Dans l ombre d un handicap
148 pages
Français

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Description

Etre normale, voilà le rêve de Melinda : sortir de l'ombre de son handicap et vivre comme toutes les filles de son âge. Avec la présence de ses amis et surtout de David, Melinda parviendra-t-elle à faire la paix avec son handicap ? Parviendra-t-elle à surmonter ce complexe et affronter la vie avec plus d'optimisme ? Voilà la grande question que pose l'auteure, sur fond d'interpellation des handicapés du monde entier.


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Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 02 septembre 2015
Nombre de lectures 82
EAN13 9782336389967
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0090€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait


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Couverture
4e de couverture
Femmes et savoirs
Femmes et savoirs
Collection dirigée par Alice Delphine TANG

La collection « Femmes et savoirs » intègre tous les ouvrages qui contiennent des savoirs diffusés par les femmes, des savoirs diffusés pour les femmes et des savoirs diffusés sur les femmes. Dans ces rubriques se retrouvent aussi bien les œuvres de fiction (roman, nouvelle, poésie, théâtre, épopée, conte, etc.) que les essais littéraires, philosophiques, ethnologiques, anthropologiques, sociologiques et mythologiques. La collection « Femmes et savoirs » est un espace scientifique dont le but est de donner une grande lisibilité des écrits réalisés par les femmes ou portant sur les femmes.

Déjà parus

H. Clément AWONO AMBASSA, Au palais. Le prix de l’imposture , 2014.
H. Clément AWONO AMBASSA, La collation. Un hommage à nos morts , 2014.
Emmanuel EKA MENGUE, La fronde ou la condamnation du fanatisme , 2013.
Marie-Thérèse AMBASSA BETOKO, Le film de ma jeunesse. Nouvelles , 2013.
Sophie Françoise BAPAMBE YAP LIBOCK , Les couloirs du bonheur. Roman , 2012.
Alice Delphine TANG et Marie-Rose ABOMO-MAURIN (éds ), Jacques Fame Ndongo. Esthétique littéraire , 2012.
Charles LE GRAND TCHAGNÉNO TÉNÉ, Demain l’Afrique. Poèmes , 2012.
Fidoline NGO NONGA, Économie de l’environnement. Outils de gestion économique de la biodiversité , 2012.
Ben MAGE , Les marguerites. Poésie , 2012.
Serge Cyrile NWAWEL, Reflets. Poésie , 2012.
André Marie AWOUMOU MANGA, Le coupable. Pièce de théâtre en cinq actes , 2012.
François A. NTSAMA, Partage. Poésie , 2012.
Titre
Ève K- RENE






Dans l’ombre d’un handicap
Copyright


























© L’Harmattan, 2015
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris
http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
EAN Epub : 978-2-336-74007-2
Citation


« Nous nions notre propre beauté parce que les autres ne peuvent pas, ou ne veulent pas la reconnaître. Au lieu d’accepter ce que nous sommes, nous voulons imiter ce que nous voyons autour de nous. »
Coelho Paulo.
I.
Melinda se calma un instant, tout en se nettoyant les yeux du revers de sa main, c’était en vain. Les larmes coulaient toujours, on aurait dit qu’elles ne pouvaient plus se contenir dans ses yeux. Cette fois-ci, elle essaya de se calmer pour pouvoir réfléchir. Il fallait trouver une explication rationnelle à cette situation. C’était pire qu’un cauchemar, et elle voulait comprendre ce qui venait de se passer. Tant de questions se bousculaient dans sa tête, qu’elle crut que celle-ci allait exploser. Comment tout ceci avait bien pu se produire ? Pourquoi tout cela était-il arrivé ? se demanda-t-elle une énième fois, tandis qu’un flot de larmes inondait de nouveau ses joues. Pourtant malgré les larmes, on aurait dit qu’à force de se poser la même question, son cerveau avait la réponse toute prête. Et Melinda ne fut pas du tout surprise quand cette réponse s’imposa à elle.
Roddy Fono !
S’il fallait un coupable, Melinda n’aurait pas hésité à accuser Roddy. Il était la cause de tout cet échec, de tous ces malheurs. En effet, c’était de sa faute si elle avait cru être comme toutes les filles. Il avait passé son temps à lui dire qu’elle n’était pas différente des autres malgré son handicap. Aujourd’hui, elle se rendait compte que c’était faux, tout n’était que mensonge dans les paroles de celui-ci. Depuis sa naissance, personne ne la voyait autrement que ce qu’elle était : une infirme qui suscitait de la pitié et rien d’autre.
Melinda essuya de nouveau les yeux, cette fois-ci, d’un geste rageur. Depuis combien de temps pleurait-elle ainsi ? Elle ne le savait même pas. Elle ignorait qui elle détestait le plus au monde : Roddy ou Martial ? Mais, Roddy l’emportait simplement, parce qu’il avait été son premier amour. Elle l’avait aimé durant des années, et pour finir, il lui avait brisé le cœur. Tout cela, après quatre ans de promesses d’amour et de fidélité. La présence d’une autre dans sa vie ne constituait pas un drame en réalité. Le plus dur dans tout cela était qu’il avait eu un enfant avec cette fille. Roddy l’avait trompée durant tout ce temps, il lui avait fait croire qu’elle était la femme de sa vie. Et elle, comme une idiote, avait cru en lui et lui avait confié son cœur…
La vérité avait finalement éclaté un 24 décembre. Fermant les yeux, Melinda revit les images ressurgir avec force dans sa tête, on aurait dit que tout était encore présent dans son esprit, et d’ailleurs c’était le cas, incontestablement.
Elle était allée le rejoindre, pour passer avec lui les fêtes de fin d’année en amoureux. Mais à son arrivée, Melinda avait trouvé une autre fille chez lui : Diane ! Roddy était venu les rejoindre après son coup de fil colérique, et là, Melinda avait vu son monde s’effondrer quand celui qu’elle croyait être l’homme de sa vie lui avait demandé de rentrer. Au bord de la route où il l’avait accompagnée prendre le taxi, il lui avait ouvertement dit de ne plus revenir. Roddy avait ajouté que leur histoire était juste des enfantillages, qu’il avait grandi et avait déjà une famille.
– Pourquoi ? avait-elle demandé en le regardant droit dans les yeux, elle voulait être sûre qu’elle ne rêvait pas.
Il avait détourné son regard, avant de lui dire ces mots qu’elle n’oubliera jamais.
– Diane possède tout ce qu’un homme désire chez une femme. Avec elle, je ne me sens pas coupable. Or quand je suis avec toi, on me regarde comme quelqu’un qui commet un crime. Tu ne peux pas comprendre ce que ça fait quand on te regarde ainsi ; toi tu es habituée, mais moi, je n’en pouvais plus. J’étais vraiment attiré par toi, mais pour être honnête, j’en ai eu marre avec le temps, tu es si coincée ! Même faire l’amour, tu en es incapable. Tu sais quoi ? Être avec toi était un calvaire.
– Roddy…
C’est tout ce qu’elle avait pu répondre. Elle savait qu’en ouvrant la bouche pour dire un mot de plus, elle en mourrait de chagrin. Puis sans un mot, elle s’était engouffrée dans le taxi jusqu’à la gare routière. Dans le car, elle était dans un état second, seules les larmes coulaient dans cette voiture sans lumière. Elle put pleurer ainsi en silence, non seulement durant tout le trajet qui la ramena à Yaoundé, mais aussi, pendant les deux années qui suivirent. Melinda dut enterrer cette douleur au fond d’elle, ne trouvant pas le courage d’aborder le sujet et de dire que Roddy l’avait laissée parce qu’elle était infirme. C’était horrible et honteux à avouer. Elle préféra garder tout pour elle-même. Elle se disait que jamais plus, elle ne rencontrerait l’amour.
Mais curieusement, avec le temps, et sa rencontre avec Martial, la douleur s’estompa, et Melinda finit par l’oublier tellement elle était fascinée par Martial Angonomane.
Martial…
La première fois que Melinda le vit, c’était à l’aéroport international de Nsimalen. Elle était allée faire ses adieux à une amie d’enfance Claire Messina qui allait poursuivre ses études au Congo Kinshasa. Lui, il était juste à l’entrée et attendait le départ de son vol pour la Tunisie, rejoindre son club. Il n’était pas mal comme homme, grand, des yeux rieurs, des épaules larges, et surtout il paraissait très sympathique. Après les dernières formalités, il vint les rejoindre sur le siège où elles étaient assises pour se dire au revoir. Martial entama la conversation avec l’éternel « bonjour ». Claire en profita pour s’éclipser auprès de sa famille, laissant son amie seule avec Martial. Melinda se retrouva en train de se confier à lui, on aurait dit qu’elle se libérait, motivée peut-être par la conscience qu’ils ne se reverront plus jamais. Martial l’encourageait fortement avec des mots gentils. Et, en se disant au revoir, Melinda avait trouvé naturel de lui donner son numéro et son adresse e-mail pour rester en contact avec lui.
Plus tard, il arrivait à Melinda de penser à Martial, mais avec le temps et l’intervention de la raison, Melinda finit par oublier toute cette histoire.
Pourtant, quelques mois plus tard, elle eut la surprise de sa vie ! Martial l’appela pour lui annoncer qu’il était de retour, et qu’il voulait la voir. Le rendez-vous fut fixé quelques jours plus tard, et le plus surprenant fut qu’il formula le souhait de rencontrer la famille de Melinda, afin de se présenter officiellement comme son petit ami. Toute la famille tomba sous le charme de celui-ci, la mère de Melinda notamment ! Martial était si charmant qu’il ne pouvait en être autrement. Il avait des paroles mielleuses, tel un serpent ! Ce qui attirait beaucoup plus Melinda vers lui, c’était sa façon de l’écouter avec attention. Martial donnait l’impression, de toujours être là pour elle. Il disait qu’elle devait s’appuyer sur lui, c’était son rôle de la protéger… Et résultat, il la trompait hélas avec sa meilleure amie !
– Mon Dieu, pourquoi suis-je si stupide ! Pourquoi faut-il toujours que cela tombe sur moi ? s’écria-t-elle remplie de désespoir… Pourquoi moi ?
Melinda ouvrit les yeux, mais se rendit compte que sa chambre était plongée dans l’obscurité, la nuit était tombée sans qu’elle ne le remarque. Ce n’était pourtant pas là sa principale préoccupation ; tout ce qu’elle voulait maintenant, c’était oublier ce qu’elle venait de vivre. Elle voulait se débarrasser de ce cauchemar, il fallait à tout prix que ce soit autre chose, et non cette horrible vérité. Mais, toutes les images de ce qui s’était passé quelques heures plus tôt, défilaient dans sa tête. Cette souffrance en elle était si intense qu’elle ferma brusquement les yeux, mais les événements de la journée refirent surface malgré elle.
Nina Andje était son amie. Les deux jeunes filles se connaissaient depuis la classe de terminale, au collège catholique de Mbalmayo où elles étaient camarades. À l’université, elles étaient devenues plus proches. Nina pouvait se montrer si charmante, Melinda ne doutait pas de son amitié. Elles se disaient tout et faisaient tout ensemble. Elle connaissait la peur de Nina. Celle-ci avait peur de ne pouvoir trouver l’homme idéal, à l’exemple de Melinda, qui vivait une relation merveilleuse avec Martial. Elle disait à Melinda que les hommes étaient ingrats, qu’ils s’en allaient toujours au profit d’une autre, quand ils n’avaient plus d’intérêt chez la précédente. Nina lui demandait de ne pas s’impliquer totalement dans cette relation, Martial un jour, s’en irait quand il deviendrait célèbre. Mais Melinda en doutait un peu, vu l’amour que Martial lui témoignait.
En rentrant des cours cet après-midi, Melinda ne s’attendait pas à ce que sa vie soit bouleversée pour toujours, quand elle fit une escale chez son amie afin récupérer les clés de sa chambre, qu’elle lui laissait habituellement en allant au cours. N’ayant pas le même emploi du temps, les jeunes filles trouvaient ce procédé sécurisant. Arrivée, Melinda trouva naturel de pousser la porte entrouverte, d’habitude, son amie se faisait plus discrète quand elle recevait un homme chez elle, mais cette fois-là, la porte était entrouverte, sûrement qu’elle faisait une sieste, se disait-elle.
Or, Melinda vit, en franchissant le seuil de la porte, deux corps totalement nus, entrelacés, sur le lit, qui sursautèrent en ressentant sa présence. Elle reconnut immédiatement Martial et Nina. En quelques secondes, son regard capta tous les petits détails de la pièce. Elle remarqua le téléviseur allumé qui diffusait du makossa, le ronflement silencieux du mini-frigo placé à l’entrée de la porte, la chaleur causée par l’ampoule allumée en pleine journée. Elle reconnut tout aussi la chemise blanche de Martial, ses tennis sous le lit, son pantalon à même le sol. Près du lit se trouvait une chaise sur laquelle étaient posés les restes de nourriture, deux verres de jus. Un silence de mort plana dans la minuscule chambre de Nina.
C’était inimaginable !
Jamais elle n’aurait cru cela possible. Nina Andje son amie, celle à qui elle disait tout, à qui elle se confiait. Cette fille, qu’elle avait toujours considérée comme sa sœur, et c’était celle-là même que Melinda retrouvait allongée sur le même lit que Martial ! Pour la première fois, elle voyait le vrai visage froid et calculateur de Nina. Au lieu de se rétracter, celle-ci rabattit plutôt le drap sur leurs corps nus. Il n’y avait plus de traces d’une quelconque amitié ni de culpabilité quand elle posa son regard sur Melinda. Puis d’une voix que son amie ne lui connaissait pas, Nina lui dit :
– Ne me regarde pas ainsi Mel, je t’ai toujours dit qu’il n’est pas fait pour toi. Tous les deux, vous évoluez dans deux mondes très différents. Il a besoin d’une fille qui le pousse à réaliser ses rêves, à devenir quelqu’un célèbre. Tu sais bien ce qu’on dit : « Derrière un grand homme se cache une grande femme ». Tu n’es pas cette femme-là ; il a besoin de celle-là qu’il pourra présenter sans aucune honte. Je ne vois vraiment pas pourquoi tu fais cette tête, il t’a déjà fait une faveur en sortant avec toi, tu pourras te consoler plus tard en disant que tu as eu un homme comme Martial dans ta vie. N’en demande tout de même pas plus ! Si tu trouves tout cela injuste, il faut en vouloir à Dieu, c’est lui qui a voulu que tu souffres, en te rendant infirme.
Nina avait regardé ses béquilles, avec une moue moqueuse et avait continué :
– Je dois avouer que Dieu est parfois injuste ; il te donne un beau visage, de l’intelligence, mais omet de te donner les jambes qui vont avec, un corps parfait comme moi. Tu serais une très belle femme, si tu n’avais pas été infirme. Mais, sois réaliste, aucun mec normal ne voudrait d’une infirme comme femme, c’est inconcevable qu’un homme décide de se sacrifier à ce point. Pauvre Mel, si c’était une façon de se moquer de toi, Dieu a réussi. Il t’a fait voir un monde qui ne sera jamais le tien. Mais toi la fille qui a vécu avec des religieuses, tu devrais savoir que la Bible nous dit que Dieu sait ce qu’il fait, il savait bien quel genre de vie tu allais mener avec ton handicap. Dis-moi pourquoi tu veux te faire du mal en convoitant ce que tu n’auras jamais. « Tu ne convoiteras pas ! », c’est l’un des dix commandements de la Bible, n’oublie pas.
Malgré la douleur, Melinda ne bougea pas, les mots que lui disait Nina arrivaient directement dans son cerveau. On aurait dit que celle-ci attendait depuis très longtemps, pour les lui dire. Nina la blessait avec ses mots tout en prenant un malin plaisir. Et plus elle parlait, plus Melinda se sentait mal, brisée et surtout trahie. Jamais on n’avait été si cruel envers elle. Martial ne disait rien, il était simplement allongé sur le lit, on aurait dit qu’il ne semblait pas du tout concerné par toute cette histoire. Melinda voulut crier de rage, mais se sentit impuissante.
– Les clés…, murmura-t-elle en faisant un très grand effort, pour ne pas éclater en sanglots devant eux. S’il te plaît, je voudrais mes clés, insista-t-elle.
Nina eut un sourire ironique, comme si elle se délectait de la situation. Elle porta la main vers son chevet, puis prit les clés qu’elle lança nonchalamment. Melinda les rattrapa au vol.
– N’oublie pas de tirer la porte en partant, lança-t-elle à Melinda.
– Tu devrais la fermer avec le verrou, je ne veux plus être dérangé, intima Martial.
Il avait enfin parlé !
– Très bonne idée. Comme cela, on ne sera plus dérangé par n’importe qui.
– Ainsi, je suis réduite au rang de n’importe qui, se répéta-t-elle intérieurement sur la route qui menait à sa chambre. Un autre cauchemar ! C’était la même histoire qui se répétait. Son handicap était toujours la cause de sa souffrance.
Enfermée dans sa chambre, elle avait perdu la notion de temps, et la pluie qui tombait depuis peu n’était pas pour la consoler. Melinda se leva et s’allongea sur son lit. Mécaniquement, sa main alla vers le chevet où, le matin, en allant aux cours, elle avait oublié sa montre-bracelet ; le cadeau de la Saint-Valentin, offert par Martial. Elle la prit, tout en s’asseyant sur le lit, puis d’un geste rageur, elle la lança contre le mur, de toutes ses forces, ce fut le tour de l’oreiller, des draps, et de tout ce qu’elle avait à portée de main. Quand elle ne trouva plus rien à violenter, elle se mit à crier de rage, mais sa voix était noyée dans le chant de la pluie qui ne cessait de tomber sur toute la ville. Quand elle sentit ses cordes vocales sur le point de se briser, elle se recoucha, épuisée et triste.
Les souvenirs refirent à nouveau surface ; elle revoyait tous les bons moments qu’ils avaient vécus ensemble. Tout semblait pourtant marcher très bien entre eux, ils ne se querellaient jamais. Et toutes ces soirées passées en compagnie de Nina cachaient-elles une histoire entre eux ? Pourtant, Martial ne lui avait fait aucun reproche ni montré qu’il ne voulait plus d’elle. Au contraire, il semblait heureux de fêter avec elle, le premier anniversaire de leur relation. Une multitude de questions se bouscula dans sa tête. Non seulement elle voulait savoir, depuis combien de temps cela durait entre eux, mais aussi qui avait fait le premier pas, surtout pourquoi elle n’avait rien vu venir ; elle qui se flattait d’être une très grande observatrice !
Melinda sentit ses paupières s’alourdir, sous l’effet du sommeil. Elle lutta pendant un instant, sachant qu’en fermant les yeux, elle rêverait de tout ceci. Elle ne voulait rêver ni de Martial encore moins de tout ce qui venait d’arriver. Elle ne se sentit pas quand ses yeux se fermèrent ni qu’une petite larme ruisselait le long de sa joue.
Quelques heures après, des coups violents la tirèrent de son sommeil. Melinda crut d’abord qu’elle rêvait, mais les coups étaient insistants et bien réels. Elle finit par ouvrir totalement les yeux, à regret, sans pour autant se lever pour ouvrir. Il se faisait sûrement très tard. La pluie avait cessé, seules quelques gouttes rebelles tombaient encore sur les toits. Melinda reconnut pourtant la voix de Sandrine Mbida et il lui vint à l’esprit que Félie Essono n’était pas loin. Cela se confirma quand elle entendit la voix de Félie. Toutes les quatre avaient fait la classe terminale ensemble et s’étaient liées d’une très grande amitié depuis cette époque. Ce soir pourtant, Melinda n’eut pas la force de se lever pour leur ouvrir. De plus, elle ne voulait pas lire de la pitié dans leurs yeux. Heureusement qu’elle avait éteint son portable, se félicita-t-elle.
– Je ne crois pas qu’elle soit dans sa chambre, le mieux serait de revenir demain matin, proposa Sandy.
– Tu as sûrement raison, mais je voulais la voir. C’est vraiment horrible ce qui lui arrive. La pauvre, elle ne mérite pas cela, répliqua Félie.
– Il se fait tard, et je crois qu’elle est à Yaoundé. Si elle était là, elle aurait déjà ouvert. Même un mort serait debout, avec tous ces coups qu’on a frappés à sa porte.
– En même temps, tu la connais, elle veut sûrement rester seule. Tu sais à quel point elle est fragile et sensible, et cette trahison de Nina n’arrange rien, au contraire, je crois qu’elle est déstabilisée. Je voulais me rassurer qu’elle ne fera pas de bêtise.
– C’est vrai, mais pour le moment, rentrons. Cette maudite pluie a laissé le sol tout glissant, il fait un froid de canard, de plus. Et tout est noir, j’ai horreur du noir.
Melinda ne put s’empêcher d’avoir un petit sourire en pensant au fait que Sandy trouverait là une bonne excuse pour porter son horrible pull rose que lui avait offert son premier petit ami. Toutes les autres détestaient ce pull, mais Sandy l’adorait ! Chose curieuse, Sandy aimait la mode et elle était toujours bien habillée. L’amour… Pas de doute.
– Martial et Nina ? Franchement, je n’ai rien vu venir ! Si je ne les avais pas vus s’embrasser de mes propres yeux quand Nina raccompagnait Martial, je ne l’aurais pas cru. Que Nina se comporte de la sorte, je comprendrais, car tout le monde connaît sa vraie nature. Il n’y avait que Melinda pour ne pas voir son vrai visage hypocrite. Mais Martial… Il semblait pourtant si amoureux de Melinda ! Franchement les hommes sont tous les mêmes devant une fille facile. Ils préfèrent des putes.
– Que veux-tu ? Melinda est un ange, elle voit le bien chez tout le monde. Quel salaud ce Martial ! Pourtant, il ne fait aucun doute que Melinda est plus belle et intelligente que Nina.
– Tu penses que c’est parce qu’elle a un handicap qu’il a choisi Nina ?
– J’en suis sûre, sinon comment expliques-tu son geste ? Franchement, si j’avais été à la place de Melinda, je les aurais fait regretter leur acte, Dieu seul sait à quel point ! Je me demande comment elle va faire à son retour de Yaoundé, quand elle les verra ensemble. Ils ne cachent même plus leur trahison ! Pauvre Melinda.
Elles s’en allèrent, tandis que Melinda sans bouger de son lit, écoutait leurs pas s’éloigner dans le silence de la nuit. Elle ferma les yeux, et petit à petit, sombra de nouveau dans son sommeil sans rêve.
Le lendemain matin, quand Melinda ouvrit les yeux, ce qu’elle vit en premier fut la photo qu’ils avaient prise le 14 février précédent. Elle était posée sur son mini-bureau de travail. Et tous les événements de la veille refirent surface ; ce n’était donc pas un mauvais rêve… Les pauvres quatre murs peints en bleu de sa chambre reflétaient encore la perte de son sang-froid, la veille. Ils avaient été des spectateurs de la perte de son sang-froid. Les habits traînaient par terre, ainsi que les coussins, sans oublier sa couette et les draps. Heureusement que la petite moquette rouge qui décorait le sol ne nécessitait pas de nettoyage. La plupart de ses accessoires de beauté, d’habitude posés sur la commode du lit, étaient éparpillés sur le sol.
Elle avait très mal à la tête, ses yeux étaient gonflés pour avoir laissé couler beaucoup de larmes la veille. D’un geste naturel, elle porta la main sur ses tempes, dans l’espoir d’éloigner la douleur. Soudain, la visite de ses deux amies lui revint en mémoire, autant que leurs commentaires sur elle.
– Alors, comme ça, je ne suis qu’une pauvre, une sensible, une fragile ? Ne suis-je donc qu’une crédule qui ne voit que du bien en tout le monde ?
Elle ne reconnut même pas le son de sa propre voix, tellement celle-ci était enrouée et rauque. Cela lui fit monter un fou rire, qui ne ressemblait plus à un rire à l’envers. Peut-être qu’à force d’avoir trop pleuré, elle avait vidé toute son énergie et sa réserve de larmes, elle n’avait plus de force pour pleurer ; ou alors, elle devenait folle. Quand Melinda se calma quelques minutes plus tard, elle se mit à réfléchir. Nina avait touché la corde sensible, en lui disant toutes ces méchancetés hier. Le plus dur pour elle, était que cela venait de Nina. Selon elle en effet, Dieu savait pourquoi il infligeait à Melinda cette peine, elle méritait de rester à la dernière place. Les filles comme elle ne devaient pas avoir d’ambition, et aspirer à une vie meilleure. Dieu pouvait-il faire autant de mal à une personne ? Pouvait-il permettre que sa vie, à elle, Melinda, ne soit qu’un enfer ? Avoir un handicap était sa malédiction, son fardeau. Elle se souvint du regard de pitié que tous lui portaient quand elle marchait en route, à l’université, ou alors dans le taxi. Peu importe le lieu où elle allait, on la regardait comme si c’était une malédiction. Ils pensaient sûrement tous, comme Nina.
Et Melinda en avait assez.
On la croyait incapable de donner une image vraie d’elle-même, on voyait en elle une naïve qui ne pouvait pas se débrouiller toute seule. Elle ne voulait plus de cela, elle voulait qu’on voie en elle plus qu’une simple infirme, mais une fille normale, capable de faire des choses épatantes, de surprendre tout le monde.
Le cœur de Melinda gonfla soudain, elle eut un haut-le-cœur, tellement elle était dégoûtée par tant d’injustices. Une haine grandit en elle, d’un coup, contre Martial, Roddy, et tout le reste du monde. Melinda ne voulait voir personne pour le moment et c’était mieux ainsi ; à force de l’approcher, beaucoup la blessaient et la laissaient brisée.
– Je ne crois plus à l’amour ni aux promesses, murmura-t-elle, soudain. L’amour était l’une des choses qui pouvaient m’aider à supporter mon handicap. Mais pourquoi chercher à être comme il le faut, quand on se moque tout le temps de ce que je ressens ? Tous savent que je ne réussirai jamais. Je suis née dans un pays africain, dans une famille pauvre, je suis dans une université où des milliers d’étudiants ont des diplômes chaque jour, mais sans travail ; et pour finir, j’ai un handicap ! En effet, j’ai un brillant avenir devant moi !… finit-elle par affirmer de façon ironique.
Melinda se rendit compte qu’elle voyait enfin la vérité, qu’elle refusait d’admettre depuis toujours : sa vie était vouée à l’échec depuis qu’elle était née ! Pas d’avenir brillant devant elle, malgré son intelligence et les diplômes qu’elle pouvait et allait obtenir ; pas de perspective de mariage, personne ne voulait construire sa vie avec une fille ayant un handicap, l’expérience le lui avait prouvé.
Tout au fond d’elle, elle se rendit compte qu’elle passait prés de quelque chose, sans savoir exactement ce que c’était, elle ratait sa vie à vouloir plaire à tout le monde, à vouloir jouer le rôle que tout le monde attendait d’elle, qu’elle se rabaisse devant la vie. Tout le temps, il fallait jouer à la fille parfaite, à la gentille fille, résignée à un triste sort que lui réservait son handicap. Or, passer près de quelque chose sans savoir de quoi il s’agissait, c’était pour elle rater totalement sa vie ; ne connaître aucun plaisir, juste se contenter d’être une observatrice de la vie, jouer un rôle ingrat quand on avait besoin d’elle.
Il fallait qu’elle fasse quelque chose pour que cela change, pensa-t-elle, en ramassant le bazar qui se trouvait par terre. Elle ne voulait plus être cette fille qui attendait tout, de tout le monde. On la croyait innocente et incapable de faire quoi que ce soit de surprenant ! Ils allaient pourtant être très étonnés de la nouvelle Fortune… Elle se souvint que son père lui avait dit quand elle était petite, qu’il lui avait donné Fortune parce qu’il savait qu’elle était sa richesse. Cette fois-ci, elle allait prendre sa revanche sur la vie et sur tout le monde qui avait osé se moquer d’elle ; elle allait profiter de sa condition physique à toutes les occasions.
– J’en ai assez de fuir la réalité en me cachant dans mon coin. Si je veux le bonheur, je dois aller le conquérir, je ne veux pas passer à côté de ma vie, parce que je me lamente sur mon sort.
Elle prit le miroir sur sa commode et se regarda ; Melinda retint tant bien que mal le cri qui s’élevait de sa gorge, tellement elle était affreuse. Ses yeux étaient tout rouges et enflés, ses lèvres avaient doublé de volume ; quant à sa coiffure, elle était en désordre. Melinda se souvint avoir vécu la même scène quand Roddy était parti. Elle avait pleuré sans discontinuer, et trois ans plus tard, elle revivait la même triste scène avec Martial. Le sort s’acharnait vraiment sur elle. Elle avait l’impression de ne faire que des pas en arrière. Pourtant, il fallait avancer, prouver au monde sa valeur, sans se soucier de qui que ce soit. Elle avait vingt et un ans, était en troisième année de droit international privé. Occupant une chambre à Soa, ville universitaire, elle jouissait ainsi de toute la liberté de faire ce qu’elle voulait, comme elle le voulait, quand elle le voulait, sans rien demander à quiconque. De plus, elle était majeure et « vaccinée » ! Melinda eut sans le vouloir, un sourire, et cette fois-ci, c’était ce sourire que Nina dirait en le voyant, qu’il cachait beaucoup de choses…
II.
Un an plus tard…
Melinda était allongée sur son lit, tout en manipulant son téléphone. C’était l’un des derniers modèles de téléphone qu’elle venait de recevoir. On le lui avait offert quelque temps avant. À vrai dire, elle se moquait un peu de savoir où il se trouvait en ce moment. Elle était en plus sûre qu’il ne pensait même plus à elle ; chacun avait rempli son contrat, et elle ne voyait pas pourquoi ils devaient continuer à se fréquenter. Depuis quelque temps, tout avait changé, y compris son mode de vie. Elle avait déménagé après que Damien, un « généreux ami » l’a remerciée pour le temps qu’elle lui avait accordé. Cette fois-ci, elle avait tout le confort possible qu’on pouvait retrouver dans la chambre d’une vraie étudiante, une grande chambre avec douche interne, l’eau courante, puis cuisine meublée, sans oublier que sa chambre contenait tout ce qu’il fallait de moderne : ordinateur, téléviseur, frigo, etc.
Melinda se demandait comment elle avait pu vivre par le passé sans ces merveilles de la technologie. Elle adorait sa nouvelle chambre et son nouveau mode de vie qui lui apportait tout le confort qu’elle voulait. Faire des rencontres d’un soir sur Internet, et avoir tout ce qu’elle voulait juste après un moment passé ensemble lui convenait parfaitement. Melinda émit un sourire heureux, tout était parfait, pas d’attache, pas de promesse, et surtout beaucoup d’avantages pour sa situation. Certains pourtant se montraient collants, et voulaient aller plus loin avec elle. Ses voisins la regardaient d’un mauvais œil, mais rien, ni personne, ne pouvait la rendre triste encore, même pas Christian.
Melinda regarda sa pendule suspendue au mur, elle attendait son ami Christian Eloundou depuis plus d’une heure. Mais, comme d’habitude, il allait être en retard, elle le savait. Il fallait reconnaître qu’il n’avait aucune notion de la ponctualité. Elle en profita pour allumer son ordinateur, lire ses mails et mettre à jour ses rendez-vous de la semaine. Comme elle s’y attendait, elle avait reçu plusieurs mails de ses admirateurs. Mais pas ce soir, elle était déjà prise, elle avait promis à Christian toute une soirée, et pour une fois qu’il était à Yaoundé, il fallait en profiter pour l’avoir rien qu’à elle toute seule.
Christian !
Melinda eut un sourire doux, en pensant à lui. Il comptait beaucoup pour elle, parce qu’il était la seule personne honnête de son entourage. Ils avaient fait connaissance au restaurant préféré de Melinda, Christian habitait tout près. Il était venu s’asseoir sur la même table qu’elle, et de fil en aiguille, ils avaient discuté de tout et de rien, sans jamais être du même avis. À la fin, elle le trouvait très sympathique, et depuis, ils étaient amis. Elle savait que leur amitié suscitait des ragots. Beaucoup croyaient que Christian était son petit ami. Mais la réalité était autrement, ils étaient très liés, ils passaient tout leur temps ensemble quand il rentrait de mission. Cela créait souvent des problèmes à Melinda avec la petite amie de Christian, mais ils étaient les seuls à savoir que c’était faux, il était son meilleur ami, son confident à qui elle disait tout. Et ce qu’elle aimait le plus chez lui, c’était qu’il n’avait pas peur de lui dire ce qu’il pensait vraiment ; ou, plutôt, il était le seul qu’elle autorisait encore à lui dire des vérités quand elle avait tort, les autres ne bénéficiaient plus d’un tel privilège.
Elle avait complètement changé depuis sa rupture avec Martial elle avait pris sa vie en main, personne n’intervenait plus dans celle-ci, c’était elle qui décidait ce qu’elle voulait faire ou pas. Elle se souvint à quel point tous avaient été étonnés de sa nouvelle transformation. Elle n’avait rien négligé, sur elle, la gentille Melinda, qui, avant, n’osait se maquiller. Elle était devenue experte en l’art de se farder, et en celui de s’habiller à la mode, sans oublier les soirées mondaines auxquelles elle s’habituait déjà.
Certains pensaient que cette transformation était due à sa séparation avec Martial. Melinda devait le reconnaître, elle avait transformé son chagrin en force. Elle faisait maintenant des choses qu’elle n’osait pas entreprendre avant, de peur du regard d’autrui. Cela lui était égal cette fois-ci de savoir, ce que les autres pensaient d’elle, surtout sur le fait qu’elle sortait presque chaque soir, qu’elle n’allait plus trop aux cours et qu’on voyait des visages différents venir la chercher à chaque fois ; elle s’en moquait éperdument. Christian était le seul qui la reliait encore au monde réel, autrement, elle aurait déjà été engloutie. Melinda comptait beaucoup sur lui pour la faire revenir sur terre quand elle s’évadait de la réalité ; c’était un peu comme si elle se servait de lui pour se souvenir de cette Melinda d’avant. Christian le savait en un certain sens, c’était pour cela qu’il ne se privait jamais de lui dire ce qu’elle ne voulait pas entendre. Il n’approuvait pas son mode de vie.
Dans le regard de sa mère, elle pouvait lire de la déception. Pour elle, Martial était le gendre idéal, qui avait bien voulu de sa fille. Elle était sûre que sa Melinda ne tomberait plus sur quelqu’un d’aussi bien que lui. Cela rendait Melinda triste. Elle était fille unique, et lire de la déception dans le regard de sa mère, n’arrangeait en rien la rancœur qu’elle avait contre son handicap.
Melinda fut interrompue dans ses pensées par la sonnerie de son téléphone, un message de Christian qui lui disait être déjà là. Précipitamment, elle ferma son mini-ordinateur portable, il ne fallait pas qu’il la trouve en train de surfer. Le connaissant, il allait encore faire tout un débat la concernant sur son manque de sérieux, elle sourit rien que d’y penser. Cela allait les pousser à se chamailler, pour finir, ils allaient être en retard. Elle s’en passerait volontiers !
Christian entra quelques minutes plus tard. Il était grand, quarteron, avec des traits fins. Honnêtement, il n’était pas mal comme homme. Et une fois encore, Melinda s’étonna de ne pas ressentir une attirance physique pour lui, alors qu’il avait tout ce qu’elle recherchait chez un homme. Il alla vers elle et l’embrassa sur la joue tout en la scrutant attentivement.
– Tu as changé Fortune. Tu as un « je ne sais quoi » qui captive quand on te regarde.
Elle sourit.
– J’ai mis de faux cils. Et je crois que ça fait de l’effet, si toi, tu as pu le remarquer, fit-elle coquine, elle savait pourtant qu’il n’était pas dupe.
– Je ne parle pas de ça, d’ailleurs je n’ai rien remarqué.
C’était du Christian tout craché, il ne faisait jamais de compliments.
– Ravie de voir que tu restes toi par contre fidèle à toi-même, rétorqua-t-elle. Sinon, tu savais au moins qu’on devait se voir vers dix-huit heures ? Tu as une heure de retard.
– Je sais, trop d’embouteillages en venant. Tu es prête ? demanda-t-il tout en lui tendant ses béquilles.
– Depuis des heures.
Melinda se leva et se mira une dernière fois dans sa glace de poche. Elle eut un sourire satisfait, puis se dirigea vers la porte. Christian lui ouvrit la porte et la maintint ouverte jusqu’à ce qu’elle sorte, puis il referma derrière elle et lui remit les clés.
– Quelle galanterie ! Ça cache quoi ? fit-elle railleuse.
– Paye-toi ma tête, pas de problème.
Ils discutaient, tout en marchant lentement, suivant le rythme de Melinda. Sa cité se trouvait derrière la pharmacie universitaire, à deux cents mètres de l’entrée du campus. Sur le sentier qui menait à la cité de Melinda, on comptait une multitude de bars, où plusieurs étudiants passaient des heures à avoir des débats sur la politique du pays. Et Christian avait garé sa voiture comme d’habitude en bordure de route, Melinda se plaignait de cette marche que lui imposait son ami, quand de loin, elle vit apparaître Martial suivi de Nina. Main dans la main, ils venaient droit devant eux, la confrontation était inévitable. Un froid la parcourut de l’intérieur, sur cette route si fréquentée par les étudiants, il avait fallu qu’elle tombe sur ces deux personnes, c’était injuste, et elle ne savait pas quoi faire. Christian devinant son trouble vint se placer devant elle de façon à ce qu’elle ne puisse plus les voir. Et avant qu’ils ne soient près d’elle, il ouvrit la portière de sa voiture et la fit entrer, puis il referma la portière et entra à son tour.
Dans la voiture, il ne dit rien et même durant tout le trajet. Melinda le remercia en silence, elle ne voulait pas encore parler de cela, elle évitait toujours le sujet. Et aujourd’hui elle se rendait compte qu’elle était encore blessée au plus profond d’elle.

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