Wedding AFFAIR
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Wedding AFFAIR

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Description


Et si, pour Emma, se marier était la pire idée du siècle ?








Le jour de son mariage, Emma panique. Épouser ce maudit Jeremy juste pour faire plaisir à ses parents ? Très peu pour elle !

Après avoir pris ses jambes à son cou, direction l'aéroport pour partir là où personne ne la recherchera ! Quoi de mieux que l'Irlande pour faire le point ? Et le premier Pub venu pour noyer ses doutes ?

Sauf... qu'elle ne s'attendait pas à y rencontrer Cain, un musicien aussi ténébreux que sexy...

Ils s'attirent, se désirent, s'aimantent. S'ensuit une proposition inattendue de la part du jeune homme...




Finalement, l'amour se cache peut-être là on l'on s'y attend le moins...

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 24
EAN13 9782376523543
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0037€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Mills Coleman
Wedding Affair



ISBN : 978-2-37652-354-3
Titre de l'édition originale : Wedding AFFAIR
Copyright © Butterfly Editions 2021

Couverture © Butterfly Editions - Depositphotos
Tous droit réservés, y compris le droit de reproduction de ce livre ou de quelque citation que ce soit sous n'importe quelle forme.
Cet ouvrage est une fiction. Toute référence à des événements historiques, des personnes réelles ou des lieux réels cités n'ont d'autre existence que fictive. Tous les autres noms, personnages, lieux et événements sont le produit de l'imagination de l'auteur, et toute ressemblance avec des personnes, des événements ou des lieux existants ou ayant existé, ne peut être que fortuite.
ISBN : 978-2-37652-354-3
Dépôt Légal : Mars 2021
06042021-2200-VF
Internet : www.butterfly-editions.com
contact@butterfly-editions.com

 Pour toi, Maman. Tu me manques plus que tout.
1



Mais qu’est-ce que je suis en train de faire ? Le bon choix ou bien la plus grosse erreur de ma vie ? Il n’y a même pas un mois, j’étais encore complètement absorbée par la réussite de mon diplôme en ignorant le fait que j’allais me marier peu de temps après. Maintenant, me voilà dans une robe blanche aussi ennuyante que mon quotidien.
C’est absurde. J’adore Jeremy.
Vraiment ?
Il est gentil, paisible, constant – si tant est que cela soit un adjectif adéquat pour un être humain. Cependant, je viens à peine d’avoir vingt-trois ans ! Je ne suis pas prête… Pas pour un tel engagement.
— Arrête de réfléchir, marmonné-je en tentant de calmer la crise de panique qui monte en moi.
J’essuie pour la centième fois mes mains moites et me regarde à nouveau dans le miroir pour vérifier que mon fond de teint ne coule pas avec ma sueur. Je fais peine à voir. Ma robe est… trop stricte, trop droite, trop classique. Tout ce que je déteste. Mais ma mère a insisté, alors j’ai cédé. Mon maquillage n’est pas bien mieux et me vieillit de cinq ans. Ne parlons même pas de mes chaussures qui semblent avoir été empruntées à ma défunte grand-mère.
En réalité, tout ce mariage m’échappe. Même si j’apprécie mon fiancé, je ne l’ai pas choisi. Mes parents l’ont habilement posé sur mon chemin en prenant soin de barrer toutes les intersections. Je ne l’aime pas. Je dois accepter ce que l’on attend de moi. Dans quelques mois, je vais officiellement suivre les traces de mes ascendants et travailler dans l’entreprise familiale, travail pour lequel on me forme depuis des années. Cela exige d’avoir à mon bras un compagnon digne de « notre dynastie », comme dirait Papa.
Une larme coule sur ma joue sans que je puisse l’arrêter. Je suis tellement absorbée dans mes pensées que je n’entends même pas ma meilleure amie, Gwen, entrer dans la pièce.
— Hey, Chérie, qu’est-ce qui t’arrive ? demande-t-elle en venant prendre mon visage dans ses mains.
Je secoue la tête comme si ça allait faire disparaître cette situation.
— Désolée, je suis stressée, c’est tout. Toutes les mariées le sont, non ?
Elle n’est pas ma plus proche amie pour rien…
— Emma. Regarde-moi.
Elle me fixe avec ces yeux qui disent : « Je ne suis pas stupide et nous savons toutes les deux ce qu’il se passe. » Seulement, jusqu’ici, je n’ai pas eu le courage de l’admettre.
— Je n’ai pas envie de l’épouser, chuchoté-je comme si le prononcer plus fort allait m’envoyer directement en Enfer.
Elle me prend affectueusement dans ses bras.
— Tu peux encore changer d’avis, me conseille-t-elle à l’oreille.
Je vais m’effondrer.
— Tu sais bien que non. C’est trop tard. Tous les invités sont là, tout a été payé, je suis habillée et… Jeremy m’attend.
Elle souffle.
— Chérie… Tu peux faire marche arrière tant que tu n’as pas dit oui, ajoute-t-elle désespérée.
Elle tente depuis des semaines de m’ouvrir les yeux. Honnêtement, je ne les ai jamais eu fermés. Je sais ce que je suis en train d’accepter. Je sais que je ne serai pas heureuse, mais c’est ainsi… Non ?
— Mes parents ne me le pardonneraient jamais.
Elle replace une mèche échappée de mon chignon avant de littéralement me secouer.
— Bon sang, Em’ ! Tu vas te marier ! S’il y a bien un moment pour dire clairement ce que tu as sur le cœur, c’est maintenant. Lâche-toi au moins une fois avant de t’enfermer à jamais derrière un masque de fille chiante.
Tellement de choses me viennent en tête. Peut-être qu’en parler arrivera à me déstresser un peu.
— OK, accepté-je en prenant un grand souffle.
Elle est surprise, mais contente aussi d’avoir gagné cette bataille.
— Je n’ai pas envie d’être là. J’en ai marre de cette réalité, marre de me faire dicter mes choix, marre de faire semblant d’être heureuse, marre de faire semblant d’apprécier le commerce, et surtout marre de devoir mettre de côté ma vie pour le plaisir des autres.
— Alors, qu’est-ce que tu fiches en robe de mariée ? s’énerve-t-elle.
Je m’apprête à répondre, mais ma mère entre dans la pièce et réduit à néant tout esprit de rébellion en moi.
— Tu es prête ? demande-t-elle de but en blanc sans même me complimenter alors que c’est elle qui m’a imposé cette robe hideuse.
Je hoche la tête faiblement en évitant sciemment le regard de ma meilleure amie qui me briserait le cœur.
— Bien, alors allons-y.
En avant…
Gwen passe en premier, non sans un soupir éloquent, puis ma mère me guide à travers les couloirs pour m’amener auprès de mon père. Lui non plus ne s’embarrasse pas de compliments et se contente de me taper doucement l’épaule. J’agrippe mon bras au sien et attends que la musique annonçant mon arrivée démarre.
Mon cœur bat plus vite que jamais. J’ai chaud. Je sue à grosses gouttes. Je commence à glisser au fond de mes pantoufles de vieille. Mes pensées fusent dans tous les sens. La salle se met légèrement à tourner autour de moi. J’ai l’impression d’être en plein cauchemar dont il semble impossible de se réveiller.
Ce n’est pas ce que je veux pour ma vie. Pas ce dont j’ai rêvé. Jeremy n’a rien du grand amour. Il n’est pas beau, pas drôle, pas mignon. Il est… au goût de mes parents : froid, ennuyant. Ni heureux ni triste, juste plat. Je m’étais dit que j’arriverais à m’y habituer, seulement, même le sexe avec lui est pitoyable, sans intérêt. Rien ne va dans cette relation. Chacun de nous mérite de trouver mieux.
La musique démarre et la panique prend racine en moi. Mon père tire subtilement sur mon bras pour me signifier qu’il est l’heure d’y aller. C’est le grand saut, mais j’ai comme l’impression d’avoir oublié mon parachute. J’avance aussi doucement que possible, repoussant ce moment au maximum.
Je regarde autour de moi et croise les visages souriants des invités. Il s’agit des amis de mes parents, de leurs clients, de personnes importantes dont je n’ai rien à faire et qui ne me connaissent pas. Mes yeux se posent sur mon futur mari et l’envie de courir dans le sens inverse se fait de plus en plus pressante.
Réveille-toi, Emma !
S’il m’aimait vraiment, il verrait que je ne suis pas heureuse, que je suis triste de me trouver dans cette position. Il n’en a que faire, tout comme ma famille. Ils sont tous très satisfaits de cet arrangement et je ne cesse de me demander pourquoi, moi, je garde espoir que les choses changent.
Je jette un œil à mes amis, les seuls à comprendre mon désarroi. Gwen pourrait presque s’opposer au mariage. Je lui en serais reconnaissante à vie… J’atteins l’autel à reculons et je me place devant Jeremy sans pouvoir pour autant le regarder dans les yeux. Je vais pleurer, crier ou m’effondrer. Je n’aurais jamais cru que ça serait aussi dur.
La cérémonie débute avec la lecture de textes qui ne signifient rien pour moi. Ils sont vides, tout comme cette relation. Je fais semblant d’écouter et reste calme alors que dans ma tête se déroule le plus gros combat de mon existence. Je gâche mon futur, mes rêves. Ma vie vient à peine de commencer, et en me mariant aujourd’hui, je la réduirais déjà à un énorme film débile du samedi après-midi. C’est mon histoire, mais je n’en suis pas l’écrivain. Je suis l’espèce de spin-off de la série à succès qui n’intéresse personne.
Que déciderait la Emma d’avant les responsabilités ?
Elle aurait dit à tout le monde d’aller se faire voir.
Il faut que je choisisse. Je me la joue princesse Diana à finir emprisonnée dans un malheur perpétuel ou je tente l’aventure à la Édouard VII, prête à poursuivre le bonheur ?
J’observe mon fiancé, concentré comme le bon élève qu’il est sur les paroles de l’homme en face de nous, puis je détaille le décor, mes vêtements. Enfin, je jette un œil sur le côté, à Gwen qui paraît se retenir de criser. Nos regards s’accrochent et elle fronce les sourcils pour me demander ce que je veux lui dire.
Je crois que ce mariage est la goutte de trop. Je n’y arrive juste plus. Il est temps, ça ne peut plus durer.
Ma décision est prise.
Je lui souris faiblement. Je penserai à remercier Monsieur Édouard pour l’exemple.
Sans plus réfléchir, je soulève ma robe et dévale la grande allée à contresens sous les mines ébahies ou les exclamations de surprise de ces gens qui auront au moins le réconfort de se dire qu’ils auront eu un beau spectacle. J’entends mes parents s’offenser tout en tentant de calmer les suppositions des invités. J’en profite pour prendre mes jambes à mon cou et ne pas avoir à les affronter. Pour rien au monde, je ne risquerais de revenir sur mes pas.
Je pars me cacher dans un coin de l’hôtel où je sais que ma famille ne viendra jamais me chercher : le bar. Quand ma course folle se termine enfin, je suis prise d’un fou rire incontrôlable, m’attirant toutes sortes de regards intrigués des clients présents. Peu importe, je l’ai fait !
Gwen me rejoint rapidement, assez intelligente pour deviner ma façon de penser. Elle semble inquiète, même si je me doute qu’elle est soulagée de ma décision. Elle doit avoir peur que je change d’avis. Mais quand elle voit mon sourire, elle comprend que mon choix était définitif.
Elle vient m’enlacer.
— Bon sang, c’était génial !
Nous rigolons un moment dans les bras l’une de l’autre avant de nous calmer.
— Je n’arrive pas à croire que tu aies fait demi-tour, je suis tellement fière de toi, s’émeut-elle, la larme à l’œil.
— Moi non plus.
Je ne sais pas quoi dire. Que va-t-il se passer maintenant ? Pour l’instant, je ne peux pas parler avec mes parents, ils ne comprendraient pas. Quant à Jeremy, il mérite une explication, mais pas avant que je sois sortie de cette tenue ridicule.
Gwen me mène discrètement à sa chambre où elle me prête des vêtements de rechange. Je me démaquille et me décoiffe sans que nous parlions, chacune réfléchissant à la suite des événements.
S’il y a une chose dont je sois sûre, c’est que j’ai besoin de me retrouver seule pendant un temps. J’ai besoin de retrouver la Emma d’avant, besoin de tracer mon chemin. Surtout, je dois fuir cette vie qui ne me convient pas. Je dois prendre mes propres décisions, me tromper, mais avancer dans la direction que j’ai choisie et non celle que l’on a fixée en avance pour moi. J’espère qu’ils comprendront et qu’ils me laisseront enfin en paix.
Je me sens coupable par rapport à Jeremy. Pourtant, je sais que je lui rends service. Je nous évite à tous les deux un mariage rempli de regrets et de déception. Cependant, je ne suis pas certaine qu’il voie les choses de cette façon. Comment lui dire ?
— C’est quoi la suite, ma belle ? m’interroge Gwen, me sortant de mes pensées.
— Il faut que je parte d’ici et que je prenne quelques jours pour moi.
Elle hoche la tête en réfléchissant à la question.
— Et tu as une idée d’où aller ? On n’a pas beaucoup de temps, me rappelle-t-elle.
— Je sais juste que ça doit être un lieu où mes parents ne viendront pas me chercher.
Les pauvres auront le cœur brisé. Ou pas… Mais déjà moins que le mien si je leur avais obéi une fois de plus.
— Pourquoi pas ton voyage de noces ? s’amuse Gwen. Il sera tous frais payés.
Elle dit ça sur le ton de la rigolade, cependant, à bien y penser, pourquoi pas ? Après tout, j’ai toujours rêvé d’aller en Irlande et rien de mieux qu’un autre pays pour prendre du recul, non ? Reste à convaincre Jeremy d’accepter…
— Merde, tu réfléchis vraiment à cette option ? réalise-t-elle en me regardant, les yeux écarquillés.
— Ça pourrait le faire.
— Si l’on omet le détail que tout le monde saura où te trouver, oui, précise-t-elle justement.
Si j’avais choisi cet endroit de base, c’était pour être certaine que mes parents ne nous embêteraient pas. Ils détestent ce pays au moins autant que les vêtements bon marché. Pour rien au monde, ils n’y mettraient les pieds. Surtout pas pour leur fille indigne qui s’est enfuie du mariage qu’ils avaient prévu pour elle. Plus j’y pense, plus cette option m’apparaît être la bonne.
— Je dois parler avec Jeremy.
Gwen hoche la tête sans chercher à me contredire et l’appelle immédiatement pour arranger un rendez-vous. Le pauvre doit en avoir marre d’être dans le flou. Il lui faut une explication et j’ai besoin de savoir qu’il accepte que je parte.
Nous décidons de nous rejoindre dans le jardin de l’hôtel. Il a promis de tenir mes parents à distance. Sans perdre une seconde, je descends pour me rendre directement au lieu convenu où il m’attend déjà. Il semble triste, plus que d’habitude, mais je ne dois pas me laisser abattre. Je dois trouver ma voie, tout comme lui, la sienne.
— Hey, commencé-je doucement en arrivant derrière lui.
Il remarque vite que je ne porte plus ma robe.
— Nous n’allons pas nous marier, n’est-ce pas ? demande-t-il même s’il connaît la réponse à cette question.
— Je suis désolée, m’excusé-je sincèrement.
Il m’offre un sourire triste. Un silence s’installe, aucun de nous ne sachant comment aborder le sujet.
— Pourquoi ? J’ai fait quelque chose de travers, Emma ?
Je hausse les épaules.
— Pas volontairement.
Il est encore plus déçu. M’aimait-il réellement ? Je ne pourrais pas y croire.
— Je ne veux pas de tout ça. Je ne peux pas, tenté-je de m’expliquer.
Ce n’est pas un argument qu’il peut comprendre.
— Que va-t-il se passer, alors ?
Il regarde autour de lui, complètement perdu.
— Je dois partir, quelque temps. Prendre le large, réfléchir.
Il vient prendre ma main. Son contact devrait me faire ressentir toutes sortes de choses. Cependant, il ne se passe rien en moi.
— Tu comptes pour moi, tu sais ?
Pourtant, aucune émotion ne traverse son visage.
Non, je ne le sais pas…
— Jeremy…
— Qu’est-ce que je dois faire ? supplie-t-il.
— Me laisser partir, expliqué-je honnêtement.
En proie au désespoir, il secoue la tête. Il ne s’est probablement jamais douté une seconde que le mariage pourrait se dérouler ainsi. Malgré tout, il finit par accepter, conscient qu’il ne réglera rien aujourd’hui. Et puis, il ne s’est jamais vraiment battu pour moi non plus. Il ne doit même pas savoir ce que tenir à quelqu’un signifie.
— Bien, cède-t-il, malheureux.
Je soupçonne qu’il compte repartir à la charge un autre jour. Il doit s’imaginer que je fais une crise et que ça me passera aussi vite que ça m’est arrivé. Peut-être qu’il a raison. Cependant, pour l’instant, je souhaite juste vivre autre chose, et ça, il ne le réalise pas.
— Je pensais partir en voyage de noces. Tout seule. Pour ne pas gâcher cela aussi.
Je dois paraître si égoïste… Il s’énerve petit à petit.
— Je n’aime pas ce pays, de toute façon, critique-t-il amèrement.
Nous n’étions définitivement pas faits pour nous entendre. Au moins, j’ai la certitude qu’il ne me suivra pas.
— Je suis désolée, m’excusé-je à nouveau avant de l’embrasser sur la joue.
Il me lâche la main et repart de son côté sans un mot de plus. Je sais que je le fais souffrir, mais ça ne pouvait plus durer, cette vie était irrespirable. Je rentre dans la chambre de Gwen où elle m’attend, impatiente de m’envoyer en Irlande.
Nous sortons de l’hôtel discrètement pour monter dans sa voiture et partir de cet endroit toxique. Gwen me conduit directement à l’aéroport pour que j’embarque dans le premier avion, direction Galway. Après vingt-trois ans à me faire dicter mes choix, pour une fois, je peux décider pour moi. La liberté m’appelle. Je n’ai plus de temps à perdre.
2



Je me retrouve seule à l’aéroport, mais ça ne me dérange pas. Au contraire, j’éprouve une paix intérieure que jamais je n’aurais cru ressentir à nouveau. Savoir que je me suis débarrassée de mes tracas et de mes obligations pendant un temps semble me faire revivre. Je suis encore en pleine euphorie après le pic d’adrénaline de ma fuite et j’ai l’impression d’avoir sniffé un rail de coke. Heureusement que les gens autour de moi m’ignorent royalement, car, sinon, ils auraient déjà prévenu les autorités.
Je me dirige vers l’enregistrement des bagages et présente mon billet avec mon passeport. L’hôtesse inspecte les données, puis me fixe longuement avant de, finalement, me montrer mes propres papiers.
— Ce n’est pas le même nom sur le billet et le passeport, Madame. Et le numéro du vol ne correspond pas non plus. Avez-vous le titre de transport de quelqu’un d’autre ? me questionne-t-elle presque sévèrement.
Je regarde alors avec plus d’attention les informations notées et, en effet, nous avons eu la bonne idée de prendre le voyage au nom de mon ex-futur mari. Mince… je n’avais pas pensé à ça. En même temps, je ne pouvais pas prévoir que j’allais me tailler de mon propre mariage. Je regarde la dame en face de moi, un peu gênée de devoir raconter les événements de ces dernières heures.
— C’est assez drôle, en fait, commencé-je. Enfin non, pas vraiment. En vérité, je devais me marier aujourd’hui, mais, au bout du compte, ça n’a pas eu lieu.
Elle m’observe en me prenant pour une abrutie finie. Je la comprends.
— Je n’ai pas le temps pour ces idioties, s’agace-t-elle.
— Moi non plus, figurez-vous ! C’est pour ça que je ne me suis pas mariée et que je tente malgré tout de profiter de mon voyage de noces.
Si ça continue, elle va appeler la sécurité. Je dois trouver une histoire larmoyante, et vite. Un petit mensonge ne fera de mal à personne. Surtout que les gens de la file d’attente s’impatientent.
— Écoutez, reprends-je en feignant de me mettre à pleurer, mon fiancé était… méchant. Il m’a obligée à quitter mon travail. Mon chat vient de mourir. Je n’ai pas d’amis et plus personne à qui parler. Je vous en prie, je dois partir pour recommencer une nouvelle vie. J’ai besoin de ce voyage.
Je pourrais être sacrée à Hollywood. L’hôtesse s’adoucit. Elle se met à chercher s’il reste des places pour ce vol. Heureusement pour moi, il y en a. Elle imprime mon billet, enregistre mes bagages, puis me laisse passer à la sécurité. Je la remercie exagérément, avant de me diriger vers la douane pour traverser les derniers contrôles qui me séparent de mes vacances improvisées.
J’arrive finalement devant la porte d’embarquement avec une heure d’avance. J’en profite pour lire un peu. Le temps s’écoule plutôt lentement maintenant que l’adrénaline est retombée. Le fait d’avoir enfin moins de pression sur les épaules me fait respirer à nouveau.
Je suis si perdue dans mes pensées que je ne remarque pas l’homme qui s’assoit sur le siège à côté de moi. Ce n’est que lorsqu’il se met à me parler que je m’aperçois de sa présence.
— Vous êtes seule ? me demande-t-il avec un sourire qui se veut charmeur.
C’est gênant… Il doit avoir vingt ans de plus que moi.
— Euh… oui, réponds-je rapidement avant de replonger ma tête dans mon livre en espérant qu’il comprenne que je ne souhaite pas discuter avec lui.
Ça ne fonctionne pas.
— Une aussi belle femme, seule ? J’ai du mal à y croire.
Génial, il fallait que je me fasse baratiner par un boulet, en plus. Comme si ma journée n’était pas assez pénible.
— Vous devriez, rétorqué-je calmement alors que je commence à m’impatienter.
— Où est-ce que vous allez ?
Argh…
— Au même endroit que vous, je suppose.
Pourquoi je continue à répondre ?
— J’en ai de la chance ! sourit-il.
Pas moi.
— Je peux vous demander votre nom ? me drague-t-il.
Non surtout pas !
Heureusement, les hôtesses invitent finalement les vacanciers à monter dans l’avion. Je me lève comme si l’aéroport était en train de prendre feu. Le pauvre homme semble enfin comprendre que je ne souhaite pas discuter. Il finit par me laisser en paix.
Les familles avec enfants et personnes à mobilité réduite sont appelées en premier, suivies des premières classes dont je fais partie, car, bien évidemment, il était hors de question pour mon père que nous voyagions en seconde. Alors que le reste de l’appareil monte à bord, je m’installe sur mon siège bien trop grand pour une jeune femme. Je me dis que c’est un juste retour des choses pour ce que mes parents m’ont fait endurer ces derniers temps. J’ai bien le droit à un peu de luxe de leur part en guise de dédommagement.
L’avion décolle, mais je ne m’en rends pas vraiment compte tellement je suis englobée sur mon siège avec un plaid chaud sur mes jambes et une flûte de Champagne pleine à ras bord dans ma main. C’est le bonheur et la tranquillité. J’ouvre mon livre et pars pour un trajet entier de lecture dont je rêvais depuis des années.
Mes études m’ont pris tellement de temps que je n’ai pas eu beaucoup de moments pour moi. Le peu que j’avais était dédié à ma famille qui trouvait toujours un tas de choses à m’apprendre sur l’entreprise. Je sais que je suis chanceuse d’avoir un travail et un avenir servi sur un plateau d’argent. Beaucoup de gens doivent me trouver ingrate de partir de la sorte. Seulement, c’est ce que mon cœur me dicte. Pour une fois, j’ai la certitude de prendre la bonne décision. J’ai besoin d’une pause.
Une petite voix dans ma tête me rappelle tout de même que si m’en aller me semble aussi facile, c’est parce que je ne me suis pas encore expliquée avec mes parents. Je ferme les yeux sur les problèmes qui vont bientôt me tomber dessus. Mais une chose à la fois. Pour l’instant, j’ai droit à un peu de détente et d’innocence.
Après un trajet qui m’a paru plutôt court, nous arrivons enfin au-dessus de l’Irlande qui, de haut, promet déjà des paysages de rêve et des souvenirs inoubliables. S’il me restait des doutes quant à ma décision, je n’en ai plus un seul. Je vais être au paradis, ici, pour me retrouver. J’ai hâte de parcourir ces terres sauvages et préservées qui ne ressemblent à nulle autre. Je peux apercevoir de grandes falaises, de larges étendues de verdure, mais aussi de splendides châteaux fièrement dressés en haut de collines verdoyantes.
Ma famille m’avait pris la tête à cause de la météo du pays, mais rien ne pourrait atténuer le plaisir de se balader dans une telle beauté. Je n’attends qu’une chose : atterrir, laisser mes affaires à l’hôtel et commencer directement à découvrir cet endroit dont je rêvais tant.
L’avion se pose finalement à l’aéroport de Galway et j’en sors aussi vite que possible. Je suis impatiente. Je vais récupérer mes valises qui mettent un long moment à se montrer, puis m’empresse d’aller faire la queue pour trouver un taxi. Mon tour arrive après d’interminables minutes, mais ce n’est pas grave. Je ne suis pas pressée, après tout. Et puis, tout le monde ici paraît si gentil que rien ne pourrait m’énerver.
Je monte dans la voiture avant de donner l’adresse de mon hôtel au chauffeur qui ne perd pas de temps pour démarrer. Nous sommes en fin d’après-midi et la route est assez encombrée. Je m’en fiche, car je peux en profiter pour regarder le paysage défiler sous mes yeux.
Les maisons sont toutes plus adorables les unes que les autres avec chacune le même drapeau blanc et bordeaux qui doit appartenir à une équipe locale. Elles sont toutes délimitées par de nombreux espaces verts. Je serais très heureuse de vivre dans un lieu pareil. Pas étonnant que ces gens soient si gentils. Nous pénétrons finalement dans le centre. Le taxi s’arrête devant ce que je suppose être le seul hôtel de luxe du coin. Je paye le conducteur et, rapidement, un homme vient m’aider à porter mes valises à l’intérieur du bâtiment.
Il s’agit d’un immeuble assez élégant, tout à fait respectueux du paysage. Il s’intègre parfaitement au reste de la ville. L’extérieur garde un côté assez traditionnel tandis que l’intérieur, lui, s’avère plutôt moderne et aseptisé. Je me dis que c’est dommage de conserver une telle froideur dans un pays comme celui-ci, mais qui serais-je pour me plaindre alors que je n’ai pas déboursé un sou pour ce voyage ? Je suis une grande chanceuse de pouvoir profiter gratuitement de tout cela.
Je me dirige vers l’accueil. Je suis impatiente de visiter Galway. J’aimerais pouvoir en profiter avant que la nuit tombe.
— Bonjour, Madame, puis-je prendre votre nom ? me reçoit une femme rousse.
Mince… Même problème qu’à l’aéroport. Comment oublier une histoire quand on doit la raconter encore et encore ?
— Jones, mais la réservation doit être au nom de mon… euh… En fait, nous avions réservé la suite nuptiale au nom de Lloyd, mais euh…
Elle tape de façon dynamique sur son ordinateur et trouve la chambre.
— En effet, l’ordre est au nom de Monsieur Lloyd Jeremy.
Ce sont mes parents qui l’ont passé, et pour rien au monde ils n’auraient utilisé mon nom à moi…
— Seulement, nous ne nous sommes pas mariés, finalement, l’informé-je, angoissée de me voir mise à la porte.
Elle me regarde avec des yeux tristes.
— Je suis navrée, compatit-elle.
— Oh non, ne le soyez pas, c’est moi qui suis partie.
Voilà qu’elle me fixe comme si j’étais un monstre. Ça ne va pas arranger mon cas.
J’essaye tant bien que mal de défendre ma cause. Je lui raconte ce que je peux – et ce que je veux – pour lui faire comprendre la situation. Même si elle ne semble pas d’accord, elle finit par me donner la clé, le séjour étant payé et mon nom renseigné dans la réservation.
Quelle honte ! Comme si j’avais envie d’être jugée. En même temps, j’aurais dû m’attendre à ce que l’on ne prenne pas mon parti dans ce genre d’endroit. Ces gens sont forcément du côté de mes parents. Ils doivent fonctionner comme eux et préférer la sécurité au bonheur.
Je monte dans l’ascenseur pour me rendre à la suite nuptiale. Elle occupe tout le dernier étage. Elle est simplement… merveilleuse.
Il y a une énorme cuisine équipée accompagnée d’un grand îlot central qui donne sur un salon très bien décoré. Les murs sont tous peints en différentes teintes de gris et de beige. Le mobilier est non seulement moderne, mais habilement adapté à la vie de couple. Tout est pensé pour amener deux jeunes mariés à se rapprocher : le canapé, la cheminée, le large tapis, sans parler de la chambre. Le lit pourrait accueillir quatre personnes. La salle de bains est tout bonnement somptueuse avec son marbre, son ameublement ultra chic.
Même si tout ce romantisme me rend un peu triste, je n’en reste pas moins soulagée de ma décision. Je saurai définitivement profiter de cet équipement, seule. Je me vois déjà prendre un bain moussant avec une flûte de Champagne à la main.
Sans perdre une minute de plus, je vais me doucher et m’habille pour me rendre en ville, boire un café ou une bière. Je suis surexcitée à l’idée de faire ce que je veux, comme je le veux. Même si je n’ai emporté que des vêtements achetés par les soins de ma mère, ça ne m’empêchera pas d’en profiter pleinement.
3



La ville s’avère encore plus belle que ce à quoi je m’attendais. Je me balade depuis maintenant une heure et je dois dire que la chaleur qui émane de cet endroit est si communicative que je ne peux que m’y sentir bien. Que ça soit les bâtiments, les gens ou l’ambiance générale, tout m’apparaît accueillant.
J’ai traversé quelques rues et me suis laissé porter par les découvertes. Jusqu’ici, rien ne m’a déçue. Il semble y avoir un musicien à chaque intersection, et contrairement à ailleurs dans le monde, ici, ils sont respectés. Les passants s’arrêtent même pour les écouter.
La musique a une place spéciale dans ce pays, assez pour que n’importe qui chante sur un trottoir et fasse profiter les autres de sa passion. Je n’en reviens toujours pas du talent que peuvent avoir ces gens.
En revanche, les guides touristiques ne mentaient pas sur le temps. Jamais je n’avais vu une météo aussi changeante. En l’espace de dix minutes, il peut se mettre à tomber l’équivalent de deux jours de pluie. Ça n’a pas de sens, mais ça rend l’endroit encore plus unique.
Cependant, même si l’eau ne me dérange pas, je n’avais pas pensé me retrouver trempée alors que j’étais partie de l’hôtel sous un grand soleil. Du coup, j’ai un peu froid et me réfugie dans un magasin aux couleurs du pays qui vend de nombreux souvenirs. J’y trouverai sûrement un pull.
J’entre et suis immédiatement accueillie par deux vendeurs aux chapeaux de leprechauns. C’est assez mignon. J’entends la musique d’ambiance irlandaise si enjouée que je ne peux m’empêcher de taper du pied. Si je n’avais pas été tant réservée, je me serais mise à gigoter. Mais je me connais assez pour savoir que ça ne m’arrivera jamais. Mes parents m’ont toujours répété de ne pas me faire remarquer dans un lieu public.
Je déambule dans les rayons, regardant chaque objet avec beaucoup d’attention. Tout est orné d’un mouton ou d’un leprechaun. Il y a du vert de partout et le nom de la ville sur chaque type de souvenirs. Bizarrement, j’ai envie de tout acheter. C’est comme si, d’un seul coup, je réalisais que j’ai vraiment, mais alors vraiment besoin d’un mouton musical ou encore d’une casquette Galway qui fait aussi décapsuleur. Je me ravise et vais plutôt dans le coin des pulls pour éviter d’attraper froid dès le premier jour de mes vacances.
Il y en a de toutes sortes et c’est assez difficile d’en acheter qu’un. J’hésite entre celui où est écrit Galway avec l’autre où est noté Ireland . Puis, j’ai du mal à choisir entre le vert clair et le vert foncé. Quand, enfin, je crois avoir décidé, je repère qu’il existe des sweats à fermeture Éclair et d’autres à enfiler. Un véritable dilemme.
Finalement, au hasard, je prends le vert clair à enfiler avec écrit Ireland sur l’avant. Je me trouve ensuite une écharpe en laine ainsi que des chaussettes chaudes assorties et vais payer mes achats.
À la caisse, je remarque un petit rayonnage de préservatifs fantaisie et la curiosité – le manque de sexe surtout – m’oblige à analyser chacun d’eux.
Le premier met en scène un trèfle qui dit : « Caresse-moi pour avoir de la chance. » Je ne peux m’empêcher de glousser. Le second représente deux œufs au plat de part et d’autre d’une grosse saucisse dépeignant le petit déjeuner irlandais. Alors que je détaille le dernier où est dessinée une pipe qui demande à se faire prendre en bouche, le vendeur attire mon attention.
— Vous semblez fascinée.
Je rougis de honte.
— Non, non !
Il rigole. Il me regarde de la tête aux pieds, m’évaluant silencieusement.
— Vous n’avez pas l’habitude de fréquenter ce genre d’endroit, hein ? avance-t-il sans vraiment attendre de réponse.
Je ne m’embête pas à polémiquer, car, de toute façon, il a raison. Je n’entre normalement jamais dans ce type de magasin souvenirs, mes parents me l’ont toujours interdit. Ils me répètent sans cesse que ça ne convient pas pour les gens comme nous. Si ce monsieur se contente de me juger pour la jupe stricte et le chemisier assorti que je porte, alors il ne mérite pas que je riposte. Je termine de payer et sors sans un mot de plus.
Il commence à se faire tard, donc je décide de rentrer à l’hôtel prendre un bain et dîner dans le restaurant mis à disposition où tous mes repas sont déjà réglés. Mes parents ne mangent jamais hors de l’hôtel, car ils préfèrent s’assurer de l’accueil qu’ils auront. Ce n’est donc pas une surprise qu’ils aient aussi prévu les collations de mon voyage de noces.
Je remonte dans ma chambre et vais directement dans la baignoire jacuzzi où je fais couler de l’eau chaude avec des sels de bain. Une fois que tout est prêt, je me glisse à l’intérieur. Je mets en route les bulles massantes pour mon plus grand bonheur.
À ce moment, je ne peux être qu’heureuse, toute seule ici. Je peux profiter d’activités qu’avec Jeremy je n’aurais jamais osé mentionner. En plus, j’ai le temps de réfléchir à ma vie, à moi et à mon futur sans que qui que ce soit vienne m’influencer.
Je n’arrive pas à croire que j’en sois là. Je ne sais pas à quel moment les choses ont dérapé ou simplement arrêté de me convenir. Depuis toute petite, j’ai été élevée pour respecter le protocole strict imposé par mes parents. J’ai conscience qu’ils ne souhaitent que le meilleur pour moi, mais je commence à me demander si toutes ces fantaisies, dont je suis devenue habituée, sont normales.
À six ans, je ne rêvais que de jouer à l’aventurière dans le jardin de notre villa à Londres. Mes parents ne l’ont évidemment pas accepté et ont élaboré un emploi du temps où j’enchaînais cours de piano, de cheval et d’escrime. Je n’avais plus une minute à moi, mais je le tolérais, car, à l’école, je pouvais m’amuser avec mes amis dans le bac à sable.
Toutefois, un jour je suis revenue un peu trop sale et mes parents ont pris la décision de me faire les cours à la maison. Ils avaient peur que je fréquente de trop près des gens pas assez bien pour moi. La décision a été radicale. Ils ne sont même pas passés par la case école privée. Je crois que c’est la première fois où j’ai été très malheureuse.
La suite de mon enfance n’a pas été bien différente. Dès que je me trouvais un ami, mes proches l’évaluaient et, la plupart du temps, le faisaient fuir. Rapidement, je me suis habituée à l’idée que je devais simplement accepter les collègues que mes parents choisissaient pour moi. Puis, ils ont appliqué ce fonctionnement aux garçons sur qui je craquais.
Je n’ai pu retourner à l’école qu’au lycée. Privé, cette fois. Alors que je croyais enfin pouvoir prendre des décisions, on m’a prouvé que je me fourvoyais. J’ai été prise de passion pour un camarade de classe et j’ai même réussi à sortir avec lui quelques fois. Un jour, j’ai eu le malheur d’en parler avec « mes amis ». Ce jour-là, j’ai découvert que leur loyauté n’allait pas envers moi, mais envers ceux qui les avaient mis sur ma route.
Après ça, je n’ai pu retrouver les bancs de l’école qu’au moment de mes études. Là encore, ils ont choisi ma filière, la ville et l’établissement. Malgré tout, pour une fois, j’ai pu vivre un peu. J’ai rencontré Gwen. Ma toute première amie et de loin la plus fidèle. Grâce à elle et ses idées, j’ai réussi à avoir ma première aventure avec un garçon qui me plaisait vraiment. Je savais que ça ne durerait pas, mais c’était déjà ça.
Au bout d’un an de presque liberté, mes parents sont revenus à la charge avec Jeremy et je n’ai pas cherché à lutter. Il était gentil, plutôt agréable. Je me suis dit « pourquoi pas ? ». Je crois que je me suis convaincue pendant un temps que je pourrais tomber amoureuse de lui et que j’arriverais à être heureuse. Mais même avec toute la bonne volonté du monde, je n’aurais pas pu me mentir bien longtemps.
Avec lui, je ne rigolais jamais. Nous ne sortions qu’avec mes parents. Nos seuls échanges de couple se limitaient à des banalités et le peu de relations intimes que nous avons eues étaient pitoyables. Ma main, sous la douche, restait, au moins, une valeur sûre. Orgasme garanti.
Pire que tout, la première fois que nous avons couché ensemble, c’était pendant mes règles. Vu ses idées arrêtées, mieux valait qu’il pense qu’il était mon premier. Le connaissant, le cas contraire, il aurait pu le répéter à mes parents. Défaut de marchandise. Erreur de qualité. Et j’en passe…
D’ailleurs, il y a des chances que mon père pense que je suis toujours vierge.
Assez pensé au passé. Si je suis là, c’est justement pour me vider la tête et oublier un instant ma réalité. Ici, je peux devenir qui je veux, comme je veux, alors autant profiter de ce bain parfaitement hors de prix.
Je me rejoue ma première balade dans cette ville. Mis à part le vendeur aux jugements, je dois dire que je ne suis pas déçue. Comment ma famille peut-elle détester ce pays ? Ils n’y ont jamais mis les pieds. Ils ne savent pas ce qu’ils ratent.
Cet endroit est si beau, si joyeux et dynamique. Ce coin serait si romantique à deux. Si, un jour, je trouve un homme pour moi, je reviendrai. Cependant, même si mes hormones me titillent pour me remettre en selle, je doute que ça arrive de sitôt.
Tout à l’heure, les capotes ont été un dur rappel à l’ordre. J’ai besoin de me trouver contre le corps nu d’un homme. Qu’il s’occupe de moi. Qu’il m’aide à oublier le regrettable épisode « Jeremy ».
Mes pensées divaguent et je me mets à rêver au compagnon idéal. À celui qui m’aidera à oublier mes problèmes, mais qui arrivera aussi à me faire grimper aux rideaux. Avec lui, je me sentirais comme une vraie femme. Il y a si longtemps que je n’ai pas ressenti de plaisir… L’espace d’un instant, je me dis que je pourrais en prendre ici et maintenant, mais… je n’en sais trop rien. Peut-être que si je parviens à trouver un homme bien et charmant, je me laisserai aller. Toutefois, je me connais et je doute que ça arrive un jour. Surtout pas avec un inconnu.
Quand l’eau commence à refroidir, je sors du bain et me rends au restaurant de l’hôtel déguster mon repas avant de retourner me coucher. Je passe une merveilleuse nuit ce soir-là, et en me réveillant le lendemain, je suis prête pour partir découvrir cette terre sauvage et m’oublier au milieu de ces étendues de verdure.
Pendant les trois jours qui suivent, je visite absolument tout ce je peux, que ça soit des lieux touristiques, des musées ou encore de simples balades en ville ou dans la banlieue. Tout est toujours magique, impressionnant. Je profite de chaque instant même si ma réserve et ma timidité m’empêchent parfois d’en voir plus. Je grimpe en haut de falaises, me promène au bord de l’eau, assiste à des visites guidées de sites uniques et me perds dans des expositions magnifiques, quoique légèrement longues.
Je prends de nombreuses photos et regrette quelque peu d’être seule, car je sais que je n’aurai pas d’images de moi. Mais c’est un moindre mal pour le bonheur que je ressens à cet instant. Il n’est plus question de mariage, de robe blanche, d’entreprise familiale ou encore d’obligations. C’est juste moi, la vue et les moutons. Beaucoup de moutons. Je marche pendant des heures et m’imprègne des lieux au maximum. Je souhaite me souvenir de chaque brise, de chaque goutte de pluie et de chaque rayon de soleil.
En fin d’après-midi, le temps capricieux m’a complètement trempée, mes chaussures de marque sont couvertes de boue. Mon pantalon offert par ma mère est sûrement fichu. Je trouve ça plaisant. J’ai enfin l’impression d’avoir fait quelque chose de ma journée. Je rentre à l’hôtel toujours plus calme, détendue. Même si les hôtesses d’accueil me jugent à chaque fois qu’elles me voient, je ne peux que sourire en montant à ma chambre.
Une fois à l’intérieur, j’ôte mes chaussures et mes vêtements sales pour enfiler mon pull confortable avec un bas de pyjama. Puis, je m’affale sur mon énorme lit et regarde le plafond quelques minutes simplement pour apprécier mon repos. La suite est silencieuse. Je pourrais facilement m’endormir. Seulement mon téléphone, que j’avais laissé ici pour être tranquille, se met à vibrer et semble ne pas vouloir s’arrêter. Apparemment, certaines personnes commencent à s’impatienter d’être tenues à l’écart.
Sans surprise, quand j’ouvre mon portable, j’ai des dizaines de messages, d’appels de mes parents, de mon ex-fiancé. Autant dire qu’ils ne sont pas tous cordiaux. Dans les premiers SMS, ils paraissent plutôt inquiets. Ils jouent sans gêne sur ma culpabilité.

Jeremy : « Pourquoi tu ne réponds pas ? Tout va bien ? C’est comme si tu m’avais abandonné ! »

Abandonné… N’importe quoi, il doit avoir mes parents avec lui en permanence, il est loin d’être seul !

Ma mère : « Où es-tu ?! Réponds, Emma. »

Puis, les messages se font plus pressants et moins aimables.

Jeremy : « Comment peux-tu partir aussi longtemps ? Nous allions nous marier, je te rappelle. »
Ma mère : « Tu es une honte pour cette famille. Jeremy est bien plus digne de nous que tu ne l’es. Je n’arrive pas à croire que tu nous fasses un affront pareil. »
Mon père : « Tu ne te rends pas compte du danger. Tu dois rentrer. Jeremy accepte de te récupérer, alors ne rate pas cette chance. »

De toute façon, si Jeremy avait refusé, ils l’auraient payé pour parvenir à leurs fins. Je dois leur parler ? Je ne pense pas être prête à entendre leurs sermons et me voir obligée de revenir. Seul mon ex-fiancé ne mérite pas un silence radio. Je décide finalement de lui répondre, mais pas à mes parents. J’ai besoin de plus de temps et je sais qu’il leur lira mon message.

Moi : « Non je ne rentre pas. Pas encore. Tu ne devrais pas attendre mon retour, reprends ta vie de ton côté comme je compte reconstruire la mienne. Je sais que je t’ai causé du tort et j’en suis désolée, mais c’est ainsi. Si nous étions faits l’un pour l’autre, tu le comprendrais. Je n’étais pas heureuse. J’ai besoin de temps et d’air. Laissez-moi pendant quelques jours. »

Cette dernière phrase s’adresse plus à mes parents qu’à lui. Je ne pense pas pouvoir être plus claire. Je ne me remettrai jamais avec lui, et même si je finis dans l’entreprise de ma famille, je compte bien choisir moi-même mon compagnon, que ça leur plaise ou non. Jeremy n’en sera que plus libre.
Pour l’instant, je ne souhaite pas parler avec mes parents, et ça, ils doivent le comprendre. Ils m’ont empêchée de respirer toute ma vie, alors, maintenant, c’est à leur tour de prendre leur mal en patience. Ma mère m’envoie un autre message.

Ma mère : « Tu es une ingrate. »

Elle va trop loin et son message me met hors de moi. Comment est-ce qu’elle peut dire une chose pareille ? Après tout ce que j’ai sacrifié pour cette famille ! À cause d’elle, je suis foutue à de nombreux niveaux. Si j’arrivais à ne pas lui en vouloir avant, passer du temps ici me fait réaliser, petit à petit, tout ce qui ne fonctionne pas chez moi et c’est entièrement de sa faute.
Quand je me balade en ville, je ne devrais pas avoir honte du regard des hommes sur moi. Quand je choisis mes vêtements, je ne devrais pas me demander ce que ma famille en penserait. Quand je vais au restaurant, j’aimerais pouvoir commander un simple hamburger et non un homard dégueu’, hors de prix, sans me sentir coupable. Mais surtout, je voudrais pouvoir m’observer dans la glace le matin et me trouver jolie, rayonnante. Juste moi-même. C’est comme si j’étais devenue une étrangère et que la « moi » d’avant était partie en fumée. J’adorerais me retrouver.
Aujourd’hui, il y a beaucoup de choses que je ne sais plus faire, par exemple m’amuser, sortir et profiter de la vie. J’ai toujours un blocage en moi qui m’empêche d’aller au bout de mes envies comme s’il allait m’arriver un truc si pour une fois je mettais un tee-shirt plutôt qu’une chemise.
Je me dis que fuir ce mariage est la meilleure décision que j’ai prise depuis longtemps. Je crains simplement que cette initiative ne soit réduite à néant par mes inquiétudes et ma peur de changer. Je ne connais que les règles que l’on m’a apprises. Seule je ne suis pas sûre de réussir à évoluer. Je pourrais bien tout gâcher quand bien même je ne rêve que de m’émanciper. Si seulement les choses avaient été différentes.
Je ne crois pas avoir été, un jour, à ce point énervée contre ma famille, mais aussi contre moi-même. J’ai laissé faire tout cela, et aujourd’hui encore, alors que j’ai la chance de pouvoir prendre un nouveau départ, je me mets des barrières qui me font rater l’aventure d’une vie. Je devrais avoir la volonté d’aller à l’encontre de mes instincts, me donner les moyens d’évoluer. J’ai une telle trouille.
Je reste un moment assise sur mon lit à réfléchir, à relire les messages que j’ai reçus. Des milliers de pensées me passent par la tête. Je commence à m’agiter. Dois-je faire ci ou ça ? Comme ceci ou comme cela ? Et s’il arrivait ça ? Ou ça ?
— Emma ! m’énervé-je.
Je prends finalement une décision et me lève avant que je ne me dégonfle. Je fonce vers la salle de bains, me lave. Je me prépare rapidement. Ce soir, ça doit changer. Il est temps que je m’oblige à sortir de mes habitudes rassurantes, que je tente le risque au moins une fois ! Je suis bien décidée. Il est hors de question que je recule.
Ce soir, tu sors ! Tu te bouges ! me répété-je dans ma tête encore et encore.
Une fois prête, je prends une grande inspiration, puis quitte ma chambre d’un pas affirmé pour rejoindre le bar que j’ai repéré au coin de la rue : The Goibniu House.
Qui sait ? Je ferai peut-être des rencontres !

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