Le pain, le riz et les esprits
259 pages
Français

Le pain, le riz et les esprits

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Description

Spécialiste de la sécurité et experte en arts martiaux, Agathe est athée ; Diégo, chef d'entreprise et passionné de jeux lui est catholique ; quant à Tao, psychologue, il se garde bien de toute affirmation dogmatique. Reste qu'au-delà des réponses rationnelles, tous les trois s'interrogent perpétuellement de savoir par quel mystère les choses se nouent ou se dénouent, et quelle est la place réelle du hasard ? Quelles sont les puissances qui les ont poussés à croiser leurs chemins et à se retrouver sur l'île Rouge, le pays de Vohirana la sorcière ?

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 juillet 2012
Nombre de lectures 26
EAN13 9782296498617
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0152€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Le Pain, le Riz et les Esprits
© L’Harmattan, 2012 5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-96577-5 EAN : 9782296965775
LÉONANDRIANA
Le Pain, le Riz et les Esprits
L’Harmattan
Lettres de l'océan Indien Collection dirigée par Maguy Albet
Dernières parutions
Christine RANARIVELO,Le Panama malgache, 2011. Catherine PINALY,Sur Feuille de Songe…, 2011. SAST,Le sang des volcans, Des Kalachs et des Comores, 2011. Jean-Louis ROBERT,Concours de bleus,2009. François DIJOUX,Le Marlé, 2008. TOAZARA Cyprienne,Au fil de la sente, 2007. MALALA Alexandra,Coup de vieux, 2006. HATUBOU Salim,Les démons de l’aube, 2006. ATTOUMANI Nassur,Les aventures d’un adolescent mahorais, 2006. GOZILLON Roland,Une fille providentielle, 2006. ARIA Jacqueline,Le magasin de la vigie, 2006. MUSSARD Fred,Le retour du Buisson ardent, 2006. HATUBOU Salim,Hamouro, 2005. ROUKHADZE Tchito,Le retour du mort, 2005. CALLY J. William,Kapali.La légende du Chien des cannes et autres nouvelles fantastiques créoles, 2005. ARIA Jacqueline,L’île de Zaïmouna, 2004. TURGIS Patrick,Tanahéli – chroniques mahoraises, 2003. TURGIS Patrick,Maoré, 2001. FOURRIER Janine et Jean-Claude,Un M’zoungou à Mamoudzou,2001. HATUBOU Salim,L’odeur du béton,1999. BALCOU Maryvette,Entrée libre, 1999. FIDJI Nadine,Case en tôle, 1999. COMTE Jean-Maurice,Les rizières du bon Dieu,1998. DEVI Ananda,L'Arbre-fouet,1997. DAMBREVILLE Danielle,L’Ilette-Solitude, 1997. MUSSARD Firmin,De lave et d’écume, 1997. TALL Marie-Andrée,La vie en loques, 1996. BECKETT Carole,Anthologie d'introduction à la poésie comorienne d'expression française, 1995. DAMBREVILLE Danielle,L'écho du silence,1995. BLANCHARD-GLASS Pascale,Correspondance du Nouveau Monde, 1995. SOILHABOUD Hamza,Un coin de voile sur les Comores, 1994. GUÉNEAU Agnès,Le chant des Kayanms, 1993. RAFENOMANJATO Charlotte-Arrisoa,Le Cinquième Sceau, 1993.
« Il y a plus dune sagesse, et toutes sont nécessaires au monde ; il nest pas mauvais quelles alternent. »Marguerite YOURCENAR 1903-1987.
Titre 1
Lesprit des sorcières Elle était là, tapie dans le noir, attendant ! Elle était là, ombre noire dans la nuit noire, visage obscur et atone, baissant parfois les paupières afin quau cours de sa lente progression sous la protection dune nuée, la lune ne puisse la trahir en se reflétant dans le blanc de ses yeux ! Elle était là pour Lui ! Elle était là pour celui quelles avaient choisi parmi plusieurs élus, non seulement parce quil avait les prédispositions adéquates, mais surtout parce quil était le fils légitime dun descendant direct des ancêtres ! Elle était là, persévérante, patientant avec lendurance de celles qui savaient jouer avec le temps, entièrement nue. Son corps était enduit de cette substance huileuse qui, plus dune fois, avait permis à ses sœurs de glisser entre les doigts des chasseurs de sorcières! Belle, elle létait mystérieusement dans sa tenue dÈve, ses seins durcis jusquà leurs pointes par la tension due à sa mission. Pourtant, aucun souffle dair naurait pu rider son corps noir et lisse dont le pubis ainsi que les sourcils, comme tout le reste dailleurs, avaient été soigneusement épilés. Nulle brise naurait pu perturber lagencement de ses fines tresses de cheveux entrelacés pour ne pas nuire à son action ! Elle, dont le gracieux visage était tout aussi insensible à la douceur de la nuit quaux griffures du temps passé depuis son initiation, contemplait avec un regard denfant résolu la maison coloniale dans laquelle reposait sa cible ! Quelquun au fait des routines de cette demeure aurait trouvé étrange la quiétude des trois chiens de garde ! Eux qui dhabitude, haletant sans relâche, sillonnaient les milliers de mètres carrés du jardin exotique étaient étrangement silencieux !
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Cétait que, nonobstant le dressage intensif quils avaient subi en France, les molosses navaient pas su résister à lattrait des pelotes de chair préparées spécialement à leur intention. Cétait que, suite à de minutieuses observations, les sorcières avaient confectionné chaque boulette en fonction du caractère de chaque chien afin quil succombât inexorablement à la gourmandise ! Elle, elle était là, attentive à ne pas confondre la complainte de la fontaine qui alimentait en eau potable toute la maisonnée avec les gémissements déclinants de lâtre où finissait de brûler du charbon de bois. Les propriétaires avaient pris soin dy laisser se consumer des braises que leurs domestiques qui vivaient à demeure ravivaient avec empressement à laube pour chasser les démons de la nuit ! Soudain, après avoir caressé la bosse quelle avait sur la droite de son front, elle avança à lombre dun nouveau nuage, foulant silencieusement de ses pieds nus la latérite du chemin qui menait à la résidence. Son pas naturel sRavinalahs », cesappariait avec le lourd balancement des « « arbres du voyageur » qui formaient une formidable haie dhonneur pour ceux qui, contrairement à elle, venaient sans arrière-pensées visiter le jardin intérieur de limmense propriété ! Elle savait quelle navait que très peu de temps ! Le destin avait choisi son heure ! Elle se devait dêtre exacte au rendez-vous, car tout se jouait à la poussière de seconde près ! Tout en marchant, elle émit un long sifflement modulé combinant des sons et des ultrasons qui assommèrent les occupants de la maisonnée et plongèrent tous ceux qui étaient assoupis dans un sommeil plus profond encore ! Seul aurait pu échapper à ce sortilège le « père » de ces lieux, le Patriarche de la famille. Il était le représentant vivant des ancêtres habilité à parler directement aux esprits ainsi quà lEsprit immanent et par sa seule présence, il aurait compromis tout ce scénario ! Mais elle et ses sœurs avaient tout calculé lors de cette cérémonie où elle avait été désignée pour accomplir ce quelles considéraient comme lultime acte de survie de leur horde ! Elle savait les raisons symboliques de ce choix et les approuvait de tout son être ! Elle avait été initiée parce que, toute petite, elle avait eu en elle des images, des formules, des bribes de pratique qui réussissaient à conjurer les peurs ataviques qui effraient normalement tous les enfants ! En effet, déjà bébé, elle ne pleurait jamais, et les sorcières qui la prirent en charge dès le décès de sa mère en couches ne sen étonnèrent pas.
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Malgré ses yeux alertes, son joli minois restait toujours impassible même au plus fort des orages quand, à chaque fracas du firmament, les chiens eux hurlaient à la mort et à la lune. De plus, toute petite, elle ne réclamait rien. Les gestes les plus familiers cernant tout nourrisson et donnant un sens à leurs émotions les plus intimes sexécutaient pour elle comme dans un ballet dont les esquisses chorégraphiques avaient été ébauchées davance ! Toute sa communauté, comme téléguidée par une intuition, devinait ou pressentait ses désirs, ses soifs ou ses appétits. On aurait cru quelle communiquait avec son entourage par télépathie. Et puis, de plus en plus, la curiosité ainsi que la fascination de lenfant pour lunivers dans ses desseins les plus insolites, comme linfluence des astres sur les comportements des hommes et des bêtes, étaient allées en saccroissant. Il en avait été de même pour lexcroissance qui trônait sur son front, conséquence dune chute quelle avait faite sur la tête en voulant se saisir dun énorme papillon noir qui folâtrait au bord de lâtre arrondi de la cheminée en terre qui lui servait alors de berceau. Disparaissant énigmatiquement aux yeux de son entourage, le lépidoptère sétait mystérieusement tatoué sur sa peau comme une tache impure sur un corps pur. Au grand dam de son père, sa bosse résista à tous les onguents et divers baumes dont elle fut ointe par les sorcières appelées au secours. Lévolution de cette protubérance avait contrarié les efforts de ces dernières non seulement en ne diminuant pas, mais surtout en prenant chaque jour de lampleur jusquà devenir emblématique des limites de leurs pouvoirs. Ainsi, le jour où les sorcières cessèrent de sacharner à faire disparaître la proéminence, celle-ci se stabilisa et contribua à donner un aspect énigmatique au visage pourtant séduisant de la petite. Inspirée, lenfant sentait les choses plus quelle ne les comprenait et, pour elle, les sortilèges étaient aussi naturels dans ce monde que les magies de leau, de lair, du feu ou de la terre dans leurs manifestations originelles ! Tant de promesses ne pouvaient laisser indifférentes les adeptes des forces de la nature, ces femmes que lon affublait avec crainte et appréhension du titre de « Mpamosavy » ou « Sorcières ». Ce furent elles qui ladoptèrent après le décès de son géniteur disparu prématurément dune maladie ténébreuse ! Celles-ci, maîtresses darts divinatoires mêlant transes aux possessions, étaient les gardiennes de tabous animistes venus des temps anciens. Elles guérissaient par hypnotisme, par attouchement ou par les vertus de plantes médicinales. Les Occidentaux qui avaient vent de leur existence se demandaient comment elles réussissaient à subsister dans un monde qui rationalisait inexorablement toutes les pratiques et aussi comment elles communiquaient entre elles pour se transmettre leurs connaissances !
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De mauvaises langues, et plus particulièrement celles des représentants de la chrétienté qui estimaient que les cultes païens des sorcières entraient en concurrence avec leur religion, les accusaient de favoriser le destin en ravissant leurs adeptes à leur famille ! Tout en étant les sages-femmes les plus recherchées pour les grossesses pathologiques ou non, elles étaient appelées au chevet de toutes les femmes dont on pressentait une grossesse difficile, maladive, voire particulière. Ainsi, elles cernaient les qualités des bébés avant même leur naissance et, pratiquant volontiers une forme de transmission de pensée, elles repéraient par ce biais et de façon intuitive leurs futures compagnes de route dans les villes qui constituaient leur territoire ! Les sorcières pratiquaient lenvoûtement et lempoisonnement à la demande,mais paradoxalement, les gens les abominaient au profit des devins, astrologues, guérisseurs et autres « mpamandro » ou « mpsikidy » de sexe masculin. Comme de tout temps, à l’instar de leurs consœurs existant sur notre planète, elles avaient été traquées sur « lîle rouge » par tous les pouvoirs en place. Voilà aussi pourquoi une partie de la population, en proie à un modernisme effréné, trouvait archaïque leur foi, leur idéal ou leurs croyances. Mais nul ne pouvait nier quelles aient en elles des motivations qui les poussaient en avant vers linfini. Les gens sentaient que dans lintimité des sorcières, tout vibrait en un ballet complexe avec des schémas semblables à ceux des planètes de notre galaxie, et cétait ce qui effrayait le commun des mortels ! Selon leur mentalité alambiquée et primitive, les mpamosavy certifiaient que leurs origines resteraient toujours incompréhensibles à lêtre humain. Elles pensaient que les énergies qui habitaient lHomme demeureraient à jamais indescriptibles et que sa quintessence continuerait à lui être un mystère pour léternité. Pour elles, la finalité de lunivers serait indéfiniment inaccessible à notre conscience ! Et pourtant elles avaient une connaissance profonde de la nature humaine, prescience qui dailleurs était le gage de leur pérennité ! En effet, malgré lurbanisation à outrance de zones anciennement désertiques, malgré les campagnes dalphabétisation jusquauprès des populations les plus isolées, malgré limportance prise par les médias dans la fabrication des modes de pensée, malgré les progrès faits par les industries pharmaceutiques, malgré les bouleversements créés par linformatique dans la résolution des problèmes les plus complexes, elles existaient ! Elles continuaient à subsister en pitoyables conservatrices dune superstition axée sur les mystères de notre venue non désirée dans ce monde. Rendues elles-mêmes folles par la quête angoissante des meilleures conditions de notre passage ici-bas, elles survivaient paradoxalement grâce à cette folie !
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