Éclipse
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Éclipse , livre ebook

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Description

Johnny Phoenix vous déroule dans ce recueil l’intégralité de sa poésie.
Le titre n’est pas choisi au hasard. Le sous-titre non plus.
« Où étais-tu Lucifer ? » demanda le Créateur à son archange, dans la Genèse.
« Parcourir la Terre, me promener » fut la sagace réponse du porteur de lumière.
« Pour être libre… » le rappellera plus tard le philosophe des lumières Jean-Jacques Rousseau « il suffit de faire vingt pas dans la forêt, et de briser ses chaînes ». L’immense penseur définissait par là-même l’essence du marronnage, et toute la rébellion luciférienne contre le panurgisme béat des masses neurasthéniques et anémiées.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 29 novembre 2019
Nombre de lectures 4
EAN13 9782312071282
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0012€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Éclipse
Johnny Phoenix
Éclipse
Les lumières de Phoenix
LES ÉDITIONS DU NET
126, rue du Landy 93400 St Ouen
© Les Éditions du Net, 2019
ISBN : 978-2-312-07128-2
À Annielle
« Ma seule étoile est morte
Et mon luth constellé
Porte le soleil noir de la mélancolie »
Gérard de Nerval
Le chant du Phénix
L E VOYAGEUR
Oiseau de feu
Tu t’envoles vers le néant
En narguant les Parques
Qui tissent ton destin sanglant
Tu renais de tes cendres
Et parcours l’horizon à la recherche de ton âme
Sans jamais attendre
L’illumination de ta flamme
Tes ailes rougeoient
Prédateur insatiable
Guettant la proie
Toi, cruel et indomptable
Le temps fuit les ténèbres
Et tu jettes un regard mélancolique
Vers ton passé : tombeau funèbre
Qui enfouit des secrets mythiques
Tu erres dans ce monde inquiétant
Où la pureté et la vertu ne sont qu’absurdités
Voyageur en quête d’amour
Tu recherches la blancheur de ton cœur
En peuplant la solitude des souvenirs d’un jour
Où tu rencontras la lueur du bonheur
L E CHANT DU PHÉNIX
Mille ans ont passé, il me faut rentrer ce soir
Car déjà s’ouvre la grande porte d’Espoir
Exhalant les parfums suaves des rosiers
Et les doux murmures des paradisiers
Se mêlent aux clapotis de la Panchaïe
Dont le roux rayon mielleux coule au-dehors
Pareil à un grand serpent de feu irradie
Sa chrysopée sur l’horizon baratté d’or
Les noirs sables aurifères étincellent
Sur la plage tels des chardons incandescents
Le silence de la silice teintée de sang
Tinte sous la cloche d’acier du ciel
L’océan étale sa glace étamée
Les falaises déclenchent leurs flashs diamantés
Tout l’univers minéral flambant de mille
Carats, en une uvale explosion
Profuse de fulgurantes cannetilles
Sous les feuilletis d’Iritis en fusion
Je remonterai le fleuve transfiguré
Jusqu’au grand temple du Dieu-Lumière
Nimbé de soleil sur sa crête sacrée
Nul n’ignore l’ardeur de ma prière
Je me ploierai à la cime d’un flamboyant
Parmi les gerbes d’escarboucles et de rubis
Dans l’incendie de son feuillage rougeoyant
Après mille années mon bûcher héracléen
Me livrera la douceur d’un bain sabéen
Parfumé des plus mûrs pétales de rebis
Et dans cette ébullition chantante
Attisant de mes ailes les étincelles
De mon aire héliaque érubescente
Je m’offrirai en holocauste sur l’autel
Pour que les mains du feu m’apportent l’onction
Et trempent mon âme dans la décoction
Qu’elle subisse la rubification
L’incarnation, la ré-incarnation
Quintessence des piments et sarment brûlés
Pampres des lambrusques et du lierre crissants
Dans le chrême distillé au feu enivrant
Et dans le chaudron d’infules frémissantes
Que ma chair expie la résine des plantes
Pour qu’enfin il écartèle mes ailes
Les dissémine en auriques lamelles
Que ses mains dissolvent mon armure souillée
Me revêtent d’une tunique de Nessus
Et versent doucement le sang du centaure
Que l’acide me consume jusqu’à la mort
Pour mes ailes en un flambant ithyphallus
Géant épouser celles du feu odorant
Tel un thyrse s’élève par-delà le Beau
Va cueillir la lumière de son flambeau
Déflorer le nid d’aromates de la Mort
Pénétrer son noir oviducte crépitant
Et saisir le nouvel œuf qu’elle avorte
Car ce sont les ailes du feu qui m’engendrent
Et je peux quitter mon corps pour le reprendre
Ouvrir les portes de l’Enfer, y descendre
Mais toujours je ressusciterai de l’ascendre
Je suis le Treizième Chevalier
Le sublime Serpentaire, l’orant igné
Le Feu au milieu, l’Éther au firmament
J’éployerai mes brasillantes flammailes
Sur la croix alchimique des cinq éléments
Pour y clouer mon éternelle étincelle
L’ OISEAU - MIEL
Je réveillerai l’oiseau-indicateur
Ayant bu au calice débordant de miel
Je redescendrai l’immense chemin de lave
Pour enivrer mes yeux
Pour renaître
Par le lit des ravines
Où croissent les crosses d’or
L’oiseau me conduira dans l’entrelacs obscur
Des arbres tortueux, des ronces inextricables
Par le lit des ravines
Par les pierres d’aggravée
Quelquefois des fleurs tomberont des branches
Comme des étoiles pour venir troubler
À la surface des bassins en sommeil
Les constellations qui reposent
Dans le feu des miroirs
Quelquefois de lourds fruits trop mûrs
Comme des météores
Ouvriront sur le sable
De toute leur aura
Des cratères parfumés
Et rien ne me surprendra
Je le suivrai confiant
Nous longerons tous deux la lisière des villages
Je ne m’inquiéterai pas non plus de l’écho des abois
Lointains.
Seul le chant des coqs me dérobera une larme
Mais l’oiseau se retournant élargira son sourire
Nous traverserons ces vergers où brûlent
Comme des escarboucles
Comme des perles de sang
Ces baies inconnues
Pareilles aux yeux des serpents froids
Confiant toujours j’emboîterai le pas au mellophile
Puis un chemin de terre
Aux fragrances transhumantes
Déroulera sous des flambeaux adamantins
Aux sabres verts des champs de cannes
Son tapis de poussière
Où mes pieds écorchés sèmeront leurs fleurs rouges
Au soir seulement, épuisé
Je reconnaîtrai au-bas devant
Au barattage des terres
Hérissées d’aloès et de sisals noirs
La crête couronnée d’un rempart
Un rempart où enfant
Parmi les sombres pandanus
Dont je ne cesse d’oublier la magnificence des soleils
Je revenais chaque jour
Sous les comètes criantes des phaétons
Contempler en contrebas
Les sauvages chevaux paître
« Regarde… » m’annoncera l’indicateur
Si tu reviens demain
Descendre le chemin de tes rêves
Et d’un dernier élan
Agripper la farouche crinière des vagues
Tu pourras si tu y crois encore
Rescinder l’herbe haute de l’océan
Allons, descendons plus au-bas du rempart
Sous la laisse de l’horizon
Où au creux des rochers d’étranges étoiles sommeillent
Et soulevons sans bruit le dernier épart
Sous les ressacs éclos mûrissent en leur cep
Les fruits de l’autre azur
Des soleils de chair s’illuminent
Au ventre étale d’autres bassins
La nuit s’embrase
Un volcan a sûrement explosé là-bas
Emportant toute une île en sa chevelure
Comme ici sur le sable
Un lourd cobra déployé
La lame émoussée se dresse
Et puis s’abat
D ANS L ’ ŒIL DU CYCLONE
Il renaîtra peut-être dans le nombril du silence
Sous l’horizon où de grands yeux épousent les étoiles
L’enfant de l’Île, l’enfant du miracle
Exposé aux tourbillons du fleuve
Il regagnera peut-être l’oasis
Entrouvrira pour son peuple
Un chemin au ventre de l’océan
Quittant la procession, descendant de l’arbre
Et de la falaise
Il nagera longtemps vers ces alcôves froides
Où reluisent les perles des bénitiers
Pétrifié, enchâssé par les vagues
Son cœur goûtera longtemps aussi
À l’amertume des vents, aux éponges de la nuit
Mais seul en lui s’épanouira l’œil du cyclone
Peut-être qu’une aube, pourfendant les nuages
Le ravissant à son sommeil
Il entendra le chant des anges
La louange d’oiseaux immaculés
Que même oublié l’avènement du premier œuf
Un éclat fulminera en son regard
Diamant coruscant de l’éclipse
Le sacre tant espéré
Et qu’alors, devant son front serti de l’ove
En une large déhiscence
Déroulera une lave noire, embrasée d’obsidiennes
Sous son aile reconquise un isthme sur l’infini
R ETOUR
Lorsque je serai mort aussi
Ce corps échoué sur la plage
Je viendrai mon ange d’amaralgo
Gravir l’escalier
Qui dans le rocher
Enchâssé d’algues bleues
Et de fleurs de mer
S’érige
Je sentirai à chaque marche
Se déchirer mon cœur amer
Au désir de plonger
Dans l’océan flambant des souvenirs
Comme cet oiseau exsangue
Caché au fond d’un champ
Qui répond gémissant
À l’écho de son propre chant
Mais ton lai
Plus doux qu’un rouge rai de soleil
Prolongera mon front
Vers l’infime frondaison du ciel
Pour qu’enfin je vois surgir
Tel un phaéton d’un nuage blanc
L’éclat de ton sourire
L E TEMPLE
J’entrais quelquefois dans le temple
Une chapelle obscure
Comme une crypte
Au bas des versants ensoleillés
Délaissant sous le frémissement des cannes
Des bambous grinçants dans l’alizé
Le roucoulis des tourterelles
Qui par vagues s’amenuisait
Je refermais derrière moi la faible porte
Les travées désertes brasillaient dans la lumière
J’observais, dans l’immobilité des faisceaux
L’agitation incessante des particules en suspens
Une rivière coulait, non loin des parois sombres
Car je percevais par-delà leur silence
En de sourds coassements
L’écho des galets sous le courant froid
Plus proche, sur le toit crépitant
Les lourdes palmes des lataniers
Laissaient frotter leurs grappes contre la tôle
Le soir, au pied du vieux cyprès

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