Eclats de chocolat
33 pages
Français

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Description

Ce recueil de nouvelles, concocté par Marlène Charine, offre de goûteux échantillons des meilleurs crus de Criollo et Maracaibo, écrits par des membres du GAHeLiG, le Groupe des Auteur·e·s Helvétiques de Littérature de Genre. Récits policiers, fantastiques ou merveilleux, de fantaisie héroïque ou de science-fiction, tous sont prétextes à manifester la magie ou la puissance du chocolat. Pas de confession des addicts du chocolat mais praliné ou barre mystérieuse, une discrète présence qui change le cours des choses, la vie des peuples, d’un couple ou celle d’une héroïne.


Beaucoup de fraîcheur et d’émotions diverses enchanteront les lecteurs et lectrices. De l’amour bien sûr, mais aussi de la peur, de l’amitié, de la trahison, du suspense, une femme fatale, un tueur en série, un monstre de l’espace, un combat de sorciers, une agente secrète qui va participer à l’invention du Toblerone, des récits qui narrent la libération des esclaves qui concassent les fèves et conchent la pâte dans des cavernes mystérieuses. Tout se passe entre fusée spatiale, Folies Bergère, Pont de Pérolles, exo planète, vallée de la Brévine, New York ou rives de la Grande Cariçaie. A la fois des univers plaisants, déconcertants, allégoriques ou sortis de contes et qui manifestent des préoccupations contemporaines, écologiques, sociales, féministes et une dose incroyable d’imagination par quatre écrivains et huit écrivaines qui ont souvent déjà publié des
romans des genres policier, romance, SF ou fantasy et surprennent à chaque page. L’atout de ces nouvelles, jamais trop longues, surprenantes, originales et passionnantes.

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 6
EAN13 9782940700035
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0075€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Hélice Hélas Editeur bénéficie d’une prime à l’encouragement de l’Office fédéral de la culture pour les années 2020-2024
Postface de Pierre Yves Lador
Maquette graphique : Mary & Jo Studio
Couverture : Jean-Rodolf Dürrer (ca. 1888)
© Le GAHeLiG, 2021 pour le texte
© Hélice Hélas Editeur, 2021 pour le texte
ISBN numérique : 9782940700035
www.helicehelas.org

Bienvenue à toi, lecteur gourmand !
 
Toute l’équipe du GAHeLiG te salue et t’invite à déguster cette anthologie concoctée par douze nouvellistes aux univers variés.
 
Douze nouvelles comme autant de pralinés, tous différents, tous savoureux, t’attendent au fil de ces pages…
 
Nous te souhaitons bonne lecture !
 
Le GAHeLiG
(Groupe des Auteur.e.s Helvétiques de Littérature de Genre)

Le Chocolat de Maître Herrlyn
par Florence Cochet
Tablette en dégradés de rêves
La neige tombait depuis des heures. Pas une neige paisible, aux flocons cotonneux qu’on prend plaisir à cueillir du bout de la langue, mais des grains denses, portés par un vent tempétueux. Impressionnée par la rapidité avec laquelle le trottoir situé cinquante mètres plus bas disparaissait sous une épaisse couche blanche, je surveillais régulièrement la météo sur mon téléphone. A 14 heures, les températures en baisse constante avaient atteint les -10°, et ce n’était pas terminé. Pour mon premier hiver à New York, j’étais gâtée !
Par chance, j’avais prévu le coup : trois épaisseurs de pulls, les gants et le bonnet que je mettais en Suisse pour skier, une écharpe aussi longue que ma journée de travail, un manteau XXL et des bottes fourrées. Un trappeur canadien ferait amateur à mes côtés. Par contre, moi, je ne ressemblais plus à rien une fois emballée là-dedans.
Quand l’horloge afficha 18 heures, je ne sautai pour une fois pas de ma chaise pour quitter l’ open space . A choisir entre mon boulot épuisant et la tempête de neige, je préférais pour une fois le premier. Mes collègues aussi, à l’évidence. Les ordinateurs s’éteignaient au compte-gouttes, les chaises à roulettes couinaient à peine sur le linoléum, les ascenseurs n’étaient pas pris d’assaut. Chacun enfilait ses couches supplémentaires sans se presser, dans un léger brouhaha de conversations moins animées qu’à l’ordinaire pour un vendredi soir. Personne ne proposa d’aller boire un verre, et tant mieux : cela m’éviterait de décliner une nouvelle fois. Je ne me sentais pas encore assez à l’aise pour me frotter plus que nécessaire aux mœurs new-yorkaises. Je m’étais promis de m’y mettre dès le retour des beaux jours, et je n’étais pas pressée qu’ils reviennent. Avant de quitter le quinzième étage, je scannai le badge à mon nom, Morgane Teintagelle, et embarquai dans une des cabines d’ascenseur.
Une fois en bas du gratte-ciel, je rassemblai mon courage pour franchir la porte à tambour qui conduisait à l’enfer gelé. Dès que j’enfonçai mes pieds dans la neige du trottoir, le vent tenta de m’arracher mon bonnet pour libérer mes cheveux châtains. Comme il n’y parvenait pas, il s’insinua sous mon manteau pour fouetter mes jambes et me faire tomber. Serrant les dents, je marchai avec l’élégance d’un canard ivre jusqu’à la station de métro, me cramponnai à la rampe pour descendre les marches glissantes et appréciai pour une fois les trente minutes de trajet dans la rame bondée. J’en ressortis à Brooklyn.
Dans un petit quart d’heure, je retrouverais mon minuscule appartement. Je m’imaginais déjà vautrée dans mon canapé, un bon chocolat chaud entre les mains. Enfin, « bon » était un bien grand mot. Quand on avait été élevée au chocolat suisse, les ersatz locaux étaient aussi tentants que des croquettes pour chat. Mais quand on n’a que ça à faire fondre dans son lait…
Autour de moi, les gens marchaient la tête rentrée dans les épaules et le dos voûté. Avec le renforcement de la tempête, les rues se vidaient. Bientôt, j’eus l’impression d’être seule dans ce quartier surpeuplé. Les phares des voitures qui roulaient au ralenti et les réverbères allumés ponctuaient à peine la blancheur cotonneuse. Même l’éclairage des vitrines semblait étouffé. Je hâtai le pas : malgré mes chaussettes, mes orteils se transformaient en glaçons à toute vitesse.
En tournant au coin de la rue, je la vis. J’aurais mis ma main à couper qu’elle n’était pas là la veille. Je l’aurais remarquée. Une minuscule boutique, coincée entre un fast-food qui proposait des pizzas aussi grandes que des roues de tracteur et un magasin de vêtements taille triple XL. L’enseigne en forme de Cervin barré des mots Swiss chocolate ne pouvait pas prêter à confusion. Mon moral remonta d’un cran. Je tenais de quoi agrémenter ma soirée, à condition que l’expérience se révèle concluante. Jusqu’à présent, toutes les chocolateries dont on m’avait affirmé qu’elles étaient wonderful , amazing ou extraordinary s’étaient plutôt révélées disgusting . Même le caniche du voisin n’avait pas voulu goûter à la dernière tablette que j’avais achetée.
Une clochette tintinnabula lorsque je poussai le battant. A l’intérieur, un comptoir de marbre noir surmonté d’une vitrine étincelante proposait des montagnes de plaques épaisses comme des brownies. De toutes les couleurs. Bleu électrique, rose chewing-gum, rouge carmin, vert amande. Affolée par ces horreurs made in America , je manquai de tourner les talons, sauf que le vendeur arrivait déjà de l’arrière-boutique. Je m’attendais à un grand jeune homme musclé au sourire éclatant, au lieu de quoi ce fut un vieillard chenu, un peu voûté, qui s’avança. Un badge ovale épinglé sur son cœur indiquait Me. Herllyn, maître-chocolatier . Il me dévisagea longuement avant de me demander, dans un anglais aux sonorités britanniques :
– Que puis-je vous proposer, mademoiselle ?
Sa voix profonde contrastait avec sa frêle stature.
– Heu… je… cherchais du chocolat suisse, mais… heu…
Faute de trouver mes mots, je désignai vaguement les montagnes multicolores avec un air dépité. Il haussa un sourcil en bataille.
– Suisse, n’est-ce pas ? poursuivit-il en français. Et même canton de Vaud, je dirais. Je me trompe ?
Ebahie, j’eus soudain l’impression de revenir à la maison.
– Gagné ! Vous avez une sacrée oreille, répondis-je dans ma langue maternelle.
Il eut un mince sourire, puis désigna les plaques multicolores.
– Je suppose que ces variations adaptées au public local ne vous tentent guère. Que cherchez-vous précisément ?
Je m’apprêtais à répondre, un chocolat noir à plus de 70 % de cacao, mais c’est tout autre chose qui sortit :
– J’aimerais un chocolat qui me ramène chez moi. Non, ce n’est pas vraiment ça… Vous savez, j’ai quitté la Suisse parce que je m’y ennuyais. J’ai voulu vivre le rêve américain. Au final, après six mois, je ne rêve plus. Je n’ai envie ni de retraverser l’océan ni de rester ici. Je me sens étrangère partout. Alors j’aimerais un chocolat qui me refasse rêver… Un chocolat qui m’embarque pour un endroit lointain, dans lequel je me sentirais bien, même si c’est juste le temps d’un carré.
Je plaquai mes deux mains sur ma bouche pour arrêter le flot de paroles qui en jaillissait malgré moi. Le chocolatier ne sembla pas troublé par ma logorrhée. Il se frotta le menton avec un air pensif.
– Je pense que j’ai ce qu’il vous faut… marmonna-t-il en se dirigeant vers l’arrière-boutique.
Dès qu’il eut disparu de ma vue, je me sentis oppressée par les murs rapprochés de la boutique. Le marbre noir paraissait prêt à m’engloutir, les parfums des plaques multicolores m’écœuraient, le ronronnement de la ventilation m’engourdissait. J’avais l’impression de flotter, comme sous l’emprise d’une drogue. Un pressant besoin d’air me fit reculer d’un pas, puis d’un second. Réalisant que j’agissais de manière ridicule, je m’immobilisai. Dans la rue, le vent hurlait en soulevant des tourbil

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