LE VISAGE DE L ESPOIR
204 pages
Français

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LE VISAGE DE L'ESPOIR , livre ebook

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Description

"Le visage de l’espoir" est un recueil de 10 nouvelles littéraires écrites par Marcellin Emack . L’ouvrage présente l’histoire des protagonistes qui verront leur vie attristée par un mal-être quotidien avant de voir survenir des événements qui présageront un futur meilleur.
Dans les profondeurs du livre, les personnages subissent des épreuves rudes et difficiles pour obtenir ce dont ils rêvent. Plusieurs d’entre eux, plus optimistes et plus résilients, sortiront de leur condition déplorable malgré l’ampleur de la souffrance. Mais, certains feront des choix qui entraîneront leur descente aux enfers...

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 janvier 2023
Nombre de lectures 222
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0500€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Nouvelles
LE VISAGE DE L'ESPOIR
Tous droits réservés Éditions Legilia Yaoundé-Cameroun Février 2023 legilialv@gmail.com
À ma mère que j'aime tant  À mon père, parti bien trop tôt À ma mère Ivette Bassega que j'adore Je dédie ce visage de l'espoir
Amie …
Sylvain sentait sa vie triste avant même qu'il quitte Yaoundé pour Mbandjock : il n'y avait aucune présence pour combler cette solitude qui le torturait tant, aucune présence qui tentait de comprendre son introversion ; alors il se lamentait sans cesse de jour comme de nuit, pétri de rage et de chagrin, et animé par le désir de s'éloigner pour un long moment des hommes.
Cette impression destructrice lui empoisonnait l'être, l'existence ; et ses pauvres journées ne lui servaient qu'à porter sur des bouts de papier ses émotions négligées, et ses ambitions auxquelles il avait renoncé depuis fort longtemps. Rejeté par ses « amis », il éprouvait dorénavant une fureur violente à l'égard de ces fréquentations qui avaient absorbé ses vertus. Il éprouvait une aversion misogyne pour ses ex copines qui l'avaient manipulé ainsi qu'une marionnette, bien qu'il les eût aimées chacune à son tour, à l'extrême du possible.
Et pourtant, Sylvain n'avait jamais porté que de la simplicité, de l'amour et de la patience en lui, quoiqu’on lui reprocha à plein temps d'être d'un cruel ennui. Mais il ignorait que par ses qualités l'on pourrait le posséder, le tenir ; il ignorait que ces vertus paraîtraient des points faibles que des gens manieraient à leur gré, comme une chair que l'on s'amuse à ouvrir, dans le but sadique de voir combien de temps elle mettra à cicatriser.
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Il n'avait pas d’attache démesurée pour l’argent, pour le matériel ; il se montrait toujours reconnaissant envers Dieu, envers la vie, même si son cœur, sans le vouloir, s'assombrissait.
Et il se convainquait toujours de voir quelque chose de bon en les esprits les plus rusés, les plus avides et les plus insensibles.
Mais il n'en est plus rien.
Aujourd'hui, Sylvain préfère s'entretenir avec son ombre, sacrifier le rire, l'amusement, bref, tous ces appétits de l'âme, que de se forcer à subir l’hypocrisie de vils gens qui le pousseraient en permanence au bord du précipice.
Cet appartement qu'il venait de rejoindre lui rappelait le désespoir, la tristesse, la solitude, la mort et le délaissement. Les murs, vieux d’une soixantaine d'années, le plafond dont le contreplaqué s'émiettait sans fin, le calme à la fois inquiétant et effrayant, lui plaisaient, étonnamment. Et cet endroit était froid, d'une de ces fraîcheurs, ma foi, semblable à celle dans laquelle on conserve des cadavres !
Dans cet espace terne, le jeune homme n'avait aucune distraction autre que la lecture d'œuvres fantastiques, de polars, de thrillers, et l'écriture de poèmes
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dans lesquels il décrivait toute sa haine, sa douleur, ses regrets et ses espoirs perdus. Mais qui les lirait ?
Il n'avait pas pour habitude de se promener, de prendre un peu d'air, histoire de penser à autre chose. Il ne connaissait personne ici ; ça ne faisait que huit jours qu'un car l'y avait débarqué.
*
On était au mois de juillet, et septembre lui semblait bien lent à venir. Il s'ennuyait. Les seules fois où il avait pu se retrouver à l'extérieur, c'était pour contrôler les travailleurs à la ferme de sa grand-mère et acheter les ingrédients de ses repas de la semaine : des épices, des fruits et des produits vivriers entre autres. Tout cela, il se le procurait avec l'argent récolté de ses services de coursier dans une entreprise d'expédition de colis de Yaoundé, et économisé pendant trois ans.
L'envie d'être accompagné dans cette maison le taraudait ; il ressentait le besoin impérieux de sortir avec des amis, vivre les moments de galère avec eux, bavarder durant toutes les nuits et sentir la magie par laquelle les copains établissent une multitude de plans par un simple regard.
Entre écriture et mélancolie, certains soirs, ses larmes s'écrasaient sur le papier comme les vagues
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déferlent sur la berge, lorsqu'il extériorisait ses tourments ; mais toujours sans aucune lueur d'apaisement. Il pensait à l'exil dans une île, à des hommes vivant en pleine nature qui acceptent les autres sans recherche d'intérêt, à des hommes qui, pour finir, lui donneraient assurément la valeur qu'il méritait.
Sur son siège de balcon quelque peu délabré, il essayait souvent une étrange substitution mentale : il tentait de se mettre dans la peau de ceux qui causent du tort aux autres sans éprouver des remords ; il s'imaginait lui-même méchant, esclave de la chair, du matériel, et il maugréait : « Les crapules ! Y en a qui ne verront pas Dieu ! »
*
Le dimanche à Mbandjock, les rues sont très occupées au matin comme au soir ; les riverains abondent dans les églises, beaucoup vendent et la plupart des vieux se divertissent au ludo, aux cartes et à la boisson dans les coins de quartiers, tout en commentant les derniers matchs de football.
À la tombée de la nuit, Sylvain alla s'accouder sur la balustrade du balcon de la cuisine, pour aspirer un gros coup d'air frais en regardant le coin, très peu éclairé. Et comme il attrapait froid, il rentra, et nota que son ventre gargouillait ; alors il fit cuire de la viande de bœuf dans 4
une sauce d'arachide. Puis il éplucha les plantains qu'il découpa ensuite avant de les laisser bouillir.
En revenant de sa douche, il dressa sans tarder le couvert. Au moment d’entamer une prière, il entendit une voix timide murmurer : « Toc-toc. » Étonné, il pensa d’abord qu’elle s'adressait au voisin le plus proche, et qu'elle réussissait à lui parvenir par l'écho du couloir. Alors, avec plus de concentration, il tenta d’en dire une autre, mais la même voix insistait : « Il y a quelqu’un ? » Irrité, il poussa la table en hurlant : « Mince ! On ne peut pas manger en paix ? » En ouvrant la porte, il lui sembla qu'il se trouvait nez à nez avecle soleil : c’était comme si une kyrielle de rayons de lumière lui éblouissaient le visage, à en perdre la vue. C'était une jolie jeune fille à la peau bronzée, la taille fine, et au regard hypnotisant entouré de cernes qui lui donnaient une sublimité macabre. Sylvain l'avait déjà aperçue dans le lotissement. Les deux avaient eu des yeux éperdus cette fois où ils s’étaient vus au marché. Et ils étaient restés là, immobiles, chacun attendant de son côté que l'autre fît le premier pas. Le jeune homme s'était promis d'être le premier à se jeter à l'eau à la prochaine rencontre ; mais, inutile, elle se trouvait là, chez lui, face à lui, sans qu'il eût besoin de l'accoster en pleine rue. C'était ce genre de fille capable de voler le cœur d'un homme juste par son doux regard, un regard qui caressait, un regard qui, par sa pénétrante volupté, corrompait irrésistiblement une âme 5
masculine. Elle portait une jupe collante, sensuelle et multicolore. Ah ! comme elle était jolie ! Sylvain fut hypnotisé durant de longues secondes par ses yeux qui témoignaient d’un profond spleen. Il sembla au jeune homme que des mots fourmillaient dans la gorge de la belle, mais celle-ci ne disait rien. Il la regardait sans rien dire lui aussi, et les deux tombèrent dans un court moment de silence absolu.
avez besoin de quelque chose ? finit-il par lui Vous demander d'une voix attendrie.
Oui, rétorqua-t-elle d'un air timide, j'ai quelques soucis qui me tracassent.
Elle avait posé un œil triste sur Sylvain, et s'était mise à pleurer, dissimulant son visage par ses paumes. Le jeune homme ne voyait que des larmes descendre à flots sur ses pommettes. Cet émerveillement de tout à l'heure dans son regard s'était mué, l'espace de trois secondes, en une mélancolique pitié. « Mais entrez, je vous en prie… » l'invita-t-il. Elle entra, soutenue par lui. Et, avec la voix entrecoupée et les mots comme coincés dans son larynx, elle parvint à lui dire : « Tu peux me tutoyer. »
Sylvain, après l'avoir installée, porta le repas à une autre table.
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