L étoile sans David
27 pages
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L'étoile sans David , livre ebook

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Description

Sont rassemblés dans ce livre mes souvenirs des années de guerre où j’ai dû subir les lois antisémites, et mon incompréhension d’enfant à porter une étoile.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 16 décembre 2011
Nombre de lectures 3
EAN13 9782312006093
Langue Français

Extrait

L’étoile sans David
Alice Revah




L’étoile sans David













LES É DITIONS DU NET 70, Quai Dion Bouton – 92800 Puteaux



































© Les Éditions du Net, 2011 ISBN : 978-2-312-00609-3
Nous sommes le 3 septembre 1939 et il fait encore chaud. Je n’ai pas beaucoup dormi ; mon frère a gémi et maman s’est levée au moins trois fois, elle a aussi pleuré, doucement. Mon frère s’essouffle à cause de son cœur, il n’a que dix ans !… Nous n’avons que quinze mois de différence. Papa travaille tous les jours, même le dimanche matin. Il est vrai qu’il faut nourrir toute notre famille composée de cinq enfants, plus ma grand-mère.
Depuis un an, ils ont pris un petit magasin, ils n’ont plus à faire les marchés dans la région. Ils ont un stand sur la Place Mériadeck, en plein centre de Bordeaux. Maman travaille aussi l’après midi et nous sommes souvent seuls.
Les vacances se terminent, j’ai été en colonie de vacances comme tous les ans, ce n’était pas très agréable, beaucoup de discipline ! Chose que nous ignorions, nous les enfants. J’entends maman qui me réveille : « Alors tu te lèves, petite fainéante ! ». Je proteste : « Mais maman, c’est encore les vacances ! ». Je me lève et regarde mon frère, ( il a l’air de dormir paisiblement, j’ai peur pour lui, je ne veux pas qu’il meurt ), mais je chasse bien vite cette vilaine pensée. Après une toilette plutôt sommaire, maman me tend un bol de café au lait et je fais la grimace car je n’aime pas le lait ; cela forme une espèce de peau au dessus du café au lait ! Je repousse le bol, prends un peu de pain beurré et sors de table écœurée. Je demande à maman d’aller voir papa dans son magasin situé rue du Château d’eau, en face de la fameuse place Mériadeck. Sans attendre l’approbation de maman, je file en courant.
J’aime bien flâner sur cette place, il y a tout un monde ; des clochards, des gens bizarres, des marchands qui étalent par terre des choses invendables mais que certains achètent quand même : des outils rouillés, des vieilles lunettes, un bol fêlé, une cafetière fatiguée d’avoir tant filtré de cafés, un fer à repasser dont la rouille en a pris possession. Tout ce monde se côtoie amicalement, ( ça dépend des jours !), il y a aussi une ancienne institutrice qui a chaviré dans l’alcool, un professeur de piano qui ne dessaoule jamais et tout cela devant la fontaine, qui n’arrête pas de couler. Il y a le barbier, le coiffeur de la fontaine. Il y a aussi autour de la place des marchandes des quatre saisons, ( près de leur charrette ) au langage fleuri et surtout la grosse Germaine qui vend des billets de loterie clandestine et annonce le numéro du gros lot de cette tombola, ( une bourriche garnie ), en hurlant. Se trouve aussi un cordonnier très adroit « le petit Maurice », appelé comme ça à cause de sa taille et de ses béquilles ( dû à son handicap ). J’oubliais les marchands de livres, à acheter ou échanger, ainsi que le brocanteur qui débarrasse les greniers. Autour de la place les magasins ; côté rue se trouvent un marchand de meubles d’occasion mais bien entretenus, un grand magasin de chaussures surnommé « au sabot », qui avait sur le devant un énorme sabot rouge, un magasin d’outillage, une pharmacie, un aiguiseur de couteaux qui avait un nez ressemblant à une grosse fraise. Les bistrots ne manquaient pas ! Et le plus animé de tous, c’était le bar Néo, lieu de rassemblement de tous ces marchands plus ou moins fortunés. La belotte battait son plein, on buvait son pastis en discutant les résultats du dernier match de foot et quelques fois cela se terminait en bagarre.
Le magasin de mon père était à côté de l’aiguiseur, au nez de fraise. Nous avions droit une ou deux fois par jour au spectacle à l’angle de ce bar. A l’intersection le télescopage de deux voitures, ( sans gravité, sauf pour les voitures ), cela faisait partie de la routine ; il n’y a jamais eu de remède à cela !
Mon père était dans son magasin, je le regarde vendre, il a son petit accent marocain, gardé malgré le temps passé en France, mais c’était lui ! Je le trouve préoccupé, il était 12h30, après avoir fermé son magasin : « rentrons, je crois qu’il va y avoir la guerre, c’est dommage, mon magasin marche bien, que va-t-il se passer ? » Arrivés à la maison, ma mère dit à mon père : « C’est la guerre, il y a eu la déclaration aujourd’hui ! ». « Je sais » dit papa, « mais cela ne durera pas ! ». Je commence à avoir peur et je me demande ; c’est quoi au juste la guerre ? Je vais interroger nos voisines, deux personnes âgées mais très aimables, elles parlent souvent de la guerre de 1914. Cela me semblait très lointain ! Je leur demande : « Comment cela va se passer ? ». Elles ont plus de temps que mes parents pour me répondre : « Tu sais ma petite fille, la guerre c’est grave, ce sont des pays qui se battent avec des armes, tels que le canon ou même des bombes. Que Dieu nous protège des allemands, ce sont des sauvages ; ils n’ont aucune pitié ». Pour le coup j’ai très peur et j’en ai mal au ventre. Je retourne voir maman et je n’arrive plus à parler. Maman me demande ce qui m’arrive et je lui raconte le récit de nos voisines. Maman n’est pas contente, elle va les voir et les engueule copieusement. Elles me tournent le dos et ne veulent plus nous parler. J’ai de la peine.
Enfin, c’est la rentrée des classes, je commençais à m’ennuyer. J’espère changer de classe car j’ai déjà redoublé. Je change de classe, ma nouvelle maîtresse est très gentille, elle fait si bien la morale que j’ai envie d’aider tout le monde. Elle nous parle aussi de la guerre : « Cela va être dur mais il faut avoir confiance, nos soldats sont vaillants et ils nous défendront bien, les allemands resteront chez eux, nous n’avons pas peur ». Je me sens tranquillisée. Je retrouve mes amies préférées de ma classe : Juliette, Valentine, Esther,…, Esther est celle que je préfère, bien que parfois, ( soit disant pour me faire rire ! ) elle me glisse dans les oreilles des gros mots, les plus gros qu’ils soient et je n’apprécie pas toujours !
L’école c’est toute une journée ; je pars à huit heures et je ne rentre à la maison qu’à dix huit heures trente. Je mange à la cantine et le soir, je reste à l’étude pour faire des devoirs, que je ne fais presque jamais ! Maman n’a pas le temps de contrôler avec ma sœur ( cadette de 3 ans de moins ). Quand nous arrivons de l’école, l’appartement est fermé et nous passons par la fenêtre qui donne sur une cour, ce n’est pas très haut. On joue en attendant maman, on se lasse vite et nous finissons par nous disputer. Je calme ma sœur et lui donne une gifle, aussitôt elle devient très douce et plus obéissante… ( Il est vrai que quand mes parents ne sont pas là, je me venge un peu ! ). Maman la préfère, c’est sur ! Elle dit qu’elle est jolie, polie et gracieuse. Moi je la trouve plutôt boulotte mais il faut le dire, elle est plutôt jolie. Je suis jalouse de l’attention qu’on lui porte et je me renferme et n’ose pas m’exprimer devant maman. Cela à des répercussions sur mon comportement.
Demain c’est Kippour, le jour du Grand Pardon ; on ira à la synagogue et surtout il faudra jeuner pour tout se faire pardonner. Je demande à ma mère s’il faut que je jeune ? « Oui » me répond ma mère, tu peux le faire jusqu’à midi et à douze ans, tu jeuneras toute la journée. Maman a nettoyé la maison à fond ; sa sœur Jeannette doit venir passer les fêtes avec nous. Maman admire sa sœur, une jolie femme très élégante avec un accent parisien très prononcé. Elle a réussi dans la vie grâce à sa beauté. Maman se fait souvent aider à la maison par une femme mi-clocharde, mi-femme de ménage. Elle porte un béret enfoncé presque jusqu’aux yeux. Je pense que c’est pour cacher ses poux ! Mon frère rouspète, il n’aime pas cette femme, il a peur d’attraper des poux et pour finir elle boit et sent le vin. Mais maman me dit : « Elle fait bien le ménage et surtout elle n’est pas chère, tout le quartier se la dispute ! ». Il faut faire des économies, le magasin manqu

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