Albert Camus, l histoire d un style
194 pages
Français

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Albert Camus, l'histoire d'un style , livre ebook

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Description

Comment réunir sous l'idée d'un unique style des œuvres aussi différentes que L'Étranger ou La Chute ? Comment situer le style de Camus dans l'histoire, à partir d'expériences qui s'essaient toutes à un genre différent ? Au moment du centenaire de l'auteur, c'est à ces questions que l'on voudrait répondre, pour mieux cerner un style de « l'entre-deux », entre classicisme et invention, nihilisme et sens du symbole, entre écriture blanche et lyrisme, révolte et célébration.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 octobre 2013
Nombre de lectures 23
EAN13 9782336327242
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

AnneMarie Paillet (dir.)
Albert Camus, l’histoire d’un style
Albert Camus, l’histoire d’un style
Au cœur des textes Collection dirigée par Claire STOLZ(Université Paris-Sorbonne)
Parutions récentes : 10. AURèlE CrAsson (DIR.),L’édition du manuscrit. De l’archive de création au scriptorium électronique, 2008. 11. LUcIlE gAudin Et gENEVIèVE sALvAn (DIR.),Les registres. Enjeux stylistiques et visées pragmatiques, 2008. 12. FRaNçOISE ruLLier-TheureT,Faut pas pisser sur les vieilles recettes. San-Antonio ou la fascination pour le genre romanesque, 2008. 14. vÉRONIqUE monTémonT Et CatHERINE vioLLeT (DIR.),Le Moi et ses modèles. Genèse et transtextualités, 2009. 15. rIDHa Bourkhis Et mOHaMMED BenjeLLoun (DIR.),La phrase littéraire, 2008. 16. salaH ouesLATi,Le lecteur dans lesPOÉSIESde Stéphane Mallarmé, 2009. 17. jEaN-mIcHEl AdAm Et utE heidmAnn,Le texte littéraire. Pour une approche interdisciplinaire, 2009. 18. FRaNçOISE simoneT-TenAnT,Journal personnel et correspondance (1785-1939) ou les affinités électives, 2009. 19. saMIa k AssAB-ChArFi (DIR.),Altérité et mutations dans la langue. Pour une stylistique des littératures francophones, 2010. 20. olGa AnokhinA (ED.),Multilinguisme et créativité littéraire, 2011. 21. ClaIRE BAdiou-monFerrAn (DIR.),Il était une fois l’ interdisciplinarité. Approches discursives des “contes” de Perrault, 2010. 22. gEOffREy ZuFFereY (SOUS la DIR. DE),L’autofiction : variations génériques et discursives, 2012. 23. ANNa jAuBerT, jUaN maNUEl LÓPeZ muÑoZ, sOpHIE mArneTTe, LaURENcE rosier Et ClaIRE sToLZ,Citations I. Citer à travers les formes. Intersémiotique de la citation, 2011. 24. ANNa jAuBerT, jUaN maNUEl LÓPeZ muÑoZ, sOpHIE mArneTTe, LaURENcE rosier Et ClaIRE sToLZ,Citations II. Citer pour quoi faire ? Pragmatique de la citation, 2011. 25. jEaN-jacqUES QueLoZ,Philippe Soupault : écriture de soi et lecture d’autrui, 2012. 26. vÉRONIqUE monTémonT Et CatHERINE vioLLeT,Archives familiales: modes d’emploi. Récits de genèse, 2013. 27. maRIaNNE ALPhAnT Et maRIE-FRaNçOISE Lemonnier-deLPY (DIR.),Jude Stéfan. Une vie d’ombre(s), 2012. 28. gENEVIèVE sALvAn, jEaN rouAud.L’écriture et la voix, 2012.
AnneMarie Paillet (dir.)
Avec la participation de l’EA 4509 (Sens, Texte, Informatique, Histoire), Université Paris-Sorbonne.
Albert Camus, l’histoire d’un style
N° 29
D/2013/4910/35
©Academia-L’Harmattan s.a. Grand’Place, 29 B-1348 LOUVAIN-LA-NEUVE
ISBN 13 : 978-2-8061-0118-1
Tous droits de reproduction, d’adaptation ou de traduction, par quelque procédé que ce soit, réservés pour tous pays sans l’autorisation de l’éditeur ou de ses ayants droit.
www.editions-academia.be
INTRODUCTION
1 AnneMarie Paillet
arler de « l’histoire d’un» pour Albert Camus peut sembler style paradoxal : alors que Barthes annonçait enL’Étrangerun non-style, d’aPutres ont vu en lui « deux styles »3. Bien plus, Camus semble s’essayer pour 2 « un style de l’absence qui est presque une absence idéale du style » , chacune de ses œuvres à un style différent : est-ce à dire qu’il n’a pas de style, parce qu’il en aurait plusieurs, comme la Samaritaine de l’Évangile avec ses 4 maris ? Écoutons Camus lui-même parlant du style romanesque : « Ce qui attire beaucoup de gens vers le roman c’est qu’apparemment c’est un genre qui n’a pas de style. En fait il exige le style le plus difficile, celui qui se soumet tout entier à l’objet. On peut ainsi imaginer un auteur écrivant chacun de ses 5 romans dans un style différent » .
En effet, comment réunir sous l’idée d’un unique style des œuvres aussi différentes queL’ÉtrangerouLa Chute? Le style de Camus ne serait-il pas avant tout conduit par cette quête d’une congruence de l’écriture à l’objet, dans une préoccupation toute classique, mais reformulée en son temps – qui aurait tenté de régler ses comptes avec la rhétorique, tout en aspirant à l’idéal
1 École Normale Supérieure de Paris. 2 Le Degré zéro de l’écriture, (1993-1995),Œuvres Complètes, Paris, Le Seuil, p. 179.3 Stephen Ullman, 1960, « The Two Styles of Camus »,The Image in the Modern French Novel,Cambridge University Press, pp. 239-299. 4 « Tu as bien fait de dire : je n’ai pas de mari, car tu en as eu cinq » (Jean 4, v. 18). 5 Carnets [printemps 1943],Œuvres complètes (2006), « Bibliothèque de la Pléiade », t. II, p. 991. « Nécessité d’un style pour chaque sujet, mais non tout à fait différent parce que la langue de l’auteur est à lui », précise Camus en une distinction intéressante entre « langue » et « style », (Carnets,Œuvres Complètes,op. cit., t. II, p. 1108).
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ALBERTCAMUS,LHISTOIREDUNSTYLE
6 du « grand style » ? Ainsi l’absurde cherche-t-il enL’Étrangerune écriture 7 adéquate, pour dire un héros « sans conscienteapparenteest lourd» (l’adjectif de sens) – mais s’il tente l’expérience du style neutre, Camus se refuse, ou échoue en définitive, à intégrer vraiment une « parlure » propre au personnage, indépendante d’un ethos de narrateur littéraire classique.Quant àLa Chute, sa réussite stylistique consiste à trouver dans une rhétorique du paradoxe – paradoxe condensé dans la notion de « juge-pénitent » –, l’expression aiguë d’une faute privée de salut, d’une confession de foi cynique, envers nostalgique du sens: « Chaque homme témoigne du crime de tous les autres, voilà ma foi 8et mon espérance. » Dans son héritage historique, le style de Camus, écrit Gilles Philippe, maintient « les oppositions qui ont structuré l’imaginaire littéraire français de e la seconde moitié duXIX, notamment l’opposition entrelestyle etlesstyles, c’est-à-dire entre la valorisation d’un modèle généralisable et l’exaltation des 9 individualités langagières » . Le grand style lui-même est défini par Camus comme entre-deux, « entre deux hérésies », l’académisme et la médiocrité : QUaND la StylISatION ESt ExaGÉRÉE Et SE laISSE VOIR, l’œUVRE ESt UNE NOStalGIE pURE : l’UNItÉ qU’EllE tENtE DE cONqUÉRIR ESt ÉtRaNGèRE aU cONcREt. QUaND la RÉalItÉ ESt lIVRÉE aU cONtRaIRE à l’État bRUt Et la StylISatION INSIGNIfiaNtE, lE cONcREt ESt OffERt SaNS UNItÉ. LE GRaND aRt, lE StylE, lE VRaI VISaGE DE la RÉVOltE, SONt ENtRE 10 cES DEUx HÉRÉSIES . Pour ce représentant d’une « norme du bien écrire », commente Gilles Philippe, « le “grand style” n’est réalisé que si l’expressivité maximale est atteinte sans que l’on perçoive la trace d’un travail et surtout la main d’un auteur. Le 11 “grand style” ne se voit pas ; il exige “l’effacement du geste stylistique” » . Dans « histoire d’un style », il faudrait donc entendre non pas l’évolution d’un style selon diverses périodes, mais à la fois l’héritage classique de Camus, et en même temps, l’aventure individuelle, à travers des expériences successives, s’essayant dans différents genres ; le style serait la trace permanente d’une
6 G. Philippe, 2013,Le Rêve du style parfait, Paris, PUF, chap. V, « L’équilibre de l’évidence et du lyrisme ». 7 Nous soulignons. 8 La Chute,Œuvres Complètes(2006),op. cit., t. III, p. 747. 9 G. Philippe,op. cit., p. 134. 10 L’Homme révolté,Œuvres complètes,op. cit., t. III, p. 295. 11 G. Philippe (2013 :137).
Introduction
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quête paradoxale, grand écart entre une préoccupation toute classique du grand style et la découverte du « vrai visage de la révolte ». Ce livre, publié pour le centenaire de la naissance de Camus, réunit les études menées au sein du groupe de recherches en stylistique,Textyle,et les contributions de la journée d’études de juin 2012, à l’Université Paris-Sorbonne. Il tente donc d’aborder sous ses diverses facettes un style auquel 12 on n’a jamais consacré d’étude systématique , et en interroge les paradoxes constitutifs, comme lieux de tension ou d’équilibre, où il s’agit de donner « aux 13 cris des passions l’ordre d’un langage pur » . Ces tensions internes définissent un style de « l’entre-deux », paradigme essentiel chez cet auteur qui se disait, 14 enfant, « placé à mi-distance de la misère et du soleil » , qui écrit « entre oui et non » ; entre classicisme et invention, entre rhétorique et « sacrifice des 15 prestiges extérieurs » , nihilisme et goût du symbole, cri et silence, neutralité et lyrisme. Le style de Camus naît donc de cet équilibre des tensions qui convoque à la fois la révolte et la célébration, d’une « mesure » qui n’est pas la résolution « désinvolte des contradictions », dit Camus dans sesCarnets, mais « rien d’autre que l’affirmation de la contradiction, et la décision héroïque de 16 s’y tenir et d’y survivre » .
Un style dans l’histoire
Une première partie propose une réflexion sur les enjeux historiques des expériences stylistiques de Camus, qui oscillent entre classicisme et innovation. Ainsi,Emmanuelle Tabetnous montre tout d’abord comment cette oscillation entre souci classique du grand style et incarnation d’une révolte individuelle s’exprime dans l’attirance de Camus pour Chamfort, qui incarne une figure de la révolte individuelle face à la terreur, de la « sainteté désespérée », de la « rage de la pureté », mais aussi une certaine conception de l’écriture moraliste. En effet, à la forme abstraite de la maxime, Camus oppose un art du détail et de l’anecdote qui préfigure à ses yeux le roman moderne. Mais l’œuvre
12 Voir cependant la synthèse littéraireCamus et le lyrisme, J. Lévi-Valensi et A. Spiquel (dir.), 1997, SEDES. 13 L’Intelligence et l’Échafaud, [1943],Œuvres complètes,op. cit., t. I, p. 896.14 L’Envers et l’Endroit, préface de 1958,Œuvres complètes,op. cit., t. I, p. 32. 15 L’Intelligence et l’Échafaud,ibid., t. I, p. 895. 16 Œuvres complètes,op. cit., t. IV, p. 1120.
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