Ekeké
146 pages
Français

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Description

Quand le gosse et sa mère libérèrent la banquette mousseuse qu'ils occupaient dans le wagon du métro bien en face de lui, EKEKÉ ne les vit ni ne les entendit. Ce petit polisson venait d'appuyer dans toute la naïveté de son innocent doigt mais assez précipitamment, sur la dernière note musicale d'une partition que CHRISTOPHE EKEKE son auteur voulait encore parachever sur son interminable séjour parisien. Il en fut tellement outragé qu'il décida sur le champ de son retour sans délai à OVUAN natal où il serait enterré bien plus dignement, malgré tout. Et puis, il n'est pas venu en Europe vivre ses vieux jours dans des asiles. Oui il n'attendrait pas la fin de cet hiver qui battait son plein dehors !RUINI, son solidaire compagnon inquiet de l'attitude méditative de son ami, d'une méditation qui trouvait ses fondements dans le catastrophisme ékekéen l'africophobe, partit d'un élan de compassion, et lui colla son petit museau sur la joue, geste habituel. EKEKÉ le balaya d'un coup de pied. Une noble parisienne interloquée recueillit le petit amour et l'adopta solennellement. Ici, on ne maltraite pas les chiens !François BINGONO BINGONO est né en 1959 au Cameroun. Journaliste et Anthropologue, il suit et promeut la doctrine de tous les pionniers africains qui prônent le retour aux sources comme tremplin vers l'émergence et le progrès. Retraité de la CRTV, il est enseignant et chercheur, c'est un habitué des milieux où se meut la culture patrimoniale dans sa double dimension : matérielle et immatérielle. Aucun peuple au monde ne s'est développé en dehors de sa propre langue, sa propre culture, ni de sa propre spiritualité. Cette maxime est de lui.François BINGONO BINGONO

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 09 octobre 2020
Nombre de lectures 31
EAN13 9789956636372
Langue Français
Poids de l'ouvrage 6 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0750€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

EKE
François BINGONO BINGONO
EKEKÉ Roman
DESIGN COUVERTURE: DIEUDONNÉMBASSIYANA
Illustration Cyrille Ondoua
Tous droits de représentation, de traduction ou de reproduction, réservés pour tous les pays. © Éditions de Midi, Téléphone : 697 44 90 82/680 17 51 50 Yaoundé-République du Cameroun, Octobre 2020 editionsdemidi@yahoo.com ISBN : 978-9956-636-37-2
C’est décidé ! Cette fois, c’est bien décidé ! Je retourne à OVUAN où est enterré mon cordon ombilical. D’en entendre davantage dans ce pays que j’ai choisi sans aucune contrainte, je ne puis plus y consentir. Ces mots que MATHY la belle Martiniquaise avait passé quinze bonnes années à attendre ve-naient de tomber lourds de la bouche de CHRIS-TOPHE EKEKÉ, homme exacerbé, telle une sentence d’apocalypse. Mais depuis trois quarts d’heures, il était là, debout devant le bureau de Poste, sans se décider à expédier en Turquie cette lettre bientôt transformée en bouillie par la neige qui tombait, inlassable, à gros flocons. Il ne por-tait pas de manteau, ni aucun autre vêtement qui garde chaud. Pourquoi ne s’était – il pas habillé convenablement sous ce temps cruel ? C’était tout simple : il avait chaud alors qu’il neigeait. Mais c’était surtout d’une chaleur intérieure que brûlait son cœur bafoué et humilié, et qui avait finalement embrasé son corps ainsi que son es-prit. Christophe EKEKÉ n’était plus où on le voyait planté à. Il était chez lui où il fait chaud toute l’année et où les jeunes sont tout respect pour les personnes âgées.
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Allait – il finalement poster cette lettre qui dé-terminait son départ au pays où son cœur ne se-rait plus en proie aux mêmes tourments qu’ici ? Il le fallait bien. Mais on le voyait toujours à la même place, alors que le bureau de Poste était sur le point de fermer. Peut-être revoyait il le film de sa vie depuis son enfance ? Elle lui avait été racontée de manière fort poétique, au strict res-pect de la rhétorique du pays que n’encombrent pas les superfluités de la circonlocution. Ce qu’il en avait retenu continuait de lui résonner dans la tête comme un refrain qui débutait toujours ainsi :
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CHAPITRE I
La naissance d’EKEKÉ
KANGA avait trois tams-tams : Celui qu’on entendait plus souvent pour la danse du soir quand la nuit n’était que clarté, fruit de la générosité de la lune. Sonore vibrant et gai, ce tamtam était identifié même par les enfants auxquels il procurait une joie indicible Il était un autre tam-tam qui, chaque fois qu’il desserrait ses lèvres, tirait des entrailles des ha-bitants d’OVUAN un cri déchirant sans qu’on les eût pourtant frappés. Et comme pour en rajouter au supplice, il n’at-tendait que le cœur de la nuit pour répandre son chant indésirable. Pourquoi toujours dans la pleine nuit ? Nul ne le savait. Celui- là était le tam-tam des moments graves, annonciateurs de la mort. Pourquoi les indigènes n’attendaient- ils que la pleine nuit pour expirer ? Cette question était sans réponse. Heureusement, peut-on dire, ce tam-tam après avoir semé désolation et
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regrets, se taisait honteusement pour plusieurs saisons. On l’oubliait presque. Le troisième muezzin de bois, moins grave que le précédent et juste un doigt au-dessus de la tonalité du premier, n’avait de préférence ni pour le clair de lune, ni pour la profonde nuit, mais surprenait tous le jour comme la nuit. C’était le tam-tam des bonnes nouvelles. Les ancêtres d’OVUAN, aimables et pleins de solli-citude pour les descendants dont ils supervisaient la vie depuis l’au- delà, voulurent qu’il résonnât plus souvent. En ce matin de petite saison des pluies, malgré ces fines averses qui clouent la femme pares-seuse et l’époux peu besogneux sur le lit conjugal – saison dite de la fécondité car maintes femmes sont enceintes quand elle s’achève – tous perçu-rent distinctement le troisième tam-tam de KANGA, celui des bonnes nouvelles. Il avait brisé le chant monocorde des gouttes de pluies sur la toiture en tôle ondulée tout juste après le deuxième chant du coq. KANGA l’homme tou-jours à l’affût de l’information, venait encore de susciter l’admiration des villageois dont il était le messager attitré : Oui! Exultaient les orgiaques :il y aura fête et on pourra alors boire et manger à satiété ! Les plantations, il n’en sera pas question pendant un certain temps! Poursuivaient-ils.
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