Nous ne trahirons pas le poème
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Description

Résumé
L’ancêtre parle, invoque terre, ciel, océan. De multiples voix résonnent; le poème se joue, tambour, espérance et acte de foi. Rien n’est trahison dans cette traversée. Tout porte vers l’incandescence, lumière de nos humanités.
Extrait
pour ma défense
je dirai que je suis poète
les mots m’ont précédé
je n’ai pas tété ma mère
je n’ai pas connu mon père
j’habite loin de mon île
mon ventre n’est pas mon ventre
je n’étais pas convié à ma naissance

L’auteur
Poète, écrivain, essayiste, éditeur, né à Cavaillon (Haïti), Rodney Saint-Éloi est l’auteur d’une quinzaine de livres de poésie, dont Je suis la fille du baobab brûlé (2015, finaliste au prix des Libraires, finaliste au Prix du Gouverneur général), Jacques Roche, je t’écris cette lettre (2013, finaliste au Prix du Gouverneur général). Il est l’auteur de l’essai Passion Haïti (Septentrion, 2016). Le prestigieux prix Charles-Biddle lui a été décerné en 2012. Il a été reçu en 2015 à l’Académie des lettres du Québec et en 2019 à l’Ordre des arts et des lettres du Québec. Il dirige la maison d’édition Mémoire d’encrier qu’il a fondée en 2003 à Montréal.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 07 août 2019
Nombre de lectures 0
EAN13 9782897126469
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0017€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Il m’arrive de nager de ruse sur le dos d’un mot dauphin
Aimé Césaire
Comme si la Mer s’écartait Pour révéler une Mer nouvelle
Emily Dickinson
j’ai tellement d’ami.e.s sans nom et sans visage je leur dédie ce livre
PROLOGUE
écrire pour ne pas mourir
écrire sa carte d’identité pour semer les milices
planter l’arbre la sève demain
la montagne la forêt
dérouter les langues les géographies
le tambour dit
j’existe
fixe l’horizon
continue ma route au hasard des saisons
allume le feu la conscience
je somme l’amour coeur qui bat
résister à marée et demie
écrire nuits déchues soleils pendus
écouter le glouglou des rivières
entamer le silence des printemps
contraindre l’histoire à être près des mots
quand le poème résiste rien n’est trahison
quand le poème résiste l’humanité a bon goût
quand le poème tente vertige lumière
la terre voyage avec les oiseaux aveugles
je veux écrire un poème qui ne trahisse ni passé
ni présent ni futur
la phrase embrasse les vents les mers les forêts
les séismes les volcans les étoiles
j’entends l’urgence d’habiter
les horloges les cartes du monde
je veux fouler les sentiers du poème
résister
exister vivant parmi les vivants
utopie que je signe et hurle
Rodney Saint-Éloi
je ne suis pas un guerrier
la guerre n’est pas mon métier
je ramasse mes visages
fais le tour de la maison
pour ancrer le souvenir
le piroguier avance
ondule mes sens
eaux profondes
je saute caïman
m’endors ville
me réveille forêt
marron
j’habite infini
la nuit les métamorphoses
je lâche mes paquebots
dans le lac d’argent
ferblantier des lendemains
tout est à voir
tout est à sentir
royaume ébène
mon ventre palpe midi
pyromane
j’ai un coeur
du pain du sel de l’eau
à partager
d’où viens-tu
qui est ton père
qui est ta mère
as-tu trahi l’enfance
as-tu amadoué les orages
l’offrande soulève l’océan
abysses
je pressens les tourbillons
fruits rouges le désert
je crache
eaux de vie mes fétiches
je vends à crédit le poème
aux esprits
mes mains renoncent à être mains
mes pieds trépignent à être pieds
îles parallèles
à même les saccades des chevaux
je migre continent
peuple d’ombres
je cavale écumes
entre les bourrasques
je touche la tendresse des aubes
pour abroger la faim
fond de cale
je me réveille
fers de lys
mémoire délayée
oreilles tronçonnées
je chante la complainte des rameurs
haute guinée
zimbabwe
zambie
je nomme les terres
musique assassine
la note se meurt dans la gorge
poulpe
ventouse la sève
papillons éteints
les marais soliloquent
l’ancêtre dit
qui apprendra aux poissons leur destin de mer
à même front de sable
je frémis plancton
que dira-t-on à la terre
que dira-t-on au soleil
et aux octopus de l’espoir
à même l’apnée
ressac des voyelles
je descends mes drapeaux
telle une indienne
rue des capucins
j’ai dit oui à l’amandier
calendrier lagunaire
j’ai dit oui au peuplier
à demain la cécité des anophèles
j’ai dit bonjour à mes légendes
je remets à plus tard l’inventaire
l’oubli taille
la rainure des images
la comptabilité s’appellera désir
tu survivras tristesse des pluies
au mur de la douleur
tu survivras détresse des alouettes
au chaos de la mémoire
tu opposeras les vulnérabilités essentielles
tu deviendras source
peintre aux motifs absents
je fends les eaux
agoué je
résiste
aux vents mauvais
puisqu’écrire s’écrit au futur
je vaincrai les armées éphémères
chanterai mon chant tzigane
tairai les voix du consensus
je survivrai à l’éclat des mots
je n’ai pas de réponse
je n’ai pas de miroir
vaincu à la brunante
j’exhibe mon squelette
si j’étais une hypothèse
j’admettrais la parole liquide
si j’étais larve
je me soumettrais au vertige des eaux
la parenthèse m’exclut
j’admets la syntaxe débrayée
j’engage la phrase
à l’horizon des lilas
je suis un être humain
je m’appelle volcan
signe les tumultes limpides
fenêtre sur bleu
tilleul de la cour
colline contre colline
je marche
brindille forêt boréale
je compte
mortel parmi les mortels
je dis humain
au carnaval des ombres
visage contre visage
ni moins triste
ni moins idiot qu’un autre
la joie aux poumons
la colère aux viscères
le soleil bat le tambour dans ma tête
d’où mon rire extravagant
je m’appelle saint-éloi
vous demande de pardonner mon empressement
à faire votre connaissance
à vous encombrer de mon nom d’emprunt
j’ai rendez-vous avec l’histoire
je dis honneur
je parle déparle
ma déraison
mon quotidien
mon royaume d’avant la pluie
ma chanson d’enfance mouillée
je
hyperbole
je
théâtre reporté
avalanche contrariée
je dis honneur
qui répondra respect
je suis le porteur
le garçon d’ascenseur
le cireur de bottes
je lève la tête
tombe le ciel
le bruit minér

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