Contes à l usage des enfants, des adultes qui ont une âme d enfants...
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Contes à l'usage des enfants, des adultes qui ont une âme d'enfants... , livre ebook

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Description

Le conte, par son côté imaginaire et projectif, rejoint l’inconscient. En touchant à la fois le cœur et la tête, il fait appel à toute la sensibilité de la personne et favorise sa transformation.
Dans ce recueil de 18 contes, qui s’inscrit dans la foulée des « Contes à l’usage des parents et autres adultes soucieux du bonheur des enfants », le parent, le thérapeute, l’éducateur – ou tout autre intervenant –, verra un bel outil pour amener, via des personnages et des contextes traditionnels propres au conte, l’enfant (ou même l’adulte, très souvent !) à reconnaître certains mécanismes ou fonctionnements qui l’empêchent de satisfaire des besoins fondamentaux et, par le jeu de la métaphore, les pistes visant à l’aider à sortir de ces comportements insatisfaisants.
Écrits avec beaucoup d’empathie et de délicatesse, ces petits récits sont riches d’enseignement…

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 juin 2012
Nombre de lectures 5
EAN13 9782897210038
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0105€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Version ePub réalisée par :

Les Éditions du CRAM 1030 Cherrier, bureau 205, Montréal, Qc. H2L 1H9 514 598-8547
www.editionscram.com
Révision et correction Hélène Bard Conception graphique et illustrations Alain Cournoyer Illustration de couverture © Dawn Hudson - Fotolia.com
II est illégal de reproduire une partie quelconque de ce livre sans l'autorisation de la maison d'édition. La reproduction de cette publication, par quelqueprocédé que ce soit, sera considérée comme une violation du droit d'auteur.
Dépôt légal — 4e trimestre 2011 Bibliothèque et Archives nationales du Québec Bibliothèque nationale du Canada Copyright © Les Éditions du CRAM inc. Nous reconnaissons l'aide financière du gouvernement du Canadapar l'entremise du Fonds du livre du Canada pour nos activités d'édition.
Gouvernement du Québec – Programme de crédit d'impôtpour l'édition de livres – Gestion SODEC.


Distribution au Canada : Diffusion Prologue Distribution en Europe : DG Diffusion (France) ; Caravelle S.A. (Belgique) ; Servidis (Suisse)

Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada
Gravel, Suzanne, 1955 -
Contes à l'usage des enfants, des adultes qui ont une âme d'enfant-- et de toute personne soucieuse de l'âme des enfants

(Collection Psychologie)
Comprend des réf. bibliogr.

ISBN PDF: 978-2-923705-60-6
ISBN EPUB: 978-2-89721-003-8 

1. Enfants - Modification du comportement. 2. Modification du comportement. 3. Métaphore - Emploi en thérapeutique. I. Titre. II. Collection: Collection Psychologie (Éditions du CRAM).
BF723.B4G72 2010 155.4'1385 C2010-942173-6
Table des matières
Introduction
Carmin, l'oiseau rougissant
Eliane, la harpiste qui jouait parfois faux
Filon, l'aigle royal
Flocon, le petit lapin qui se sentait indigne
Jolie, la petite pouliche qui ne savait pas combien elle était forte
Karim, l'ours qui devint orphelin
La petite abeille sans nom
Lulu, la coccinelle qui cherchait la sortie
Marouska, la danseuse qui allumait les passions
Mimi, la mouche qui ne trouvait pas sa place
Natacha, la marmotte qui ne se croyait pas intelligente
Pierrot, le clown en cage
Sibylle à l'école des fées
Sibylle rêve d'être fée des étoiles
Simon et les étoiles d'Aurélien
Tourmaline, la tortue qui se plaignait sans cesse
Vigile, le souriceau anxieux
Virgule, Cédille et le grand chêne
Index des thèmes traités
(En gras, thème principal du conte)
Adoption Jolie, la petite pouliche qui ne savait pas combien elle était forte
Affirmation de soi Sibylle à l'école des fées
Anxiété Vigile, le souriceau anxieux Carmin, l'oiseau rougissant
Besoin de bouger Marouska, la danseuse qui allumait les passions
Colère (expression) Sybille à l'école des fées
Contrôle Vigile, le souriceau anxieux
Culpabilité (sentiment de) Flocon, le petit lapin qui se sentait indigne Sibylle à l'école des fées Simon et les étoiles d'Aurélien
Deuil Karim, l'ours qui devint orphelin
Découragement Virgule, Cédille et le grand chêne
Envahissement Sibylle à l'école des fées
Envie, jalousie Tourmaline, la tortue qui se plaignait sans cesse
Estime de soi, confiance en soi La petite abeille sans nom Éliane, la harpiste qui jouait parfois faux Filon, l'aigle royal
Gratitude Simon et les étoiles d'Aurélien
Honte Éliane, la harpiste qui jouait parfois faux Carmin, l'oiseau rougissant
Identité (besoin de) La petite abeille sans nom
Impuissance Lulu, la coccinelle qui cherchait la sortie Pierrot, le clown en cage
Infériorité (sentiment d') Natacha, la marmotte qui ne se croyait pas intelligente
Inhibition Pierrot, le clown en cage
Insécurité, peur de manquer de quelque chose Simon et les étoiles d'Aurélien
Isolement Karim, l'ours qui devint orphelin
Lâcher-prise devant les obstacles Virgule, Cédille et le grand chêne Lulu, la coccinelle qui cherchait la sortie
Liberté (besoin de) Pierrot, le clown en cage Sibylle à l'école des fées
Perfectionnisme Éliane, la harpiste qui jouait parfois faux
Performance Filon, l'aigle royal La petite abeille sans nom
Persévérance Virgule, Cédille et le grand chêne
Peur de ne pas être à la hauteur et de décevoir Filon, l'aigle royal
Peurs diverses (peur du jugement, du rejet, du ridicule, etc.) Pierrot, le clown en cage Carmin, l'oiseau rougissant Éliane, la harpiste qui jouait parfois faux
Réalisation de ses rêves Sibylle rêve d'être fée des étoiles Virgule, Cédille et le grand chêne
Reconnaissance (besoin de) Filon, l'aigle royal La petite abeille sans nom Mimi, la mouche qui ne trouvait pas sa place
Respect des choses et des gens Simon et les étoiles d'Aurélien
Sentiment de ne pas avoir sa place Mimi, la mouche qui ne trouvait pas sa place La petite abeille sans nom
Sentiment de ne pas être intelligent Natacha, la marmotte qui ne se croyait pas intelligente
Sentiment de culpabilité Flocon, le petit lapin qui se sentait indigne
Timidité Carmin, l'oiseau rougissant
Victime (comportement de) Tourmaline, la tortue qui se plaignait sans cesse
Introduction
…ou comment sont nés ces contes à l’usage des enfants, des adultes qui ont une âme d’enfant… et de toute personne soucieuse de l’âme des enfants !
Il y a une dizaine d’années, une amie m’a parlé d’un atelier de croissance personnelle auquel elle venait de participer et au cours duquel on avait demandé aux participants d’écrire, sous forme de conte, l’histoire de leur vie. J’ai immédiatement saisi le formidable potentiel thérapeutique de cette activité, et j’ai eu aussitôt envie de la mettre en pratique… et j’ai aimé autant l’exercice que le résultat auquel il m’a conduite ! Me projeter dans un personnage et le laisser vivre sous mes yeux s’est avéré formateur, libérateur, et riche d’enseignement. J’ai fait lire mon conte à quelques proches, et la reconnaissance que j’ai reçue m’a confirmée dans le bien-fondé de cette démarche.
Un an plus tard, j’ai eu l’idée d’en écrire un deuxième, cette fois à partir d’un personnage que j’avais incarné dans le cadre d’un exercice au CRAM (Centre de Relation d’Aide de Montréal). C’est ainsi qu’est née Éliane la harpiste . De nouveau, le plaisir était au rendez-vous ; j’ai encore une fois reçu d’excellents commentaires, ce qui m’a confortée dans l’idée de creuser davantage cette démarche, pressentant les bienfaits de cette activité dans un nombre croissant de situations.
Par la suite, j’en ai écrit d’autres, concernant des problématiques qui me touchaient ou qui touchaient des gens proches de moi (la timidité, le fonctionnement de victime, la peur, l’hypersensibilité, la performance, le sentiment de culpabilité, le sentiment d’infériorité, etc.). Je me suis mise à prendre de plus en plus de plaisir à projeter mon monde intérieur sur des personnages, à me laisser porter par eux, à les faire évoluer au gré de ma fantaisie. De plus, la distance que je maintenais en me projetant dans mes personnages me permettait de découvrir des choses que je n’aurais pas découvertes autrement. Les contes que j’ai écrits à partir de choses qui me touchaient personnellement ont eu un réel impact sur moi . La petite abeille sans nom , par exemple, m’a permis de découvrir que, lorsque je m’enfonce dans la honte à la suite d’une situation dans laquelle j’ai été vue dans des erreurs, c’est parce que je suis touchée dans mon identité. Par ailleurs, lorsque j’ai écrit des contes en m’inspirant du vécu d’autres personnes, mon but était de leur offrir quelque chose pour les réconforter et les inspirer; c’était ma façon de leur exprimer ma sensibilité à eux.
Pourquoi le conte ? C’est un moyen qui me permet de toucher le cœur des gens. Si j’avais écrit des petits essais sur les problématiques que j’aborde dans mes contes, expliquant, par exemple, que pour mieux vivre avec sa timidité, l’acceptation et l’expression de celle-ci, entre autres, sont d’une grande aide, ou que pour sortir de la performance il importe de ressentir son besoin de reconnaissance et de s’en occuper, le texte aurait certes pu aider les lecteurs à faire des prises de conscience, ou les inspirer à tenter des choses dans leur vie.
Mais le conte, par son côté imaginaire et projectif, rejoint davantage l’inconscient. En touchant à la fois la tête et le cœur, il peut avoir plus d’impact. Le conte ne rejoint pas que le rationnel : il fait appel à l’imaginaire, à la sensibilité de la personne. En touchant son être entier, il favorise davantage, à mon avis, la transformation.
Mes contes sont fortement inspirés de l’ANDC MC 1 . Tout d’abord, ils visent la satisfaction des besoins fondamentaux. On remarquera que les personnages, au début de l’histoire, sont pris dans un comportement (un fonctionnement ) insatisfaisant, et qu’ils trouvent, au fil du récit, une façon de transformer leur attitude, de sorte que leurs besoins (d’amour, de reconnaissance, d’acceptation, de liberté, etc.) soient satisfaits. On peut observer aussi que le vécu, les émotions, les peurs du héros ont une importance dans le dénouement de l’histoire. En effet, tout comme dans le processus de changement selon l’ANDC, c’est en identifiant ses peurs et autres émotions que le personnage peut ressentir ses besoins et trouver un moyen pour s’en occuper. La responsabilité, un concept important dans l’ANDC, y est également très présente. En effet, aucun de mes héros n’atteint ses buts par la magie ou par une seule intervention de l’extérieur. Il y a bien quelques personnages qui viennent les aider, mais sans jamais les prendre en charge. C’est toujours le héros lui-même qui doit transformer quelque chose pour se sentir mieux. Les éléments apportés au paragraphe précédent démontrent que la seule lecture du conte peut inspirer celui ou celle qui est concerné par la problématique traitée, quel que soit son âge. Le lecteur – ou le jeune à qui on lit l’histoire à voix haute – peut s’identifier au héros et la sensibilité qu’il éprouvera envers ce dernier l’aidera à être sensible à lui-même. Cela pourra l’amener à prendre conscience de son propre comportement, de ses émotions, de ses peurs et de ses besoins. Il pourra également s’inspirer du héros pour expérimenter d’autres comportements dans sa vie. Toutefois, il en retirera encore davantage en prêtant attention aux icônes « STOP » qui jalonnent les contes, pour répondre aux questions qui se trouvent en fin de récit. En se demandant ce que le héros vit, par exemple, et ce qu’il pourrait faire, le lecteur bénéficiera d’une distance qui amoindrira ses peurs. Il pourra se laisser aller à son imaginaire pour projeter son monde intérieur sur le personnage. Par la suite, il pourra récupérer ses projections (c’est-à-dire prendre conscience du fait que ce qu’il imagine pour le personnage lui appartient, qu’il s’agit en fait de son vécu, ses peurs, ses besoins), ce qui lui permettra de ressentir et identifier ses peurs et ses besoins spécifiques et, conséquemment, de trouver ses propres moyens pour être plus satisfait. De cette façon, sa créativité est favorisée. De plus, le fait de trouver lui-même ses propres moyens lui permet de développer sa confiance en soi.
Je sais par expérience que, sous un « enrobage » enfantin, ces contes s’adressent à tous les publics, sans exception, parce qu’ils en appellent à l’âme d’enfant qui sommeille en chacun de nous, quel que soit notre âge ou notre statut social, mais le public intéressé au premier chef reste celui des enfants, qui sont à se construire dans tous les domaines de leur vie, et à qui ces quelques récits peuvent apporter des réponses en les impliquant dans la solution.
Quiconque s’intéresse au développement de l’enfant (parents, grands-parents, professeurs, éducateurs en garderie, thérapeutes d’enfants, etc.) trouvera dans ce recueil une panoplie d’outils fort utiles pour amener, via des personnages et des contextes traditionnels propres au conte, l’enfant à reconnaître certains mécanismes ou fonctionnements qui l’empêchent de satisfaire des besoins fondamentaux et, par le jeu de la métaphore, les pistes visant à l’aider à sortir de ces comportements insatisfaisants.
En terminant, il ne me reste qu’un souhait à exprimer, c’est celui que le lecteur prenne autant de plaisir à lire ces quelques contes que j’en ai pris à les écrire.
Bonne lecture !
Carmin, l’oiseau rougissant
Dans la forêt, près de chez moi, vit un oiseau bien particulier appelé Carmin. Comme tous ceux de son espèce, son plumage est teinté de bleu, de vert et de jaune et il brille au soleil. Cet oiseau a toutefois une caractéristique bien particulière qui le différencie de ses congénères. En effet, à certains moments, le duvet recouvrant sa poitrine et son visage prend une teinte écarlate. Voici donc l’histoire de Carmin, l’oiseau rougissant.
Lorsque Carmin est né, il semblait bien fragile. Tout d’abord, il avait eu du mal à percer la coquille de son œuf. Ses frères, qui piaillaient déjà avant que Carmin sortît de son œuf, le traitèrent de faiblard. Cela fit de la peine à l’oisillon, d’autant plus que ce n’était pas par faiblesse qu’il avait mis du temps à percer sa coquille. En fait, il était effrayé par les piaillements de ses frères. Il avait peur de ne pas être capable de piailler comme eux. Que se passera-t-il, s’était demandé Carmin, si je ne piaille pas comme eux ? Peut-être riront-ils de moi ! Peut-être me rejetteront-ils ! Ou, pire encore, peut-être que ma maman ne voudra pas de moi et me poussera hors du nid avant que je sache voler !
Toutes ces questions avaient rendu Carmin anxieux et hésitant. Mais le sourire de sa maman, qu’il avait entrevu par un trou dans sa coquille, ainsi que les encouragements de celle-ci, l’avaient décidé à donner le coup de bec décisif, et l’oisillon avait enfin vu le jour.
En entendant ses frères et sœurs le traiter de faiblard en riant, Carmin n’eut qu’une idée en tête : retrouver l’intérieur douillet de sa coquille. Mais cela n’était hélas plus possible. Il se réfugia donc sous l’aile protectrice de sa maman. Cela fit rire davantage les autres oisillons, mais leur mère les fit taire, au grand soulagement de Carmin.
Au bout d’un moment, le petit oiseau, calmé, sortit du plumage réconfortant de sa maman. Ses frères étaient plus tranquilles, et ils acceptèrent de jouer avec lui. Ils s’amusaient à faire des folies et à s’imiter les uns les autres. Carmin avait bien du plaisir et s’enhardit à faire des folies à son tour. Mais lorsque les autres l’imitèrent, il fut soudain très gêné et se sentit ridicule. Ce fut la première fois que sa poitrine et son visage prirent cette teinte écarlate dont je vous ai parlé plus tôt.
C’est alors que l’un de ses frères, Hector, s’écria en riant :
— Regardez donc Carmin, il se prend pour un rouge-gorge !
Les oisillons regardèrent alors leur frère et se mirent à rire. Carmin se sentit si ridicule, il eut tellement honte, qu’il aurait voulu disparaître. Il essaya alors très fort de retrouver ses couleurs habituelles, mes ses efforts restèrent vains : plus il essayait de reprendre ses couleurs normales, et plus le rouge envahissait son visage et sa poitrine. Honteux, l’oisillon s’isola. Il ne reprit ses couleurs habituelles que bien après que ses frères eurent cessé de rire de lui.
Ce fut une expérience éprouvante pour le petit oiseau. Aussi devint-il hésitant à jouer avec ses frères. Mais au fond, ceux-ci l’aimaient bien, et Carmin aimait bien s’amuser. Alors, il continua, non sans crainte, à partager leurs jeux.
Vint un jour le moment d’apprendre à voler. Les oisillons étaient très nerveux et très excités. Pour Carmin, c’était sans conteste la nervosité qui prenait le dessus. Ce n’était pas qu’il avait peur de ne pas arriver à voler. Non, il avait confiance en lui sur ce plan. Mais il avait peur de ne pas voler comme ses frères, d’avoir un style différent. Il craignait surtout les moqueries de ses frères. Et si j’ai une aile trop basse, ou trop haute ; et si je vole trop vite, ou trop lentement ; et si j’accroche une branche ; et si… Voilà les pensées qui assaillaient le petit oiseau anxieux. Il se mit alors à imaginer ce que ses frères feraient. Ils vont sûrement observer mes moindres gestes. Et alors, Hector fera un commentaire et ils riront tous de moi. Ça me fera perdre mes moyens, et j’aurai du mal à garder ma concentration. Je pourrais heurter une branche, ou perdre de l’altitude, ou… ou… Carmin éclata en sanglots. Ça lui faisait bien de la peine d’imaginer que ses frères riraient de lui. Il avait très peur d’être rejeté par eux et de se retrouver seul et honteux. Et chaque fois qu’il imaginait un scénario, il se produisait : ses frères riaient de lui, et il se retrouvait seul, honteux et triste. Ça lui donnait envie de rester dans le nid, bien au chaud, avec sa maman. Mais ça aussi, ça lui faisait peur ! C’est sûr que si je refuse de voler, ils vont se moquer de moi ! Ils vont encore me traiter de faiblard, et cette fois, ils ne voudront vraiment plus jouer avec moi. Alors, je vais me retrouver seul et je devrai rester caché.
Quel dilemme pour le pauvre oisillon ! Qu’il essaie de voler ou qu’il s’y refuse, il était certain d’être la risée de tous et de finir honteux et seul. Vous imaginez donc jusqu’à quel point il était anxieux en ce matin des premiers essais.
Hector fut le premier à déployer ses ailes pour s’envoler. Il était un peu hésitant au début, mais prit rapidement de l’assurance, et se mit bientôt à faire des folies pour faire rire ses frères. Il accrocha une branche au passage, et celle-ci resta prise dans son plumage. Le petit oiseau l’exhiba alors fièrement, ce qui amplifia les rires. Lorsqu’Hector revint au nid, sa maman le félicita, et tous l’applaudirent.
Carmin, quant à lui, ne riait pas. Il était terrorisé. Comme il aurait aimé avoir l’assurance d’Hector! Mais ce n’était pas le cas. Aussi attendit-il que tous ses frères eussent fait leurs essais avant de s’approcher du bord du nid.
Encouragé par sa maman, il essaya de ne plus penser à ses frères et prit son envol. Ce fut un vol bien droit, direct. L’oisillon avait tellement peur qu’on se moque de lui s’il sortait de l’ordinaire, qu’il avait du mal à se laisser aller librement. Il se concentrait très fort pour voler droit et réussit bien. Mais tout à coup, son regard croisa celui d’Hector et son cœur s’emballa. Carmin s’affola, et il accrocha une branche. Il sentit le rouge lui monter au visage, tandis qu’il entendait ses frères chanter : « Rouge-gorge! Rouge-gorge! Rouge-gorge! » Paniqué, il se mit à voler dans tous les sens et perdit bientôt le nid de vue. Il sentit qu’il perdait de l’altitude, ce qui le rendit encore plus anxieux. C’est de justesse qu’il atteignit le nid. Sa maman le félicita, mais ses frères, sans rien dire, partirent jouer.
Carmin se retira alors dans un coin et pleura à chaudes larmes. Encore une fois, il était tellement honteux qu’il aurait voulu disparaître. Il se dit qu’il haïssait ses frères et qu’il aimerait ne plus jamais les voir. Il détestait rougir et il aurait voulu porter un masque. Triste et en colère, le petit oiseau pleura jusqu’à ce qu’il s’endormît d’épuisement.
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Quelques jours plus tard, Carmin s’envola à la découverte de la forêt. Il aimait sentir l’odeur du sous-bois, respirer le parfum des fleurs, admirer leurs multiples couleurs. Il se posa sur le sol, afin de s’abreuver dans une flaque d’eau. Soudain, il entendit des pas. Apeuré, il se réfugia dans le feuillage de l’arbre le plus près et resta aux aguets. Bientôt, il aperçut deux enfants qui s’approchaient. L’un d’eux leva les yeux et les posa sur lui, ce qui fit rougir l’oisillon.
— Je te connais, toi ! lui dit le garçonnet. Je t’ai vu en plein vol, il y a quelques jours. Tu es vraiment magnifique, avec ta couleur écarlate !
Gêné, Carmin remercia vivement le garçon et s’envola. De retour au nid familial, il se trouva un moment seul avec sa mère. Il lui raconta sa rencontre avec les deux enfants. En relatant le compliment que le garçonnet lui avait fait, il se sentit rougir de nouveau.
— C’est vrai que cela te donne de belles couleurs, lui dit sa maman. Cela te rend spécial.
— Mais je n’aime pas ça ! lui répondit hardiment son rejeton. Et les autres rient de moi ! Pourquoi suis-je comme ça ? demanda-t-il en pleurant.
— C’est simplement que tu es timide, mon petit. Chaque fois que tu es gêné, tu rougis.
— Je suis timide ? Ah ! bon !
Songeur, Carmin partit jouer avec ses frères, qui faisaient des concours de vol. Hector faisait rire les autres avec ses pitreries. Carmin riait à gorge déployée. Il se mit bientôt à voler en tournoyant sur lui-même, ce qui fit rire ses frères. L’oisillon prit plaisir à son jeu, et tourna de plus en plus vite. Il s’accrocha dans une feuille, et perdit de l’altitude. Il devint un peu étourdi, mais la gêne qu’il ressentait à être vu ainsi par ses frères était encore plus difficile à supporter. Il sentit son visage virer au rouge. « Rouge-gorge ! Rouge-gorge ! » commencèrent à chanter ses frères.
Cela blessa et fâcha Carmin. Cette fois, il se posa sur une branche et cria à ses frères d’arrêter. Surpris, ceux-ci se turent immédiatement. Alors, Carmin s’adressa à eux en ces mots :
— Vous savez, ce matin, un petit garçon m’a dit que j’étais magnifique avec ma couleur écarlate. Et puis, c’est parce que je suis timide que je rougis ainsi. Quand je suis gêné, que j’ai peur qu’on rie de moi et qu’on me rejette, je prends cette couleur écarlate. Vous savez, ça me fait beaucoup de peine quand vous vous moquez de moi.
Les frères s’excusèrent. Hector ajouta qu’il ne voulait pas lui faire de la peine, mais qu’il trouvait ça drôle de le voir changer de couleur. Cela apaisa Carmin.
À partir de ce jour, l’oisillon prit l’habitude de dire qu’il était gêné, chaque fois qu’il sentait sa poitrine et son visage s’empourprer.
Un jour, Carmin voletait çà et là dans une clairière, tantôt se posant sur une branche, tantôt sautillant dans l’herbe fraîche. En écoutant le vent, il entendit des piaillements qui s’amplifiaient, et il en vit bientôt les auteurs. C’étaient de jolis chardonnerets jaunes et Carmin était très attiré par eux. Il les regardait jouer et avait très envie de partager leurs jeux. Mais il se sentait très gêné. Il avait peur que les oiseaux le trouvent inintéressant, ou stupide, et qu’ils le rejettent.
Les chardonnerets étaient bien occupés à leurs jeux et ne semblaient pas voir Carmin, qui se disait que les petits oiseaux jaunes le trouveraient certainement insignifiant et qu’ils n’auraient sûrement pas envie de jouer avec lui. L’oisillon s’était figé, tiraillé qu’il était entre son grand désir de jouer avec les chardonnerets, et sa peur intense d’être rejeté par eux, qui lui donnait une forte envie de fuir. Il resta donc là, à regarder les petits oiseaux jaunes, jusqu’à ce que ceux-ci quittent la clairière.
Carmin retourna alors chez lui, bien triste.
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Au souper, sa maman vit bien que son fils n’allait pas. Aussi le prit-elle à part pour lui demander ce qui n’allait pas. L’oisillon lui relata sa rencontre avec les chardonnerets, et lui dit combien il était triste d’être si timide, et d’avoir eu si peur que les oiseaux le rejettent. Sa maman le consola et, après que les larmes de Carmin eurent cessé de couler, sa maman demanda s’il avait une idée de ce qu’il pourrait faire afin d’aller à la rencontre des chardonnerets, s’il les revoyait. Carmin lui répondit que ce serait plus facile pour lui s’il était avec quelqu’un. Sa maman lui suggéra de demander à Hector de l’accompagner, et la réponse de l’oisillon fut vive :
— Oh ! Non !, j’aurais bien trop peur qu’il se moque de moi ! Ou encore qu’il aille jouer avec eux en me laissant seul derrière ! Mais je pourrais demander à Micha…
Le lendemain, Carmin demanda donc à Micha s’il voulait l’accompagner dans la clairière. Il lui parla de sa rencontre de la veille, et lui expliqua qu’il aimerait bien jouer avec les chardonnerets s’ils étaient là. Il lui expliqua qu’il était très gêné et se sentait incapable d’y aller seul. Micha accepta, et les deux frères de dirigèrent joyeusement vers la clairière en volant. Quelques minutes après leur arrivée, ils entendirent les chardonnerets approcher. Anxieux et gêné, Carmin eut le réflexe de se cacher derrière Micha. Surpris, celui-ci fit un mouvement de côté, et son frère se retrouva à découvert, face aux chardonnerets qui arrivaient. L’oisillon se sentit rougir, et éprouva une forte envie de battre en retraite. Il toucha alors l’aile de son frère et cela le rassura. Il se promit alors de ne pas quitter la clairière avant d’avoir essayé d’approcher les chardonnerets.
Carmin laissa son frère faire les premiers pas, mais se força à s’approcher de lui, sans se cacher, même s’il sentait qu’il avait le visage en feu. Micha prit la parole :
— Bonjour ! Je m’appelle Micha. Et lui, c’est mon frère Carmin. Nous aimerions bien jouer avec vous.
— Bonjour, Micha ! Bonjour, Carmin ! leur répondit le plus grand des oisillons en leur tendant l’aile. Moi, je suis Gédéon. Et voici Frivole, Armand, Justin et Ozias.
— Mais dis donc, il est bizarre, ton frère, dit Armand à Micha. Comment se fait-il que vous ne soyez pas de la même couleur, si vous êtes deux frères ?
— C’est parce que je suis timide, dit Carmin. Quand je suis gêné, je rougis. Je trouve ça bien embarrassant, mais c’est comme ça.
— Ce n’est pas grave, répondit Ozias. Cela te donne de belles couleurs. Viens jouer avec nous. Après, tu ne seras plus gêné.
Les deux frères passèrent donc tout l’avant-midi avec les chardonnerets. Ils eurent bien du plaisir. De retour au nid, Carmin était tout fier de s’être fait de nouveaux amis. Il était même très excité et parlait très vite, ce qui fit sourire sa maman.
Ainsi donc, chaque matin, les deux frères se rendaient à la clairière en volant, et retrouvaient leurs amis. Carmin était un peu gêné en arrivant, mais il ne s’en faisait plus, et ses couleurs s’estompaient de plus en plus rapidement.
Un matin, Micha étant malade, il lui fut impossible d’accompagner son frère jusqu’à la clairière. Celui-ci se sentit intimidé à l’idée d’aller rencontrer seul les chardonnerets. Il avait peur de ne pas savoir comment les approcher, et d’être maladroit. Aussi envisagea-t-il de rester au nid. Mais cela le rendit triste. Il se rappela alors que lorsqu’il exprimait sa gêne, il était généralement bien reçu. Cette pensée, ajoutée au souvenir de la gentillesse des chardonnerets, lui donna le courage de se rendre à la clairière.
Lorsqu’il arriva sur les lieux, les chardonnerets étaient déjà là. Carmin sentit son cœur s’emballer dans sa poitrine, et le rouge lui monter aux joues. Il ressentit une très forte envie de rebrousser chemin. Mais il se dit qu’il serait alors triste et déçu. Il se posa sur une branche bien cachée, afin de se donner courage. L’oisillon était très partagé : tantôt il se rappelait la gentillesse de ses amis, et son plaisir de jouer avec eux, ce qui lui donnait le courage d’avancer, et tantôt, il se disait qu’il serait sûrement maladroit et que les chardonnerets ne voudraient pas jouer avec lui sans son frère.
Enfin, son grand désir de jouer avec ses amis l’emporta. Carmin se parla, se disant qu’il serait peut-être maladroit, mais que, connaissant ses amis, il était peu probable que ceux-ci le rejettent pour autant. Il s’approcha donc lentement et les salua en bafouillant quelque peu.
— Bonjour, Carmin ! répondirent les oisillons à l’unisson.
— Ton frère n’est pas avec toi, ce matin ? demanda Frivole.
— Non, non, il… il… il est ma, ma, malade, fit Carmin, rougissant de plus belle.
Sur ces paroles, il essaya de se poser sur la branche où étaient déjà perchés Ozias, Armand et Gédéon. Mais dans sa maladresse, il bouscula Armand. Celui-ci, vexé, s’adressa à lui en ces termes :
— Hé ! Fais attention ! Qu’est-ce qui t’arrive, ce matin, Carmin ? Tu bégaies, puis tu me bouscules !
Carmin fondit en larmes.
— Je, je, je suis désolé… Je, je suis tellement gêné d’arriver ici tout seul. Cela me fait bégayer et me rend maladroit. Est-ce que je peux jouer avec vous, même si Micha n’est pas avec moi ?
— Tu es tout pardonné, lâcha Armand. Bien sûr que tu peux jouer avec nous ! Tu es notre ami, Carmin !
— Oui, oui ! Avec plaisir ! firent les autres frères.
Soulagé, Carmin perdit petit à petit sa couleur rouge, et cessa de bégayer. Il passa tout l’avant-midi à s’amuser avec ses amis. Son plaisir était décuplé parce qu’il était fier d’avoir surmonté sa gêne.
Lorsqu’il revint au nid, il était particulièrement rayonnant. Dorénavant, Carmin n’avait plus besoin de Micha pour aller jouer avec ses amis. Si son frère l’accompagnait, il était heureux. Mais s’il ne venait pas avec lui, l’oisillon se sentait capable d’aller seul à la rencontre de ses copains.
Quelques semaines plus tard, les chardonnerets partirent vers le sud avec leurs parents. Carmin et Micha étaient très tristes, mais chacun avait envie de vivre sa tristesse à sa façon. Micha voulait retourner à la clairière, afin de se rappeler les bons moments passés avec les petits oiseaux jaunes, tandis que Carmin préférait éviter la clairière, de peur de raviver sa peine. Ce matin-là, les deux frères partirent donc dans deux directions différentes.
Carmin aperçut bientôt un joli petit ruisseau au bord duquel il s’arrêta pour se désaltérer. Pendant qu’il s’abreuvait, il entendit siffler des bruants à gorge blanche. L’oisillon sentit alors qu’il prenait cette couleur écarlate qui lui attirait tant de commentaires. Il n’aimait pas ça, mais son envie de se cacher ou de fuir fut moins vive cette fois. Il se dit que ces bruants pourraient remplacer ses amis partis vers le sud.

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