au cas où.
— Bien sûr.
Il pourrait s’asseoir avec l’homme. Il prendrait ses cartes. Tenterait celui-ci dans un jeu.
— Merci, dit Anek en lui lançant un sourire chaleureux.
Il lui sourit en retour. Les yeux sombres et liquides d’Anek lui rappelaient les dames créoles de chez lui, d’une certaine manière. Ce dernier lui tendit un plateau joliment arrangé avec une fleur de lotus flottant dans un bol. Une merveilleuse frivolité.
Il hocha la tête et quitta les cuisines, avançant d’un pas lourd. Anek devait avoir un sort ou autre chose afin de garder le thé au chaud aussi loin qu’il était de la cuisine à n’importe quel endroit.
Au moins six fantômes l’arrêtèrent en chemin, lui demandant s’il avait besoin d’aide.
Remy sourit simplement et secoua la tête. Il avait un pressentiment à propos de celui-là.
Il voulait le garder pour lui.
Il atteignit la pièce, et posa le plateau sur la petite table devant la porte afin de pouvoir utiliser la clé qu’Anek avait laissée près du thé. Il la glissa dans son gilet après avoir entendu le clic de la serrure.
Un homme aux larges épaules reposait sur un lit, nu jusqu’à la taille, bronzé et chaud contre les draps blancs. Remy s’arrêta, le regardant un moment. Bon sang. Celui-là n’avait pas l’air malade du tout.
En fait, il ressemblait à un dieu grec, avec ses cheveux dorés bouclés autour de ses oreilles, la plus fine auréole de barbe encadrant sa mâchoire.
Il porta le plateau à l’intérieur, puis revint pour verrouiller la porte. Il existait des protocoles. Julian serait fâché s’il laissait l’homme dangereux s’échapper. Personne n’aimait lorsque Julian était fâché. Ce dernier, un des propriétaires du Club Raven, venait d’Angleterre et pouvait être assez tranchant.
L’homme se redressa, ses yeux bleus s’ouvrant.
— Hello ? Monsieur Azle ?
— Anek, bébé, et non, je suis Remy.
— Oh, dit l’homme, ses joues rosissant à la lueur de la bougie. Désolé, monsieur.
— Anek m’envoie avec du thé et de la soupe.
— Merci beaucoup.
La voix était purement texane, le ton lent et doux. Remy aimait cela. Ce n’était pas vraiment chez lui, mais c’était très familier.
— Tenez. Avez-vous bu le thé d’Anek ?
— Oui, monsieur. Il est très apaisant.
— C’est quelque chose, en effet, répondit-il en riant. Puis-je m’asseoir.
Il indiquait le bord du lit, car Anek avait mis une sorte de tapis au sol, mais il n’y avait ni chaise ni banc.
— Oui, monsieur. Je vous en prie. Je devrais… je dors un peu, je crois.
— Là, laissez-moi vous aider à vous asseoir, dit-il en passant ses mains sous… Quel est votre nom ?
— Daniels. Patrick Daniels.
Oh, un Paddy. Charmant.
— Enchanté, 3 dit Remy, en tirant sous les bras de Patrick et l’aidant à s’asseoir. Nous y voilà. Avez-vous besoin d’un pot de chambre ? Il y en a un sous le lit.
— Merci. Savez-vous où se trouve mon équipement ? Il semble qu’il me manque des vêtements. Tous.
— Je vais demander à Anek de vous apporter une chemise de nuit pour le moment.
Remy appréciait que l’homme soit nu. Il aimait les hommes nus en général.
— Je vous en serais très reconnaissant.
Il alla sonner Anek pendant que Patrick faisait ses affaires, lui laissant son intimité. Il dut se glisser à l’extérieur afin de le faire, et le poids de la pièce dans laquelle Patrick se trouvait glissa sur lui. Le pauvre homme devait être vraiment effrayant.
Anek apparut, semblant surgir telle une fumée.
— Oui, Sahib ?
— L’homme a besoin d’un vêtement… une chemise de nuit, peut-être ?
— Bien sûr. Je vais faire apporter un fauteuil pour vous, aussi. Une petite table.
— Vous lisez dans les pensées, dit-il, admiratif, et le sourire mystérieux de son interlocuteur le fit rire.
Il rentra, la noirceur lourde de l’énergie de la pièce le faisant frissonner. Patrick était assis sur le bord du lit, sirotant le thé, ses yeux le regardant attentivement.
— Où se trouve cet endroit ?
— Vous êtes à Baltimore. Vous connaissez ?
— Baltimore… Je suis du Texas.
— Hmm. Je suis de Crescent City, à l’origine. Je suis venu de San Francisco. Nous sommes tous des vagabonds ici.
Il se retourna afin de répondre au coup frappé à la porte. Une chaise, une table, une lampe et une chemise de nuit, excellent.
— Merci.
Il pouvait maintenant s’asseoir et discuter avec le nouveau venu.
Patrick enfila sa chemise de nuit par la tête, se débrouillant bien jusqu’à ce qu’il soit coincé dans les manches.
Remy se pencha en avant, se retrouvant nez à nez avec lui lorsque le col se mit en place.
— Est-ce mieux ?
— Merci. J’ai un peu perdu ma forme.
— Vraiment ?
Merde. À quoi devait-il ressembler en pleine santé ?
— Je le crains, dit Patrick en s’asseyant lourdement, une sueur apparaissant sur son front. Merci pour les soins.
— Vous devez manger. Cela vous aidera à reprendre des forces.
Remy n’était pas vraiment doué de prescience, mais pour ce qu’il avait en tête, Patrick aurait besoin de toutes ses forces. Vraiment.
— C’est le premier matin que j’en ressens l’envie, je l’admets.
— Voilà, vous voyez ? l’invita Remy en découvrant le riche bouillon qu’Anek avait envoyé. Allez-y doucement.
La main qui tenait la cuillère tremblait, mais elle réussit le voyage.
— Mmm. C’est bon.
— Vous avez l’air tellement surpris, commenta Remy en riant, ravi. Nous n’avons que le meilleur ici au Club Raven.
— Club… Ce n’est pas un sanatorium ?
— Non, bébé . C’est un bon endroit, vraiment, affirma-t-il en tendant la main afin d’aider celle de Patrick à se stabiliser, les doigts sur la peau nue de son poignet.
Un bourdonnement passa entre eux, et Remy dut se demander quel éclair avait pu se produire ailleurs dans le club.
— Oh ! s’exclama Patrick en manquant de faire tomber la cuillère. Ne me laissez pas renverser cela sur votre chemise propre.
— Le personnel ici est particulièrement bon pour enlever les taches.
Surnaturellement bon, en fait.
— Vous vivez ici, alors ?
— Non. C’est un club de gentleman. Vous pouvez rester ici un certain temps si vous éprouvez des difficultés, mais la majorité d’entre nous résident ailleurs.
Sa propre maison l’attendait sur le port, en fait.
— Un club de gentleman… je suis un peu confus.
— Vous souvenez-vous de l’accident ? demanda-t-il en observant attentivement Patrick afin de détecter tout signe d’agitation.
— L’accident, répéta Patrick en secouant la tête, ses doigts se levant vers l’arrière de son crâne.
— Oui, bébé. Vous en avez eu un. Votre famille vous a envoyé ici pour récupérer. Nous avons plus de ressources.
Celui-ci était tellement prêt à oublier.
— J’étais sur le point de me marier. Avec la femme de mon frère.
Remy pouvait voir une rougeur sourde chauffer les joues de Patrick.
— Pourquoi faisiez-vous cela ?
Cela ressemblait à l’enfer sur terre. Remy supposait que le frère était décédé, parce que l’homme devant lui était honorable.
Respectueux des lois, entendit-il en murmure au fond de lui.
— J’étais coincé. Pas d’une mauvaise manière, mais je n’avais pas le choix. J’ai dit qu’elle pouvait prétendre être la veuve d’Henry, mais…
Il y eut un tremblement qui déplaça à peine le lit.
— Cela semble très raisonnable, intervint Remy en offrant plus de soupe à Patrick. Je suis un faussaire accompli. Je vais lui faire un certificat.
— Je n’ai pas l’intention de me marier.
— Non, cher , c’est ce que je veux dire. Pour indiquer qu’elle était mariée à votre frère.
— Oui. Parce que je ne le ferai pas. Je n’y retournerai pas.
La soupe commença à onduler, des vagues se formant dans le liquide.
— Chut.
Cela suffisait, cependant. L’homme devait garder ses forces.
— Personne ne s’attend à ce que vous fassiez autre chose que guérir, à présent.
Le pouvoir de l’homme rendait sa bouche aussi sèche que de la poussière. Et rendait aussi autre chose dur et humide, s’il était honnête. Il voulait goûter ce pouvoir, le mettre sous contrôle. Ce besoin de dominer une douce chose comme Paddy ici était vraiment une faiblesse.
Une faiblesse et sa joie la plus chère… il n’existait rien qu’il aimait plus que voir le besoin sur le visage d’un autre. Un besoin dont il détenait la clé.
— Pourquoi m’aidez-vous ? demanda Patrick, le regardant avec ses yeux bleus plus clairs maintenant.
— Parce que je le souhaite.
Aussi simple que cela.
— Oh.
Comme si c’était parfaitement logique.
Patrick leva son thé, le sirotant aussi délicatement qu’une dame.
C’était peut-être le cas. Les vérités avaient souvent un sens avant que vous ne les compreniez. Un homme devait être ouvert à toutes les possibilités.
— Lisez-vous, jeune homme ?
— Oui, monsieur. J’ai été scolarisé.
— Bien. C’est bien. Je viendrai vous faire la lecture.
Remy garda les cartes à jouer bien rangées. Patrick n’était pas encore assez bien pour jouer au bluff, et il souhaitait qu’il soit prêt pour ses jeux. Pour beaucoup d’entre eux.
Le genre qui laissait un homme tremblant, vide et prêt à en redemander.
— Merci. Il n’y a pas de fenêtre dans cette pièce, hum ? Est-ce que le soleil se lève et se couche toujours ?
— Oui. Ils veulent s’assurer que vous ayez la paix et le calme. Vous êtes en sécurité, je vous le promets.
Le pauvre Paddy devait s’inquiéter d’être prisonnier.
— Je dois être dans un état plus délicat que je ne le pensais.
— Vous avez été plutôt secoué, bébé. Il vaut mieux vous reposer encore un peu.
— Me reposer un peu. Oui, je jure que je suis encore fatigué jusque dans mes os. Je ne comprends pas.
— C’est ça.
La transpiration apparaîtrait bientôt. Les cris et les tremblements. Remy commença à faire des listes dans sa tête. Il aurait besoin de vêtements. De livres. Un autre lit à installer ici. De médicaments.
— Venez, bébé. Reposez-vous sur moi et nous commencerons un voyage ensemble. Ce sera dur, mais nous apprendrons tant de choses.
— Ensemble, répéta Patrick en levant une main vers lui, ses paupières lourdes.
— Oui, bébé , dit-il en prenant la large main dans la sienne. Je le promets.
 

 
Chapitre 5
 
 
 
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