Tigre blanc
75 pages
Français

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Tigre blanc , livre ebook

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Description

La trilogie du recueil de poèmes « Tigre blanc » dépeint toute une galerie de personnages, un ballet de destins singuliers se croisant dans les ruelles, les gares, ou les ports de Marseille et d’ailleurs. Chacun d’eux étant le gardien d’un morceau du Grand Puzzle de l’existence.
Dans ces histoires, il est question de fraternité, de valeurs et du défi de vivre…

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 27 juin 2019
Nombre de lectures 3
EAN13 9782312066998
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0012€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Tigre blanc
Tzëelia C. de Ronde
Tigre blanc
Mi - Songs Mi - Poèmes
LES ÉDITIONS DU NET
126, rue du Landy 93400 St Ouen
Du même auteur

Confettis (nouvelles)
En vol (articles)



Photo : Stella Perez .
Couverture : Hans Braxmeier , Pixabay .
Pages intérieures : Tzëelia Cécile de Ronde .
Le contenu de ce livre est protégé.
Toute utilisation ou reproduction même partielle sans accord préalable de l’auteur est passible de poursuites judiciaires.
© Les Éditions du Net, 2019
ISBN : 978-2-312-06699-8
: S’il s’y lance

Avant - propos
Sur la route la mort a surgi si souvent que mon appréciation de la vie en a été chambardée. D’insouciante et marginale, l’existence est devenue estimable. Le chagrin s’est mué en carburant, en quête de sens, en nutriment pour grandir, en terreau nourricier pour m’enraciner dans le vrai, donnant une signification plus pénétrante aux événements.
Cette mystérieuse alchimie des pertes irrémédiables qu’évoque Ohad Naharin , chorégraphe israélien engagé, après avoir connu la guerre et le décès soudain de sa femme : « Par leur mort, ils nous lèguent la vie. »
À dix ans, j’ai suivi mon médecin de père dans une pièce sombre à l’odeur de cire. Des gens s’y tenaient tête baissée, mains jointes, vêtus de noir, dans un silence étrange. Au centre gisait un homme étendu sur le dos. Compte tenu de ma petite taille, je n’ai d’abord vu que ses pieds. Je ne comprenais pas cette componction, ce sérieux, j’avais envie de retourner jouer dehors, dans la lumière. Ce fut mon premier mort.
J’avais treize ans quand mon paternel m’introduisit cette fois dans le monde blanc et aseptisé de la maternité d’une petite ville de la Bretagne profonde {1} pour que j’assiste à un accouchement. Je ne sais toujours pas pourquoi il a pris cette initiative, ni de quels arguments il a usé pour convaincre sa patiente de laisser une adolescente l’observer dans toute sa nudité. C’étaient de sa part des décisions prémonitoires… La femme a peiné des heures. Quand son calvaire s’est terminé, la joie irradiait de son corps.
La grandeur de la vie tient tout entière dans ces moments où se révèle l’essentiel.
Les cicatrices montrent par où l’on est passé.
Elles n’existent pas là où l’on va.
David Rossi dans « Esprits criminels »
(série télévisée)
J’ AIME …
J’aime les pas qui résonnent sur les trottoirs trop durs
J’aime pas les forêts ternes d’immeubles et les murs
J’aime les escarbilles, les jonquilles et tout ce qui pétille
J’aime pas la foule et les fumées pestilenciles {2}
J’aime les lumières de la ville qui scintillent
J’aime pas son délabrement souterrain et subtil
J’aime voir s’évaporer quelques gestes fragiles
J’aime pas la solitude depuis l’Année 2000
J’aime trop zapper tous les bruits futiles
Glisser heureuse sur l’eau comme une huile
J’aime l’humaine nuit ma presqu’île
J’aime pas les sourires mercantiles
J’aime l’eau au loin autour d’une île
Le ciel pacifique au-dessus des guerres civiles
J’aime marcher à perte d’horizons
J’aime pas voir perdre la raison
J’aime pas la pollution ça veut dire réduction
J’aime dessiner ma ville toute verte
J’aime pas le sentiment de perte
J’aime la vitesse de l’esprit
J’aime pas que les imaginations s’asphyxient
J’aime le danger d’être en vie.
F EMMES AUX PIEDS NUS
J’ai rencontré des hommes esseulés
Des femmes aux pieds nus posés sur des trottoirs
Leurs yeux brillants
Sous les réverbères dans le noir
Rêvant de bagues, de baisers et d’espoir
Dans les rues chaudes de leur passage
Errent des hommes en marcel
Leur peau de bronze a goût de sel
Une saveur de miel s’exhale de leurs voyages
Façonnant des chiens d’or et des vierges fragiles
Sous des trombes rageuses dans les jungles fertiles
Ils rejoignent les femmes aux pieds nus
Une étincelle à l’âme que rien n’éteint
Piaffant comme des hirondelles
Elles jettent à leurs cous leurs bras sauvages
Dans la colère de l’orage
Les femmes aux cheveux de vent
Embrassent les hommes solitaires
Les femmes aux pieds nus se consument
Leurs joues pâlies par la lumière
Elles offrent leurs âmes intactes
Et les hommes renoncent à la guerre
Avec à la bouche un goût de ciel clair.
M ARSEILLE
Marseille, toi mon soleil,
Grosse de ta Canebière,
De tes quartiers, d’estuaires
De voiles soufflées de vent,
De mouettes ébouriffées
Qui frimes et qui froufroutes
Bras ouverts aux passants
Qui rarement te tais
Nonchalante, jazzante,
Avec autour du cou
Ton boa de gabians {3}
Capitale de grandes gueules
Le jour la nuit tu causes
À craquer les fenêtres
Qui bâillent quand vient l’été
Toute ta gouaille aux lèvres
Sauf s’il fait mauvais temps
Paquebot de gros mots
Petit vaisseau des peuples
Capitale des siècles
Foin de tous tes malheurs
Sous tes goélands râleurs
Balaye le mistral.
Marseille, lion de soleil,
Enlacée par la mer
Tu brasses, tisses et mêles tout ce qui te vient
Dans le miroitement d’airain
De multiples océans.
S’ IL S ’ Y LANCE
Rien, rien de rien…
C’est le silence, vaste comme un désert,
plein d’échos,
bordé de lointaines rocheuses,
sous une brume noire de nuit ou peut-être
de fin du monde.
Et un grand vide devant,
de pierre et de sable fossile,
d’ossements morts, blancs dans l’obscur.
Un ciel
de plomb percé de brumes
que les étoiles ne peuvent toucher,
une suffocation de séisme en suspens.
Un seul frisson
et le nuage de poussière épaissit.
Mais tout paraît tranquille.
De la falaise, il observe l’étendue plate et
sombre sous le dôme de nuées,
les pans de sa redingote frissonnent
malgré l’absence de vent.
La main en auvent, il ne bouge pas.
Sous ses pieds, une trépidation
à peine perceptible
ébranle le roc.
Il reste là, à regarder le dais de vapeurs
lourdes encharbonner le reste de jour,
envahir presque toute la vallée.
Il ne ressent pas la moindre inquiétude,
L’obscur est son élément et le silence
sa chose.
Le silence fait tout ce qu’il lui dit.
Il love sa fourrure noire et souple
aux confins de l’univers
Comme un animal uni à celle
qui n’a pas de nom
et enveloppe heurts et chocs
dans un éblouissement minéral.
Le silence atténue tout ce qui vit avec
fracas, brise la forme même des choses,
pénètre de moelleux tout ce qui est
opaque, impénétrable, compact.
Le silence est la lumière des sens,
l’effervescence gantée de la pensée,
un fourreau de velours
où de grandes tours s’écroulent,
une cadence indomptable.
Le silence est son ami, son baume,
prisme de l’invisible,
traducteur d’autres langues.
Le silence est immense
et danse à tous les étages.
Le silence faux sommeil veille,
il sait et il comprend.
Et c’est pourquoi ils ne se quittent jamais…
L ES PIANOS TOMBENT {4} …
Des pianos tombent en pluie du fin fond des lointains…
Un dandy triste marche à pas lents jusqu’au bar, vide
Une danseuse muette oscille au fluide son du sax
Une vague du soir se roule comme un chat sur la grève
Une mouette perdue là-haut se laisse porter par les [vents
La neige n’est tombée là qu’une seule fois
Chaque jour qui passe s’éteint et recommence
T’en dis quoi toi du dandy qui rien ne dit ?
Se dit-il à lui-même croisant alors le regard
Flou et fou de la danseuse en mouvement.
La mouette est déjà loin, déportée par le vent
Et la neige n’est plus que souvenir gracile
Chaque jour qui danse s’allume et s’ensemence
Dans les dernières lumières fondues au soir
Étroitement serrés Beau et Douce enlacés
Valsent languides sur le parquet ciré
Sur lequel elle sent le soleil se glisser
La neige était caresse, mais elle serrait le cœur
Elle préfère le silence

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