Et si on enseignait l espoir ?
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Description

Les parents font souvent miroiter à leurs enfants que leur entrée à l’école sera le plus beau jour de leur vie, qu’ils s’y feront des amis et découvriront une nouvelle famille ; pourtant, si certains seront effectivement ravis, adulés, admirés et entourés, d’autres seront étiquetés, ostracisés, oubliés ou même rejetés.
Plus tard, l’étudiant entre à l’université, de son propre chef ou influencé par son entourage, à la recherche de sa place dans un monde en mutation. Qu’il persiste ou qu’il abandonne en cours de route, chacun est ou a été en attente de l’enseignant, du professeur, du maître, qui éclairera le chemin sur lequel il s’engage, en quête de sa propre vocation. Ce maître saura-t-il reconnaître son unicité et sa différence? Respectera-t-il son rythme de développement? Lui ouvrira-t-il les portes de la connaissance, de soi et de son univers?
Comment le maître peut-il rejoindre l’élève laissé pour compte, étiqueté, mésadapté?
Ce livre, écrit par un grand pédagogue et enseignant répond à ces questions, et à bien d’autres, avec empathie, dans un grand souci d’humanisme et de justice.
Enseigner l’espoir, c’est croire et transmettre que tout être humain a la capacité d’aborder sa mission, aussi simple soit-elle; c’est rejeter les normes qui discriminent les « bons » des « moins bons », les « forts » des « faibles ».

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 juin 2012
Nombre de lectures 0
EAN13 9782897210076
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0105€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Version ePub réalisée par :
Autres ouvrages
de Valois Robichaud
aux Éditions du Cram

Accueillir les besoins psychiques de l'adulte vieillissant
être en harmonie avec soi-même et les autres
Vivre la retraite avec sérénité
un temps pour la rencontre de soi
À propos de l'auteur

Valois Robichaud est né en 1946 à la Baie du Petit Pokemouche, aux confins de la Péninsule acadienne, dans l'Acadie du Nouveau-Brunswick. Né de parents chrétiens, il évolue au sein d'une famille de onze frères et sœurs dont les valeurs de l'effort, du travail et de la persévérance le conduiront contre vents et marées à s'engager sur les routes où les rencontres humaines prendront les visages de la beauté, de la dignité et de la valeur inégalée de l'être humain.
Épris très jeune par une quête de l'Absolu,il se dévoue auprès de sa sœurparalytique, avec laquelle il évoluera pendantquelque 40 années. En sa présence,il expérimente la « différence ». En 1967,il entreprend des études universitaires auNouveau-Brunswick et aux États-Unis.Boursier du gouvernement français en1985, il entame des études doctoralesà Grenoble, jusqu'à l'obtention d'un doctorat en sciences de l'éducation, undiplôme en gérontologie sociale et unescolarité en psycho-gérontologie à Lyon.
La curiosité à côtoyer les grands maîtres à penser lui offrira une ouverture d'esprit et un accès au savoir qu'il continue aujourd'hui à partager auprès de milliers d'étudiants et d'étudiantes et de publics de tous les âges.
En 2008 il obtient le Prix d'excellence en enseignement de son université, et en 2009, il publie aux éditions du CRAM Accueillir les besoins psychiques de l'adulte vieillissant : être en harmonie avec soi-même et les autres, puis la même année, Vivre la retraite avec sérénité, un temps pour la rencontre de soi.
Spécialiste de la relation d'aide psychologique, il accompagne les personnes qui font appel à son écoute et à son expertise.

Les Éditions du CRAM 1030 Cherrier, bureau 205, Montréal, Qc. H2L 1H9 514 598-8547
www.editionscram.com
Révision et correction Hélène Bard
Conception graphique Alain Cournoyer
II est illégal de reproduire une partie quelconque de ce livre sans l'autorisation de la maison d'édition. La reproduction de cette publication, par quelque procédé que ce soit, sera considérée comme une violation du droit d'auteur.
Dépôt légal — 3ème trimestre 2010 Bibliothèque et Archives nationales du Québec Bibliothèque nationale du Canada Copyright © Les Éditions du CRAM inc. Les Éditions du CRAM reconnaissent l'aide financière du gouvernement du Canada par l'entremise de son Programme d'aide au développement de l'industrie de l'édition (PADIÉ) pour ses activités d'édition.
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Distribution au Canada : Diffusion Prologue Distribution en Europe : DG Diffusion (France) ; Caravelle S.A. (Belgique) ; Servidis (Suisse)

Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada
Robichaud, Valois
Et si on enseignant l'espoir?
(Collection Psychologie)
Comprend des réf. bibliogr.
Version numérique ISBN 978-2-923705-65-1 Version imprimée ISBN 978-2-923705-11-8
1. Éducation - Philosophie. 2. Relations maîtres-élèves. 3. Rapport au savoir.I. Titre. II. Collection: Collection Psychologie (Éditions du CRAM).
LB14.7.R62 2010 370.1 C2010-942200-7
Table des matières
Avant-propos
Avertissement
Introduction
Chapitre 1 : La genèse de ma vocation
Chapitre 2 : Dès que les enseignants commencent à traiter quelqu'un en bon élève, il le devient.
Chapitre 3 : Pourquoi des enseignants ?
Chapitre 4 : Tout étudiant est une histoire
Chapitre 5 : Enseigner pour apprendre !
Chapitre 6 : L'être inachevé, paradoxe en éducation
Chapitre 7 : Un cerveau pour apprendre
Chapitre 8 : Entrer par la porte de l'étudiant — Le rationnel
Chapitre 9 : La porte de l'étudiant pragmatique
Chapitre 10 : L'enfant esthète
Chapitre 11 : La discipline, révoquée ?
Chapitre 12 : L'enfance volée
Chapitre 13 : L'enseignant, le professeur
Chapitre 14 : L'enseignant devient pédagogue
Chapitre 15 : Une fois pédagogue, devenir éducateur
Chapitre 16 : L'intelligence du développement
Chapitre 17 : Le triangle d'or
Chapitre 18 : La mesure actuelle des connaissances
Chapitre 19 : Les stéréotypes, les clichés, les étiquettes,
Conclusion
Annexe 1 : Les types d'intelligence, selon la docteure Colette Portelance
Annexe 2 : Fiche pédagogigue
Annexe 3 : Le soi et l'élève
Annexe 4 : Le bateau
Annexe 5 : Le cerveau
Annexe 6 : Le journal de bord
Annexe 7 : Le cognitivisme relationnel
Bibliographie
À ces hommes et à ces femmes qui ont la vocation d'enseignant, de professeur et d'éducateur, et qui ont pour mission d'accompagner l'autre sur le chemin de la connaissance et du développement.
Avant-propos
« Autant que je puisse en juger, le seul but de l'existence humaine est d'allumer une lumière dans l'obscurité de l'être. »
C. G. JunG
À l'automne 2008, dans ma trente-neuvième année d'enseignement, l'un de mes étudiants du campus de Shippagan de l'université de Moncton (Canada) m'interpelle tout bonnement dans un escalier : « Écrivez-vous actuellement ? Votre prochain livre portera-t-il sur l'enseignement ? Quand écrirez-vous pour nous et pour tous les étudiants que vous avez formés afin qu'ils deviennent des enseignants ? » Son questionnement me touche très profondément... Je lui réponds : « Oui, j'écris actuellement, et je vous livre ce que j'ai vécu personnellement en tant qu'enseignant et ce que j'ai appris en vous côtoyant. » Comment ne pas répondre à sa demande, que je reçois comme un appel ou une nouvelle mission, celle de laisser mon témoignage personnel à ces nombreux enseignants 1 et enseignantes qui œuvrent présentement dans les écoles, les collèges et les universités, ici ou ailleurs ?
Si je paraphrase l'expression de Gabrielle Roy, « Ces enfants de ma vie », je réalise que « ces années de ma vie » ont été comme un véritable sacerdoce auprès de ces milliers d'étudiants que j'ai fréquentés.
Depuis le siècle des Lumières, beaucoup d'auteurs se sont penchés sur l'éducation et nos bibliothèques regorgent d'écrits sur l'enseignement, l'évaluation, la motivation, l'apprentissage, les courants pédagogiques, etc.
Certes, je veux faire un bilan et une rétrospective personnels de mes expériences pédagogiques et éducatives mais je veux surtout faire ressortir le fait que le regard que l'enseignant 2 pose sur l'élève est le point de départ d'une relation éducative propice au processus d'apprentissage.
Quels que soient les lieux, les époques, les environnements et le matériel pédagogique, il y a toujours un apprenant et un enseignant ; d'une part, il y a l'enseignant qui accompagne, guide, oriente et stimule les apprenants, leur explique des savoirs et leur démontre des choses ; d'autre part, il y a l'apprenant qui, par curiosité ou par désir, cherche, s'informe, imite l'autre, créé, invente, comprends et donne sens à de nouveaux savoirs, et qui arrive souvent à l'école avec un grand besoin d'être aimé, accueilli, compris, écouté et encouragé.
Il y a aussi des êtres dont le rythme de développement est très différent du mien et dont les compétences différenciées ne correspondent pas aux normes de la société. Ces étudiants perpétuels ne sont pas moins importants à mes yeux. Qui que nous soyons, nous apprenons durant toute notre vie. N'est-elle pas grande, cette première définition de l'apprentissage : « prendre pour soi, ce dont j'ai besoin, pour répondre à une nécessité, ou accomplir un geste au quotidien dans le but d'être mieux ou plus heureux. 3 »
Depuis bien des années, les accessoires et les lieux d'enseignement ont beaucoup évolué ; nous sommes passés de la classe traditionnelle à la classe virtuelle, du tableau vert au tableau de commande intelligent ( smart board ), du rétroprojecteur au PowerPoint, et pourtant, quelque chose demeure : celui qui regarde et attend, et l'autre, qui est présent et fait découvrir la lumière. Il y a l'éclaireur et celui qui entreprend la route. Pour que l'activité cognitivo-affective s'amorce, il est nécessaire que s'établisse une relation, une véritable rencontre.
Je limiterai les références et les auteurs ; occasionnellement, je mentionnerai des chercheurs et des philosophes qui m'ont beaucoup influencé ; je puiserai dans mes expériences et dans mes rencontres avec mes maîtres et mes étudiants afin d'instaurer des balises et un cadre de travail qui feront ressortir le constat personnel suivant.
Sans une communication relationnelle de grande qualité , les outils pédagogiques, même les meilleurs, qu'utilisent l'enseignant et le professeur, n'insuffleront jamais le désir d'apprendre et ne feront donc jamais naître l'espoir chez l'apprenant.
C'est ce que j'ai vécu tout au long de ma vie d'étudiant, principalement avec le professeur Henri Claustre de l'université des sciences de l'homme à Grenoble, entre 1985 et 1990.
À l'âge de 20 ans, à l'École normale, je lis l'ouvrage de Carl Rogers sur le développement de la personne : voilà mon premier credo pédagogique ! Dès lors, je m'intéresse au développement global de la personne sur les plans intellectuel, social, spirituel et physique, et plus spécifiquement à la qualité de la relation interpersonnelle entre l'élève et l'enseignant. En découvrant les voies de la communication et les modes d'appréhension de la réalité, j'aborde indirectement et empiriquement l'apprentissage lui-même ! Je comprends tout au long de ma carrière de professeur que l'amour du savoir seul est insuffisant pour favoriser le développement intégral de l'étudiant. Le savoir doit passer par l'expérience ; idéalement, il doit être appliqué et s'intégrer aux valeurs, aux attitudes et aux nouveaux comportements de la personnalité de l'apprenant.
Je ne peux me contenter du modèle dogmatique de l'enseignement centré sur le savoir pour le savoir. Je dois m'intéresser à l'histoire de l'autre, car l'apprenant est un être biopsychosocial, dont les facteurs externes et internes de sa vie culturelle influencent la qualité de sa présence, son attention et son investissement dans son processus d'apprentissage. Je développerai davantage les éléments de base de la pensée de Carl Rogers au chapitre 16, qui porte sur la congruence, la considération positive inconditionnelle et la compréhension empathique, mais en lien avec l'apprentissage.
Avertissement
À chacun ses chemins, ils nous inventent…
Je n'écris pas en maître. J'ai pris du recul pour mieux reconsidérer mes années d'enseignement, où j'ai été soit enseignant, soit pédagogue, soit éducateur, mais toujours un apprenant !
J'espère que cet ouvrage permettra à mes collègues et à mes étudiants d'hier et d'aujourd'hui de jeter un regard nouveau sur leur carrière, en considérant leurs forces et leurs limites, pour y découvrir le bonheur au quotidien ! Je ne veux pas comparer, juger et analyser des pratiques individuelles ; je veux tout simplement glorifier le métier, l'art, la science de l'enseignement, qui est une mission d'humanité ! À noter…
Les exemples de ce livre ont tous un fondement historique, mais les noms et certains détails ont été changés pour respecter la vie privée des personnes concernées. Ces exemples ont été colligés à partir de mon expérience familiale et professionnelle, ou à partir de conférences et de séminaires, où les intervenants nous partageaient des situations qu'ils avaient rendues anonymes.
Introduction
Dans un monde où tout évolue, où la permanence est une illusion, où rien n'est acquis pour de bon, est-ce que le jeune d'aujourd'hui reçoit de ses parents et de ses éducateurs, à l'école et à l'université, la confirmation de sa valeur en tant que personne ?
L'idéologie occidentale du prêt-à-porter et de l'instantané, de la beauté, de la santé physique et de la performance forge-t-elle aujourd'hui un robot humain, coupé de son centre, vivant en périphérie de lui-même ? Cette idéologie présente-t-elle à l'enfant et à l'ado un monde inaccessible, tellement demandant et exigeant que le simple fait d'être soi-même devient pour eux une tâche exceptionnelle, difficile à assumer ?
En m'inspirant d'André de Peretti 4 , je constate qu'en ce qui concerne les écoles et les universités, deux logiques s'opposent : une logique d'intellectualisme culturel et une logique de professionnalisation ; cette dernière s'établit en fonction des contraintes pesantes et rapidement changeantes de la civilisation. Ce contexte favorise-t-il, chez les enseignants et les professeurs, une nécessaire liberté qui leur permettrait de créer une troisième logique, celle de l'émergence des individus ?
Oui, une logique de l'ouverture qui favorise l'acquisition des savoirs afin que l'apprenant, mis sur notre route, prenne part à l'organisation sociale, et qu'il puisse s'autoconstruire en participant à l'autoconstruction des autres 5 . Voilà l'enseignement de l'espoir ! Cette autoconstruction est avant tout citoyenne et participative, et elle relève d'une pédagogie personnalisante.
Les modèles reçus des parents ne sont plus transférables. Ils étaient nombreux : Travaillerpourgagnersavie; Préparersonavenir; Fairedeseffortspuisquelesrésultatsviendront; Connaîtrelesuccèsauboutduchemin; S'investir maintenant afin d'avoir un bon métier, une bonne profession ; Récoltercequel'onasemé; Admettrequeriennes'obtientsanseffort; Réaliserqueletravailgarantitlesuccès; Terminersesétudesmaintenant; Nepastropattendre; Fonceretnepass'occuperdesautres; Sefixerdesobjectifsetoublierlereste.
Les métiers et les professions subissent actuellement de grandes mutations : les horaires sont de plus en plus flexibles, le travail s'effectue de la maison, du train, de l'avion, du bateau ; la nuit, le jour, les fins de semaine, lorsqu'on est en vacances, etc. L'apprentissage se fait tout au long de la vie et l'on prend sa retraite après 65 ans en Occident.
Le nombre accru d'écoles et de collèges privés et d'universités de haut niveau révèle une idéologie élitiste de performance et de compétition. La société sportive est aux prises avec toutes sortes de drogues. Pour plusieurs, on ne peut devenir quelqu'un dans la société sans miser sur la violence et la performance Un papa me disait dernièrement : « Notre fille est la meilleure à l'école d'ingénieurs, elle obtient les plus hautes notes. » Tout en étant fier de sa fille, il ne pouvait lui demander : « Sophie, es-tu heureuse dans ce que tu fais ? »
À travers l'enseignement des savoirs, du français aux mathématiques en passant par l'histoire, comment l'enfant peut-il découvrir sa valeur d'être au monde ? Comment peut-il dès aujourd'hui être regardé et reconnu comme étant une personne unique qui a des valeurs, et ainsi garder confiance en lui-même et en la vie, tout en demeurant digne ? Que faire aujourd'hui pour que les écoles, les collèges, les lycées et les universités enseignent l'espoir à l'apprenant, ce regard d'espérance qui mise d'abord et avant tout sur la conscience citoyenne d'appartenir à un groupe humain pour lequel l'apport de chacun est indispensable, et qui n'exclut pas pour autant le confort, l'argent, la notoriété et le pouvoir ? L'espoir s'enseigne dès l'entrée à la garderie et doit être enseigné toute la vie. Voilà pourquoi je m'intéresserai aux qualifications préalables qui permettent à l'enseignant et au pédagogue de devenir idéalement l'éducateur et le maître 6 dont les jeunes ont besoin aujourd'hui. Le maître 7 , en son sens général, est un être de passion qui sait que l'enseignement repose fondamentalement sur les rapports humains. Il aime profondément sa profession, qui est non seulement son gagne-pain, mais aussi sa raison d'être. Un étudiant 8 d'université, au sujet de son professeur, écrit un jour : « Cet enseignant s'adressait à nous non pas comme à des élèves mais comme à des êtres humains. Nous étions promus à l'existence. Nulle part on ne pouvait mieux sentir le pouvoir que possède l'homme de donner l'existence à l'homme par la manière de lui parler. »
Robert est un excellent enseignant de mathématiques au secondaire. Il se passionne pour sa matière et la maîtrise des concepts mathématiques est pour lui une seconde nature. Il ne peut imaginer qu'un élève soit incapable de comprendre ce qu'il enseigne. Peu enclin à comprendre comment l'apprentissage se structure chez l'apprenant, il ne croit pas important de s'ouvrir, pour l'instant, à cette dimension. Robert transmet un savoir ; il se considère comme un bon enseignant, à juste titre.
Suzanne, professeure de physique à l'université, vient d'assister à un exposé animé par un professeur de l'Université Laval 9 sur le socioconstructivisme, traitant principalement de la façon dont les savoirs se construisent dans le cerveau, par le biais de l'expérience. Suzanne facilite l'acte d'apprendre. Elle est une pédagogue. Elle connaît son sujet, l'expose et inclut d'autres savoirs pour s'adapter à son auditoire, mettant ainsi en place des dispositifs variés qui multiplient les voies d'accès à la connaissance.
Jeanne enseigne les sciences naturelles au primaire. Elle sait que l'enseignement repose avant tout sur les rapports humains. Jeanne connaît sa matière. Comme Dewey 10 le proposait, son enseignement s'appuie sur l'expérience du sujet. Elle connaît aussi les facteurs internes et externes qui peuvent améliorer la motivation à apprendre de ses élèves. Elle établit une fiche pour chacun d'eux. Jeanne est à la fois une éducatrice, une enseignante et une pédagogue 11 .
Les trois s'unifient dans la personne de Jeanne et n'entrent pas en compétition. Vous conviendrez avec moi que le but d'une carrière en enseignement est de devenir pédagogue, pour enfin être un éducateur. Dans notre mise en situation, Robert est un enseignant ; Suzanne, une pédagogue et Jeanne, une éducatrice. Il faut parfois parcourir une longue route pour passer de l'un à l'autre. Je compare cette évolution de la profession à l'escalade d'une montagne qui se fait par niveau ; il faut prendre des risques.
Dans toute carrière en enseignement, au primaire, au secondaire, au collège, au lycée et à l'université, l'enseignant devrait, à mon sens, tendre à devenir un éducateur, un maître. L'éducateur, à la fois enseignant et pédagogue, exerce un nouveau métier qui lui demande des compétences multiples. Marie-Louise Poeydomenge 12 précise :
« Il doit joindre à ses compétences disciplinaires traditionnelles des compétences didactiques, il doit savoir accompagner les élèves (compétences relationnelles), enfin il s'efforce d'articuler au mieux dans le moment présent, selon l'analyse qu'il fait de la situation, ces différentes « cordes », usant ainsi de son art de médiateur, lui-même enraciné dans la richesse de sa personne. »
Désormais, on doit tenir compte des affects dans le processus d'apprentissage, particulièrement à l'école, où l'exclusion des émotions, dans l'apprentissage, chez les élèves, contribue au développement d'un possible vécu pathologique chez eux. Les recherches en psychologie et en sciences cognitives révèlent que l'intellect procède d'une genèse et d'un développement qui ne sont pas eux-mêmes intellectuels mais pulsionnels. Et Jean-Daniel Rohart 13 ajoute : « Il ne saurait y avoir de savoir sans un désir de savoir, et ce désir est éveillé ou inhibé de manière affective. Autrement dit, pour rendre la transmission du savoir possible, il faut susciter un désir, et donc restaurer la place de la pulsion dans la démarche éducative. » Pour ceux qui s'étonnent de la prépondérance de l'affect, du monde personnel de l'enfant ou de l'adulte dans le processus de l'apprentissage, rassurons-les en développant une éthique personnaliste qui valorise la confiance en la personne, beaucoup plus qu'au système en place.
Tout au long de sa carrière, l'enseignant-professeur doit développer son propre modèle pédagogique à partir d'une prise de conscience de ce qu'est l'apprentissage et des attitudes requises chez lui pour que l'enseignement soit aussi un apprentissage. Car il faut bien le dire, hélas, il n'y a pas toujours apprentissage lorsqu'il y a enseignement ; celui qui pose l'acte d'enseigner doit être conscient des processus inhérents à l'apprentissage. C'est pourquoi j'ai souvent invité mes futurs enseignants et professeurs à se constituer une bibliothèque diversifiée sur les récentes découvertes en neuropsychologie et les nouveaux courants pédagogiques : behaviorisme, cognitivisme, humanisme.
Comme maître d'humanité, Socrate établissait un rapport humain entre l'âge et la personnalité de l'élève. L'enseignement devient le moyen, et l'éducation, la fin. Gusdorf 14 écrit : « Toute classe est une première classe ; toute leçon est un recommencement […] tout maître, quelle que soit sa spécialité, est d'abord un maître d'humanité. »
La majorité des pays de la planète ont maintenant inscrit l'éducation dans leur constitution en tant que valeur ou droit, sinon comme une obligation pour chaque enfant. Certains pays comptent malheureusement un taux d'analphabétisme important en raison de conditions politico-économiques ou culturelles particulières. En ce début de XXI e siècle, des enfants ne fréquentent pas encore l'école ; des milliers d'autres meurent chaque jour de malnutrition. On parle de pays émergents, de pays pauvres, de pays sous-développés. Et j'ajouterais à cette liste nos pays privilégiés d'Occident, qui ont des systèmes éducatifs dits très évolués, qui favorisent l'apprentissage et le devenir humain de nos jeunes, en vue d'en faire des citoyens honorables et responsables pour la relève de nos sociétés. Je me rappelle encore mes anciens directeurs d'école qui proclamaient ces grands idéaux de jadis — s'instruire pour son avenir, prendre la relève, apprendre pour gagner honorablement sa vie, etc.
L'apprenant d'aujourd'hui vit dans un autre monde ! La mondialisation des savoirs, l'établissement de périodes de vie, l'éducation continue, la polyvalence et les multiples carrières le placent devant un nouveau défi, celui d'être et de devenir un nouveau citoyen du monde.
Depuis la Renaissance, toutes sortes d'idéologies sur l'éducation ont vu le jour en fonction de courants politiques, industriels et culturels. L'Église a eu une grande influence sur la pédagogie. L'école a été le reflet de l'évolution des sociétés et des civilisations : discipline par punition, élèves en rangs, horaires inflexibles, regard et posture stoïques du maître, position du pupitre du maître, habillement, statut social et personnel, etc.
Même aujourd'hui, il est encore difficile de remplacer le mot discipline par les expressions « gestion de classe », « règles de conduite », « autonomisation de l'apprenant », etc. L'architecture des écoles a peu évolué depuis 50 ans ; on a même construit des écoles qui avaient l'allure de prisons en béton armé avec peu de fenêtres, et dont les cours de recréation ressemblaient à des stationnements vétustes ou abandonnés. Par contre, la toute nouvelle école SainteThérèse de l'Enfant-Jésus, à Dieppe, au Nouveau-Brunswick, sera une école verte, avec beaucoup de lumière. N'est-ce pas là une nouvelle tendance pour humaniser l'établissement, et surtout, éliminer les ombres, comme si la nouvelle architecture avait la vocation de laisser passer le savoir ? Le savoir n'est-il pas lumière ?
Depuis les années 1960, la pensée pédagogique s'est enrichie par le biais des recherches sur les plans cognitif et comportemental. Les nouveaux maîtres abandonnent la strappe, et amorcent un rapprochement, si ce n'est de façon relationnelle ou affective, du moins de façon physique, par la proximité des pupitres, du tableau et du maître, lequel descend de son piédestal pour être au même niveau que ses élèves ; par sa physionomie et son habillement, il devient graduellement un humain capable de sourire, de parler de lui et d'être attentif au vécu de ses élèves.
On ne parle pas encore d'apprenant ; les débuts de l'année scolaire, du moins en Acadie dans les années 1960, passent encore par l'appel des élèves en rangs. Le groupe l'emporte au profit de l'individualité, de l'unicité de l'élève. Les gauchers vont devenir des droitiers, les plus grands seront placés à l'arrière de la classe, et les plus petits à l'avant, ceux qui ne voient pas se rapprochent du tableau ; il y a un pupitre tout près du maître pour celui qui a de la difficulté ou qui est bruyant. On n'a pas encore inclus, dans les classes, des élèves à besoins spéciaux, un phénomène de la fin du XX e siècle.
À cette époque, l'école est une obligation dans le vrai sens du mot. On est obligé d'apprendre, et si le maître a donné une consigne de réprimande, lorsque l'apprenant est de retour à la maison, les parents la font exécuter ! On va à l'école pour apprendre, pour prendre la relève et la gouverne de la société. J'allais oublier… On catégorise beaucoup, et malheureusement, encore aujourd'hui : on distingue celui qui est capable d'apprendre de celui qui en est incapable, l'intelligent du non-intelligent, celui qui a de la difficulté de l'autre, qui n'en a pas, celui qui vient d'un milieu aisé de l'autre. On se fie alors à l'habillement des apprenants. L'élite est intelligente, la classe moyenne, moins. Quand il y avait beaucoup trop d'élèves, on devait ajouter des roulottes, ou surpeupler les classes. On ne se préoccupait pas du ratio élèves/maître 15 , puisque la norme, c'était un groupe comptant ceux qui sont intelligents, ceux qui sont dans la moyenne, et les autres, ceux qu'on appelle les cancres, qu'on essaie d'endurer.
Certes, je caricature ces sociétés occidentales de la deuxième moitié du XX e siècle. Pourtant, des relents de ces idéologies sont encore présents dans nos systèmes aujourd'hui.
J'ai connu personnellement ce grand bouleversement en éducation, qui ressemblait au passage du Moyen Âge à la Renaissance. Je me rappellerai toujours que j'ai doublé ma dixième année académique parce que j'avais raté l'une des quatre questions de mon examen de physique. Je n'étais pas assez intelligent, disait-on, pour faire le cours académique ; on me propose alors de faire le cours commercial. Or, maintenant que j'ai pris un certain recul, je sais que c'était le parcours qu'il me fallait suivre. À partir de ce moment, j'aurai toute ma vie une grande soif d'apprendre et j'ouvrirai mon esprit à tout ce qui peut faire grandir l'être humain, tant sur le plan personnel que spirituel. Je crois qu'à cette époque, l'école ne pouvait favoriser mon épanouissement, éveiller mes potentialités. Mes enseignants étaient plutôt concernés par le savoir que par la personne, ce qui ne correspondait pas à mes besoins, à mon ouverture sur le monde. J'avais déjà tout lu la première encyclopédie de la jeunesse que notre père nous avait achetée. Je vois encore ces beaux livres à couverture bleue… J'en ai même gardé un tome !
Mes enseignants étaient de bonnes personnes qui avaient le souci de bien nous montrer les choses ; les classes débordaient d'élèves et ils ont fait de leur mieux. La culture éducative mettait l'accent sur l'éducation par la discipline et non sur l'éducation par la relation. Les conditions sociales et démographiques ne pouvaient favoriser l'inclusion de chacun ; c'était l'époque du contrôle des groupes-classes.
Une de mes enseignantes m'a un jour offert un rôle dans une pièce de théâtre ; c'est à ce moment-là que j'ai découvert le comédien qui dormait en moi. Tout comme le théâtre, la chorale et les danses folkloriques ont été des moyens d'expression dont ma personnalité avait grandement besoin.
Enfin, aujourd'hui, dans un monde cyber-informatisé, la relation éducative réussira-t-elle à briser l'isolement et la solitude dans lesquels nos jeunes sont plongés ? Ils s'écrivent et s'écoutent, croyant communiquer grâce à une technique sophistiquée mais ils s'excluent eux-mêmes, à leur insu, de la véritable relation personnelle, qui seule permet à l'être humain de devenir qui il est réellement...
Chapitre 1
La genèse de ma vocation
Y-a-t-il un terrain propice pour mettre au monde une vocation, une carrière, une profession ? Est-ce que les adultes mis sur notre route ont été des modèles à suivre ? Ont-ils influencé le parcours que nous avons emprunté ? Les circonstances culturelles, géographiques et historiques de chacun balisent-elles notre parcours, afin que nous entrions dans notre propre agir essentiel ? Je vais tenter de répondre à ces questions en vous racontant la genèse de ma vocation d'éducateur.
J'écris sur mon enfance, sur les écoles que j'ai fréquentées pour prendre conscience des prémices de ma vocation, celle de l'enseignement, et de les intégrer. Je crois que le lieu où j'ai vécu, ainsi que mes parents, mes grands-parents, et spécialement ma grand-mère paternelle, ont coloré les premières années de mon existence et m'ont préparé à faire un choix de carrière très tôt dans la vie.
La première école que je fréquente est celle de mon Acadie à la Baie-du-Petit-Pokemouche, au début des années 1950. Un oncle séminariste en soutane nous visite à l'occasion et prend le temps de nous faire lire, en anglais, des bandes dessinées. L'attention qu'il accorde à mes frères et à moi me touche beaucoup et je me sens important. Comme toutes les femmes de sont époque, ma mère besogne à la maison ; de son côté, mon père travaille à l'extérieur : il pêche, travaille dans une tourbière ou encore à l'usine de poissons de mon oncle.
L'exemple de mes parents, qui travaillent sans relâche, m'influence et m'incite à travailler, à faire des efforts, à m'investir, à me dépasser et à persévérer. Chaque soir, lors du chapelet en famille, maman prend un peu de temps pour prier la Vierge Marie, patronne des Acadiens, afin qu'elle veille sur ma tante missionnaire qui vit à Rome et qui a quitté mon village avant ma naissance. Chaque fois que maman et papa reçoivent l'une de ses lettres venant de Rome ou de Jérusalem, mon imagination recrée ces pays, ces espaces et ces gens avec lesquels vit ma tante. Je souhaite tant connaître d'autre pays, d'autres peuples. Je lui rendrai finalement visite en 1973.
La seule encyclopédie achetée par papa pour mes 11 frères et sœurs me permet de rêver et de laisser aller mon imagination. Dans ces moments-là germe en moi l'idée de devenir missionnaire 16 . Vers l'âge de six ans, maman m'inscrit comme enfant de chœur à la paroisse de ma ville natale, Shippagan. Les religieuses de Jésus-Marie m'initient au service de l'eucharistie, ce que je ferai pendant presque 15 ans au couvent et à l'église paroissiale. J'ai environ 11 ans et ce ministère me procure de grandes joies. Le matin, je me lève tôt et je me rends au village avec mon oncle afin d'aller servir la messe au couvent. Je me dirige ensuite vers l'école, où j'attends, seul, le début des classes. J'observe les enseignants qui arrivent à pied à l'école, les voitures étant peu nombreuses à cette époque. La cloche annonce les moments programmés de toute notre journée à l'école : cours, visite aux toilettes, récréations, cours, etc. Mais que dire des moments imprévus, c'est-à-dire les pièces de théâtre, et les fameuses tempêtes de neige ! Tous ces fragments de vie colorent mon enfance.
Je revois le regard plein de bonté du vicaire de l'époque, je me souviens de son sens de l'humour ; je m'imprègne du mystère qui entoure l'autel, dans la chapelle des religieuses ; je suis saisi par quelque chose qui échappe à l'enfant que je suis. À pas feutrés, les religieuses s'installent dans les bancs ; il m'arrive de croiser le regard de celle qui m'a enseigné en première et en deuxième année. L'odeur des fougères, de l'encens et des chandelles me transporte dans un monde céleste, tandis qu'une joie profonde m'habite. Je suis en territoire sacralisé. L'absolu fait déjà partie intégrante de ma personnalité.
La lecture de la vie de saint François d'Assise est un moment particulier de ma vie : l'image du prêtre qui pardonne les péchés au confessionnal me parle beaucoup et me suivra longtemps. Il y a tant de beauté dans cette image, alors que l'un écoute et l'autre parle ; le regard plein de tendresse du prêtre, penché vers le grillage du confessionnal, m'émeut profondément. Aujourd'hui, cette image prend tout son sens, car la présence, l'écoute 17 , l'attention à l'autre et à mes étudiants, caractérisent toutes les activités-tâches de ma longue carrière.
Mon enfance et mon adolescence sont bercées par la mer, les prés, la forêt, les odeurs des saisons, le temps des foins et la récolte des patates. Je suis le cinquième d'une famille de 11 enfants ; très tôt, chacun se voit confier un travail précis sur la ferme.
L'image de ma jeune sœur paralytique m'intrigue et me pousse à me poser des questions : « Maman, pourquoi ne marche-t-elle pas ? » « Pourquoi sa tête tombe-t-elle d'un côté et de l'autre ? » « Pourquoi notre sœur ne dit-elle que quelques mots ? » C'est le jeune garçon de cinq, sept et neuf ans qui s'interroge sur la différence. Cinquante ans plus tard, à l'université, je ne m'étonne pas d'enseigner le cours pour élèves en difficulté, car très jeune, je suis allé à cette école. Notre carrière d'adulte estelle le fruit de toutes nos expériences positives et négatives, de nos bonheurs et de nos malheurs, vécus dans l'enfance et l'adolescence ? Se peut-il que tout se tienne, que rien ne se perde, que tout ait un sens, les malheurs comme les bonheurs ? Qu'en pensez-vous ?
Assis à la table de la cuisine, mes frères font leur devoir. Maman est en train de faire la vaisselle, et elle nous aide à bien épeler et à bien prononcer les mots du speller, une sorte de liste de mots anglais. J'aime la dynamique autour de la table, car j'aide mes frères !
Très tôt, dans ma chambre, j'ai mon bureau, avec mes dictionnaires, mes crayons et mes feuilles de papier. Je me sens bien dans l'univers des mots, et je suis avide d'apprendre, même s'il me faut faire beaucoup plus d'effort que mon frère aîné David, qui réussit mieux que moi, sans étudier.
Ma grand-mère maternelle a fait ses études dans un collège pour jeunes filles dans le comté de Kent. Mon grandpère, Olivier Roussel, et ma grand-mère, se sont installés à Le Goulet, où celle-ci a enseigné. Du côté paternel, je réalise que l'éducation n'est pas moins importante : trois de mes tantes sont religieuses et deux de mes oncles fréquentent le séminaire. À la maison, mes parents encouragent la lecture, nous recevons et lisons assidûment Le Bulletin des agriculteurs et le journal L'Évangéline.
Mes premières années d'études, au Couvent de Jésus-Marie à Shippagan, sont déterminantes pour ma carrière d'enseignant ; je suis marqué par les stratégies pédagogiques qu'utilisent les religieuses. En première année, je m'ennuie de mon petit frère David… La religieuse va le chercher et l'installe dans ma classe ! En deuxième année, nous sommes impressionnés par l'avion accroché au plafond de notre classe et que nous faisons avancer en fonction de nos progrès hebdomadaires. Les religieuses utilisent beaucoup d'autres renforcements comme les étoiles, les collants, les remarques écrites, les sourires, le tableau à effacer, les commissions et les services à rendre, pour notre plus grande joie ! Je me sens très tôt accueilli de façon inconditionnelle, respecté et écouté. À cette époque, les courants humanistes et behavioristes font lentement leur entrée dans les écoles. Au secondaire, nous apprenons le savoir-vivre en société, une sorte de livre traitant d'éthique, que la professeure de français juge bon de nous faire connaître.
Dans ma famille, les modèles d'aventuriers, hommes et femmes, qui ne se laissent pas arrêter par leur âge dans la poursuite de leurs projets, ont une grande influence sur moi : une grand-mère prend l'autobus à l'âge de 75 ans pour se rendre chez ses filles aux États-Unis, un oncle de 90 ans part pour Montréal avec son camion, une arrière-grand-tante conduit son automobile de la Floride jusqu'en Acadie, tante Édna Hébert vit à Rome et à Jérusalem.
À mesure que le monde de l'enseignement évolue, ma carrière d'enseignant et ma vie personnelle se transforment. Je deviens plus mature, pour ne pas dire que je vieillis, et je dois faire face à de nouveaux défis. J'ai un grand besoin de me connaître et de comprendre mon monde intérieur. J'entreprends un long processus d'enfantement personnel, un processus de nouvelle naissance car je souhaite me défaire d'amarres et de liens personnels. Ma première rencontre, mon premier face à face avec moi-même, a lieu lorsque je rencontre le père Raymond Bujold au Centre de ressourcement de Bathurst. Je me souviens alors que mon professeur, Michel Philibert, m'avait dit un jour : « tu auras à désapprendre ce qu'on t'a appris, pour t'approprier ce dont tu as besoin aujourd'hui pour vivre ta vie ». Aujourd'hui, je me dis que l'université n'a pas pu toute seule me préparer à la vocation d'éducateur et de maître ; je le dis sans prétention, enseigner, c'est quelque chose qui m'anime depuis très longtemps.
J'ai rencontré des maîtres à penser dont Henri Claustre, Hélène Reboul, Michel Philibert, Henri Laborit, Françoise Dolto, Guy Avanzini, Charles Hadji, André Rochais, docteur Peterson, docteur Langomo, Paul Chaudard et tant d'autres. Grâce à eux, je réalise que, pour avoir accès à mon être profond, je dois me délester de bien des couches, et de bien des pelures, comme on pèle un oignon ! Ces couches 18 , ce sont mes peurs, mes préjugés, mon surmoi, mon ego. Je dois me débarrasser de ces faux maîtres, qui me disent le contraire de ce que je veux entendre. Je fréquente beaucoup d'instituts et de centres de formation pour être libre d'être et d'agir et pour enfin vivre ma vie telle que je l'entends.
L'éducation reçue de mes parents m'a donné certaines bases et je dois cultiver mon jardin chaque jour et cela, toute ma vie. C'est pourquoi l'apprentissage, pour l'éveil de soi, pour avoir plus de liberté et plus d'autonomie, est un projet de vie qui commence à la garderie et se poursuit toute la vie ! L'être humain entre dans la vie chaque matin, et il influence son existence grâce à sa personnalité consciente et aux couches inconscientes de son être qui lui proposent, suggèrent ou imposent des comportements, des regards, des attitudes, des pensées et des paroles, dont il n'a pas souvent la parfaite maîtrise. Qui n'a pas dit un jour : comment ai-je réagi ? Ou encore : qu'est-ce qui a déclenché en moi une telle peine, une telle colère ? Pourquoi n'ai-je pas réagi tout de suite ? Après réflexion, nous trouvons les réponses que nous cherchons. Je dois alors trouver le courage de me ressaisir, d'aller voir les personnes concernées, quand cela est possible, pour ajuster mes interventions ou modifier mes intentions. La vraie liberté n'est jamais acquise parfaitement. Elle est toujours à conquérir.
Voilà la route de l'éducateur, du maître. C'est ma route, mon chemin de vie. Si tu as choisi cette route en fonction de tout ce que tu es depuis des années, ou si c'est ton projet de vie actuellement, tu sais comme moi que ta soif d'apprendre ne sera jamais étanchée, malgré toutes tes connaissances acquises sur l'être humain, sur les matières enseignées et sur le monde. Une bibliothèque bien garnie est notre meilleur allié ! Mais quelle joie et quel bonheur d'être éducateur, d'être maître !
Chapitre 2
Dès que les enseignants commencent à traiter quelqu'un en bon élève, il le devient
Lors de chaque début d'année universitaire, je souhaite la bienvenue à mes étudiants et je leur dis que c'est un privilège de travailler avec eux. Je les informe de mon parcours d'enseignant et promets de les accompagner dans leur processus d'apprenant, ce qui inclut leurs projets, leur questionnement, leurs peurs, leurs espérances et même leurs errances…
Je leur résume mon parcours : en neuvième année, j'ai 32 de moyenne à Noël. À la demande de mon enseignante, ma mère se rend à l'école pour la rencontrer et recevoir mon bulletin. J'ai 15 ans, en plein cœur des bouleversements pubertaires. Je suis le clown qui veut attirer l'attention de mes amis par les plaisanteries. L'éducation reçue de mes parents, faite de respect et de bonnes valeurs, m'interdit les mauvaises paroles à l'endroit de mes enseignants et enseignantes, que j'aime beaucoup. Je suis étiqueté comme non intelligent, et je le crois ! En 1952, quand j'entre à l'école, qu'est-ce qu'être intelligent, sinon apprendre par cœur facilement, savoir ses tables de calcul, bien écrire le français et être bon en mathématiques ? Nous sommes encore très loin de la reconnaissance des capacités et des intérêts de l'élève d'aujourd'hui, reconnaissance acquise grâce à nos connaissances sur le plan cognitif, et qui permet de définir l'apprentissage ainsi : « Apprendre, c'est stabiliser des combinaisons synaptiques préétablies. C'est aussi éliminer les autres. »
Au primaire, je suis un étudiant dans la moyenne. En raison de mes origines maternelles de Le Goulet et de mes origines paternelles du Petit-Pokemouche, j'entends souvent la rengaine « Y a pas grand-chose de bon qui peut sortir de là ! » Cette étiquette, j'y crois dur comme fer.
Je double ma dixième année : je ne me sens pas bien avec mon enseignant et j'en ai peur ; je me laisse convaincre d'opter pour le cours commercial ; opter est un bien grand mot. On ne me donne pas le choix car quelqu'un décide à ma place. Les trois voies possibles qui s'ouvrent aux étudiants sont : le cours académique pour les intelligents, le cours commercial pour les moins capables, et le cours industriel pour ceux qui ne peuvent pas faire de grandes études. Quelle aberration, n'est-ce pas ?

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