Lady Boomerang
127 pages
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Lady Boomerang , livre ebook

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Description

Marie-Léontine Tsibinda
Lady Boomerang
Santou Mango-Mango, encore enfant, perd sa mère noyée dans une rivière. Cette mort la laisse brisée malgré la présence affectueuse du père. Sa mère, Ntinu Luaka, et son père, Nitou, vivaient heureux.
Vendeuse au marché après le décès de sa mère, Santou essaie tant bien que mal de maintenir une vie harmonieuse dans la maison de son père. Ce dernier se remarie et Santou fait la connaissance de Dina, avec qui elle se lie d'amitié. Les années passent, son père décède à son tour.
Dalila, sa belle-mère, a un amant qui courtise Santou. Celle-ci refuse de prendre part à ce jeu. Les relations se gâtent : Santou et Dalila se regardent en chiens de faïence sous l'oeil guilleret de l'amant. Mais Santou tombe enceinte de l'amant de Dalila. Elle se confie à Dina qui la rejette. Santou se retrouve dans un village mythique sans aide. Elle accouche et reçoit la visite de la femme de son amant, entourée d'une suite de servantes. Elle lui sert une nourriture empoisonnée. Santou la mangera-t-elle ? Réussira-t-elle à quitter le village ?
Marie-Léontine Tsibinda est poète, nouvelliste, dramaturge et conteuse. Elle vit au Canada. Elle a obtenu le prix UNESCO-Aschberg pour sa nouvelle Les pagnes mouillés. Lady Boomerang est son premier roman.
Les Editions L'Interligne, 2017
978-2-89699-518-9

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 14 février 2017
Nombre de lectures 1
EAN13 9782896995202
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0027€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

L ady B oomerang











 





Chapitre 1






La terre trembla sous ses pieds. La secousse était trop forte et Santou Mango-Mango vacilla. Elle eut peur. Une rigole de sueur froide longea sa colonne vertébrale. La vie lui donnait un soufflet retentissant, inattendu en pleine face par l’entremise de Dina, l’unique homme, qu’elle appelait tendrement « mon cœur, mon Dina ». La brûlure des claques la marquait encore. De nouveau, une secousse, suivie de deux autres.
Elle s’arrêta, serra nerveusement son sac. Était-ce un tremblement de terre ou son imagination trop vive ? Imagination altérée par le flux de l’alcool ingurgité sans modération pour noyer son terrible chagrin ? Elle regarda tout autour d’elle. Aucune âme qui vive. Seulement le grondement de la nuit et la grande peur qui la glaçait. Santou respira un bon coup et continua sa marche. Ce n’était pas la terre qui tremblait. C’était elle et de manière convulsive. Elle sourit nerveusement au ciel noir, sans étoiles. Les oiseaux nocturnes lançaient leurs cris terrifiants. Mais Santou choisit de poursuivre son chemin, elle titubait. Elle menaça les esprits de la nuit, leur commanda de retourner à leurs profondes ténèbres. Elle déclara avec force qu’elle n’avait aucun lien avec eux.
La nuit était noire, mais pas encore trop avancée. Les marchés du soir où les marchands – hommes et femmes, jeunes et moins jeunes – attendaient avec force patience les derniers clients nocturnes en quête de nourriture bourdonnaient de leurs murmures, de leurs cris et de leurs conversations hilares ou orageuses. On se servait de lampes fabriquées couci-couça : du pétrole dans une boîte ou une bouteille et des chiffons comme mèches éclairaient leurs étals. Elles ressemblaient à d’étranges lucioles vacillantes dans la nuit noire. Les languettes de lumière s’allongeaient indéfiniment quand soufflait une petite brise.
Les marchands s’égosillaient : « Ici, des choses bonnes à manger, bonne sauce, bon bouillon. Bon manioc. Venez. Achetez, vous qui avez faim. Venez. Achetez. Bon prix ! Ici ! Achetez des choses bonnes à manger ! » entendait-on dans le tohu-bohu incessant du marché. D’autres avaient même des mégaphones pour attirer leur clientèle et vanter leurs produits !
Les vendeurs les plus mafieux, peut-être plus fortunés, avaient des installations électriques montées à leurs risques et périls par des électriciens sans formation adéquate. L’acheteur indécis hésitait longtemps avant de se décider à prendre son repas du soir. La musique faisait partie indiscutable de l’espace. Elle appelait ses adeptes, perçait les tympans. Le marché, de jour comme de nuit, bruissait de toutes parts.
Santou avait, elle aussi, été une marchande de jour pour subvenir aux besoins de la maison, des années plus tôt. Elle aidait ainsi le père après la mort de la mère. Elle vendait des cacahuètes, des bonbons, des croquettes, des ignames frites et de petites friandises que les enfants dévoraient avec délectation. Sa mère lui avait montré comment en faire. Santou avait appris très tôt à calculer et rendre la monnaie sans se tromper. Sa mère avait aussi vendu différents articles de son vivant. Santou aimait cette ambiance du donner et du recevoir dans une mer de fonds bourdonnants. Elle et sa mère donnaient des aliments de qualité et recevaient argent et sourires des acheteurs.
Au village, personne ne restait oisif. Les salaires étaient maigres. La maison de Santou n’était peut-être pas la plus riche, mais la paix et l’amour y régnaient. Le père louait ses services aux chantiers saisonniers. Des fois il travaillait dans les champs du chef de village. Il allait vendre la marchandise du chef à Mayimayi, la grande ville.





Chapitre 2







Ntinu Luaka, la maman de Santou , aimait son homme et faisait de son mieux pour veiller sur leur couple. Elle lui inculquait le souffle de courage nécessaire pour tenir debout et résister aux sollicitations des tentateurs. Oui, Ntinu Luaka était belle. De cette beauté insensible aux ruses du temps. Malgré sa maternité, Ntinu Luaka avait un ventre plat et ferme. Ses longues cuisses soyeuses se mariaient avec frémissement aux jambes musclées de Nitou Mango-Mango dans leurs étreintes fougueuses. Une poitrine encore pulpeuse où se noyait Nitou. Il aimait la douceur de ces tours jumelles sculptées pour son seul bonheur. Une douceur chaude et vertigineuse. Il ressemblait à un volcan dont les laves bouillonnantes et dévastatrices coulaient dans ses veines déjà en feu. Douceur et feu dans ce corps infiniment profond et indomptable. Un corps indéfinissable. Il en devenait fou. Une douce folie que Ntinu Luaka soignait avec empressement et tendresse. Ils n’étaient jamais rassasiés l’un de l’autre. Ils avaient faim et soif l’un de l’autre : ils n’avaient pas honte de leur douce folie. Ils étaient mari et femme unis dans un même esprit, dans un même corps. Ils étaient heureux.
Pour Santou, la vie n’avait plus jamais été la même depuis que sa mère, Ntinu Luaka, les avait quittés si brusquement, si tragiquement. Ntinu Luaka avait péri lors d’une partie de pêche, avalée par les eaux jalouses de la rivière devenues tout à coup tumultueuses et menaçantes. Sous les yeux effarés de ses amies déchirées par les cris terrifiants de Ntinu Luaka. Les eaux, imperturbables, l’avaient engloutie, après qu’elle eut désespérément cherché du secours.
Depuis ce drame, les femmes allaient rarement à la pêche et laissaient l’activité aux pêcheurs du village. Ou bien elles demandaient l’assistance d’un jeune de Sangavuvu. Mais la disparition de leur amie les troublait encore, malgré le temps qui passait. Elles entendaient ses chants qui les accompagnaient lors des parties de pêche, lors des rencontres de leur groupe.
Ntinu Luaka était ainsi, prête à offrir sa voix, à chanter sans se fatiguer. Elle avait des projets : lancer des CD afin que le monde bénéficie de son chant. Elle vendait au marché et économisait pour mettre en train son projet musical, encouragée par son mari et par Karissa, une amie…



La mort de Ntinu Luaka laissa Nitou, son mari, si désemparé que tout le village craignit pour sa vie. Nitou demeurait inconsolable, misérable, amaigri. Santou, collée à ses pantalons, ne valait guère mieux. Elle cherchait sans cesse sa maman. Comment expliquer une mort si inattendue à une enfant ? Une si longue absence ? Chaque matin, le père se rendait au bord de la rivière. Il parcourait de nombreux kilomètres pour aller à son lieu de pèlerinage, en courant ou à petites foulées. Il demeurait silencieux ou marmonnait. Il ne mangeait plus, ne se lavait plus, ne se peignait plus.
Tous les deux sur la route faisaient de la peine à voir. Les cheveux du père devenaient une forêt touffue réfractaire aux dents du peigne. La petite Santou, si charmante, si jolie, avait perdu elle aussi la propreté corporelle que sa maman seule savait lui donner. Sa touffe de cheveux ressemblait à celle de Nitou. Le rire avait déserté les yeux de son visage d’enfant. Ses habits portaient des déchirures qui correspondaient assurément à celles qui marquaient son cœur. Père et fille étaient sales, méconnaissables. Ses frêles petites jambes enflées ne la supportaient plus. La route était trop longue.
Son père prit le pli de la porter sur ses épaules à l’aller comme au retour. Nitou se levait dès l’aube, alors que Santou dormait encore. La fraîcheur matinale la réveillait brutalement et le premier mot qu’elle sortait de sa bouche était « Maman » en versant d’abondantes larmes. Le père, le cœur haché, lui donnait des petites tapes sur le dos pour la rassurer. Des fois, il marchait d’un pas mal assuré. L’ivresse du chagrin, le manque de force et le poids de Santou sur les épaules le rendaient faible. Le groupe des femmes du village se relayait pour lui apporter à manger. Elles rangeaient la maison. Nitou n’avait pas faim. Aucune nourriture ne réveillait plus ses papilles. Santou n’avait pas encore l’habitude des tâches domestiques de tous les jours.



Le long de la route, Santou, sur les épaules de son père, regardait le monde tristement, avec ses yeux candides d’enfant, remplis de l’absence douloureuse de la maman. En fait de monde, les arbres séculaires se dressaient de chaque côté de la route de terre rouge. Les mains autour du front de son père, elle lorgnait à gauche puis à droite le long du chemin, dans l’espoir d’apercevoir la silhouette radieuse de sa maman ; d’entendre sa voix lui chanter tous les chants qu’elles fredonnaient ensemble, dans la journée, devant le père émerveillé, ou le soir quand Ntinu Luaka lui donnait son bain.
Le bain ! Un rituel que Santou appréciait. L’e

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