Un Dandy au Soleil
80 pages
Français

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Un Dandy au Soleil , livre ebook

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Description

Dandy c’est Lui, Soleil c’est Elle. Lui est journaliste, elle, elle aime écrire. Ils se rencontrent et leur vie va voler en mille éclats, aussi coupants que lumineux.C’est une histoire déchirante, passionnante. L’histoire de tout ce que Soleil et Dandy auraient dû se dire, des chances qu’il faut saisir au bon moment, de tout ce qu’on ne voit pas venir et qu’on finit par maudire. Mais c’est aussi le roman du désir fou, de ses soupirs, ses rires et ses délires, le roman de la tendresse et de la complicité. Jusqu’à ce que les sentiments s’en mêlent et que les esprits s’emmêlent.Cette histoire peut arriver à n’importe qui, à vous, à vous et à vous aussi. Le genre d’histoire qui n’arrive qu’une fois dans sa vie, qui vous fait comprendre le sens du mot « intense » et vous propulse à 200 à l’heure au cœur d’une spirale où s’entrechoquent les rêves et la réalité. Une histoire forte, puissante comme un raz-de-marée auquel rien ne résiste.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 10 mai 2021
Nombre de lectures 1
EAN13 9791093167879
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0345€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Un Dandy au Soleil
 
 
 
 
 
Tous droits réservés
©Estelas Éditions
11590 Cuxac d’Aude France
 
estelas.editions@gmail.com
www. JaimeLaLecture.fr
www.estelaseditions.com
 
ISBN : 9791093167886
« Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants cause, est illicite et constitue une contrefaçon, aux termes des articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. »
 
 
 
 
Laurent Mansart
 
 
 
 
 
 
 
 
Un Dandy au Soleil
 
 
 
 
 
 
 

 
 
 
Table des matières
Personnages
Chapitre 1 - Ciel sombre
Chapitre 2 - Ciel dégagé
Chapitre 3 - Ciel lumineux
Chapitre 4 - Soleil
Chapitre 5 - Dandy
Chapitre 6 - Soleil et Dandy
Chapitre 7 - Le livre de Dandy
Chapitre 8 - Soleil à toutes jambes
Chapitre 9 - Dandy au parfum
Chapitre 10 - Soleil et ses contrariétés
Chapitre 11 - Soleil, Dandy, et la jalousie
Chapitre 12 - Soleil, Dandy, et la jalousie (part II)
Chapitre 12 et demi - Soleil et Dandy en été
Chapitre 14 - Soleil à la croisée des chemins
Chapitre 15 - Soleil s’éclipse
Chapitre 16 - Dandy en bataille
Chapitre 17 - Dandy en bataille (part II)
Chapitre 18 - Soleil et Dandy en convalescence
Chapitre 19 - Soleil et Dandy transportés
Chapitre 20 - Dandy déterminé
Chapitre 21 - Soleil accueille Dandy
Chapitre 22 - Soleil et Dandy se posent
Chapitre 23 - Soleil et Dandy s’étonnent
Chapitre 24 - Dandy s’énerve
Chapitre 25 - Soleil et Dandy juste avant la nuit
Chapitre 26 - Dandy sans Soleil
Chapitre 27 - Soleil sans Dandy
Chapitre 28 - Dandy en solo
Chapitre 29 - Soleil en solo
Épilogue - Six mois plus tard
Du même auteur, mais dans un autre genre
Quelques romances tirées d’histoires vraies
Nos titres par genre

 
 
Personnages
 
 
PERSONNAGES PRINCIPAUX
 
Soleil , jeune femme de 35 ans, maîtresse de Dandy.
Dandy , 45 ans, journaliste,
L'épouse de Dandy, quadragénaire, femme blessée.
 
 
PERSONNAGES SECONDAIRES
 
Bogoss , homme, quadragénaire, ami particulier de Soleil et Dandy.
La Perle , jeune femme complice d’un moment de Soleil et Dandy.
 
 
 
 
 
Chapitre 1 - Ciel sombre
 
 
 
Alors ça s’est fini comme ça.
Ou presque.
 
Soleil était prostrée dans le canapé gris du salon, les bras entourant ses genoux, comme une petite fille qui composerait des poèmes torturés. Elle a entendu ses pas dans l’escalier et son cœur s’est mis à trembler, son ventre s’est rétracté.
Elle allait lui dire.
Dandy a ouvert la porte. Content de rentrer là où il se croyait chez lui. Et un peu patraque aussi, tel un gamin timide qui doit répondre au tableau. Et quelle sale nuit la veille. Son ventre s’est rétracté pareil que Soleil.
Il allait lui dire.
Il est entré dans le salon et l’a trouvée là, en boule dans le fond du divan. Dandy s’est assis en face d’elle, ça cognait dur là-dedans. « On s’embrasse pas ? » , il a dit d’un air inquiet. Oh punaise, la tête qu’elle tirait ! C’était grave.
Et puis dans un souffle, elle a lâché le morceau. Un coup de poing. Un verdict de tribunal. À peine audible. « J’ai pris ma décision. C’est fini ».
Dandy a compris tout de suite. Sa vie venait de basculer en mode sombre. En une seconde, des millions d’éclats de verre lui sont tombés dessus. Pluie coupante et douloureuse, pluie incessante. La verrière qu’il avait construite pour laisser entrer Soleil dans son cœur venait d’exploser. Elle y avait posé une bombe. Un attentat !
Il a bredouillé un truc du genre « comment ça, c’est fini ? »
Ben oui, tu t’en vas quoi. Dégage. Oust. Du balai. Du vent. Dehors.
Raus !
Mais là, c’était pas du jeu. Lui aussi il avait à lui parler ! Mais ça ne sortait plus. Impossible. Le choc était trop rude. Dans les cordes, Dandy s’est relevé. Tout de suite. Alors il s’est battu, toute la soirée, face à un mur, un bouclier, une carapace, une forteresse. Tant pis, il en avait de la force. Il en a toujours eu dans ces moments-là. Des mots, des flots de mots. Des doux, des durs, des qui marquent, des sensibles, des arrangeants, des qui viennent du fond de l’âme, des beaux. Des grossiers aussi. Oh, juste un ! Ça lui a échappé. Un dérapage dans le feu de l’inaction. Parce que Soleil ne bougeait pas. Bras autour des genoux, ancrée.
Lui, il s’agitait. Putain ce qu’il faisait chaud dans cet appartement !
Tiens, on passe au présent, comme si vous y étiez. En direct live. Mondovision.
Un sac rempli, puis une valise. Des va-et-vient dans l’appart. Et des mots, des mots des mots. La sueur qui perle au front. Elle le suit des yeux, elle demande s’il veut de l’aide. « Quoi, tu trouves que je débarrasse pas le plancher assez vite ? » Il pense ça, mais il se retient de lui balancer. Il en balance pourtant. Sur les copines, celles avec qui Soleil est sortie la nuit d’avant. Sûr qu’elles sont dans le coup. Au moment où il avance cette hypothèse, parmi d’autres, elle a un mouvement de recul. Le premier de la soirée. Corde sensible touchée. Un point pour Dandy.
Mais un point pour rien. Elle a pris trop d’avance.
Et bon. Ça dure, ça dure, ça dure. Il fait une chaleur atroce. Et puis à force de durer comme ça, les valises sont prêtes. En vrac dans la chambre, par terre. Toute une vie par terre. Dandy pense à ça en les voyant : une vie à terre, pliée en douze, chiffonnée. Effroyable. Il s’effraie du coup et les spasmes lui montent dans la poitrine. Il ne peut plus respirer. Elle, gonflée quand même, pense qu’il fait du cinoche.
Et bim ! Il tombe ! Allongé sur le ventre, KO technique, la main devant la bouche et le nez, pour ventiler. Là elle comprend, elle dit qu’elle veut appeler les pompiers. Elle essaye de le soulever, mais tu parles : la brindille s’épuise en vain. Il y a le poids du type et de son malheur. Ça pèse !
Non, non, Il va remonter tout seul va. Il va s’en sortir. Dandy s’appuie sur ses mains, il s’exfiltre du parquet pour rejoindre le canapé, à quatre pattes. Rocky champion du monde contre Apollo Creed. Champion de rien ouais ! Elle, elle se rassoit. Elle attend que ça passe.
Décidément, quelque chose a changé depuis ce matin. C’est ce qui lui fait le plus de mal au fond : il ne la reconnaît pas.
 
Mais qui êtes-vous madame ?
Il y a tellement de froideur dans le regard de Soleil que ses yeux pourraient servir de climatiseur. Il comprend que c’est foutu. Les mots, les mots, les mots. Les sentiments, notre histoire, tout ça. Rien à faire. Elle s’en cogne. Elle ne l’écoute pas. Elle n’a pas écouté une phrase en réalité. Trois heures il s’est épuisé. Et même pas un début de commencement d’explication.
Ah si : « tu faisais la gueule parce que je suis sortie hier soir » elle a dit.
Mouais. D’abord il faisait pas la gueule et puis surtout, ça fait léger comme prétexte. Putains de copines il se dit encore. Putains de nanas.
Putain mais c’est quoi ce bordel ? ?
Il ne saura pas. Pas ce soir en tout cas.
 
Bon ben faut y aller maintenant. Une seule solution, retour chez maman. Qui, à une heure de route de là, a déjà préparé sa phrase : « je te l’avais bien dit ! »
« Ils » lui avaient tous dit.
Mais Dandy, il n’en avait rien eu à foutre. Absolument rien. Définitivement rien.
Il aimait Soleil et Soleil l’aimait. Et c’était beau. Et c’était pour la vie. Enfin, au moins un bon, bon moment ! Du long terme, du solide. Du pur.
Soleil était si belle, si inspirante, si lumineuse, si soyeuse, si tendre et si fauve.
Dandy aurait pu passer des heures à la contempler.
Là, il contemple la nuit. Amère et lourde derrière son pare-brise. Une explication, il lui fallait une explication.
Il s’était enfin approché de Soleil. Au plus près. Au plus doux d’elle. Pourquoi venait-elle de lui brûler les ailes ?
 
Sur la route déserte ce soir, aucun phare pour l’éblouir.
Il venait d’entrer dans la plus longue nuit de son existence.

 
 
 
 
Chapitre 2 - Ciel dégagé
 
 
 
Alors, comme disait un autre, ça a commencé comme ça.
Ou presque.
 
Dandy vient d’arriver au bureau. Il a des articles à taper, il fait gris dehors, il est seul, et franchement, faut se motiver. Mais bon, journaliste, c’est pas l’usine non plus. Ah oui ! Parce que Dandy est journaliste. Et ça lui convient plutôt comme boulot. D’abord parce que c’est ce qu’il a toujours voulu être, et qu’il est trop tard pour regretter son rêve d’enfance, ensuite, parce qu’une carte de presse, ça vous pose son homme. En plus, il sait en jouer ce voyou ! Mieux que des cartes de poker.
Quand même, avant de s’y coller, il envoie un mail à cette petite nana croisée un an plus tôt. La fille écrit des romans romances, voyez ? Une jeune femme célibataire rencontre l’homme de sa vie. Au début ça colle pas, et à la fin ça colle. Ça colle même sévère au milieu, peau contre peau. Et on adore quand tout se termine bien. Dandy, il ne lit pas ce genre de prose d’habitude, mais là, il a trouvé l’affaire plutôt bien menée, agréable et stylée. Alors il la recontacte pour savoir si elle a des projets. Il aime bien parler des écrivains. Il aime parler avec eux. Une fascination en somme.
Si elle a un poche qui sort, ça ferait un papier à se mettre sous la dent. En clair, il est en rade de sujets et comme il est passé devant chez elle y a pas une demi-heure, ça lui a fait tilt. Soleil elle s’appelle.
Bref, il balance son courriel. Vouvoiement et tout. Une élégance de notable dans les propos.
Trois minutes plus tard, ou plutôt, à peine trois minutes après son clic, voilà du répondant. « Eh ben ! » pense-t-il avec la justesse d’esprit et la richesse de vocabulaire qui le caractérisent.
Soleil lui annonce que, « oui » , son nouveau bouquin sortira bientôt dans toutes les bonnes échoppes. Punaise, cette intuition de journaliste quand même ! Hop, un sujet. Il la remercie et il faut qu’on se recontacte surtout ! Elle le recontacte aussitôt, pour dire merci aussi. Le ton est drôle. Dandy surenchérit.
Il se passe un truc.
Puis ça continue comme ça, tout l’après-midi. Dandy lui raconte que lui aussi aimerait écrire un roman. Mais pas le temps, pas l’inspiration. Pas le courage de se foutre à nu surtout. Le courage de rien en fait. Quand même, il avait un début de quelque chose, trois fois rien, trois chapitres. « Fais voir ! » elle lui dit comme ça.
Oui parce qu’ils se tutoient maintenant. On est entre encore jeunes.
Allez savoir pourquoi, mais vous allez finir par le savoir, il fouille dans ses archives, loin, tout au fond, cachés, presque enterrés, il retrouve ses fichiers Word. Au moins 7 ans que ça dort. Sur papier, ça aurait jauni déjà. Il clique sur « envoyer » puis il attend. Le cœur battant.
Sur son canapé, Soleil se régale. Comment une journée peut basculer hein ? Un quart d’heure avant, elle s’emmerdait, un quart d’heure après, elle se délecte. Intéressant ce mec ! Et des mecs intéressants, en six mois de célibat, elle a bien vu que ça courait pas les rues de par chez elle. Ni d’ailleurs. Elle répond que « génial, continue » et des tas d’autres compliments avec.
L’autre, tu parles qu’en voyant ça, il fait des bonds. Dans sa tête, dans son ventre, ça bondit de partout comme ça n’avait plus bondi depuis… il ne s’en rappelle plus. Il aime bondir. Il aime qu’une femme le fasse bondir. Il aime qu’une femme qui sait écrire le fasse bondir. Il aime le regard des femmes sur lui. Sur ce qu’il est profondément. Sur ce qu’il n’a montré à personne.
Il se passe un truc.
Là-dessus, pas moyen de se lâcher, forcément. On blague, on déconne. On allusionne. Ils se cherchent, ils se trouvent, ils s’entrouvrent. Dandy, que son instinct éclaire tout à coup, transmet une photo de lui à son bureau. Soleil capte. « Non décidément, vraiment intéressant ce mec ! » . Elle se gratte pas pour lui dire. « En plus t’as l’air gaulé » . Traduisez : Tu me remuais déjà le cerveau, là, on passe un autre cap.
Dandy n’écrit plus d’article, du moins, il les torpille. Concentration zéro, point mort. Inutile de forcer. Soleil est là, prégnante, envahissante de drôlerie et de charme, d’intelligence et d’inventivité. Il se consacre à Soleil, c’est décidé. Jusqu’au bout du jour.
Plus loin encore. Dandy et Soleil vont se consacrer l’un à l’autre jusqu’au bout de la nuit. Elle n’avait plus parlé à un homme de cette façon depuis… depuis quand déjà ? Est-ce que cela était seulement déjà arrivé ? Il n’avait plus parlé à une femme de cette manière depuis… une vie entière en somme.
Aucune femme ne lui avait parlé ainsi. Aucune femme ne l’avait fait rire ainsi.
Il se passe un truc.
Soleil et Dandy sont envahis de papillons. Une invasion oui. Un bourdonnement incessant à l’intérieur. Et c’est tellement bon qu’ils ne font qu’en ajouter. Des papillons. Ils en veulent encore et encore, jusqu’à ce que le corps et le cerveau exultent. Il faut en ajouter vite, que de nouvelles éphémères vibrations prennent illico la place des vibrations précédentes. Un texto s’envole qui remplace un autre texto. Des textos, des textos, des textos, comme un écho infini.
En ce jour de bonté, l’univers s’est montré généreux. Dandy et Soleil, Soleil et Dandy, supplient qu’il n’en finisse pas.
Et puis, quand même, la lune rousse fait son office. Les cloches des églises aussi, qui annoncent l’heure de rêver. Enfin ça, c’est pour l’image à la Jean-François Millet. Nostalgie rurale.
Non le vrai souci, c’est que Dandy est rentré chez lui. Il doit lâcher le portable, au bout de mille messages. Au bout de ce qu’il pouvait faire pour se cacher. Car le hic, le truc pas ad hoc de l’affaire, c’est que Dandy est marié. Soleil le sait. Mais sa tactique à elle, à lui aussi d’ailleurs, est de n’avoir que faire de ce hic pour le moment.
Pour le moment.
Vraiment trop intéressant ce garçon.
 
Tard ils se couchent ce soir-là.
« Je te retrouve demain » , sourit-elle
« Je te retrouve demain », s’endort-il.
 
Patient, tapi au creux de la voûte étoilée de leurs âmes, encore invisible mais prêt à bondir, Demain les attend. Demain les espère. Demain les réunira. Pour que leur lumière transperce les nuages du Monde.

 
 
 
 
Chapitre 3 - Ciel lumineux
 
 
 
Alors ça a continué comme ça.
En quelque sorte.
 
D’abord, Soleil et Dandy se sont quittés pour la première fois. Soleil, ça la travaillait quand même cette histoire de hic. Et puis elle n’avait pas lâché son ex pour replonger tout de suite dans les affres d’une relation. Non, non, non. Elle se désolait elle-même de penser à tout ça, et d’ailleurs, elle lui a écrit « désolée » . Dandy a reçu ça dans sa voiture, sur un parking désert, et ce fut la désolation oui. Il a pris acte mais franchement, il était bien marri le mari qui ne se marrait plus.
Allez, tout le monde respire. La rupture n’a duré qu’une heure. Peut-être même moins.
À force d’avoir du mal à respirer aussi, l’un des deux, l’histoire n’a pas retenu lequel, a pris une grande inspiration. Et il, ou elle, a rédigé un message vraiment très inspiré du style : « c’est insupportable non ? »
Comme c’était inspirant, l’autre a réuni tout ce qui lui restait d’imagination dans son cerveau en charpie pour répondre : « c’est insupportable oui ! »
Dans ces moments-là, dans ces moments où deux êtres entrent en osmose, où la parole se libère, où les cœurs s’entrechoquent, où les corps s’appellent, où les grands projets soudain se dessinent au loin sur un horizon qu’on croyait à jamais prisonnier du brouillard et où, tout d’un coup, miracle, le soleil darde ses rayons de feu pour exprimer sa gratitude à l’espoir naissant, promesse étincelante de lendemains enchanteurs…
Bref, dans ces moments-là, il n’y a plus à tordre le cou au coq pour éviter qu’il chante. Faut y aller.
Dandy s’est alors paré de son indéniable cape de l’originalité, que tout le monde lui envie, celle du talent, celle des idées folles, et a proposé à Soleil de dîner au restaurant.
Totalement affolée elle-même par cette proposition vibrante de non-conformisme, Soleil a magistralement répliqué que « oui, d’accord ».
L’affaire était dans le sac. Voilà que c’était reparti comme en quarante, comme disaient nos grands-mères en voyant De Gaulle claquer la bise à Adenauer.
Et donc, il a fallu les occuper ces journées jusqu’au rendez-vous gastronomique. Je te textote, tu me textotes, je te sextote, tu me sextotes, je te veux, moi aussi je te veux, mais moi plus, non c’est moi.
Quand est-ce qu’on se touche ? Qu’on s’embrasse la bouche ?
Tiens même, v’la qu’on se dit qu’on s’aime…
Ah non, ça, c’est pour plus tard. Un peu de patience.
 
Les heures, et les messages torrides, défilant, érotique-tac, érotique-tac, Soleil sent poindre en elle une envie des plus plaisantes. Les doigts fébriles, elle pianote. « Oh là là, j’espère qu’il va bien le prendre ! », songe-t-elle. Sans en penser un mot, petite donzelle dévoyée va ! « Et si on sautait la case restaurant pour passer directement à celle de l’hôtel ? » qu’elle demande. Innocente coupable de ses désirs.
Dandy est plutôt du genre très très romantique. Hypersensible, doux, tendre. Le mec fondant quoi. Mais foncièrement sans principes. Une merveille de fille lui proposant la botte plutôt que les radis, ça le botte tu penses. Il prend l’initiative à la bonne et y répond favorablement. Dévoyé va !
Érotique-tac. Avec cette perspective en tête, nos deux coquins ne comptent plus les heures. Ils se mettent à regarder les minutes trotter lentement. Si lentement.
Et puis nous y voilà. LE grand jour. The D Day. Embarquement immédiat vers les plages du plaisir.
Bon, on tremble quand même. Dans leur voiture, Soleil et Dandy n’en mènent pas large. À l’intérieur ça bouillonne, ça s’intensifie au fil des bornes.
 
Ils se retrouvent enfin. L’un face à l’autre, l’une face à lui, lui face à elle. Elle est si belle, il est si beau. On est si beau. Dandy en tremble de voir chaque vibration de Soleil à travers sa robe.
Ils se retrouvent enfin dans la chambre. Elle face à lui, lui face à elle.
Il s’agit de se mettre à nu. Ils le font. Ils se défont de leurs habits, leurs barrières, leur dernier rempart.
Et puis la symphonie commence. Leurs violons sont accordés, ils en obtiennent la certitude dès la première note jouée. L’archet de Dandy glisse sur la soie de Soleil. Elle joue de lui, elle pianote, tambourine bientôt sur sa peau. Ils jouent de tous les instruments. La voilà qui se met à la traversière, et cette musique-là le traverse.
Il la relève de cette fonction, la relève, et ses seins deviennent des hanches de cuivres. Il souffle, soupire, respire, souffle encore. Sexophone.
La partition se fait plus intense. Montée chromatique. Montée des sens, monter, descendre. Alto, fortissimo ! Elle le veut, il la veut. Ils se prennent, s’éprennent, se reprennent. L’archet de Dandy glisse dans la soie de Soleil cette fois. Il se fait contrebassiste de jazz. Il la fait tourner sur elle-même, tournoyer, enchaîne les blanches, les noires, les croches, les doubles croches, sans anicroches, improvise. Soleil adore, Soleil ignorait qu’elle pouvait crier tel un violoncelle.
La symphonie dure. Elle s’arrête. Un silence, un répit. Puis elle reprend. Più forte.
Jusqu’au final. Allegro. Magnifico.
Applaudissements dans la salle. Pour un peu, ils salueraient. Ils se salueraient. Au lieu de quoi, et c’est mieux, et c’est bien plus joli, ils se remercient du regard. Ils sont en état de grâce. Ils ont joué et joui comme jamais. Et dans leurs yeux, il est écrit qu’ils rejoueront et jouiront comme jamais auparavant. Parce que maintenant qu’ils ont partagé leurs cordes sensibles et sensuelles, ils veulent écrire. Noircir des pages et des pages de partitions. De parties de plaisir. Entendre encore la musique de leur rire. Deux chefs pour l’orchestre de leur vie.
Après ça, le hic est venu rompre l’harmonie. Il a fallu rentrer. Chez elle. Chez lui.
Et du fond de leur lit, ils se sont souvenus que le silence qui suit Mozart, est encore du Mozart…

 
 
 
 
Chapitre 4 - Soleil
 
 
 
Alors, elle était comme ça.
À peu de chose près.
 
Soleil attend Dandy. Plus exactement, elle espère Dandy. Elle le veut, le souhaite, le désire. Vite. La lumière du matin traverse le voile des rideaux. Soleil y voit une énergie bienfaitrice, une protection. La journée s’annonce belle. Forcément belle. « Light is blessing me. »
Soleil adore les langues étrangères. Elle y voyage, s’y perd avec délice. Mais, malgré ses efforts, elle maudit son accent espagnol. La jota, la jjjjjjota c’est pas compliqué quand même ! Impossible de la sortir celle-ci. Tiens d’ailleurs, elle met son appli de cours d’espagnol appliqué. Et elle s’applique tout en choisissant la robe qui va faire trembler Dandy de tous ses membres, surtout un, en la découvrant. Juste avant de la découvrir elle. Pfffffuuuit, plus de robe ! Un choix crucial pour quelques secondes certes. Mais quelques secondes de bonheur. Celui de son homme, son mâle, son amant, sa tendre bête, son doux sauvage.
« La niña esta en la cocina. Repeticiòn » dit le smartphone.
« La niña esta en la cocina » répète Soleil. Qui soupire. Non mais vraiment, on en est encore là ? Et la jota alors ? Quand est-ce qu’on passe à la jota ?
Soleil, c’est pas la patience qui l’étouffe. Au bout de trois leçons en vidéo, faudrait déjà qu’elle jacte l’espagnol comme un marin de Valence. Et c’est pour tout comme ça. Ça n’avance pas assez vite. Le monde n’avance pas assez vite. Elle va trop vite pour le monde. Elle est un mouvement perpétuel, une idée à la seconde, une seconde idée avant la première.
Bon alors elle coupe ce cours à la gomme pour élève de 4 e et enclenche la musique. Une espagnolade évidemment. Elle a choisi sa robe. Noire. Moulante. Idéale. Elle danse, elle s’agite. Vite. Vite avant que Dandy arrive. Dandy a horreur des espagnolades dont elle raffole.
Mais qu’est-ce qu’elle dit là ? Soleil fronce les sourcils. Depuis quand elle ne se sent plus libre de faire ce qu’elle veut à cause d’un homme ?
Ok Ok. Celui-là, c’est pas un homme. C’est l’Homme. Avec un grand H. D’ailleurs, c’est son hash. Sa drogue, son addiction, sa fusion, sa confusion, son explosion. Quand même, c’est pas son genre de faire des concessions pour un mecton. Allez. Ça passe pour aujourd’hui. De toute façon, on aura autre chose à faire que de se constituer une playlist. La to do list vaudra plus le détour.
Elle choisit des bas. Noirs. Idéaux. Des talons. Il adore les talons. Elle aussi. Point commun que cette passion pour ces pointes culminantes. En plus, du coup, elle culmine. Puis elle culbute. Idéal, on vous dit.
Bon, c’est long. Une demi-heure encore.
Soleil s’assoit, chope un post-it, y dessine un panda. Pourquoi ? Pourquoi pas. Le panda, c’est elle les yeux cernés. Le panda croque du bambou comme elle croque la vie. Ça lui va comme totem.
Il est réussi mon panda, sourit-elle. Bien bien bien. Tiens, la mappemonde de ma fille qui traîne sur la table. Alors, où vais-je partir en voyage ? ? Hum, hum, hum…
J’ai rêvé New York, j’ai rêvé New York. New York City sur Hudson !
La voilà qui fait sa Barbara : « ah, les voyages ! » Partir, toujours partir, cette envie folle d’être ailleurs. De n’être pas là où on l’attend. De n’être pas là où elle s’attend. Attendre c’est mourir un peu. Elle préfère inattendre. Soleil est un voyou en fuite, une passionaria en cavale. Ne me suivez pas, ne me suivez pas, vous vous perdrez. Partir c’est vivre.
Plus que dix minutes. Dandy a prévenu. Dandy est ponctuel. Le ventre de Soleil se broie sous les coups de son ardeur à retrouver celui qui va la prendre, la reprendre, la surprendre. Le temps que je finisse cette phrase, elle s’est déjà barrée. Barrée la nana ! Elle déballe d’un carton des menottes et un bandeau. Ça va l’amuser. Et puis quand elle n’y verra rien et qu’elle ne pourra plus bouger ses mains, ce sera à lui de la faire voyager. À l’aveugle. Soleil désire qu’il l’emporte dans son imaginaire, qu’ils s’emportent, s’exportent dans un autre univers, qu’il la plonge dans une nuit incandescente et lumineuse. Extatique. Et toc ! Débrouille-toi avec ça mon grand, mais envoie-moi au quatorzième ciel.
Comme il sait si bien faire.
Alors elle est là, elle planque ses jouets. Ce sera la surprise ! « Hiiiiii ! ». Petite fille émoustillée, contente de ce qui va le contenter. Mais pas de suite hein ! Soleil est excitée, excitante. Elle passe devant la glace et, mon Dieu, se voit bombasse. Bombastique ! Où est la petite fille studieuse qu’elle fut ?
Pas loin va.
Studieuse tu fus, studieuse tu restes. Élève sérieuse et poétesse et maintenant employée sérieuse et écrivain. Ça se tient !
Il ne pouvait en être autrement. L’Univers a décidé. Elle y croit. « Il » ne se trompe jamais. Mais des fois quand même. Il fait chier. Ou la surprend. Et l’inattendu, c’est sa came, son ecsta.
Et l’Univers lui a offert Dandy. Sur un plateau, à elle la toute plate. Par tous les seins, qui l’eut cru ? Pas elle en tout cas. Elle ne s’y voyait pas, maîtresse de ce dandy marié, de ce marmiton de l’info, de ce mari volage, dans ce marivaudage. Soleil se voyait seule encore quelques mois. Quelques années ? Toute la vie ? Soleil n’y croit pas, pas plus qu’elle ne croit en elle. Pas plus qu’elle ne croit valoir les extases de Dandy.
Allongez-vous sur le divan madame. Parlez-moi de votre enfance.
Faudra bien qu’elle y passe un jour. Elle se dit ça mais bon, dans une minute…
Ding-dong ! À l’heure. Pas surprenant, mais ce pas surprenant là, elle le prend. Il la ravit. Huit heures ensemble, droit devant. Huit heures de corps à corps, de cœur à cœur, d’esprit à esprit. Huit heures de complicité. Huit heures en couple. Huit heures au paradis.
Soleil ouvre la porte à son soleil.
Dandy la regarde, la détaille, de bas en haut, de haut en bas, des talons aux bas. Soleil est satisfaite : il tremble, il a la bouche en apesanteur son rêveur d’astronautes.
Et puis, enfin, ils s’étreignent. Et puis, enfin, plus rien n’existe qu’eux. Plus rien n’excite qu’eux. Sans mauvais jeu de mots bien entendu. Remarquez, ils adorent les calembours.

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