[Extrait] J’ai rencontré Alberto un soir, sur le net. Face book occupait une place importante dans ma vie sociale et je passais le plus clair de mon temps à y poster des choses qu’il m’était impossible de faire en vrai. Ersatz virtuel, défouloir de mon bordel intérieur, amis au quintal, mon mur servait à tout. Cette vie numérisée, je la trouvais rassurante, parce que je la contrôlais d’un simple clic, d’un glissement de curseur. J’avais reçu une demande d’amitié, comme j’en recevais des dizaines par semaine. Comment les gens faisaient-ils pour vous trouver vous et pas quelqu’un d’autre, c’était une question à laquelle je n’avais jamais pu répondre. J’ai accepté la demande d’un nouveau visage, d’un nouveau nom. Lyne était désormais amie avec Alberto. Il écrivait des articles par-ci et par-là, tournait des documentaires et des courts métrages. Un intello, qui vivait de ses idées. J’étais une carriériste qui vivait de ses lubies. On allait discuter sans s’exposer, sans se voir, c’était exactement ce que je voulais. Lui attendait autre chose de moi et n’avait pas tardé à me le dire.