Réminiscences
46 pages
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Réminiscences , livre ebook

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Description

De « Phu-Shi » au « Roi du monde » se succèdent de courtes histoires inspirées d’une réalité toute virtuelle. L’auteur nous dévoile ici quelques-unes de ces modestes premières pages, écrites dans un temps « que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître », sans jamais leur imaginer d’autre destinée que l’oubli, ni prétendre assouvir d’autre jouissances que celle que procure « la musique des mots ».

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 21 décembre 2015
Nombre de lectures 0
EAN13 9791029003998
Langue Français

Extrait

Réminiscences
Alban Doppée
Réminiscences
Recueil de nouvelles












Les Éditions Chapitre.com 123, boulevard de Grenelle 75015 Paris
© Les Éditions Chapitre.com, 2015 ISBN : 979-10-290-0399-8
Du même auteur


L’Âme dans le creux de la main – Kindle – 2014

Le Moulin de la Hurlue – Baudelaire – 2014

Et le petit esclave donna naissance à une déesse Edilivre – 2015

***

À paraître : Au bout de l’enfer… l’Amour
Avant – Propos
J’ai longtemps hésité avant de me décider à exhumer de ma mémoire, ces quelques nouvelles commises dans les années quatre–vingt, alors que mes cheveux avaient longtemps encore à attendre, avant d’amorcer le processus inéluctable du blanchiment.
Je livre aujourd’hui dans toute leur candeur et leur simplicité, quelques–unes des moins mauvaises d’entre–elles comme pour laisser un grain dans les sables de l’éternité ; par amour de la musique des mots, par ironie sans doute, par vanité peut–être.
On peut rire de soi des larmes dans les yeux, et lancer une bouteille à la mer dans l’espoir d’émouvoir d’autres regards.
Si elle a le bonheur de tomber entre quelque main bienveillante, ma bouteille pourra se glorifier d’un plaisant recyclage, et mon cœur de ne pas avoir battu en vain.


Alban Doppée, 11.2015
Avertissement
Les présentes nouvelles relatent des faits purement imaginaires ; toute ressemblance avec des lieux, personnages ou évènements existants ou ayant existés serait purement involontaire et fortuite.
1
« P H U – S H I »
Tu arrivas par un tendre matin de printemps, étoile pâle dans un sillon de soleil, chassée par la folie sanguinaire de l’humaine bêtise, de tes rizières mutilantes survolées seulement de pélicans d’acier.
Je te revois, roseau frêle, le front baissé comme pour t'excuser d'être là ; je te vois encore tendant timidement vers nous ta petite main tremblante en articulant après ton prénom l'unique mot de Français connu de toi : « bonjour », avec cet accent si particulier de douceur : « Phu–Shi, bonjoul » ;
Et les petits monstres dont je n’étais pas le moindre, reprenaient en cœur en y mettant tout leur talent pour la rendre encore plus méprisante, plus odieuse si possible, la litanie infâme qui ne rendit méprisables et odieux que nous–mêmes :
« – Fou–chie, bonjou–le… fou–chie bonjou–le… »
Pauvre petit ange d’ivoire aux amendes perlées d’ébène, en échange de ton amitié offerte, nous te faisions expier, Christ dérisoire, toutes nos lâchetés, toutes nos haines, toutes nos peurs, toutes nos déraisons.
« – Fou–chie–bonjou–le… fou–chie–bonjou–le… »
Je ne sais combien de temps tu subis l’avanie, seuls me souviennent tes yeux qui imploraient les miens : comme ils devaient être beaux pour avoir résisté à l’outrage du temps et gardé l’ineffable pouvoir de me faire saigner le cœur et me mettre le vague à l’âme.
« – Fou–chie–bonjou–le… fou–chie… »
***
Jamais je ne compris pourquoi tu m’avais choisi : l’amour a ses raisons ignorées jusqu’aux confins de l’âme, insondables en candeur, en besoins de construire ou d’annihiler (ce qui n’est qu’une autre manière de construire le néant), tendres et suaves comme un cadeau de miel lorsque l’on a dix ans, infinies jusqu’à l’insoutenable lorsqu’on en a cinquante.
Et c’est sans aucun doute cette patiente insistance mise quel qu’en soit le prix, à vouloir communiquer avec moi qui eût raison de ma cruauté, de mon arrogance, jusqu’à mettre peu à peu moins de conviction et finir par ne plus prendre aucun plaisir à expectorer les rituels « fou–chie–bonjou–le ».
Mais il était trop tard, je t’avais fait trop de mal, ma honte était telle que jamais je n’osai t’adresser un seul mot ni un seul vrai regard… j’étais surtout beaucoup trop lâche pour répondre à ton sourire. fou–chie, bonjour
Il eût été pourtant si simple de te prendre la main pour m’enrichir de t’avoir fait le don d’un second mot : amitié… et qui sait, à force de fixer avec toi ce levant qui attirait instinctivement ton regard, peut–être aurais–je finalement eu le courage de t’apprendre le mot amour qui te seyait si bien, et aurions–nous versé ensemble les seules larmes dignes de voir le jour : perles de bonheur tendre et de félicité qui ne germent qu’aux yeux des seules amours sincères.
Comme tu dus avoir mal petit lotus fragile, de voir ton amour injustement payé de haine et toujours tu subis en silence, faisant la preuve que plus grande est la souffrance et plus elle est muette.
Voilà comment tu m’appris à pleurer : doucement, en moi–même avec dignité.
***
Pardonne –moi petite Phu–Shi d’avoir tant troublé tes jolis yeux, les miens aujourd’hui désespèrent à ta place, ils savent ce qu’il en coûte d’attendre contre toute raison, l’amour de son bourreau, ils savent ce qu’il en coûte d’être crucifié par l’être que l’on aime le plus au monde et qui n’a de cesse que d’apporter la preuve de la vacuité de son âme.
Je n’ai pu empêcher mes yeux de pleurer, comme jadis les tiens savaient si bien le faire, lorsque j’appris, il y a longtemps déjà, que les pétales des roses de ta barque pour l’au–delà avaient perdu leur éclat ; Mais leur parfum lui jamais ne se fanera, il embaumera les toujours des jardins les plus secrets de mon cœur, attendant avec mes regrets, d’aller là–haut répondre à ta patience.
Il me tarde tant de rejoindre ton étoile pâle, restée fidèle aux sillons du soleil, pour avoir le bonheur de te dire humblement, avec toute ma tendresse, tout mon amour et ma sincérité :
« –… bonjour Phu–Shi… comme je regrette de ne pas t’avoir aimée ! »
Et par la simple magie de ces mots dérisoires tant espérés de moi, je te ferai l’amour comme seuls le peuvent faire les anges : en te frôlant des yeux, car je le sais, tu m’auras pardonné.
N’est–ce pas ça l’amour, le vrai, l’absolu ?
N’est–ce pas cela le Paradis ?
05.03.1982

***
2
Le secret de tantine Loulou
Imaginez un petit bout de femme, solide, indestructible, toujours à s’activer dès avant le chant du coq, toute de compassion affectueuse, oubliant ses méchantes migraines pour accompagner de son sourire nos tyranniques égoïsmes d’enfants.
Tante Louise, que chacun appelait Tantine Loulou n’avait pas d’âge, elle semblait éternelle et indispensable, comme le sont ces êtres d’exception ayant sacrifié leur jeunesse, et dont l’amour débordant rend supportables les petites blessures du corps et de l’âme, infligées par les bosses, les chutes de vélo, l’injustice d’une punition imméritée, les griffures de ce méchant "Pompon" qui ne supportait pas qu’on lui tire la queue ; et puis, plus tard lorsque nous prîmes intérêt aux poitrines des filles, nos insoutenables peines de cœur.
Comme elle nous aimait Tantine Loulou !
Et nous lui rendions bien quand il nous arrivait de surprendre, malgré son irréelle discrétion, un soupir, une larme furtive, un regard absent ; alors, consciente de notre trouble, elle partait se cacher en se forçant à rire et disant :
« – Ce n’est rien… une peine de vieille fille… ça ne compte pas les peines de vieille fille… ».
Mais dans le fond de nous–même nous savions bien qu’en silence, elle était en train de pleurer, alors, nous cessions de faire les fous et nous nous affairions à des jeux silencieux.
Deux choses s’imposaient à nous avec une irréfragable évidence :
Primo : Tantine Loulou n’avait jamais été enfant, ça nous ne permettions à personne d’en douter !
Secundo : Tantine Loulou avait toujours été jolie et d’ailleurs, il n’y avait aucune raison que ça change, les anges jamais ne deviennent vieux !
Alors, nous qui savions tout de l’amour, ne nous expliquions pas comment il se pouvait qu’elle ait toujours refusé le mariage proposé successivement par deux "notables notoires", vous pensez… l’un était instituteur, l’autre percepteur des postes, et à une certaine époque, ça nous eût bien arrangé d’appeler notre "instit" "Tonton".
Et quand il nous arrivait de la taquiner à propos de ses prochaines "union légitime", elle partait en grands éclats de rires, répondant invariablement :
« – Allons bon… et qui donc s’occuperait de mes petits démons… et puis qui voudrait d’une vieille folle qui ronchonne tout le temps »
Elle entreprenait alors de nous poursuivre frénétiquement dans toute la maison, en se gardant bien de jamais nous rattraper.
Il était un autre mystère dans la vie de Tantine Loulou qui échappait à notre entendement, embrumait nos "entre–Noël–et–Nouvel–An" et relevait manifestement du secret d’Etat : Les fugues du 29 décembre…

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