Gus d Aoust : trappeur de la toundra
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Gus d'Aoust : trappeur de la toundra , livre ebook

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Description

La solitude, la paix intérieure, l’amour du pays, la passion de la chasse et de la trappe, la bonté pour ses compagnons de route – les humains et les chiens la détermination, le goût de vivre sont au cœur de ce récit d’un héros du Grand-Nord.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 08 décembre 1999
Nombre de lectures 2
EAN13 9782896112807
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0082€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Gus d Aoust
trappeur de la toundra
La maison d dition remercie le Conseil des Arts du Canada et le Conseil des Arts du Manitoba du soutien accord dans le cadre des subventions globales aux diteurs.


Dessin de la couverture : Philippe Dupas Artiste graphiste : Howard Laxson
Donn es de catalogage avant publication (Canada)
D Aoust, Gus, 1896 1990
Gus D Aoust, trappeur de la toundra
Traduction de : Those were the days that I lived and loved. ISBN 2 921353 60 1
1. D Aoust, Gus, 1896 2. Trappeurs Territoires du Nord Ouest Biographies. 1. Harpelle, Alix. 11. Titre.
SK283.6C2D3613 1999 639 .11 092 C99 920139 5
D p t l gal : 3 e trimestre 1999 Biblioth que nationale du Canada et Biblioth que provinciale du Manitoba
Directeur : Annette Saint Pierre et Georges Damphousse
ditions des Plaines, 1999
Gus d Aoust
trappeur de la toundra





Les ditions des Plaines Case postale 123 Saint Boniface (Manitoba) R2H 3B4
Publi en anglais compte d auteur sous le titre de Those Were The Days That I lived And Loved.
Traduit de l anglais par Lucien Nayet et publi en fran ais avec tirage limit .
R vis et adapt pour publication aux ditions des Plaines.
la m moire de Hug hie et Phil.
Pr sentation
Ce livre retrace la vie de Gus d Aoust, un des plus anciens trappeurs blancs des Territoires du Nord Ouest. Ce Canadien vraiment remarquable a v cu seul dans le Nord pendant de nombreuses ann es et, en d pit de mille difficult s, a toujours conserv un amour inconditionnel pour cette r gion qu il appelait " son foyer du Nord .
En cheminant en compagnie d un tel h ros, le lecteur sera impressionn par son courage, sa d termination, son esprit de cr ativit , sa confiance et, surtout, son exaltation pour le r le qu a jou dans sa vie la toundra canadienne.
Gus, ainsi appel par ses nombreux amis, compte des admirateurs au Canada et aux tats Unis. Plusieurs d entre eux, en lui rendant visite au poste de commerce qu il avait ouvert pendant ses derni res ann es dans le Nord, se sont merveill s de sa vitalit et de son sens mordant de l humour. Certains sont m me venus de tr s loin pour faire sa connaissance, alors que d autres conservent le souvenir d articles publi s sur ce personnage inoubliable. Gus qui a d j t interview la radio figure aussi dans une oeuvre du c l bre historien, Pierre Burton.
Les m moires de ce pionnier du Grand Nord, sous le titre de Gas d Aoust, trappeur de la toundra, ont t glan es au cours de conversations chez sa s ur Antoinette et son beau fr re Bernie Wolff, de Ochre River, Manitoba. J ai eu le grand privil ge de conna tre ce gentleman, l ayant rencontr pour la premi re fois par l interm diaire de mes amis Wolff.
Gus d Aoust est n Makinak, Manitoba, le 18 ao t 1896, le troisi me enfant d une famille de onze, dont huit gar ons et trois filles. Ses parents y tenaient une pension de famille sous le nom de " The Bonne Accord . Sa m re, Am lia, excellente cuisini re, servait des repas aux pionniers du Nord et de l Est de Sainte Rose du Lac, venus vendre leur r colte de fourrures et, souvent, passer la nuit sous le toit des d Aoust.
La vie de cette femme a grandement influenc le jeune Gus. 11 parle d elle en ces termes : " Elle tait une dame de courage et de compr hension, parmi les plus grandes personnes. Ceux qui connaissaient ma m re l aimaient. Elle tait issue d une famille ais e du Qu bec, fille unique, et elle a tout quitt pour suivre son mari au Manitoba. Elle s est sentie tr s seule au d but mais ne s est jamais d courag e. Elle a travaill dur pour subvenir nos besoins. Non seulement elle dirigeait la pension de famille, mais elle tait aussi une couturi re accomplie en cousant et en r parant des v tements .
Gus se souvient des nuits pendant lesquelles sa m re besognait jusqu aux petites heures du matin pour terminer un v tement destin l un des enfants. Un samedi soir, rentr tard la maison, il avait trouv sa m re pench e sur un travail de couture. Il ajoute : " Ce jour l , le plancher de la cuisine devait tre lav avant d aller au lit. Notre cuisine tait vaste, et quand j ai demand ma m re si elle voulait que je le lave, elle a refus . J tais peine couch e quand je l ai entendue se pr parer laver ce bon sang de plancher. Je me suis lev et je l ai lav sa place. Aujourd hui, c est d elle que je tiens mon courage .
Mon grand int r t pour la vie extraordinaire de Gus d Aoust m est venu de sa m re qui parlait souvent de son fils trappeur dans le Nord. En coutant r guli rement avec elle Le Message du Nord, je devenais presque un membre de la famille d Aoust. La m re de Gus tait une personne extraordinaire. Quand elle a perdu l usage de la vue en juin 1948, elle a accept son preuve avec grande r signation. Elle me disait souvent qu elle aimait r ver parce que dans ses r ves elle tait capable de voir. Jusqu sa mort, elle a gard l espoir de revoir son bien aim Gus dont elle conservait le souvenir dans ses pri res. Quand elle est d c d e, Hughie, Toni et moi tions son chevet. Je n ai jamais oubli ses derni res paroles qui m ont profond ment touch e. Elle a dit cette nuit l : " Je ne reverrai pas mon petit Gus une derni re fois .
Tous ceux qui ont connu cette grande dame l ont beaucoup aim e. De mon c t , chaque fois que je rencontrais Gus, je la revoyais dans les traits de cet homme qui lui ressemblait tellement.
En coutant les propos de Gus d Aoust, j ai toujours t fascin e par la clart de ses souvenirs, de son v cu si riche et si merveilleux. Chaque fois qu il parlait de chasse ou de trappe, je me transportais en imagination dans le Nord. Le sourire unique qui clairait la figure de ce vieux gentleman, et le scintillement de ses yeux quand il racontait une belle histoire augmentaient ma reconnaissance pour avoir eu le bonheur de rencontrer une personne aussi attachante. Malgr eux, les auditeurs de Gus d Aoust vibraient au bonheur de cet homme dont ils enviaient la richesse de vie.
C est avec beaucoup de tristesse que Gus a d quitter sa ch re " Terre des Barrens . Sans le mauvais tat de ses genoux qui ne lui permettaient plus de longues marches travers la toundra, Gus d Aoust aurait r alis le r ve d y terminer sa vie.
Dans cette vastitude infinie du Nord, ce trappeur pass l histoire n a jamais souffert de solitude. Le croirait on Revenu la " civilisation , Gus d Aoust aimait s asseoir sous une magnifique t te de caribou empaill e dont il tait tr s fier, fumer une bonne pipe et voquer le pass . Le Nord, pour lui, tait devenu symbole de paix, de calme, de satisfaction et de bonheur parfait.
Alix Harpelle
1
Un gamin des Riding Mountains
En suivant les traces de mon p re... D Aoust est un nom, aussi fran ais que la soupe aux pois ; un nom de duc sans argent. Avec mon nom, j ai acquis le commerce de fourrure de mon grand p re, Christopher d Aoust, qui tait lui m me trappeur et commer ant prosp re la fin des ann es 1800. Il avait aussi une entreprise de confection de v tements en fourrure Valleyfield dans la province de Qu bec. Il employait plus de cinquante coupeurs et couseurs. Il laissait sa famille au Qu bec et voyageait par le train jusqu Selkirk, Manitoba, sur la rive de la rivi re Rouge, o il avait un autre tablissement de commerce de peaux avec les Autochtones. Quand Grand p re s absentait pour une dur e de six mois chaque ann e, Grand m re dirigeait l entreprise o les v tements en fourrure taient dessin s, cousus et pr par s pour le march .
Quand j tais jeune gars, j admirais beaucoup mon grand p re. Je r vais du jour o je pourrais suivre ses traces. J imaginais alors la vie d un trappeur. Mon grand p re a norm ment influenc ma vie. Comme un gosse, je pouvais m asseoir des heures durant pour couter les histoires concernant sa vie. Je me disais que j aimerais lui ressembler. Je serais un trappeur
Mon p re n a jamais encourag aucun de ses fils devenir chasseur ou trappeur, parce que son p re tait souvent absent de la maison. 11 d sirait que ses gar ons deviennent des fermiers. C est pourquoi nous avons d m nag sur une ferme au pied des Riding Mountains, o je me suis int ress au trappage. Je ne d sirais aucunement tre agriculteur
Les traces de lapin m excitaient... Tout jeune gar on, j ai t oblig de quitter l cole pour aider aux travaux de la ferme familiale. J tais heureux de travailler la maison, car je n aimais pas beaucoup l cole. Mon p re m a mis derri re la charrue, mais j tais plut t attir par les Riding Mountains o je pourrais chasser et trapper.
Revenons quatre vingt ans en arri re, alors que j avais neuf ans. Chaque fois qu il y avait une temp te de neige, je pensais aux lapins. La vue de leurs traces m excitait beaucoup, et je ne pensais rien d autre. Je prenais les lapins au collet et j tais joliment adroit. Des voisins essayaient de me montrer comment les pi ger, mais ils faisaient les collets beaucoup trop gros, et quelquefois les lapins taient pris au milieu du corps. Je pensais : " Fl te pour leurs collets, je les ferai ma fa on .
J attachais le collet un b ton de trois quatre pieds de longueur, puis je pla ais deux petits bouts de bois, un de chaque c t du pi ge, et j installais le tout sur la piste. Les bouts de bois guidaient le lapin vers le collet. De temps en temps, ils le cassaient. Aussi, je doublais le fil de laiton et je n avais plus de probl me apr s cela.
Je voulais saisir toutes les chances qui se pr sentaient. Chaque samedi et souvent le dimanche, je partais pour aller v rifier les pi ges et tudier la nature.
Un jour, au Henderson Creek, j ai captur un lapin vivant. Une id e idiote m a travers l esprit. merveill l id e qu un lapin pouvait mordre, je me suis empress de le v rifier. J ai enfil mes gants, et quand j ai pr sent mon doigt en face de sa bouche, il m a mordu jusqu l os Je lui ai cass le cou dans un mouvement de rage... Je n ai pas eu d autre merveillement au sujet d un lapin qui mord, je vous dis que je n ai pas essay une deuxi me fois
Ma m re avait l habitude de faire des p t s de lapin avec deux cro tes. Il n y en avait jamais assez et, bien souvent, un invit mangeait avec nous. Je n ai jamais rien mang d aussi bon Il fallait quatre ou cinq lapins pour un repas de famille. Je les d pouillais pour ma m re, les mettais dans un grand pot et les emportais pr s du puits o je les lavais grande eau.
Nous nous nourrissions de lapin la plupart du temps sur la ferme. L t , je voyais leurs traces dans l herbe, et je les pi geais de la m me mani re que pendant l hiver, en pla ant les collets sur leurs pistes. Les lapins taient abondants ; ils circulaient t t le matin et j en attrapais autant l t que l hiver.
J tais trop jeune pour aller chasser le gros gibier tel que le chevreuil et l orignal, mais un jour, je suis parti une carabine la main. Une nuit, j avais entendu un type dire mon p re qu il avait un orignal pour lui. Quand mon p re lui a donn de l argent, je me suis dit : " C est la derni re fois que tu paies pour de la viande sauvage. Je ferai l argent moi m me .
Finalement, j ai pu chasser mais je n ai jamais fait d argent. La chasse tait un plaisir pour moi, et cela me suffisait. partir du moment o j ai pu aller la chasse, ma famille n a jamais manqu de viande sauvage. L amour de la chasse et de la trappe tait ce qu il y avait de plus fort en moi.
Un souvenir merveilleux... Le pi geage a t mon principal int r t durant ma jeunesse, mais j en ai eu un autre, une fascination qui me venait directement du c ur. Son nom tait Orestida Potvin. Nous l appelions " Tida pour simplifier. Elle tait juste arriv e de Winnipeg avec sa famille. Elle et sa s ur, Rita, fr quentaient notre cole. Elle tait de deux ans ma cadette ; d s l instant o je l ai vue, mes yeux n ont pu s en d tacher.
Un jour que nous jouions nous lancer des boules de neige, j en ai rapidement fabriqu une grosse, et quand je l ai lanc e, j ai accidentellement frapp Tida. Avant de quitter l cole, elle m a dit qu elle raconterait tout son p re. Aussi, quatre heures, j ai fait une autre grosse boule de neige, et je l ai attendue...
Comme elle sortait de l cole avec Rita, je lui ai demand : " Vas tu raconter des choses ton p re et quand elle m a r pondu " oui , j ai dit : " Alors, tu vas raconter des choses ton p re, hein et BANG Je lui ai balanc la boule de neige en pleine poitrine. Elle a fait un geste pour me saisir, mais je n allais pas me laisser humilier par une fille de l cole en face de grands gars plus g s que moi. J ai attaqu le premier et je lui ai plaqu le dos contre les bords du porche. J ai fait attention cependant, ne pas lui faire mal.
Je lui ai dit : " J ai une bonne raison pour t em brasser maintenant et elle m a r pondu aussi vite : " Tu n as pas honte .
Je tenais Tida qui j ai dit : " Si tu vas raconter des choses ton p re, au moins dis lui la v rit . Nous n avons rien fait de mal .
Parce que Rita me bombardait de boules de neige pendant ce temps l , j ai d laisser aller Tida. Elle tait le monde pour moi, et je le pense encore, mais cela n aurait conduit rien... C est le plus loin que j ai t en amour de toutes ces foutues ann es.
À peu pr s une semaine plus tard, le p re de Tida m a rencontr au village. Il avait en main un manche de cogn e tout neuf et, en me croisant, il m a attrap par l paule et demand : " Tu joues avec ma petite fille, toi . Quand j ai avou , il m a averti de ne plus jamais le faire. Avec cela, il m a donn quatre ou cinq bons et durs coups de manche de hache en plein sur les tibias. A chaque coup qu il m envoyait, les larmes me venaient aux yeux. Il voulait me blesser. Je suis s r que c est pour cela que j ai eu des douleurs aux jambes toute ma bon sang de vie.
J avais peu pr s dix ans cette poque, et malheureux en amour. Cet homme m avait r ellement bless et j en ai voulu Tida d avoir racont son p re ce qui tait arriv entre nous. Malgr cela, j ai pris soin d elle toute ma vie. En fait, je me rappelle un certain Valentin compos sp cialement pour moi :
Votre Valentine je voudrais tre
Et juste pour vous rappeler
Que bien que mon c ur et
ma main soient libres,
Vous ne m avez pas encore demand e.
Tida
Chaque fois que je revenais du Nord, je me faisais un devoir de la visiter, et nous avons correspondu pendant des ann es. Elle m a donn un livre de pri res que j ai affectionn particuli rement tout au long de ma vie et relu dans mes moments de solitude dans le Nord.
Les Riding Mountains m attirent... l ge de quatorze ans, je quittais la ferme deux semaines la fois. Je gravissais les montagnes jusqu ma cabane. Je l appelais ma cabane, mais r ellement, il avait simplement suffi que j aille trapper un jour dans ce coin pour qu elle devienne ma cabane. Chaque fois que j en avais l occasion, j y allais.
Il y avait une table o je gardais mon cheval. Le cerf et l orignal venaient manger jusque sur le seuil. Pour moi, c tait la plus belle vie. D s que je retournais la maison, je me jetais sur l ouvrage, ainsi je pouvais revenir ma cabane la premi re semaine libre.
Les Riding Mountains m ont toujours attir . J en r vais Je ne pouvais penser qu cela. J avais la fi vre de la trappe, fortement, et vous ne pouvez imaginer la moiti de ce que cela tait. Je r vais d tre assez g pour aller au loin et trapper pour vivre. J tais impatient, et j aurais voulu pouvoir partir tout de suite. Plus tard, j allais me f liciter de m tre laiss entra n vers les Riding Mountains.
Lorsque j ai quitt la maison pour aller dans le Nord, mon fr re Laurent a accroch une clochette au cou de ma jument. Il l a laiss e en libert en mai, et elle se rendait cette cabane o j avais pass la plupart de mon temps. Minnie me cherchait et elle est rest e alentour tout l t . Si elle voyait venir quelqu un, elle ne bougeait plus. Elle savait que c tait mieux ainsi, car, au moindre mouvement, sa clochette tintait, et quelqu un aurait pu la ramener travailler la ferme. Dans sa vie, la vieille Minnie a donn neuf poulains et une femelle.
Mon premier essai au tir de l orignal... Ma premi re saison de chasse au gros gibier a commenc d s que j ai eu mon premier permis de chasse. Il m a co t deux dollars au bureau du juge de paix de Makinak.
Nous devions nous v tir de blanc et porter une casquette rouge pendant la saison de chasse, afin de nous prot ger pour ne pas tre atteints par les balles ; alors j ai demand ma m re de me donner des vieux sous v tements blancs que j ai mis par dessus mes habits, et je me suis trouv une casquette rouge. J ai eu un nouveau fusil, un trente deux sp cial, et j en tais bien fier C tait mon premier fusil, achet de Russel Blaine. J ai travaill quinze jours la ferme pour le payer.
J ai pris mon fusil et des cartouches et j tais pr t partir au lever du jour, le lendemain. Ma m re m a demand ce que je ferais avec la peau, parce que je lui avait dit que je tuerais un lan ou un orignal. " Laissez moi d abord le tuer , lui ai je r pondu. Je n en avais jamais vis avant, c tait mon premier essai. J tais s r de moi m me, m me si je n avais aucune exp rience. Ce premier jour de chasse au gros gibier m avait nerv mais j tais pleinement confiant.
J ai march environ quatre milles depuis ma cabane jusqu au lieu o est maintenant situ le Parc national des Riding Mountains. Ce n tait pas un parc cette poque l , tout juste une contr e sauvage. J ai travers le Henderson Creek, et peine trois cents verges plus loin, j ai d couvert les restes d un orignal, juste cot de la piste. Les visc res taient encore sur place. J tais certain qu il y avait des orignaux dans les environs.
moins d un quart de mille plus loin, dans une clairi re, j ai aper u un taureau orignal qui se tenait au milieu de mon chemin et qui me regardait sans bouger. Je ne sais pas ce qui m a pris. Avec la fi vre de la chasse, j tais tout branl . Sans le viser, j ai point mon fusil dans sa direction et je lui ai envoy cinq cartouches. Il se tenait de c t . J ai cherch d autres cartouches dans ma poche, mais le taureau est parti en trottant. Je suis s r que la charge de chevrotines ne l a pas touch , pas m me cinquante verges de lui Le matin suivant, je suis parti t t, avec plus d assurance que la veille. Je pensais avoir plus de bon sens. J tais certain d atteindre un orignal cette fois en ne r p tant pas l erreur de la veille.
C tait un beau jour d automne. Je marchais quand j ai entendu un coup au loin, du cot ouest, environ un mille. J tais sur une sorte de piste et j entendais quelque chose. C tait un orignal qui se dirigeait en plein sur moi, la t te basse et le mufle pr s du sol. Chaque fois qu il bondissait, il faisait entendre un grognement. Il tait beau avec une belle t te et une magnifique ramure. J tais paralys Je l admirais en le voyant si gracieux. Je n ai pas pens du tout le tirer Je l ai regard partir. Je suis s r que j aurais pu le tirer deux fois puisque j avais mon fusil en main.
Apr s, je me suis dit que je devais essayer de le rejoindre mais il avait d j travers la clairi re. C tait ma deuxi me exp rience de chasse au gros gibier. J ai un peu perdu la t te, mais pas longtemps. J avais le sentiment d tre idiot apr s avoir t si s r de moi et avoir dit mes parents que j allais tuer un cerf ou un orignal. Je devais retourner la maison sans viande sauvage et sans peau
J ai tout racont mes parents en bl mant mon fusil pour couvrir mon chec. Mon p re m a dit : " Prends ce bidon de quatre gallons et va l accrocher au clou sur le c t de l table . Il a pris mon fusil, et sans m me l appuyer, il a tir sur le bidon situ environ deux cent cinquante pieds. J ai couru voir le r sultat et j ai t surpris de constater que la balle avait travers en plein centre du bidon. Mon p re venait de me prouver que ce n tait pas la faute du fusil si je n avais pas eu l orignal. J ai appris ma le on tr s vite et r alis que mon p re tait un tireur d lite Pourtant, mon p re n avait jamais tir au fusil car il n en avait m me pas.
La seule fois o je l ai vu tirer, j avais environ dix ans. Il avait un fusil pour tirer des lapins, mais je ne sais pas d o il venait. Il y avait beaucoup de lapins pr s de la ferme et on pouvait en descendre cinq ou six en un rien de temps.
En tout cas, d s que je suis retourn la chasse apr s cet incident embarrassant, j ai vu une vache orignal et je Tai eue du premier coup. Apr s cela, chaque fois que je tirais un cerf ou un orignal, il tombait. Je n avais pas de t lescope sur mon fusil, mais cela ne m a pas emp ch d tre bon tireur.
Je peux vous assurer que nous n avons jamais manqu de viande sauvage. M me si elle tait en grande quantit , nous n en avons jamais gaspill . Ma m re en mettait un peu en conserve et nous donnions le reste aux voisins et aux amis. En ce temps l , tout le monde s entraidait. C tait une vie rude ; nous n avions pas d argent, mais tous semblaient heureux.
Je l ai chapp de justesse... J ai t chanceux. Je ne suis jamais entr dans une r serve de chasse. Aujourd hui, je me souviens encore d un matin de janvier assez anim .
C tait un dimanche et je chassais en me dirigeant vers ma cabane, au pied de la montagne. J avais tir un orignal, flingu comme on dit. 11 n est pas tomb sur la route o je l ai tir , merci mon Dieu... mais il s est croul environ trente cinq pieds dans les buissons.
J ai commenc le d pouiller sur les lieux. J avais pratiquement enlev toutes les entrailles quand j ai entendu un tintement de grelots. Je me demandais quel diable pouvait bien tre l aussi t t le matin. Le tra neau qui venait droit sur moi suivait la piste, mais les occupants ne m ont pas vu, parce que je m tais couch plat ventre. Une fois le son des grelots disparu, je suis revenu la maison en sacr e grande vitesse. Une semaine apr s cet exploit, je suis all Makinak. J ai parl Johnny Warren, le livreur, et j ai appris qu il tait all ma cabane, accompagn du garde chasse. Je me suis gard la bouche ferm e au sujet de mon orignal parce que je ne savais pas si je pouvais lui faire confiance.
Je me rappelle une autre fois quand un ancien de Woodben, appel Ernie Price, est venu ma cabane juste l heure du d ner. Il m a dit qu il ne s arr tait qu un moment, et je l ai invit manger avec moi. Je n ai pas dit quelle sorte de viande je lui servais. Pour lui, c tait du cerf ou de l orignal. J ai cuit le steak et il en a pris un morceau qu il a recrach . J ai clat de rire et je lui ai demand : " Vous n aimez pas mon steak . " C est de la damn e viande d ours m a t il r pondu. Son d ner s est arr t l . Je suis s r qu il en a ri. Chaque fois qu il me rencontre, il me parle encore de mon steak d ours.
J ai pris trois ours au pi ge cette ann e l , deux noirs et un brun. Ils n taient pas tr s gras et j ai mang une partie de la viande appr t e de diff rentes fa ons. L ours est une viande fonc e qui ressemble celle de l orignal, avec une saveur d corce d arbre.
Un autre incident de chasse... Un fermier de notre district est venu un jour ma cabane. Il n avait aucune exp rience de la chasse mais il voulait se procurer de la viande sauvage. Nous sommes partis t t par un beau matin sur la piste qui s pare la r serve de notre terrain de chasse, un no man s land, c est dire qui n appartient personne. Nous avions fait peu pr s un quart de mille quand nous avons aper u des traces d orignal qui allaient dans une clairi re devant nous. 11 y avait l , comme par hasard, un gros pin tomb sur le sol ; une vraie bonne place pour s asseoir et attendre. Je lui ai dit d attendre exactement l , assis sur le tronc d arbre o il avait une tr s bonne chance de tirer un orignal. Je savais que l orignal reviendrait et je voulais tenter ma chance. Neuf fois sur dix, si le vent est bon, on peut le tirer.
Je ne voyais pas l orignal d o j tais, mais je l entendais qui se dirigeait vers l arbre. J tais certain qu il tait revenu moins de trente pieds de ce bon sang d arbre. J ai cherch mon bonhomme de fermier et quand je l ai trouv un demi mille plus loin, je l ai engueul . Notre journ e de chasse tait foutue. S il m avait cout , nous aurions eu notre viande. Il ne m a pas cru quand je lui ai dit qu habituellement les orignaux revenaient sur leurs traces. J avais envie de le ramener pr s de l arbre pour lui montrer quelle distance il tait pass , mais je ne tenais pas refaire le trajet une nouvelle fois. lui d aller chasser aussi loin qu il le voudrait
Un rago t pour mon p re... Un jour, ma m re et mes plus jeunes s urs taient all es rendre visite des parents Valleyfield. J ai fait la cuisine la maison. En ce temps l , mon p re buvait un coup. C tait un gros homme avec un solide app tit. Une nuit, j ai tu trois castors et j ai utilis la m thode foot leg pour les corcher sans ab mer la peau. Les peaux de castor valaient un bon prix : vingt dollars chacune.
J ai apport la viande la maison et j en ai mis dans un pot pour la faire cuire cette nuit l en y ajoutant un peu de porc et des pois cass s. Quand mon p re s est lev vers le milieu de la nuit et qu il a vu ce rago t sur le po le, il a pens que c tait de la soupe. Il s est servi. Je le vois encore... " Dieu a t il dit, " Quelle bonne soupe et il en a repris plusieurs fois.
Le lendemain, je lui ai demand s il en voulait encore, et s il savait ce qu il avait mang la nuit pr c dente. J en avais mang un peu moi aussi ; c tait rudement bon J avais assaisonn la viande avec de la sauge et quelques autres pices. Mon p re pensait que c tait du chevreuil ou de l orignal. " Non , lui ai je dit. " Vous avez mang de la viande de castor . Il est devenu plus exasp r que le diable et il m a gratifi de tous les noms. Il m a dit : " Tu es un damn fou Es tu devenu dingue . Quoi qu il en soit, il s tait bel et bien rempli l estomac avec cette viande. Il n y avait absolument rien de mal avec a. C tait de la viande tr s propre, bien nettoy e. Les castors sont v g tariens, ils mangent les racines.
Un individu du nom de Eddie Mars est venu me voir. Je venais juste de tuer un ours et comme je ne pouvais pas avoir plus de quatre dollars pour la peau, je l avais d coup e. Je lui ai dit : " Aime riez vous avoir une belle pi ce de chevreuil . Il m a r pondu : " Oh ce serait avec plaisir . Alors, je lui ai donn un morceau que j avais bien nettoy . Il est revenu quelques jours plus tard, et comme je lui demandais s il avait aim la viande, il m a regard d un air bizarre et m a dit : " Je ne sais pas pourquoi tu me poses cette question, c tait de la viande de chevreuil, c est tout . " Non , lui dis je, " c tait de la viande d ours . Il est devenu furieux, endiabl . J ai pens qu il allait me sauter dessus. En ce temps l , je n tais qu un enfant qui avait trop grandi, et laissez moi vous dire que je croyais bien qu il avait le diable au corps.
Une chance du tonnerre... Un jour que je chassais dans la montagne, j ai aper u les empreintes de deux orignaux. En m me temps, deux fermiers s en venaient vers moi avec une charge de planches de la scierie Henderson. Ils ont effarouch les orignaux qui se sont enfuis. Cependant, je m tais arrang pour en tirer un au passage et je l avais tu . Les fermiers m ont offert dix dollars pour l orignal. Mince alors, c tait de l argent a Ils m ont dit que si je pouvais tuer l autre, ils le prendraient aussi. Aussit t, j ai rep r ses traces et je l ai abattu.
Il n tait pas mort quand je suis all lui et pour ne pas y laisser ma carcasse, je lui ai port un coup de hache. Le coup n tait pas assez fort pour le tuer, et ce damn orignal tait pr t se relever J ai eu une belle frousse C est un miracle que l orignal ne m ait pas frapp avec ses longues pattes.
Je savais qu il allait mourir parce que je l avais atteint dans les intestins, et je n avais qu attendre le lendemain pour le vendre mes acheteurs. Les fermiers en ont mang une partie et m en ont donn un gros morceau. La viande ne pouvait pas passer plus loin que les dents ; elle go tait le diable parce que j avais touch aux entrailles de l orignal. La viande se g te rapidement si les intestins ne sont pas enlev s tout de suite. Une autre chose que j ai apprise.
Il y avait toujours des cerfs et des orignaux aux alentours de la cabane, pr s des Riding Mountains. Francis Schapf est venu y camper une nuit. Quand un bruit a attir son attention, probablement un cerf qui r dait, il est sorti pour examiner les lieux et il a tir . En entendant un animal tomber, il est all voir tout de suite et s est cri : " J ai tir sur mon cheval . Pouvez vous imaginer cela Il avait pris son cheval pour un lan.
2
La trappe et la chasse dans le Nord du Manitoba
Je r vais du Nord... Mon r ve a toujours t d aller chasser et trapper dans le Nord. J tais heureux dans les Riding Mountains, mais il n y avait pas assez d animaux pour vivre de la trappe et faire assez d argent pour me rendre dans le Nord.
Mon p re n aimait pas mon id e de partir trapper, mais il ne pouvait pas me faire changer d id e. Ma m re savait cependant que t t ou tard je quitterais la maison. J avais pris cette d cision l ge de sept ans ; je voulais suivre les traces de mon grand p re d Aoust.
Finalement, au cours de l t 1917, j ai eu la chance de travailler avec Archie Johnson, qui tait op rateur d une pelle m canique sur la ligne de la Baie d Hudson. Je l ai connu par l interm diaire de son demi fr re qui poss dait une salle de billard Makinak. La nuit, je veillais ce que la chaudi re vapeur ne s teigne pas. Quand on m a surpris dormir, j tais persuad que le contrema tre m enverrait au diable... mais non. Apr s cet incident, je suis toujours rest veill et j ai pu garder mon emploi.
Tandis que je travaillais avec Archie, je lui ai parl avec tant de conviction de mon r ve de trapper et chasser dans le Nord, qu il aurait pu dire que je ne vivais que pour cela. Un jour, il m a parl d une cabane sur la ligne de la Baie d Hudson, au mile 156, cent cinquante milles au nord de Le Pas au Manitoba. Des ing nieurs avaient construit cette cabane quand ils avaient travaill sur la voie de chemin de fer ; depuis, personne ne l utilisait. Il m a dit qu il avait trapp dans cette r gion et qu il y retournerait volontiers. J en savais assez pour partir l aventure. J ai alors pris la d cision d aller dans cette cabane l hiver suivant et de trapper. Comme je gagnais trente cinq cents l heure, la fin de l t j aurais assez d argent pour acheter tout ce dont j avais besoin pour passer l hiver trapper.
Ma m re m a fabriqu un sac de couchage. Apr s avoir achet quelques effets Le Pas, j ai pris mon fusil, quelques pi ges et mon baluchon. En ce temps l , le train s arr tait n importe o , si vous le demandiez au conducteur. J ai donc indiqu au conducteur o j allais et lui ai demand de me d poser cet endroit.
Il tait onze heures du soir quand le train a atteint le mile 156. Il a stopp et je suis descendu sur la voie, livr moi m me, dans la grande solitude. Je savais comment me rendre la cabane, parce qu Archie m en avait maintes fois r p t la direction. Il y avait une piste, et la cabane tait seulement deux cents verges du r servoir d eau de la voie de chemin de fer. J ai chauss mes raquettes et suis parti la recherche de la cabane. C tait le six novembre, par une belle nuit de pleine lune, pas froide du tout. Je ne pouvais pas croire que j tais dans le Nord, dans la r gion de la trappe. D j , je relevais des traces de lapins. J tais tellement excit que mon c ur battait toute vitesse. Imaginez Tant de traces de lapins, et entre elles, des traces de lynx. C tait le paradis pour moi Apr s avoir attendu aussi longtemps, mon r ve se r alisait. Je ne peux pas expliquer aujourd hui ce que j ai ressenti. Apr s toutes ces ann es, je fr mis encore la pens e de mon premier hiver de trappe dans la r gion de Le Pas.
Quand j ai atteint la cabane, je l ai trouv e plus belle que je l avais imagin e Il y avait tout ce que je pouvais d sirer : un po le avec un four, une table avec un banc, et une couchette. J ai pass une partie de la nuit ranger mes affaires, v rifiant chaque chose pour le lendemain.
Debout la pointe du jour parce que j avais trop faire pour dormir, je suis parti en reconnaissance autour de la cabane. Il y avait beaucoup de visons et de lynx, et bien s r, des lapins en abondance. C tait un magnifique pays.
Nous tions en novembre, et j ai trapp jusqu la premi re semaine de mars. Je n ai pris qu un seul fisher. Le fisher est trois fois plus gros qu une marte, avec une grosse queue touffue, termin e en pointe. Les fishers, tous les deux bonds environ, frappent la neige de leur queue ; aussi, il est presque impossible de les confondre avec un autre animal. Un jour, j ai vu des traces de fishers peine un quart de mille de la cabane. J ai tendu un pi ge avec une carcasse de belette pour app ter. J avais captur cette belette la veille et j avais gard la carcasse en cas de besoin. Elle sentait tellement mauvais que je ne savais pas si j attraperais quelque chose avec une telle puanteur.
J ai plac le pi ge sur la piste, entre les saules, et j ai plant deux petits bouts de bois pour guider le fisher vers mon app t. Apr s, je suis parti faire un tour vers l un de ces nombreux lacs aux alentours. J ai vu venir le lynx. Je l ai suivi et il est parti dans la direction de mon pi ge, sur la piste du ftsher. Il a ensuite disparu.
Quand je suis revenu de mon excursion suivre le lynx, j ai d couvert une autre piste de fisher le long du lac. J ai tendu un autre pi ge et, en un rien de temps, j avais captur un de ces beaux fishers. J ai attrap le lynx quelques jours plus tard.
Ma bonne fortune... Je trappais le long d un ruisseau quand j ai d couvert un trousseau de pi ges suspendus un arbre. Comme ils taient rouill s, j ai estim qu ils taient l depuis plusieurs ann es. J en ai compt dix huit et je les ai tous nettoy s. J tais tr s heureux de ma bonne fortune, car je n en poss dais que trente quatre. En tout, j avais trois lignes de trappe en trois diff rentes directions autour du ruisseau.
Plus tard, un trappeur est venu ma cabane. Il m a dit qu il avait laiss quelques pi ges accroch s dans un arbre au printemps. Je lui ai dit : " Vous en aviez, mais vous n en avez plus. Je les ai trouv s et je les utilise. J ai pens que quelqu un les avait perdus ou oubli s . J ai offert de les lui acheter, mais il me les a donn s. C est certain que cela m a aid beaucoup car j ai pu prendre plus d animaux avec ces pi ges suppl mentaires.
Je ne prenais aucun repos et j allais chaque jour visiter les lignes de trappe. En ce temps l , je n avais pas de chiens de tra neau, aussi je transportais tout ce dont j avais besoin dans un sac dos. Il y avait des quantit s de petits lacs et de ruisseaux tout autour. Ma ligne de trappe avait seulement quatre cinq milles de longueur. la tomb e de la nuit, je rentrais la cabane. Je soupais, je d pouillais mes captures et je tendais les peaux sur un cadre. Ensuite, je me pr parais pour le lendemain. Cet hiver l , je ne me souviens pas qu une temp te m ait emp ch d aller sur ma ligne de trappe.
Une trace fra che d orignal... Un matin, j ai travers une trace fra che d orignal, juste c t de mon camp. Je ne savais pas qu il y avait des orignaux dans cette r gion, mais je l ai appris tr s vite. J ai tudi leurs habitudes et j ai su comment les chasser. M me aujourd hui, je pourrais encore tuer un orignal si je pouvais marcher et aller la chasse. Je me suis toujours lev t t pour chasser, parce que c est le meilleur temps.
Ce matin l , il neigeait, et sacr bon sang, ces traces taient fra ches. Je les ai suivies pendant un quart de mille. Je pensais que les orignaux m entendaient venir ou me sentaient parce qu ils ont chang de direction. J ai r alis qu ils n taient pas tr s loin en avant, et je les ai encercl s comme le ferait un chien pour les faire revenir.
Je ne sais pas si vous avez d j rencontr un orignal, mais s il ne vous sent pas, il continuera son chemin. Par contre, il est curieux et s il sent quelque chose il veut savoir de quoi il retourne. Il ira environ un demi mille et s arr tera au milieu d une clairi re, mais il la traversera d abord ; il a assez de cervelle pour cela.
Eh bien, ce que je vous raconte est exactement ce qui est arriv Quand j ai atteint la clairi re, il y avait un orignal se pr sentant par le travers, et surveillant la piste dans ma direction. A environ soixante quinze verges de moi, il a eu une d charge dans le corps. Il a seulement eu le temps de se retourner avant de s crouler sur place.
J ai aussi appris que, apr s avoir mang , un orignal fait un cercle, puis il se couche dans le bon sens du vent, de cette fa on, il peut sentir n importe quoi venant dans sa direction. S il est califourchon sur un jeune arbre, en train de manger les feuilles, vous pouvez aller droit sur lui. Apr s avoir appris cela, j en savais plus sur les orignaux et leurs habitudes. Cependant, j avais besoin de viande et je voulais tuer un orignal. J en garderais assez pour moi, et donnerais le reste aux travailleurs sur la voie ferr e.
Une fois, des Indiens trappeurs qui passaient la nuit dans ma cabane m ont dit que s il y avait du vent, ils chasseraient l orignal. Le lendemain, il y avait du vent ; ils sont partis la chasse et sont revenus avec une vache orignal. Ils ont fait cuire des c telettes dans une po le frire. Que c tait bon Je ne sais pas ce qu ils ont utilis comme pices, mais c tait fameux
Apr s un bon hiver, j avais une quantit de fourrures. J tais heureux dans le Nord. Cependant, j ai fait mes bagages et je suis parti pour Winnipeg rejoindre l arm e.
3
Les ann es de guerre
Des ann es perdues... En 1918, je me suis engag au service de l Arm e canadienne, parce que je pensais que c tait mon devoir de d fendre mon pays. Je devais partir en novembre, mais j ai attendu apr s la saison de trappe. En autant que cela me concernait, il n y avait pas d urgence. Je n tais pas anxieux d aller au front, car mon esprit tait toujours la chasse et la trappe. Au printemps, j ai pris le train pour me rendre aux baraques de Winnipeg, dans la rue Minto.
l examen m dical, le docteur m a demand , en voyant mes jambes, si j avais t bless , parce que j avais de bien mauvaises veines variqueuses. Comme un imb cile, je lui ai r pondu que non. Maintenant, je sais pourquoi il m a r p t cette question, mais j tais bien trop honn te. Si j avais su alors ce que je sais maintenant, laissez moi vous dire que mes jambes auraient t bless es en d mon
Chaque matin, nous faisions des exercices. Il y avait peu pr s mille hommes qui man uvraient ainsi dans Tann e. Je n oublierai jamais ce matin particulier avec l Anglais qui nous entra nait. la fin de la session, il a braill : " Attention et nous avons saut tous ensemble. " Vous a t il cri en me pointant du doigt et en hurlant comme un chien enrag . J tais venu dans l arm e de ma propre volont , j avais quitt les r gions sauvages et je n avais jamais re u d ordre de quiconque pendant toutes ces ann es. Quand j ai r pondu " Oui , il a cri : " Vous voyez cette poubelle papiers l bas Pliez vous en deux et enlevez moi cette gomme de votre bouche .
J avais de la gomme m cher, aussi je l ai jet e, et je suis parti vers la poubelle. Cette esp ce de fripouille m a laiss marcher peu pr s la moiti du chemin, puis il a hurl de nouveau : " J ai dit plier en deux, pas juste marcher Vous tes l arm e maintenant, pas derri re la charrue . J avais envie de sauter sur lui et de lui frotter les oreilles. Si cela arrivait aujourd hui, je lui flanquerais sa damn e face par terre. En fait, je traitais mes chiens bien mieux que cela. Mes chiens, eux, avaient chacun leur nom quand je m adressais eux.
Quatre jours avant la date du d part de notre peloton, j ai parl trois camarades : Joe Allard, Toupin et Labossi re, d aller revoir nos familles avant de nous embarquer pour outre mer. Sans nous emb ter de demander une permission, nous avons pris des directions oppos es avec l id e de nous rencontrer quelques jours plus tard la gare. Joe Allard n est jamais revenu ; aussi, quand nous sommes retourn s la caserne, Toupin, Labossi re et moi tions dans nos petits souliers. L Anglais qui paradait autour de nous nous a dit qu en France, nous aurions t fusill s A.W.O.L. J ai r pliqu : " Quelle diff rence a fait o nous sommes fusill s Nous serons probablement tu s de toute fa on . Quand je pense ma r plique, je me dis que j tais fou
Nous avons quitt Winnipeg par le train et nous sommes mont s bord d un grand bateau Montr al, sur le fleuve Saint Laurent. Nous avons rejoint le convoi Halifax en direction de Southampton en Angleterre. J ai voyag avec mes deux copains, Labossi re et Toupin, et nous sommes devenus de bons amis.
Un matin, en attendant le second d jeuner, nous avons t soudainement pr cipit s par terre. J ai pens qu une torpille venait de toucher le bateau parce que nous avions t trop secou s et que j avais entendu un grand craquement. C tait le chambardement le plus complet. Le bateau qui venait de heurter un rocher a coul en quarante minutes. Quand il a touch le fond, il y a eu beaucoup de confusion ; nous n avions plus ni tunique, ni chapeau. On nous a pouss s dans un canot de sauvetage. Nous tions environ quatre mille soldats sur le rivage o il y avait un brouillard couper au couteau. L , un navire de guerre, le York Redouth, nous a recueillis. Malheureusement, un sifflement continuel nous corchait les oreilles et il n y avait aucune provision pour nous.
On nous a plac s dans des baraques diff rentes, par groupes de trente, et mis en quarantaine cause d un d but de rougeole. Toupin, Labossi re et moi tions contents d tre encore ensemble. Apr s une semaine, les bateaux sont repartis en convoi et nous sommes revenus avec joie au Canada. Quand finalement nous sommes repartis pour Southampton, nous avons pris la route du Nord pour viter les sous marins. Nous voyagions alors sur un navire de guerre allemand qui avait t captur . La mauvaise travers e a dur trente deux jours. La mer tait houleuse et beaucoup d entre nous tions malades. H y avait neuf bateaux dans ce convoi. Sur le n tre, quarante deux hommes, morts de la grippe, ont t pr cipit s la mer. Environ quatre vingt dix autres ont t atteints et, ventuellement, sont morts plus tard. J ai t l un des chanceux ne pas tre malade. Je restais sur le pont le plus longtemps possible et je mangeais du pain sec.
Southampton, au camp du Parc Kuimel dans le nord du comt de Galles, l officier en charge du camp nous a dit que nous n irions pas en France, parce que l ennemi quittait le pays en se sauvant.
L Armistice a t sign trois semaines apr s notre arriv e en Angleterre, le 11 novembre, au moment de monter au front. Nous ne nous sommes jamais rendus en France, bien que nous soyons rest s onze mois outre mer. Je n ai jamais tir un coup de fusil pendant tout le temps pass dans l arm e Cependant, connaissant bien le magn tisme d un fusil sur moi, j tais aussi content que si je m en tais servi.
Nous avons fait des exercices militaires chaque jour en Angleterre, et c est un affreux pays pour la pluie. Nous devions avoir nos bottes bien astiqu es, et avec cette maudite pluie, elles taient boueuses et toutes crott es. Chaque jour, nous devions les nettoyer et les pr senter propres, le lendemain. Uniquement pour l inspection et nous tenir occup s, je suppose...
Retour de la guerre... Je pensais que si je pouvais quitter Tann e, j irais sur ma ligne de trappe. En imagination, je revenais toujours cet endroit privil gi . J attendais impatiemment Theu reux jour du retour au Canada. Ces onze mois ont paru tr s longs, mais finalement, onze mille hommes ont embarqu sur Y Olympic, et nous avons repris le chemin de la maison. Un des moments les plus agr ables de ma vie.
Comme Toc an tait calme, il n a fallu que quatre jours et demi pour accoster Halifax. De l , je suis parti pour Montr al et, avec ma s ur Jeanne, qui demeurait chez mes grands parents depuis dix ans, je suis retourn Winnipeg, puis Makinak, par le train. Mon p re et mes deux fr res, Del et Hughie, nous attendaient la gare.
J ai travaill la ferme pendant presque un an en me demandant comment chacun des sept gar ons de la famille allait r ussir se faire un revenu. J ai eu envie de demander une indemnit pour acheter une ferme, mais cela n en valait pas la peine, puisque le sol n tait qu un mar cage. Mon p re coupait du bois pour faire un peu d argent. Le seul argent que j ai eu en ce temps l m tait venu de la vente d une peau de vison. J avais plac un pi ge sous un petit pont pr s de la ferme et pris un vison gel . Je voulais me ramasser assez de sous pour retourner sur ma ligne de trappe et de chasse dans le Nord.
L automne suivant, je suis revenu ma merveilleuse vie et retrouv ma ch re cabane dans les Riding Mountains. J ai trapp durant l hiver et au printemps de 1920. Je suis all ensuite Le Pas voir les magnifiques chiens de race que nous retrouvons au Manitoba.
Je demeurais avec Edwin Johnson, le fr re de Archie, op rateur de t l graphie Le Pas en ce temps l . Edwin m a dit qu il pourrait obtenir un emploi pour moi sur le chemin de fer Edmonton. Tandis que j tais l , je suis all au restaurant o j ai rencontr un trappeur qui avait quelques renards blancs suspendus au mur. Comme je n avais jamais vu de renards blancs auparavant, j ai t fascin ; c taient les plus belles fourrures jamais vues.
On m a dit qu elles taient de mauvaise qualit . Elles taient d un blanc sale, tirant sur le bleu, parce qu elles avaient t prises trop t t durant la saison d octobre. Quant moi, en ce temps l , toutes les fourrures taient bonnes en octobre. En attendant, j avais l esprit tellement obnubil par ces renards blancs que j tais d cid aller l o il y en avait.
4
Pr s de r aliser mon r ve
Enfin, Peace River... J tais d termin plus que jamais aller Peace River aussit t que possible. A la fin du printemps 1920, j ai dit adieu avec tristesse aux Riding Mountains et ma ch re cabane que j aimais beaucoup. J ai fait le serment de revenir de temps en temps jeter un coup d il sur la montagne.
J ai pris les fourrures captur es durant l hiver et les quelques dollars que j avais conomis s. A Winnipeg, j ai vendu mes fourrures et j ai achet un billet pour Edmonton.
L , je me suis rendu compte que c tait exactement comme me l avait d crit Edwin Johnson. On embauchait plusieurs travailleurs pour la construction. Aussit t apr s mon inscription, j ai eu un bon emploi sur la voie ferr e, transport pay . Nous sommes partis avec le CN aussi loin que Peace River, trois cents milles plus au nord.
Enfin, Peace River J tais tr s heureux d tre aussi pr s de r aliser mon r ve. Le travail tait dur. Il consistait man uvrer des leviers pour charger des wagons de gravier. Nous en chargions quinze par journ e de dix heures, trente cinq cents l heure.
Croyez le ou non... Apr s une nuit de travail, je me suis rendu au bar o l on buvait de la bi re. L , je me suis inform d un ami, Charlie Prine, qui avait eu un ranch dans la r gion quelques ann es auparavant. Une fois, la gare du CN Makinak, j avais vu un lot de jougs pour les b ufs qui allaient tre exp di s Charlie, Peace River. On m avait dit que Charlie avait fait assez d argent en trappant dans les Riding Mountains pour acheter une ferme dans ce pays encore sauvage, qu il poss dait un troupeau d animaux et qu il travaillait avec des b ufs sur sa ferme. Je ne savais pas s il demeurait encore Peace River ou non.
Par chance, un type dans le bar m a dit qu il vivait encore sur son ranch et il m a indiqu le chemin pour m y rendre. J tais tr s excit Je connaissais Charlie et sa femme tr s bien Je les avais rencontr s leur cabane quelques ann es plus t t dans les Riding Mountains, alors que j tais encore un enfant. Il avait trapp plusieurs ann es avec un de mes cousins, Art d Aoust. Puisqu il tait trappeur, il me fallait absolument le revoir chaque fois que ce serait possible.
Au bar, le type m a tout racont ce qu il savait sur Charlie et son ours grizzli. Comme les grizzlis descendaient de la montagne pour trouver de la nourriture, Charlie avait captur et apprivois un jeune grizzli. Il l a entra n jusqu pouvoir le monter en selle et faire une promenade.
Un matin, en apercevant quatre grizzlis qui mangeaient au pied de la colline, il a sell son ours et est parti dans leur direction. Quand les grizzlis ont t port e de fusil, il a enlev la selle qui tait sur son ours, a pris son fusil et s est mis tirer. Il tait tellement appliqu tirer sur les b tes qu il n a pas vu son propre ours aller rejoindre les autres.
Il en a tu quatre, et il tait tr s fier de son exploit. Quand il a constat qu ils taient tous morts, il a fouill ses fontes de selles pour prendre son couteau et les d pecer. Malheureusement, il avait oubli son couteau la maison. Sans s occuper de son grizzli qui tait parti au loin, il a d retourner la maison pied pour y prendre son couteau.
Au retour, au lieu de les d pecer sur place, il a d cid de les tra ner jusqu la ferme. Pour cela, il a pris la selle et l a plac e sur le dos de son ours. Il l a enfourch mais il n est pas rest longtemps dessus. L ours a bondi et a renvers Charlie. Charlie a pens que son ours voulait jouer en le jetant par terre. Comme il n avait jamais fait cela auparavant, il se demandait quel mauvais d mon tait en lui ce matin l . Tout coup, il s est rappel que son ours avait une tache blanche sur le c t . En l examinant de plus pr s, Charlie s est rendu compte qu il avait d pos sa selle sur un ours sauvage. Il avait tu son propre ours
Je ne sais pas qui a t le plus surpris, Charlie ou le grizzli. On dit que cette histoire est vraie, mais je n tais pas l ... Pour ma part, je crois qu elle est vraie.
Je n ai pas eu la possibilit de rencontrer Charlie cet t l parce que j tais trop occup mon emploi. J ai travaill jusqu l automne et, la fin, je n avais encore pas assez d argent pour aller dans le Nord...
J hiverne la rivi re Smoky... J ai hivern la Little Smoky River, trente milles de Peace River. Un type du nom de Smith qui avait une cabane dans cette r gion l m en a indiqu le chemin. Quelques semaines auparavant, j avais rencontr Gendron, un jeune homme qui travaillait aux environs de Peace River. Il voulait venir trapper avec moi durant l hiver. Je l ai accept et nous avons convenu de partager la boustifaille.
Nous sommes partis en train avec nos maigres possessions et, ensuite, nous avons march , charg s d un sac dos, pendant quatre milles dans les buissons. La cabane tait jolie. Nous avions tout le n cessaire pour y passer l hiver. J avais quelques pi ges apport s de la maison, mon fusil chasse et mon radio. Je n avais pas apport mon violon, m me si cet instrument signifiait beaucoup pour moi. En quittant la maison, j y avais pens mais je partais pour trapper, ce qui tait plus important que tout le reste.
Tida, qui tait une bonne violoniste, m avait montr jouer du violon ; aussi, je jouais aux danses Makinak et dans les environs. Cet hiver l mon violon m a beaucoup manqu .
J tais heureux dans cette r gion de la Little Smoky River, mais j aurais pr f r tre encore plus au nord. Cependant, la r gion tait fertile en orignaux et il y en avait une grande quantit aux alentours. Nous avons eu beaucoup de viande. J ai tu cinq ou six orignaux durant cet hiver l et j en ai m me donn aux trappeurs voisins.
Un soir, apr s avoir trapp toute la journ e, j ai d cid d aller une danse o j ai caus avec un jeune homme. Il m a dit que l on pouvait obtenir une ferme pour seulement quelques dollars. Je suis donc rest toute la nuit en ville et, le lendemain, je me suis rendu au bureau des titres de propri t s. L , j ai rempli un formulaire de demande pour une propri t Beauty Prairie, situ e huit milles de Peace River.
La terre ne m avait co t que dix dollars. Cependant, apr s tous les tracas pour satisfaire aux exigences du Bureau, je ne suis jamais retourn dans cette r gion, parce que cet hiver l je n ai presque rien pi g . Gendron et moi avons gagn juste assez pour notre tabac, c est tout Il y avait trop de trappeurs et les animaux fourrure taient rares. Tout le monde trappait en ce temps l .
J avais toujours dans la t te d aller dans le Nord pour trapper, pas pour cultiver la terre. Il n y avait pas de fourrures o j tais et je voyais des trappeurs revenir du Nord charg s de toutes sortes de belles peaux. Ils semblaient en bonne sant , fl naient tout l t et paraissaient avoir beaucoup d argent. Chaque fois que je voyais un trappeur, j tais plus d termin que jamais travailler dur pour conomiser assez d argent et tre capable d aller dans le Nord.
Comme il n y avait pas de renard blanc Little Smoky River, cette r gion n tait donc pas bonne pour moi. Je voulais aller l o taient les renards blancs, au nord, dans les " Barrens Lands ou la toundra comme on appelle ces terres.
Les peaux valaient cher, en ce temps l , m me durant les ann es de d pression. Par exemple, le lynx valait de dix vingt cinq dollars, les martes vingt dollars, les rats musqu s, d un dollar et cinquante cents un dollar et soixante dix cents pi ce.
Les chutes de Vermillon... Le printemps suivant, j ai eu un emploi la Compagnie de la Baie d Hudson, bord d une p niche sur laquelle je travaillais avec dix autres hommes. Il fallait mettre l eau le Sternwheeler, Fort Fitzgerald. La glace fondait, et nous avons suivi le d gel sur une distance de cinq cent quarante milles au sud de la Peace River. Nous avons pr par notre bateau affronter les eaux dangereusement encombr es de glace en construisant des rampes sur trois c t s. Le capitaine nous a ordonn d attacher solidement deux pagaies de vingt pieds de longueur, une chaque bout de la p niche. Chaque pagaie tait faite d une mince lame taill e dans un arbre et appoint e au bout. Quatre hommes actionnaient la pagaie du devant, et quatre autres celle de derri re pour diriger la p niche avec pr caution.
Nous avons ancr la p niche au rivage pour la nuit et, la pointe du jour, nous sommes repartis. Nous n avions pas besoin de force motrice, puisque nous tions entra n s par le courant vers les chutes Vermillon. Ce jour l , nous pouvions entendre le bruit des chutes une distance de quarante milles. Quand le capitaine a remarqu un petit chaland abandonn sur le rivage, il l a fait attacher derri re la p niche, afin qu elle se maintienne mieux en traversant les chutes. Arriv s plus pr s, nous avons recherch la position la plus s curitaire pr s des chutes. Sans avoir le temps de mettre les pagaies l eau, nous avons soudain t emport s par le courant jusque dans les chutes. Pour empirer les choses, notre chaland a frapp l eau en retombant : il a voltig en l air au dessus de nous.
Ce n est pas ce que nous voulions faire en nous tenant tous occup s pagayer par dessus bord. Nous sommes tous tomb s sur le dos. S il n y avait pas eu de balustrade, je ne serais pas ici aujourd hui. En r alit , je n ai pas eu le temps d avoir peur, c est arriv tellement vite Mais je vous dis que s il y a un gars qui a eu la frousse, c est le capitaine Il tait blanc de peur quand nous sommes retomb s sur l eau. Ce vieux capitaine de bateaux de rivi re s est mis hurler. Apr s cet accident, il n en menait pas large.
Je vous dis que je ne suis jamais repass sur ces chutes. Pour rien au monde J ai souvent pens ce voyage. Mais quel beau pays J tais habitu aux petites rivi res Ocre et Turtle autour de la maison. Ces damn es de Vermillon Falls ont t toute une exp rience pour moi.
Apr s quatre jours, nous avons atteint le fort Fitzgerald o finalement, nous avons essay de sortir le Sternwheeler de l eau l aide de poulies. Rien faire apr s avoir travaill jusqu en juin pour le remettre en bon tat. Apr s cet emploi, je n avais toujours pas assez d argent pour aller trapper dans le Nord
La belle vie de trappeurs... Pour aller dans le Nord, je devais m acheter un attirail de trappeur. J ai t chanceux de rencontrer Joe Micheau, un type plus g que moi. Il tait expert pour aiguiser les scies, et comme je n y connaissais rien, j tais content de travailler avec lui.
Nous avons eu un contrat pour couper deux cent quarante cordes de bois de chauffage, pour le bateau vapeur, Northland Echo. Huit arbres faisaient une corde, et nous en coupions vingt quatre par jour. Les arbres taient gros ; quelques uns faisaient plus de deux pieds de diam tre. Au salaire de deux dollars cinquante la corde, nous avons travaill les mois de juillet, d ao t et une partie de septembre.
Quand ces cordes ont t coup es, notre employeur nous a demand d en couper cinquante autres. Nous avons accept de le faire plus tard. Nous voulions aller Fort McMurray d abord. Le Northland Echo a transport notre tente, nos scies et tout le barda sur la rivi re Athabasca, l o nous voulions couper ces cinquante cordes de bois.
Sans payer un sou pour voyager, nous avons pris le Northland Echo en direction de Fort McMurray o nous avons re u notre argent pour la coupe des deux cent quarante cordes. Je pouvais enfin le croire J avais assez d argent pour m ache ter tout le n cessaire pour trapper dans le Nord. D abord, j avais mon fusil et mes pi ges. Mon compagnon et moi avons achet un canot en bois de ch taignier de dix huit pieds de longueur et assez d quipement pour nous rendre jusqu au printemps.
Au retour, nous avons coup les cinquante cordes de bois. Apr s cette besogne de deux semaines, nous avons d m nag Murdoc Creek, moiti chemin entre Fort Chipewyan et Fort Smith. Je me sentais pleinement heureux d tre enfin la barri re des " Barrens , en route pour la trappe. Apr s quelque temps, nous avons trouv un endroit agr able, entour de beaux sapins, pr s d un ruisseau. Aussi, j ai d cid d y construire une cabane en rondins. Joe m a aid ce travail qui nous a pris une semaine.
Un jour, une femelle de lynx est venue s asseoir proximit de nous. Elle nous examinait et surveillait tous nos mouvements. Je la vois encore une distance d un jet de pierre. J tais impressionn par cette magnifique cr ature dans une attitude de sup riorit . Aucun de ses muscles ne tressaillait, comme si le monde lui appartenait. Nous ne l avons pas tir e, parce que sa fourrure n avait pas encore une grande valeur au d but d octobre.
En faisant des tours de reconnaissance dans les environs, nous avons trouv une cabane environ douze milles de la n tre. Joe s y est install et nous n avons pas eu en construire une deuxi me. Par la suite, nous avons trapp chacun sur notre propre territoire, sur des lignes de trappe diff rentes et nous nous voyions de temps autre.
Vers la fin d octobre, je ne pouvais attendre plus longtemps pour commencer faire la trappe. J ai d abord tendu trois pi ges pour v rifier la qualit de la fourrure. La temp rature tait agr able et le sol n tait pas encore couvert de neige, tin matin, j tais tr s anxieux de savoir si j avais attrap quelque chose durant la nuit ; je suis parti tr s t t pour inspecter les pi ges. Parlez moi de la chance que j ai eue ce jour l J ai attrap un renard argent dans mon premier pi ge J tais tout nerv parce que le renard argent tait rare et qu il tait d un tr s haut prix. J avais tendu ce premier pi ge en pensant prendre un vison mais, ma grande surprise, c tait un renard argent J avais un lapin dans le deuxi me pi ge et un renard crois dans le troisi me. J ai re u un montant de cent dollars pour le renard argent et cinquante dollars pour le crois . Quel bon commencement
Quelques semaines plus tard, j ai eu le lynx femelle. J avais pr par le pi ge son intention sur une traverse de chemin de fer. Le pi ge tait attach un saule de huit pieds. Plusieurs jours plus tard, je suis pass pr s du pi ge sans ne rien remarquer. Un soir, en rentrant ma cabane, j ai vu des traces qui se dirigeaient vers le pi ge. J y suis retourn imm diatement. Le lynx venait tout juste d tre pris ; il se d battait comme un diable, et j ai d le tirer. Sa peau m a rapport quarante dollars.
Je suis rest cet endroit tout l hiver et j ai trapp le long du ruisseau. Comme je n avais pas la possibilit d entretenir un attelage de chiens, je devais porter mon sac dos. Je marchais vingt milles par jour sur ma ligne de trappe en transportant mon n cessaire de trappeur et mon ravitaillement.
J ai eu la chance de capturer une bonne quantit de visons et de rats musqu s, neuf renards, et deux lynx. J ai vendu mes premi res fourrures un acheteur sur le bateau, mais j ai appris plus tard que j aurais pu avoir un meilleur prix n importe o ailleurs. C tait ma premi re exp rience de trappe dans la toundra canadienne.
J tais tr s heureux. Pour moi, la vie de trappeur tait la plus belle vie dont on pouvait r ver. Je pensais tre le seul aimer autant le Nord. mes deux fr res la maison, qui taient aussi fous de la chasse que moi, j ai envoy un peu d argent et une photo de castor en esp rant qu ils viennent se joindre moi. Mais mon p re s est empar de ma lettre et a dit Hughie et Phil : " La meilleure chose faire, vous d eux, est d oublier l id e d aller trapper. 11 y a d j assez de cingl s dans la famille . En disant cela, il me d signait, bien s r Mais quelques ann es plus tard, les deux autres cingl s sont venus me rejoindre dans le Nord
Apr s quelques ann es dans le Nord, je n ai pas pu demeurer Murdoc Creek parce qu il m tait impossible d obtenir un permis de trappe, cause de l am nagement du fameux Buffalo Park. J ai donc d m nag et suis all trapper sur ma propre ligne, de la rivi re des Esclaves Fort Fitzgerald.
propos des visons et des rats musqu s... En trappant le long de la rivi re des Esclaves, j ai eu l occasion d tudier le comportement des visons. J en ai appris beaucoup sur leurs habitudes et leur fa on de saisir une proie. Ils tuent tous les rats musqu s qu ils peuvent attraper en les atteignant facilement sous l eau, car ils nagent plus rapidement qu eux. Ils s en emparent sous la glace, dans leurs push ups : de petites maisons construites l automne, d s la formation de la glace sur les tangs et les mar cages. Ce genre de nid trois ou quatre fois plus grand qu un rat musqu est assez grand pour qu un animal s y loge et y emmagasine des provisions pour un mois. Le rat musqu mange la v g tation trouv e au fond de l eau. Il referme soigneusement l entr e de son nid apr s avoir fait son approvisionnement.
J ai trouv un de ces tangs de rats musqu s vers la fin de mars. Il comptait entre soixante quinze quatre vingt nids tr s r cents. J ai estim que les nids pouvaient contenir cent cinquante rats. Avec ma hache, j ai cogn sur une maison ; ensuite, j ai soulev le couvercle pour voir si l eau tait gel e. Par pur hasard, j ai trouv dix douze carcasses entass es en boules les unes sur les autres, sans aucune trace de chair. Un vison avait mang les rats musqu s Et pourtant, le vison ne d chiquette pas de cette fa on. Il tait affam et avait mang toute la viande autour des os. Je savais beaucoup de choses sur les visons, mais j ignorais qu ils taient de tels pr dateurs. Ce vison vivait sous la glace et mangeait les rats ; il en tuait probablement un ou deux chaque jour.
Je suis all sur le push up suivant, un beau nid fait d herbe, pour inspecter les autres maisons. Huit ou dix pieds s paraient ce push up de l autre. J ai enlev le dessus d une maison et j ai vu la m me chose Encore une douzaine de carcasses toutes en boules galement. Ce maudit vison avait visit celle l aussi
J ai d cid de placer un pi ge mais je n ai pris qu un seul rat musqu . Le damn vison avait visit et nettoy tous les nids
Une chetsse au castor... Une fois, j ai suivi un castor sur une distance d environ vingt milles. Il allait son train en gardant une assez bonne distance entre lui et moi, puis il a disparu sous l eau.

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