Débris du sillage
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Description

Libre mais inquiète, la poésie de Gilles Latour révèle une appréhension devant la dégradation de l’environnement physique, social et politique. Ses Débris du sillage, mots emportés dans les remous d’un vécu, flottent entre mémoire affective et anticipation de l’avenir, dans un ton tour à tour lyrique, ironique et philosophique.
Ici,
je parle en voyant aveugle
scintillant et prismatique. Ici,
je parle depuis la force et le sang
du berger qui a bu le poison de Circé.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 11 mars 2020
Nombre de lectures 0
EAN13 9782896997138
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0021€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Débris du sillage

Du même auteur
 
 
 
Chez le même éditeur
À la merci de l’étoile : rêves et constellations , Ottawa, 2018, 148 pages. Coll. Fugues/Paroles. Finaliste du prix Trillium 2019.
Mots qu’elle a faits terre , poésie, Ottawa, 2016, 104 pages. Coll. Fugues/Paroles. Finaliste du Prix de poésie Trillium 2016 ; finaliste du prix Le Droit 2016 et du Prix du livre d’Ottawa 2016.  
Mon L ’univers est un lapsus , poésie, Ottawa, 2014, 184 pages. Coll. Fugues/Paroles.
Māyā partir ou amputer , poésie, Ottawa, 2011, 152 pages. Coll. Fugues/Paroles.

Gilles Latour
 
 
 
Débris du sillage
 suivi de
L’écoute aux portes
et de
La porte s’ouvre
(Échos orphelins)
 
Poésie
 
 
 
 
 
 
 
2020
Fugues
L’Interligne

Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives Canada
 
Titre: Débris du sillage ; suivi de, L’écoute aux portes ; et de, La porte s’ouvre (Échos orphelins) : poésie / Gilles Latour.
 
Autres titres: Poèmes. Extraits
 
Noms: Latour, Gilles, 1946- auteur. | Latour, Gilles, 1946- Écoute aux portes | Latour, Gilles, 1946- Porte s’ouvre (Échos orphelins)
 
Description: Mention de collection: Fugues
 
Identifiants: Canadiana (livre imprimé) 20190224843 | Canadiana (livre numérique) 20190224940 |
 
ISBN 9782896997114 (couverture souple) | ISBN 9782896997121 (PDF) | ISBN 9782896997138 (EPUB)
 
Classification: LCC PS8623.A812 D43 2020 | CDD C841/.6—dc23
 
 
 
 
L’Interligne
435, rue Donald, bureau 337
Ottawa (Ontario) K1K 4X5
613 748-0850
communication@interligne.ca
interligne.ca
 
Distribution : Diffusion Prologue
 
ISBN 978-2-89699-713-8
© Gilles Latour 2020
© Les Éditions L’Interligne 2020 pour la publication
Dépôt légal : 1 er trimestre de 2020
Bibliothèque et Archives Canada
Tous droits réservés pour tous pays

À Noemí – nos sillages confondus.

S’il faut périr mieux vaut chanter en buvant
l’aube qui nous change en or !
 
Paul Chamberland, Ton corps luminaire
Débris du sillage
Au milieu de chaque désert, une porte s’ouvre en se léchant les lèvres jusqu’à la plage où la vague pubère revient cueillir son empreinte. Elle siffle un air à boire, debout dans le courant d’air qui se faufile par la serrure de sa fourrure, puis la porte claque sans qu’on sache si l’on est devant ou derrière et il faut choisir entre deux bouquets violents dans le sage paysage de la mer sèche. Mais laissons là ce qui demeure au vent chimique des chatouilles qui nous rejoignent sous la chemise du troubadour affamé de trèfles à quatre feuilles, car une bombe indolente hésite sous nos pas, ou dans l’angle bleu de son aisselle, telle une envie de prier un dieu las de s’inventer. Ici,
je parle en voyant aveugle
scintillant et prismatique. Ici,
je parle depuis la force et le sang
du berger qui a bu le poison de Circé.
De mon plaisir parmi les lions et les loups.
Du verger en broussaille qui s’allume à sa nuque.
De la douleur antidote au feu de sa gorge et de l’ardeur douce des poussières quantiques.
De la source de son chant, de sa surenchère. Du retour pour ensevelir Elpénor qui me souligne et m’encre au souvenir de son corps. Et de chaque sillage anéanti du ciel qui broie ses étoiles dans le charbon grinçant. C’est elle qui dévore des oranges à genoux sur un miroir sali d’huile dans les pétales du jour naissant. Elle pourtant si loin de la lumière, de la lentille et de la cible. Elle en marge des collisions de lèvres que ses envies soulèvent et sur lesquelles nulle haleine n’a soufflé. Elle sous le feuillage du sommeil, sur le parchemin disert des carêmes souvent trahis. Vers la faim blanche des après-midi.
Elle est l’herbe qui fouille le ciel
et oscille au fond des flaches
où nage sa plus belle
illusion d’hirondelle
 
l’alvéole à ciel ouvert
qui creuse la chaussée
le désir des meules et le plaisir
qui consent aux feux du nid
 
l’aiguille qui injecte Bach
et le brin de duvet gris
qui se dépose sur l’assiette
vers midi
 
le beurre noir que l’âme attend
la ruine qui remet les pierres
aux champs
 
le reflet de l’épineuse étoile
qui donne le bras à nos rivières
et le repentir de l’île échouée
au bout des terres
 
elle est celle qui se noie
deux fois dans la même rivière.
Est-ce par hasard que l’hyène déchiquette la nuit sans lune en écoutant rire les rouages de ses lèvres bleues ? Ou par terreur de choir en faim ? Que neige enfin le feu d’artifice qui métamorphose en nuit blanche le sommeil dans ses yeux ?
 
C’est jour de liesse. Elle fond en privé sur ses braises. En spirales, dérisions d’horizons cachés, ornements volatils, dans un ciel en lambeaux d’hirondelles. Sauts, chutes, lévitations planées.
 
Loin de toute éternité. Hors de portée de l’aiguille dilatée, délitée, décimée. L’étincelle usée des rivières les plus sales, corrompues, cloacales. Celles qui ne miroitent plus sous la lune enrhumée.
 
Les îles se joignent au cortège de fléaux qui arrivent par le sentier des horloges muettes. Pour mesurer les disparitions. Pour dévorer ceux et celles qui dorment trop. Et l’envers du regard de celui qui la contemple et la complète.
 
Et l’engendre de ses cendres où le cœur sombre au fond de sa forêt. Où un chant tranchant repousse l’assaut de mille oiseaux pour le rachat de mille flèches parties en fumée.
On échange si vite nos vœux
dans cette zoologie qui laisse
en partant des valises pleines
de ciels et d’herbes tristes
 
la lune chie ses gemmes
par temps couvert et le sable
coule du sablier des doigts
chienne louche et vive louve
 
tout rétrécit ici on se souvient
sous la membrane que l’abîme
se referme et on vieillit si vite
dans cette géologie de cendre
 
au milieu du désert les flaques
de ciel n’en finissent plus et le
grain de sel à tout vent attend
la faim dans chaque assiette.
Mais à qui servent ces écharpes de chimères ?
 
en reculant les eaux laissent leurs poissons
dans les arbres frémissants
et le bleu de leur sang
dans nos yeux
 
et bientôt la suie noircira les erreurs de la neige
car la parole de ces doigts avares
n’est jamais simple
  quand on écoute
   aux portes
 
et les cadavres chôment si peu dans ces zoos
ils vous vont si bien
si vite.
La voici décédée : la friture des origines se racle la gorge dans l’oreille tendue de la souris blanche des vents, car ces métaphores sont corruptibles et nul horizon n’est droit sans sa lumière autophage. Certaines naissances en réparent d’autres, même dans les débris du sillage et jusque sous les quais. Il pleut des citrons de pierre et l’âme au beurre noir attend tandis qu’une guerre dans son plus simple appareil applaudit à tout rompre. Ah ! Si au moins elle était là, on mangerait des mangues dans ma tête et je sentirais la piqûre du compas. Mais le temps de retourner contre Dieu ses plus tendres foudres est passé, bien passé. Cette flamme se nourrit de sable et on se casse les dents sur le noyau de sa lune. Tout sauf la pureté du chiffre a péri et le ciel boude ses étoiles. La soie des armements suinte entre ses cuisses allumées par la frange ailée de mes paupières. On crie l’heure au bruit des sistres et à la lueur des bûchers supposés, mais que sais-je en vérité de ces géographies qui finissent inévitablement comme des pieds d’anguilles qui se glissent dans mes souliers ?
Pourtant j’aime la brûlure soudaine sous son figuier
le sourire de son piège qui creuse ses sillages
dans la glaise ancienne et la nouvelle neige
 
sa brûlure saignée par Mondrian qui vire au bleu
et l’ancolie frisée si lasse de se taire à la clarté
qui passe et repasse s’arrête puis repart au clair
 
à la recherche de son troupeau de soleils errants
 
mais la blanche calligraphie de ces fleurs de serre
n’a rien à dire au corps immaculé que je rêve
d’ensevelir dans un linceul de contrails contuses
 
toujours je la dormirai dans les dorures d’un cadre
ancien, soustrait au respect furieux des tentures
de musée, doucement sanglée flagellée réfugiée
 
sous la bâche du sommeil qui nous trouve au point d’aimer
 
et au frôlement de sa peau on dirait un bruit d’ailes
ou de lait versé, une caresse au vide dans les parenthèses
du jour labile quand le moulin cesse enfin de toupiner.
Je m’arrache alors à ces fossiles incrustés je déshabille
ma grammaire
poésie de contrebande pour décrypter les menus larcins
de ces débris
de chevet ces mots qui flottent à la surface des miroirs
ces algues mauvaises
ces flèches blondes pour blesser le blé béni du pain
ces envies, les aurais-tu battues ?
ces agapes muettes dans les ruines substance racines
d’air de ses ailes assoiffées, ce sens-là
naît en plein vol ou dans le pli des rivières
avant le saut dans la quiétude en particules d’infini.
L’appétit retrousse ses babines pour donner forme au vide. À tribord la baleine festonnée de calcaire meugle et s’effrite. On abaisse le pont-levis dans la cabine sommaire où l’omelette rétrécit. Le héros chauve promène ses lèvres sur les pieds broyés de la tricheuse préférée. C’est le plus merveilleux des jours dans ce jardin truqué.
 
On annonce déjà l’heure du thé sous la Voie lactée et les silences de l’aimée sont plus parlants que les blancs dans ce poème. L’enfant dort dans le sillage du vaisseau fantôme et un cocotier nain pousse sous l’aile déployée du piano à queue dans le grand salon. L’hiver est annoncé et j’ai déjà froid aux yeux de celle qui surveille le sommeil de l’enfant rêvé.
 
À l’approche de la prochaine ville, un groom nous avertit discrètement qu’un édifice surmonté d’une immense voilure de béton noir y circule gravement sur des rails de soie. Nous lui commandons aussitôt un plat d’escargots au beurre persillé que nous arroserons d’un vin de Sancerre bien frais.
 
Ma tête flotte au-dessus d’un bouquet d’arbres joggeurs qui m’envoient la main.
Je m’étonne
que l’étincelle
soit si fragile.
Jaillie du sable mouvant la meute cherche
un mouton mais un chien d’aveugle qui boite
ferait aussi bien l’affaire de ces loups-là
 
en effet ces rituels apaisants nous séparent
et l’hélice laboure son limon mais les milices
d’archanges qui défilent au pas de l’oie ne rendent
 
rien au vent. Il est temps de remonter ses filets
car les cloches frondeuses font les cent pas
devant le bénisseur aux pardons trop faciles
 
et bientôt nous n’aurons plus l’un pour l’autre
que la distance des factures et des reçus
pour quelques gestes simples désappris
 
ou le bruissement de ces lignes sans théorie
comme une répugnance pour les guêpes
élégantes qui s’affairent dans le lierre
 
et pour l’encre blanche sur nos langues
qu’on estampille à la sortie.
Puis défleurie
 par la clarté cruelle
   de l’automne et de l’amour
     elle eut froid comme un dieu meurt
       d’accoucher l’univers, elle affala ses voiles et mourut.
       Depuis lors la nuit vorace des grillons s’abat sur ce chant
     cru pour l’affamer et de tendres famines
   surgies du remords en parfum
 de deuil et de doute
tactile l’enterrent.
Je n’appartiens plus qu’au peuple des outils
au bois brûlé sans préposition d’origine
ces mains au bout de mes bras ne sont plus
les miennes mais les particules de nouveau
réunies dans la mémoire du séisme au hasard
des résidus de celle qui chevauche l’ânesse
blanche de celle qui s’ouvre les veines celle
aux chevilles bleues dans l’herbe du matin
de sirène apaisée et celle du vent qui me tire
par les cheveux et toutes celles qui me pensent
heureux celles dont les coups frappés à la porte
du rêve me réveillent entre deux miroirs celles
dont les échos de lune mentent aux orphelins
sur leur ascendance stellaire et celles enfin
qui chantent grandioses à proximité des fosses
communes.
L’écoute aux portes
Une bouteille à la mer
 
 
 
 
L’appellation contrôlée « Cave des morts subites » attroupe l’ombre et disperse la troupe jusqu’ici tenue en haleine par l’épidémie – celle qui s’écrit les yeux fermés sur la face épilée de l’astre en fuite
 
C’est un assemblage qu’on regrette avant de s’élancer dans la lumière par les lèvres entrouvertes du sas vers la distance des autres – car à l’air libre le jeu se ruine et la famine s’endure, surtout si le sourire économise quand le chapeau travaille
 
Ici pourtant la naissance sait attendre – les glaces dérivent à l’horizon et le bûcher se prend la tête dans l’anecdote
 
Mais personne ne veut de cette troisième personne que la lune n’embellit plus et le déserteur s’empresse d’enterrer son épée dans le voisinage intime de l’hôte qu’on entend vivre un doux malaise
 
En effet, quoique douée d’indifférence et sans commerce de merveilles, sa chair se penserait alors mordue par d’innombrables bouffées d’au-delà
 
Sinon l’amour parasité par mille regards se pose en guérisseur du corps modelé par l’injure du sacré, ce qui convient à des fétiches
 
Ce voile de sueur dans l’aisance déride le philosophe le plus marchand
 
Ou cela le fragilise davantage, et l’expulse avec ses perles non avenues jusque dans sa bouche aux longueurs agenouillées dans la mitraille
 
Et des chiots d’essences immuables s’insinuent en chialant par ce portail
 
Or sous ce feu galant, justement, ce qui manquait se fraie enfin un chemin synonyme et, en un temps de durée nulle, le plat parchemin se laisse ainsi mouiller dans le nid des aisselles d’argent
 
L’empire quant à lui s’en tient à son pli lisse et vers neuf heures son piano parfumé des cendres de tous les livres n’appelle plus que le soulagement d’une pluie aux mains gantées de suif, même si le cœur monstrueux prend toute la place
 
Ce soir, l’arme contre soi s’obstine à dormir debout
 
Lapidé d’une pierre deux coups.
Ailes brûlées
 
 
 
 
Le temps arrive de passer chez le coiffeur, car le vent nous mange les mots avec ses maux de tête et ses petits seins pourtant malléables sous la chemise nous explosent dans les mains
 
La peau si douce – celle qui dénonce tout – n’en croit pas ses yeux
 
Ce matin en effet tout ce qui ressemble au corps ment et les grands espaces ont l’air de dire aux papillons de nuit confus qui butinent encore dans les parages
 
« Allons, belles de ce jour, vendre vos vieux os à l’encan des moulins d’eau et de vent – allons-y tandis qu’il est encore temps ! »
 
Mais on le sait, dans ce voisinage altier le coup d’aile d’une seule phalène brumeuse provoque le hoquet de conscience d’une étoile esseulée derrière son voile
 
Et la seule poussière de ce remous impitoyable de sous-entendus réussit à fléchir l’armure des sentinelles qui vont s’affaler dans l’herbe grise, épuisées
 
Oui nous sommes de ceux et celles dans les fissures qui se muent en os et qui ricanent sous le tapis de pierres quand les pieds maigres de leurs pâles Jésus dansent encore aux petites heures sous les étoiles filantes dans les fleurs

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