Une apparence trompeuse
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Une apparence trompeuse

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Description


Suspecté de corruption, Warren Lockwood, un homme d’affaires new-yorkais, devient la cible du FBI et plus particulièrement de Cole Walsh, l’agent spécial responsable du dossier.


Très vite, Walsh va découvrir le penchant de l’homme qui l’obsède pour le mensonge et la dissimulation. Malheureusement pour le fédéral, Lockwood est dangereusement charismatique. Et l’attirance entre les deux hommes va considérablement compliquer la tâche de Cole, tiraillé entre sa détermination à mettre un terme à ses agissements délictueux et la tentation de croire en son innocence.


Mais le meurtre de deux hommes va les convaincre, lui et son coéquipier, James Caldwell, qu’ils n’ont pas seulement affaire à un manipulateur, mais à un meurtrier de sang-froid.Warren Lockwood est-il la victime d’une machination habilement orchestrée comme il le prétend ou en est-il l’instigateur ? Les enquêteurs du FBI vont devoir démêler le vrai du faux et surmonter les dissensions au sein de leur duo.


De son côté, l’homme d’affaires est déterminé à obtenir ce qu’il convoite. Il aime jouer et, aussi périlleuse soit la partie, il n’aura qu’un seul but, la remporter.


Les deux hommes vont alors s’affronter dans une quête de vérité avec des armes bien différentes.

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 25
EAN13 9782376763987
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0045€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Publié par
JUNO PUBLISHING
2, rue Blanche alouette, 95550 Bessancourt
Tel : 01 39 60 70 94
Siret : 819 154 378 00015
Catégorie juridique 9220 Association déclarée
http://juno-publishing.com/
 
 
 
Une apparence trompeuse
Copyright de l’édition © 2018 Juno Publishing
© 2018 Rochelle gabe
Relecture & Correction Valérie Dubar, Sandrine Joubert, Miss Relect Addict
 
Conception graphique : © Francessca Webster
Tout droit réservé. Aucune partie de cet ebook ne peut être reproduite ou transférée d’aucune façon que ce soit ni par aucun moyen, électronique ou physique sans la permission écrite de l’éditeur, sauf dans les endroits où la loi le permet. Cela inclut les photocopies, les enregistrements et tout système de stockage et de retrait d’information. Pour demander une autorisation, et pour toute autre demande d’information, merci de contacter Juno Publishing :
http://juno-publishing.com/
ISBN : 978-2-37676-398-7
Première édition : décembre 2018
 
Édité en France métropolitaine
 
 
 
 
 
Table des matières
Avertissements
Remerciements
New York, FBI - division criminelle
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 15
Chapitre 16
Chapitre 17
Chapitre 18
Chapitre 19
Chapitre 20
Chapitre 21
Chapitre 22
Chapitre 23
Chapitre 24
Épilogue
À propos de l’Auteur
Résumé

 
 
 
 
 
Avertissements
 
 
 
Ceci est une œuvre de fiction. Les noms, les personnages, les lieux et les faits décrits ne sont que le produit de l’imagination de l’auteur, ou utilisés de façon fictive. Toute ressemblance avec des personnes ayant réellement existées, vivantes ou décédées, des établissements commerciaux ou des événements ou des lieux ne serait que le fruit d’une coïncidence.
Cet ebook contient des scènes sexuellement explicites et homoérotiques, une relation MM et un langage adulte, ce qui peut être considéré comme offensant pour certains lecteurs. Il est destiné à la vente et au divertissement pour des adultes seulement, tels que définis par la loi du pays dans lequel vous avez effectué votre achat. Merci de stocker vos fichiers dans un endroit où ils ne seront pas accessibles à des mineurs.
 
 
 
Remerciements
 
 
Je tenais à exprimer mes sincères remerciements à tous ceux qui m’ont suivie, encouragée, et guidée tout au long de cette merveilleuse aventure. Mes amies et premières lectrices. Sans vous, jamais ce roman n’aurait été aussi abouti. Mes enfants pour leur amour indéfectible qui m’a porté jour après jour. Juno Publishing d’avoir dit oui et de me permettre de concrétiser un rêve, et surtout Valérie pour sa patience.
Et je remercie tout particulièrement ceux qui ont lu ce livre. En lectrice, moi-même dévoreuse de romans, j’ai eu, page après page, le souci de rendre cette histoire attractive.
Les livres ont le pouvoir de créer des liens d’amour et de respect. Nous sommes libres d’être qui nous sommes, c’est le message que j’ai voulu transmettre à travers mes personnages. Croyez en vous, à chaque instant de votre vie, croyez en vos rêves et osez.
Merci.
 
 
 
 
 
 
 
«  Mais qu’importe l’éternité de la damnation à qui a trouvé dans une seconde l’infinie de la jouissance !  »
 
Le spleen de Paris, Charles BAUDELAIRE.
 
 
 
Une apparence trompeuse
Walsh & Lockwood #1

 
Rochelle Gabe

New York, FBI - division criminelle
 
 
 
 
Pour qu’un mensonge fasse illusion, il est essentiel d’apporter au récit une touche de vérité. Peu importe la forme que cela peut prendre, qu’il s’agisse d’une émotion ou du lointain souvenir d’un événement vécu, la condition sine qua non pour être crue demeure dans ce détail qui fera naître un sentiment de confiance chez l’interlocuteur.
Malheureusement, rien dans les propos de cet homme n’inspirait la confiance. Il répétait son récit sans dévier d’une virgule, avec un aplomb qui rendait fou l’agent spécial Cole C. Walsh.
Supporter ces inepties était une épreuve en soi, mais le faire depuis la salle d’observation, un espace réduit suffocant, alors qu’ils auraient dû, son équipier et lui, être ceux qui menaient l’interrogatoire n’arrangeait pas son humeur. Il s’impatientait, déplorant l’absence de réaction des enquêteurs et le manque d’originalité de leurs questions.
Était-il le seul à voir ce qui se tramait ?
Cole jeta un regard à James Caldwell qui observait la scène en silence, les bras croisés sur la poitrine. Son coéquipier affichait une sérénité qu’il était loin de partager.
— Tu vois la même chose que moi ? demanda Cole.
— Je l’ai sentie avant même que tu dises un seul mot.
— Senti quoi ?
— Ta frustration, elle en dit long.
— Ma frustration ?
Caldwell avait le chic pour l’agacer d’un simple mot. Il faisait mouche à tous les coups avec une perspicacité horripilante.
— Peut-être, reconnut-il à contrecœur. Mais avoue qu’il y a de quoi être frustré ! Ce type nous prend pour des imbéciles !
— Et tu détestes ça.
— Bien sûr que je déteste ça !
Son exaspération ne tombait pas du ciel, elle était le fruit d’heures entières à subir les arguments fallacieux d’un revendeur de drogue. Et, au lieu de s’aventurer sur ce terrain glissant, Caldwell aurait mieux fait de le féliciter pour avoir su maîtriser ses nerfs.
— Dis, tu pourrais au moins apprécier mes efforts.
— Mais je les apprécie, crois-moi, affirma Caldwell, amusé.
Il savait, en effet, ce qu’il en coûtait à son partenaire de rester sage aussi longtemps. Une immobilité surprenante chez un homme si remuant.
Derrière eux, la porte s’ouvrit brusquement et Jon Harley, l’agent spécial responsable du bureau new-yorkais, fit irruption.
— Verdict ?
Dans une simultanéité presque parfaite, les deux fédéraux reportèrent leur attention sur Miguel Calderon. Le dealer, bien connu des services de police, avait été interpellé alors qu’il refourguait sa came au mauvais endroit au mauvais moment. Aussitôt, l’homme avait tenté de négocier sa libération contre des informations susceptibles d’intéresser le FBI.
— Il ment, lâcha Cole, son partenaire hochant la tête pour appuyer sa déclaration.
— D’accord, concéda Harley après un temps de réflexion. Une suggestion ?
Cole Walsh envisageait sérieusement la possibilité de réclamer la fin de leur calvaire lorsque Calderon lâcha un nom, celui d’un homme d’affaires très éloigné de la sphère dans laquelle il évoluait. Cole n’avait pas la naïveté de croire que la corruption s’arrêtait aux portes des entreprises des beaux quartiers, néanmoins la raison qui poussait le dealer à dévoiler ce nom l’intrigua.
Il fit un pas en avant, se rapprochant du miroir sans tain, soudain attentif à l’échange. Qui était cet individu dont Calderon semblait penser qu’il pouvait lui éviter un séjour derrière les barreaux ? Pourquoi l’avait-il balancé et en quoi cette information ferait-elle avancer leur enquête ?
— Cette piste vaut-elle le coup d’être suivie   ? interrogea Harley.
— C’est ce qu’il semble vouloir.
— À quoi pensez-vous ?
Cole haussa les épaules.
— Je pense qu’il cherche à nous enfumer.
— Et ? insista Harley, irrité d’avoir à encourager son agent à pousser plus avant ses explications.
Jon Harley le soupçonnait de lui faire payer son refus de le laisser interroger Calderon. Pourtant assister à l’interrogatoire de l’autre côté du miroir possédait ses avantages… comme offrir un recul particulièrement révélateur des lacunes – même celles à peine perceptibles – d’un témoignage dont il savait que Cole en tirerait de bien meilleures conclusions que n’importe lequel de ses hommes.
— C’est juste une intuition…
— Ne vous faites pas prier, Walsh !
— C’est un jeu de piste. Il sème des indices pour nous guider vers un but précis.
— Lequel ?
— Allez donc lui poser vous-même la question, maugréa Cole, conscient de frôler l’insubordination.
Le problème était qu’il n’en savait rien, et ce constat d’échec le minait. Quatre mois plus tôt, un appel anonyme les avait mis sur la piste d’agents d’État soupçonnés de corruption, de trafic d’influence et de détournements des fonds publics à des fins personnelles. Cette enquête assez banale de prime abord s’avérait, chaque jour, plus complexe. En quelques semaines, l’équipe de Harley avait récolté une masse considérable de renseignements étrangement inexploitables. Et Cole en était si agacé, qu’il se promettait, le jour où il mettrait la main sur celui qui s’amusait à brouiller les pistes, de lui faire passer un sale quart d’heure.
Et il y prendrait du plaisir !
— Merci, Walsh, pour votre brillante et ô combien percutante intervention, railla Harley, mécontent d’avoir fondé tant d’espoir dans cette arrestation providentielle. Dans trente minutes, je veux voir toute l’équipe en salle de réunion !
Malgré sa sortie pince-sans-rire, Jon savait qu’il ne pouvait se permettre d’ignorer les intuitions de son agent. Par le passé, Walsh avait manifesté une forme de clairvoyance qui lui avait plus d’une fois sauvé la mise.
Cependant, il ne pouvait pas non plus affirmer que ses frasques l’enchantaient. Elles avaient cessé de l’amuser depuis longtemps. Et s’il n’avait pas été aussi compétent, Harley se serait fait un plaisir de le transférer dans un autre service, là où ses sautes d’humeur n’auraient pas perturbé sa division des affaires criminelles.
Le point positif résidait dans le duo qu’il formait avec Caldwell. Et après avoir un temps douté de la pertinence d’associer les deux hommes, Harley s’était félicité de sa perspicacité. Jamais un partenariat ne lui avait donné autant de satisfaction… ni d’aussi nombreux cheveux blancs, déplorait-il amèrement.
Toute médaille avait son revers…
Malheureusement, il l’expérimentait un peu trop souvent à son goût .
 

 
Chapitre 1
 
 
 
 
Les maigres informations soutirées à Miguel Calderon avaient pour point de départ un bar branché sur la 5e avenue. Selon le dealer, l’homme d’affaires qu’il accusait de corruption aimait y passer ses samedis soir en bonne compagnie.
Dès la sortie de l’ascenseur, Cole Walsh sut que la soirée s’annonçait longue et éprouvante. Il n’y avait qu’à voir la façon dont le sol vibrait sous ses pieds pour comprendre ce qui l’attendait. Et le rictus mauvais du videur qui lui bloqua le passage acheva de l’en convaincre. Avec son mètre quatre-vingt-neuf, Cole n’était pas à proprement parler un petit gabarit, mais le gars dressé devant lui dans une posture intimidante le dépassait d’une bonne tête.
Le pouls de Cole s’accéléra. Si cet imbécile décidait de le refouler, sa mission serait terminée avant même d’avoir commencé.
Et ce n’était pas une option !
— Vous êtes seul ?
Cole résista à la tentation de se tourner vers l’espace vide derrière lui pour lui signifier la bêtise de sa question.
— Euh… Oui ? offrit-il magnanime, tout en lissant le revers de sa veste pour attirer son regard sur l’élégance rassurante de sa tenue.
Pour l’occasion, il avait revêtu un costume gris sombre dans lequel il se sentait suffisamment à l’aise pour paraître détendu comme s’il avait coutume de sortir seul, le soir, pour boire un verre. Et il n’allait pas tarder à découvrir si cet effort suffisait à lui ouvrir les portes de ce club ou s’il allait devoir employer une méthode de persuasion un peu moins amicale… quitte à limiter ses chances de passer inaperçu. Mais le videur hocha la tête et se déplaça sur le côté pour libérer l’accès.
Apparemment, conclut-il, soulagé, débarquer seul dans ce genre d’endroit ne portait pas à conséquence.
À peine les portes franchies, Cole fut plongé dans l’antichambre de l’enfer. La foule désinhibée, agglutinée autour des tables chargées d’alcool, conversait bruyamment, la musique hurlant de tous côtés. Sur les murs laqués de rouge, des miroirs reflétaient les lumières roses fluorescentes qui peinaient à éclairer la salle. Des canapés et tentures du même ton pourpre complétaient ce décor agressif. L’atmosphère était étouffante et vulgaire à l’image de ces clients fortunés dont l’arrogance n’avait d’égal que leur mépris des règles.
S’il n’avait pas été désigné pour accomplir cette mission, jamais ses pieds n’auraient foulé le sol de ce club huppé aux antipodes des bars qu’il fréquentait. Ceux, où l’on servait de la bière sur des comptoirs en zinc usé par le temps, là où il pouvait entrer sans cravate, porter un jean confortable, manger des cacahuètes et jurer sans retenue en suivant les compétitions sportives sur des écrans géants.
D’ailleurs, la veille, lors de la réunion, ses collègues avaient lourdement ricané en apprenant qu’il serait, des six fédéraux assis autour de la table, celui qui aborderait leur cible. L’imaginer, lui qui endossait sous couverture le rôle du revendeur de drogue bagarreur et irrévérencieux, se fondre dans un décor clinquant et jouer de son charme pour attirer un homme dans ses filets, avait déclenché l’hilarité générale. Même son coéquipier, d’ordinaire si respectueux, s’y était associé, en prenant toutefois soin de lui tapoter l’épaule en guise d’excuse.
Imperturbable, Cole avait sagement patienté, sous les sifflets et quolibets, que Harley mette fin à l’enthousiasme collectif en réclamant le silence d’une voix de stentor qui avait dû porter jusqu’au cinquième étage. Leur chef avait une patience limitée en ce qui concernait les débordements de ses agents, même s’il concevait qu’il était parfois utile de relâcher la pression.
Une fois le calme revenu, l’équipe au complet s’était remise au travail, fouillant le passé de l’homme d’affaires, sans trouver la moindre preuve d’activités illicites. Et sans preuve – l’homme avait verrouillé sa vie à double tour avec une efficacité qui soulevait quelques questions –, leur enquête s’arrêtait là. Walsh devait donc découvrir ce qu’il dissimulait sans éveiller ses soupçons.
Encore fallait-il qu’il mette la main sur lui.
Feignant une nonchalance qu’il ne ressentait pas, Cole inspecta chaque recoin du bar, en quête de sa cible. Après avoir fait le tour des trois salles une seconde fois, il jeta son dévolu sur la terrasse située sur les toits.
Une bouffée d’air frais l’accueillit lorsqu’il mit les pieds sur cet espace incroyable avec une vue imprenable sur Manhattan. Du haut de ce lieu tant prisé par les New-Yorkais, les lumières des gratte-ciel du Midtown avec l’Empire State Building en toile de fond offraient un spectacle grandiose si rare qu’il en perdit un instant sa concentration.
— La vue est saisissante, n’est-ce pas ?
Cole pivota sur lui-même bien décidé à chasser l’importun qui venait gâcher le seul moment agréable de sa foutue soirée, avant de se figer sur place.
Celui qu’il cherchait se tenait devant lui. Souriant et détendu.
Le portrait qui avait circulé lors de la réunion ne lui rendait pas hommage. Indéniablement, l’homme d’affaires savait quitter cette froide austérité qu’il dégageait sur sa photo officielle pour offrir un visage chaleureux à ses interlocuteurs en dehors des heures de travail.
— Je parlais de celle-là, précisa-t-il en levant son verre vers la ville illuminée, ignorant le regard noir braqué sur lui.
Les secondes s’égrenèrent tandis que Cole, bouche bée, réalisait peu à peu ce qu’il venait de sous-entendre. Quoi ? Avait-il vraiment cru que son physique lui avait coupé le souffle ?
— Je ne suis pas sensible à ce genre de beauté, répliqua Cole sur un ton acerbe parfaitement audible malgré les bruits environnants.
Au lieu de s’en formaliser, l’homme éclata de rire.
Oh seigneur  ! L’écho de ce rire déclencha un vibrato qui ricocha sous son crâne et se propagea comme une traînée de poudre dans chacune de ses terminaisons nerveuses. Cole en resta interdit. Lui, qui ne laissait jamais aucun homme l’émouvoir – trop de complications pour si peu d’avantages – se sentit devenir nerveux dans des proportions inquiétantes.
— Dommage, déplora sa cible, feignant d’être désolé pour lui. Dommage d’être si blasé.
Cole se retint de jurer. Pourquoi avait-il le pressentiment que ce type allait, très vite, lui taper sur les nerfs ?
Peut-être parce qu’en deux mots et un sourire, l’homme d’affaires avait réussi l’exploit de piquer son orgueil au vif, réduire sa patience à néant et insuffler de la vie à sa déloyale libido. Sa confusion gagnait du terrain et il allait devoir se ressaisir s’il ne voulait pas foutre en l’air sa mission pour une ridicule histoire d’ego .
— J’ai besoin d’un verre, soupira-t-il en cherchant un serveur dans la foule tout en s’efforçant de reprendre le contrôle de ses émotions.
— Je crois que vous êtes au bon endroit pour cela. Une préférence ?
— Oh, je n’avais pas saisi que vous faisiez partie du personnel.
Sa répartie, un brin sarcastique, fit légèrement tiquer son interlocuteur dont le sourire vacilla brièvement avant de redevenir franc. Il n’y avait pas à dire, l’homme était persévérant.
— D’accord, consentit Cole, à présent convaincu qu’il allait lui falloir un peu plus d’une rebuffade ou deux pour le décourager. Choisissez pour moi, je vous fais confiance.
Bien qu’il essayât de se persuader qu’il agissait pour les bienfaits de l’enquête – s’il avait cédé trop vite, sa reddition n’aurait-elle pas paru suspecte ? – il ne pouvait ignorer la pointe d’appréhension qui chahutait son estomac. Cet homme avait réveillé, avec une soudaineté déstabilisante, une part de lui si soigneusement cadenassée depuis tant d’années qu’il en avait oublié jusqu’à son existence.
— Warren A. Lockwood, se présenta sa cible après avoir fait signe au serveur en levant simplement deux doigts en l’air.
Son nom était aussi pompeux que le personnage.
— Cole Carson.
Leur poignée de main fut brève, mais franche.
— Texas ?
Cole se raidit instinctivement, se préparant à la critique qui n’allait pas tarder à suivre. Celle qui le placerait dans la catégorie de «  cow-boy », chargée de la connotation péjorative qu’aimaient employer les New-Yorkais lorsqu’ils faisaient référence à l’état du sud, ou de «  bouseux » à la gâchette facile. Mais elle ne vint pas et il ne sut pas s’il devait en être déçu ou soulagé. Il opta pour une réponse désintéressée, plus sage, tout en s’efforçant de ne pas perdre de vue la raison pour laquelle il se trouvait devant lui.
— Plus depuis longtemps.
— Dommage, j’aime bien le Texas.
Sa voix s’était faite traînante, avec un soupçon d’indécence.
— Oui, c’est souvent le cas des hommes dans ton genre.
Warren Lockwood le considéra avec perplexité. Il semblait hésiter entre fuir ou demeurer sous le feu roulant de ses réparties cinglantes.
Mais l’homme d’affaires était intelligent, suffisamment pour comprendre qu’il avait fait fausse route et qu’il ne gagnerait rien à poursuivre leur conversation sans issue.
Le serveur s’avança dans un timing parfait et leur tendit une coupe de champagne après avoir repris celle, vide, de Lockwood. Dès qu’il s’éloigna, sa cible se pencha vers lui.
— Eh bien, passez une bonne soirée, monsieur Carson.
Merde ! jura Cole en le regardant se mêler à la foule tout en essayant de nier qu’il commençait un peu à paniquer. Il lui avait fallu des heures pour parfaire une accroche susceptible de faire paraître leur rencontre fortuite et à la faveur d’une heureuse coïncidence, c’était Lockwood qui était venu à lui. La couverture idéale ! Car qui imaginerait être espionné par une personne à qui l’on s’était soi-même présenté ?
Même si l’idée le hérissait, il allait devoir ravaler sa fierté et lui courir après.
Contournant les tables et les palmiers en pot, Cole le suivit tout en réfléchissant à ce qu’il allait dire pour rattraper le coup. Il s’arrêta net en le voyant intégrer un groupe d’amis, furieux d’avoir raté l’occasion rêvée de créer un contact. Maintenant, il se retrouvait dans une impasse.
À défaut d’autre idée, il trempa les lèvres dans son verre et fut surpris de goûter un excellent champagne. Il leva les yeux de la coupe et reporta son attention sur Lockwood. Pourquoi cela le surprenait-il ? De toute évidence, cet homme n’était habitué qu’au meilleur.
Il chercha une place libre et s’y installa, vidant sa coupe d’une traite. Tant pis pour les convenances. Puis, il fit signe à l’un des employés, tout en priant pour qu’ils servent de la bière dans un endroit pareil. Il l’espérait, car seule une bière pouvait le réconforter de sa prodigieuse stupidité. Sûr que Harley allait adorer le manque de professionnalisme dont il venait de faire preuve.
Le serveur hocha la tête à sa demande et sortit de son champ de vision laissant l’espace libre entre sa cible, qui se tenait à quelques mètres de sa table, et lui. Il en profita pour l’observer discrètement, étudiant ses faits et gestes qui déclencheraient, l’espérait-il, l’amorce d’une solution qui lui échappait encore.
Approcher un inconnu lors de missions d’infiltration était la routine, l’acte le plus banal qui soit. L’approcher, puis le mettre en confiance, jouer de son charme, de son humour ou de n’importe quel artifice pourvu qu’il corresponde au contexte et à l’individu. C’était son truc. Il se coupait de ses émotions et se laissait guider par son instinct. Son corps et sa tête connaissaient la musique par cœur comme une partition mainte et mainte fois répétée. Il se fondait dans la peau d’un personnage sans difficulté ni le moindre effort… alors pourquoi ce soir se sentait-il désemparé ? Ce manque d’inspiration ne lui ressemblait pas et le mettait mal à l’aise.
Dès qu’elle apparut devant lui, Cole vida la moitié de sa bière et résista à l’envie de laisser son front cogner la table et y demeurer jusqu’au petit matin.
Bon dieu, s’il s’était contenté de faire le boulot pour lequel il était payé, il ne serait pas là à chercher désespérément une issue à sa soirée et à maudire…
— La place est-elle libre ?
Cole n’eut pas besoin de lever le nez de sa bouteille pour savoir de qui il s’agissait.
— Je t’en prie, l’invita-t-il, soulagé que la solution s’offre à lui d’elle-même. C’était décidément son jour de chance et il n’avait pas intérêt à saboter cette nouvelle opportunité .
Warren Lockwood posa les mains à plat sur la table, bien déterminé à faire entendre son point de vue.
— Je ne suis pas insistant d’habitude, avoua-t-il dans un élan de sincérité. Je ne pousse personne à subir ma présence, mais j’avoue que tu as piqué ma curiosité.
— Oui, je fais souvent cet effet-là, reconnut Cole en dissimulant soigneusement son soulagement.
— J’ai une suite, à deux pas d’ici, cela te dirait de m’y accompagner, histoire de boire un dernier verre ? proposa-t-il en haussant les épaules pour donner une certaine désinvolture à son invitation si jamais elle venait à être rejetée.
Balayant toute considération autre que professionnelle, Cole se concentra sur la proposition. Bien évidemment, le plan d’action d’origine mis en place par l’équipe ne comprenait pas le passage par la case « chambre à coucher », mais la position horizontale avait quelques avantages indéniables, comme délier les langues et inviter à la confidence.
— Pourquoi pas, s’entendit-il répondre, les battements de son cœur masquant le bref soupir de soulagement de son interlocuteur.
La tournure improbable que prenait la soirée aurait dû l’interpeller, pourtant, elle ne fit qu’aiguiser son impatience. Toute réserve envolée, Cole déposa un billet sur la table, feignant d’interpréter son empressement à le suivre comme une avancée décisive dans sa mission.
 

 
Chapitre 2
 
 
 
 
Cole fit le tour de la pièce, un salon décoré de façon très conventionnelle, jouant les curieux, tout en évitant, par automatisme, de toucher à quoi que ce soit. Inexplicablement, cette suite impersonnelle ne correspondait pas à l’idée qu’il se faisait du personnage. Il l’imaginait évoluer dans un décor plus tape-à-l’œil, quelque chose de flamboyant, presque théâtral et cette sobriété le déconcerta.
— Tu vis dans un hôtel ?
— Non, c’est juste pour le côté pratique.
Cole se crispa en se demandant s’il faisait régulièrement monter ses conquêtes ici au lieu de les ramener chez lui. Son dossier lui avait appris qu’il était propriétaire de plusieurs logements dans trois états différents, dont deux sur Manhattan, mais ne précisait pas s’il résidait aussi dans les hôtels.
— Je te sers un verre ?
— Pourquoi pas ?
— Whisky, vodka, champagne… bière ?
— Une bière fera l’affaire, merci.
Warren s’éloigna en lui jetant des regards curieux par-dessus son épaule.
— Alors, que fais-tu dans la vie ?
— Rien de très intéressant, marmonna Cole en se demandant subitement ce qu’il fichait ici. Il devait entrer en contact avec Lockwood, pas le suivre dans un hôtel et encore moins envisager de coucher avec lui. Qu’est-ce qui lui prenait bon sang ?
Il lui prenait que cet homme le troublait. Et Cole ignorait quoi faire de ce désir aussi soudain qu’inattendu.
Avait-il vraiment l’intention d’aller au-delà des limites recommandées pour obtenir de précieuses informations ou essayait-il simplement de s’inventer de fausses excuses pour tirer son coup ?
D’un point de vue physique, ce ne serait pas un grand sacrifice ni une corvée de franchir le pas si jamais l’opportunité s’offrait à lui – ce qui semblait être le cas –, mais déontologiquement…
Non, il ne pouvait pas se servir de ce motif pour justifier sa conduite vu qu’il avait fait bien pire sous couverture que d’avoir des relations sexuelles avec une cible. Et puis l’homme était très sexy et certains signaux ne trompaient pas, comme ces regards appréciateurs que Lockwood lui adressait depuis leur rencontre.
— Ça va ?
Cole sursauta en portant instinctivement la main sous sa veste, là où il dissimulait d’ordinaire son arme, plus qu’heureux de ne pas l’y trouver. Il tapota sa poitrine comme s’il calmait l’emballement de son cœur, jurant intérieurement. Il devait garder à l’esprit , qu’il s’agissait d’un potentiel suspect et non d’un homme rencontré dans un bar.
— Oui, s’excusa-t-il, gêné, je n’ai pas l’habitude de suivre des inconnus dans leur chambre d’hôtel. C’est un peu… déstabilisant pour moi.
— Tu es un grand garçon, murmura Warren en l’évaluant de la tête aux pieds. Je suis sûr que tu es capable de te défendre tout seul.
— Pourquoi ? Tu comptes m’agresser ?
Warren éclata de rire, une note grave qui lui colla des frissons.
— Pas dans le mauvais sens, non. Je pensais à quelque chose de plus… agréable, susurra-t-il sur un ton dangereusement bas pour ses nerfs.
Cole accepta la bière et but quelques gorgées sans dévier son regard du sien. Il faisait très chaud tout à coup.
— Mets-toi à l’aise, dit Lockwood en retirant lui-même sa veste et en la jetant négligemment sur le bras du fauteuil le plus proche.
Cole ne se fit pas prier et en profita pour desserrer le nœud de cravate qui lui sciait le cou. Du coin de l’œil, il le vit récupérer une petite boîte dans un tiroir et revenir vers le canapé, s’y asseyant en tapotant la place à ses côtés.
— Viens donc t’asseoir.
Cole hésita avant d’accepter l’invitation.
— D’accord.
D’abord confus, il s’alarma en comprenant à quoi servait cette boîte.
— Tu ne vas pas faire ça ?
— Pourquoi ?
— Parce que c’est… illégal ? proposa-t-il.
Son hésitation fut accueillie par un sourire amusé.
— Quoi ? Tu es de la police ? Tu vas me dénoncer ?
— Non, bien sûr que non, je…
À court de répartie, Cole se tut et l’observa rouler son joint avec une dextérité qui démontrait sa pratique.
— Ça va te détendre.
— Je n’ai pas besoin de cette chose pour me détendre.
— C’est de la bonne, vraiment bonne, lui assura Lockwood en lui décochant un clin d’œil complice.
Walsh n’en doutait pas. Il l’observa faire claquer son briquet et aspirer les premières bouffées défendues. D’odorantes volutes laiteuses s’élevèrent lorsqu’il expira doucement une fumée paresseuse, la tête rejetée en arrière.
—  Je tomberai au fond de ta poitrine comme une ambroisie végétale. Je serai le grain qui fertilise le sillon douloureusement creusé. Notre intime réunion créera la poésie. À nous deux, nous ferons un Dieu, et nous voltigerons vers l’infini, comme les oiseaux, les papillons, les fils de la Vierge, les parfums et toutes les choses ailées , cita-t-il les yeux mi-clos.
Cole le fixa bouche bée.
— C’était quoi ?
— Baudelaire, « Les paradis artificiels ». Allez, goûte, insista Lockwood en lui tendant le joint.
Cole hésita quelques secondes avant de l’attraper et de le porter à ses lèvres. Ce n’était pas la première fois qu’il fumait un joint, ni même qu’il se droguait, mais curieusement, le faire en compagnie de Lockwood lui semblait presque… subversif. Il prit une bouffée et exhala lentement la fumée, retenant de justesse un soupir de bien-être. Il n’avait pas menti, elle était excellente. De bien meilleure qualité que tout ce qu’il avait goûté jusqu’à présent. Son instinct le poussait à demander d’où elle provenait et il dut se mordre la langue pour ne pas succomber à sa curiosité.
— Allez, détends-toi, l’entendit-il dire alors que Cole sentait déjà sa tête tourner.
— Ouais, apprécia-t-il, ses lèvres se courbant en un lent sourire sur la vision hypnotique de son hôte qui ne le lâchait pas du regard.
Elle était peut-être bonne, cependant pas au point d’induire si vite cette sensation qui le rendait étrangement engourdi, presque chancelant – agréablement chancelant, corrigea-t-il – et si détaché de son objectif perdu quelque part entre les effluves de marijuana et ces yeux d’un bleu envoûtant.
Et s’il avait eu les idées claires, il s’en serait peut-être inquiété.
 
 
Deux heures et quelques joints plus tard, Cole riait, allongé sur le sol, la tête posée sur un coussin, les pieds de Warren à hauteur de visage.
Tous deux s’étaient écroulés, tête-bêche, et continuaient de se passer un joint en ricanant bêtement. Mû par une envie subite, Cole se tourna sur le côté et lui retira ses chaussettes.
— Qu’est-ce que tu fais ?
— J’observe tes pieds.
— Mes pieds ?
— Oui, ils en disent long sur un homme.
— Ah oui ? Pouffa Warren. Et que disent les miens ?
Cole se redressa sur un coude, juste assez pour les fixer intensément.
— Ils sont… élégants, raffinés… bien entretenus, grogna-t-il, tout comme toi.
Il l’entendit s’esclaffer.
— Tu racontes n’importe quoi. Un pied, c’est laid.
— Pas du tout.
— Tu es quoi au juste ? Un fétichiste des pieds ?
Ce fut au tour de Cole de pouffer de rire, le nez collé contre le pied qu’il tenait toujours entre ses doigts. Il se sentait totalement désinhibé et cette sensation de planer était foutrement jouissive.
— Baudelaire, vraiment ? s’enquit-il soudain d’une voix traînante chargée d’une forme de respect sous une pointe de surprise.
— Je vois que tu as l’esprit vif.
Son sourire, toujours bien en place, lui flanquait des papillons dans le ventre comme des petites vibrations taquines. Lockwood paraissait plus alerte et maître de ses émotions. Lui, sa lucidité s’était fait la malle depuis bien trop longtemps pour s’en émouvoir.
— Ça vient d’où ?
— Quoi, donc ?
— Que tu puisses citer Baudelaire sans avoir à ouvrir un bouquin ?
— Mes études. J’ai passé un diplôme de littérature française à Columbia.
Ses études ? Ah oui, peut-être… Cole était fatigué et son dossier… un souvenir lointain qui lui échappait. Les paupières de plus en plus lourdes, il ne songeait qu’à dormir. Rien d’autre ne le préoccupait plus que ce désir impérieux de fermer les yeux et de s’accorder un peu de repos.
— Et ça te sert à quoi ? bafouilla-t-il d’une voix pâteuse.
— Servir n’est pas exactement le terme que j’aurais employé…
Les paroles de Lockwood lui parvenaient en fond sonore telle une douce musique hypnotique.
— Je crois que je vais dormir un peu, marmonna-t-il en s’installant en position fœtale, le nez toujours collé à son pied nu.
Warren patienta quelques minutes, le temps qu’il s’assoupisse, et lorsqu’un léger ronflement s’éleva dans le silence de la nuit, il retira prudemment son pied et se releva d’un mouvement souple. Il attrapa la veste de son invité et entreprit la fouille de ses poches. Il en sortit un portefeuille, examina le permis de conduire au nom de Cole Carson, puis passa en revue les autres cartes sans en apprendre davantage. Le répertoire de son portable, un modèle banal, s’avéra sans intérêt.
Après une courte réflexion, il récupéra son propre téléphone portable.
— J’ai besoin d’une identification.
Cinq minutes plus tard, deux coups furent frappés à la porte. Warren alla l’ouvrir et fit entrer un type baraqué à la coupe militaire. Le nouvel arrivant se dirigea sans hésiter vers l’inconnu endormi au milieu du salon, lui saisit la main et apposa son pouce sur l’écran d’un boîtier électronique.
— J’enclenche la procédure, vous aurez les résultats avant son réveil.
— Très bien.
L’homme ressortit aussi vite qu’il était entré et Warren revint vers l’agent fédéral après avoir récupéré un plaid dans la chambre pour l’en recouvrir. Il s’accroupit à ses côtés et l’observa avec fascination. Sous l’effet du sommeil, la ride entre ses sourcils, qui, éveillé, lui donnait un air revêche et soucieux, s’était détendue et tout son visage s’en trouvait apaisé. Une barbe de trois jours ombrait ses joues et ajoutait à sa virilité naturelle. Walsh avait un physique que Warren qualifiait d’énergique, puissant, masculin, pas d’une beauté classique vite ennuyeuse, de celle qui s’affiche sur papier glacé. Au contraire, ses traits témoignaient d’une force de caractère indéniable. Ses lèvres formaient une légère moue boudeuse, révélant une apparence juvénile qui le ravit. Sûr qu’il n’allait pas s’ennuyer à séduire un tel homme. Un agréable frisson d’anticipation le parcourut lorsqu’il s’installa sur le canapé, prêt à une longue attente.
 
 
Sa tête semblait prise dans un étau. Cole gémit en roulant sur le dos, emportant avec lui la couverture qui le recouvrait. Il avait mal partout et en comprit la raison en constatant qu’il avait dormi à même le sol. Les rideaux entrouverts laissaient filtrer une lumière vive, ajoutant à son mal de crâne. Il se frotta les yeux en gémissant de plus belle.
Bon sang, où était-il et qu’avait-il fait pour se mettre dans un état pareil ? Désorienté, il se hissa laborieusement sur les coudes, heureux de constater qu’il portait toujours ses vêtements, avant de se redresser complètement. Son regard tomba sur une paire de jambes et il leva la tête, le cœur battant plus fort à l’imminence de ce qu’il pressentît être une catastrophe.
— Bonjour. Bien dormi monsieur Carson ou devrais-je dire… agent spécial Cole C. Walsh ?
Cole sentit son sang se glacer dans ses veines et se raidit instinctivement, tous les sens en alerte. S’était-il trahi ? Avait-il laissé échapper quelques confessions sous l’emprise de la drogue ?
Des bribes de phrases incohérentes remontèrent pêle-mêle à la surface de sa mémoire, se bousculant dans un désordre préoccupant. Il se souvenait vaguement avoir discuté du Texas et peut-être un peu de sa famille, mais pas de quoi détruire sa couverture. Du moins, l’espérait-il.
Warren Lockwood le fixait sans paraître le moins du monde inquiet ni offensé. Il arborait un sourire dénué de tout reproche et seul un sourcil légèrement relevé trahissait sa curiosité. Cole pouvait-il encore feindre d’ignorer de quoi il parlait ou devait-il jouer la carte de la franchise ? Son état le rendit stupidement honnête.
— Comment as-tu su ?
— Empreintes digitales.
Cole porta le regard sur ses doigts comme s’ils allaient lui révéler une vérité. Son humeur s’assombrit brutalement en réalisant ce que cet aveu impliquait.
— Espèce de…
— Attention à ce que tu vas dire, le prévint Warren sans se départir de son agaçant sourire.
— Le joint ? supposa Cole abasourdi.
— Non, la bière. J’y ai ajouté une bonne dose de benzodiazépine. Tu n’y as vu que du feu.
D’un bond, Cole fut debout, et l’autre homme se dressa face à lui avec une agilité et une rapidité qui le surprirent. Il paraissait parfaitement calme et d’en prendre conscience l’effraya encore plus. Une personne sensée aurait instinctivement reculé devant sa grande carcasse menaçante. Pas Lockwood. L’homme d’affaires demeurait détendu, comme s’il n’éprouvait aucune crainte ni ne se sentait menacé. Ou s’estimait-il être son égal ? Pas physiquement en tout cas. Lockwood était plus mince, et s’ils faisaient, à quelques centimètres près, la même taille, il devait peser dix bons kilos de moins. Cole avait une musculature que beaucoup jugeait « agressive » lorsqu’il se tenait droit et affichait un air mauvais, comme en cet instant.
— Tu es seul ?
Même s’il ne percevait aucun bruit dans la suite...

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