Fuites mineures FUITES MINEURES
82 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Fuites mineures FUITES MINEURES

-

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus
82 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Description

Cri. Mineur. Fuite. Course. Fougue.
Des jeunes se lancent sur la route, fuyant le monde dessiné pour eux. Ils se perdent dans les bois, inondent les rues et les partys. Ils courent leur révolte, crient leur camaraderie. Fuites mineures est un chant sauvage qui éclate frontières et horizons. Une aventure où priment le corps, l'oral et l'instinct. Avec ce récit fougueux, une voix s'affirme. Un Mahigan à son meilleur.
"J’étais devenu majeur et pas juste sur papier non, dans ma tête aussi le mineur il s’enfuyait il me quittait le mineur. Et j’avais beau aller à Montréal et j’avais beau frencher et j’avais beau faire plus, et prendre encore du mush des fois et faire des voyages et aller dans des nouvelles villes, et essayer de me perdre par toutes les façons j’avais beau j’avais beau, il y avait plus autant l’excès et plus autant la fougue et plus autant la vitesse, je l’ai jamais retrouvée l’intensité la grande grande intensité l’immense puissance mineure, comme quand on tripait dans un show et qu’on disait C’est puissant et qu’on disait C’est violent et qu’on disait Ça arrache, je l’ai jamais retrouvée cette jouissance-là à part des fois en écrivant et c’est pourquoi ces fuites. Et ça me vient d’abord c’est un nom deux noms trois noms et puis c’est une phrase deux phrases trois phrases et puis ça me tourne dans la tête et puis ça accélère et ça passe et ça repasse et je peux plus les arrêter ça court ça court ça fuit ça fuit ça fuit Au et Ré je les avais rencontrés dans le cabanon à Lyse."

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 23 septembre 2014
Nombre de lectures 1
EAN13 9782897122553
Langue Français
Poids de l'ouvrage 5 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0022€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Mahigan Lepage
FUITES MINEURES
Récit
Mise en page : Virginie Turcotte
Maquette de couverture : Étienne Bienvenu
Dépôt légal : 3 e trimestre 2014
© Éditions Mémoire d’encrier


Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada
Lepage, Mahigan, 1980-
Fuites mineures
(Roman)
ISBN 978-2-89712-254-6 (Papier)
ISBN 978-2-89712-256-0 (PDF)
ISBN 978-2-89712-255-3 (ePub)
I. Titre.
PS8623.E618F84 2014 C843'.6 C2014-941568-0 PS9623.E618F84 2014


Nous reconnaissons, pour nos activités d’édition, l’aide financière du Gouvernement du Canada par l’entremise du Conseil des Arts du Canada et du Fonds du livre du Canada.
Nous reconnaissons également l’aide financière du Gouvernement du Québec par le Programme de crédit d’impôt pour l’édition de livres, Gestion Sodec.


Mémoire d’encrier
1260, rue Bélanger, bureau 201
Montréal, Québec,
H2S 1H9
Tél. : (514) 989-1491
Téléc. : (514) 928-9217
info@memoiredencrier.com
www.memoiredencrier.com


Réalisation du fichier ePub : Éditions Prise de parole
Du même auteur
Coulées , Mémoire d’encrier, 2012.
Vers l’Ouest , Mémoire d’encrier, 2011.
Relief , Noroît, 2011.
La science des lichens , Publie.net, 2011.
Carnets du Népal , Publie.net, 2008.

Site Internet de l’auteur
www.mahigan.ca
aux camarades de fuite
l’histoire qui est racontée sans autre raison que la camaraderie, qui est une autre définition (et ma préférée) de la littérature

Jack Kerouac
A. À l’ouest
1 Et la première fois le premier french
2 Je l’avais rencontré à l’école Peanut
3 Et puis une fois rien qu’une fois on avait été dans le bois
4 C’était une fille de Sainte-Marthe-sur-le-Lac elle s’appelait So

B. À la ville
5 Alors je décidais d’aller tout seul à Ottawa
6 On appelait ça monter à Québec
7 Et puis on montait à Montréal et on descendait à Montréal aussi

C. À l’est
8 Doum c’était le premier ami à Rimouski Doum
9 Cette fille-là elle s’appelait Mé c’était un phénomène cette fille-là
10 Il y avait un groupe c’était GrimSkunk on l’aimait ce groupe-là
11 Cette fois-là je m’étais fait prendre j’avais volé
12 Au et Ré je les avais rencontrés dans le cabanon à Lyse
A
À L’OUEST
1
Et la première fois le premier french c’était à Thurso j’avais treize ans. C’était avec une fille elle s’appelait Stèf je pense je suis plus sûr j’ai oublié. C’était la blonde d’un ami Stèf je lui avais piquée je le referais encore. Cet ami-là est-ce que c’était vraiment un ami je sais pas, je me tenais avec lui il venait chez moi j’allais chez lui j’étais tellement seul. On allait à l’école à Thurso ensemble et souvent après l’école j’allais chez lui. J’habitais sur la ferme de mon père dans les terres alors j’avais le choix, soit je prenais l’autobus et je passais la soirée seul à la maison seul dans ma chambre, soit je restais chez un ami à Thurso j’en avais deux des amis. Il y avait celui-là il s’appelait Jo il était hyperactif c’était pas un mauvais gars mais on avait rien à se dire rien en commun. J’allais chez lui on buvait un Coke sa mère nous faisait frire des pogos on mangeait assis sur des tabourets devant l’îlot de la cuisine, et puis après on allait se promener en bicyque ou bien on se baignait dans sa piscine et quand il buvait trop de Coke Jo ou quand il mangeait trop de sucre il devenait insupportable le Jo, une fois il s’était mis à me lancer du Coke dessus je l’aurais égorgé. Il clignait des yeux compulsivement Jo tout le temps il clignait des yeux et il s’étirait le cou il était traversé de tics nerveux, il était pas intelligent Jo c’était pas un mauvais gars.
Donc il y avait lui Jo et puis il y avait Dédé avec lui je m’entendais mieux même si on partageait pas grand-chose non plus Dédé et moi mais il était gentil Dédé et il était pas hyperactif et il se posait quand même deux-trois questions sur le monde, des fois il disait T’es-tu déjà demandé comment ça se fait et puis il me disait une réflexion qu’il s’était faite, c’était pas la mer à boire sa réflexion c’était pas de la grande philo mais au moins il se posait des questions Dédé et moi aussi même si la plupart du temps je les gardais pour moi. Et quand j’allais chez Dédé c’était dans un petit bloc appartements derrière l’école sa mère les élevait seule lui et son frère elle était secrétaire, on s’assoyait dans la cuisine et elle nous servait du macaroni au jus de tomate et du pain blanc avec de la margarine dessus et j’aimais ça j’aimais beaucoup ça ce genre de bouffe pas santé et les Jos. Louis aussi parce que chez nous on en avait jamais, pas de pogos et pas de pain blanc et pas de Coke et pas de Jos. Louis, c’était toujours de la viande et des légumes et de la bouffe santé toujours chez nous. On mangeait notre macaroni au jus de tomate avec du pain blanc beurré de margarine et puis après on allait s’asseoir devant la télé et on regardait le hockey ou bien on jouait au hockey sur le Playstation y avait rien d’autre que le hockey pour Dédé, et pourtant il jouait pas au hockey pour vrai Dédé, moi je jouais au hockey pour vrai j’ai joué une année ou deux à Thurso et puis j’ai arrêté j’aimais pas ça le hockey c’était trop dur trop violent. Thurso c’était une ville de hockey, Guy Lafleur il venait d’ici et tout le monde en était fier et l’aréna il s’appelait Guy Lafleur et une fois je l’ai vu Guy Lafleur il était venu faire la mise au jeu officielle de notre tournoi de hockey et il était venu à l’enterrement de son père et je lui avais serré la main et il était très gentil très souriant Guy Lafleur. Mais c’est peut-être pas pour ça que Dédé il faisait rien que regarder le hockey et jouer au hockey sur Playstation et collectionner les cartes de hockey, ç’avait peut-être aucun rapport avec Guy Lafleur, des flos comme ça il y en a partout à travers le Québec et le Canada et les States, c’est peut-être juste parce qu’il s’ennuyait qu’il faisait ça Dédé, peut-être juste parce qu’on s’ennuyait qu’on faisait tous ça les flos, regarder le hockey et jouer aux jeux vidéo et collectionner les cartes de hockey, parce qu’on s’ennuyait et qu’on avait besoin de symboles plus tard ça serait le pot mais pas encore j’avais treize ans le pot j’avais juste essayé une fois.
Et voilà c’est tout Jo et Dédé c’était les seuls amis que j’avais à Thurso, oh oui oui O.K. peut-être j’avais des chums d’école, on était tous plus ou moins amis et pas amis à l’école, il y avait un bollé comme moi il s’appelait Guillaume les bollés ils s’appellent souvent Guillaume je l’aimais bien, et puis il y avait un gars Maxime je suis allé chez lui une fois et lui chez moi une autre fois, mais Jo et Dédé je suis allé chez eux des dizaines et des dizaines de fois, et eux sont venus chez moi une couple de fois moins souvent que moi chez eux parce que j’habitais en campagne il y avait rien à faire chez nous et j’avais pas de Playstation et pas le câble et pas de Jos. Louis rien de vraiment intéressant à part peut-être les bisons de mon père mais on se tannait vite. Alors souvent les soirs de semaine et la fin de semaine j’allais chez Jo ou j’allais chez Dédé et on faisait des choses ensemble. D’habitude on faisait rien de bien intéressant on regardait le hockey et les nouvelles du sport et nos cartes de hockey ou on se promenait en bicyque on croisait d’autres jeunes dans le village on allait à l’aréna ce genre de choses. Mais cette fois-là cette fin de semaine-là Jo il avait une blonde il m’avait dit Je sors avec Stèf si tu veux tu peux venir on va aller chez son amie Mart . Et moi j’étais jaloux qu’il ait une blonde et pas moi mais j’avais rien de mieux à faire de toute façon alors j’avais dit O.K. et on avait marché ensemble dans le village et on avait retrouvé sa blonde et on était allés chez Mart que je connaissais un peu pas beaucoup. Sa blonde elle venait pas de Thurso elle venait de Papineauville elle avait pas une bonne réputation elle avait juste treize quatorze ans mais tout le monde en parlait comme d’une salope on disait qu’elle fourrait et qu’elle changeait de gars tout le temps et ce genre de choses c’est comme ça que les gars parlaient des filles comme Stèf c’était pas doux. Et Jo il le savait et il les disait lui aussi ces choses-là mais il s’en crissait il était tout fier tout content d’avoir une blonde le Jo. Et pendant qu’on marchait dans les rues pour aller chez Mart ils se tenaient par la main Jo et Stèf, et moi j’étais tout jaloux j’avais jamais tenu une fille par la main moi jamais frenché jamais rien fait et j’aurais voulu moi aussi. On est arrivés chez Mart chez les parents de Mart mais les parents ils étaient pas là alors on avait la maison pour nous autres tout seuls. C’était une maison sur la rue qui descend vers la rivière vers le ferry une maison pauvre. Et c’était Thurso la ville avec l’usine de pâtes et papiers la ville où ça pue tout le temps alors ça puait c’était Thurso. Et Mart elle était maigre peut-être qu’elle mangeait pas assez je sais pas en tout cas elle était maigre et toute pâlotte Mart. Et on avait traîné dans le cabanon derrière la maison, Mart en avait fait une sorte de refuge un boudoir mais on aurait pas dit boudoir plutôt une shed une cabane où c’est qu’elle allait pour être seule et inviter ses amis des fois. Puis après on était rentrés dans la maison on s’était installés sur le sofa pour regarder un film. Et moi tout ce temps-là je regardais Stèf et je regardais Jo, je regardais Jo et Stèf mais je regardais surtout Stèf, elle était déjà développée cette fille elle avait des seins et elle avait des hanches et elle avait la peau foncée et elle avait les cheveux très très noirs, je pense qu’elle devait avoir du sang indien cette fille-là elle était racée à souhait je la trouvais belle j’étais jaloux. Elle portait du rouge à lèvres aussi et elle avait dû se rendre compte que je la matais Stèf. J’aurais pu regarder Mart j’aurais pu essayer de me rapprocher de Mart mais j’y ai même pas pensé qu’on aurait pu être ensemble avec Mart, que ça aurait été normal qu’on se pogne Mart et moi ç’aurait fait deux couples deux couples d’amis Jo et Stèf et puis Mart et moi. Pour moi la fille qui frenche et la fille qu’on peut toucher c’était Stèf parce que je la voyais devant moi qui frenchait mon ami Jo et qui se laissait toucher par mon ami Jo qui était peut-être pas vraiment mon ami mais quand même. Et Mart elle était pas laide elle était même mignonne je pense bien, elle avait des cheveux châtains frisés et un visage fin elle était pas laide Mart mais elle était maigre et sèche elle avait pas de seins. Et puis elle me regardait pas Mart elle devait être gênée, elle me regardait pas Mart alors que Stèf me regardait, elle voyait que je la matais Stèf et elle me jetait des regards, elle avait du rouge à lèvres et du mascara et du maquillage noir autour des yeux et elle me lançait de ces regards à travers ses contours noirs et ses cils mascara.
Et pendant le film Stèf et moi on était assis un à côté de l’autre au milieu du sofa, c’était un vieux sofa brun comme on en voit d’habitude dans les sous-sols de banlieue mais là c’était pas le sous-sol c’était le salon, on était assis au milieu du sofa brun Stèf et moi, et à un bout de mon côté il y avait Mart et à l’autre bout du côté de Stèf il y avait Jo. Et Mart avait apporté une couverte et Stèf et moi on s’était abrillés avec la couverte, elle était pas assez grande pour nous quatre la couverte, du coup il y avait seulement Stèf et moi qui étaient sous la couverte. Alors Stèf elle était entre Jo et moi, et Jo c’était son chum depuis quelques jours elle sortait avec lui c’était mon ami. Et Jo il lui prenait la main droite à Stèf pendant qu’on regardait le film, il lui prenait la main droite et il lui caressait la main droite. Et le film était commencé et pendant ce temps-là Stèf et moi on se rapprochait en dessous de la couverte on se rapprochait, on se collait les cuisses de plus en plus près et on s’effleurait les mains tout doucement ce genre de choses. Et c’est elle je pense qui m’a pris la main la première, elle était dégourdie la Stèf et elle m’a pris la main droite avec sa main gauche en dessous de la couverture, tout ça pendant que son chum mon ami lui tenait et lui caressait la main droite en dehors de la couverte, et à l’autre bout du sofa il y avait Mart qui se doutait de rien et qui faisait rien et qui se rapprochait pas de moi. Et on a regardé le film comme ça Stèf et moi, en se caressant sous la couverte, pendant qu’elle elle donnait aussi son autre main à Jo au-dessus de la couverte. Et pour moi c’était la fin du monde j’étais excité excité tellement excité c’était la fin du monde. Et je sais plus comment ça se fait comment ça s’est passé mais après le film Jo et Mart sont sortis sont partis et nous ont laissés seuls Stèf et moi seuls dans la maison. Ils savaient pas ce qui s’était passé sous la couverte non, ils savaient pas encore je sais plus pourquoi ils sont sortis Jo et Mart. Peut-être que Mart a dit Je vais aller me chercher un Popsicle au dépanneur y a-tu quelqu’un qui en veut un? et que Stèf a répondu Oui j’en veux un Jo s’ il te pla ît va-z’y avec Mart rapporte-moi z’en un un rouge , je sais plus comment ça s’est passé mais je me rappelle et je me rappelle très bien je me rappelle tellement que Stèf et moi on s’est retrouvés seuls dans la maison et qu’on est allés dans la chambre et qu’on s’est couchés sur le lit et qu’on s’est frenchés Stèf et moi on s’est frenchés oui frenchés. On s’est pas embrassés non non non, on s’est frenchés c’est pas pareil on s’est frenchés vraiment frenchés oui frenchés, Stèf elle était dégourdie et elle a tout de suite sorti la langue et pour moi c’était encore plus la fin du monde. J’étais excité excité tellement excité c’était la fin du monde et je pensais pas pantoute à mon ami ou pas-vraiment-ami je pensais plus à Jo, je pensais pas pantoute que j’étais en train de le trahir ou ce genre de choses je pensais pas pantoute à lui.
Et ils sont revenus Jo et Mart ils sont revenus du dépanneur ou de je sais plus où et on est partis et on a traîné dans le village et je me rappelle plus où on est allés et comment, je me rappelle juste qu’à un moment donné c’était la même journée plus tard la même journée j’étais en bicyque Jo était plus là et Stèf s’est avancée vers moi et elle m’a dit Mart veut sortir avec toi elle m’ a dit de te le demander dis non O.K.? et moi j’ai fait comme elle m’a dit, c’est sûr que j’ai fait comme elle m’a dit, j’ai dit Non et un peu plus tard je me rappelle aussi on était dans la cour de l’école on traînait là y avait Stèf et y avait Mart et Mart avait le cul posé sur une marche de béton et elle regardait par terre et elle disait Je sais tout je sais tout je sais tout. Et je me rappelle aussi plus tard pas le même jour je pense que c’était le lendemain ou le jour après, je me rappelle Jo qui me disait Je m’en crisse je m’en crisse je m’ en crisse il savait maintenant, il disait Je m’en crisse je m’en crisse je m’ en crisse mais en fait il s’en crissait pas pantoute et on s’est chicanés lui et moi il m’a dit des conneries il m’a dit Tu viens chez nous juste pour manger et comme je connaissais Jo je savais que cette phrase-là elle pouvait pas venir de lui, je savais qu’elle devait venir de ses parents cette phrase et je savais qu’elle venait de sa mère qui était toujours désagréable avec moi et qui devait compter les pogos qu’elle me donnait quand j’allais chez Jo le soir et la fin de semaine parce que j’habitais loin en campagne et que je mangeais là et je dormais là souvent. Il s’en crissait pas Jo et même qu’il a essayé de monter Dédé contre moi en lui disant Il va chez vous rien que pour manger mais heureusement Dédé il l’a pas écouté et il m’a juste dit Je suis de ton bord et Dédé et moi on s’est jamais vraiment chicanés.
Et puis et puis j’ai sorti avec Stèf pendant quoi, deux-trois semaines. On se parlait au téléphone tous les soirs, sauf que le seul téléphone chez mon père il était accroché au mur à côté de la porte d’entrée entre le salon et la cuisine et tout le monde pouvait entendre ce que je disais j’aimais pas ça. On se parlait on avait rien à se dire on se racontait notre journée et puis on disait Je m’ennuie et on disait Je t’aime et on disait Bonne nuit et puis c’est tout. Et une fois une seule fois à ce que je me rappelle on s’était donné rendez-vous au village à Thurso. Moi j’habitais pas là et elle elle habitait pas là non plus alors on avait nulle part où aller vraiment on flânait. On était retournés dans la cour d’école et on s’était assis sur les marches sous une porte et on s’était encore frenchés. Elle fumait Stèf sa bouche goûtait le cendrier et pourtant ça me dérangeait pas pantoute, je connaissais rien d’autre c’était la première fois que je goûtais à une bouche de fille alors ça me dégoûtait pas pantoute le vieux goût de tabac dans sa bouche de Stèf. On s’était frenchés et puis elle s’était couchée sur moi de dos et moi je pouvais la caresser et même ses seins je les effleurais je les caressais presque ses seins c’était la fin du monde. Et on était allés chez un ami Joël un gars que je connaissais pas tant que ça un gars intelligent qui allait à l’école privée à Pointe-au-Chêne. Je sais plus pantoute pourquoi on était allés chez lui Joël, peut-être qu’il m’avait invité je sais plus, en tout cas j’ai rappliqué chez lui avec Stèf il habitait une grande maison ses parents devaient être riches il allait à l’école privée. Et il nous avait montré des trucs dans sa chambre des avions modèle réduit et des disques d’Offenbach j’avais jamais entendu ce nom-là moi Offenbach. Et puis on était allés dans le jardin et Stèf et moi on s’était couchés dans le hamac ensemble. Et Joël il avait des choses à faire il nous avait laissés seuls un moment et Stèf et moi on s’était frenchés et c’est là qu’elle avait fait son geste avec ses doigts. Elle avait pris mon index et elle avait fait un cercle avec son index et son pouce et elle s’était mise à faire glisser ses doigts en cercle le long de mon index dressé. Et elle faisait ça en me regardant avec son regard cochon, le regard qu’elle savait si bien lancer entre le contour noir de ses yeux et ses cils mascara. Et moi j’avais souri je comprenais mais j’y croyais pas et j’étais pas prêt j’avais treize ans j’avais peur. Et Joël est revenu et il a dit des phrases du genre Si vous voulez partir gênez-vous pas surtout parce qu’on était là à se toucher dans son hamac Stèf et moi dans son jardin chez ses parents c’était indécent c’est vrai.
Et alors on est partis et moi je suis rentré chez moi chez mon père et elle est rentrée chez elle à Papineauville et on a continué à se parler au téléphone quelques jours une semaine je sais plus et puis à un moment donné elle m’a dit que c’était fini. Elle m’avait dit ça au téléphone et elle avait dit Je veux pas te tromper t’ es un bon gars faqu ’il faut qu’on casse c’était pas une mauvaise fille au fond Stèf je pense. Je l’ai revue une fois une seule fois pas longtemps après elle avait organisé un party chez elle à Papineauville j’y étais allé. Et pendant le party elle flirtait avec un autre gars c’était son nouveau chum je pense je sais pas, moi je la zieutais et elle aussi des fois elle me lançait des regards et à un moment donné pendant la soirée on est debout dans le corridor je suis accoté au mur elle se colle les fesses sur moi, ni vu ni connu elle était comme ça Stèf un gars c’était pas assez pour elle elle en voulait deux et puis trois et puis cent. Plus tard elle est tombée enceinte elle était jeune elle devait avoir seize ans peut-être dix-sept peut-être moins je l’ai appris plus tard qu’elle était tombée enceinte j’y ai pas beaucoup pensé j’y ai jamais beaucoup repensé à Stèf. De toute façon Stèf c’est qui Stèf je l’ai jamais vraiment connue Stèf, Stèf c’était la femme les lèvres de femme la langue de femme les doigts de femme les yeux de femme et les fesses de femme et les seins de femme, c’était toutes les femmes ç’aurait pu être une autre c’était pas une autre c’était celle-là c’était la première fois mon premier french j’avais treize ans elle s’appelait Stèf.
2
Je l’avais rencontré à l’école Peanut à l’école de Papineauville, après le secondaire 1 et 2 à Thurso normalement je devais aller à Buckingham pour le secondaire 3 et les autres années mais j’avais décidé d’aller à Papineauville, je pouvais aller à Papineauville parce que les terres de mon père elles chevauchaient les deux districts alors j’avais décidé d’aller à Papineauville et c’était comme si je déménageais encore une fois je changeais d’école, j’avais été à l’école à L’Ascension en Gaspésie et puis à Saint-François en Gaspésie et puis à Thurso en Outaouais et maintenant j’allais à l’école à Papineauville en Outaouais et c’était pas fini non c’était pas fini il y aurait encore Rimouski dans le Bas-du-Fleuve plus tard bientôt. Je voulais pas aller à l’école à Buckingham, je l’avais visitée l’école de Buckingham, c’était une grosse école il y avait des bagarres elle me faisait peur cette école. Et puis je voulais changer de vie et changer de nom et changer de ville parce que j’aimais pas ma vie j’aimais pas Thurso j’aimais pas mon prénom. Alors j’étais allé à l’école de Papineauville en secondaire 3 et là-bas personne me connaissait alors j’avais pu changer de prénom j’avais pris mon deuxième prénom, mais les noms les noms peu importe les noms on aime pas ça quand on a quatorze quinze ans, les noms c’est les parents qui les choisissent et on en a rien à crisser des parents alors on se donne des surnoms à nous et c’est comme une autre communauté qui se forme avec des noms bizarres qui sont pas sur les papiers et qui sont pas dans la bouche des profs et des parents. Alors j’ai changé de prénom mais bientôt je changerais encore j’aurais un surnom et seulement là je ferais vraiment vraiment partie de la gang de ceux qui fuient.
Personne me connaissait quand je suis arrivé à l’école de Papineauville et donc je connaissais personne non plus et au début je me tenais avec des rejets des rejets comme moi, et puis plus tard dans un cours j’ai rencontré Peanut c’était un cours de maths. Peanut il était assez populaire, pas le plus populaire de l’école mais quand même populaire. Les plus populaires de l’école c’était les skaters ils s’habillaient tous pareil pants larges et shoes de skate et portefeuille à chaîne et t-shirt de marques de snow ou de groupes punk rock, ça coûtait cher s’habiller comme ça et puis ils avaient les snows et les skates aussi très chers moi je pouvais pas. Peanut il était pas du genre punk rock il était plus du genre punk tout court il était plus trash Peanut, mais il avait quand même plein d’amis dans le groupe populaire il était dégourdi Peanut il était pas peureux on le respectait. Normalement ça serait pas devenu mon ami Peanut mais on était dans le même cours et dans le cours on déconnait ensemble et on écœurait un gars un gars des terres qui avait déjà été mon ami il s’appelait Crépeau. Crépeau ç’avait déjà été mon ami mon ami par défaut même si on avait rien à se dire rien en commun Crépeau et moi rien de rien je le connaissais parce que c’est son père qui avait vendu sa ferme à mon père et il habitait dans les rangs pas si tant loin de chez nous cinq six kilomètres peut-être c’est ça pas loin dans les terres cinq six kilomètres. Je l’écœurais Crépeau et Peanut aussi l’écœurait on l’appelait Batcrep j’ai honte aujourd’hui honte honte j’ai honte aujourd’hui d’avoir écœuré Crépeau. Je me faisais écœurer moi aussi pas à l’école mais dans le bus un grand skater assis au fond il avait décidé qu’il allait m’écœurer pourquoi moi pourquoi pas j’étais pas très populaire et j’étais pas très fort c’était facile, alors il m’écœurait il m’écœurait dans le bus il me disait des conneries il faisait rire ses amis ses amis populaires ses amis skaters dans le fond du bus. Et puis des fois même en sortant du bus à Saint-André-Avellin il me donnait une tape en arrière de la tête en passant comme ça gratis juste pour le plaisir de dominer de se sentir fort de se sentir supérieur, j’ai oublié son nom mais je me rappelle sa face de grand fendant. Et une fois qu’il était sorti le fendant ça se renversait, c’était plus moi qui me faisais écœurer maintenant c’était moi qui écœurais comme pour me venger sur un autre j’étais lâche lâche lâche oh que j’étais lâche j’avais quinze ans. Je me retrouvais presque seul avec Crépeau dans le bus et je l’écœurais encore Crépeau, je l’écœurais je l’écœurais, j’écœurais Crépeau dans le bus comme je l’avais écœuré dans le cours de maths pauvre Crépeau, pauvre pauvre Crépeau il avait pas de répit je l’écœurais je l’écœurais j’avais besoin d’un souffre-douleur pour faire sortir ma rage c’était petit petit c’était tellement petit j’en ai honte encore aujourd’hui honte honte tellement honte pardon Crépeau. Dans le cours de maths je m’étais mis à écœurer Crépeau et à faire le comique pour devenir un peu plus populaire ou en tout cas un peu moins impopulaire, je m’étais mis à écœurer Crépeau et à faire des jokes et à faire l’intelligent de mille manières parce que ça faisait rire Peanut et les autres et que ça me rendait moins impopulaire d’écœurer Crépeau. Et je faisais pareil et même pire dans d’autres cours comme dans le cours de techno j’étais avec Peanut dans ce cours-là aussi et le prof il était pas très allumé et on lui menait la vie dure oh qu’on lui menait la vie dure au prof de techno à l’école Louis-Joseph-Papineau de Papineauville oh oh oh. Et Peanut à force que je fasse le clown il avait fini par me trouver pas mal drôle et pas mal cool et je commençais à me tenir un peu avec lui dans la cour de récré et puis un jour il m’avait invité à venir chez lui une fin de semaine.
Il habitait loin en haut dans les terres Peanut, Notre-Dame-de-la-Paix ça s’appelait son village. À Notre-Dame-de-la-Paix c’était la maison de sa mère la maison de sa mère et de son beau-père, son père son vrai père il habitait à Saint-André-Avellin moins au nord mais dans les terres quand même. Peanut il passait plus de temps chez sa mère c’était sa maison et il y avait sa demi-sœur et il y avait son petit demi-frère ils avaient l’air de bien s’entendre Peanut et ses parents et sa demi-sœur et son demi-frère, ils avaient l’air gentils la mère de Peanut et le beau-père de Peanut et Peanut il était gentil il avait du respect avec son beau-père, mais comment ça se fait alors qu’il est allé aussi loin Peanut comment ça se fait qu’il a fini dans la rue c’était un enfant du divorce comme moi Peanut il est où aujourd’hui il est vivant il est mort il est allé loin je sais pas. Il m’avait invité chez lui à Notre-Dame-de-la-Paix on était montés dans sa chambre c’était en haut au fond du couloir et on avait fermé la porte. Sa chambre c’était un beau bordel il était relâché Peanut. Le matelas jeté par terre et tout autour c’était un chaos de linge et puis à travers le linge des outils pour fumer une pipe un bong du papier à rouler Zig-Zag ce genre de choses. Et puis il y avait une guitare électrique et un ampli et aussi une chaîne stéréo et Peanut il avait tout de suite mis de la musique très fort c’était un truc genre Sex Pistols il aimait le punk Peanut il aimait quand ça décape. Il décidait de tout j’étais chez lui et il était plus dégourdi plus leader Peanut, il mettait de la musique puis après il disait On va rouler un joint et puis il roulait un joint et moi je disais O.K. et je faisais ce qu’il me disait. Alors on avait roulé un joint et Peanut il fumait cig sur cig et on a fumé le joint aussi et il y avait de la fumée partout dans sa chambre et il avait fourré du linge au pied de la porte pour empêcher que la fumée sorte dans le corridor mais la fumée elle était quand même sortie dans le corridor et sa mère était venue elle avait frappé à la porte et Peanut avait entrouvert et elle avait dit Baisse ta musique et puis elle avait dit Je t’ai dit de pas fumer dans ta chambre et alors Peanut il avait dit deux-trois mots genre Ouais ouais O.K. et puis il avait refermé la porte et on était sortis par la fenêtre. Sa fenêtre elle donnait sur un toit le toit de la véranda alors on pouvait sortir par la fenêtre et s’asseoir là et fumer, on avait fini le joint comme ça dehors assis sur le toit.
C’était la première fois il y en aurait plein d’autres je suis allé souvent chez Peanut à Notre-Dame-de-la-Paix. Il y avait pas grand-chose à faire à Notre-Dame-de-la-Paix, on restait chez lui on fumait il jouait de la guitare je le regardais jouer. Ou bien on traînait un peu dans le village on allait au terrain de baseball, pas pour jouer au baseball on allait au terrain de baseball le soir pour niaiser et boire et fumer. On arrêtait au dépanneur on se plantait en avant du dépanneur et on attendait qu’un plus vieux vienne au dépanneur, pas un trop vieux les trop vieux ils sont cons mais un plus vieux un peu plus vieux que nous, on attendait dans le parking qu’un gars majeur genre dix-huit dix-neuf vingt ans s’approche du dépanneur et puis on lui demandait Scuse-moi man ça te dérangerait-tu de nous sortir de la bière? et la plupart du temps ça le dérangeait pas il prenait notre argent il entrait dans le dèp et puis il ressortait avec la bière et nous on prenait la bière et on allait la boire au terrain de baseball. Il faisait noir il y avait pas de baseball juste du gazon et des grilles et des bancs et on s’assoyait sur les bancs et on buvait nos bières et on fumait un joint. Il y a aussi une autre place où on allait souvent c’était chez Joy, Joy il habitait en dehors du village sur un chemin de terre il fallait marcher un mille à peu près au milieu de rien et puis on arrivait chez Joy. C’était une petite maison en vinyle blanc sale au fond d’une cour il y avait des chiens ils jappaient fort. En bas c’était la cuisine ses parents étaient pas souvent là quand nous on venait, des fois on niaisait dans la cuisine en bas ou sinon on montait dans la chambre de Joy on fumait un joint il avait un cendrier en forme de crâne. Il était maigre Joy il était maigre et cut et sec et il se rasait le crâne et il avait une barbiche et il portait une boucle d’oreille et des t-shirts métal et on sentait qu’il avait eu la vie dure Joy, plus dure que moi et plus dure que Peanut, on sentait que ça bouillait en dedans Joy en tout cas moi c’est ça que je sentais. Et chez Joy je découvrais tout un univers que je connaissais pas trop avec de la musique dure et des drogues dures et des visages durs et ça me faisait peur mais j’avais rien d’autre, à la maison c’était la misère avec mon père et avec ma belle-mère j’étais pas bien et ma mère était loin et j’avais encore changé d’école, j’avais personne personne j’avais personne depuis longtemps longtemps, pas de bons amis et personne à qui parler vraiment parler personne. Et alors quand Peanut il m’a invité chez lui et qu’on est devenus amis vraiment amis moi j’étais content même si j’avais peur des fois.
Peanut lui il avait pas l’air d’avoir peur, il aimait ça la musique dure et les drogues dures et les amis à la vie dure et au visage dur il aimait ça Peanut, il aimait le chaos et il aimait le trash et il aimait le punk et il aimait se perdre. Et je le voyais de plus en plus souvent Peanut, il m’avait aussi invité chez son père à Saint-André-Avellin. Et je me rappelle la première fois qu’il m’avait invité chez son père à Saint-André-Avellin il y avait aussi un autre ami qui était là il s’appelait Bibitte j’avais commencé à le connaître un peu à l’école à Papineauville, parce que j’étais devenu l’ami de Peanut et dans la cour de récré à l’école à Papineauville maintenant je me tenais avec Peanut et on était comme un petit groupe il y avait Peanut et moi et Bibitte et puis il y avait aussi un gars on l’appelait Flowerpot parce qu’il s’habillait en hippie et qu’il fumait les joints à travers ses cheveux longs qui lui pendaient dans la face Flowerpot. On était pas le groupe le plus populaire de l’école, les plus populaires c’était les skaters ils se tenaient dans les marches devant la porte d’entrée, on était pas les plus populaires mais on était comme juste après les plus populaires on était les deuxièmes plus populaires de l’école je dirais et Peanut il avait plein d’amis dans les skaters, mais je pense que les skaters ils étaient pas assez trash pour Peanut ils étaient trop propres, Peanut il aimait ceux comme Bibitte et Joy et moi, il aimait ceux qui venaient de familles pauvres ou qui avaient été abandonnés ou qui avaient vécu le divorce ou ce genre de choses, il aimait ceux qui avaient du noir dans les yeux pour de vrai Peanut, pas ceux qui faisaient semblant d’être des marginaux rien que pour le look et la popularité, il aimait ceux qui souffraient pour de vrai Peanut je pense. Et Bibitte il était aussi comme ça il en avait vu Bibitte on le sentait. Il vivait à Saint-André-Avellin sa famille était pauvre je suis allé chez lui une fois ou deux c’était pauvre. Peanut lui il venait pas d’une famille pauvre alors pourquoi il était comme ça pourquoi je sais pas c’était un enfant du divorce Peanut, on était amis mais on était jeunes il m’a jamais dit vraiment ce qu’il pensait Peanut il s’est jamais ouvert m’a jamais dit c’était quoi et pourquoi le noir dedans lui il m’a jamais dit jamais je sais pas. Il m’avait invité chez son père Peanut à Saint-André-Avellin et Bibitte était là et on avait fumé et Peanut et Bibitte ils avaient joué de la guitare. Ils disaient qu’on serait un groupe un groupe punk mais moi je jouais pas d’instrument, j’aurais voulu acheter une batterie mais j’avais pas assez d’argent pour acheter une batterie et mon père il voulait pas m’acheter une batterie, j’avais même appelé à Ottawa pour savoir c’était combien une batterie, mais j’ai jamais eu assez d’argent pour m’en acheter une batterie. Je jouais d’aucun instrument, je savais juste plaquer trois accords de Nirvana sur une guitare, c’est mon oncle au Bic dans le Bas-du-Fleuve qui m’avait appris, alors j’ai pris la guitare de Peanut et j’ai plaqué les trois accords, Bibitte et Peanut ils aimaient ça, ça suffisait, on serait un groupe, on pouvait continuer à rêver. En attendant on était un groupe de rien, on était un groupe de jeunes et on fumait et on plaquait trois accords de guitare et on parlait d’acide et de mushroom. On était un groupe de rien mais on était un groupe quand même et il nous fallait des noms. Peanut il s’appelait Peanut parce que c’est comme ça qu’on appelait l’acide la peanut on disait À soir on fait de la peanut . Bibitte je sais pas pourquoi il s’appelait comme ça en tout cas on l’appelait toujours Bibitte Bibitte je me souviens même plus de son vrai nom de son nom de parents je veux dire. Moi j’avais pas encore de surnom mais Peanut il a dit qu’il me fallait un surnom aussi. Et puis il a dit que je ressemblais à un acteur qui jouait dans le film Dick Tracy . Et il se rappelait pas le nom de l’acteur ni le nom du personnage et il était trop paresseux pour faire des recherches et il s’en crissait au fond alors il a juste décidé que je m’appellerais Dick. Je l’ai toujours haï ce surnom Dick mais c’était pas à moi de décider Peanut avait parlé je m’appellerais Dick. Peanut et Bibitte et Dick, on était comme un trio les trois inséparables ou un truc du genre, Flowerpot il était dans le groupe aussi mais on le voyait moins souvent il habitait loin il habitait à Fassett un village par là-bas.
Moi j’habitais en campagne mais c’était pas si loin de Saint-André-Avellin, pas loin ça voulait dire quinze kilomètres pas loin, mon père il me donnait des lifts en pick-up j’allais souvent à Saint-André-Avellin et à Notre-Dame-de-la-Paix aussi. Bibitte il habitait à Saint-André-Avellin il avait les cheveux blonds et longs et il portait des jeans déchirés et des t-shirts déchirés et c’était pas juste un style ils étaient pauvres la famille à Bibitte. Tous les trois on portait des Doc Martens ceux de Peanut étaient plus longs ils lui montaient jusqu’aux genoux presque c’était des vraies bottes de punk. Moi je m’habillais un peu grunge je sais pas pourquoi je m’habillais grunge où c’est que j’avais pris ça de m’habiller grunge, je pense que c’est ma sœur et les amies de ma sœur qui m’avaient appris ce que c’était le grunge la dernière fois que j’étais retourné au Bic dans le Bas-du-Fleuve à Noël ou l’été pour voir ma mère et ma sœur. J’étais passé par Montréal et j’étais allé au Village des Valeurs et je m’étais acheté des vieux t-shirts passés date, il y en a un c’était une marque de balayeuse ou une affaire de même, et je m’étais aussi acheté des chandails de laine tout molletonnés et je portais ça et aussi des t-shirts de Lagwagon et de Bad Religion. Je portais des Doc Martens et des jeans déchirés et des t-shirts de balayeuse et de groupes de punk rock et puis des chandails de laine par-dessus et puis je portais aussi un Bummer avec un badge de Led Zeppelin cousu dessus. Peanut il portait aussi un Bummer le mien était rouge le sien était bleu et à un moment donné je me suis teint les cheveux en rouge et lui il s’est teint les cheveux en vert. J’avais les cheveux longs pas aussi longs que Peanut et Bibitte mais longs quand même. On était grands pour notre âge tous les trois et on marchait dans Saint-André-Avellin avec nos Doc Martens et on avait les cheveux longs et tout ce qu’on voulait c’était être nous être autre chose que nos parents et nos profs et l’école et les vieux. On marchait dans le village c’était le soir et c’était la nuit et on marchait dans Saint-André-Avellin. C’était pas grand Saint-André-Avellin c’était un village Saint-André-Avellin, mais c’était quand même plus grand que Notre-Dame-de-la-Paix. Des fois on croisait d’autres jeunes il y avait beaucoup de jeunes à Saint-André-Avellin on les croisait, et Peanut souvent il les connaissait et on leur parlait et puis on continuait notre chemin. Et on s’arrangeait pour acheter des cigs et de la bière à l’épicerie. Moi je fumais pas encore ça viendrait vite ça viendrait bientôt mais pour l’instant je fumais pas encore c’est Peanut et Bibitte qui s’achetaient des cigs. Et puis après on allait au terrain de baseball, quand on est jeune et qu’on flâne par-ci par-là on se retrouve toujours dans des endroits comme ça, des terrains de baseball des parcs ou bien des terrains vagues.

  • Accueil Accueil
  • Univers Univers
  • Ebooks Ebooks
  • Livres audio Livres audio
  • Presse Presse
  • BD BD
  • Documents Documents