Young Lover
275 pages
Français

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Young Lover , livre ebook

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Description


Et si toute une histoire d’amour reposait sur un quiproquo ?


Willow, 23 ans, n’a qu’une idée en tête : valider son master et son stage en marketing, quitte à supporter la plus tyrannique des tutrices. Elle y consacre ses jours, comme ses nuits.


Les histoires d’amour, très peu pour elle, elle n’a pas de temps à consacrer à un mec.


Jusqu’au jour où elle tombe sous le charme d’un skateur aussi sexy que mystérieux, qui s'avère être l’un des meilleurs copains de son petit frère de bientôt 18 ans...


Quand les sentiments s’en mêlent, qu’un mensonge en entraîne un autre, Willow devra faire face à une réalité qu’elle craint : tomber amoureuse d’un garçon de 5 ans de moins qu’elle...

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 6
EAN13 9782376528449
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0037€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

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Hedgye Canyon
Young Lover



ISBN : 978-2-37652-844-9
Titre de l'édition originale : Young Lover
Copyright © Butterfly Editions 2021

Couverture © Butterfly Editions - Depositphotos
Tous droit réservés, y compris le droit de reproduction de ce livre ou de quelque citation que ce soit sous n'importe quelle forme.
Cet ouvrage est une fiction. Toute référence à des événements historiques, des personnes réelles ou des lieux réels cités n'ont d'autre existence que fictive. Tous les autres noms, personnages, lieux et événements sont le produit de l'imagination de l'auteur, et toute ressemblance avec des personnes, des événements ou des lieux existants ou ayant existé, ne peut être que fortuite.
ISBN : 978-2-37652-844-9
Dépôt Légal : Janvier 2022
05012021-1430-VF
Internet : www.butterfly-editions.com
contact@butterfly-editions.com

1 - C'est juste une mauvaise journée



Je la déteste !
Comment vais-je survivre encore six mois en stage avec elle ? Miss Londry Estelle est la pire tutrice de toute la Floride. Et les mots sont faibles, elle est impitoyable ; aujourd’hui encore, elle m’a rabaissée devant toute son équipe.
Je jette rageusement mes escarpins aux talons abîmés dans mon sac, puis enfile mes baskets. J’ai l’impression de revivre, bien que mes pieds restent gonflés de cette atroce journée, à devoir lui courir après, les bras chargés de dessins et maquettes qu’elle a tous critiqués.
C’est le prix à payer , je tente de me convaincre.
Tobias avait raison. En postulant à ce poste chez Pineapple Compagny , je prenais le risque de tomber sur des cadors du marketing. Et mes timides dessins risquent de ne jamais les convaincre.
Mes écouteurs sans fil dans les oreilles, je sors du hall de l’entreprise. Le soulagement bien que minime est de courte durée. Ma playlist à peine lancée, un énième appel entrant de Becca coupe ma mélodie. Bon sang, elle a décidé de ne pas me lâcher, aujourd’hui !
— Tu finis enfin par me répondre, balance ma sœur sans un bonjour.
— Tu sais bien qu’avec la vipère Londry, impossible d’utiliser mon smartphone.
— Tu es certaine de pouvoir tenir ?
Un muscle de ma joue tressaille, j’ai horreur quand elle me traite encore comme une gamine. Je me suis quand même donné beaucoup de mal pour obtenir ce Master à l’université de Miami. Bien sûr qu’un petit stage avec une vieille folle est surmontable !
— Qu’est-ce que tu voulais me dire ?
Je connais ma sœur, elle ne m’appelle jamais sans raison. Entre son chien, son mari et sa grossesse difficile, elle envahit ma messagerie ainsi que mon répondeur.
— Tu sais que Papa et Maman partent en road-trip , ce soir. Tu as prévu un cadeau de départ ?
— Pour quoi faire ? Ils ont déjà dépensé toutes leurs économies pour acheter leur caravane, ils n’ont besoin que du nécessaire.
— Attention, Willow, tu deviens aussi méprisante que Londry.
Un grognement s’échappe de ma gorge, je replace mon sac à dos sur mes deux épaules, baisse mes lunettes sur mon nez et longe la plage. En fond, j’entends le claquement des roulettes des rollers et skateboards sur la plateforme en arc de cercle.
— Ils me laissent seule avec Jack, pendant huit semaines. Deux mois où je vais me farcir notre adorable et gentil petit frère.
— Il te dépasse d’une bonne tête, se moque Becca.
— Je sais !
Malgré la chaleur du mois d’octobre, je relâche le chignon serré que j’avais pris tant de mal à réaliser ce matin. Mes cheveux retombent au milieu de mon dos et forment des espèces de vagues irrégulières. J’aperçois mon reflet dans une vitrine du coffee shop . Vêtue ainsi – puisque j’ai laissé ma tenue de business girl au bureau –, avec un short serré et un tee-shirt oversize rentré dedans, des baskets blanches banales et ma crinière de lion fou, je donne vraiment l’impression de sortir du lycée. En réalité, je n’ai pas changé de look depuis cinq ans. Je m’apprête, enfile tailleurs et autres blazers pour paraître stricte dans les locaux du bureau, mais avec mon petit mètre cinquante et ma taille menue, je n’impressionne personne, pas même les potes du lycée de Jack.
— Tu m’écoutes ?
— Non, absolument pas, avoué-je à ma sœur en reprenant la route vers l’arrêt de bus.
— T’es pas croyable, Will’. Comme je te connais par cœur, j’ai acheté un ensemble de bougies pour Maman et une bouteille de Whisky pour Papa de ta part.
— Que tu es adorable, je comprends que tu aies toujours été la favorite, me moqué-je.
Franchement, c’est bien ma veine, mes parents, désormais à la retraite, nous laissent, à Jack et moi, les clefs de la maison jusqu’aux fêtes de fin d’année. Becca est partie du nid depuis bien longtemps et je suis la seule majeure à devoir gérer la tornade qui me sert de petit frère. J’aurais pu me prendre un studio au cœur de la ville, mais entre les transports, les études et mes maigres loisirs, il ne reste que des miettes pour un logement.
— Arrête de dire ça, Papa et Maman n’ont pas de préféré.
— C’est sûr qu’avec un unique garçon comme Jack...
— Je sens que ça risque d’être compliqué vous deux dans la maison.
— Oh, si elle n’est pas en feu d’ici la fin de la semaine !
— Will, tu as vingt-trois ans, désormais. Je sais qu’entre vous, c’est toi, l’adulte.
— Rappelle-moi combien il mesure ?
Becca s’esclaffe dans le téléphone et pousse un gémissement dans la seconde qui suit. Elle doit avoir senti son bébé bouger dans son ventre.
— Vous avez trouvé un prénom ? m’empressé-je de changer de sujet.
— Pas encore, on ne tombe jamais d’accord avec Darren.
— Je suis sûre que Marcus lui saura décider.
— Laisse mon chien en dehors de ça.
Nous rigolons ensemble, cette fois-ci. Il me reste quelques minutes de marche, j’adore ma sœur, mais j’aurais aimé me vider la tête avec une musique de métal bien puissante. Et je sais qu’elle va me tenir la jambe jusqu’à mon arrivée. Elle commence à me raconter la énième dispute d’hier soir sur le choix du prénom. Je ne l’écoute plus que d’une oreille. La mélodie de la mer est rapidement couverte par celle des skateurs. À l’approche du city , je tourne la tête dans leur direction, il m’arrive parfois de voir de belles figures. Même si je ne comprends rien à l’art du skate – dixit mon frère. Je les aperçois plutôt souvent se casser la figure. Est-ce que certains ont l’ambition de passer des concours ? Il y a tous les âges, ce soir, des lycéens, des étudiants, des hommes d’affaires aussi. Un beau panel de muscles en action.
— Du coup, on a failli partir sur Kylian, mais je n’aime pas ce prénom…
J’en aurais presque oublié les plaintes de Becca. L’histoire du cadeau pour nos parents n’était qu’une ruse pour pouvoir me parler de ses soucis. La grossesse ne la réussit pas, vivement qu’elle retrouve le chemin du monde du travail et raconte à toutes ses collègues ses soucis de couple. Si je suis célibataire depuis deux ans, c’est pour une bonne raison.
Je réalise que je me suis arrêtée devant le city . Je détaille un peu plus les skateurs, filles et garçons mélangés. Quand mes yeux tombent sur l’un d’entre eux, il vient de retirer son haut et dévoile son torse légèrement bronzé. Il est svelte, mais ses épaules révèlent une carrure assez musclée. Ses épais cheveux brun foncé sont en bataille. Il doit sentir mon regard sur lui, parce qu’il se tourne dans ma direction.
— Et toi, tu penses quoi de Matthew ? me demande ma sœur.
— Je… euh, c’est bien, bégayé-je en me sentant rougir.
Le garçon m’offre un sourire, il a remarqué que je me suis empourprée comme une gamine. Je tente de répondre, mais ses lèvres s’étirent plutôt en une grimace. Je cligne plusieurs fois des yeux et file tout droit pour rejoindre le bus.
— Voilà ! J’avais raison ! s’exclame Becca.
J’ignore de quoi elle me parle. Je tâte mes joues de mes mains froides pour masquer ma gêne, j’ai chaud jusqu’aux oreilles. Qu’est-ce qui m’a pris de mater ce gars ? C’est certainement la fatigue.
— On se dit à ce soir, conclut ma sœur.
— Oui oui.
La musique s’enclenche à la minute où elle raccroche, le cri strident de la batterie me fait sursauter. Je masse mon front pour me ressaisir. Il m’a troublée. Je passe devant une boutique de pâtisseries et l’odeur sucrée m’attire comme une abeille. Je mérite bien un muffin au chocolat au cœur coulant caramel au beurre salé, après cette dure journée.
***
— Will’, dresse la table ! s’époumone ma mère pour la sixième fois.
— Oui oui ! hurlé-je à mon tour, glissant mon casque sur mon cou.
— Tu vas finir sourde avec ce machin dans les oreilles.
Et pourtant, je risque d’en avoir extrêmement besoin pour les deux mois à venir. Je pénètre dans la cuisine ouverte et récupère la vaisselle encore humide du lave-vaisselle.
— C’était au tour de Jack de le vider, raillé-je.
— Oui, eh bien, il le remplira dans ce cas, le défend ma mère en mélangeant sa salade verte.
— Parce que tu crois qu’il va le faire.
Ça va être la guerre, je le pressens.
— Laisse ton petit frère tranquille, vous aurez tout le temps pour trouver une organisation durant ces huit semaines.
Oui, je m’enfermerai dans ma chambre tandis qu’il squattera le salon. Avec un peu de chance, comme il a oublié la notion de la douche, je pourrai prendre en otage le premier étage et lui laisser le rez-de-chaussée.
— Vous partez à quelle heure ?
— Vers trois heures du matin, ton père ira dormir un peu avant vingt-deux heures, alors essayez d’être calmes, ton frère et toi.
— Oui, bien sûr.
Je dépose les assiettes sur la table de la salle à manger.
— On est combien ? demandé-je.
— Je l’ignore, Tobias t’a dit s’il passait ?
— Je sais pas.
En fait, j’ai eu tellement de messages dans la journée que je n’ai pas pris la peine d’ouvrir les siens. Il sait comme ce stage est important et il me connaît par cœur. Étant sortis ensemble pendant trois ans, le contraire serait étonnant. Malgré notre rupture, on a gardé un très bon contact, on est même devenus des supers amis. On ne s’aimait plus, les amourettes du lycée, ça s’estompe vite. Et puis, à ses vingt-trois ans, il a obtenu le poste de ses rêves à l’autre bout du pays pour un an. Une mutation qui a détruit notre relation amoureuse. Il n’en reste pas moins très proche de mes parents, et je crois que j’ai trouvé un pilier solide dans ce monde de requins que sont les adultes. Il a vingt-cinq ans déjà, il en fait partie.
La sonnette résonne, je jette les couverts à la va-vite sur la table et m’empresse d’aller ouvrir. Sans surprise Tobias attend sur le seuil de la porte, un énorme bouquet de fleurs en main.
— Salut ! C’est pour moi ? le taquiné-je.
Il n’a jamais eu d’ambiguïté entre nous.
— Désolé, mais elles sont pour ta mère. Dans mes souvenirs, tu es plus chocolats que plantes.
— Tu as raison. Rassure-moi, tu ne m’as pas écrit pour m’informer de ta venue ce soir ?
— Je t’ai laissé dix messages, trois mails et j’ai envoyé un pigeon voyageur.
— Désolée… grimacé-je.
— Londry, je sais.
Tobias me sourit. Je l’invite à me rejoindre à l’intérieur. Il a enfilé une tenue décontractée, mais chic, des mocassins marron, un bermuda beige et un simple tee-shirt blanc. Ses épaules larges et musclées lui suffissent pour paraître imposant. En vieillissant, il a pris de l’assurance. Il est mignon, intelligent, le gendre parfait, me répète ma mère. Dommage pour elle, il n’y a aucune chance pour que nous nous remettions ensemble.
— Une journée terrible, alors ? me questionne mon ex en s’asseyant sur le canapé, après avoir salué mes parents.
— Horrible est un euphémisme, tu sais qu’elle a déchiré sans regret le dessin que j’avais fait l’autre soir ?
Je prends place en tailleur à côté de lui, j’ai abandonné chaussettes et chaussures sous la table basse.
— Celui où tu as passé la nuit dessus, tu veux dire ?
— J’étais fière de moi, je m’étais vraiment appliquée et elle a juste dit « hors sujet ».
— Toujours aussi avare de paroles.
— Tu sais qu’elle parle juste avec ses yeux.
Mon père tend une bière à Tobias qui l’accepte volontiers.
— C’était la dernière au frigo, tu peux aller te chercher un soda dans le garage, complète mon paternel.
— On a qu’à boire un coup devant la maison, me propose Tobias.
— Et on sera là à temps pour manger, ajouté-je en papillonnant des yeux pour faire céder mon père.
— Vous me rappelez le bon vieux temps ! Soyez là dans dix minutes, les grillades seront prêtes.
Nous quittons le canapé pour aller nous installer sur les marches de la maison. Nous aions pour habitude de le faire plus jeune et nous nous bécotions aussi beaucoup.
— Et sinon, à part ton stage qui te prend toutes tes journées et toutes tes nuits, ça va en amour ?
J’ignore pourquoi, je me remémore alors le skateur de cet après-midi et mes joues s’enflamment. Tobias se marre en devinant ma gêne.
— Oh, Willow Allen, tu aurais rencontré quelqu’un ?
— Absolument pas, je pensais juste à un coup d’un soir plutôt mignon.
Voilà que je me mets à mentir à mon ami. Je n’ai couché avec personne depuis plusieurs mois. L’abstinence est une obligation quand on veut percer avec Londry toujours derrière soi.
— Et toi ?
— Il y a une fille avec qui ça marche bien en ce moment, j’aimerais te la présenter, mais je crois qu’elle risque d’avoir un peu de mal avec le fait qu’on soit amis.
Nombreuses sont celles qui ont détalé en découvrant que l’on était restés en contact malgré tout. Je suis sa première et réciproquement, on a tout appris ensemble. On ne pourra jamais oublier ça.
— Ouais, ça vaut mieux, ne lui fais pas peur et tu sais comme je suis mauvaise actrice, difficile de prétendre être ta petite sœur.
— On mesure tous au moins un mètre quatre-vingts dans ma famille, Will’, se moque ouvertement Tobias.
— Oui, eh bien, il y a des exceptions ! Jack est grand lui aussi.
En parlant du loup, voilà le phénomène qui s’amène enfin. Il est encerclé par toute sa bande de potes et ils font un bordel pas possible avec leurs roulettes de skates qui ricochent sur le macadam.
— Ah, voilà le prince Jack qui daigne nous faire le plaisir de sa présence, soupiré-je à l’attention de mon ami.
Ce dernier tente de se lever pour lui serrer la main, alors qu’il checke ses amis. Quelles habitudes ridicules ! Je retiens Tobias par le bras.
— Non, laisse-le venir à toi, tu es le plus vieux maintenant. Et ça lui ferait trop plaisir que je lui cède le passage.
— Dans quel genre de guerre vous vous êtes lancés ? se moque mon ex.
— Une sans fin.
Je regarde ses amis s’éloigner un par un quand il n’en reste plus que deux, je dodeline de la tête et je bloque l’instant d’après. C’est le mec de tout à l’heure. Celui qui a retiré son tee-shirt sur la plateforme. Je crois qu’il me reconnaît parce qu’il nous sourit. Tobias ne semble pas le remarquer, il a décidé de se lever pour saluer mon frère et regarder son dernier skateboard customisé à sa façon. Mon regard est ancré dans celui de l’inconnu. Je suis rouge comme une tomate. Gênée de découvrir qu’il puisse connaître mon frère. J’ignorais qu’il fréquentait des étudiants.
— Classe, le logo de la tête de mort ! s’exclame Tobias en retournant la planche dans tous les sens.
Jack se sent fier, au moins, j’avais la paix quand il bossait sur son « œuvre ». Il salue le brun qui m’a tant troublée d’une main et déclare :
— Salut, Mason, à la prochaine.
Mason. Son prénom martèle déjà mon esprit et il faut absolument que je l’en empêche. Bon sang, on ne peut pas flasher sur des gens dans la rue sans leur avoir adressé la parole. Le klaxon de la voiture de mon beau-frère me ramène sur Terre. Marcus descend, surexcité, et se jette sur moi. J’ai à peine le temps de masquer mon visage avant qu’il ne me lèche.
— Ce chien t’adore, déclare Darren en aidant Becca à sortir de la voiture.
Son ventre a bien grossi depuis la dernière fois. Jack vient la prendre dans ses bras, non sans me tirer la langue. Quel lèche-bottes, celui-là ! Dire que l’on va devoir vivre ensemble pendant deux mois, rien que tous les deux.
2 - Vipère Londry a encore frappé



Quand mon réveil sonne, je regrette aussitôt d’avoir autant discuté avec Tobias la veille. J’éteins mon téléphone et m’étire en bâillant à m’en décrocher la mâchoire. La maison est plongée dans le noir à cette heure-ci. Je tends l’oreille, mon frère semble dormir profondément. J’aurais la paix tous les matins au moins, cette marmotte a le sommeil lourd. Je quitte mes draps, enfile mes écouteurs sans fil – j’ai quand même le respect de ne pas le réveiller –, et inspire profondément pour attaquer cette nouvelle journée. Ma routine matinale est bien huilée avec l’expérience. Fini de courir après le temps. J’enfile un crop top blanc et un short denim taille haute. Mon ordinateur portable et ma tablette graphique dans mon sac à dos, j’y glisse aussi ma paire d’escarpins que j’ai massacrée, hier. Le reste de ma tenue de business woman m’attend dans mon bureau. Quand j’ai compris que je ne mettrais pas ce genre de fringues en dehors et parce que je n’arrêtais pas de les froisser dans mon sac, j’ai décidé d’avoir mon propre dressing sur place.
Une musique un peu plus rythmée s’enclenche et me donne l’énergie nécessaire pour rejoindre la cuisine. Ma mère a laissé un petit mot à l’attention de Jack et moi.

Essayez de vous entendre.
Maman.

Je pouffe et meurs d’envie de froisser le papier, mais je sais que mon frère s’en chargera pour moi. J’attrape bol, yaourt et muesli aux fruits tout en me dandinant. Je chantonne ma cuillère en bouche, ouvre les volets du séjour et laisse la timide lumière du matin pénétrer la pièce. Je pose ma vaisselle sale dans l’évier, je sais que je la retrouverai là, ce soir. Je récupère mes baskets blanches abandonnées sous la table, saisis mes clefs, lunettes de soleil et quitte le réconfort de la maison. Aussitôt dehors, l’angoisse du stage s’empare de mon estomac, je regrette presque d’avoir autant mangé et le goût mentholé du dentifrice n’arrange rien. Je resserre les sangles de mon sac, bombe la poitrine et me dirige d’un pas, que je veux sûr, vers l’arrêt de bus.
Il y a encore quelques semaines, j’attendais l’autocar en même temps que les lycéens, et je me sentais dévisagée sans arrêt. Les adolescents sont cruels, critiques même. Désormais, je pars en avance. Je suis sûre d’arriver avant la plupart de mes collègues et surtout de vipère Londry. Le trajet en bus me permet de dormir encore une bonne demi-heure. Lorsque je rejoins le cœur de la ville, celle-ci émerge en même temps que moi. Les salariés sont les seuls à se presser dans les rues. Comme toujours, je fais un crochet au coffee shop près des locaux et achète deux énormes capuccinos. Les mains pleines et bouillantes à force de porter les deux gobelets, je m’arrête un moment pour observer la devanture. D’un ton jaune et rose pastel, nos locaux sont situés dans une aile du workplace face à l’océan. Les immenses baies vitrées donnent sur la plage, les palmiers et les centaines de touristes. Je marche dans les longs couloirs, la moquette amortit le choc de ma semelle. Ça n’empêche pas une pierre de tomber au fond de mon estomac quand je rejoins mon département. Au-dessus de la porte du secteur marketing est incrusté dans une plaque :
Chez Pineapple Compagny, nous vendrons vos réfrigérateurs aux pingouins.
Ça m’a fait sourire le jour de mon entretien. Aujourd’hui, je me dis que derrière ce slogan se cachent un véritable acharnement et une femme cruelle. J’arrive dans mon bureau parfaitement ordonné, Londry déteste que je m’éparpille. Je branche mon matériel informatique, abandonne ma musique et me dirige vers l’armoire d’appoint que j’ai montée moi-même. Je ne suis pas peu satisfaite du résultat. Je me saisis d’un pantalon carotte bleu marine et d’une chemise blouse d’une teinte plus claire. Je me souviens alors pourquoi j’ai embarqué mes chaussures hier soir en les sortant de mon sac. J’avais tordu le talon manquant de me casser la figure. Je réalise qu’un tour chez le cordonnier ne leur ferait pas de mal. Encore des frais que je n’avais pas prévus. Tant pis, je vais devoir me contenter de mes baskets aujourd’hui. Londry va me tuer.
— Toujours aussi matinale, Allen.
J’aperçois Wyatt, le webdesigner , accoudé contre l’entrebâillement de la porte de mon bureau. Il est à peine plus âgé que moi, mais a déjà une classe qui me met presque mal à l’aise. Les mains dans son pantalon de costume, de la même couleur que son veston, il m’observe remettre mes vêtements du matin dans un coin et me saisir de ma trousse de maquillage.
— Toi aussi, Griffin.
— Toujours pas décidée à quitter tes fringues de lycéenne ?
— Et toi, ton arrogance ? rétorqué-je en arrivant à sa hauteur.
Il tapote de sa main libre son torse en souriant. Les yeux de bronze de mon collègue me dévorent de la tête aux pieds, s’il pense que je suis assez stupide pour tomber dans son piège... Wyatt tient un panel de conquêtes à jour, au sein de PineApple et en dehors. Tout le monde ici le sait. Avec la chaleur, il a déjà remonté les manches de sa chemise blanche.
— Je suis sûr qu’on pourrait s’éclater, me lance-t-il alors que je m’éclipse derrière la porte des toilettes.

En moins de dix minutes, j’ai appliqué crème teintée, mascara, eye-liner et gloss. Je tresse mes longs cheveux et laisse la coiffure retomber sur mon épaule. J’ai presque du mal à me reconnaître. Ce n’est pas plus mal, je me sens mieux quand j’arbore ce personnage sûr et ambitieux.
À peine assisse à mon bureau, une tornade fait son apparition. Emy Harrison a encore raté le réveil ce matin. La pétillante blonde du service s’empare aussitôt du cappuccino acheté pour elle, tandis que je bois une gorgée du mien.
— Coucher difficile ? demandé-je.
Ma boîte mail s’ouvre, je redoute toujours ce terrible moment. Certains matins, vipère Londry m’a harcelée de mails dans la nuit. Cette fois-ci, juste un rapport de ma présentation lamentable sur une maquette de tasse pour une marque de café. Rien de nouveau, mais les termes sont choisis avec justesse pour me blesser. Quelle garce !
— Mon chat a décidé de changer mon salon en boîte de nuit, il jouait encore à trois heures du matin avec un bouchon de bouteille, qu’il a récupéré je ne sais où.
— Tu ne veux pas prendre mon frère en échange ? Je saurai me contenter de la compagnie d’un félin.
— Premier jour sans les parents.
— Je redoute déjà mon retour, avoué-je en buvant à nouveau.
Je trie mes mails, il y a de tout, des listes de prénoms et leurs significations pour l’enfant de ma sœur, des articles de sciences de Tobias. Impossible de retrouver son petit là-dedans.
— Tu es au courant de la dernière rumeur qui court ? questionne Emy en inspectant ses ongles manucurés.
Je relève les yeux de mon écran d’ordinateur, ma collègue fait de même et je devine à son sourire diabolique qu’elle est certainement l’une des premières à connaître le dernier ragot et pressée de me le raconter.
— Tu te souviens du magnifique contrat avec So expresso So long qu’on a reçu le mois dernier ?
— Celui où je me suis crashée hier avec ma tasse manquant de personnalité qui n’appelait pas à la dégustation ?
— Oui, exactement ! Eh bien, écoute, j’ai appris hier de Calvin qui a parlé à…-
J’ai déjà perdu le fil. Je ne connais pas encore tout le monde ici, j’ai du mal à mettre un visage sur tous les noms qu’elle me cite. À mes sourcils froncés, elle comprend qu’elle peut sauter cette étape.
— Bref, j’ai appris qu’Andy, un des commerciaux, avait couché avec la représentante de la marque le week-end d'avant !
— Comment il s’est grillé ?
— Wyatt.
— Il revient toujours dans la boucle quand ça parle de cul. Certainement l’une de ses conquêtes aussi.
— Je pensais qu’ils lui auraient collé une clause pour ne pas aller tremper son bout chez nos clients.
Emy et moi éclatons de rire en même temps. Raison de plus de ne jamais céder un seul centimètre de terrain au webdesigner . Alors que nous bavardons joyeusement et qu’elle me raconte en détail son achat de la veille, qu’elle porte aujourd’hui, une aura trop familière se répand dans le département. Je reconnais aussitôt son parfum, une vieille eau de Cologne qu’elle a dû gagner dans un magazine.
Ses talons hauts ricochent d’un rythme lent, mais insupportable sur le sol. Le bureau est soudainement plongé dans le silence et seule sa voix traverse les murs. Les portes claquent les unes après les autres. La vipère éjecte son venin en guise de bonjour dès son arrivée. La pierre tombe une nouvelle fois et je n’arrive plus à boire une gorgée de ma boisson. Quand la poignée de la porte s’abaisse, son visage ridé, tiré en arrière par un chignon strict apparaît, je déglutis difficilement.
— Des dindes un soir de Thanksgiving sont moins bruyantes, Mesdemoiselles.
Elle examine la pièce, je la vois s’arrêter sur moi. Des sueurs froides glissent le long de mon dos, ses yeux en amande se plissent davantage, ses pupilles dissimulées sous l’énorme couche de mascara qu’elle a mal appliqué. Mais personne n’osera jamais le lui dire.
— Dans mon bureau, Miss Allen.
Mon cœur s’arrête alors qu’il battait à tout rompre l’instant d’avant. Je fais craquer discrètement mes doigts. Mes mains sont moites et je crains qu’une trace de transpiration n’apparaisse dans mon dos. Je me lève, crispée, les roulettes de ma chaise crissent au sol et me filent des frissons jusqu’au sommet du crâne. Emy m’offre un sourire encourageant. Franchement, j’aurais besoin de plus.
Londry ne prend pas la peine de m’attendre, elle adore avoir une minute d’avance sur moi. À la tête que font certains de mes collègues, je sais qu’ils ne voudraient pas passer le sale quart d’heure qui va suivre. Les mains entortillées devant moi, je tente d’appliquer les exercices de respiration de Becca. En vain. Le chemin jusqu’au bureau de la boss du service marketing me semble trop court, elle s’installe dans son fauteuil, beaucoup trop grand pour elle. Je me fais l’allusion d’une reine tyrannique sur son trône. Quel châtiment a-t-elle prévu de me faire subir ? D’un signe de tête, elle m’invite à rejoindre la chaise en face, en bois, inconfortable au possible. Il ne faudrait pas qu’un collaborateur puisse prendre ses aises dans son antre.
— Vous avez lu mon mail ?
— Oui, oui.
— Qu’avez-vous appris de cette déplaisante leçon, miss Allen ?
Que vous êtes un monstre, sans aucune bonté pour une pauvre stagiaire de vingt-trois ans.
Comme je mets un peu de temps pour répondre, elle évince ma tentative d’une main, tout en relisant un appel d’offres déposé sur son bureau.
— Que votre travail vous reflète, vous êtes vide et inintéressante. Tout comme cette tasse en porcelaine que vous avez dessinée.
Je sens la chaleur me monter aux joues et je retiens comme je peux les larmes qui menacent de couler.
— Je m’attendais à mieux de votre part. Les recommandations de votre ancien tuteur ont été à mon sens trop élogieuses. Vous devriez redescendre sur Terre.
Pourquoi ai-je choisi de partir dans un cabinet de marketing plus gros ? J’étais bien dans ma petite start-up.
— Nous avons reçu cet appel d’offres de Cocktail Party , notre client désire s’implanter auprès d’une clientèle plus jeune. Ils lanceront un nouveau concept de boisson fluorescente sans alcool lors de la soirée d’Halloween sur Lincoln Road. Puisque vous semblez vous plaire dans cette masse d’étudiants puérils, vous dessinerez le flyer, que vous irez distribuer vous-même bien entendu.
— Mais Halloween est dans une semaine…
— Raison de plus pour vous y mettre dès maintenant au lieu de bavasser avec votre collègue.
D’un geste de la main, elle me congédie. Je me relève au signal et tel un piquet, je me dirige vers la porte. J’entends sa voix aiguë ajouter :
— Et vous irez me changer ces chaussures, vos baskets tassent votre silhouette déjà minuscule.
Merci de noter ma petitesse.
Je rejoins mon bureau avec une gueule d’enterrement qui effraie ma collègue. Elle mordille son stylo à l’afflux des nouvelles. Je me vautre dans mon siège qui recule d’un bon mètre en soupirant.
— Halloween, Cocktail Party , boisson fluorescente sans alcool, tracts à faire et à distribuer.
— Finalement, le café était plus simple, souligne Emy.
La tête en arrière, j’observe la lampe design du plafond. Je peux dire au revoir à mes pauses de midi jusqu’au trente-et-un octobre. Mon alerte mails m’oblige à me redresser, j’ouvre le dernier et découvre que vipère Londry a déjà envoyé son accord au client. Un certain Sonny me répond en m’envoyant le descriptif de leur concept et m’invite à la mise en place de la soirée sur Lincoln Road. C’est presque trop beau, j’attrape mes lunettes rondes à la monture rose dorée dans mon tiroir et relis plus attentivement à haute voix :
— Mademoiselle Allen, encore merci d’avoir accepté de collaborer ensemble sur le flyer de communication à distribuer. Vous trouverez en pièce jointe notre projet, ainsi que les prérequis que nous aimerions retrouver sur notre publicité. Je vous invite mardi prochain à vingt heures au Night bar , vous, ainsi que l’une de vos collaboratrices à découvrir le travail démentiel que nous sommes en train d’abattre pour vendre un maximum de cocktail lors de cette soirée déjantée et effrayante. Mes salutations, Sonny.
— Tu m’emmènes Willow, hein ?
— On va pas compter nos heures supp’, Emy.
J’avale la dernière gorgée de mon capuccino maintenant froid. Au moins, plus je passerai de temps à bosser, moins j’aurai à supporter mon terrible petit frère.
3 - Les pancakes chantants



— Bon week-end, lance Emy en refermant la porte du bureau.
Je la salue de la main, j’ai le dos en compote à force de me pencher sur mon écran d’ordinateur. J’ai beau replacer mes lunettes sur l’arête de mon nez, je vois de plus en plus flou. Je crois que mon corps m’envoie des signaux d’alerte pour rentrer à la maison. Mais je n’arriverai jamais à travailler dans le bruit – déjà que c’était compliqué avant, entre Papa qui s’occupe de son jardin, Maman et Becca qui parlent sans arrêt décor de la chambre du bébé au téléphone et mon frère qui hurle quand il joue à la console. Maintenant qu’il n’a plus de limites, ça risque d’être pire.
— Tu comptes installer un lit de camp ici ?
Comme ce matin, Wyatt adore venir me charrier, je hausse les sourcils en guise de réponse. Mes cervicales s’étirent et un mal de tête pointe le bout de son nez. Je cligne plusieurs fois des yeux, mais l’image ne devient pas plus nette.
— Il est temps de rentrer, non ?
— T’es perspicace quand tu veux, Griffin.
— Tu devrais faire une pause avant de craquer.
Il a laissé son arrogance au placard et vient s’installer en face de moi, à la place d’Emy. Ses bras tatoués appuyés sur le bureau, le regard ancré sur moi, le fauve est prêt à sauter sur la gazelle. Je préfère ignorer ses coups d’œil. Je m’avachis dans le fond de mon fauteuil en cuir et observe la vue de l’extérieur. Le ciel se couvre d’une teinte grise et bleutée, un orage tropical va éclater dans les prochaines heures. Comme moi, si je n’arrête pas.
— T’as déjà eu l’impression que si tu te forçais pas à tout retenir, le monde s’écroulerait ? demandé-je comme si j’étais face à mon psy.
— Même si tu foires ce projet, ton stage ne s’arrêtera pas là, tu fais un focus dessus.
— Parce que c’est important !
— Mon travail aussi est important, ça ne m’empêche pas d’avoir des distractions pour me vider la tête. ...

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