Le hall de gare de Châteauroux et autres nouvelles
65 pages
Français

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Le hall de gare de Châteauroux et autres nouvelles , livre ebook

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Description

Châteauroux. Le hall de gare. Une fin d'après-midi de mars. Pluvieuse et douce. Juste avant le train pour Paris. Voyageurs, chef de gare, militaire, vendeuses de billets et de journaux, agent d'entretien, SDF, dix-sept personnages en attente. En attente de quoi ? De qui ? A la fois tous isolés les uns des autres et reliés par cet instant, ce lieu et ces quelques notes suaves d'une guitare...

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Informations

Publié par
Nombre de lectures 12
EAN13 9782356770134
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0037€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Le hall de gare de Châteauroux
et autres nouvelles
© Editions du Saule, 2021
Tous droits réservés – Reproduction interdite
« Le Code de la propriété intellectuelle et artistique n’autorisant, aux termes des alinéas 2 et 3 de l’article L.122-5, d’une part, que les « copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective » et, d’autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d’exemple et d’illustration, « toute représentation ou reproduction intégrale, ou partielle, faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause, est illicite » (alinéa 1er de l’article L. 122-4). Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles 425 et suivants du Code pénal. »
Dépôt légal : Juin 2021
ISBN 978-2-35677-013-4
Le hall de gare de Châteauroux
et autres nouvelles






Sylvain GUILLAUMET




Éditions du Saule
Le hall de gare de Châteauroux
LE JEUNE HOMME À LA GUITARE
Disons qu’il s’appelle Guillaume.


Guillaume assène un coup de pied contre celui de la table. Geste inouï. Violent. Involontaire. La table de la petite cafétéria aurait valsé s’il ne l’avait pas rattrapée au vol. Il ouvre ses grands yeux verts comme réveillés au milieu d’un cauchemar. Une main agrippant le rebord de la table, l’autre sa canette de soda, il reste dans cette position, hagard, pendant de longues secondes. Le temps de revenir à lui. Ses doigts lâchent enfin prise, et se réfugient, nerveux, dans sa tignasse blonde en bataille. Il furète autour de lui. Mais rien. Aucune réaction. Aucun regard oblique parmi la vingtaine de voyageurs. Le hall de la gare de Châteauroux reste plongé dans son anonymat, sa pesanteur, écrasé sous les néons blafards. Une pluie de mars achève de perler les immenses baies vitrées côté rue. Côté quais, la porte automatique s’ouvre et se referme sans que jamais rien ne la franchisse, à part les courants d’air.
Guillaume passe une main dans sa barbe juvénile. De la poche de son jean, il sort son téléphone portable. Maman. Faut-il l’appeler ? Tout de suite ? Lui dire qu’il plaque tout ? Sa licence de socio, son job à la station-service... Tout ! Tout, pour ce rencart à Paris avec ce célèbre musicien-producteur qui l’a contacté tout à l’heure, et qui brûle de le rencontrer et de travailler avec lui après avoir écouté ses chansons postées sur YouTube ! C’est la chance de sa vie ! Merde ! Elle comprendra qu’il ne pouvait pas faire autrement !
Maman. Mais Guillaume la voit sortir de son petit bureau de la sécu. Peut-être est-elle déjà dans le parking souterrain. Comme tous les jours de la semaine, à 18h15. Éreintée, mais heureuse de s’affaler sur le siège de sa voiture, avant le canapé de sa maison, devant une bonne tasse de thé. Heureuse surtout de le retrouver bientôt, lui, son doux rêveur de fils.
Il repose son téléphone sur la table. Non. Pas le courage. Encore moins les mots. Les mots qui ne feront pas trop de mal. Les mots pour répondre aux arguments massue : « … et ta sœur qui fait des études brillantes... et ton père, musicien comme toi, qui nous a laissés, abandonnés... comme toi maintenant... et tous les sacrifices que j’ai faits... et où tu vas dormir, manger... et ton avenir... et on pourrait en discuter... à la maison... ».
Non. Il l’appellera dans le train. Une fois Orléans passé. Quand tout sera trop tard. Irréversible. Et puis, à cette heure-ci, elle aurait encore le temps de surgir dans le hall de la gare. Devant elle, il se retrouverait complètement désarmé, anéanti, vaincu. En un battement de paupières, il redeviendrait le petit Guigui. Instable. Pas sûr de lui. Mais si attachant. Autant prendre direct le bus pour le quartier Beaulieu et rentrer dare-dare à la maison. Autant dire basta à tout. Sa musique. Ses rêves.
Maman. Pauvre petite maman. Si forte. Si courageuse. Une vraie louve. D’ailleurs, c’est le titre d’une de ses chansons qui a commencé à bien cartonner sur le net.
Maman. Et si chiante. Son vouloir impérial de tout faire bien. Tout contrôler. Et cette volonté farouche de ne jamais vouloir le montrer. C’est le thème de la chanson qu’il est en train d’écrire. Du moins dans sa tête. Quelques accords. Une esquisse de mélodie. Deux-trois phrases pour le refrain.
Justement. Pour exorciser ses déchirements, ses angoisses, Guillaume se penche pour ouvrir l’étui de sa guitare et la caler sur ses genoux. Il commence à égrener une suite d’accords. Plutôt arpégés. Plutôt mineurs. Et se met à fredonner. Bouche fermée. Comme ses yeux. Il les rouvre au bout de quelques minutes. Combien ? Il ne saurait le dire, tellement concentré sur sa recherche mélodique et harmonique. Bouche entrouverte. Il n’est pas loin de trouver. Il le sait. C’est comme à chaque fois. Cette petite fièvre. Et puis... et puis... et puis merde ! Fait chier ! Voilà que sa vie quotidienne le rattrape. Après sa louve de maman, le manager de la station-service. Qui, lui non plus, ne méritait pas ça. Ne méritait pas d’être planté entre deux clients. Tout en continuant à arpéger ses accords, il imagine la file d’attente aux pompes, à sa caisse désertée, les klaxons. Mais... mais ça a été plus fort que lui. Comme un appel de Dieu. Juste après le coup de fil de la star musicale de Paris, Guillaume est sorti directement de sa guérite. Somnambule, il a remonté la file de voitures qui attendaient pour payer. Sans regarder les figures étonnées sortant par les vitres des portières.
Comment en une demi-heure, a-t-il traversé la route nationale à quatre voies, rejoint sa maison, pris sa guitare, mis quelques affaires dans son sac de sport, s’est retrouvé dans le hall de la gare, attablé devant un soda ? Ces questions lui deviennent soudain vertigineuses. Il continue à jouer, mais cette fois, pour ne pas s’effondrer d’effroi.
C’est alors qu’il remarque, trois tables plus loin, la présence d’un homme. Un homme qui le regarde. Ouvertement. Malgré ses lunettes de soleil. Un homme. Veste en cuir. Corpulence imposante. La soixantaine. Et pourtant des cheveux encore très blonds et abondants. C’est fou ce qu’il ressemble à Gérard Depardieu. Gérard Depardieu, dont on disait qu’il ressemblait beaucoup à son père musicien-aventurier. Ce qui est encore plus dingue, c’est que devant lui, sur la table... le même soda ! Et à ses pieds... un étui de guitare ! Tout en continuant à le fixer, l’homme esquisse un léger sourire, du coin des lèvres. Par réflexe, Guillaume se retourne pour voir s’il est adressé à quelqu’un d’autre derrière lui. Mais non. Personne. Ce qu’il voit, c’est son reflet sous les néons blafards, dans la baie vitrée côté rue. Comme tout à l’heure, il écarquille ses grands yeux verts quand il s’aperçoit qu’il est toujours affublé de son polaire rouge sans manches : son uniforme de la station-service.
LA FEMME AVEC UN ORDINATEUR PORTABLE

Disons qu’elle s’appelle Anna.

Anna tapote sans cesse sur le clavier de son ordinateur portable posé sur ses genoux. Elle est assise sur une des banquettes centrales du hall de la gare, ses grands yeux couleur noisette rivés sur l’écran. Pas facile de se concentrer dans un hall de gare. Encore moins dans celui-ci, à Châteauroux. Le moindre bruit ou mouvement vient fracasser ce silence pesant, immobile. On ne peut alors s’empêcher de tendre une oreille, détourner son regard. Voilà pourquoi le sien ne lâche pas prise, ainsi que ses doigts. Ses doigts, pour qu’ils ne s’échappent pas du clavier pour devenir peigne, Anna a attaché ses cheveux mi-longs, châtain clair, en queue de cheval.
Enseignante-chercheuse, elle doit rendre un article demain, pour la revue de l’Institut de Sciences Politiques de Paris, où elle travaille depuis six ans. Article sur le conflit syrien et en filigrane, sur les nouvelles relations internationales. Cela fait trois mois qu’elle bûche dessus sans relâche, même les week-ends.
Pendant celui-ci, elle avait décidé de se réfugier dans sa petite maison de Gargilesse, au sud du Berry, pour rédiger la conclusion. Seule, loin de tout, au coin de la cheminée, j’aurai largement le temps et même celui de me balader le long de la Creuse, pensait-elle. Mais... tintin !
Vendredi après-midi, une fois le seuil de la vieille maison franchi, les volets en bois ouverts sur la colline verdoyante, le feu crépitant dans l’âtre, un verre de sancerre blanc à la main, impossible de s’atteler au premier traité d’armement entre Moscou et Damas en 1956 ! Une fois la jupe, le tailleur et les mocassins échangés contre un pantalon treillis, un vieux sweat à capuche et des baskets trouées, plus rien à foutre de

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