Le Chant de corbeau
105 pages
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Le Chant de corbeau , livre ebook

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Description

Résumé
L’épidémie de grippe asiatique des années 1950 atteint la Colombie-Britannique et ravage la communauté. Les Autochtones sont livrés à eux-mêmes et les médecins
blancs négligent de les soigner. La jeune Stacey, sa mère et les autres femmes du clan de Loup se serrent les coudes, enterrent leurs morts, à l’ombre de la prophétie de Corbeau : « Les grandes tempêtes façonnent la terre, font éclore la vie, débarrassent le monde de tout ce qui est vieux pour faire place au neuf. Les humains appellent ça des catastrophes.
Ce sont juste des naissances. »
Extrait de la préface
Si nous ne sommes pas les bons sauvages dépeints par les écrivains romantiques, nous ne sommes pas non plus les brutes que décrivent certains auteurs racistes. Une
tradition qui fait encore partie de notre vie aujourd’hui, c’est de parler aux arbres, aux plantes, aux poissons et aux autres animaux, et plus particulièrement à Corbeau
et à Cèdre.
L'auteure
Née en 1950, Lee Maracle, auteure issue de la communauté Stó:lo, en Colombie-Britannique, est l’une des grandes voix de la
littérature des Premières Nations.
Traduit de l'anglais par Joannie Demers

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 21 janvier 2019
Nombre de lectures 18
EAN13 9782897125363
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0450€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

MÉMOIRE D’ENCRIER
1260, rue Bélanger, bur. 201 • Montréal • Québec • H2S 1H9 Tél. : 514 989 1491
info@memoiredencrier.com • www.memoiredencrier.com

PRÉFACE
J’ai écrit Le chant de Corbeau en trois jours dans le cadre d’un concours d’écriture de roman. Je me souviens que mes enfants et leurs amis, alors adolescents, étaient chez moi. Je leur avais expressément demandé de ne pas me laisser penser à des idées d’histoire, car je ne voulais pas tricher. Nous avons joué à des jeux de mots jusqu’à ce que minuit sonne. J’ai terminé mon roman le dimanche suivant à minuit, conformément au règlement du concours. Les ados qui étaient chez moi et mon amie Connie Fife m’apportaient de la nourriture, du café et de temps en temps une cigarette (je fumais, à l’époque). J’avais écrit environ la moitié de mon roman quand tout à coup, le ruban de ma machine à écrire s’est rompu ; Connie a alors sauté dans sa fourgonnette pour aller chercher sa machine à écrire à elle. Ni elle ni moi n’avions d’ordinateur à la maison. J’ai terminé mon roman à minuit tapant et nous avons tous fêté ça.
Je n’ai pas gagné le concours, mais l’éditeur qui l’organisait souhaitait tout de même publier mon roman. La personne qui a gagné avait écrit un roman sur Genghis Khan. Au téléphone, j’ai demandé à l’éditeur comment c’était possible d’écrire un roman sur un personnage historique mort depuis aussi longtemps. Il m’a expliqué que cette personne avait commencé avec un plan détaillé de quarante pages. « C’est de la réécriture », ai-je rétorqué. Il m’a alors demandé si j’étais Autochtone. J’ai répondu que oui. « Vous, les Autochtones, êtes bien trop honnêtes », m’a-t-il lancé. Peu importe. Je n’ai pas soumis mon roman à cet éditeur. C’est Press Gang Publishers qui l’a publié à la place.
Quelque temps plus tard, Press Gang Publishers a été acheté par Polestar Books, qui a ensuite vendu ses deux maisons d’édition à Raincoast Books. Notre petit texte féministe a été submergé par la vague Harry Potter et ne s’est pas bien vendu chez Raincoast Books. Le livre a cessé d’être imprimé pendant de nombreuses années, jusqu’à ce qu’un grand admirateur insiste pour que Canadian Scholars’ Press le republie. Le roman a alors repris vie sous forme de livre éducatif. Bref, c’est la première fois depuis longtemps que Le chant de Corbeau est en vente libre.
J’ai plusieurs raisons de vouloir fêter cette nouvelle édition.
Premièrement, Le chant de Corbeau a été ma première œuvre sérieuse de fiction. J’avais en tête d’écrire une comédie, mais c’est plutôt un récit sur la dernière épidémie où nous n’avions pas le droit d’aller à l’hôpital de notre choix qui est né. Les personnages ont pris vie. Après la première journée d’écriture, j’avais davantage l’impression de suivre leur histoire que de la composer. Ce pouvoir qu’ont les personnages fictifs d’ha-biter l’auteure et de se substituer à ses intentions me rendait parfois fébrile. De temps à autre, je m’arrêtais en disant : « Alors, les amis, qu’est-ce qui se passe ensuite ? » Comme si nous avions tous notre mot à dire dans l’écriture du récit.
Deuxièmement, mes lecteurs ont refusé de laisser mourir le livre, qui est resté en dormance pendant longtemps. Quelqu’un lui a donné un nouveau souffle et Canadian Scholars’ Press a fait son travail. J’ai alors senti que mon œuvre avait une certaine importance au Canada.
Et troisièmement, j’aime ce livre parce que mes enfants m’ont dit, après l’avoir lu : « Maintenant on comprend pourquoi nous sommes comme nous sommes. » Ils parlaient de notre petite famille et des dizaines d’amis qu’ils invitaient à manger et à dormir à la maison le week-end. Pendant de nombreuses années, ma maison a servi de lieu de rendez-vous à des jeunes qui venaient passer le week-end à manger, à jouer, à regarder des films, allant et venant à leur guise. La maison de Momma aussi est comme ça, sauf que Momma doit composer avec une situation de crise en plus du traintrain quotidien.
Le chant de Corbeau se déroule dans un village fictif. Je ne voulais pas que les gens de mon peuple disent « je sais qui est le vieux serpent » et qu’ils nomment quelqu’un de leur communauté. Ce village a déjà existé, cependant. C’est un des nombreux villages de la côte ouest où tout le monde est mort. De l’arrivée des colons jusque vers 1916, le gouvernement canadien fusionnait les réserves et les villages les uns après les autres. Ces nombreuses fusions étaient toutes la conséquence du déclin de notre population en raison des épidémies.
Bien que les conditions de vie difficiles des familles décrites soient aujourd’hui contrebalancées dans une certaine mesure par les possibilités d’emploi et d’éducation, qui étaient limitées dans les années 1950, l’accès au territoire demeure restreint. Cependant, la culture du partage perdure. De plus, nous avons récemment recommencé à pratiquer notre culture et à apprendre notre langue sérieusement, ce qui n’était pas le cas à l’époque où se situe le récit.
Le Canada ne sait presque rien à propos de nous. Nous sommes en quelque sorte un mystère. Pendant des années, les pancartes « défense de passer » ont séparé les Autochtones des non-Autochtones. Le mystère nous a enveloppés et a cédé la place aux conjectures, puis les stéréotypes se sont installés. Dans Le chant de Corbeau , j’ai cherché à faire la lumière sur certains de ces stéréotypes. Si nous ne sommes pas les bons sauvages dépeints par les écrivains romantiques, nous ne sommes pas non plus les brutes que décrivent certains auteurs racistes. Une tradition qui fait encore partie de notre vie aujourd’hui, c’est le fait de parler aux arbres, aux plantes, aux poissons et aux autres animaux, et plus particulièrement à Corbeau et à Cèdre.
Un jour, en marchant avec ma petite-fille, alors enfant, j’ai dit : « Il faudrait bien que quelqu’un écrive une histoire sur Corbeau dans la ville. » Ma petite-fille a répondu : « Tu devrais le faire, Grand-maman ; tu lui parles toujours. » Ça m’a fait rire. J’ai déjà écrit mon histoire de Corbeau et j’espère qu’elle vous plaira.
Lee Maracle
À toutes ces femmes qui ont combattu l’épidémie alors que le Canada ne se souciait pas de notre santé.
1
Des profondeurs du détroit s’élevait un son grave, le chant de Corbeau, vert mélancolie. Plus haut, l’eau se séparait en couches de vert placide, foncées à claires. Le chant de Corbeau montait en spirale, formant des ondes concentriques de plus en plus puissantes à mesure qu’il perçait les couches successives de vert. Il rappelait le roulis des entrailles de la Terre, filtré à travers la dernière couche avant d’atteindre la terre ferme à la surface. Vent changea de direction ; il soufflait maintenant le chant vers Cèdre, qui entra dans la mélodie et répéta le refrain, ses branches délicates ondulant à l’unisson pour faire écho au chant de Corbeau. Nuage, séduit par le bruissement de Cèdre, se dirigeait voluptueusement vers la côte. Le chant s’intensifiait avec le refrain aigu de l’arbre. Nuage accéléra sa course vers la source du son pour aller s’écraser contre le versant des collines. Corbeau éclata en sanglots.
Sous la robe de Cèdre était assise une petite fille. Cela faisait un certain temps qu’elle observait Vent taquiner Nuage. Elle pouvait capter le chant dans l’ondulation des branches de l’arbre au-dessus de sa tête. Elle s’abandonna au mouvement et laissa le tourbillon de la mélodie la transporter dans une rêverie. Son corps se mit à flotter. Toute la substance immatérielle de son être se mit à accélérer. La mélodie jouait avec les images dans son esprit. Le regard vide de la fillette était rivé sur un point indéfini tandis que la rivière se fondait dans la mer, que la berge se transformait en plage dont elle n’avait aucun souvenir et que les maisonnettes familières s’effaçaient pour faire place aux grandes maisons du passé. Des serpents de mer bicéphales sculptés dans le bois montai

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