Déconfitures et pas de pot
170 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Déconfitures et pas de pot

-

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus
170 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Description

JM est un brillant homme d’affaires. Professionnellement, tout lui réussit. Il collectionne les belles voitures, les costumes sur mesure, les œuvres d’art et les jolies femmes. Rien ne semble lui faire obstacle. JM ne se préoccupe que de lui-même et de ses affaires florissantes, car JM est un mufle. Il méprise sa famille, d’origine trop modeste, ainsi que son ex-femme dévastée par ses multiples tromperies. JM malmène ses employés et ses proches. JM est imbuvable, arrogant, prétentieux, suffisant et sûr de lui, trop sûr de lui…
Insensible, JM avance dans la vie sans se retourner ni se poser de questions jusqu’au jour où une série d’événements va complètement le déstabiliser. Le parfait salaud va-t-il alors devenir charmant ? Le loup, se transformer en agneau ? Ou JM va-t-il cacher sa réelle personnalité ?
JM, Sophie, François et Vincent sont les personnages attachants de ce nouveau roman qui aborde avec humour, tendresse et dérision le mythe de Sisyphe et les lois de Murphy, car « Tout ce qui peut mal tourner, va mal tourner ».
« Déconfitures et pas de pot » : un roman anti-morosité aux multiples rebondissements jusqu’à l’épilogue, tout aussi surprenant qu’inattendu.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 05 janvier 2015
Nombre de lectures 1 021
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0034€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

DÉCONFITURES ET PAS DE POT

Kathy Dorl



© Éditions Hélène Jacob, 2015. Collection Littérature sentimentale . Tous droits réservés.
ISBN : 978-2-37011-256-9
« Tout ce qui peut mal tourner, va mal tourner. »
« Tout s’arrange toujours, même très mal. »
Lois de Murphy
1 – Octobre 2010

« Selon une étude, 100 % des phrases qui commencent par "Avec tout le respect que je vous dois" signifient : "Va te faire enculer". » (Christine)


Mais pourquoi je n’ai jamais appris l’anglais, triple conozof que je suis ! Et pourquoi ils ne parlent pas un mot de français, ces Ricains !
JM a passé une journée et une soirée plus que merdique. En déplacement sur Miami, il a dû subir la « grève de traduction » d’une parfaite hystérique, selon ses termes, recrutée à Paris quelques semaines plus tôt et qui devait sentir qu’elle n’allait pas s’entendre avec son nouveau patron qu’elle qualifiait d’imbuvable. Elle prétendait être parfaitement bilingue et efficace, aussi JM souhaitait-il la voir intégrer son équipe en tant qu’assistante et traductrice lors de ses déplacements à l’étranger.
Cet important dîner avec John, l’un de ses plus gros clients américains, où se joue une grosse partie de son carnet de commandes pour l’année à venir, est donc l’occasion parfaite pour Christine de faire ses preuves ou de faire payer à JM ses attitudes hautaines, arrogantes et dédaigneuses vis-à-vis de ses collaborateurs.
Par la suite, JM apprendra que Christine s’est fait embaucher pour venger l’un de ses amis, viré manu militari pour une faute grave injustifiée, la bobine du pauvre collaborateur ne revenant pas à JM. Le tribunal des prud’hommes n’a pas pu trancher, par manque d’éléments concrets. Le pauvre gars s’est donc retrouvé sans boulot et sans indemnité compensatrice.
Dès le début du voyage, JM a commencé à avoir quelques doutes sur l’équilibre mental de sa toute nouvelle collaboratrice. Égoïste, un brin dictateur, mais aussi poltron, il a tremblé pendant tout le vol Paris-Miami. En effet, aux crises d’excitation succédaient des phases de profonde dépression. Assise à côté d’une issue de secours, Christine a tout d’abord tenté d’actionner la poignée d’ouverture de la porte alors que le puissant Airbus était numéro un au décollage, moteurs rugissants.
Relaaaax, JM ! lui a-t-elle lancé avec un rire digne d’une jument nymphomane surmenée alors qu’en sueur, il attrapait vivement la main accrochée au levier, sous le regard perplexe des passagers de la classe affaires.
Plus tard, au-dessus de l’Atlantique, au bord de la crise de nerfs et avec un regard démoniaque, elle a sorti un paquet de cigarettes, car « il fallait absolument qu’elle en grille une ou elle allait se sentir mal ». JM ne sait toujours pas s’il doit remercier le grattoir usé de la boîte d’allumettes ou son pouvoir de persuasion, inédit, voyant sa dernière heure arriver. Au bout de trente interminables minutes, elle a fini par abandonner l’idée pour tenter de démonter son accoudoir et de faire un scandale auprès de l’hôtesse, ses écouteurs ne fonctionnant apparemment pas. L’hôtesse a eu un mal de chien à lui faire comprendre que la prise jack de son casque n’était pas correctement introduite dans la prise du système audio de l’avion. Pendant ce temps-là, JM ne rêvait que de lui coller une bonne droite.
La business class coûte suffisamment cher pour que tout chef d’entreprise, homme ou femme d’affaires puisse exiger a minima le calme nécessaire pour un sommeil réparateur ou pour travailler sur ses dossiers. Pour JM, la classe affaires est une façon de parader en surfant sur son succès professionnel et en affichant sa Rolex de manière ostentatoire. Par contre, en dehors de ses bureaux parisiens et de sa vie privée, JM déteste se faire remarquer aussi lamentablement ; pour le coup, il a été servi. Non seulement Christine a refusé de travailler sur les réunions à venir, mais à l’arrivée, ils sont descendus de l’appareil sous le regard réprobateur de l’ensemble des passagers et du personnel de la cabine.
Il aurait dû se douter que ça n’irait pas en s’arrangeant. Il a déjà remarqué que la névrosée est du genre à s’inviter dans les conversations par des : « Je peux vous parler une seconde ? » Ce qui se traduit pour JM par : « Je peux vous casser les couilles vingt minutes ? » Il l’a déjà envoyée balader plusieurs fois à Paris. Il ne supporte pas d’être dérangé par une simple secrétaire, même bilingue.
Le soir même, en plein dîner, Christine, volontairement en mode chieuse à plein-temps, décide de ne plus traduire. Mademoiselle a faim. Les traductions simultanées l’empêchent de déguster son sea-bass – un délicieux bar de ligne, également hors de prix – comme elle le souhaite, c’est-à-dire en prenant tout son temps. « Manger vite est mauvais pour la digestion », souligne-t-elle d’un air narquois, jubilant de la radinerie de JM à propos de ce qu’il appelle « les dépenses inutiles ». Le bruit court que la dernière fois qu’il a invité son ex-femme au restaurant, c’était pour leur mariage. JM et John, qui se sont contentés d’une salade Caesar, avalée rapidement, n’ont pas d’autre choix que de patienter le temps qu’elle finisse son plat.
JM fulmine et commence à remettre sérieusement en cause les techniques de recrutement de François, son plus fidèle et sérieux collaborateur depuis des années. Lors du recrutement, François était loin de se douter des desseins de Christine.
Une fois le poisson et les brocolis terminés, la miss se décide enfin à faire son job, mais ses traductions sont hésitantes et pour le moins approximatives. JM est bien loin de la fluidité des traductions simultanées qu’il a observées plus tôt. Christine bute sur les mots, questionne le client sur la définition exacte de telle expression, perd le fil sans perdre le nord, car elle n’hésite pas à commander une nouvelle bouteille de cet « amazing wine » et une part de « key lime pie », un délicieux dessert, lorsque le serveur passe à leur table. Conclusion, les échanges professionnels entre JM et son client sont incohérents et limite surréalistes. Par contre, l’addition est tout à fait cohérente et plutôt salée.
Elle n’a pas la lumière à tous les étages, celle-là ! peste JM à voix basse, ulcéré de voir sa réunion se transformer en naufrage. Il neige sous le scalp de cette détraquée !
La patience de JM n’est pas son point fort. Il a tenu au-delà de ses limites, victime de sa dépendance en anglais. Il explose violemment au moment où Christine remballe le client qui, excédé par son attitude, lui demande non sans ironie si elle maîtrise un tant soit peu l’anglais ou si elle le fait exprès. JM lui commande immédiatement un taxi direction l’hôtel et lui ordonne de quitter les lieux.
Avec tout le respect que je vous dois…, tente Christine.
D’un geste de la main, JM l’interrompt.
Désolé, mais nous arrêtons notre collaboration ici même, vous prendrez le premier avion pour Paris demain. Tondre la banquise aurait été certainement plus efficace que de m’accompagner ici. Et je ne parle pas de votre comportement inadmissible et incompatible avec votre emploi.
Ne parlons pas du vôtre ! riposte Christine aussi sec. Vous êtes un odieux personnage, imbu de votre personne, méprisant et mal élevé !
JM prend un air indigné.
Ça me fascine de voir avec quelle facilité on confond de nos jours le fait d’avoir du caractère avec celui d’être mal éduqué !
Vous n’avez pas de caractère, vous êtes arrogant et suffisant, et votre boulot, vous pouvez vous le coller où je pense ! Vous n’avez pas une once d’humanité, et cela finira par vous coûter cher. Votre réussite vous monte à la tête !
Par contre, y a des gens qui ne réussiront jamais, et t’en fais partie, ma petite ! ironise JM.
Pauvre type ! Vous ne connaissez rien de la vie, sauf le numéro de votre compte en banque ! Vous n’êtes qu’une brute, vous êtes agressif et injuste envers tout le monde, sauf vos clients !
JM ne relève même pas. Via son smartphone, il envoie aussitôt un e-mail à François, exigeant qu’il modifie le billet de retour de la miss casse-burnes au lendemain première heure et que son solde de tout compte soit prêt dès son arrivée à Paris.
Heureusement qu’elle est encore en période d’essai , songe JM, soulagé. Et tant pis, je finirai mon voyage professionnel avec mes quelques mots d’anglais !
Et c’est de ma faute ! Je prendrai ces cours intensifs que me propose cette société linguistique dès mon retour sur Paris , se promet-il. Mais il faut que je négocie les prix, c’est beaucoup trop cher !
En attendant, il faut bien qu’il se débrouille seul. Heureusement, son client, compréhensif, s’est finalement amusé de la situation et ils peuvent finir leur réunion de travail, crayon à la main. Les chiffres suivis de quelques zéros, les calculs de marges et pourcentages se lisent d’une manière internationale.
* * *
JM a repris sa voiture de location tard dans la soirée. Éreinté par son voyage et le stress des événements du dîner, il roule doucement en continuant à rager à haute voix contre Christine.
« Cette fille est complètement givrée ! Y a une équipe de foot dans son cerveau, mais pas le moindre entraîneur ! Et de quel droit elle me parle ainsi ! Personne n’a jamais osé ! Une vraie ratée ! Imbaisable, de surcroît ! »
Une voiture de police sortie de nulle part enclenche sa sirène et se place derrière lui tous gyrophares allumés.
Et maintenant, c’est la flicaille qui s’y met ! peste-t-il intérieurement.
Quoi encore ? tempête JM.
Il vérifie toutefois si sa ceinture est bien attachée et ses feux, bien allumés. Sûr, comme toujours, de n’avoir commis aucune erreur, il ralentit encore plus et serre à droite pour laisser passer le véhicule de police qui est si proche qu’il pourrait renifler sa plaque d’immatriculation.
Mais il va finir par me dépasser, le spécialiste en trous de balle ! (JM ouvre sa fenêtre et fait de grands signes pour que la voiture le double) Allez, Starsky ou Hutch, passe !
Ce n’est qu’environ un kilomètre plus loin, face à un barrage d’une dizaine de voitures, tous phares allumés, et flics aux armes pointées dans sa direction, qu’il doit se rendre à l’évidence : on lui reproche peut-être quelque chose…
Y a une couille dans le potage ! marmonne JM, légèrement inquiet.
Effectivement, il y en a une, voire deux, même trois.
La première, c’est qu’à l’inverse de la France où la police double et demande au véhicule de se garer sur le bas-côté, la police américaine reste derrière le véhicule qu’elle souhaite contrôler. Et ça, JM, qui sait tout, ne le sait pas. De plus, rouler trop lentement est une attitude suspecte aux États-Unis, traduisant l’abus d’alcool. Et ça encore, malgré sa science infuse, JM ne le sait toujours pas. Enfin, son refus d’obtempérer a monopolisé une douzaine de véhicules de la police floridienne, et ça, le chef de la police n’aime pas du tout.
Après une fouille complète et la vérification de ses papiers, JM peut enfin repartir après un dernier sermon du chef de la police qui tambourine sur le capot de la voiture :
You have to stop when a police officer requests you to do it !
Apparemment, l’officier est très énervé que JM lui ait fait perdre son temps dans une ville à la criminalité élevée. Il suffisait qu’un seul des policiers perde son sang-froid pour que sa voiture soit criblée de balles.
You had to stop ! This is the law ! martèle toujours l’officier en s’en prenant encore au capot.
Il va finir par me cabosser la bagnole, ce con ! Ça va me coûter une fortune quand je vais la ramener au loueur, grogne JM.
Heureusement, le fait que JM soit étranger est une circonstance atténuante. Il reprend finalement son véhicule, PV salé à la main, encore légèrement tremblant du risque encouru et agacé par cette perte de temps.
Heureusement que j’ai gardé les mains sur le volant pendant l’interpellation ! pense-t-il. Un geste brutal ou mal interprété et j’étais transformé en passoire. Bande d’abrutis !
Une vraie journée de merde ! grommelle-t-il en garant sa voiture devant l’hôtel. Il faut que je colle l’autre bipolaire dans l’avion et que je finisse mes rendez-vous professionnels à l’arrache, sans traduction. Impossible de prendre le risque de donner une seconde chance à Christine, les clients de demain seraient certainement moins compréhensifs s’il lui reprenait l’envie de péter une durite en refusant de traduire, car le café est trop « américain » ou les donuts trop gras. Quoiqu’elle risque de refuser une seconde chance… Cette conne est venue jusqu’ici juste pour me donner une bonne leçon ! Mais pour qui elle se prend ? Enfin, demain est un autre jour. Quoique, ne te réjouis pas trop vite, il est fort possible qu’il soit tout aussi merdique !
JM est un autodidacte.
Il a grandi dans une cité HLM toulonnaise. Son paternel avait la paluche facile ; pour un simple retard, il octroyait généreusement claques et coups de ceinture aussi facilement qu’un distributeur de prospectus. La large main calleuse s’abattait généralement sur la tête de JM ou sur celle de son frère, Paul, la faisant violemment basculer d’avant en arrière. Le bénéficiaire, sonné par le coup de massue, détalait alors en titubant.
Il en imposait, le paternel, et ses colères faisaient peur. Corse d’origine, c’était un grand colosse massif et bourru, avec des principes de droiture et d’honnêteté dont JM n’a pas forcément hérité. Il quittait l’appartement avant le lever du soleil pour rejoindre son poste de grutier aux Forges et Chantiers de la Méditerranée et rentrait, harassé, à la nuit tombée. Son unique et faible salaire couvrait à peine les dépenses de la famille. Aussi tous se serraient-ils la ceinture. JM récupérait généralement les habits élimés aux coudes et aux genoux de Paul, devenus trop petits pour lui. La table unique de leur petit appartement servait à tous. Il fallait que JM et son frère y fassent rapidement leurs devoirs avant que leur mère n’en ait besoin pour préparer le dîner.
Souvent, le paternel rentrait plus tôt et passait en revue les deux petites têtes penchées sur les cahiers d’écoliers, qui s’appliquaient dans les ronds et déliés de leur page d’écriture, chacun des enfants étant soulagé dès que l’attention paternelle se reportait enfin sur le frérot.
Parfois, le vieux bougre en interpellait un.
Cinq fois cinq !
Avec une taloche en prime pour celui qui hésitait de trop ou qui avait le malheur de répondre « 24 ».
Non, 25 ! rugissait le père.
« Je ne suis pas tombé loin ! », avait osé riposter une fois JM, rebelle, ce qui lui avait valu une raclée mémorable, mais surtout l’admiration et le respect de son frère pour des décennies.
JM avait quitté l’école bien jeune malgré l’avis du vieux qui, pour lui apprendre la vie, l’avait fait embaucher en tant qu’apprenti mécano dans un garage, puis aux constructions industrielles de la Méditerranée. Mais à l’inverse de Paul, JM n’était pas un « manuel », au plus grand regret de son père.
JM voulait être musicien, batteur plus précisément. Jeune, il avait investi ses faibles économies d’apprenti mécano dans des cours de batterie. Devenu adulte, il s’était engagé trois ans dans l’armée, spécialisation musique militaire à Versailles. Ses après-midi libres lui permettaient de fréquenter la grande école de batterie « Kenny Clarke et Dante Agostini ».
Mais à défaut de devenir le nouveau Phil Collins, JM était devenu un brillant homme d’affaires. Après avoir tenu pendant quelques années une chaîne de magasins d’instruments de musique florissante, il avait été obligé de la vendre. Son ex-femme, Sonia, fondatrice tout comme lui de l’entreprise, lui avait proposé de lui vendre ses parts, ce qu’il avait refusé lors d’un divorce assez difficile où il avait eu tous les torts. Normal quand on collectionne les maîtresses presque sous le nez de son épouse. JM avait alors cédé les magasins au plus offrant, récupéré ses billes en laissant une ex-épouse dévastée après tant d’années d’humiliations. Mais JM s’en fichait, son objectif étant de tenter de se refaire ailleurs, de réussir, d’avoir la carte Platinum et de voyager en first class.
C’est désormais chose faite. JM a monté une affaire assez juteuse dans la distribution internationale de produits cosmétiques. Son bon relationnel et son travail acharné lui ont permis de se faire une place respectable dans le milieu du trading international. Il détient plusieurs filiales de distribution en Tunisie, en Espagne, en Russie, en Inde et au Liban.
Plutôt bel homme, il collectionne désormais les jolies femmes, les belles voitures et les costumes Versace. Il possède un très bel appartement dans le Marais, décoré avec goût, et quelques œuvres d’art. Son père, s’il n’était pas parti si tôt, aurait été fier de lui. Sa mère ne lui avait survécu que quelques années. Et JM a d’assez bonnes relations, quoique épisodiques, avec son frère. À l’époque des magasins de musique, Paul s’occupait de la gestion des stocks et avait été licencié par JM lors de la vente des magasins. Depuis, il semble avoir fait son chemin en tant qu’entrepreneur dans le bâtiment. Il sollicite souvent JM pour des réunions familiales que JM décline, faute de temps, débordé par son travail, ce qui semble peiner son frère.
Arrivé dans sa chambre d’hôtel, JM ouvre immédiatement son laptop et vérifie ses boîtes e-mail. À cette heure tardive sur la côte Est des États-Unis, il n’y a guère de messages, sauf un de François, qui arrive toujours très tôt au bureau et s’inquiète de voir son boss sans traduction pour ses prochains meetings.
JM lui répond par e-mail :
Ne t’inquiète pas, je vais me démerder, un de mes cousins habite Tampa, je vais le contacter et lui demander de venir m’aider. Toi, tu t’occupes de rapatrier Christine immédiatement et de rompre son contrat de travail. Je ne veux plus la voir à mon retour. Mais où l’as-tu trouvée, celle-là ? Tu n’as même pas vérifié son niveau d’anglais ! Ne me fous plus dans ce genre de galère, François ! T’en as fait quoi, de tes compétences ? Tu les as filées à quelqu’un d’autre ? File-moi son numéro que je l’embauche à ta place.
En plus, elle est limite psychopathe, cette chieuse ! Je te promets, François, que j’aurais plus de chances de satisfaire définitivement une nymphomane que de faire entendre raison à cette foldingue !
2 – Début novembre 2010

« Ce n’est pas l’endroit d’où l’on part qui définit l’endroit où l’on arrive. » (François)


T’as égaré ta tête dans une prise de courant ?
Pourquoi vous me dites ça, JM ?
Tu ne m’as pas l’air bien réveillé. T’as les cheveux en pétard et t’es pas concentré sur ce que je te dis.
La puissante Maserati avale les kilomètres en direction de Bruxelles. François et JM ont rendez-vous au siège de cette grande marque de produits cosmétiques avec laquelle ils négocient un contrat de distribution exclusive pour l’Espagne depuis plusieurs mois. JM est tendu, son pied bloqué sur l’accélérateur en témoigne. Il déteste quand son plus proche collaborateur n’est pas au top de sa forme, surtout pour les gros rendez-vous. L’exclusivité de la distribution de cette marque développerait très nettement son chiffre d’affaires, sa seule préoccupation. Son partenaire basé à Barcelone, surnommé « J’achète », car il finit toutes ses phrases par un : « Moi, j’achète toute la journée » avec un fort accent juif-pied-noir, est prêt à leur passer de grosses commandes.
Le plan marketing est complet ?
Oui, JM.
Au niveau du business plan, on annonce quoi comme chiffres pour la première année ? Et sur combien de magasins ?
Installé sur le siège passager transformé pour l’occasion en véritable annexe de son bureau, François recherche fébrilement dans le volumineux dossier de présentation les informations que son boss réclame.
Le téléphone portable de JM se met à vibrer. Il jette un coup d’œil à l’écran.
Merde, c’est mon frère qui veut encore m’inviter chez lui. Prends l’appel et dis-lui que je suis en déplacement pour deux semaines. Ces réunions de famille me gonflent !
François s’exécute et raccroche au bout de quelques secondes.
Je crois qu’il est vexé.
Ça lui passera ! Je n’ai pas envie d’entendre parler plomberie, électricité, carrelage, peinture. Ça me saoule ! Je suis à des années-lumière de ce monde !
Cela fait quelques années que François travaille pour JM, il était déjà l’un de ses vendeurs à l’époque des magasins de musique. Avec le temps, François s’est habitué au caractère de son boss. Et lorsque JM s’est lancé dans la distribution de produits cosmétiques, c’est tout naturellement qu’il a embauché François, mais cette fois-ci à un poste clé, sans se soucier vraiment de ses réelles compétences. François est le secrétaire de direction, le responsable des ressources humaines, le logisticien, le responsable achat et facturation. Bref, l’homme à tout faire. Sont-ce ses origines modestes qui font que JM ne fait guère confiance et qu’il ne délègue qu’à ses proches ? Hier, son frère Paul à la gestion des stocks et aujourd’hui, François en tant que bras droit ? Une chose est sûre, François croule sous le travail et les responsabilités. Et parfois, il sature, comme ce matin. En plus, il se soucie de sa jeune épouse qui supporte mal les appels intempestifs de JM tous les soirs au moment du dîner et les déplacements quasi permanents de son mari. Elle essaie de gérer au mieux le côté invasif de JM et du travail dans leur vie de couple. Dans ces moments-là, François s’en veut de ne pas savoir dire non à son ogre de travail de patron et en a parfois marre que tout repose sur ses épaules. Mais François et son épouse composent avec, grâce au salaire très correct qu’il touche chaque fin de mois. Car si JM est exigeant et se repose facilement sur ses plus proches collaborateurs, les salaires sont confortables. C’est le seul point positif qui retient les salariés. Sinon, JM n’aurait aucun collaborateur. Aussi, chaque fin de mois, il met sa radinerie de côté.
Ça va, pas trop chiante, ta femme ? pouffe JM.
Non, pas du tout ! réplique François. C’est juste que mon travail prend un peu trop de place dans notre couple… C’est tout !
Tu peux toujours aller faire la manche, si tu préfères ! lance JM d’un air méprisant. Y aura toujours dix personnes qui voudront prendre ton job !
Ce n’est pas le cas ! conteste François.
Alors, de quoi te plains-tu ? Tu préfères devenir un de ces glandeurs qui vivent sur le dos de nos cotisations ?
Mais non, JM…
Alors quoi ? Pour réussir, faut faire certains sacrifices ! Regarde-moi ! Je n’arrête pas une seconde.
Oui, mais vous, vous êtes le patron !
C’est clair que toi, t’aurais du mal à le devenir ! lance JM d’un air moqueur. La vie, c’est comme un jeu d’échecs, il vaut mieux être brillant si on ne veut pas être mat !
J’aimerais juste être plus souvent auprès de mon épouse, avoue François. Elle est adorable de compréhension et ne me dérange jamais dans mes heures de travail.
Dis-lui plutôt de s’occuper de tes fringues au lieu de se mêler de ton boulot. Regarde ta chemise : on croirait qu’elle a été repassée dans la gueule d’une vache !
Primo , vous êtes hors sujet, et secundo , vous êtes un sale macho, proteste François, vexé.
Allez, fais pas la gueule ! ricane JM. Je suis contre l’humour machiste et je n’ai aucune envie de me brouiller avec les femmes, j’aime trop le linge propre et repassé !
François se contente de hausser les épaules.
JM est parfois insupportable et autoritaire, il n’est pas apprécié de ses collaborateurs, mais le salaire est à la hauteur de ma charge de travail , reconnaît François.
L’unique qualité de JM est la fidélité en amitié – enfin… toute relative. Notamment envers son ami d’enfance, Vincent, devenu son expert-comptable. Ils se sont connus au lycée qu’ils fréquentaient tous deux.
Issu d’une famille plus aisée, Vincent avait tout d’abord choisi le notariat, mais sa vocation s’était arrêtée net lors d’un stage dans une étude. Un des notaires lui avait demandé d’aller chercher « la grosse ». Au lieu de rapporter l’acte en question, il avait informé la rondelette secrétaire des archives que le notaire voulait la voir. Après cette expérience douloureuse – notamment pour sa joue, qui avait gardé pendant deux jours la trace de la main potelée de cette charmante, mais dodue secrétaire –, Vincent s’était rendu à l’évidence : l’expertise comptable était peut-être un métier moins risqué.
Et JM est devenu l’un de ses plus gros clients, exécrable et odieux malgré leur amitié. Il y a quelque temps et pour quelques euros d’économies, il était sur le point de changer de cabinet comptable. Vincent a dû revoir ses honoraires drastiquement à la baisse pour pouvoir conserver JM en tant que client alors que son cabinet est une référence de sérieux dans le Tout-Paris. Voilà ce qui s’appelle l’amitié, selon JM.
Au fait, as-tu donné les dernières pièces comptables à Vincent ? On doit sortir le bilan bientôt et ce con me coûte une fortune à s’occuper de ma comptabilité. Autant le faire bosser !
JM a, en plus de tous ses autres défauts, cette fâcheuse habitude de sauter facilement du coq à l’âne. Ce qui a le don d’exaspérer François qui est encore en train de vérifier les chiffres du business plan.
Alors, tu lui as donné ? relance brutalement JM.
François soupire et ferme brutalement le dossier qu’il tient entre les mains.
Non, JM, je vous signale que j’ai passé les deux derniers jours à potasser les dossiers pour ce fichu rendez-vous et que je ne peux pas être à deux endroits en même temps. Vous remarquerez que je suis avec vous dans cette voiture qui roule à tombeau ouvert et je n’ai pas suffisamment de pratique en téléportation pour me lancer tout seul sans moniteur, ajoute-t-il ironiquement.
JM éclate d’un rire sarcastique.
Toi, t’as vraiment dérapé sur tes pantoufles, ce matin ! Et je ne roule pas à tombeau ouvert, je suis à peine à 130. Je suis sûr que je peux la pousser jusqu’à 300 km/heure sans qu’elle bouge d’un poil, cette caisse.
JM augmente le son de la radio et commence à accélérer. La puissante berline fait un bond sur l’autoroute.
Si ça vous chante de repasser le permis, allez-y, foncez, lâche laconiquement François qui replonge dans ses dossiers.
Non, François, si j’accélère, c’est que le temps c’est de l’argent, surtout si c’est une Rolex ! fanfaronne JM tout en désignant la montre tout or attachée à son poignet.
* * *
JM n’aura pas à repasser le permis, il a juste dépassé de quelques kilomètres-heure la vitesse autorisée et s’est fait arrêter au péage juste avant la frontière avec la Belgique. Normalement, il aurait dû s’en sortir avec quelques points en moins sur son permis et un procès-verbal. Mais François et lui se retrouvent manu militari embarqués et interrogés au poste de gendarmerie le plus proche.
Dans un bureau minuscule, JM et François font face à un officier impassible qui vérifie la carte grise sur son ordinateur.
Mais quand je vous dis que c’est ma voiture ! tonne JM en se levant.
Rasseyez-vous, Monsieur, et expliquez-moi alors pourquoi elle a été déclarée volée par une certaine madame Sonia Bastien ?
C’est mon ex-femme !
Mais bien sûr !
Je vous jure que c’est mon ex-femme ! Elle fait ça pour me faire chier ! Appelez-la, cette coureuse de rempart, vous verrez !
C’est ce que mon collègue est en train de faire, mais comprenez que tant que madame Bastien ne retire pas sa plainte, vous restez ici !
Vous ne pouvez pas comprendre ! Vous ne la connaissez pas ! Pendant toute la période de notre mariage, elle était comme le slogan Groupama : « Toujours là pour moi », mais attention, « Voir conditions en agence ». Et dès qu’elle a rencontré ce grand con de cardiologue, ses conditions sont devenues démentes ! Alors, imaginez après notre séparation !
Mais vous n’avez pas modifié la carte grise du véhicule lors du divorce ? demande prudemment François.
JM hausse les épaules d’un air impuissant.
J’y ai pensé, mais pas eu le temps, le boulot… Punaise, je n’ai pas inventé le fil à couper le beurre, mais j’ai visiblement épousé la femme à casser les couilles.
Vous auriez dû faire le changement de carte grise ! le réprimande l’officier. En attendant, vous restez ici.
JM se tourne vers François :
T’as remarqué que c’est toujours les gens les plus paresseux qui savent toujours ce que tu dois faire ?
François devient cramoisi alors que le gendarme lève un sourcil.
Cette allusion me concerne ? demande-t-il en croisant les bras.
Peut-être. À vous de deviner ! balance JM, prêt à exploser.
François se ratatine sur son siège.
J’ai juste un rendez-vous très important dans quelques heures ! Et je suis bloqué ici, parce que j’aurais dû me méfier le jour où mon ex a acheté une tenue de dominatrice appelée également robe de mariée ! Je ne suis pas un anorexique du porte-monnaie, ni du genre à chercher un euro dans le coin d’une chambre ronde non plus ! Mais elle me coûte un bras en pension alimentaire ! Alors, quand votre collègue l’aura au téléphone, qu’il lui dise bien de courir retirer sa plainte, ou alors elle va subir une sacrée chirurgie plastique : je vais arrêter de renflouer ses cartes de crédit !
Nous n’avons pas d’ordre à recevoir de vous ! gronde le gendarme.
Pas d’ordre, pas d’ordre ! riposte JM. Je vous dis que si vous ne faites pas pression sur elle, elle va prendre tout son temps pour retirer sa plainte ! Et on est là pour un moment !
L’officier, les yeux rivés sur son écran, ne prend pas la peine de lui répondre.
JM, ulcéré, prend de nouveau François à témoin, qui se fait tout petit sur sa chaise.
Il a les neurones qui se tournent les pouces, celui-là ? Putain, si l’intelligence était contagieuse, c’est dans son ADN qu’on découvrirait le vaccin !
Le gendarme fulmine.
Je vous conseille vivement de vous ressaisir ou je vous colle au placard pour vingt-quatre heures avec un délit d’outrage et quelques pinces aux poignets !
Non, mais il n’y comprend rien, celui-là ! Il a les oreilles qui se croisent les bras ? Ça fait une heure que je vous explique que c’est Madame qui a voulu divorcer. C’est Madame qui a gardé la maison. Madame a gagné la moitié du pactole en me forçant à vendre mon entreprise. C’est aussi Madame qui touche une pension alimentaire de folie. C’est Madame qui me demande de l’aider quand elle explose le plafond de ses cartes de crédit et c’est encore MADAME, avec ses conneries à deux balles, qui me fait rater un rendez-vous important pour mes affaires. Et voilà qu’un nodocéphale me demande de me ressaisir ! Vous connaissez la différence entre un tatouage et le mariage ? Non ? On se colle les deux pour la vie, mais avec le premier, ce n’est qu’au début qu’on déguste ! (Puis, se radoucissant quelque peu) Vous êtes marié ? Divorcé ? Y en a pas une qui vous a déjà fait chier ? Vous êtes un petit veinard, alors ! À moins que vous soyez homo ? Les hommes viennent de Mars, les femmes de Vénus et les homos d’Uranus, c’est ça ? Non, franchement, Monsieur le gendarme, j’ai vraiment un rendez-vous important, je suis un homme d’affaires, je ne suis pas un délinquant, ni un voleur de voitures. Et il faut absolument que je sois à ce rendez-vous dans deux heures.
Il est sûr que si le gendarme n’avait pas percuté sur la définition du mot « nodocéphale », il aurait pu éventuellement se radoucir un peu. Malheureusement pour JM et François – qui s’est désormais transformé en flaque d’huile –, le gendarme en question est un passionné des chiffres et des lettres et de l’origine des mots ; et côté racines grecques ou latines, c’est un pro.
Les yeux exorbités, prêt à exploser, l’officier inspire profondément avant de lancer d’une voix la plus calme possible :
Alors, en attendant ce que va nous dire, je vous cite, « la coureuse de rempart », le nodocéphale va tout reprendre à zéro et interroger le fichier central, et j’espère pour vous ne pas trouver la moindre infraction, même pas un vol de Carambar. Et puis après, on va aller se calmer au mitard pendant vingt-quatre heures, quarante-huit heures ou plus, je ne sais pas encore ce que je vais raconter au procureur en plus du délit d’outrage, terrorisme peut-être ? (Puis, tirant le clavier de son ordinateur vers lui) Nom prénom, date et lieu de naissance ?
À ce moment précis, JM se rend compte qu’il a poussé le bouchon trop loin. Encore son caractère rebelle et belliqueux qui lui joue des tours. Il a du mal à se rabaisser face à l’autorité : des relents de son enfance face à un père autoritaire ? Une situation modeste qu’il n’acceptait pas ? Il se tourne vers François, transformé en madone éplorée et qui, du fond du siège, lui lance un regard suppliant.
Santoni, Jean-Marc, 17 décembre 64, Toulon, répond-il cette fois d’une voix atone.
Un grand silence s’installe. Chacun est perdu dans ses pensées. Seul le claquement des touches du clavier interrompt le ronronnement du disque dur. JM se dit qu’il va vraiment rater son rendez-vous et commence à sérieusement s’en mordre les doigts. Quant à François, il sait qu’encore une fois, il ne sera pas rentré chez lui ce soir.
Un lien de parenté avec un certain Santoni Fabien ? le questionne le gendarme.
C’est mon fils, répond poliment JM, les mains posées sur les genoux, subitement transformé en premier de la classe.
Eh bien, il tient un beau palmarès ! À 16 ans, déjà deux arrestations pour escroquerie. C’est vous qui l’avez formé ? demande l’officier sur un ton ironique.
Il a mal supporté le divorce, et fait tout pour se faire remarquer, sa crise d’adolescence est difficile.
On ne peut pas dire le contraire ! réplique le gendarme, sarcastique.
JM s’emballe à nouveau.
Je n’ai jamais voulu divorcer et c’est moi qui me retrouve emmerdé. Vous croyez que c’est facile pour mon boulot quand mon fils fait la Une du quotidien local pour avoir trafiqué des rouleaux de pièces de monnaie étrangère et les avoir fait passer pour des euros à une banque qui n’a pas vérifié ? Je perds toute crédibilité !
Ce n’est pas mon problème, répond l’agent, les yeux toujours rivés sur l’écran de son ordinateur.
Vous avez des enfants ?
Ici, c’est moi qui pose les questions.
Mouais, enfin, si vous en avez, ne soyez pas trop sévère avec eux, c’est un peu de votre faute s’ils sont cons !
* * *
Quelques heures plus tard, JM et François sont de nouveau en train de rouler vers Bruxelles, mais cette fois-ci en respectant les limitations de vitesse. JM a passé deux heures à tourner comme un lion en cage dans la cellule de la gendarmerie. Heureusement, son ex-femme, qui devait autant tenir à sa confortable pension alimentaire qu’au renflouement régulier de ses cartes bancaires, a immédiatement retiré sa plainte. « C’est moi qui reçois toutes ses amendes ! », s’est-elle justifiée au téléphone auprès du gendarme.
« Vous nous avez fait perdre notre temps avec vos amendes amères », a grondé celui-ci.
Tout en lui ôtant ses menottes, le gendarme a promis à JM qu’il recevrait bientôt une convocation au tribunal correctionnel pour outrage. Mais en attendant, plus rien ne s’opposait à les laisser repartir.
« J’adore les citations, sauf celles venant du Palais de Justice ! »
JM rumine, ils ont dû reporter leur rendez-vous avec cette marque de cosmétiques au lendemain matin et ils vont devoir passer la nuit à Bruxelles. Et François déprime.
JM, franchement, vous allez trop loin ! lui a-t-il reproché à la sortie de la gendarmerie. Vous auriez laissé faire les choses, on serait repartis plus tôt et sans ennui ! Et je serais chez moi ce soir !
François, je ne supporte pas l’autorité doublée d’injustice, je ne l’ai jamais supportée et je ne suis pas près de m’assouplir. Mais au fil des années, je me suis rendu compte que cette partie de moi va de pair avec ma capacité à prendre des décisions et des initiatives professionnelles. Je viens d’un milieu modeste, je me suis fait tout seul, je bosse comme un forcené, sept jours sur sept. Certes, j’ai une vie confortable, mais les emmerdes avec mon ex et mon fils, je les collectionne. Elles m’éclaboussent dans ma vie de tous les jours, dans mon boulot et jusqu’ici, aujourd’hui ! Alors que je n’ai rien demandé, c’est elle qui a voulu divorcer pour se mettre avec ce cardiologue ! Alors, quand en plus un « chef zélé » profite de son statut pour faire la sourde oreille à mes explications, je deviens fou. Je pense que cela vient aussi du conflit que j’ai eu enfant avec mon père qui représentait l’autorité, mais une autorité abusive et injuste. Et si cette connasse de Sonia m’avait envoyé les PV au lieu d’aller courir porter plainte, je n’en serais pas là ! D’où ma haine vis-à-vis de l’autorité et mon besoin de justice. Ch’suis un vrai Don Quichotte ! finit par sourire JM.
Et moi, je suis Sancho Panza, sourit François.
Mouais, quoique, niveau travail, c’est plutôt moi qui ai les pieds sur terre, et toi la tête dans un moulin à vent avec quelques neurones constipés, plaisante JM. Tiens, appelle le bureau pour savoir si tout va bien et dis-leur qu’on sera de retour demain en fin d’après-midi.
François s’exécute et obtient rapidement Claudia, la secrétaire. Après quelques banalités sur les affaires courantes, François se tourne vers JM.
Claudia m’indique avoir réceptionné un courrier recommandé au nom de la société. Elle l’a posé sur votre bureau.
Cette annonce attise la curiosité de JM.
Dis-lui de l’ouvrir et de te le lire.
Quelques minutes plus tard, François relaye la lecture de Claudia.
« Monsieur, conformément aux dispositions des articles L13 et L47 et le cas échéant L160 du livre des procédures fiscales, et afin de procéder à la vérification de l’ensemble de vos déclarations fiscales ou opérations susceptibles d’être examinées et portant sur la période du 01/01/2007 au 31/12/2009, je me présenterai à votre siège social, 61 quai du Bosc, Paris 75008, le mercredi 12 décembre 2010 à 14 heures ».
François marque un temps d’arrêt.
Je continue ?
Non, ça va, mais va falloir que j’empaille ma bonne humeur si je veux garder le sourire.
3 – Début décembre 2010

« On a des nouvelles de toutes ces histoires qui sont allées trop loin ? » (Vincent)


Moralité de la situation en Égypte : pour que la communauté internationale t’aide, mieux vaut avoir du pétrole que de vieilles pyramides.
Vincent est confortablement installé dans le luxueux canapé blanc de JM, les pieds posés sur l’immense table basse. Il sirote le whisky de plus de 20 ans d’âge que JM vient de lui servir.
Fais gaffe à mon Modigliani, lance JM en déplaçant la sculpture qui trône dangereusement sur la table basse, un peu trop près des pieds de Vincent.
Vincent décale un de ses pieds sans quitter des yeux la télé.
Miami : un homme tue sa femme et poste la photo sur Facebook. Ou comment passer du statut de « en couple » à « c’est très très très compliqué ! » ? Alerte info : le prix Nobel de médecine vient d’être décerné au médecin de Michel Drucker !
François, tu bois quelque chose ?
Non, ça ira, merci JM.
François est installé en face de Vincent, mais bien moins confortablement. Assis au bord du canapé, on ne sait pas vraiment s’il vient d’arriver ou s’il est prêt à repartir. Son bloc-notes posé devant lui, il nettoie nerveusement ses lunettes en regardant sa montre. Il est 20 heures et JM les a convoqués pour faire le point au sujet de cet avis de vérification qu’il a reçu. Il a souhaité tenir cette réunion loin du cadre formel de son bureau. Ce qui ne réjouit pas forcément François, qui sait qu’il va rentrer tard.
La police anglaise annonce qu’elle étudie de nouvelles preuves sur la mort de Lady Diana. L’enquête verra-t-elle le bout du tunnel ? Affaire à suivre…
Vincent s’esclaffe en zappant face à l’immense écran plasma fixé au mur.
Les célébrités se mobilisent en faveur de la prostitution ? Bientôt en tournée, les Restos du Cul !
Dis, tu pourrais arrêter la télé afin que l’on puisse commencer la réunion ?
JM vient enfin de s’installer entre ses deux collaborateurs après avoir déposé sur la table basse quelques biscuits apéritifs.
Vincent s’exécute et se redresse en attrapant son dossier.
Donc, nous avons une vérification fiscale, commence-t-il. Et si j’ai bien compris, le vérificateur…
Ou la vérificatrice, précise JM.
… ou la vérificatrice, reprend Vincent, se pointe à 14 heures le 12 décembre dans tes bureaux, ce qui nous laisse dix jours pour préparer les dossiers comptables. Mais en l’occurrence, il s’agit d’un vérificateur, note Vincent en relisant le nom du signataire de l’avis.
Dommage, soupire JM.
Hé, coco ! Ne rêve pas ! rigole Vincent. Si tu pensais l’endormir en lui faisant du gringue, non seulement ça ne marche pas, mais c’est aussi très mal vu.
JM ne relève pas, ce n’est pas son genre.
Le dernier bilan n’est pas encore sorti.
Ce n’est pas grave, car nous sommes dans les délais légaux. Et de toute façon, il va vérifier l’année en cours aussi.
L’année en cours ? s’étonne JM. Mais il est précisé dans le courrier uniquement les années 2007 à 2009.
Et l’année en cours, insiste Vincent. C’est l’usage : ils vérifient les trois années précédentes et l’année en cours. C’est pour cela qu’ils envoient généralement l’avis de vérification en fin d’année. Il vaut mieux ne pas sortir le dernier bilan tout de suite, ce qui nous permettra de l’ajuster en fonction des rectifications souhaitées par l’Administration et nous évitera un redressement sur cette année-là.
J’espère qu’il n’y aura aucun redressement ! s’inquiète JM. Vous avez bien tout enregistré ? Vous avez toutes les pièces comptables ? Tout est OK ?
Vincent pousse un profond soupir et se cale au fond du canapé.
Sache, JM, qu’ils ne se déplacent jamais pour rien. Tu peux avoir une comptabilité nickel-chrome, ils trouveront toujours deux trois trucs à gratter.
M’en fiche qu’ils grattent deux ou trois trucs, comme tu dis, je veux être sûr que ma compta est impeccable. C’est le cas, j’espère ? demande JM en regardant tour à tour François et Vincent.
Il ne me reste plus qu’à transmettre à Vincent les dernières pièces dont nous parlions l’autre jour, répond François.
Allez, ne stresse pas, mon vieux ! rigole Vincent. Et ressers-moi un verre de ton si bon scotch. Tu ne seras pas le premier ni le dernier de mes clients à avoir une vérification fiscale. Et mon médecin m’a dit : « L’alcool est votre ennemi », Jésus a dit : « Aimez vos ennemis ». Donc, moi, j’ai bien envie de vous dire : « Santé ! »
Fais comme chez toi, répond JM en désignant la bouteille. Et comment se sont passées les vérifications de tes autres clients ?
Tu ne peux pas comparer une vérification chez un artisan électricien, un cabinet vétérinaire et une société de distribution à l’international comme la tienne. Mais reste cool, OK ? Tout va bien se passer. Un de mes clients en avait tellement ras le bol de ses multiples vérifications qu’il a adopté un chien qu’il a appelé « Fiscal ». Et il prenait un grand plaisir à lui crier sans cesse : « À la niche, Fiscal ! »
Vincent explose de rire, ce qui n’a pas pour effet de rassurer plus que ça JM. De son côté, François regarde sa montre en permanence.
Comment ça va se passer le 12 décembre ?
Détends-toi ! Pour le premier rendez-vous, il va simplement regarder s’il a bien tous les éléments pour vérifier balance, grand-livre, journaux, livres obligatoires…
Où sont ces documents ? À ton cabinet, Vincent ?
Vincent acquiesce en avalant une gorgée de whisky.
Je demanderai à Sophie de vous les apporter ces prochains jours.
Qui est Sophie ? demande JM.
Une comptable que j’ai recrutée il y a deux mois, efficace et humm… aussi bonne que ce whisky, ajoute-t-il, l’œil brillant.
JM balaie la dernière phrase de Vincent d’un geste de la main.
Et ensuite ?
Ensuite, attends, je ne l’ai pas encore baisée ! Ne sois pas si rapide, ricane Vincent.
Je parle du rendez-vous avec le vérificateur ! s’exclame JM, un brin agacé.
Vincent est son meilleur ami, mais parfois il lui tape sur le système. Vincent aime sa femme, les femmes des autres, toutes les femmes en général, le whisky et le poker. Son attitude parfois désinvolte a le don d’excéder JM.
Ah, le rendez-vous ? s’esclaffe Vincent, un brin éméché. Eh bien, poursuit-il en se ressaisissant, il te demandera l’historique de ton entreprise, son activité principale, son fonctionnement, et il conviendra avec toi d’autres rendez-vous pour son contrôle. Voilà tout.
À propos d’autres rendez-vous, il faut que j’ajuste maintenant mon agenda avec cette foutue vérification. J’ai ce rendez-vous à Londres avec un grossiste le 11 décembre, tu m’accompagnes toujours, Vincent ?
JM ne parle toujours pas anglais et Vincent, presque bilingue, s’est proposé de l’accompagner.
Pas de souci, mon pote ! sourit-il en désignant la bouteille de scotch.
Vas-y, ressers-toi, Vincent ! Donc, nous prendrons le premier vol pour Paris le 12, on sera là en fin de matinée. Toi, François, tu entres en contact avec cette Sophie et tu fais en sorte de réunir tous les documents, d’accord ?
François acquiesce en prenant des notes.
Il t’arrive quoi, François ? Mon canapé te brûle, tu t’es assis sur ta casquette ? On croirait un athlète dans les starting-blocks.
C’est qu’il est près de 21 heures et je devrais être chez moi depuis longtemps…
On a bientôt fini, le rassure JM. Et ce rendez-vous à Madrid, il est confirmé ?
Pas de date exacte, répond François, mais il faut que vous prévoyiez d’y être semaine 54.
OK, répond JM. (Puis, s’adressant à Vincent) Je me demande comment j’ai pu avoir cette vérification fiscale… Je suis réglo, j’enregistre mes bilans aux impôts et au greffe en temps et heure. T’en penses quoi, toi ?
N’entendant pas de réponse, JM lève le nez de son agenda pour voir un Vincent mort de rire, les larmes aux yeux.
Désolé, c’est nerveux, s’excuse-t-il, mais chez moi, y a pas de semaine 54, l’année s’arrête à 52 semaines, 53 parfois. Mais 54, c’est de l’inédit.
François, vexé par la remarque, se lève.
Vous n’avez plus besoin de moi, je peux y aller ? demande-t-il à JM.
Tu peux y aller, et merci, François, répond JM qui tente d’apaiser le début d’incendie entre ses deux plus fidèles collaborateurs.
T’es tout rouge ! rigole Vincent, on croirait que t’as avalé un champ de coquelicots.
François salue JM et quitte l’appartement en ignorant royalement Vincent.
Tu peux appeler SOS Hommes Battus, mais je ne sais pas s’ils seront sensibles à ta boulette sur ta semaine 54, continue Vincent, toujours hilare, alors que la porte d’entrée se referme sur François.
JM fait un signe à Vincent pour qu’il se calme. Depuis toujours, François vouvoie JM par respect de la hiérarchie, mais a beaucoup de mal avec les plaisanteries parfois lourdes de Vincent. Comme il n’est pas son supérieur hiérarchique, François peut alors se permettre de l’ignorer ou de l’envoyer balader.
Arrête de te moquer de lui, j’ai besoin de vous deux en ce moment. Je veux que vous soyez solidaires dans le travail et pas que vous vous bouffiez le nez, sermonne JM.
Non, mais tu ne le vois pas ! Il fait connerie sur connerie ! Il a la vitesse au point mort !
Peut-être, mais j’accepte ses petits défauts, car en contrepartie, tout comme toi, il m’est fidèle et je lui fais entièrement confiance.
Bah, il t’est fidèle parce qu’il n’arrive pas à trouver de boulot ailleurs. Moi aussi, je l’aime bien, François, mais ce sont ses documents que je n’aime pas. Tu ne peux pas imaginer le nombre de pièces comptables que je lui renvoie, car sans en-tête, ni numéro Siret, même pas un numéro intracommunautaire alors que ta société fait de l’export.
Tout est à jour, j’espère ? s’inquiète de nouveau JM.
Mais oui, mais quand je demande un document, François bouillonne d’apathie. Il me répond qu’il va s’en occuper et qu’en gros c’est inutile que je lui rappelle tous les six mois.
Il est débordé, je lui ai pourtant dit de recruter une secrétaire pour l’aider.
Tu parles ! Il aurait bien peur qu’elle lui pique sa place ! Sois réaliste, JM ! Ce mec ne sait pas comment il s’appelle quand il se lève le matin ! Il oublie sa tête sous l’oreiller.
Sa femme a l’air d’être une sacrée chieuse, ajoute JM.
JM n’a pas envie de continuer ce genre de discussion. Vincent et François ont toujours été comme chien et chat, et avec cette vérification fiscale, il vaut mieux éviter les clashes entre ses collaborateurs. Aussi préfère-t-il changer de conversation et aborder le sujet favori de Vincent : les femmes.
Et sinon, ta femme, ça va ? Elle n’est toujours pas au courant de tes nombreuses infidélités ?
Non, heureusement, rigole Vincent. C’est terrible, mais c’est plus fort que moi, je n’arrive pas à résister à une femme. En sortant du lit de ma dernière conquête, une jolie blonde rencontrée au tennis, je lui ai dit de ne pas oublier de mettre mon nom dans son « Test-Amants ». Je crois qu’elle l’a mal pris.
Tu m’étonnes, sourit JM. Enfin, je n’arrive pas à comprendre pourquoi vous restez ensemble. Tu ne culpabilises pas de la tromper impunément ?
Bah, j’ai l’impression qu’on reste ensemble pour ne pas avoir à changer la housse de couette tout seul.
Sincèrement, je me demande comment ta femme ne se rend compte de rien, continue JM.
Vincent hausse les épaules.
Elle doit peut-être fermer les yeux, et puis malgré les années, elle continue de craquer pour moi, je suis si BCBG.
Effectivement, Vincent a une belle gueule carrée, de beaux yeux bleus perçants, il est plutôt grand et athlétique, mais il est plus sportswear que BCBG. Aussi JM le regarde-t-il d’un air interrogateur.
BCBG : Belles Couilles, Beau Gland ! explique Vincent, hilare.
Arrête de faire ton vantard ! le taquine JM. Ton ego est en train de dégouliner à flots sur ta cravate !
À ce propos, pour ce soir, j’ai un plan à quatre. Il ne nous reste qu’à trouver deux filles. On sort boire un verre ?
Mais JM n’est pas d’humeur à sortir et draguer.
J’ai l’impression d’avoir la tronche coincée dans un étau, j’ai un de ces maux de crâne.
Bon ben alors, je vais aller faire un poker, annonce Vincent en se levant. Repose-toi, tu en as besoin.
JM l’accompagne jusqu’à la porte de son appartement.
Tu sais que mon fils a été arrêté une nouvelle fois avant-hier ?
Oui, il y a même un article sur ses frasques dans le journal.
Franchement, se faire passer pour un fils de milliardaire et ne pas payer les chambres d’hôtels luxueux, faut le faire ! Il a du fromage blanc à la place du cerveau, ce gosse ? maugrée JM. Pourtant, il ne manque de rien.
Il a besoin de se faire remarquer, très certainement, répond Vincent, fataliste.
Et en plus, il me rejette.
Je sais.
Je me sens un peu largué, ce soir, soupire JM. Je suis loin d’avoir le cul bordé de nouilles en ce moment.
La vraie chance, c’est d’avoir la nouille bordée de culs !
JM ne relève pas.
Entre mon fils et cette vérification, je ne sais plus où donner de la tête. Je me demande vraiment comment il a pu me tomber dessus, ce contrôle. À moins que…
À moins que quoi ? demande Vincent.
Il y a quelques mois, un huissier du Trésor est venu sonner à ma porte pour me réclamer des arriérés de l’époque où j’avais les magasins de musique.
Et ?
Et je crois que j’ai fait du zèle, je lui ai répondu qu’il y avait prescription et qu’il pouvait aller se faire voir.
Houlà ! Ils n’aiment pas ça ! souligne Vincent.
Tu crois que c’est lié ?
J’en sais rien, l’ami. Allez, je file, mais rappelle-toi qu’être intelligent, c’est savoir quand et avec qui jouer au con !
4 – 12 décembre 2010

« On n’a pas l’cul sorti des ronces. » (JM)


On se souvient de son premier contrôle fiscal comme on se souvient de son premier amour. Dans les deux cas, on éprouve des sensations qu’on ne retrouvera plus jamais ensuite. Le coup de foudre, tout comme le coup de fisc, laisse des souvenirs indélébiles.
Merci de me rassurer. J’ai le trouillomètre à zéro.
JM et Vincent sont en train de déjeuner au restaurant du Sofitel de l’aéroport de Londres Heathrow.
L’humeur est maussade, tous les vols sont annulés. À moins d’un miracle, JM et Vincent ne seront pas à Paris à 14 heures et François devra assurer seul le premier rendez-vous avec le vérificateur, ce qui n’est pas fait pour rassurer JM.
Pas de pot ! rumine-t-il.
Le téléviseur de la salle de restaurant montre en boucle l’éruption du Katla, un volcan islandais plus grand et plus dangereux que l’Eyjafjöll qui était entré en éruption au mois de mars précédent, à l’origine d’un nuage de cendres qui avait rendu impossible tout trafic aérien au-dessus d’une grande partie de l’Europe.
JM a appris l’éruption du Katla la veille au soir, juste avant d’aller dîner avec le grossiste anglais. Et ce matin, par précaution, tous les vols au départ de Londres vers l’Islande sont annulés ; les vols à destination de Paris, largement retardés ; et plus une place dans le TGV Londres-Paris. Ils n’ont d’autre choix que de prendre leur mal en patience.
JM a longuement discuté avec François au téléphone le matin même pour le briefer sur le premier entretien avec le vérificateur. JM sait que l’inspecteur va comprendre le motif de son absence, il suffit d’allumer la télé pour le savoir. Il se demande surtout si François, tout seul, sera capable de gérer la situation, et il est anxieux.
Après lui avoir donné maintes consignes pendant plus d’une heure, ponctuées de « Je peux compter sur toi, François ? », JM a finalement raccroché en convenant de communiquer par texto dès l’arrivée du contrôleur fiscal.
JM a expédié son déjeuner et en est à son quatrième expresso. Nerveux, il regarde l’écran de son smartphone toutes les trois secondes.
François m’inquiète, confie-t-il à Vincent, il n’a pas toujours le sens des responsabilités. C’est le genre à grelotter des fesses et à perdre ses moyens à la moindre difficulté ou face à l’autorité. Je l’ai remarqué l’autre fois, quand on s’est fait arrêter par les flics : un vrai paillasson à roulettes.
C’est au moins la centième fois que JM fait part de ses craintes à Vincent, qui tente de changer de conversation.
Alors, comment s’est finie ta nuit ? le questionne-t-il d’un ton grivois.
Ils ont fini la soirée en boîte, entourés de jolies filles. Ce sont les habitudes de ce fournisseur anglais. On parle business pendant le dîner, on peaufine certains détails et on va « se finir » en boîte. JM sait que Vincent a accepté de l’accompagner à Londres pour cette unique raison : tremper son biscuit là où il peut et autant qu’il peut. À la maison, ce n’est pas le sexe qui domine les conversations sous la couette avec sa femme, et Vincent doit souvent se contenter de serrer la main au père de ses enfants, tout seul dans la salle de bains.
Je pourrais aisément te décrire ma vie sexuelle en deux mots : « Ma quoi ? » C’est mon nouveau dicton.
La mienne n’a pas souvent assisté à une course de sperme, sourit JM, mais je pense qu’elle a souvent donné le top départ. Un vrai volcan sexuel. Il a du taf, le Katla, pour rivaliser avec elle.
Tu t’es levé un vrai canon ! complète Vincent, admiratif.
Mouais, enfin, rassure-toi, ça reste le genre de fille à qui tu demandes : « Combien de chances j’ai de coucher avec vous ? » et qui te répond : « Zéro ». Sauf si tu précises que t’as une Ferrari : là, elle passe direct à « 100 % » !

  • Accueil Accueil
  • Univers Univers
  • Ebooks Ebooks
  • Livres audio Livres audio
  • Presse Presse
  • BD BD
  • Documents Documents