J arrive dans 5 minutes Mila !
145 pages
Français

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J'arrive dans 5 minutes Mila ! , livre ebook

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Description

Martine laisse sa fille Mila, au salon, le temps d’amener Lucas, son fils, à l’école située, sur la place, face à la maison.
Au bout de 17 minutes, lorsqu’elle revient, il ne reste qu’un doudou posé, sur le petit fauteuil, en cuir noir.
Tout s’effondre dans la vie du couple.
Entre un voisin aigri, un étrange personnage croisé dans la ruelle de l’école, une camionnette blanche stationnant tout près, et un probable témoin, caché derrière un arbre, le couple va devoir s’armer pour ne pas perdre la face.
Mais lorsqu’une vérité en cache une autre, comment rester unis ?

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Informations

Publié par
Date de parution 21 août 2018
Nombre de lectures 0
EAN13 9782312059488
Langue Français

Exrait

J’arrive dans 5 minutes Mila !
Roseline Lambert
J’arrive dans 5 minutes Mila !
LES ÉDITIONS DU NET
126, rue du Landy 93400 St Ouen
© Les Éditions du Net, 2018
ISBN : 978-2-312-05948-8
Avant -propos
Le 25 mai, est devenu la journée mondiale des enfants disparus, crée en souvenir du jeune Etan Patz, âgé de 6 ans, enlevé à New York en 1979 .
Combien d’enfant sont enlevés chaque année ? Et combien parmi eux sont-ils retrouvés vivant ?
Chaque heure, environs 5 enfants disparaissent en France . En 2017 , pas loin de 49 422 enfants ont été signalés disparus dont 11 000 restent introuvables.
Si pour la grande majorité, il ne s’agit que de fugues, 1328 cas sont qualifiés de « disparitions inquiétantes ».
Quelle que soit la nature de la disparition d’un enfant, quelle que soit son origine, sa couleur de peau ou sa religion, nous ne pouvons y rester indifférents.
« J’arrive dans 5 minutes Mila ! » est mon premier roman que j’ai commencé à écrire en septembre 2017 . Mon œuvre n’est pas le récit d’une histoire vraie, tous les personnages sont fictifs. J’ai souhaité garder le lieu de Valenciennes , là, où je suis fière d’être naît.
Martine et Fabrice se sont connus au lycée. De suite, il est tombé fou amoureux d’elle et réciproquement, elle, amoureuse de lui. Après dix ans de mariage, leur couple s’essouffle. Lucas, leur fils, est alors âgé de cinq ans et Mila de deux ans.
Chacun tombe dans la spirale infernale quotidienne du « lever, boulot, dodo », et, finit par oublier de regarder l’autre.
Mais, tout va basculer le jour où Mila est enlevée. Ils vont devoir faire face à leur peur, leur mensonge, et trouver comment se battre, afin de traverser cette épreuve.
Entre un voisin aigri, un homme qui se cache près de l’école, un probable témoin près de la maison, le couple va t-il perdre la face ?
Le commissaire Foulon Daniel accueille un nouvel équipier depuis six mois, Nadir Joachim, qui fait ses premiers pas dans cette affaire. Malgré son jeune âge, il fait preuve de ténacité. Tous deux donnent le meilleur d’eux-mêmes, dans ces premières heures de l’enquête qui sont déterminantes.
Chapitre I
A Valenciennes,
Vendredi 29 septembre 2017,
8 h 05
Martine n’a pas entendu son réveil sonner. Lorsqu’elle consulte son portable, c’est l’affolement. D’ordinaire, elle se lève cinquante cinq minutes plus tôt.
Elle saute du lit pour se rendre dans la chambre de son fils Lucas. Elle le prend dans ses bras, avec ses oursons, et, le descend au salon. Après l’avoir enveloppé dans une petite couverture, elle lui ramène son lait chocolaté et une tranche de brioche. Elle allume la télévision pour que les dessins animés l’aident à émerger de ses rêves.
Elle se fait couler un expresso et file dans la salle de bain se débarbouiller. Puis, elle se coiffe d’une queue de cheval, enfile son jean noir et un sweat mauve. Elle allonge son café avec du lait écrémé, et se brûle presque le palais pour l’avaler, tant il est chaud. Tout en se brossant les dents, elle marmonne à Lucas d’enfiler au plus vite son petit déjeuner, ou ils seront encore plus en retard.
Ensuite, Martine monte les escaliers deux à deux, pour aller dans la chambre de sa fille. Elle enveloppe tendrement sa petite Mila dans ses bras, chargés de porter, aussi, doudous lapins, et ses deux poupées préférées. Tout en préparant le biberon aux céréales, elle fait remarquer à Lucas qu’il n’a toujours pas bu son chocolat.
« Aller mon grand, je vais t’habiller, ce sera déjà ça de fait !
– J’n’ai pas envie d’aller à l’école moi, et puis c’est nul d’abord ! Je préfère rester à la maison pour jouer ! ronchonne-t-il en croisant ses bras et fonçant les sourcils.
– Moi non plus je ne veux pas aller travailler, mais si tu veux à nouveau des vacances, chacun doit faire un effort. Tu travailles à l’école, et moi, au bureau, ça marche ?
– Bah oui, mais aussi ce qu’on fait, bah moi j’aime pas d’abord ! Alors, je ne vais rien faire du tout, et puis c’est tout !
– Tu es vraiment grognon ce matin, tu mérites une rafale de gui li ! »
Lucas succombe aux chatouilles de sa mère et retrouve le sourire. Il l’embrasse tendrement, et finit de s’habiller seul.
Martine profite de ce moment pour vêtir Mila qui, à presque trois ans, est moins autonome. Elle la coiffe également d’une queue de cheval. Elle a pris soin de lui préparer un tee-shirt mauve, ce qui ne manque pas de ravir sa fille, de porter un vêtement de couleur identique, à celui de sa maman.
Il est temps de se chausser et de mettre les manteaux. Martine décide que Mila restera à la maison, car ils sont trop en retard. L’école se trouvant en face, elle sera vite revenue pour l’emmener, chez sa mère, puisque sa fille n’a pas classe ce matin.
Elle met en route des comptines sur You Tube . Elle rassure sa petite, et lui explique qu’elle ne sera pas seule très longtemps. Elle l’installe dans le petit fauteuil noir, et lui rappelle qu’elle l’aime plus que tout.
« J’arrive dans cinq minutes Mila ! Je t’aime ma chérie !
– Moi je t’aime jusqu’au fin fond de l’univers ! »
Mila fait mine de bouder un peu. Mais après avoir embrassé sa mère, poupées et doudous blottis contre elle, tout en écoutant les douces mélodies, elle retrouve vite son joli sourire.
Chapitre II
8 h 40
L’école a fermé ses portes depuis cinq minutes. Martine verrouille sa maison à double tour. Elle explique à Lucas qu’ils vont devoir marcher très vite, une fois la route traversée. Mais Lucas semble être inquiet. Il retire de son dos son cartable et regarde à l’intérieur. Il manque un cahier.
« Quelque chose ne va pas chéri ?
– T’as pas pris mon cahier jaune, maman, je vais me faire gronder, la dernière fois, madame Romain n’était pas contente !
– Non Lucas, s’il te plaît, on est déjà en retard !
– S’il te plaît maman, je vais me faire disputer encore !
– Pff, OK, il doit être dans le couloir, il me semble avoir vu un truc jaune. Attend-moi là, j’arrive.
– Oui, maman.
Il s’agit du cahier de liaison, qui fait le lien entre l’institutrice et les parents, qu’elle trouve sur le meuble à chaussure. En ressortant de la maison, elle claque la porte. Elle montre à son fils, qu’elle tient bien le cahier en main, et, l’entourant de son bras droit, elle le dirige vers le portail de bois.
En ouvrant la barrière, elle remarque qu’une camionnette blanche couverte de rouille et de coups stationne sur le trottoir. Elle n’aime pas trop cela. On parle beaucoup dernièrement de trafique de toute sorte, qu’il peut y avoir dans le quartier.
– Regarde maman la voiture rouge ! Elle est trop belle !
– Oui mon cœur, une fois qu’elle est passée, on y va d’accord ?
– Oui, maman.
Une fois la route traversée, ils arrivent sur la petite place. Ils ne sont pas les seuls à arriver tardivement à l’école. Une voiture grise se gare dans un emplacement oblique, près d’une coccinelle noire. Une grande dame élancée y sort, ainsi que son petit garçon. Martine reconnaît la maman de Louis, qui se trouve être dans la même classe que Lucas. Les regards des mamans se croisent, et se font un signe de tête, en guise de se dire bonjour.
– Maman, c’est Louis ! On peut y aller ensemble à l’école ? »
Lucas n’attend pas la réponse de sa mère. Tout en lâchant sa main, il s’en va en courant rejoindre son petit copain.
« Coucou Louis ! On est tous les deux en retard ! se bidonne Lucas.
– Oui ! C’est trop marrant ! Elle nous dira rien Madame, là, c’est sûr, rétorque Louis en se tordant, à son tour.
– Oui, c’est sûr, on est à deux d’abord ! En plus, j’ai failli oublier mon cahier de liaison !
– T’es trop fort Lulu ! »
C’est Mme Benet, la mère de Louis, qui engage la conversation avec Martine.
« Bonjour, c’est la quatrième fois que j’amène Louis en retard, je crois que je vais me prendre une retenue cette fois-ci ! se montre-t-elle joviale.
– Bonjour , espérons que ce ne soit pas le cas, car je ne serais pas épargnée non plus ! Dépêchons -nous !
Tous les quatre s’approchent de la ruelle, qui longe l’école primaire, menant à l’école maternelle des enfants. Martine, remarque de suite un homme intriguant, appuyé sur le mur. Il lui paraît bizarre, car, portant une casquette grise vétuste, il a la tête baissée vers ses bottes boueuses, avec les mains dans les poches. Il donne l’impression de vouloir se cacher. Un dragon rouge est dessiné le long de la manche droite, de sa parka noire. D’ailleurs, ce motif attire vite l’attention des jeunes qui en sont fascinés.
Martine pense à Mila dans le petit fauteuil, face à l’ordinateur. Mais , avant même que de mauvaises idées ne viennent troubler son esprit, la maman de Louis l’accapare de question, sur l’organisation de la vie scolaire.
– C’est une bonne chose que l’école revienne à quatre jours par semaine. Au moins, les enfants pourront se reposer le mercredi matin, et faire leurs activités l’après-midi. Vous êtes d’accord avec moi ? Ne trouvez-vous pas, que leur maîtresse madame Romain , se moque un peu de nous tout de même ? Connaissez -vous les nouveaux parents d’élèves ? Madame Genèse en fait partie. C’est une amie, de l’une de mes amies. Si vous avez un souci, n’hésitez pas, j’aborderai le sujet avec elle. Nos garçons ont l’air de bien s’entendre. Vous pouvez m’appeler Anne - Sophie …
Martine hoche la tête pour manifester un oui ou un non. Elle trouve qu’Anne-Sophie parle trop.
– Maman ? Le monsieur avec le dragon, il s’en va. Il va où ?
– Je ne sais pas chéri, sois sage, tu vas bientôt rejoindre ta classe.
– Oui, maman. »
8 h 47
Ils arrivent devant les grandes portes fermées de l’école. Anne-Sophie sonne deux fois. Une jeune femme, traversant la cour, avec un paquet de feuille, se dirige vers eux. Son talon gauche glisse sur le sol, et, voulant se redresser, de peur de tomber, ses longs doigts fins s’entrouvrent, et laissent le vent transporter quelques feuilles.
« J’arrive de suite, crie-t-elle, je ramasse mes papiers avant que le vent ne les emmène je ne sais où !
Mais en se baissant pour les prendre, c’est la totalité du paquet qui tombe sur le sol humide.
– La journée commence bien ! marmonne-t-elle. Je vais devoir refaire des photocopies, celles-ci sont tâchées !
Martine , stressée, caresse du pouce la main de son fils, qui rit de bon cœur avec son camarade de classe.
Elle pense à Mila . Elle ferme les yeux, et tente de se rassurer, en se répétant que sa petite fille est une enfant sage, et déjà si obéissante pour son jeune âge. Elle ne montre pas encore d’opposition à sa mère, et a bien encré quelques règles de conduite, de la maison. Elle sait que Mila restera assise dans le fauteuil. Mais elle a pour principe qu’il ne faut jamais dire jamais.
Martine y pense si fort à Mila, qu’elle laisse échapper de sa bouche :
– J’aurais dû la prendre… Pfft.
– Pardon ? s’étonne Anne-Sophie.
– Rien ! Martine rougit. Il arrive que je ronchonne un peu ! Ce n’est rien. Mais que fait-elle ?! Bon sang !
Elle envoie un message à la grand-mère de Mila.
– La dernière fois que j’ai emmené Louis en retard, c’était elle aussi, qui était venue nous ouvrir. Nous devons passer devant, par l’entrée principale, mais c’est plus rapide par ici. Enfin , normalement ! Le ciel se couvre, on dirait bien qu’il va pleuvoir, non ?
– Certainement oui, tout le monde sait que nous avons peu de soleil dans le nord, n’est-ce-pas ?
– Oui, c’est vrai, mais vaut mieux peu que trop peu ! C’est ma mère qui radote cela ! Aller, détendez-vous ! Un retard n’est pas bien grave. La voilà, enfin ! chuchote Anne-Sophie.
– Bonjour mesdames ! Vous…
Mme Renard est interrompue par la directrice de l’école, qui lui rappelle, qu’à raison du plan vigile pirate, les retards ne peuvent se faire par cette entrée.
– Dorice ! Vous les faites passer par la porte de devant, s’il vous plaît ! C’est obligatoire ! À tout de suite les enfants ! Une bonne journée mesdames ! »
La directrice, Mme Fournaise , leur affiche un visage d’empathie, mais, une fois revenue dans son bureau, elle ne manque pas de faire quelques remarques les concernant, à une jeune stagiaire qui l’accompagne :
« Il y a toujours des parents qui pensent que l’école élémentaire n’est pas une priorité ! Amener ses enfants à l’heure est la base de leur éducation ! Comment voulez-vous que les enfants suivent un règlement, si les parents eux-mêmes ne sont pas assidus ! »
Lucas précise à sa mère que, Mme Renard s’appelle Dorice, et qu’elle n’est autre que la dame de la garderie, qu’il apprécie.
Au bout de la ruelle, ils tournent à gauche, et c’est l’ATSEM, Laura, de la classe des enfants qui vient leur ouvrir :
« Bonjour Louis ! Bonjour Lucas ! Entrez vite rejoindre les autres ! Sourit -elle, comme à son habitude.
– Ils vont à la cantine ce midi ?
– Pas pour Louis non, à tout à l’heure mon chéri ! Sois sage, je t’aime !
– Moi aussi maman ! s’agace-t-il, levant les yeux aux ciel, agaçé, par l’amour débordant de sa mère.
– Et pour Lucas, Mme Paris ?
– Oui, ce midi il va à la cantine. Je t’aime mon cœur, sois sage et à tout à l’heure.
– Moi aussi maman ! J’aime pas la cantine pff. » dépit-il, en prenant son copain par le bras.
Laura les accompagne, avec tendresse, posant une main sur chacune de leurs épaules.
Martine et Anne-Sophie s’en retournent vers leur demeure respective.
« Une bonne petite cigarette ! Vous en voulait une ? Je peux vous appeler par votre prénom aussi ?
– Bien sûr ! Je m’appelle Martine ! Je ne me suis même pas présentée ! Excusez-moi !
– Il n’y a pas de mal, une cigarette ?
– Non merci, j’ai arrêté il y a dix ans.
Martine voudrait lui dire que Mila l’attend, mais elle n’ose le faire, par conséquent, elle presse le pas, peu à peu.
8 h 57
Lorsque Martine regarde sa montre, cela fait maintenant dix-sept minutes que Mila est seule à la maison. Elle angoisse véritablement, et accélère fortement le pas. Anne-Sophie qui raconte ses débuts de fumeuse, lorsqu’elle était adolescente, se met également à accélérer le pas. Mais voulant rester polie, malgré l’agacement certain, que lui procure Anne-Sophie, elle lui parle sans même la regarder :
– Excusez-moi, j’ai un petit souci, il me faut rentrer de suite !
Elle court pour passer sur la place.
– J’espère que ce n’est rien de grave ! Je comprends, à tout à l’heure ! »
Martine va enfin retrouver Mila et la serrer contre elle. Sentir sa joue contre la sienne, et lui donner tout l’amour qu’il convient.
Au bord du trottoir, avant de traverser la route, elle remarque une vieille dame, d’environ soixante-dix ans, un peu enrobée, devant la boulangerie. Son sac de course s’est en parti renversé et, une boîte de conserve, a même roulé, jusque dans le caniveau. Il n’est pas dans ses habitudes, de ne pas venir en aide aux personnes âgées, mais cette fois-ci, elle n’en fera rien. De toute façon, pense-t-elle, un jeune lycéen sort de la boulangerie pour lui porter secours.
Elle traverse la route.
En ouvrant le portail, elle repense à la petite camionnette blanche, qui n’est plus présente.
Elle plonge sa main droite, dans la poche de sa veste en cuir noir, et, en ressort son trousseau de clé. En enserrant cette clé dans la serrure, elle se rend compte qu’elle n’a pas refermé la porte à double tour. Elle se souvient à ce moment précis, de l’avoir seulement claquée.
Les bruits de voiture, le vent dans les feuilles, et plus aucun oiseau ne se fait entendre. Tout est devenu sourd autour d’elle. Une fourmilière de picotement parcourt tous les sillons de son corps. Sa main gauche tremblante appuie sur la poignet, et s’entrouvre la porte.
Le couloir de la maison s’étire dans le tunnel de sa vue. Tout en avançant vers la baie vitrée, qui mène au salon, sa main droite attrape une petite veste violette, pendue au portemanteau, sans même en avoir conscience.
Elle se souvient bien que cette porte vitrée, elle avait pris soin de la refermer. Elle est entrouverte. Sa main gauche toujours tremblante, pousse sur le carreau, pour laisser vue sur le petit doudou, seul, dans le petit fauteuil noir.
Ses doigts lâchent la petite veste violette qui s’écrase sur le plancher. Tandis que, les comptines continuent de se faire entendre, à travers la maison, Martine tourbillonne dans le salon. Elle suffoque presque, et peine à dire le prénom de sa fille. Mais peut-être se cache-t-elle, s’efforce-t-elle de penser. Elle inspire fortement et finit par appeler sa fille une fois. Puis, une deuxième fois, mais pas de réponse. La peur qu’un drame ne soit arrivé à sa progéniture l’envahit. Cette vérité la tétanise. On ne peut la lui avoir prise. Elle refuse de le croire.
Elle crie après Mila . Elle l’appelle partout dans la maison. Dans la salle de bain, à l’étage, dans les chambres. Pas un écho ne vient. Martine va même voir au grenier, et à la cave, tout en sachant que sa fille, aurait été incapable de s’y rendre seule. Elle se paralyse de frayeur. Ses points se serrent, et sa bouche s’entrouvre, quand jaillissent de ses grands yeux marrons, les larmes de cette torture. Martine gémit. Elle tord son sweat et tire sur ses cheveux. Paniquée , elle se fige quelques secondes. Puis , elle pense au jardin et les dépendances qui s’y trouvent. Une petite lueur d’espoir, la refait prendre sa raison. Elle se convainc :
« Aller Martine ! flagelle-t-elle un peu. Va dans le jardin, elle est là ! Fabrice est revenu, oui c’est ça, ils sont dans le jardin ! »
En descendant les trois marches de l’arrière-cuisine, elle arrive sur la terrasse cimentée. Elle crie après Mila, encore et encore. Elle s’enfonce dans le jardin, fait d’une longueur de cent mètres de long, séparé d’un grillage à celui d’à côté.
M Andrée, son voisin, est une vieille personne aigri. Il se trouve à travailler son potager. Il est presque à quatre patte pour déraciner les mauvaises herbes. Cette position accentue son teint rouge violacé, dû à l’abus de vin. Il entend bien sa voisine crier « Mila », mais cela ne le fait pas du tout réagir. Il reste tête baissée, condescendant à la situation.
Martine arrive à sa hauteur, et les mains sur les hanches, toute essoufflée, l’interpelle :
« Excusez-moi ?! Répondez-moi, monsieur, s’il vous plaît ! Je cherche ma petite fille, vous la connaissez. Je sais que vous ne nous appréciez pas, mais ma fille a disparu. Je l’ai laissé seule à la maison et elle n’est plus là. Alors, si vous savez quoi que ce soit, monsieur, je vous en supplie, dite-le moi. »
M Andrée reste muet face au désarroi de Martine. Les mots qui jaillissent de sa bouche, sont porteur de tant de douleur qu’ils resserrent sa gorge. Elle éclate en sanglot devant cette certitude qui lui gicle au visage. Mila a été enlevée. Elle ne sait par qui, et ni où elle se trouve. Ce qui n’existait que dans les médias, s’est produit sous son propre toit. Elle veut hurler le prénom de son mari, mais comme aphone, elle n’y parvient.
Elle court dans sa maison pour lui téléphoner.
M Andrée se retourne alors vers elle, et, tout en se redressant, il la regarde s’éloigner vers son domicile. Son vieux berger allemand qui dormait paisiblement devant sa niche, se réveille et se met à gémir. Le vieux monsieur se trouve vite agacé, et finit par lui jeter des jurons pour le faire taire.
Martine se rend dans le salon. Prend son portable posé sur la cheminée, et compose le numéro de son mari. Fabrice ne décroche pas. Elle laisse un message :
« Fabrice rappelle-moi très vite, Mila a été enlevée ! »
Tout en raccrochant, elle répète le prénom de sa fille en boucle. Elle tente de joindre sa mère, mais en vain. Elle lui laisse également un message. Puis, elle compose le 17. Une jeune femme, à la voix très douce, tente de la calmer. La policière lui conseille de téléphoner à tous ses proches, au plus vite, et d’éviter de rester seule. Elle lui certifie qu’une patrouille ne va pas tarder à arriver.
Le portable se met à vibrer pour annoncer un deuxième appel, celui de Fabrice. La conversation avec l’agent prend fin.
« Oui, Fabrice, je ?…
– Martine, c’est quoi cette histoire ? Où est la puce ?
– Je ne sais pas où elle se trouve ! Je l’ai laissé seule à la maison. Je pensais bien faire. On était en retard pour l’école. Je l’ai mise devant l’ordi avec des comptines, son doudou, et ses poupées à bras…
– Qu’est-ce-que tu me racontes ! Et pourquoi n’est-elle pas à l’école ?
– Son instit est absente aujourd’hui, je devais l’emmener chez maman.
– Et pourquoi elle n’y est pas, je ne comprend pas ?!
– C’est ce que je suis entrain de t’expliquer, on nous l’a enlevé !
– Non ! Personne n’a pu enlever ma pu-puce ! Elle est forcément chez ta mère, je vais l’appeler !
– Je l’ai fait, il n’y a personne.
– Bah voilà, ta mère est venue la chercher, elle l’a déjà fait, non ?
– Oui, c’est vrai.
– T’as pas fermé la porte à clé au fait ?
– Si, mais après… Enfin, c’est compliqué…
– On peut entrer comme on veut tu vois ! Ça te servira de leçon ! Arrête de paniquer, tout va bien. Je te rappelle dès que j’ai eu Odette.
– J’ai prévenu la police.
– C’est rien ça, tu pensais bien faire, tu t’excusera. À tout de suite !
– Oui, à tout de suite ! »
Mais elle n’est pas rassurée. Fabrice est dans le déni. Sa mère n’aurait pu aller si vite. Elle en doute. Et puis, elle aurait laissé un message, passé un coup de fil, ou mieux, elle aurait attendu le retour de sa fille, avant de partir avec Mila . Martine suffoque presque, l’une de ses jambes se met à trembler. Elle fait des vas et vient dans cette maison si vide. Un sentiment effroyable qu’elle ne peut contrôler, s’est infiltré dans son esprit. La notion de mort prend forme.
Le temps lui paraît de s’étendre. Les minutes se déclinent en heures, et les secondes valsent à mille temps. Un moment irréel et absurde où tout se mélange, et forme le chaos autour d’elle.
Enfin, son portable vibre dans la paume de sa main.
« Ma chérie ! Fabrice vient de m’appeler à l’instant !
– Oh maman ! Dis-moi qu’elle est avec toi !
– Non ma chérie, Mila n’est pas là !
– Non ! hurle-t-elle.
– Fabrice va arriver ! Calme-toi ! » fond en larme, sa mère.
Elle raccroche suffoquant sans un mot.
Fabrice Paris , est chef de chantier dans la construction et rénovation de l’habitat. Il travaille actuellement sur un projet se situant dans la commune de Poix -du- Nord . Habituellement , il met environ quarante cinq minutes pour revenir à son domicile. Mais vu la situation accablante, il roule bien au dessus des limitations de vitesses, estimant qu’il n’a pas de temps à perdre.
Chapitre III
9 h 20
On sonne à la porte deux fois de suite. Deux agents de police sont sur les marches de l’escalier. Une fois les présentations faites, Martine les invite à entrer.
Arrivés au salon, elle raconte comment le début de matinée s’est déroulé jusqu’à la disparition de sa fille. Le plus jeune, Joachim Nadir , prend des notes sur un carnet, pendant que Daniel Foulon , le plus expérimenté, désire faire le tour de la maison. Poliment , il informe à Martine qu’il se rend à l’étage puis au jardin.
Daniel , commissaire depuis plus de quinze ans, observe scrupuleusement tous les cadres photos suspendus, dans le long couloir de l’étage. Il remarque très vite que les enfants, sont gâtés aussi bien matériellement qu’affectueusement. Martine , toujours souriante, apparaît avec eux sur la plupart d’entre elles.
Son regard s’attarde sur une photo, où l’on peut voir leur père souffler les bougies, avec son fils, pour ses quatre ans.
Dans la chambre de la petite, le rose a gagné sa première place. Des peluches accolées, ont envahi presque toute la chambre. Un coin est réservé à une maison de poupée, habitée par de nombreux play mobile.
Daniel décroche une photo de Mila, juste punaisée au dessus du petit lit. Il la range dans la poche intérieure de sa veste.
Lorsqu’il arrive dans la chambre parentale, il voit de la fenêtre, un vieux monsieur accroupi dans son potager. Il descend au rez-de-chaussée pour interroger Martine.
« Vous êtes allez voir votre voisin ?
– Oui , je lui ai parlé mais il ne m’a pas allégué le moindre mot. Il ne nous aime pas. Il n’apprécie personne et ne voit personne. Il n’a même pas daigné à se retourner, lorsque je me suis adressée à lui, cet égoïste !
– Je vais aller l’interroger. Il vaudrait mieux pour lui qu’il réagisse ! Joachim, je te laisse appeler le bureau. Demande leur d’envoyer, un ou deux agents, pour les relevés d’empreintes. Madame, vous pensez à quelqu’un de votre famille, qui aurait peut-être un intérêt quelconque d’enlever votre fille ?
– Non du tout, nous ne sommes pas une grande famille mais nous nous entendons assez bien.
– Personne en particulier que vous pouvez suspecter ?
– Non, personne.
– D’accord, comment s’appelle votre voisin ?
– M André, je ne connais pas son prénom.
– Suffisant pour l’instant. Pourquoi vous ne vous entendez pas ?
– J’en ai aucune idée, et je m’en fou un peu là !
– Oui je vois, j’essaie de réunir tous les éléments qui montrent bien qu’il y a eu un enlèvement alors…
– Vous ne me croyez pas ? lui coupe-t-elle la parole.
– Nous devons le confirmer madame, c’est la procédure, dans l’intérêt de votre fille. Personne ne met vos propos en doute. D’accord ?
– Oui d’accord, faite ce qu’il faut, mais retrouvez-là.
– Elle a vu un homme bizarre à l’entrée de la ruelle, poursuit Joachim.
– Bizarre, c’est à dire ?
– Je ne sais pas, c’est sa façon de rester là, à attendre sans rien faire. A côté de l’école de mes enfants !
– Et il y avait une camionnette blanche qui stationnait devant la maison. Lorsqu’elle est revenue chez elle, le gars n’était plus là, et le véhicule non plus.
– C’est une bonne piste, oui. Continu de recueillir les éléments que madame peut te fournir Jo, je sors voir le voisin. »
Le commissaire se dirige dehors, vers le jardin, tandis que Fabrice se gare brusquement, derrière le véhicule de police. Le bruit des freins usés s’entend du salon.
« Excusez -moi, Mme Paris , je vais appeler des collègues, j’ai besoin de retourner dans notre véhicule. Vous devriez, si je peux me permettre, informer votre bureau, et, prenez des congés. Ou voyez pour un rendez-vous avec votre médecin, il vous mettra en arrêt.
– Comment peut-on penser à tout ça…
– Vous ne le pouvez pas, c’est pourquoi je me permet de vous conseiller. Je sais que votre tête est ailleurs mais plus vite fait, mieux ce sera pour vous, conseil Joachim en lui donnant un clin d’œil.
– Merci , je vais le faire après, j’attends mon mari.
– Tant que j’y suis préparez-moi une photo de votre fille, je sais à qui la faxer pour faire des affiches.
– Il arrive, anxieuse, elle regarde par la fenêtre.
– Je sors, ça me permettra de l’interroger de suite. »
Fabrice a le visage défait d’inquiétude. Parler avec un agent de police, n’est pas ce dont il a envie de faire en cet instant. Mais Joachim ne le laisse pas passer en lui tendant la main pour le saluer. Pris de court, Fabrice s’arrête sur sa lancée et lui tend les doigts.
« Bonjour M Paris , je suis l’agent Nadir Joachim , chargé d’enquêter sur la disparition de votre fille.
– Vous êtes tout seul ?
– Non, je fais équipe avec le commissaire Daniel Foulon. Il est actuellement entrain d’interroger votre voisin.
– Vous en êtes où ? Ma femme est à l’intérieur, encore ?
– Oui, elle l’est. J’ai besoin de vous interroger, si vous vous en sentez capable.
– Allez-y, je vous écoute.
– Quelqu’un que vous connaissez aurait-il pu enlever votre fille ?
– On n’a pas pu enlever ma fille ! Il y a forcément une explication.
– C’est la seule que nous ayons pour l’instant. Même si l’idée vous terrorise, répondez à mes questions, nous avancerons plus vite.
Fabrice a les boyaux qui se tordent.
– Pas dans le quartier car nous ne connaissons pas grand monde.
– Dans la famille, de votre côté ?
– Dans la famille, de mon côté, absolument pas, c’est impossible, il y a ma sœur qui vit sur Paris, avec qui je m’entends très bien, et mes parents habitent Marseille. Ma femme a sa mère qui vit sur l’autre place. Son père est décédé, elle est fille unique.
– Oui elle m’en a fait part.
– Pourquoi voudriez-vous que notre famille enlève Mila ? Tout le monde l’adore !
– C’est la procédure monsieur, je ne fais que mon travail et je me range d’abord du côté de la victime.
– Elle s’appelle Mila la victime, ne parlez pas d’elle comme-ci… Vous avez des enfants ? lance Fabrice sèchement.
– Non monsieur, réplique humblement Joachim, qui absorbe la détresse de Fabrice.
– Non, bien sur, si c’était le cas, vous seriez déjà à sa recherche.
– J’enquête monsieur, pour la retrouver. Je suis désolé si je me suis montré maladroit. Je vous laisse rejoindre votre femme. Elle est très bouleversée.
– Elle peut, pourquoi elle l’a laissé seule aussi…
– On n’est pas coupable de laisser une porte ouverte, mais d’enlever une enfant, oui ! »
Joachim va dans le véhicule de police. Fabrice inspire et expire profondément, il serre les poings, sentant le sang fouetter entre ses doigts. Martine, restée à la fenêtre, regarde les deux hommes discuter. Les yeux pleins de regrets, elle fixe Fabrice qui peine à lui sourire. Il entre.
Après avoir inspecté les deux dépendances, Daniel traverse le jardin pour se mettre au niveau du voisin. Il l’observe un instant, avant de s’adresser à lui :
« Bonjour monsieur ! Je suis le commissaire Daniel Foulon. Vous n’êtes pas sans savoir que votre petite voisine a disparu. Donc, si vous le permettez, j’aimerai savoir si par hasard, vous avez vu quelqu’un ? Ou peut-être entendu quelque chose ?
Le vieux monsieur se redresse lentement, et sans signe de crainte dans son regard, il lui soumet :
– Je n’ai rien à voir avec ça, et je n’ai ni vu ou entendu quoique ce soit. Si le commissaire le permet, j’aimerai finir de désherber mon potager. Merci bien !
– Ça n’a pas l’air de vous affecter cette disparition !
– Si vous le dite, j’n’en suis pas responsable pour autant. On est quand même libre de vouloir rester tranquille, non ?!
– Oui, bien sur, libre aussi de tendre la main à sa voisine… »
M Andrée continu à désherber avec un peu plus de poigne. Après l’avoir observé encore un peu, le commissaire s’en retourne vers la maison des Paris. Il retrouve le couple désemparé dans le salon. Il se présente à Fabrice ? qui en fait de même, puis sort rejoindre Joachim.
« Il faut que l’on fasse quelque chose ! Je ne peux pas rester là, sans rien faire. Ma petite chérie, est avec je ne sais quel malade, et peut-être même que, se rend-il en colère.
– Non, ne dis rien Fab, je t’en prie, n’imagine rien ! le coupe Martine.
Il pose chacune de ses mains, sur les bras de Martine, mais n’ose lui dire le fond de sa pensée. De ce fait, Martine qui comprend son ressenti à son égard, baisse les yeux, se sentant si coupable.
– Je sais bien, oui. Je n’aurais pas dû la laisser seule !
– Non, tu n’aurais pas dû. »
Le portable de Martine se met à vibrer. Tandis qu’elle va chercher son téléphone, Fabrice monte à l’étage.
Le commissaire qui a rejoint son jeune coéquipier fait un peu le bilan de sa nouvelle affaire :
« OK, on a le mari qui était sur son lieu de travail et la mère qui était avec son fils, et une autre maman, conduisant également son enfant.
Joachim acquiesce de la tête.
– On a ce gars, décrit comme bizarre, apparemment posté à l’entrée de la ruelle, et une camionnette blanche, qui stationnait devant la maison… On ne sait pas, s’il y a un lien entre les deux… Et puis, ce voisin aigri, qui mérite bien que l’on s’intéresse à lui. Appelle Estelle , qu’elle s’investisse à faire des recherches sur ce bonhomme, qu’elle me sorte tout ce qu’elle peut trouver le concernant. Je vais commencer à interroger le voisinage, rejoins-moi après ton coup de fil.
– Je fais ça de suite !
Le véhicule du groupe de l’ASPTS {1} se gare sur la place. Deux agents y sortent et se dirige vers la maison. Le commissaire descend de son véhicule et les salut brièvement. Il se rend chez l’autre voisin du couple. Il sonne plusieurs fois mais personne ne répond, à ce moment là, il tente de regarder à travers la vitre, mais distingue peu de chose. Il aperçoit la boulangerie à l’angle de la rue, il décide de s’y rendre, bientôt rejoint par Joachim.
– Alors , chef ! Il n’y a personne chez ces voisins ?
– Non, pas un chien à l’horizon. Allons dans la boulangerie, il doit y avoir du passage. Quelqu’un a peut-être vu un suspect ou entendu quelque chose. »
M et Mme Gobert tiennent la boulangerie depuis quatorze ans. Ils connaissent tous les habitants de la place, et les rumeurs qui y circulent. Auparavant, ils habitaient le village de Montépilloy, en Picardie, où ils avaient bonheur d’y vivre. Mais comme leur fille unique était venue s’installer sur Valenciennes, ils décidèrent de la suivre aussi.
Mme Gobert, la boulangère, appelée Marie-Louise par tout le quartier, avait porté de l’aide à une dame, dont le sac de courses s’était un peu renversé. Étant une fidèle cliente, elle l’avait gentiment invité, dans son commerce, à se reposer sachant qu’elle était cardiaque.
En pénétrant dans la boulangerie, le commissaire Daniel ne manqua pas de constater que les deux congénères ressassaient de vieux potins de quartier.
« Bonjour mesdames ! Commissaire Foulon Daniel et voici mon collègue Nadir Joachim. Excusez-nous de vous interrompre, mais une petite fille du nom de Mila a disparu à son domicile ce jour. Vous auriez vu ou entendu quelque chose ?
– Juste ciel ! La petite Mila qui vit quelques maisons à droite, là ?! se choque la boulangère.
– Oui M’dame ! C’est bien cette petite. Vous auriez vu quelqu’un de suspect qui traînait près d’ici ?
Le commissaire sort de sa poche un stylo et un petit carnet. Tandis que Joachim s’avance près du comptoir :
– Un homme avec des bottes boueuses et une casquette grise. Il y a un dragon rouge dessiné sur la manche droite de son manteau !
– On dirait bien que vous me décrivez Éric !
– Qui est-il ? Interroge Daniel Daniel.
– Un grand simplet ! Il est venu dès l’ouverture, comme toujours, prendre commande, il est tel que vous me le décrivez. Mais non, ce n’est pas possible ! C’est lui ? vous croyez ?!
– Nous avons éventuellement cette piste, mais elle n’est pas seule, rétorque le commissaire, en donnant une tapette sur l’épaule de Joachim, afin qu’il s’écarte un peu de son champ de vision.
– J’ai du mal à y croire, et vous ? Se tournant vers l’autre vieille dame assise, levant les yeux au plafond.
– Que vous a t-il commandé ? enchaîne Daniel.
– Et bien, comme d’habitude, deux baguettes, un pain complet et des viennoiseries.
– Il avait un comportement inhabituel ? Vous a t-il paru stressé, voir excité ?
– Maintenant que vous le dite ! Il regardait dehors, à travers la vitre, comme s’il cherchait après quelque chose.
– Ou surveillait quelqu’un ? ajoute Joachim.
– Ne met pas la charrue avant les bœufs ! Tout le monde est suspect, tant que l’on n’a pas un alibi.
– Oui, mais quand même ! Un homme qui attend dans une ruelle, près d’une entrée d’école ! Il y fait quoi ?!
Mme Deferlet Solange se lève soudainnement, et de sa voix roque, exprime le fond de sa pensée :
– Et bien moi, M le commissaire, je le trouve bizarre cet Éric. Il n’est pas marié et n’a pas d’enfant, il vit de ses bêtes et du RSA. Il ne paye pas de loyer, car il a hérité de la ferme de ses parents il y a cinq ans ! Il vit à Wargnies-le-grand, il rend souvent visite, à son vieil oncle, qui habite la place. C’est un très gentil vieux monsieur, allez le voir, il vous renseignera sur son vaut rien de neveu ! Il vous donnera son adresse exacte pour l’arrêter !
Elle se retourne vers Marie-Louise :
– Je vais me rentrer, Anne-Laure va peut-être repasser, comme elle n’a pas la clé, je ne voudrais pas la faire attendre devant la porte.
Elle peine à porter son grand cabas d’une main, et une baguette à l’ancienne de l’autre. Avec courtoisie, Daniel lui ouvre la porte. Joachim, lui, propose de porter son grand sac de courses pour descendre les trois marches.
– Merci bien mon petit ! À demain Marie-Louise, gardez-moi une ficelle comme d’habitude !
– Oui, bien sûr Mme Deferlet ! À demain matin ! »
Daniel attend que la porte de la boulangerie se referme derrière elle, et continue d’interroger Marie-Louise :
« Vous pouvez m’indiquer le numéro de la maison de cet oncle ?
– Oui, c’est le 63, une porte en bois vert. Cela m’arrive de lui apporter sa pâtisserie le dimanche, lorsque son neveu ne peut venir. C’est M Gustave de Roussel. Mais je dois avoir son numéro de téléphone ! Cela vous intéresse sûrement ! Si je ne m’abuse, il me semble même, que j’avais noté celui d’Éric ! Ah zut… J’étais sûr de l’avoir mis quelque part !
– Ça va aller, on va se débrouiller avec le numéro de cet oncle. On va aller chez lui, s’il est présent, il nous donnera ce dont nous avons besoin.
Le commissaire tout en notant sur son carnet le numéro, s’adresse à Joachim :
– Appelle-le par politesse, et vois si l’on peut passer le voir, et tente d’obtenir le numéro de téléphone de son neveu. Je veux le portable et l’adresse de la ferme. Si pas, fais une recherche, il nous faut le voir ce matin. »
Joachim, sort sur le trottoir face à la vitrine, pour passer son coup de téléphone.
« Vous allez la retrouver la petite, hein ? s’attendrit Marie-Louise.
– Nous allons tout faire pour. Dite-moi, la dame, Mme Deferlet Solange, c’est bien ça ?
– Oui, c’est bien cela, qui a-t-il ?
– Depuis quand est-elle là ?
– Écoutez, mon fils est sorti d’ici vers 8 h 45, heure pour se rendre en cour, à peu près. Elle passait devant la vitrine, et il a couru vers elle, car son sac lui était tombé des mains ! Mais si elle avait vu quelque chose, elle vous en aurait parlé commissaire ! C’est une brave dame !
– Je n’en doute pas.
– Et puis, elle en connaît du monde, depuis qu’elle fréquente le club du troisième âge !
– Tenez , voici ma carte ! Appelez si vous avez du nouveau ou si quelqu’un vous parle de quelque chose.
– Je n’y manquerai pas commissaire ! »
En sortant de la boulangerie, il aperçoit sur la place Joachim , en train de discuter avec l’oncle, sur le palier de sa maison. Il traverse la rue pour le rejoindre.
Joachim remercie le vieil homme des renseignements qu’il a fourni, et, d’une poignée de main, lui dit au revoir.
Les deux policiers rejoignent leur véhicule et se rendent, à Wargnies -le- Grand , pour interroger celui qui semble bien être, l’auteur de l’enlèvement de Mila .
Chapitre IV
9 h 45
Le portable de Martine se remet à vibrer, sur la table basse de verre. Elle reconnaît le numéro de Pierre qui s’affiche, son collègue de bureau.
« Oui ?
– Martine ?! Que fais-tu ? Tu es malade ?
– Non du tout, c’est la petite qui a disparu !
– Hein ?! Comment ça disparu ?! Tu es sérieuse là ?
– Oui, évidemment !
– Que s’est-il passé ?
Martine soupire, agacée de raconter une nouvelle fois, cette tragédie.
– Ce matin, déjà très pressée, j’ai conduit Lucas à l’école, et Mila , je l’ai laissé seule à la maison pour aller plus vite. A mon retour, elle n’était plus là ! elle pleure.
– La police est présente ? Je peux aider en quelque chose ?
– Ils sont repartis. Je ne sais pas ce que tu peux faire.
– En tous les cas, tu n’hésites pas, d’accord ?
– Si, tu peux prévenir le chef pour moi, je ne me sens pas capable de lui parler.
– Oui ça marche, je m’en occupe. Martine ?
– Quoi ?
– Je suis désolé, je ne sais pas quoi te dire. Je passe avec Lucie tout à l’heure, on va vous aider. Martine , on va la retrouver d’accord ? Ne te mets pas martel en tête, à très vite. Appelle -moi si tu as du nouveau !
– Oh , qu’il me mette tous les congés qu’il me reste.
– Oui, d’accord. »
Fabrice est complètement abattu. Il a décroché des photos de Mila du mur de sa chambre. Il en a dispersé sur son petit lit rose, et en tient d’autres contre son torse.
« Papa va te retrouver ma chérie, ne t’en fais pas, je ne laisserai personne te toucher, ni te faire du mal. Plutôt crever mon ange ! »
Il pleure pensant que le mal est déjà en train de se faire.
Des coups dans le mur du voisin sortent Fabrice de son tourment. Les bruits sourds deviennent de plus en plus intrigants. Il colle son oreille à la cloison, et, croit entendre le voisin qui râle et jure des noms d’oiseaux. Fabrice angoisse. Doutant de la crédibilité de son voisin, il se rend chez lui.
En passant dans le salon, il croise Martine. Elle connaît bien ce regard.
– Chéri, où vas-tu ?
– Voir ce bougre de voisin, il a intérêt de me répondre, et de me prouver qu’il n’a rien à se reprocher ! »
Martine mets ses mains sur sa bouche, partagée entre la peur et la culpabilité. Elle voudrait que son voisin soit coupable. Elle aimerait autant que son mari, trouver Mila à côté. En ce cas, elle le suit.
L’équipe de l’ASPTS {2} est en train de chercher des empreintes. Après avoir minutieusement contrôlé le portail, ils continuent leur travail, sur la porte d’entrée. Lorsque Fabrice ouvre la porte, il tombe nez à nez avec un technicien.
« On peut sortir de chez nous ? présente-t-il sèchement.
– Bonjour monsieur ! Oui , par contre, si cela ne vous embête pas, on aurait besoin de deux bonnes heures pour travailler dans votre maison. Vous ne faite que de rajouter des empreintes, à ce moment-là, si vous avez la possibilité de vous rendre quelque part…
Fabrice n’objecte pas. Il se retourne vers sa femme, et brusquement repart en direction de son voisin.
– Je vais préparer quelques affaires, on peut aller chez ma mère.
– Merci madame. »
Elle ne quitte pas des yeux son mari. Il passe le portail, puis, tourne à droite pour entrer sur le parterre de ciment craquelé de M Andrée. Il tambourine à la porte. Au bout d’une minute, il recommence à frapper, cette fois, au carreau de la fenêtre.
La porte s’ouvre, il bondit sur le vieux monsieur. De ses mains fermes, il l’attrape par le col de sa veste, et le fait reculer aisément de deux bons mètres dans son couloir. Le regard de Fabrice est sombre et rempli de colère.
« Écoute -moi bien, pauvre connard, si jamais tu as quoi que ce soit à voir avec la disparition de ma fille !
Il pose son front sur le sien, en appuyant si fort, que M Andrée gémit de douleur.
– Ah ! Ah ! Arrêtez ! Fouillez la maison, elle n’est pas là !
Fabrice se recule, et tout en le fixant du regard, le menace de sa voix :
– Oui ! Je vais la fouiller, t’as sale baraque !
Il commence par se rendre à l’étage. Il regarde partout, dans les placards, sous les lits, mais Mila n’est pas là. Il fouille chacune des chambres, désormais inoccupées. L’une d’entre elle, très grande, cache une petite pièce, par une porte fermée à double tour. Il tire sur la poignet, mais rien à faire, la clinche ne cède pas. Il frappe du pied dans la porte en hurlant Mila. Il entend un bruit. Il cesse de bouger, plaque son visage contre la porte, et appelle sa fille :
« Mila, tu es là ma chérie ? recommence à faire du bruit ma puce !
Un nouveau bruit se fait de nouveau entendre, comme deux morceaux de fer qui s’entrechoquent.
– Mila ! Recule-toi, essaie de te protéger ! Je vais chercher quelque chose pour ouvrir la porte !
En voulant redescendre, il aperçoit une clé accrochée au mur, à l’entrée de la chambre.
– Mila ! J’ai la clé ma chérie, c’est fini !
Il ouvre la porte en grand. Il vocifère de douleur.
– Non ! »
Des chaises superposées et des boîtes de cartons remplissent ce petit débarras. Le bruit entendu, n’est autre qu’un carillon suspendu, dans le courant léger, qu’offre une petite fenêtre ouverte.
Fabrice se fait violence pour retenir ses larmes et ne pas fléchir. Il reprend sa fouille.
Dans le couloir, la porte du grenier est restée entrouverte. Il grimpe les escaliers raides, en quelques enjambées. Trois gros chats, au miaulement strident, descendent les marches, longeant le mur, effrayés par la présence de Fabrice.
Dans le grenier, il n’y a que des objets entassés les uns sur les autres, poussiéreux, et, recouverts pour la plupart, de toiles d’araignées. Mila ne peut être là non plus.
Il redescend au rez-de-chaussée. Dans la cuisine, il regarde sous l’évier, et retourne les poubelles. Il regarde même à l’intérieur du four. Le cœur lourd, il commande à M Andrée :
– Elle est où ta cave le vieux ?
– Ici, au bout du couloir, se raidit-il comme un piquet. »
Arrivé devant la petite porte en bois, de la cave, Fabrice le fixe du regard, mais, il n’aura pas de retour. M Andrée garde les yeux fermés. Il attend que son mauvais moment passe.
L’un des deux techniciens, regrette de ne pas avoir tenté de se glisser entre les deux hommes. Peut -être, qu’il aurait dû dissuader Fabrice de pénétrer, ainsi, chez son voisin. Mais son coéquipier dédramatise un peu la situation, pensant que, la réaction de Fabrice semble légitime. Et , tant qu’il n’y a pas de gros coups portés, entre les deux bonshommes, ils doivent continuer leurs recherches d’empreintes. Après tout, c’est la meilleure façon de venir en aide au couple.
Martine prépare des vêtements pour son fils Lucas dans un sac. Puis, elle ne peut s’empêcher de pénétrer dans la chambre de sa fille. Les photos étalées sur le lit lui pince le cœur.
Elle entend un énorme raffut chez son voisin, de suite, elle comprend de quoi il s’en retourne :
« Mon dieu, chéri ! »
Elle redescend avec l’idée de rejoindre son mari. Les techniciens commencent les relevés, sur la face intérieure de la porte d’entrée, pour explorer, ensuite, la maison.
« Je vais sortir de chez moi, je peux passer ? se permet-elle.
– Oui bien sûr, je vais vous ouvrir la porte moi-même. Vous savez madame, votre voisin n’est peut-être pas coupable, et même si j’entends bien votre douleur, faite attention, vous et votre mari, à ne pas faire quelque chose, que vous pourriez regretter. On est navrés pour vous, on épargnera rien madame. Si quelque chose doit être découvert, on le trouvera.
– On l’espère. Ça donne quoi pour l’instant ?
– Rien, désolé. »
D’un sourire forcé, Martine le remercie. Elle va mettre son sac dans la voiture, et revient vers la maison du voisin. La porte est restée grande ouverte. M Andrée, blottit contre le mur de son couloir, se tient toujours figé, avec les yeux clos.
Fabrice se trouve à la cave, comme il n’a rien trouvé dans la maison, de rage, il fait dégringoler une grande étagère. Des éclats de verre résonnent jusque dans le couloir.
Martine inquiète l’appelle :
« Fab ? Chéri ? Fab !
– J’arrive ! Ça va, j’arrive ! »
Il remonte les escaliers et désigne de suite du doigt le voisin. Il l’attrape de nouveau de manière frontale contre lui, et d’une voix lourde le menace :
« Si jamais tu as fait quelque chose et que tu n’as rien avoué, je reviendrais vers toi. Crois-moi, je te tuerai pour ma fille !
M André, là, le regarde dans les yeux, et va un peu déstabiliser Fabrice :
– Je le comprends bien.
Fabrice le repousse violemment. M Andrée glisse le long du mûr, et reste assis sur le sol. Fabrice lui jette un regard plein de mépris.
– Pauvre type ! On y va Martine ! »
10 h 50
David et Joachim sont en route pour Wargnies-le-Grand, le commissaire a pris le volant. Un portable sonne.
Joachim cherche après son téléphone sur lui, mais il ne le trouve pas.
« Bizarre, je l’ai mis où !
– Quoi donc ?
– Mon tél !
– Je ne serais pas étonné s’il était sous le siège !
Daniel tousse pour se moquer de son équipier, qui a une fâcheuse tendance, à tout égarer.
– Oui, il est là ! Vous êtes doué commissaire !
– Décroche ! Grrr…
– C’est Estelle ! Oui ? Elle a de nouveaux éléments sur le voisin… Il est veuf et aurait perdu son garçon aussi… Ah oui… OK… Ah bon… Lui, on y va… Ça marche je vais lui dire ! Tchao bella !
– Conclusion ?!
Joachim prend soin, de bien remettre son portable à l’intérieur de sa veste, avant de répondre.
– C’était Estelle, votre fille !
– Je le sais que c’est elle ! Mais encore ?!
– En fait, le voisin, M Andrée, sa femme et son fils sont morts il y a vingt ans, dans un accident de voiture, sur l’autoroute. L’autre chauffeur conduisait en état d’ébriété, il y a aussi trouvé la mort. Et aussi, elle tenait à nous certifier que l’affiche avec la photo de la petite, était prête.
– Cela expliquerait son aigreur…
– Suis d’accord avec ça commissaire !
– Que signifie ce bella ?!
– Avec une voix comme ça, je suis sûr qu’elle est bonne, euh, belle, je veux dire, non ?
– Ouais, tais-toi… On arrive chez notre gars. »
Joachim appelle Mme Paris, comme personne ne répond, il laisse un message sur le répondeur :
« Oui, c’est l’officier de police Joachim Nadir, un agent viendra vous donner un paquet d’affiche, que vous pourrez distribuer dans votre voisinage, et, dans quelques grandes surfaces, si vous le souhaitez. N’hésitez pas à me joindre sur ce numéro. On vous appelle dès que l’on a du nouveau.
– Comment les affiches sont-elles faites, j’ai la photo dans ma poche ?
– J’en ai demandé une récente à la mère. Je l’ai photographiée avec mon portable. Je l’ai envoyée au bureau, à la bonne adresse mail, évidement. Estelle nous à fait ça, vite fait, et voilà, le tour est joué. C’est bien non ? Rapide et efficace, je suis un vrai pro, tu as de la chance de m’avoir comme binôme, tu sais ?
– Ben voyons, ne sois pas trop modeste surtout ! Descend avant que je te mette mon pied au derrière, le pro ! »
Chapitre V
La voiture blanche du couple roule vers la maison de la mère de Martine.
Suite au décès de son mari, il y a cinq ans, Mme Mathieu Odette, décide de racheter une petite maisonnette de plain-pied. Elle est située sur la grande place des Acacias, entre la banque et une boulangerie/pâtisserie. Elle a pris soin d’y prévoir une chambre d’ami, pour y accueillir ses petits-enfants.
Martine prend son i phone, soigneusement rangé dans une pochette noire. Elle consulte son répondeur.
« C’était un message du jeune officier de police, il nous informe que les affiches sont prêtes et que l’on va nous les faire parvenir, je vais le rappeler pour lui expliquer que l’on est chez maman.
Martine joint Joachim , elle se fait brève et raccroche. Ils arrivent devant la maison d’Odette . Fabrice est encore tourmenté de ce qui s’est passé chez son voisin. Il

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