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Description

Laurent, riche industriel, mène une vie confortable mais mortellement ennuyeuse. La découverte d'un sac abandonné en forêt va changer son destin. Faute de pouvoir trouver son propriétaire, il va lui emprunter son identité pour recommencer sa vie ailleurs... Mais c'est sans compter sur la ténacité d'un détective privé qui va remuer ciel et terre pour le retrouver.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 05 décembre 2013
Nombre de lectures 6
EAN13 9782312018874
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0017€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

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Christine Antheaume
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Tome1














LES ÉDITIONS DU NET 22, rue Édouard Nieuport 92150 Suresnes
Du même auteur


Tsunami , éditions du Bord du Lot, 2010
Crimes à Temps perdu , éditions Ex Aequo, 2010






























© Les Éditions du Net, 2013 ISBN : 978-2-312-01887-4
1
C’était un mardi. Je me souviens parfaitement de la date : le 13 avril exactement, le jour de la réunion avec les américains. La pluie battante m’avait poussé dans la brasserie de la rue Bayard, à deux pas de l’entreprise. Je serais au sec pour attendre David.
La scène se rejoue sans cesse dans ma tête. Je n’en ai oublié aucun détail. Je revois le vert bouteille du comptoir, la salle enfumée.
Il n’y a presque plus de place. Je repère tout de même une chaise libre, tout près de la fenêtre, à une table pour deux. Un quadragénaire vêtu d’un blouson en jean y sirote une bière devant une grille de loto. Traits fatigués, poches sous les yeux, des favoris comme on n’en fait plus depuis le règne de Louis-Philippe. Je lui demande poliment :
– Ca ne vous dérange pas si je partage votre table ?
– Non, allez-y.
Je m’assois devant la vitre, en guettant la rue détrempée, au cas où David arriverait avec la voiture. Je commande un café. Mon vis-à-vis vient de terminer sa bière et se penche sur sa grille de loto. Il passe la main dans sa poche intérieure à la recherche d’un stylo. L’objet lui échappe et tombe à mes pieds. Je le ramasse obligeamment, et le pose devant lui. Mes yeux tombent sur l’inscription gravée en lettres noires sur la longueur du tube de plastique. « Corolle ». Le buveur de bière me remercie.
– Vous travaillez chez Corolle ? »
A ma question, il hoche la tête.
– Oui.
– C’est une bonne boîte ?
– Pas mal. Cinq ans que je bosse à l’atelier.
– L’atelier ?
– … de conditionnement.
– Vous vous y plaisez ?
Louis-Philippe est d’humeur diserte. Pour ma part, la curiosité me pique.
– Ouais, ça va. Je ne me plains pas.
– Le patron est sympa ?
– Une teigne. Toujours sur notre dos, à vérifier ci et ça. Heureusement, mon chef d’équipe est cool.
Je cache mon étonnement en avalant une gorgée. Une teigne. Toujours sur notre dos. On ne doit pas parler du même.
– Comment s’appelle-t-il ?
Le type ne s’étonne même pas de l’intérêt que je porte à la conversation. Je m’en amuse secrètement. Parler aide à tuer le temps en attendant la fin de l’averse.
– Merlot.
– Ah. Je croyais qu’il s’appelait Martel.
– Ah celui-là ! Vous voulez parler du grand chef ! Vous voyez, je ne me souvenais même pas de son nom.
– Et alors ?
– Un fantôme. On ne le voit jamais. Je ne peux même pas vous dire à quoi il ressemble. Il n’est jamais venu à l’atelier, pour autant que je me souvienne.
– Vous n’avez pas d’opinion sur lui, alors.
Ses lèvres produisent un « ppttt » de pneu qui se dégonfle.
– Insignifiant. L’homme invisible.
– Vous ne l’avez jamais vu ?
– Non. Il vient de temps en temps à la boite, mais je crois que son rôle consiste surtout à récupérer le pognon. Il passe plus de temps sur les courts de tennis ou les terrains de golf que devant son bureau. Le travail, ca doit pas être pas son truc. Il a hérité de l’usine de son père, alors pensez, il a pas eu à se fouler. Un guignol, un fils à papa, je vous dis. C’est pas lui qui dirige vraiment l’usine, vous savez. Lui, c’est un figurant. Un incapable. Non, le vrai chef, c’est Merlot.
– Ah.
La conversation tarit. Mon voisin sort une cigarette et un briquet, et replonge dans sa grille de loto. Sa première bouffée embrume son regard.
A travers la fumée, je vois David se faufiler entre les tables. Il m’aperçoit, s’approche de la nôtre.
Louis Philippe lève la tête. Ses yeux écarquillés se posent sur mon chauffeur, la veste à boutons dorés, la casquette avec le logo de Corolle surplombant la visière.
– Votre voiture vous attend devant l’établissement, monsieur Martel.
Coup d’œil à travers la vitre. En effet, la Roll Royce, carrosserie luisante sous la pluie, est garée sur le petit parking à l’entrée de la brasserie.
– Très bien.
Je me lève, salue mon compagnon de table d’un petit sourire gêné. David m’escorte à travers la salle, puis déployant un grand parapluie, jusqu’au parking. Il ouvre la portière arrière de la Rolls à mon intention, la claque doucement, replie le parapluie et se met au volant. La voiture démarre. Alors que nous passons devant la brasserie, j’emporte la vision du visage de Louis-Philippe médusé, collé au carreau. Déformé par la stupeur.
Fantôme. Figurant. Incapable. Fils à papa. L’homme invisible. Même pas une ombre. Invisible. Guignol. C’est donc ainsi qu’on me voit. Ces mots défilent en boucle dans mon esprit, et disséminent leur poison dans tout mon être. Je ne me relèverai pas de cette humiliation.
Vendredi 8 août 2001
Aujourd’hui, cette scène passe et repasse dans ma tête, comme elle n’a cessé de le faire depuis quatre mois. Depuis la scène de la brasserie, chaque jour de pluie – et Dieu sait s’ils sont nombreux ! - me ramène à cet autre jour de pluie, aux mots du buveur de bière. Figurant. Incapable. Fils à papa. Guignol. Ses paroles se sont incrustées dans mes fibres les plus intimes. Le souvenir de notre conversation est un cancer qui me dévore à petit feu. La blessure de mon amour-propre est cuisante, même après tout ce temps, si bien que je n’ai aucun mal à afficher le masque de la souffrance.
Tac tac tac tac. Les talons aiguille de Rosalie martyrisent le parquet, ils vont et viennent comme de petits soldats nerveux. Elle s’est habillée pour sortir, petit chignon glacé, cartonné de laque, corsage à jabot, d’un rose catastrophique. La contrariété lui dessine un masque de tragédie antique.
– Ca tombe mal. Franchement, ça tombe on ne peut plus mal. Pourquoi faut-il que cela arrive maintenant ? Tu as mal choisi ton moment !
– Comme si on choisissait de se faire un tour de rein ! J’ai dû faire un faux mouvement en soulevant le volet, tout à l’heure.
Depuis le canapé où je suis allongé, je lui tends un regard souffreteux. Elle s’arrête devant moi :
– Mais enfin, il faut être complètement crétin pour vouloir porter ce poids tout seul ! Depuis le temps que je te dis d’appeler un artisan…Mais monsieur n’en fait qu’à sa tête ! C’est crétin, idiot, et complètement…crétin !
L’irritation assèche son vocabulaire. A court d’autres options lexicales, elle tape du pied.
– Allez ! Tu pourrais faire un effort ! Je vais avoir l’air de quoi, moi, toute seule ?
Je gémis en grimaçant :
– Tu vois bien que je ne peux pas tenir debout ! On voit que tu n’as jamais eu de lumbago.
– C’est terriblement ennuyeux. Les Villand-Beauchard comptent sur nous.
– Tu parles ! Il y aura tellement de monde à ce vernissage que Bérangère ne s’apercevra même pas de mon absence..
– Alors, vraiment, tu ne viens pas ?
Cette femme n’a aucune pitié.
– C’est définitivement non, articulé-je, en produisant une grimace de douleur garantissant l’authenticité de mon tour de rein.
Rosalie, sourcils froncés, essaie d’évaluer mon degré de sincérité. Par la fenêtre, nous parvient un ronronnement mécanique. Une voiture vient de se garer devant le portail. Je me lève sur un coude.
– Le taxi est là. Ne le fais pas attendre.
– D’accord, fait-elle à contrecoeur. Puisque tu es à l’article de la mort, je te laisse. A tout à l’heure.
Le petit clac de la porte signe ma délivrance. Je vois ma femme remonter l’allée, passer la grille du jardin. J’entends le taxi qui démarre. J’attends que le bruit du moteur diminue et disparaisse tout à fait. Je me lève d’un bond.

Oui, je sais, le coup du tour de rein, c’est minable, mais c’est la seule excuse que j’ai trouvée pour esquiver l’épreuve. L

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