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Voyage dans l'histoire franco-italienne

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Description

Continuant ses pérégrinations européennes, Didier Rousselet a parcouru un milliers de kilomètres à travers l'Italie sur les traces de l'histoire commune entre ce pays et la France. En cinquante textes, autant que de jours de marche, il partage son expérience et nous invite à méditer sur les vicissitudes du passé et la chance que représente l'Europe aujourd'hui.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 mai 2017
Nombre de lectures 47
EAN13 9791033400936
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0090€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Couverture
4e de couverture
Première de couverture : La Piazza Maggiore de Bologne vue de la tour Asinelli.

Quatrième de couverture : Fernandel et Gino Cervi dans la vitrine d’une boutique à Brescello, lieu de tournage des films de la série Don Camillo .
Titre
Didier Rousselet




Voyage
dans l’histoire
franco-italienne

1000 km à pied dans la Botte









25, rue des Écoles
75005 Paris
www.editions-sepia.com
Copyright

© Sépia, 2017

EAN Epub : 979-1-033-40093-6
AVANT-PROPOS
V oici donc le troisième volet de ce projet qui doit en comprendre quatre. Après ma marche de Paris à Berlin et celle à travers quelques régions de l’Espagne, j’ai repris avec le même plaisir et la même curiosité mon bâton de pèlerin pour parcourir de grands morceaux de l’Italie. Le voyage originel, justifié par l’envie de célébrer l’amitié franco-allemande, m’avait laissé avec l’envie de recommencer. Après quelques réflexions, il m’apparut que, si j’avais toujours été fasciné et reconnaissant des relations spéciales tissées depuis soixante ans entre la France et l’Allemagne après tant de siècles de guerres, il était évident que l’histoire commune de la France et de ses autres voisins n’avait pas non plus été un long fleuve tranquille et qu’il convenait d’apprécier et de chanter l’inestimable cadeau des liens apaisés au sein de l’Union Européenne.
La France, carrefour des civilisations et des peuples, seul pays d’Europe à être baigné à la fois par la Méditerranée, l’Atlantique et la mer du Nord, est au croisement de quatre mondes : germanique, italo-grec, ibérique et britannique. Puisque j’avais passé plus d’un an de ma vie à étudier, parcourir puis évoquer le premier de ces mondes, il me fallait maintenant faire de même avec les trois autres. Vivant à Barcelone pendant deux ans, j’avais commencé par l’Espagne. Le fait d’habiter ensuite dans les Hautes-Alpes rendit naturel de poursuivre l’aventure avec l’Italie. Ce pays dont la langue n’est pas vraiment un obstacle est sans doute le plus connu de nos voisins. Avec la Rome antique, la Renaissance, la papauté, l’opéra, le cinéma, la cuisine, les sites célèbres et les plages au soleil, tout un chacun s’est frotté au cours de ses études et de ses loisirs à l’histoire et à la culture de l’Italie.
J’ai gardé les premiers voyage et livre comme modèles et étalons : cinquante jours, cinquante textes, cinquante photos (« pour l’envie de partir ») et cinquante citations (« pour l’envie de lire »). Pas plus que précédemment, je n’ai voulu écrire un récit de voyage mais effleurer par petites touches quelques motifs liés aussi bien au thème central de ce livre, l’histoire des relations entre l’Italie et la France, qu’à mes sujets favoris comme le goût des paysages.
Le choix de l’itinéraire est toujours délicat, le temps que je me donne m’obligeant à laisser de côté de nombreuses régions. Il dépend de mes recherches qui me poussent à aller voir tel ou tel lieu, mais aussi de contingences matérielles et de ma curiosité. Je ne suis pas retourné à Venise ou en Sicile mais j’ai eu le grand plaisir de découvrir enfin Rome ! Le voyage s’est déroulé en deux temps : 22 jours de marche entrecoupés de liaisons par train dans la région de Naples, à Rome puis en Ombrie, et 28 jours d’une traite de Briançon à Bologne, dans une longue traversée de l’Italie du Nord, les deux trajets se rejoignant à Florence.
Depuis mon premier périple, le climat s’est assombri. L’Europe est en crise : critiquée de toutes parts pour des raisons contradictoires, elle voit resurgir les démons du nationalisme. Ma prochaine expédition, quatrième partie de mon projet, aura lieu dans un pays qui quitte l’Union : le Royaume-Uni…
L’histoire nous apprend que le nationalisme mène à la guerre et je persiste à penser que l’Europe est la meilleure garante de la paix. Je continuerai à parcourir le vieux continent, si varié et si familier, avec l’émerveillement du voyageur et la conviction du citoyen.
Merci à la famille Peureux-Halperin qui est venue de nouveau partager quelques jours de randonnée et à Françoise Delannoy d’avoir gentiment repris le rôle de correctrice. Mille mercis à celle qui rend tous mes projets possibles, celle qui a trouvé le temps de m’accompagner sur une partie du parcours, celle qui est ma première lectrice, Monica, ma compagne.
Saint-Apollinaire (Hautes-Alpes),
automne 2016

ANNONCES
1
La marche s’est déroulée en deux épisodes
de décembre 2015 à avril 2016.
Entre les villes et dans les villes, j’ai parcouru
au total 962 km en 50 jours.
En tenant compte des journées et demi-journées
dues aux trajets effectués en voiture,
en train ou en avion,
au début ou à la fin d’un épisode,
pour entrer ou sortir d’une grande ville,
la moyenne s’établit à
25 km par jour de marche.
Mes textes ayant chacun 25 lignes,
chaque ligne représente 1 km.

2
Le « nous » que j’emploie parfois n’est ni un nous
de majesté ni un nous de modestie, il fait simplement
référence aux jours où je marchais accompagné.

3
Je suis l’auteur des photos et de la traduction
des citations lorsque le titre de l’œuvre
est dans sa version originale italienne.
PREMIÈRE JOURNÉE
[Voiture, avion, bus, train d’Embrun à Salerne]
2 km

Salerno



– Elle est loin cette plage ? s’enquit Pinocchio d’une voix que l’anxiété rendait haletante.
– Plus de mille kilomètres.
– Mille kilomètres ? O Pigeon, si je pouvais avoir des ailes comme toi !
– Si tu veux, je t’emmène. […] Sans attendre une minute de plus, Pinocchio sauta sur le dos du gros Pigeon. […] le Pigeon s’envola. Quelques instants plus tard, il volait tellement haut qu’il touchait presque les nuages. […] Au petit matin, ils étaient sur la plage.
Carlo Collodi, Les Aventures de Pinocchio.

Transports
C ’est reparti ! En voiture, en avion, en bus, en train, nous sommes passés en quelques heures des Hautes-Alpes à la Campanie. L’Europe, à l’époque des auto-routes et des vols à bas prix, nous invite à la parcourir en bottes de sept lieues. Elle nous offre en peu de temps la variété de ses paysages et aussi, hélas, les marques de sa mauvaise santé. Naples à l’atterrissage, comme Turin au décollage, se dérobe à nos yeux, noyé dans la chape grise de la pollution. Mais au sol, la nuit tombée, dans le dédale de la vieille ville de Salerne aux vitrines débordantes de victuailles, les guirlandes de Noël traversent les rues, grimpent sur les façades et ornent les balcons, en un festival de lumières, de couleurs et de formes surgies de la nuit qui annoncent la fête toute proche. Dans le parc municipal, le thème de la féerie semble être l’Europe des contes : personnages et objets immortalisés par Perrault, Andersen, Lewis Carroll, Carlo Collodi ou les Frères Grimm s’animent et clignotent. Mais ils ont fait un tour outre-Atlantique et c’est leur version disneyenne qui est célébrée. Et comme le Petit Poucet n’a pas encore eu les honneurs des studios d’Hollywood, ce n’est pas devant ses bottes mais devant le carrosse de Cendrillon que nous méditons sur notre journée riche en moyens de transport. Mais il se fait tard, il nous faut rentrer à l’hôtel, demain nous nous levons de bonne heure. Oh, le carrosse peut bien redevenir citrouille car c’est à pied que nous partirons !
DEUXIÈME JOURNÉE




C’est parce qu’ils ont su assimiler et, dans une certaine mesure, fondre des traits empruntés aux divers peuples et aux différentes dominations qui les avaient précédés dans le pays que les rois de la famille de Hauteville ont réussi, au prix d’énormes difficultés, à bâtir une construction à la fois puissante et fragile, qui ne s’est affirmée qu’après des décennies de guerres et d’ajustements douloureux.
Jean-Marie Martin, Italies normandes.

Syncrétisme
P ourquoi donc commencer ce périple à Salerne ? Parce que, à l’époque même où Guillaume conquérait l’Angleterre, un autre seigneur normand, et sans doute son cousin, mettait la main sur le Sud de l’Italie et jetait les bases du futur royaume de Sicile qui allait durer huit siècles d’une histoire mouvementée dans laquelle les maisons d’Anjou et de Bourbon jouèrent leur rôle. Débarqué avec une poignée d’hommes, menant une vie de rapines et de pillages mais assez malin pour faire un beau mariage avec une fille du comte de Bourgogne et conclure une alliance avec le pape, Robert Guiscard (le Rusé) s’empare de Salerne en 1076 et en fait sa capitale. Il entreprend aussitôt la construction d’une imposante cathédrale. Aujourd’hui, après avoir gravi quelques marches et pénétré sous un porche, le visiteur pense s’être trompé de lieu lorsqu’il se retrouve dans une cour quadrangulaire entourée de portiques aux arcs en plein cintre et aux motifs décoratifs géométriques. Non, ce n’est pas une mosquée. Et ces mosaïques ? Et ces portes en bronze gravé ? Non, nous ne sommes pas à Constantinople. La cathédrale de Salerne est romane, de style arabo-normand avec des influences byzantines. Bel exemple de syncrétisme architectural ! Il est vrai que la Sicile toute proche, après avoir été byzantine et avant de devenir normande, fut musulmane pendant deux siècles. Salutaire rappel du creuset européen.
TROISIÈME JOURNÉE




Cette cité apparaît puissante et peuplée. Aucune n’est plus riche qu’elle en argent, en étoffes, en or. Dans cette cité demeurent de très nombreux navigateurs, experts à baliser les chemins de la mer et du ciel. Ils parcourent de très nombreuses mers. Ils sont célèbres dans presque le monde entier comme ceux qui apportent ailleurs ce qui est digne d’être acquis et en rapportent tout ce qu’ils y ont acheté.
Guillaume d’Apulie, Geste de Robert Guiscard.
[Inscription sur une plaque à Amalfi.]

Lieu magique
L a montagne qui tombe dans la mer, les à-pic qui donnent le vertige, la route étroite qui sinue, les terrasses qui portent des citrus habillés de filets, les maisons qui narguent l’abîme, accrochées à la paroi, agrippées aux rochers, blotties dans la moindre anfractuosité : la côte amalfitaine a de quoi séduire. Amalfi elle-même, minuscule cité qui, avant Venise, domina la Méditerranée et où, vers l’an mil, naquit le capitalisme marchand, est un éblouissement. Blanche et dorée sous un soleil qui n’a rien d’hivernal, fière de son histoire, elle exhibe d’innombrables plaques qui exaltent la grandeur passée. Ici, on rédigea les Tables amalfitaines, premier code maritime. Ici, selon la légende, on réinventa la boussole connue des Chinois. Ici, Ibsen et Wagner vinrent chercher l’inspiration. L’histoire, les voyages, le théâtre, tout s’entrechoque. Il est midi. La foule endimanchée descend les marches de la cathédrale, s’agroupe sur la place, flâne sous les pins qui ombragent la promenade du bord de mer. On aimerait changer de rythme, se poser, rester là, jouir de l’esprit de ce lieu, se fondre dans la nonchalance dominicale, dans les rêves du passé, relire Maison de poupées , écouter Parsifal , dans ce petit bout d’Europe étriqué et coincé entre l’eau et la rocaille, qui fut si puissant, qui semble si dérisoire. Cela restera une velléité, il y a encore beaucoup de chemin à faire, on reviendra peut-être un jour… Il est midi, au pays de la boussole, ne perdons pas le nord.
QUATRIÈME JOURNÉE




Les polémiques sur la crèche, comme offense à la laïcité ou aux sentiments des fidèles des autres religions, sont désormais désuètes et mises en veilleuse. […] En Italie le christianisme est une grammaire pour « lire » les monuments, le paysage, les événements historiques.
Andrea Riccardi, La festa di un’Europa che a voglia di vivere,
Corriere della Sera, 08/01/2016.

Tradition
C e soir à Sorrente, entre deux achats, les chalands s’arrêtent un instant devant les portes grandes ouvertes des églises pour se laisser envelopper par les
cantiques qui se répandent dans les rues et s’attendrir sur les crèches qui attirent le regard malgré leurs éclairages de fortune. De l’Avent à l’Épiphanie, de la Campanie à l’Ombrie, dans toutes les villes traversées, les crèches seront omniprésentes. Presepe italien, pessebre catalan, pesebre castillan ou crèche provençale, la représentation de la Nativité en trois dimensions remonte au Moyen Âge. Encouragée par la Contre-Réforme, la tradition est restée particulièrement vivace dans les vieux pays catholiques. Au fil des siècles, des éléments profanes, voire folkloriques, se sont mêlés aux symboles religieux. L’étable de Bethléem est devenue un village intemporel, pittoresque et bon enfant où il ferait bon vivre. À côté des bergers traditionnels, sont venus se placer le meunier ou le pêcheur, la laitière ou l’aubergiste. Tout un petit monde méditerranéen idéalisé qui n’aurait pas connu la révolution industrielle. Ces paysages en réductions sont de tailles variées mais les plus fascinants sont les plus petits. Comme les trains miniatures, les maquettes de maisons ou les soldats de plomb, ils donnent envie de jouer. Tout est minuscule et je suis un géant. Je m’amuse de ce décalage qui bouscule l’ordre habituel des choses, j’apprécie la pointe d’humour, je goûte la poésie des changements d’échelle.
CINQUIÈME JOURNÉE




Maintenant je vais vous parler de mon spectacle favori, du Vésuve. Pour peu je me ferais Vésuvienne, tant j’aime ce superbe volcan ; je crois qu’il m’aime aussi, car il m’a fêtée et reçue de la manière la plus grandiose. Que deviennent les plus beaux feux d’artifices, sans en excepter la girande du château Saint-Ange, quand on songe au Vésuve ?
Louise-Élisabeth Vigée-Lebrun, Souvenirs (1837).
Cité dans Yves Hersant, Italies.

Brume
H ier, nous parcourions à mi-flanc le versant sud de la péninsule de Sorrente, côte rocheuse sauvage, battue par les vagues et les rafales de vent. Sous le soleil de midi, de modestes îlots perçaient la mer, attirants et redoutables puisque, comme Capri toute proche, demeures des sirènes pour les Romains. Aujourd’hui, nous avançons sur la côte nord, dans une alternance de promontoires et de villes juchées sur des falaises qui dominent la baie de Naples, « la plus belle baie du monde » selon les voyageurs d’antan qui n’avaient pas encore contemplé les rives des continents lointains.

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