Elles
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Description

— Sophie Duchatel, voulez-vous prendre pour époux, Thomas Cruton, ici présent, de l’aimer, de le chérir dans les meilleurs comme dans les pires moments de votre vie et ce, jusqu’à ce que la mort vous sépare ?— Thomas Cruton, voulez-vous prendre pour épouse, Sophie Duchatel, ici présente, de l’aimer, de la chérir, de l’accompagner et de la soutenir dans les plus beaux jours que la vie vous offrira comme dans les moins beaux et ce, jusqu’à ce que la vie vous sépare ?C’est le jour J, Sophie et Thomas vont se dire « oui » mais oui à quoi ? L’amour est une douce folie qui dévoile des facettes insoupçonnées de votre personnalité. La question est la suivante : Est-ce que la maladie existe en chacun de nous ou est-elle développée quotidiennement par quelqu’un qui vous manipule? Et si vous embarquiez pour une Odyssée moderne ?

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 21 mai 2016
Nombre de lectures 1
EAN13 9791093167343
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0495€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Elles  
 
 
 
Tous droits réservés  
©Estelas Editions  
4B Rte de Laure, 11800 Trèbes France  
estelas.editions@gmail.com  
https://www.estelaseditions.com  
 
ISBN : 9791093167367  
 
« Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants cause, est illicite et constitue une contrefaçon, aux termes des articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. »  
Marie-Lore Beuselinck  
 
 
 
ELLES  
 
Roman  
 
 
 
C’est quoi un coup de cœur ?  
C’est quelque chose d’indéfinissable, qui vous transperce, vous traverse, vous bouleverse, vous fait vibrer et qui vous fait exister.  
Méfiez-vous d’un coup de cœur !  
Sa définition se résume en ses propres mots.  
C’est un COUP au cœur.  
 
 
 
Un roman, c’est une vie, l’histoire de plusieurs vies,  
Une vie, c’est des mélodies et des paroles,  
Les deux se conjuguent pour rimer ensemble,  
Puisque les deux animent souvent nos propres vies,  
Pourquoi ne pas le faire dans un roman ?  
 
Le lecteur est cordialement invité à écouter, via Internet, les chansons présentes et citées dans cet ouvrage et de s’imprégner des paroles de celles-ci afin de rejoindre au mieux la logique et le ressenti des personnages.  
 
À ceux que l’amour a détruits.  
À ceux que l’amour détruira encore.  
À ceux qui y ont survécu.  
 
 
 
1  
 
Elle le contemplait de ses yeux de braise. Un regard chaleureux et empli d’émotions. Moment magique, moment solennel, union à jamais pour certains, bonheur à vie pour d’autres, le début d’une fin en quelque sorte.  
Atmosphère endiablée, sourire passionné, nervosité du grand jour, ils allaient enfin pouvoir se dire oui dans quelques instants. L’aboutissement de plusieurs mois de recherches, de préparations, de prises de tête et surtout la fin des dépenses grandioses et imprévues.  
Ils allaient se dire « oui ». Elle connaissait Thomas depuis plus de six ans. C’est naturellement que les choses se sont faites entre eux et c’est toujours aussi naturellement qu’elles allaient se poursuivre dans un avenir qui se voulait à présent commun.  
Tout le monde était là. Marie, sa complice depuis toujours, Simon et Sandra, ses parents, Renaud, son frère, le reste de sa famille, ses amis, ses plus proches collègues, sa belle-famille.  
Soudain, Sophie sentit sa fesse droite trembler. Elle supportait de moins en moins cette combinaison en dentelle planquée sous sa robe blanche qui la démangeait. C’était une idée et un cadeau de Thomas. Le concept était fort sympathique à première vue mais il en avait négligé quelques détails. Si elle avait su, au Diable la dentelle sexy et bonjour la vieille culotte confortable du dimanche soir.  
Perdue dans ses pensées loufoques, elle ne s’était pas rendu compte qu’elle rigolait toute seule devant l’autel. Elle mourrait d’envie de tourner le dos au prêtre et de se gratter les fesses sous l’œil consentant de l’instance religieuse mais en ce jour, elle devait malheureusement faire un réel effort de tenue et de prestance. Il fallait également que sa manucure de la veille tienne le coup toute la journée. Ne plus penser à ses fesses mais regarder devant soi et soutenir le regard tendre de celui qui allait devenir l’homme de sa vie dans quelques minutes. Voilà le mot d’ordre !  
 
  
 
Comme il en était pour toutes les autres femmes du monde le jour de leurs mariages, Sophie était la reine de la journée, princesse dans sa robe blanche choisie minutieusement. Elle la voulait sobre, élégante, recouverte de dentelle et de soie rose claire à certains endroits. Selon elle, une robe de mariage se devait surtout d’être pratique et agréable afin de profiter au maximum de l’événement.  
Qu’y a-t-il de pire que de passer ce qui doit être la plus belle journée de jeune épouse, pendue dans une robe trop serrée, trop décolletée pour la famille et les hommes bourrés d’après minuit ou encore aussi longue que le tunnel sous la manche.  
— Sophie Duchatel, voulez-vous prendre pour époux, Thomas Cruton, ici présent, de l’aimer, de le chérir dans les meilleurs comme dans les pires moments de votre vie et ce, jusqu’à ce que la mort vous sépare ?  
— Oui, je le veux !  
— Thomas Cruton, voulez-vous prendre pour épouse, Sophie Duchatel, ici présente, de l’aimer, de la chérir, de l’accompagner et de la soutenir dans les plus beaux jours que la vie vous offrira comme dans les moins beaux et ce, jusqu’à ce que la vie vous sépare ?  
— Oui, je le veux !  
— Vous pouvez embrasser la mariée.  
 
Dans ce cas-là, quand on descend les marches de l’église, on rit ou on pleure. Même si on trouve cela ridicule lors des autres mariages, une fois que c’est le vôtre, c’est plus fort que vous. Les émotions sont plus fortes que la fierté et surtout plus fortes que le maquillage pour lequel vous venez de dépenser une fortune. On voit ses rêves de petite fille se réaliser et on se rassure sur un avenir qui se profile à présent moins incertain. Le bonheur est à l’horizon.  
Sophie jeta un coup d’œil à celui qui était désormais son mari. Il était incroyablement beau et sexy dans son costume. Il lui répondit par un petit sourire complice. En s’installant dans la voiture qui les conduisait vers la salle de fête, elle prit la rose blanche qui se trouvait dans la chemise de Thomas.  
— On va faire un jeu. Tends tes deux mains vers moi !  
 
Sophie arracha chaque pétale de rose en prenant soin de ne pas les abîmer de sorte qu’une fois arrachés de leurs cœurs, ceux-ci finissent dans les mains de son époux.  
— Je n’ai pas envie de jouer à ton petit jeu.  
— Alleeeeeeeezzzzzzz, tends les mains mon cœur.  
— Je t’ai dit que non !  
— S’il te plaît, s’il te plaît, s’il te plaît,  
— Non  
— Je m’en fiche, je continuerai à t’ennuyer jusqu’à ce que tu cèdes !  
— Purée, même le jour de ton mariage, il faut que tu fasses chier.  
— Mais tu l’aimes pour ça, ta chieuse !  
— Crois ce que tu veux.  
— Je t’aime un peu, beaucoup, à la folie, passionnément, pour toujours, pas du tout.  
 
Elle continua ainsi jusqu’à ce que le dernier pétale de la rose tombe dans les mains de Thomas. Avec une certaine tristesse, elle prononça :  
— Je t’aime un peu.  
— Tu vois avec ton jeu débile. C’est ce que tu récoltes. Il faut toujours que tu gâches les beaux moments. Tu ne peux pas t’en empêcher, c’est plus fort que toi et tu ne changeras jamais !  
 
Sophie détourna le regard pour ne pas montrer la buée qui envahissait ses yeux. Il n’avait pas tort après tout. Ce n’était pas une bonne idée même si cela paraissait magique de le faire aujourd’hui. Elle détourna le regard un instant pour observer le paysage d’été qui défilait derrière la vitre de la voiture. Le chemin ne serait pas long.  
Thomas avait balancé les pétales sur le siège de la voiture en deux secondes. Elle l’observait de temps en temps du coin de l’œil. Il commençait à tourner nerveusement son alliance qui lui compressait l’annulaire. Il n’avait pas l’habitude de porter de bijou. Le seul accessoire qu’il ne quittait jamais était sa montre de marque.  
La fête arrivait à son apogée et tout le monde semblait joyeux. Pour certains, on pouvait carrément parler d’ivresse, au sens propre comme au sens figuré. Dans quelques instants, Sophie et Thomas allaient ouvrir la soirée dansante sur un slow qui leur tenait particulièrement à cœur, du moins à elle.  
« Il y a un ange qui contemple mon visage  
Elle m’offre une protection  
Beaucoup d’amour et d’affection  
Que j’aie raison ou tort. »  
Angel, Robbie Williams  
 
 
 
2  
 
Sophie n’avait que de bons souvenirs de son mariage. Il lui arrivait encore souvent d’y repenser. Elle avait reçu à peu près toutes les photos de leur union. Elle les avait stockées dans une grande boîte mais elle devait encore les trier. Avec le déménagement, elle n’avait pas encore eu le temps de réaliser les remerciements ni les albums photos. Puis, c’était un truc de femmes. Thomas n’était guère disposé à l’aider dans ce qui lui paraissait être une perte de temps.  
Depuis le mariage, les mois s’étaient écoulés à une vitesse folle. Le déménagement a laissé place à quelques désaccords entre les amoureux. Désaccords accompagnés de longues disputes, de reproches et de paroles qu’on ne devrait pas se lancer à la figure sous le coup de la colère ni de l’énervement. Paroles prononcées qui furent cependant pardonnées avec le temps. Le temps et l’amour pardonnent bien des choses.  
Bien sûr, la plupart des retrouvailles se faisaient le soir sous la couette. Le sexe facilite le pardon. Sophie tentait de dialoguer tandis que Thomas concédait certaines excuses en fonction de ses envies sexuelles du moment. Chacun sa vision des choses.  
— J’aurais préféré que l’on achète deux télévisions de plus petit format plutôt qu’une énorme. Cela aurait été plus facile pour le choix des programmes. Je te l’ai dit et redemandé cent fois. Tu m’avais dit OK et au moment de l’achat, il faut toujours que tu fasses à ta guise. C’est blessant à la fin !  
— é coute, sois réaliste, tu regardes rarement la télévision. Tu es toujours occupée dans tes études scientifiques, tes lectures de périodiques intellectuels ou tes bouquins. Tu ne vas pas me dire que tu prends la peine de passer une soirée télé avec moi.  
— En même temps, vu tes intérêts télévisuels…  
— Voilà, de nouveau les reproches ! Tu ne sais faire que ça ! Ils ont quoi mes choix télévisuels ? Ils ne sont pas assez sophistiqués pour Madame Cruton ? Avant, tu ne t’en plaignais pas.  
— On n’a pas les mêmes attirances, reconnais-le. Je ne critique pas, chacun ses goûts, c’était pour cela que l’option de deux télévisions me semblait bien plus judicieuse. Avant, je m’en foutais du programme parce que l’instant partagé dans tes bras et ta douceur me suffisaient amplement mais maintenant, il faut les chercher ces instants de tendresse!  
—On va faire chacun un effort et on en parle plus, OK ? De toute façon, elle est achetée et je n’irai pas l’échanger et puis surtout, à cet instant précis, je n’ai pas envie de parler de télé ni de me disputer avec toi mais j’ai envie de ton sourire, de tes mains, de ton corps, de tes gémissements de plaisir, de tes fesses entre mes mains, de ta poitrine glissant doucement le long de mon torse.  
 
Il était déjà en train de la déshabiller de ses mains douces mais déterminées, de son regard fougueux mais perçant, de son apparence fébrile mais tellement perverse une fois la nuit tombée.  
Même si elle n’était pas des plus motivées pour lui faire l’amour ce soir, elle se laissa entraîner dans ce tourbillon de frénésie et de plaisir dont elle raffolait secrètement.  
C’est ce qui les avait réunis : une fougue mutuelle pour leurs deux corps passionnés par la chair tendre. Depuis les années, ils avaient pourtant fait le tour du sujet. Ce n’était pas qu’une simple question de sexe. Leur coup de foudre se narguait de l’excitation et de l’éclat procurés par leurs exploits.  
 
 
 
 
3  
 
— Tu étais beau dans ton costume, ça changeait de ta tenue habituelle d’Adam, ça te donnait un charme de dingue !  
— Tu veux dire que je n’ai pas de charme en autre temps ?  
— Oh, ne fais pas ton Calimero va ! Tu sais ce que l’on dit sur les hommes en uniformes et en costumes. C’est assez particulier, ça éveille les sens, ça donne des frissons et des envies même si tu sais que j’ai toujours envie de toi. Dommage que ce soit toi, le marié ! ç a va être un peu différent maintenant. Un homme marié sexy dans mon lit. Est-ce que l’alliance aura raison de ta fougue ?  
— Viens ici, petite emmerdeuse, que je te montre où est passée ma fougue ! Et puis, figure-toi que moi aussi, j’avais envie de toi quand je t’ai vue dans cette robe bleue qui t’allait à merveille, je dois dire.  
— Mon choix n’était pas anodin, je te l’avoue. Je ne voulais pas me fondre dans la masse des invités. Tu n’avais pas mieux à faire le jour de ton mariage ? Tu es un peu culotté tout de même. Cela ne t’a sûrement pas empêché de faire l’amour à ta femme, te connaissant.  
— C’est toi qui n’as plus de culotte en ce moment surtout.  
— Rends-la moi !  
— Mmmmm, viens la chercher !  
— Et si je ne veux pas ?  
— Je sais très bien que tu ne tiendras pas longtemps avant de te jeter sur moi pour la récupérer.  
— Effectivement, tu me connais un peu de trop et ton déménagement, tu en es où ?  
— Ça avance, il est presque fini, encore des questions de décorations et quelques bibelots qui doivent trouver leurs places.  
— Ta femme n’a toujours pas de soupçons sur ton infidélité ?  
— Que devrait-elle savoir ?  
— Rien, justement mais j’y pensais depuis un petit moment, il faudra être plus prudent. Tu es marié maintenant et je ne voudrais pas que cela vous crée des ennuis. Ce n’est pas le but.  
— Je sais.  
— Elle ne t’a pas demandé pourquoi ce quartier et pas un autre ?  
— é videmment que si, tu sais comment elle est mais je ne pense pas qu’elle pensait à mon infidélité, plutôt de la curiosité et l’envie de tout diriger. Je lui ai répondu que ce quartier me permettrait de me rapprocher de mon lieu de travail et elle m’a cru, c’est le principal. Ça lui fait une heure de route en plus par jour pour aller travailler ce qui nous laisse plus de temps pour se voir. Comme tu peux le remarquer, tout finit par s’arranger, je te l’avais dit !  
— C’était quand même audacieux de faire venir ta maîtresse à ton mariage. Tu as failli me rendre jalouse !  
— C’était évidemment le but voyons !  
— Arrête de te foutre de moi, hein !  
— Je ne me fous pas de toi mais je remarque que tu t’offres beaucoup plus à moi depuis et je dois dire que j’aime ça ! J’aime tes courbes, ton corps, ta jalousie et j’aime quand tu m’appartiens pendant ces brefs moments où nous nous retrouvons. Tu me rends vivant et tu me donnes bien plus que ce que je ne pouvais en espérer.  
— Si tu continues, je vais finir par croire que tu me fais une déclaration, attention, tu risques de dépasser le contrat sur lequel, on s’était accordés.  
— Pas de « je t’aime », pas de sentiments, pas d’amour, pas de bouches l’une contre l’autre, je ne suis pas près de l’oublier figure-toi.  
— C’est toi qui l’as voulu, je te signale. Si je me souviens bien, tes propres mots étaient « juste de l’attirance, de la passion, des sensations, du secret, de la performance, du sexe et des retrouvailles sur ordonnance.  
— Si on doit frauder, rappelle-moi à l’ordre alors, on ne sait jamais ce qui peut arriver.  
— Ne compte pas sur moi pour te le rappeler, un peu d’amour et de courage n’ont jamais tué personne. C’est toi qui dois te méfier des sentiments, ils arrivent bien souvent quand on ne s’y attend pas.  
— Je ne vois pas pourquoi tu dis cela. Tu en as pour moi ?  
— Tu aimerais que je te réponde que oui hein ! Cela te ferait plaisir et flatterait ton ego mais je ne vois pas depuis quand et en quoi cela t’intéresse-t-il ?  
— Je me renseigne, je n’ai pas envie de te faire du mal pour rien.  
— Pour rien. Ne t’en fais pas pour moi, je suis une grande fille, je ne pleure pas pour rien et certainement pas pour un amant marié.  
— Tu l’es aussi et je n’ai jamais rien dit ni reproché à ce sujet ?  
— Avoue que cela te plaît. Tu as toujours aimé prendre ce qui ne t’appartenait pas, considère que l’on est désormais à égalité. On trompe nos conjoints tous les deux. D’ailleurs, maintenant, j’aimerais que l’on ôte nos alliances pour chaque rapport. Je préfère par respect pour Sophie et pour Marc.  
— À tes ordres Madame !  
— Allez, rends-moi ma culotte maintenant ! Je t’envoie un message quand Marc est parti.  
 
 
 
 
4  
 
Il jeta un coup d’œil sur Sophie en se réveillant. Elle était belle. Tout le monde le disait et c’était la vérité. À 29 ans, le contraire serait malheureux. D’une certaine manière, il l’aimait sinon il ne l’aurait pas épousée mais il faut l’avouer, le mariage, ça magnifie l’image d’un homme aux yeux de ses relations.  
Un homme marié, c’est rassurant, c’est chouette, c’est ouvert, c’est sympa. C’est quelqu’un qui sait ce qu’il veut, cool dans ses baskets. Ça reflète l’image d’un type bien ayant réussi sur le plan professionnel et sentimental. Un homme qui assume ses choix et ses responsabilités, qui avance dans la vie et qui a des projets en vue. Ça le fait toujours devant les autres et Thomas avait toujours eu le souci de l’apparence.  
Il n’était pas con. Il avait toujours su qu’il représentait beaucoup plus aux yeux de Sophie que ce qu’elle ne comptait aux siens. Elle était la garantie d’une satisfaction personnelle et perverse de son égoïsme croissant.  
Il en était fier de son statut social. Il avait bien réussi comparé à bon nombre de ses amis et connaissances. Et puis, ils n’étaient pas si nombreux, les hommes capables de combler plusieurs femmes en même temps et de gérer une double vie aussi bien que lui, sans l’ombre d’un soupçon.  
Chaque femme répond à un besoin ou un appel masculin bien particulier. Il suffit d’avoir une méthode infaillible : donner de l’amour, mentir un peu ou beaucoup, leur dire qu’on les aime pour les rassurer et limiter leurs doutes, un doux mensonge pour avoir la paix. Donner ce qu’elles attendent pour les rendre dépendantes.  
Il suffit d’en faire des objets d’autosatisfaction virile ou un truc dans le genre. Parfois, les sentiments nous surprennent tout de même. L’amour c’est beau au début mais lorsqu’il n’est pas destiné à rendre heureux ou à faire souffrir, il devient ennuyeux. Il est parfois préférable de le rendre ennuyeux plutôt que d’en souffrir.  
« Allô, Thomas, c’est moi, je suis étonnée de ne pas te trouver à la maison au réveil. On est dimanche. Tu avais quelque chose de prévu ? Rappelle-moi, bisous. »  
Quand ils se sont rencontrés six ans plus tôt, Sophie était en dernière année de biologie à l’université. Il y avait évidemment le bal de fin d’études. Thomas n’était pas seul, il était accompagné mais elle avait senti son regard intense se fixer sur elle plusieurs fois. Il n’en avait pas fallu davantage pour qu’elle en soit troublée.  
Ils se sont revus quelques semaines plus tard lors d’un souper organisé par des amis communs. Elle n’avait pas fort envie d’y aller, lui non plus apparemment et c’est de cette façon que leur chemin s’était recroisé.  
Il s’était arrangé pour tenir son regard plus d’une fois pour qu’elle finisse par se rendre à l’évidence. Elle ne s’en était pas directement aperçue préférant mettre ces choses-là sur le compte du hasard. Le hasard constitue toujours une belle excuse pour les personnes incapables d’affronter la réalité de leurs sentiments.  
À chaque fois qu’elle relevait la tête, elle croisait son regard tel un chasseur qui ne quitte plus sa proie des yeux. Quand elle a soulevé la question plus tard dans leur relation, il avait déclaré ne pas comprendre où elle voulait en venir et qu’il fallait laisser certains mystères sur le compte du hasard.  
Quand il s’absentait sans prévenir ou sans raison apparente, Sophie se sentait tristement seule, abandonnée et il le savait. Bien souvent, il lui faisait remarquer et elle finissait par culpabiliser de ses réactions jugées trop infantiles. Dans ce genre de situation, elle se réfugiait dans ses souvenirs. Se plonger dans les souvenirs pour fuir le présent lorsque celui-ci n’est pas à la hauteur du passé.  
Seulement, il arrive un moment où l’on finit par faire le tour de ces fameux souvenirs. Elle qui était si forte et indépendante avant de le rencontrer se retrouvait désormais prisonnière de sa propre vulnérabilité et des absences de plus en plus répétitives de son mari.  
Son portable retentit. C’était Marie, son amie d’enfance. Elle était un peu gênée de sa situation mais il faudrait bien qu’elle finisse par la mettre dans la confidence ou alors c’était peut-être aujourd’hui, le fameux bon jour.  
Marie, 30 ans, était une femme parfaitement indépendante qui avait toujours été présente pour Sophie. Depuis quelques mois, il fallait reconnaître qu’elles s’étaient éloignées l’une de l’autre, non pas volontairement mais par la force des choses, du temps, des envies et de la distance.  
Bien souvent, elle repensait aux nombreux voyages qu’elles avaient effectués. Quand elles étaient plus jeunes, il leur arrivait de passer une journée entière à papoter sur un banc ou un rebord de fenêtre, de parler de tout et de rien, de refaire le monde, d’imaginer l’avenir, de s’inventer une vie, de raconter les derniers potins du coin, de se donner des conseils sur le sexe opposé qu’elles n’écoutaient guère au final. Bref, des trucs de filles.  
Elles étaient inséparables auparavant. Depuis le mariage, il fallait admettre que Sophie s’était éloignée. Elle ne l’avait vue que deux fois sur les mois écoulés. La première lors de son propre déménagement et la seconde lors de l’enterrement de la maman de Marie. Une saloperie de cancer de la gorge qui était malheureusement arrivé au bout des forces de cette femme jadis robuste. Cela faisait déjà quatre mois. Le temps passe cruellement vite.  
— Salut ma poule ! Alors quoi de neuf ? Tu survis à ta nouvelle vie de femme mariée parfaite ?  
— Salut Marie ! Ça me fait plaisir de t’entendre. Oh oui ça va et toi ? Comment vas-tu depuis la dernière fois ? J’imagine que ce n’est pas facile tous les jours…  
— Non, ce n’est pas facile effectivement mais la vie continue ! Elle ne s’arrête pas quand tu le veux et quelque part, c’est préférable. Ça te permet d’avancer parce qu’au final, tu te rends compte que rien ne t’attend. La vie continue avec ou sans toi quoi qu’il arrive, alors autant être de la partie. J’ai lâché prise quelques semaines, le temps de régler tous les problèmes, les frais d’hôpitaux, etc.  
Mais je vais bien, je n’ai pas à me plaindre alors j’ai décidé de reprendre une place dans le train de la vie. Pour le moment, c’est une place de deuxième classe certes mais je compte bien prendre un abonnement en première classe bientôt, tu vois ce que je veux dire ?  
On en parlera une fois, si tu veux, un petit restaurant, ça ne te tente pas, histoire de bouger un peu de chez toi ? Ce n’est pas parce que l’on est marié qu’il faut devenir casanière. Tu en penses quoi ?  
— C’est une bonne idée ! Je voulais m’excuser, je n’ai pas été très présente ces derniers temps pour toi.  
— Disons que je ne vais pas te le cacher, ça m’a fait bizarre de ne pas avoir de tes nouvelles alors que j’aurais eu besoin de mon amie pendant cette période difficile. Je préfère laisser ma rancune de côté parce que c’est toi et que je te connais depuis le bac à sable. Il y a aussi autre chose dont il faudra que l’on parle. Disons que l’on est plusieurs dans ton entourage à se faire du souci pour toi. Tu ne donnes plus de nouvelles à personne, tu ne sors plus, tu aurais même perdu du poids.  
— Qui t’a dit ça ? Tu sais très bien ce que je pense des remarques des gens et de leur jalousie mal placée. Ils me gonflent avec leurs baratins déplacés. Ils doivent se faire chier dans leurs pauvres petites vies pour n’avoir que cela à ramager. Évidemment, quand il est question de dire les choses en face et honnêtement, on ne trouve plus personne !  
— Je n’ai pas dit ça. Tu t’emballes directement. Estime-toi heureuse que certaines personnes s’inquiètent encore pour toi ! Tu ne serais pas enceinte par hasard ? Cela expliquerait pas mal de nos observations et nous rassurerait.  
— Non, je ne suis pas enceinte mais merci de t’en inquiéter. Je pense que je te l’aurais tout de même fait savoir si ça avait été le cas. Bon, je te laisse, je vais dîner chez mes parents.  
— Sophie, arrête de me mentir ! J’ai eu tes parents au téléphone il y a deux jours et ils m’ont dit qu’ils n’avaient plus de tes nouvelles depuis trois semaines. Ils sont très inquiets. Même s’ils ne sont pas parfaits, tu ne peux pas leur faire ça, ils ne pensent qu’à ton bien-être. Je sais qu’il y a eu une petite mise au point mais ne restez pas sur un malentendu. Ne les fais pas mourir avant l’âge. Si j’en avais l’occasion, je donnerais tout ce que j’ai pour recevoir un seul message d’eux ou pour les revoir. Je ne les défends pas et je ne jette la pierre sur personne mais penses-y. Ils m’ont dit que tu ne répondais même plus à leurs messages alors ne m’invente pas que tu vas dîner chez eux, s’il te plaît.  
— OK, on se rappelle pour fixer une date pour le restaurant. Prends soin de toi. Bisous.  
 
Sophie n’était réellement pas prête à tout cela en fin de compte. Pas d’un coup, pas comme ça. Cela faisait trop d’émotions à gérer en si peu de temps. Elle sentait ses yeux perler, embués par la culpabilité et la tristesse.  
Un mois plus tôt, Sophie s’était pris la tête avec ses parents. Ce sont des choses qui arrivent. Le sujet de la dispute portait sur Thomas, celui qu’elle aimait tant. Pourquoi les gens te disent toujours leurs vérités une fois que tu as fait tes choix de vie. C’est trop facile de venir critiquer et de juger les autres, trop difficile d’être là quand on a besoin de toi. Si tu veux tendre la main à quelqu’un qui ne va pas bien, fais-le avant sa chute et pas après qu’il soit tombé. Si celui qui chute est coupable de quelque chose, celui qui n’a rien fait pour l’en empêcher l’est tout autant.  
Est-ce que prendre les décisions les plus importantes dans une vie rendrait les gens jaloux ? Jaloux de leurs incompétences à choisir et avancer ? Est-ce que faire des choix change les gens ? Est-ce que ruiner le bonheur des autres leur permet d’accepter leurs échecs personnels ?  
Les reproches étaient simples, clairs et efficacement symboliques.

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