Notes de voyages en Basse-Bretagne
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Description

En 1865, François-Marie Luzel fait paraître, dans la Revue de Bretagne et de Vendée, ses notes de voyages, sorte de reportage sur le vif au jour le jour, de ses diverses « missions » de collectage que le Ministère de l’Instruction publique lui a confiées (1863 et 1873-74 pour les îles). C’est pour Luzel l’occasion de présenter in vivo dans un véritable récit de voyage ce qu’était alors son travail de collectage, ses informateurs, leurs versions des textes collectées, bref une vision plus vivante de ce qu’était la Bretagne et les Bretons sous le Second Empire et les débuts de la IIIe République


François-Marie Luzel est né à Plouaret dans les Côtes-d’Armor (1821-1895). A la fois poète bretonnant, folkloriste et journaliste, il finira sa carrière professionnelle comme conservateur des Archives départementales du Finistère. Il demeure un des artisans majeurs de la renaissance culturelle bretonne de par l’importance et la qualité de ses collectages.

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Informations

Publié par
Nombre de lectures 5
EAN13 9782824051192
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0090€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

MÊME AUTEUR, MÊME ÉDITEUR :
ISBN
Tous droits de traduction de reproduction et d’adaptation réservés pour tous les pays.
Conception, mise en page et maquette : © Eric Chaplain Pour la présente édition : © EDR/EDITIONS DES RÉGIONALISMES ™ — 2013 Editions des Régionalismes : 48B, rue de Gâte–Grenier — 17160 CRESSÉ
ISBN 978.2.8240.0260.6 (papier) ISBN 978.2.8240.5119.2 (numérique : pdf/epub)
Malgré le soin apporté à la correction de nos ouvrages, il peut arriver que nous laissions passer coquilles ou fautes — l’informatique, outil merveilleux, a parfois des ruses diaboliques... N’hésitez pas à nous en faire part : cela nous permettra d’améliorer les textes publiés lors de prochaines rééditions.
FRANÇOIS-MARIE LUZEL
IMPRESSIONS ET NOTES DE VOYAGE EN BASSE-BRETAGNE
IMPRESSIONS ET NOTES DE VOYAGE EN BASSE-BRETAGNE (CÔTES-DU-NORD).
e voudrais avoir le loisir et toutes les facilités désirables de visiter la Bretagne, — J j’entends la Bretagne bretonnante,Breiz-Izel, — dans ses moindres détails, ses recoins les plus ignorés et non les moins curieux. Je ferais ce voyage, ce pèlerinage plutôt, seul, à petites journées et pédestrement, m ’arrêtant peu dans les villes, mais beaucoup dans les bourgs et les villages, et m’asse yant souvent au bord des chemins, contre le tronc d’un vieux chêne ou d’un hêtre touf fu, ou dans les herbes odorantes et fleuries, sur la lisière d’un champ de blé mûrissan t, pour écrire mes impressions de voyage, ou pour recueillir les légendes et les trad itions locales, lesgwerztragiques et les sônes amoureux e, ou d’un pâtre qui chanted’un vieux mendiant rencontré sur la rout insouciamment sur la lande aride et désolée, au pie d de quelque pierre druidique. L’été, j’assisterais aux fêtes et aux pardons, depu is les plus renommés et les plus populeux, — comme Rumengol, Sainte-Anne-la-Palud, S aint-Jean-du-Doigt, Sainte-Anne-d’Auray, Notre-Dame-de-Bon-Secours de Guingamp , Notre-Dame-de-Pitié de Saint-Carré, etc., — jusqu’aux plus humbles, qui se tienn ent autour de nos moindres chapelles, sur les monts, dans les vallées, dans les bois et a ux rivages de la mer. Les danses, les luttes, les processions, les feux de la Saint-Jean, la moisson, la fenaison, la messe et les vêpres dans la vieille église moussue et ombragée d ’ifs séculaires, les festins pantagruéliques, les scènes de cabaret, aussi bien que les sites pittoresques, les beaux clochers de granit aux flèches aériennes, les belle s ruines des châteaux et des manoirs d’autrefois, les pierres druidiques et les fontaine s sacrées..., j’aurais l’œil ouvert à tout, et, sur mon cahier de notes, je retracerais, autant que possible sur les lieux mêmes, mes impressions, mes observations et les pensées de tou te sorte que ces spectacles divers réveilleraient en moi. Je lâcherais de reproduire a ussi par la photographie, — le plus sûr moyen d’être exact et vrai, — les types et les cost umes bretons, si variés, si pittoresques, si gracieux généralement, et qui, au grand regret du poète et de l’artiste, vont disparaissant et se fondant chaque jour dans l ’uniformité française, si bien que le pantalon et la blouse de coton bleu du Normand mena cent de remplacer partout le chupenn et lebragou-braz des vieux Bretons. — L’hiver, j’irais m’asseoir au foyer de la veillée, au coin de l’âtre domestique, comme dans m on enfance, et là, j’écouterais en silence les récits merveilleux et fantastiques que se font les laboureurs, tout en séchant leurs habits trempés de pluie, pendant que le vent mugit et s’emporte contre le vieux manoir, qui tremble jusque dans ses fondations. Pui s, après les contes de revenants, de lutins, de nains et de géants ; après quelques scèn es desQuatre fils Aimonou deSainte-Tryphine, ou de laPassion de notre maître Jésus,d’une voix grave et déclamées solennelle par un vieil acteur des anciennes troupe s de Lannion et des environs de Tréguier, les filandières, pour clore la veillée, c hanteraient sur leurs rouets lesgwerz du Marquis de Lomaria, dePenherez Crec’hgouré,quelque sentimentale et douce ou complainte d’un kloarek amoureux, ou d’un jeune con scrit quipart pour l’armée, Enfin, après les prières dites en commun, avant de me couc her, je prendrais note de tout ce que j’aurais entendu, sans oublier les impressions produites sur le rustique auditoire. Dans ce livre, écrit au jour le jour, à bâtons romp us (en supposant toutefois que cela pût devenir un jour un livre), mœurs, coutumes ancienne s et modernes, histoire, langue, contes, légendes, traditions, superstitions, rêves et rêveries, travaux et peines, fêtes, jeux et festins, depuis les détails les plus ordina ires et les plus prosaïques de la vie bretonne, jusqu’aux poésies du peuple les plus élev ées et les plus pures, tout aurait sa place, tout se côtoierait, un peu au hasard, il est vrai, et comme dans la vie, du reste. Que ce dût être là un bon livre, je ne l’affirmerai pas ; que ce plan ait l’approbation de tout le monde, je suis sûr du contraire ; mais enfin, c’ est ainsi que je le conçois et que je
l’écrirais, ce livre, si j’avais le loisir et toute s les facilités désirables pour cela. Ne possédant aujourd’hui ni le loisir, ni les facilité s dont je parle, je me contente de transcrire ici quelques notes, telles à peu près que je les trouve écrites au crayon dans le cahier qui m’accompagne toujours dans mes pérégrinations. Si e lles rencontrent quelque faveur et bienveillance auprès des lecteurs de laRevue de Bretagne et de Vendée, je puiserai encore pour eux dans mon cahier ; sinon, je m’en ti endrai à ce premier extrait, qui déjà sera de trop. Plouaret, 2 septembre 1865.
I.
e 12 août 1863, un bâton à la main, mon cahier de n otes sous le bras, je partis de L Keramborgne, en Plouaret, dans l’intention de visit er la côte, depuis Saint-Michel-en-Grève jusqu’à Tréguier, seul et à pied ; c’est l e mode de voyager que je préfère. D’autres préfèrent voyager en compagnie d’un ou de deux amis, ce qui a aussi son charme ; mais moi, j’aime mieux être seul,solus mecum,— seul avec moi-même et mes rêves. Je vais alors le pas qu’il me plaît, je m’arrête où je veux et le temps que je veux, et je prends mes notes à loisir. Les impressions sont plus vives et plus fidèles, quand on les note sur les lieux mêmes. Le temps est beau, et des deux côtés de la route, l es oiseaux chantent au-dessus de ma tête, sur les arbres et dans les buissons qui ga rnissent les talus. On est en pleine moisson, et je rencontre à chaque instant des charrettes chargées de gerbes, qui rentrent aux fermes et remplissent les chemins ; je suis obl igé de descendre dans les douves et de me ranger contre les buissons. Dans toutes les d irections, j’entends le mugissement des machines à battre, qui ont presque partout remp lacé les fléaux à bras. Après une heure et demie de marche, j’arrive au bourg de Kera udi, trêve de la commune de Ploumilliau. L’église n’a rien qui mérite l’attenti on du voyageur. Je passe le bourg, sans m’arrêter, et j’entre dans l’avenue de Lanascol, vi eux manoir dont les tourelles pointent gracieusement par-dessus les bois qui l’environnent . Là, je m’assois sur le gazon frais, à l’ombre d’un chêne. Tout en marchant, je rêvais d’u ne chanson bretonne à faire sur ce thème :Jadis et aujourd’hui, les changements apportés par le temps dans les mœ urs, les coutumes, les costumes et jusque dans la langue de nos paysans. Le plan était déjà arrêté dans ma tête. Jevoyaisma chanson, pour ainsi dire. En une heure, à peu p rès, je l’eus rimée et écrite au crayon sur mon cahier. C’e st la pièce qui se trouve dans mon recueil deBepred Breizad, sous le titre de :Un temps fut, et qui commence ainsi :
« Un temps fut où l’on n’entendait parmi nous que la langue de Breiz : à la campagne comme en ville, nous parlions tous alors la vieille langue que parlaient nos pères, en Vannes, en Cornouailles, en Léon, en Tréguier, etc. »
Après avoir terminé mongwerz, je me remis en route, et pressai un peu le pas, p our me réchauffer, car la fraîcheur du gazon et l’ombre ép aisse du chêne (frigus captabis opacum)saisi, et je frissonnais presque de froi d. Vers le coucher du soleil, m’avaient j’arrivais au bourg de Ploumilliau, où je devais pa sser la nuit, chez un parent, notaire de la localité. Je visitai tout d’abord l’église, qui m’était déjà bien connue, pour y être souvent allé au pardon, et je vis avec plaisir qu’e lle avait été restaurée avec goût, chose assez rare dans nos campagnes pour être remarquée. Cette restauration intelligente est due en grande partie aux soins de l’abbé Daniel. Au sommet du rétable de l’autel qui se trouve dans le transept sud, était toujours l’Ankou, que je ne regardais qu’avec terreur, quand j’étais enfant, et qui avait acquis dans le p ays la notoriété d’un dicton populaire ; ainsi l’on disait communément, en parlant de quelqu ’un réduit par la maladie à un degré extrême d’émaciation :
Treut êvel Ankou Plouilliau. Maigre comme l’Ankou de Ploumilliau.
Les mères et les nourrices en avaient aussi fait un e sorte de Croquemitaine dont elles menaçaient lesenfants méchants,en leur disant :Voilà l’homme de Ploumilliau qui vient  (1) ! Je vais te donner à l’Ankou de Ploumilliau ! — Or, cetAnkouun squelette de était bois, tenant à la main une faulx, symbole de la Mor t. Cette image, d’un aspect fort peu agréable, frappait vivement l’imagination de nos pa ysans, et celle des enfants surtout. Dans d’autres églises de Bretagne, j’ai vu le mêmeAnkou au-dessus de la chaire à prêcher. Je pense qu’il serait convenable de proscr ire des églises de pareilles images, dont je ne vois l’utilité que dans un cabinet d’ana tomie. Je remarquai dans la muraille sud une petite porte murée : « C’est, me dit-on, par cette porte que sortirent les sires Deslandes et Pénangèr , pour aller se battre en duel ». —
Dans mon enfance, j’avais maintes fois entendu chan ter, aux veillées de Keramborgne, cette tragique ballade ; j’en ai même recueilli deu x ou trois versions, mais, avant de quitter Ploumilliau, je veux me la faire chanter en core. Au-dessus de l’entrée du porche, du même côté, on voit, dans une niche, une statue d e pierre qui représente saint Méliaw, patron de la commune, tenant sa tête dans ses mains . — Saint Méliaw était fils de Budic, roi de la Domnonée. Après la mort de son frère aîné , Théodoric, qui massacra saint Guigner, fils de Clyto, roi d’Hibernie, avec les tr ois cents compagnons qui le suivirent (2) dans la Bretagne Armorique ,
« il parvint au trône et régna sept années en grande prospérité, nous dit Albert le Grand, jusqu’à ce qu’il fût traîtreusement tué par son frère Rivodius. Il fut le père de saint Melaire ou Melars, patron de Landmeur, que le même Rivodius fit aussi massacrer d’une façon barbare. Le corps de saint Méliaw fut enterré en l’église cathédrale de Coz-Gueodet, où Dieu fit de grands miracles par son intercession. Il est invoqué en l’église parochiale de Ploumiliau, (3) diocèse de Tréguier, et Guic-miliau, diocèse de Léon » .
Le soir, après dîner, mon parent le notaire fit che rcher dans le bourg une vieille mendiante connue pour avoir la mémoire bien fournie de vieilles ballades, et je copiai sous sa dictée legwerzdeDeslandes et de Pénangèr, tel que j’en donne ici la traduction :
DESLANDES ET PÉNANGÈR.
I. Le jour de la fête de saint Barnabé, un vendredi, fut tué M. de Pénangèr, M. de Pénangèr de Keravern, le plus beau gentilhomme de tout le pays. M. de Pénangèr disait, disait un jour à sa mère : « Ma mère, donnez-moi congé pour aller à la grand’messe à Ploumilliau ». « Mon fils, vous n’irez pas à Ploumilliau, car j’ai promis d’aller au Coz-Gueodet ; j’ai promis d’aller au Coz-Gueodet, pour votre père, qui est malade sur son lit. Mais, mon cher fils, si vous m’aimez, vous demanderez la permission de votre père ; vous demanderez la permission de votre père, et vous ferez comme il vous dira ». Monsieur de Pénangèr, en entendant cela, est monté dans la chambre de son père ; il est monté dans la chambre de son père, et lui a demandé : « Mon père, donnez-moi la permission d’aller aujourd’hui à Ploumilliau ; d’aller à Ploumilliau aujourd’hui, avec Gwaz-Gwenn et Guionik ». « Mon fils, vous n’irez pas à Ploumilliau aujourd’hui, car Monsieur Deslandes vous en veut ; Monsieur Deslandes vous en veut, et je crains que vous soyez tué ». « Mon père, jetez une plume au vent, et du côté où elle ira, j’irai ». — Une plume au vent a été jetée, et elle est allée du côté de Ploumilliau. Et Monsieur de Pénangèr disait à son père, en ce moment : « Le trouve bon ou mauvais qui voudra, j’irai au pardon de Ploumilliau ! »
II. En arrivant dans l’église de Ploumilliau, il s’est d’abord agenouillé sur les marches de l’autel ; il s’est d’abord agenouillé sur les marches de l’autel, puis il s’est dirigé vers son banc. Monsieur de Pénangèr disait, en arrivant près de son banc : « Et qu’y a-t-il donc de nouveau dans cette église, que ce banc est fermé à clef ? » Le recteur de Ploumilliau dit à Pénangèr, en l’entendant : « Le banc a été fermé par Monsieur Deslandes, et il ne sera ouvert que quand il sera ici ». Monsieur Pénangèr, entendant cela, a sauté lestement dans le banc. Le recteur de Ploumilliau disait au fils du sacristain, en voyant cela : « Va vite, de ma part, à Lanascol, et dis que Monsieur Pénangèr est ici qui cherche à avoir
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