Un mauvais Dieu
140 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Un mauvais Dieu , livre ebook

-

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus
140 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Varack est un Dieu maudit. Il y a des siècles ce Dieu de la guerre a été puni par son père Elohim qui a séparé l’âme de son fils de son enveloppe corporelle.
Depuis, enfermé dans les catacombes, Varack souffre et fomente sa vengeance, bien décidé à montrer aux humains et à Elohim qu’il est toujours puissant, létal... même s’il doit pour cela déclencher l’apocalypse.


C’est lors d’un week-end de camping que Zahia se met à entendre une voix à l’intérieur de son crâne, et même si elle est rationnelle, qu’elle tente de trouver une explication logique à cette présence, force est de constater qu’elle est harcelée par... Varack.



Mais qu’arrivera-t-il si elle parvient à le libérer ? Pourra-t-elle gérer un Dieu avide de pouvoir ? Rien n’est moins sûr....

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 0
EAN13 9782819106371
Langue Français
Poids de l'ouvrage 5 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0045€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Pierrette Lavallée
 
 
 
 
Un mauvais Dieu
 

 
Du même auteur aux Editions Sharon Kena
Les Cow-boys lovers
La Malédiction tsigane, tome 1 à 5
Sous le masque des apparences
Défis entre amies l’intégrale
Un rôle sur mesure
Les Warriors, tome 1 à 8
Lever de rideau
Flics de mon cœur, l’intégrale
Une doublure imparfaite
Représentation théâtrale
Saison féerique, 1 à 4
Let me die
Let me cry
Sombre vengeance 1, Kyle
The Savages of the Hell l’intégrale
Sombre Vengeance 2, Nolan
Fighters Family, tome 1 à 5
Un passé à effacer (avec Aurélie Lavallée)
Les Rapaces tome 1 à 5
Les Black Devils tome 1 à 3 (avec Aurélie Lavallée)
Tailored events tome 1 à 3
Raison ou passion
Les Metas Ghost tome 1 à 3
Chocolat/vanille
Une sœur à séduire
 
 
« Le Code de la propriété intellectuelle et artistique n’autorisant, aux termes des alinéas 2 et 3 de l’article L.122-5, d’une part, que les « copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective » et, d’autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d’exemple et d’illustration, « toute représentation ou reproduction intégrale, ou partielle, faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause, est illicite » (alinéa 1er de l’article L. 122-4). « Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles 425 et suivants du Code pénal. »
 
 
© 2020 Les Editions Sharon Kena
www.skeditions.fr
Table des matières
Du même auteur aux Editions Sharon Kena
Table des matières
PROLOGUE
CHAPITRE 1
CHAPITRE 2
CHAPITRE 3
CHAPITRE 4
CHAPITRE 5
CHAPITRE 6
CHAPITRE 7
CHAPITRE 8
CHAPITRE 9
CHAPITRE 10
CHAPITRE 11
CHAPITRE 12
CHAPITRE 13
CHAPITRE 14
CHAPITRE 15
CHAPITRE 16
CHAPITRE 17
CHAPITRE 18
CHAPITRE 19
CHAPITRE 20
CHAPITRE 21
CHAPITRE 22
CHAPITRE 23
CHAPITRE 24
CHAPITRE 25
CHAPITRE 26
CHAPITRE 27
CHAPITRE 28
CHAPITRE 29
CHAPITRE 30
ÉPILOGUE
PROLOGUE
– Regardez !
Le jeune homme assis sur son trône était de toute évidence furieux. Il montra du doigt un énorme miroir qui permettait aux siens de contempler l’humanité dans son ensemble.
– Voilà, les êtres pour lesquels nous nous sommes effacés. Pour ces humains insipides qui ravagent la Terre que nous avons laissée derrière nous. Ils la martyrisent, la blessent… Ne l’entendez-vous pas hurler ? Nous leur avons offert un paradis, ils en font un enfer ! Ça ne peut plus continuer ainsi.
– Que préconises-tu, ô, mon frère ?
– Nous devons la leur reprendre, la soigner avant qu’elle ne meure.
– Et de quelle façon ? poursuivit son interlocuteur.
– En détruisant ces ignobles individus, en mettant un terme à leur existence.
Un effroyable brouhaha retentit dans la salle principale du domaine de Maérisia, là où les dieux et les déesses s’étaient retirés après avoir transmis aux hommes la Terre et ses bienfaits. Seul Élohim ne participait pas au débat qui faisait rage. Il se contentait d’observer Varack, à l’origine de cette crise. Varack, dont le regard flamboyait de colère. Varack, dont les poings serrés indiquaient qu’il était prêt à se lancer sans plus tarder dans la bataille. Varack, qui ressemblait un peu trop physiquement et moralement à ces humains qui combattaient depuis des années pour une parcelle de cette terre, qu’eux, les dieux de Maérisia, leur avaient offerte en cadeau.
Élohim comprenait la fureur de Varack pour la ressentir lui-même, mais tous s’étaient mis d’accord avant de se retrancher sur Maérisia : les humains devaient apprendre à cohabiter.
– Ne crois-tu pas, mon fils, intervint-il alors d’une voix forte qui amena le silence, qu’il y a justement assez de conflits sans que tu doives t’en mêler ?
Lorsqu’Élohim prenait la parole, tout le monde écoutait et cette fois ne fit pas exception à la règle. Les conversations avaient cessé et tous les regards étaient posés sur lui.
– Avant même que nous nous isolions ici, TU étais à l’origine de ces dissensions entre les peuples, continua Élohim. Tu veux nous faire croire, aujourd’hui, que tu te soucies de cette terre alors que tu l’as si souvent bafouée. Permets-moi d’avoir des doutes à ce sujet.
Varack observa son père sans dire un mot, mais la brève contraction de ses mâchoires convainquit Élohim qu’il avait parfaitement saisi les plans de son fils.
– Arrête-moi si je me trompe, Varack, mais tu es le dieu de la guerre… ou plutôt tu l’étais, ironisa Élohim.
– JE suis Varack, dieu de la guerre et de la destruction ! déclama ce dernier d’une voix tonitruante. Je suis le porteur de conflits, l’annonciateur de souffrance !
– Pourtant, il me semble que les humains n’ont pas eu besoin de toi pour déclencher cette guerre qui fait rage sur Terre et qui dure depuis des mois ! se moqua son père. Il est temps d’ouvrir les yeux, mon cher fils, nous sommes tombés dans l’oubli et c’est pour cette raison que tu veux t’en mêler, pour retrouver ta gloire d’antan.
– Est-ce mal ? hurla Varack. Mais regarde autour de toi ! Nous festoyons comme des dieux, nous vivons et baisons comme des dieux, mais nous ne sommes plus rien ! Oui, je veux qu’on m’idolâtre à nouveau. Oui, je veux être celui qui mènera les troupes à la guerre, oui…
– Les hommes n’ont plus besoin de nous pour le faire ! Ce sont des guerres de religion, des guerres de pouvoir… soit, mais personne ne se bat plus pour toi, dieu Varack, ni pour aucun de nous !
– Alors, il est temps que nous reprenions notre place, qu’on nous vénère comme autrefois, qu’on nous craigne, que nous redevenions des dieux parmi les dieux ! rugit Varack.
– Malheureusement, je ne peux pas te laisser faire ça, soupira Élohim en levant son sceptre.
Une lumière surnaturelle en jaillit, frappant Varack en pleine poitrine. Deux des femmes présentes bondirent et poussèrent un cri d’horreur en réalisant que Varack avait disparu.
– Élohim ! Qu’as-tu fait ? gémit la plus âgée en le regardant, effarée.
Le dieu suprême jeta un bref coup d’œil autour de lui et la pièce se vida comme par enchantement. Il approcha ensuite de sa compagne et lui saisit la main.
– Ma douce Bétia, l’âme de notre fils était corrompue par la colère, la folie.
– Il est le dieu de la guerre ! s’exclama cette dernière. C’est pour ça qu’il est né, pour ça que tu l’as créé et à présent tu le renies ? Mais à quoi t’attendais-tu, Élohim, qu’il fasse du macramé avec mes Bétianes ? Dis-moi ce que tu as fait de lui !
– J’ai enfermé son âme dans un artefact, puis l’ai envoyé sur Terre.
La jeune déesse, qui n’avait pas encore prononcé un mot, poussa un cri de désespoir qui se répercuta sur les parois d’or et de marbre qui composait le domaine de Maérisia.
– Pourquoi ? gémit-elle. Varack était mien. Vous n’aviez pas le droit de me l’enlever, nous devions nous unir et… et…
Élohim secoua la tête et releva doucement la jolie blonde à l’allure éthérée. Lui seul avait compris qu’elle et son fils n’étaient pas faits l’un pour l’autre, mais Bétia appréciait beaucoup cette séduisante Bétiane et avait convaincu leur enfant qu’elle ferait une parfaite épouse.
– Relève-toi, Vali. J’ai assorti mon sort de quelques précautions. Dans quelque temps, il sera de retour parmi nous.
Vali opina d’un signe à peine perceptible, étreignit Bétia et quitta la pièce, les larmes ruisselant sur ses joues blêmes.
– Et dans quelques heures, elle se consolera avec l’un des soldats de Varack, déclara Élohim, désabusé.
Bétia croisa les bras sur sa poitrine et dévisagea son compagnon.
– Qu’as-tu fait réellement, mon époux ? lui demanda-t-elle froidement.
– Varack était devenu incontrôlable, énonça-t-il avec calme. Si j’ai bien enfermé son âme dans un talisman, je l’ai entouré de protections afin… afin… qu’il ne soit jamais libéré.
Les murs tremblèrent lorsque Bétia hurla le nom de son fils. Elle avait eu plusieurs enfants, mais Varack était son préféré, quand bien même elle ne l’avouerait jamais.
Au bout d’un moment, elle se redressa, avança vers Élohim et le défia du regard.
– Tu as deux siècles, Élohim. Deux cents ans pour trouver une solution afin de ramener mon garçon, ici même, sur Maérisia, lui assena-t-elle sèchement. Si tu n’y parviens pas, si je ne revois pas mon fils à la fin du délai imparti, je détruirai cet endroit pierre par pierre et je déverserai ma colère sur Terre.
CHAPITRE 1
– Bon ! s’exclama Kenzie. Il faut qu’on organise une virée entre filles.
Ses trois amies la dévisagèrent intensément, se demandant si elle était sérieuse, car si Kenzie envisageait de déroger à ses habitudes, alors la situation devait être grave, voire désespérée.
Ainsi que ça se produisait tous les vendredis, c’était soirée mojitos pour Kenzie, Zahia, Channel et Luna. Elles passaient quelques heures à l’Acropole, un bar qui avait ouvert plusieurs années auparavant, et qu’elles avaient adopté comme quartier général. Toutefois, alors qu’elles n’en étaient qu’à leur deuxième tournée, Kenzie venait de lancer cette petite bombe, si bien que ça ne pouvait pas être imputé à l’alcool.
– Attends, comment ça une virée ? s’enquit Luna en reposant son verre. Tu veux dire une sortie au bowling, au spa, au…
– Non, non, non, rien de tout ça ! s’écria Kenzie. Quelque chose qui sorte de l’ordinaire, qui nous mette un tant soit peu en danger.
Elle venait de prononcer ces derniers mots dans un chuchotement en se penchant vers les autres filles, qui en firent de même, donnant l’impression qu’elles conspiraient contre l’État.
– En danger ? murmura Channel.
Elle jeta un coup d’œil autour d’elle, comme si les membres des services secrets s’apprêtaient à débarquer.
– Bon sang, mais regardez un peu Zahia, poursuivit Kenzie. Depuis sa rupture avec ce connard de Régis, elle dépérit. Nous sommes en plein été, pourtant elle aussi blanche qu’un cul ! En plus, je suis certaine qu’elle n’a plus baisé depuis ce jour !
– Pourquoi ? Parce qu’elle en aura l’occasion là où on ira ? demanda Channel, soudain intéressée.
Kenzie fronça les sourcils et secoua la tête.
– Euh non… enfin, je ne pense pas, éluda-t-elle, mais merde, vous êtes bien d’accord avec moi sur le fait qu’elle se laisse aller, non ?
Trois paires d’yeux se posèrent sur Zahia, qui avala une gorgée de son cocktail sans même réagir. Elle savait ce que voyaient ses amies : une jolie brune d’un mètre soixante-huit, un peu enrobée, avec une bouche pulpeuse, de magnifiques iris violets, des seins hauts et fermes, ainsi que des hanches évasées. Cependant, elles ne pouvaient occulter son teint pâle, les cernes qui ombrageaient son visage et le pli amer qui déformait ses lèvres sans compter son pantalon trop large, son tee-shirt délavé par de nombreux passages en machine et ses converses usagées. Elle devait toutefois se féliciter de ne pas être nue devant elles, car elle avait abandonné la traque des poils disgracieux depuis un moment, se transformant peu à peu en la version féminine de Chewbacca.
– Et encore, continua Kenzie sans se soucier d’avoir haussé le ton, vous ne voyez que la surface. Je suis certaine que son ticket de métro doit être périmé depuis plusieurs mois et que celui qui aura accès à sa petite culotte aura l’impression de se retrouver sur la pelouse du stade du parc des Princes. Le seul avantage pour le gars s’il est amateur de foot est qu’il aura le sentiment de marquer un but.
Zahia s’étrangla dans sa boisson tandis que des éclats de rire provenant de la table voisine se firent entendre.
– Oh, putain, achevez-moi ! gémit-elle en posant son front sur la surface plane en formica.
– Eh, les filles ! Si vous avez besoin de jardiniers, nous sommes excellents en débroussaillage, rugit l’un des boulets en s’esclaffant.
– Oh, mais c’est génial, susurra Luna en portant son verre à ses lèvres. Quant à moi, je suis comportementaliste canin et je préconise toujours à mes clients ayant des bâtards aux grandes gueules de leur coller une muselière sur le museau le temps que je parvienne à les domestiquer, sinon, il y a la castration qui fonctionne également à merveille. Alors, qu’est-ce que je vous prescris ?
Pour faire bonne mesure, Luna se leva lentement et fit craquer ses jointures ainsi que ses cervicales. Elle déplia son mètre soixante-quinze, sa musculature impressionnante, qui datait de son époque « fitness bikini » et qu’elle continuait d’entretenir, tout en jetant un coup d’œil de défi aux gars qui la dévisagèrent, ébahis. Il faut dire qu’elle était magnifique : avec sa jolie teinte caramel, ses yeux d’un vert buisson et ses cheveux courts.
Ils lâchèrent quelques marmonnements qu’elles s’imaginèrent être des excuses, lancèrent un billet sur la table pour payer leurs consommations et les pauvres types filèrent, la queue entre les jambes.
– Et voilà, soupira Luna en se rasseyant. C’est le drame de toute ma vie : je fais peur aux hommes.
– Merci ! murmura Zahia.
Elle lui serra doucement la main tandis que Channel et Kenzie se rendaient au comptoir pour chercher une nouvelle tournée de mojitos.
– Elle ne pensait pas à mal… enfin, je pense, marmonna Luna. Le problème avec Kenzie, c’est qu’elle parle et réfléchit ensuite.
– Et qu’elle tombe toujours juste, soupira Zahia.
Luna la dévisagea longuement et se lança.
– Comment vas-tu, Zahia ? Sérieusement, insista Luna.
– Ça fait près de six mois et je ne parviens pas à remonter la pente, avoua-t-elle. J’étais persuadée que Régis et moi, c’était pour la vie, mais, de toute évidence, si je n’entre pas dans les standards de la mode, je ne le fais pas non plus dans ceux des petites amies.
– La pouffe pour laquelle il t’a quittée est anorexique ! Bien sûr qu’il préfère l’emmener au resto : une salade et un verre d’eau. Sale radin !
– J’aurais dû faire attention à mon poids, me mettre au sport et…
Luna éclata de rire.
– La dernière fois que tu es venue à la salle, tu es entrée dans les vestiaires, tu t’es changée et je t’ai retrouvée à la cafeteria devant un café et un croissant.
– J’avais besoin de forces, s’insurgea-t-elle.
– Et pour tes problèmes financiers ? Tu en as parlé à Régis et à ton avocat ? s’intéressa Luna.
– Nous n’habitions pas ensemble, marmonna Zahia. Tous les achats que nous avons effectués en commun ont été facturés à mon seul nom, y compris les deux crédits, dont il a largement profité, ainsi que le contrat de location de cette luxueuse maison. À présent, il faut que je trouve un endroit plus petit, que… que…
Zahia se mordit les lèvres en voyant Kenzie et Channel revenir avec le plateau.
– Bon, alors, où en étions-nous ? s’écria Kenzie.
– Juste avant que tu ne t’emploies à humilier Zahia, tu parlais d’une virée entre filles, ironisa Luna en s’emparant d’un des verres, et je dois avouer que je suis d’accord.
– Quoi ? s’exclama Zahia en se tournant vers son amie. Traîtresse !
– Que diriez-vous du week-end du 15 août ? proposa Channel. Cette année, il tombe un jeudi, donc nous allons bénéficier du pont du vendredi, soit quatre jours rien que pour nous ! Un séjour dans un hôtel quatre étoiles ou encore…
– Non !
Luna venait de couper la parole de Channel, un léger sourire étirant ses lèvres.
– Je m’occupe de tout ! déclara-t-elle. Ce sera une virée surprise !
– Et pour les frais ? s’enquit nonchalamment Zahia en sirotant sa boisson.
– T’inquiète, ma chérie, je gère ! J’ai un plan imparable et je crois qu’on va bien s’amuser.
 
*
* *
 
Lorsqu’elle descendit du taxi, Zahia vacillait un peu. Elle n’était pas ivre, mais la fatigue et l’alcool ne faisaient pas bon ménage. Elle soupira en regardant l’immense demeure vide qui lui faisait face et qui semblait l’attendre pour l’y enfermer comme dans un tombeau. Elle regretta même un moment de ne pas avoir accepté la proposition de Channel et d’avoir fini la soirée en boîte de nuit. Toutefois, pour cette dernière, ça ne signifiait qu’une chose : lever un mec sexy sur le dance floor , le ramener chez elle et baiser avec lui jusqu’à l’aube. Puis au réveil, pour l’étalon, c’était le walk of shame . Channel restait impassible, continuant de prendre son petit déjeuner tandis que son coup d’un soir filait, la tête basse, sans même oser lui demander son 06.
Et Zahia n’était pas du tout d’humeur à assister à son numéro de dominatrice. En traînant les pieds, la jolie brune longea l’allée, grimpa les marches qui menaient sous le porche et déverrouilla le battant. Elle referma derrière elle et un élan de nostalgie s’empara d’elle. Elle se remémora les fois où elle rentrait, le bruit de ses escarpins résonnant dans le vestibule, attirant l’attention de Régis qui se précipitait vers elle, l’embrassait avec tendresse avant de l’entraîner vers le salon. À présent, il n’y avait plus personne pour l’accueillir, sauf le silence.
Elle se laissa tomber sur la première marche de l’escalier qui menait à l’étage, retira ses chaussures et ses chaussettes qu’elle jeta avec brusquerie au milieu du grand hall. Elle monta sans même prendre la peine d’allumer, ne se guidant qu’à la lueur de la lune et fila vers la salle de bains. Elle dévisagea un moment son reflet tout en réalisant que, quelques mois plus tôt, elle aurait démaquillé son visage et posé une crème de protection après s’être longuement douchée. Mais là, elle n’avait envie de rien, seulement d’être seule et replonger dans la déprime qui était sa compagne depuis sa rupture.
Elle retira son tee-shirt, son baggy, ses sous-vêtements et, enfilant un léger déshabillé, se dirigea vers la chambre d’amis. Elle ne supportait plus de dormir dans celle qu’elle partageait autrefois avec Régis : trop de souvenirs, peu de bons, trop d’autres jalonnés de disputes, de griefs. Pourtant, elle n’avait pas l’impression d’être plus pénible qu’une autre, au contraire, car si l’adage signalait que chacun devait y mettre du sien, dans sa relation avec Régis, c’était elle qui avait fait tous les compromis.
Au début, ce n’étaient que de petits riens : il préférait prendre ses repas dans la salle à manger plutôt que dans la cuisine. Elle avait accepté, même si ça signifiait pour elle faire d’incessants allers et retours entre les deux pièces. Puis ce fut son parfum qui était trop entêtant, elle l’avait changé. Ses vêtements étaient trop sexy ou pas assez… Finalement, c’est lui qui choisissait la tenue qu’elle allait porter. Il n’admettait pas non plus qu’elle lise une fois qu’ils étaient couchés, sous prétexte que la lumière le gênait et l’empêchait de dormir, alors elle restait là allongée à ses côtés de longues heures, espérant que le sommeil l’emporte tandis que Régis ronflait comme un sonneur.
Et il y en avait eu d’autres, tant d’autres…
En soupirant, Zahia s’installa dans son lit, mais elle ne parvint pas à fermer les yeux, trop de pensées se bousculaient dans son esprit. Elle se redressa, s’appuya contre ses oreillers et se saisit de son ordinateur portable posé sur la table de chevet. Dès qu’il fut allumé, son cœur se serra en voyant sa page d’accueil : une photo d’elle et de Régis venait de s’afficher en fond d’écran. Elle datait d’un an plus tôt, lors d’une sortie en amoureux dans un parc de loisirs. Elle avait été prise à leur arrivée, ils étaient heureux… juste avant que Régis ne lui annonce qu’il avait invité un groupe d’amis et qu’elle se retrouve dans le rôle du « porteur de bagages ». Elle avait été assignée à la surveillance des sacs pendant que Régis et ses potes enchaînaient les attractions. Elle avait serré les dents une heure, deux, puis trois.... À la quatrième, elle avait abandonné tout leur barda sur un banc, à la sortie d’un grand huit, était remontée dans sa voiture et avait passé le restant de la journée dans une petite salle climatisée d’un cinéma de quartier. Elle avait évité l’insolation – qui n’avait pas épargné Régis qu’elle avait dû soigner tout en supportant ses lamentations – ainsi que les coups de soleil qui auraient eu un effet dévastateur sur sa peau.
Comme si elle ne souffrait pas assez, Zahia prit une profonde inspiration et ouvrit le dossier « photos », puis cliqua sur la touche diaporama.
Elle revécut ses heures de bonheur, depuis leur rencontre, jusqu’à celles plus sombres de leur rupture.
C’est en larmes qu’elle referma son ordinateur, se fustigeant de se flageller de la sorte. Ce sont ses pleurs qui eurent raison d’elle et c’est en hoquetant, des sanglots pleins la gorge qu’elle s’endormit enfin.
 
*
* *
 
Il n’était pas encore huit heures lorsque des coups assenés avec force à sa porte d’entrée la réveillèrent en sursaut. Elle bondit hors de son lit, trébucha sur la couette qui avait glissé durant la nuit et fouilla dans son armoire. Elle en ressortit une longue robe d’intérieur qu’elle enfila à même la peau après avoir retiré sa nuisette et voua aux gémonies son visiteur matinal.
Elle descendit les marches en criant qu’elle arrivait et ouvrit le battant, prête à fustiger l’opportun, mais resta bouche bée en découvrant son père et deux de ses frères sur le seuil.
– Papa ! Ben ! Martin !
– Bon, au moins, elle se souvient de nous, marmonna Benjamin en la poussant sur le côté pour entrer dans le hall.
Il émit un sifflement moqueur et pivota sur lui-même pour contempler l’intérieur de la maison dans laquelle il n’avait jamais mis les pieds.
– Je t’ai toujours répété, morue, que tu voulais péter plus haut que ton cul. La chute doit être rude, pas vrai ?! lui lança-t-il en lui jetant un regard de dégoût.
Zahia serra les poings, se répétant mentalement de ne pas répondre à ses provocations ni même à sa vulgarité. Elle n’eut toutefois pas besoin de se défendre. Son père prononça le prénom de son fils sur un ton d’avertissement qui n’admettait aucune réplique. Benjamin se tut à l’instant. Il fallait dire que Peter Shawn en imposait et personne ne le défiait jamais.
Il entra à son tour et, sans prononcer un mot de plus, étreignit sa fille. Elle se demandait pourquoi ces trois-là étaient venus lui rendre visite un samedi matin… si tôt. Elle se rendit compte qu’elle avait parlé à haute voix lorsque Martin prit la parole.
– Tu te rappelles que les parents s’étaient portés caution le jour tu as fait cette folie de vouloir louer cette baraque hors de prix, alors que nous t’avions tous averti que tu allais droit dans le mur ? Tadam ! s’exclama-t-il. Hier, papa a reçu un coup de fil de ton proprio qui lui a annoncé que tu avais trois mois de loyer de retard. Putain de merde, lorsqu’on prend des engagements, on les respecte !
Les larmes lui montèrent aux yeux. Elle savait qu’ils avaient raison, mais jamais elle n’aurait pensé qu’ils puissent lui en vouloir ainsi.
– Martin ! Ça suffit ! Arrêtez de fustiger votre sœur de la sorte. Je crois qu’elle a compris la leçon. Allez chercher les cartons dans le camion et emballez ses affaires !
– Attends, comment ça ? Que se passe-t-il, bon sang ? s’écria la jeune fille. Pourquoi faire mes bagages ?
– Ma fille, commença Peter, tu ne peux pas continuer ainsi. Tu aurais dû nous avertir que toi et cet abruti aviez rompu, que tu avais de gros problèmes financiers. Heureusement, c’est terminé à présent, nous sommes là pour t’aider.
– Que… comment ? balbutia-t-elle.
– Je te ramène à la maison !
Zahia vacilla et fixa son père, atterrée, pendant qu’il donnait ses ordres à ses frères. Elle avança dans le salon, se laissa tomber sur le canapé et les regarda choisir les meubles qu’elle garderait et ceux qu’elle devrait mettre en vente pour régler ses dettes. Zahia ressentit cette intrusion et la décision de son géniteur comme un échec personnel. Elle était autonome depuis l’âge de dix-huit ans et, là, elle devait retourner au domicile familial, se retrouver à nouveau sous la coupe de ses parents hyper protecteurs.
Elle avait vingt-six ans et elle devait tout recommencer, tout reprendre à zéro, uniquement parce qu’elle avait cru en Régis, en leur couple. Une larme roula sur sa joue, puis une autre.
Son père et ses frères ne s’occupaient pas d’elle et Zahia ne pouvait que fixer le ballet incessant des cartons, des meubles qui passaient de l’intérieur de sa demeure jusqu’au camion. Elle était sous le choc et ne pouvait s’empêcher de pleurer silencieusement.
– Va faire tes bagages, ma fille, lui dit Peter d’un ton bourru. On décolle d’ici une heure.
– Et… et mon préavis ? demanda-t-elle d’une voix tremblante.
– J’ai tout arrangé avec le propriétaire et l’agence de location. Tes loyers en retard ont été réglés et, en échange, je me suis engagé à vider la maison pour le 31 juillet, énonça-t-il.
– Mais c’est demain ! gémit la jeune femme.
– Ce qui explique pourquoi nous sommes là ! Dès ce soir, tu pourras laisser cet épisode désastreux derrière toi.
Zahia se leva sans un mot, sortit dans le jardin et hurla sa rage, son impuissance et son chagrin à pleins poumons. Fini l’amour, terminé les sentiments, la souffrance.
À compter de cet instant, elle était bien décidée à reprendre sa vie en main tout en excluant les mecs, surtout eux. Elle voulait retrouver son indépendance et elle y parviendrait !
CHAPITRE 2
– Du camping ?! s’exclama Kenzie.
Elle dévisagea Luna comme si elle venait soudain de débarquer d’une planète alien.
Une semaine s’était écoulée depuis leur dernier rendez-vous et la vie de Zahia était encore sens dessus dessous.
Après son départ de la maison de ses rêves, elle avait grimpé dans sa voiture et suivi son père et ses frères jusqu’au domicile familial. Ses deux autres frangins l’attendaient dans l’allée qui menait au garage : Jimmy dont elle était le plus proche et Walt qui l’avait fixée de son regard noir. C’était l’aîné de la fratrie, il avait dix ans de plus qu’elle et la considérait encore comme une enfant.
– Hé, l’interpella Luna, la ramenant au présent, tu es toujours parmi nous ?
C’est alors que Zahia prit conscience, interloquée, que Kenzie et Channel avaient déserté leur table.
– Euh… Où sont les filles ? demanda-t-elle.
– Kenzie est si furieuse de ma proposition qu’elle est partie prendre l’air, Channel l’a accompagnée, car elle voulait vapoter.
– C’est vrai que tu as fait fort ! lui fit remarquer son amie. Du camping alors qu’elles sont du genre hôtel cinq étoiles.
– Ouaip ! Mais nous n’avons pas toutes le même budget, donc c’est ça ou rien ! trancha Luna.
– Je sais que tu as fait ça pour moi, soupira Zahia, et je t’en remercie.
– Raconte-moi plutôt comment se passe la cohabitation avec tes vieux et qu’elle a été la réaction de tes frères.
– Eh bien, pour ces derniers, disons que seul Jimmy me soutient. Les autres n’essaient même pas de comprendre qu’à la base, Régis et moi devions partager équitablement les frais, y compris le loyer de la maison. Ils s’imaginent que j’ai voulu faire ma snob et vivre au-dessus de mes moyens. Ce qui est totalement ridicule parce que je gère mon budget au centime près. Jamais je ne me serais lancée dans cette aventure si je n’avais pas été certaine de mes sentiments pour Régis, et inversement. Le problème, c’est que j’ai été trop confiante.
– Tes frères sont de véritables emmerdeurs, même si j’avoue que Martin est craquant, me répondit Luna en me gratifiant d’un clin d’œil. Toutefois, une chose est sûre : ils t’aiment.
– Ouais, eh bien, ils ont une curieuse façon de me le montrer. Pour eux, je n’ai pas plus de jugeote qu’un mollusque et, franchement, ça me gonfle.
– Tu aurais dû les lancer tous les quatre sur Régis, tu aurais au moins eu cette satisfaction, rit doucement Luna.
– Oh, je suis certaine qu’ils l’envisagent, mais je ne veux rien savoir. Je serais capable de les en empêcher.
– Je suis désolée, pour tout, Zahia, tu ne méritais pas ça.
– Ce qui est fait et fait ! marmonna-t-elle. Il ne me reste plus qu’à faire contre mauvaise fortune bon cœur.
– Le regard de Zahia erra sur la salle.
– Je dois toutefois admettre que mon père me laisse une certaine intimité. Alors que je croyais que j’allais devoir réintégrer mon ancienne piaule d’ados, il m’a refilé les clés de l’appartement que Jimmy occupait il y a trois mois encore.
– Le minuscule studio au-dessus du garage ?
– En fait, ce dernier n’existe plus. Au rez-de-chaussée, j’ai une pièce qui me sert de salon et de coin cuisine. À l’étage, une chambre et une salle de bains. C’est vrai que c’est bien loin de la maison de mes rêves, mais ça me suffit pour l’instant.
– Et tes autres problèmes financiers ? insista Luna. Si tu veux, j’ai une petite cagnotte, je pourrais t’aider et…
– Non, ça va ! l’interrompit-elle. Je parviens petit à petit à me sortir la tête de l’eau. D’ici quelques semaines, je pourrai prendre un nouveau départ. Pour l’instant, je n’ai aucuns frais et j’ai déjà réglé plusieurs factures. À présent, il ne me reste qu’à compter sur moi-même. Je ne ferai plus la même erreur, celle d’intégrer dans mon budget les finances d’un mec. Le jour où je me déciderai à vivre dans une maison, ce sera parce que j’en aurai les moyens. Jamais plus je ne me trouverai dans cette situation.
Luna s’apprêtait à répondre, mais ce fut le moment que choisirent Channel et Kenzie pour réapparaître. Elles se réinstallèrent et Kenzie inspira profondément avant de fixer Luna.
– Je ne sais pas ce qui t’est passé par la tête, lui dit-elle, mais de toute évidence, tu dois avoir tes raisons pour vouloir nous entraîner dans cette aventure, alors explique-nous un peu comment tu envisages le déroulement de ces quelques jours.
– ...

  • Accueil Accueil
  • Univers Univers
  • Ebooks Ebooks
  • Livres audio Livres audio
  • Presse Presse
  • BD BD
  • Documents Documents