Les illusions parallèles
171 pages
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Les illusions parallèles , livre ebook

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Description

Qui n’a jamais rêvé que sa vie ressemble à un film ? De vivre des histoires « comme au cinéma » ?
Là où la frontière entre le cinéma et la réalité est particulièrement étanche, où des destinées se frôlent telles des ombres parallèles, voici 16 histoires de rencontres dans les univers fascinants et singuliers des festivals de cinéma de Deauville, Cannes, Monaco, Dinard, Paris, Cabourg, La Baule, Annonay, Lyon, Saint-Jean-de-Luz, Beaune et même à la cérémonie des César.
Les personnages qui déambulent entre ces pages, passant allégrement d’un côté à l’autre du grand écran, sont criants de justesse à défaut d’humanité pour certains, et passent des rêves qu’il faut vivre envers et contre tout aux amours manquées, aux désillusions secrètes ou aux frustrations qui peuvent faire basculer le destin.
Des textes magnifiques et romanesques, passionnés, d’une écriture délicate et néanmoins incisive, dans lesquels Sandra Mézière fait parfois cruellement tomber les masques et dévoile sans concession l’envers du décor.

Diplômée en droit, sciences politiques, médiation culturelle, titulaire d’un Master 2 professionnel de cinéma à la Sorbonne, Sandra Mézière est l’auteur de L’amor dans l’âme (2016 – Éditions du 38), premier roman sur un deuil et un amour impossibles au cœur du Festival de Cannes. Elle est aussi chroniqueuse cinéma notamment sur ses blogs dont Inthemoodforcinema.com qu’elle a créé en 2003. Elle partage ici sa passion dévorante pour le cinéma et les festivals qu’elle couvre depuis longtemps et dans les coulisses desquels ces nouvelles vous emmèneront pour vous faire voyager, frissonner, rêver, vibrer... comme au cinéma !

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EAN13 9782374533483
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0045€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Présentation
Qui n’a jamais rêvé que sa vie ressemble à un film ?
Que ses illusions deviennent réalité ?
Là où la frontière entre le cinéma et la réalité est particulièrement étanche, où des destinées se frôlent telles des ombres parallèles, voici 16 histoires de rencontres dans les univers fascinants et singuliers des festivals de cinéma de Deauville, Cannes, Monaco, Dinard, Paris, Cabourg, La Baule, Annonay, Lyon, Saint-Jean-de-Luz, Beaune et même à la cérémonie des César.
Les personnages qui déambulent entre ces pages, passant allégrement d’un côté à l’autre du grand écran, sont criants de justesse à défaut d’humanité pour certains, et passent des rêves qu’il faut vivre envers et contre tout aux amours manquées, aux désillusions secrètes ou aux frustrations qui peuvent faire basculer le destin.
Des textes magnifiques et romanesques, passionnés, d’une écriture délicate et néanmoins incisive, dans lesquels Sandra Mézière fait parfois cruellement tomber les masques et dévoile sans concession l’envers du décor. Elle partage ici sa passion dévorante pour le cinéma et les festivals qu’elle couvre depuis longtemps et dans les coulisses desquels ces nouvelles vous emmèneront pour vous faire voyager, frissonner, rêver, vibrer… comme au cinéma !


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Diplômée en droit, sciences politiques, médiation culturelle, et titulaire d’un Master 2 professionnel de cinéma à la Sorbonne, Sandra Mézière est l’auteur de L’amor dans l’âme (2016 – Éditions du 38), premier roman sur un deuil et un amour impossibles au cœur du Festival de Cannes. Elle est aussi chroniqueuse cinéma notamment sur ses blogs dont Inthemoodforcinema.com qu’elle a créé en 2003.
Sandra Mézière
Les illusions parallèles
16 rencontres «comme au cinéma»
Les Éditions du 38
À la mémoire de mon père À ma mère À leur courage À nos illusions et instants partagés : inestimables Et aux illusions salutaires qui (me) permettent de croire que même les parallèles, un jour, finissent par se rejoindre…
« Ombres folles, courez au bout de vos désirs Jamais vous ne pourrez assouvir votre rage Et votre châtiment naîtra de vos plaisirs. » Charles Baudelaire
« Le cinéma […] substitue à notre regard un monde qui s’accorde à nos désirs. » André Bazin cité par Jean-Luc Godard ( Le Mépris )
« La vie est une rose dont chaque pétale est une illusion et chaque épine une réalité. » Alfred de Musset
1. Comme dans un film noir
Festival International du Film Policier de Beaune

Aujourd’hui encore, l’image me revient régulièrement en mémoire. Je ne peux pas dire qu’elle me hante. Avec le recul, elle me semble plus cinématographique que répugnante. Et si je vous disais qu’elle me rassure, vous ne me comprendriez probablement pas. C’est pourtant l’étonnante vérité. J’ai néanmoins besoin d’écrire cette histoire. Peut-être pour me délester d’un fardeau, de mes fardeaux. Peut-être pour me dédouaner. Ce sera à vous de juger.
Cette image est celle d’un corps gisant dans une mare de sang. Je revois encore les bougies qui menaient jusqu’à lui et la voûte en pierre de la cave au fond de laquelle il se trouvait et qui, dans ma mémoire, s’apparente à une sorte de mausolée. Comme le dénouement logique d’une histoire illogique. Comme si ce lieu à l’aura mystique et inquiétante n’avait été édifié et mis en scène que pour cela. Cela aurait pu être la scène finale d’un des films projetés pendant le festival. Avec un rebondissement dont je me serais dit qu’il était trop soudain, violent, incongru pour être crédible. La scène était pourtant réelle.
Mais il faut que je commence par le début pour que vous compreniez.
Tout avait débuté la veille. Il y a un an et demi. Dans le train qui me menait au Festival International du Film Policier de Beaune 2015. J’avais finalement accepté la proposition de mon rédacteur en chef, Martin, de couvrir le festival. J’avais accepté comme je me serais jetée dans le vide. Je venais de perdre mon frère, six mois plus tôt. L’homme de ma vie. J’étais partie pour fuir le chagrin, l’indifférence au chagrin, les lieux qui me rappelaient mon chagrin, les phrases qui exacerbaient mon chagrin : c’est mieux pour toi, c’est mieux pour lui, avec le temps tu t’en remettras on s’en remet toujours, au moins il ne souffre plus, ça devait finir comme ça, ça arrive à tout le monde un jour ou l’autre, tu es forte, la vie continue, tu vas forcément t’en sortir, tu devrais te faire aider. Des injonctions à oublier, à me débrouiller avec ma douleur et mes souvenirs. À ne surtout pas les saouler avec ma peine parce qu’il y avait les vacances à préparer, les compétitions de sport du petit dernier, la vie et ses « aléas du quotidien tu sais ce que c’est toi qui as perdu ton frère », toutes ces occupations beaucoup plus urgentes et importantes. Alors, je suis partie. Pour les laisser tranquilles. Pour ne pas leur déverser ma colère.
Un sponsor du festival invitait chaque année quelques journalistes. Mes articles sur le théâtre étaient reconnus pour leur sérieux. Mon nom avait été suggéré à Martin. Je le soupçonnais d’avoir eu un peu pitié de moi. Je préférais ses silences bienveillants à toutes les fausses marques d’empathie de mon entourage. Je n’oubliais pas qu’il avait été présent aux moments les plus difficiles de mon existence même s’il semblait toujours mal à l’aise en ma présence.
À quarante-cinq ans, j’allais donc pour la première fois à Beaune. Comme personne ne me comprenait, autant jouer à être quelqu’un d’autre. Pour la circonstance, je m’étais donc habillée comme j’imaginais qu’on se devait de l’être pour un festival de cinéma, a fortiori de cinéma policier. Mise en scène moi aussi. Comme une héroïne hitchcockienne. Une coiffure à la Kim Novak dans Vertigo . Des talons hauts. Un tailleur. La tenue idéale pour prendre le train. Je ne l’ai pas remarqué d’abord. L’homme assis face à moi. Ou si je l’ai remarqué, c’est parce qu’il n’était pas très beau, pas complètement laid non plus. Il faisait partie de ces gens que l’on peine à imaginer jeune. Ni petit. Ni grand. Ni maigre. Ni gros. Le crâne dégarni. Un visage sans attrait. Des lunettes. L’allure d’un bureaucrate consciencieux, dénué de fantaisie. S’il ne m’avait pas proposé de m’aider à porter ma valise, peut-être apitoyé par les quelques larmes que j’avais versées pendant le trajet, sans doute l’aurais-je oublié.
Arrivée à Beaune, après avoir déposé mes affaires à mon hôtel, j’ai filé à la première projection. Le film s’appelait Victoria , un film allemand. Un plan séquence de 2 h 20, absolument époustouflant. Un film dans lequel chaque plan exhale des désirs : de vie, de palpitations, de liberté, d’ailleurs, d’amour. Ne craignez rien, je ne vais pas vous donner une leçon de cinéma, mais cette projection a eu une incidence sur la suite, c’est la raison pour laquelle je vous en parle. Totalement fascinée par ce film, je décidai d’aller m’installer dans un café de Beaune pour écrire ma critique. Je remarquai que son dédale de ruelles au charme intemporel semblait avoir été dessiné par le plus doué et inventif des décorateurs de film tant cela aurait pu servir de cadre mystérieux à une intrigue policière labyrinthique. J’ignorais alors que ce décor était prémonitoire. Après avoir marché une dizaine de minutes, je m’installai dans un café depuis lequel j’apercevais la toiture en tuiles vernissées des célèbres Hospices de Beaune. Assis un peu plus loin, je remarquai un homme de mon âge ou un peu plus jeune peut-être, très élégant et portant un chapeau. C’est ce qui m’a sauté aux yeux parce que je me suis dit que lui aussi avait une allure d’anti-héros hitchcockien et qu’il aurait pu être James Stewart dans Vertigo . Et puis son visage d’une beauté froide, à couper le souffle, pouvait difficilement laisser indifférent. J’essayai de me concentrer sur ma critique. Je la commençai ainsi : Tout est dit déjà dans les premières secondes : l’envie de liberté, de transgression, d’évasion, d’enivrement, l’aveuglement, la solitude, la brutalité.
— Excusez-moi.
Je relevai la tête en souriant m’imaginant que « mon » James Stewart m’adressait ainsi la parole. Mais face à moi c’était l’homme du train, le bureaucrate, qui prenait un air gêné. Je lui adressai un sourire machinal que je regrettai aussitôt esquissé. L’homme au chapeau m’adressa un petit sourire entendu. Je poursuivis ma critique ignorant le bureaucrate : Le film débute par les lumières aveuglantes, stroboscopiques et dangereusement grisantes d’une boîte de nuit, rythmées par l’insidieuse violence de la musique techno nous plongeant d’emblée dans la même atmosphère, hypnotique et électrisante, que le personnage principal, Victoria, à qui les lumières, se dissipant, laissent ensuite place à l’écran, et que nous ne quitterons plus une seule seconde en 2 h 20 de film.
Je relevai la tête. Le bureaucrate n’avait pas bougé.
— Oui, je suis toujours là, je voulais vous laisser finir votre phrase. Je vous ai vue à la projection tout à l’heure. J’ai vu que vous applaudissiez avec enthousiasme puis que vous êtes restée longuement dans la salle, face à l’écran noir, après le générique de fin. Vous me sembliez très émue. Rarement un film m’a plu à ce point. Je voulais savoir ce que vous en aviez pensé.
Comme je n’avais pas envie de parler et surtout parce que je souhaitais qu’il parte le plus vite possible, en guise de réponse, je lui montrai mes quelques mots griffonnés.
— Oui, c’est exactement ça, dit-il avec un sourire béat tout en s’asseyant face à moi sans prendre la peine de me demander si cela me dérangeait.
Je me suis dit que les ennuis commençaient. L’homme au chapeau se leva, me fit un petit signe en soulevant rapidement son couvre-chef comme le font les cow-boys dans les westerns et il quitta le café. Et je détestais le bureaucrate pour cela, d’emblée et violemment.
— C’est un très bel homme en effet, reprit le bureaucrate en me désignant la porte par laquelle était sorti le cow-boy. Il s’appelle Anatole Leprince. C’est déjà tout un programme. Son orgueil dépasse encore et de loin sa beauté, certes indéniable, et vous le rendrait insupportable au bout de quelques minutes, mais comme le désir se nourrit de l’imagination, vous devez déjà le parer de toutes les qualités. Il est producteur et il venge ses rêves de comédie avortés en se donnant l’allure de l’acteur qu’il n’est pas et qu’il ne sera jamais et en passant son temps, qu’il a à revendre, à humilier ceux qui exercent la profession qu’il ne cessera jamais de regretter de n’avoir pu endosser.
— Et vous qui êtes-vous pour émettre de tels jugements hâtifs et péremptoires, pour vous asseoir sans permission ?
— Je suis psychocriminologue pour la police. Profiler disent les Américains, ça fait tout de suite plus chic, mais le statut n’existe pas encore en France. Alors, vous voyez, les jugements hâtifs, mais je l’espère justes, c’est mon métier. Et je suis au festival parce que je fais partie du jury spécial police.
J’avais vu en effet qu’en plus du jury de professionnels du cinéma, le festival comprenait un jury de policiers ainsi nommé « spécial police ». Le bureaucrate travaillait donc pour la police.
— Je sais ce que vous vous dites, que vous n’auriez jamais imaginé que je travaillais pour la police. On me le dit tout le temps.
— Je ne me dis rien du tout, répondis-je piquée, prise en flagrant délit de préjugés, et surtout désireuse d’être laissée tranquille. Et si vous croyez que me donner votre CV va me rassurer ou me rendre plus indulgente à votre égard, vous vous trompez. Et moi alors, quel est mon profil ?
— Vous, derrière cette apparence d’héroïne sophistiquée que vous avez voulu vous donner, qui vous va très bien, mais ne vous correspond pas, je pense qu’il y a une douleur secrète, une douleur qu’on ne vous laisse pas le droit d’exprimer. Je pense que venir ici était un peu pour vous comme un saut dans le vide. Et je pense que nous avons ce point commun.
— Vous pensez beaucoup. Vous êtes voyant ou policier ? dis-je, décontenancée.
— Un peu des deux. Et je pense un peu trop parfois.
— Vous êtes membre du jury et vous n’avez rien d’autre à faire que d’être ici avec moi ?
— Rien d’autre, certainement pas. Rien de mieux, sans aucun doute.
— Malheureusement, moi si. Je dois écrire cette critique.
— Vous écrivez pour un mensuel, cela ne doit pas être si urgent.
— Vous savez toujours tout sur tout le monde, comme ça, en quelques minutes ? C’est effrayant !
— Il suffit d’observer, d’être à l’écoute. Et d’avoir peut-être un petit don pour cela.
Je remarquai que, lorsqu’il parlait, tout son visage s’animait et que cela en occultait presque le manque d’attrait.
— Alors puisque je suis censée avoir du temps et vous écouter, j’attends, qu’avez-vous à me dire ? demandai-je sur un ton professoral.
— Je pourrais vous dire ce que vous ressentez. Vous avez l’impression d’être au milieu d’un lac gelé. Vous vous noyez. Lentement. Doucement. Vous ressentez le froid qui vous transperce le corps, qui glace votre âme, qui vous brise les os. Vous criez. Vous vous débattez. On vous voit. Mais au lieu de venir à votre secours, de saisir votre main que vous agitez dans le vide au-dessus de votre tête, on vous dit de trouver de l’aide ailleurs. Dans le meilleur des cas. Ou on ne vous dit rien. Dans le pire.
Je pense que pour quiconque cela aurait semblé abscons, mais c’était exactement ce que je ressentais depuis la mort de mon frère. Je me débattais dans un lac gelé, je coulais et au lieu de me porter secours, on me regardait sombrer avec détachement. Ma vue se brouilla. L’émotion me saisit, d’un coup. Toute cette douleur que je m’évertuais à dissimuler par des artifices remonta brusquement à la surface. Cet homme qui me connaissait depuis quelques minutes avait vu ce que des personnes qui me côtoyaient depuis des années n’étaient pas parvenues à comprendre. Il saisit ma main. Je la retirai, brusquement, machinalement. Le deuil est une planète parallèle. J’avais la sensation que nous en étions deux égarés parmi ceux pour qui nous représentions des Martiens, redoutés et incompréhensibles. J’avais soudain tant de questions à lui poser. Mais je ne parvenais pas à parler.
— Je me suis trompé. Excusez-moi. Il faut toujours que j’aille à l’essentiel parce que je sais qu’on ne doit pas perdre de temps dans la vie. Excusez-moi si ma franchise vous a choquée. Je vous souhaite un excellent festival.
Il s’est levé et a quitté le café, sans que je parvienne à réagir. Perturbée par cette conversation, au lieu d’aller à la projection suivante, je décidai de me changer les idées à marcher sans but et à me perdre dans les ruelles de Beaune. Je ressassais ses mots encore et encore, je pensais au lac gelé.
Quand je retournai enfin à mon hôtel après avoir déambulé un temps infini dans Beaune, une invitation m’attendait. Une invitation pour un cocktail avec quelques journalistes et les membres du jury, dans une prestigieuse cave d’un célèbre vigneron située dans le centre de Beaune.
J’étais vêtue d’une robe noire indécemment décolletée dans le dos, une robe qui me donnait une allure de femme fatale qui ne me correspondait pas, qui ne me correspondait plus. J’avais pris cette robe parce que je n’avais plus l’habitude de sortir depuis que je m’étais occupée de mon frère, pendant trois ans, parce que c’était la première sur laquelle j’étais tombée en préparant ma valise et que je l’y avais mise par dépit tout en me disant que je n’oserais jamais la mettre. Il me fallut marcher environ vingt minutes dans cet accoutrement depuis mon hôtel pour accéder au lieu de la soirée. Mes pas résonnaient dans le silence et dans la nuit. J’avais le sentiment d’être suivie. J’arrivai très en retard à la soirée. Je ne me sentais pas très bien. J’avais longuement hésité à venir. J’estimais ne pas avoir le droit de m’amuser. Seule la perspective de revoir le policier m’avait finalement décidée. Dans le programme du festival, j’avais lu son impressionnant curriculum vitae. Et je savais désormais qu’il se prénommait Antoine. Pour accéder au lieu, il fallait descendre un nombre de marches incalculable, se baisser, puis marcher sur un long chemin sous la voûte de pierre, jalonné de bougies pour l’occasion qui procuraient un aspect presque inquiétant aux bouteilles et cuves ainsi éclairées. J’entendis quelques rires, au loin, au fond de la cave. Quand je les rejoignis, je constatai que plusieurs groupes s’étaient formés. Il n’y avait pas plus de vingt personnes. Je reconnus Claude Lelouch, la réalisatrice Danièle Thompson, un ou deux journalistes connus. Seule et désemparée, le temps me semblait s’écouler au ralenti. Je voulais déjà fuir, je n’avais pas envie de parler. Pas envie de ce jeu social. Pas envie d’être vue dans ma robe noire indécente.
— J’ai eu pitié. Vous m’aviez l’air perdue. Tenez, c’est un Bourgogne millésimé.
La voix masculine qui avait prononcé ces mots et qui me tendait un verre me fit sursauter.
Avec la pénombre, il me fallut quelques secondes pour distinguer clairement son visage, mais à son chapeau, je devinais que c’était l’homme du café, le producteur. Déjà à cette phrase, j’aurais dû le remettre à sa place, lui dire que je n’avais pas besoin de chaperon, mais parfois le chamboulement des sens vous conduit à agir contre la raison.
— Et vous êtes là pour me secourir, dis-je en prenant le verre.
— C’est un peu mon métier. Je suis producteur. Si vous saviez le nombre de comédiens, comédiennes en détresse, et de films même, que j’ai sauvés !
Il avait dit cela avec un parfait sérieux. En quelques secondes, il s’était présenté comme mon sauveur et celui de l’humanité. J’aurais dû être alertée d’emblée, mais un physique agréable peut vous aveugler un temps et vous conduire à mettre quelques heures à vous faire admettre ce qu’un physique désavantageux vous incite à comprendre immédiatement.
— Je n’ai guère de mérite, ce ne sont pas des cerveaux la plupart du temps, crut-il humble et spirituel d’ajouter pour relancer la conversation. Anatole, enchanté, reprit-il en me claquant deux bises, totalement hors propos.
Peu importait ce qu’il disait ou faisait. J’étais hypnotisée. Pendant trois ans, j’avais oublié cette sensation presque jouissive lorsqu’un visage vous attire, presque viscéralement. Et c’était agréable de la retrouver. La pénombre et les bougies renforçaient encore sa beauté, ainsi éclairé comme le sont les acteurs dans ces films noirs des années 50 ou sur ces photos Harcourt qui subliment les visages d’un mélancolique halo lumineux.
— Vous auriez dû être actrice, dit-il.
J’imagine que dans sa bouche c’était un compliment. Une belle femme ne peut s’épanouir qu’en tant qu’actrice pour certains esprits étriqués. Cette remarque aurait dû me faire sortir de mes gonds, mais cela faisait si longtemps que je n’étais pas allée à une soirée que je ne pouvais m’empêcher d’être flattée, et puis j’étais surtout contente d’avoir quelqu’un à qui parler.
— Et votre ami de cet après-midi ? demanda-t-il pour relancer la conversation.
— Ce n’est pas mon ami. Il… il s’est incrusté à ma table.
— Comme il avait l’air quelconque cet homme. Il y a des gens comme ça, je les appelle les insipides, des êtres sans goût, sans saveur, sans éclats. Les insipides, clama-t-il comme s’il était sur une scène de théâtre.
Il sourit de toutes ses dents en disant cela, ce qui le rendit soudain très laid. Si je vous dis que je lui ai répondu, presque murmuré, oui, c’est vrai , ajoutant comme si cela ne suffisait pas, vous avez raison , vous allez me penser irrécupérable, et encore plus si je vous dis que je pensais tout le contraire, que depuis ces quelques minutes au café avec Antoine, le policier, je n’avais qu’un désir, le revoir, savoir quelle était cette blessure dont il avait parlé et à cause de laquelle sans doute il comprenait la mienne, parce qu’il m’avait touchée comme je ne l’avais pas été depuis si longtemps, depuis la mort de mon frère, parce que cette conversation de cœur à cœur avait comme annihilé à mes yeux la médiocrité de son visage. Peut-être un autre désir plus immédiat et fugace avait-il supplanté cette impression forte et profonde qu’il m’avait laissée. Quand l’un avait touché mon cœur, l’autre avait ciblé mon orgueil et le deuxième avait sans doute l’espace d’un fatal instant pris le pas sur le premier. C’est là seulement que je sentis une présence derrière moi, que je me retournai et que je découvris Antoine. Il ne faisait aucun doute qu’il avait tout entendu. Anatole avait-il prononcé ces mots sciemment ? Désormais, je n’ai guère de doutes… Ensuite, je répondis oui à tout ce qu’Anatole me disait. C’était lui l’insipide soudain, mais c’était mon seul prétexte pour rester. Alors, je buvais, un peu trop, l’alcool n’étant pas inutile pour que je parvinsse à feindre de me délecter de ses paroles, mon hypnotisation ayant définitivement cessé. Il ne remarquait pas que je répondais à côté de la plaque ou s’il le remarquait cela lui était bien égal. Bientôt il n’y eut plus que nous : Antoine qui buvait derrière nous, Anatole et moi. Il devait être 3 h ou 4 h du matin. Anatole dut se dire que c’était la bonne heure pour oser une main audacieuse dans mon dos dénudé et je ne sais si je sursautai sous l’effet de cette main ou de la voix qui prononça ces mots :
— Il n’y a pas de plus profonde solitude que celle du samouraï si ce n’est celle d’un tigre dans la jungle… peut-être… Le premier plan du film montre le Samouraï à peine perceptible, fumant, allongé sur son lit, à la droite de l’écran, dans une pièce morne dans laquelle le seul signe de vie est le pépiement d’un oiseau, un bouvreuil. La chambre, presque carcérale, est grisâtre, ascétique et spartiate avec en son centre la cage de l’oiseau, le seul signe d’humanité dans cette pièce morte. Le temps s’étire. Et sur l’écran s’inscrit cette phrase « Il n’y a pas de plus profonde solitude que celle du samouraï si ce n’est celle d’un tigre dans la jungle… peut-être… », une pure invention du réalisateur, Jean-Pierre Melville.
J’adorais ce film, mais il me semblait un peu tard pour parler de cinéma et pour débattre des subtilités des films de Melville sans compter que l’alcool dont je n’avais plus l’habitude endolorissait mes pensées.
— Lui n’était pas un insipide, n’est-ce pas ? Comme votre nouvel ami qui se donne des airs de Samouraï dont il n’a certainement ni l’intelligence, ni le courage, tout juste la beauté, si tant est que ce soit une qualité, relança Antoine tandis que j’essayais en vain de passer en revue tout ce que j’aurais pu dire de malin sur Le Samouraï que je connaissais pourtant par cœur.
Je me sentis rougir des pieds à la tête, et je ressentis une haine profonde pour Anatole, pour moi, ma lâcheté, mon orgueil, ma robe indécente.
— Pardon, je ne me suis pas présenté, Antoine Labord, profiler, poursuivit-il en tendant sa main à Anatole qui la refusa. Vous voyez, même les insipides ont un prénom, pas aussi noble et ridicule qu’Anatole, mais un prénom tout de même. Ah, je vous comprends. Ne faites pas cette tête outrée, cela ne vous va pas. Nous serions à une autre époque, vous m’auriez provoqué en duel, mais vous n’en auriez jamais eu le courage donc cela vous rassure que le duel ne soit plus à la mode, et je le regrette bien, croyez-le, reprit Antoine.
— Écoutez, vous avez trop bu, nous devrions remettre cette petite conversation. Nous avons tous trop bu, tentai-je.
— Vous, peut-être, mais moi je n’ai jamais été aussi lucide, me répondit-il.
— Non, attendez. Mon honneur a été mis en cause. Je vais quand même répondre, dit Anatole qui sembla soudain sortir de sa léthargie.
Comme ce mot, honneur, sonnait faux dans sa bouche. Il résonna dans la cave vide comme un rire sinistre.
— Oui, bien sûr que si le duel existait encore, je vous aurais provoqué. Je suis un homme courageux, un homme d’honneur, moi monsieur.
— Un courageux qui profère des insultes sur un absent et qui use de sa beauté pour faire oublier que c’est là son seul attrait. Vous avez une drôle de notion du courage.
— Je ne vous permets pas… tenta Anatole.
— Et bien cela tombe très bien. Regardez, claironna Antoine.
C’est là que je découvris son arme sans bien réaliser ce que je voyais. Rien de tout cela ne semblait réel : le lieu, cette arme, ces deux hommes qui étaient l’opposé l’un de l’autre et qui semblaient avoir perdu toute mesure.
— Vous croyez me faire peur avec ça. Une arme fac… factice en plus, ironisa Anatole dont le bégaiement trahissait une certaine anxiété et acheva de me le rendre complètement antipathique.
— Monsieur est policier, rétorquai-je, réalisant aussitôt l’absurdité de mon intervention comme tout ce qui avait trait à cette soirée.
— Voilà ce que je vous propose. Il y a une balle. Une seule. Vous qui êtes un homme de courage et que le duel n’effraie pas, ce n’est pas une petite roulette russe qui devrait vous faire peur, non ?
C’était moi qu’Antoine regardait en s’adressant à Anatole, comme si c’était une manière d’exister, d’attirer ou d’attiser mon attention. J’aurais aimé lui dire tellement de choses, mais tout s’embrouillait et fonctionnait au ralenti dans ma tête.
— Commencez si vous êtes si courageux, mon cher Antoine.
— Oh, quelle bravoure ! Je vous reconnais bien là, très cher Anatole.
Et Antoine mit l’arme sur sa tempe tout en me défiant du regard.
— Dommage, nous aurions pu nous entendre vous et moi. J’avais beaucoup à vous dire, je crois… Nous aurions eu beaucoup à nous dire, dit-il en me défiant du regard.
— Mais arrêtez… ce n’est pas drôle, il n’y a pas de balle, n’est-ce pas ? Vous n’allez pas risquer votre vie pour un simple mot ?
— Un simple mot, mais le mot de trop. Et ma vie ne vaut plus rien… même si j’ai cru le contraire l’espace d’un instant aujourd’hui. C’était sa dernière chance. C’était ma dernière chance.
Je m’apprêtais à parler, mais le rire sardonique d’Anatole combla le silence, comme une provocation.
Alors Antoine tira. Je retins mon souffle. Le temps s’arrêta. Et il s’écroula. Et le sang gicla.
Après je ne sais plus. J’ai accompli les gestes de manière mécanique. J’ai regardé s’il respirait même si cela ne faisait aucun doute : le coup avait été fatal. J’ai vu Anatole, en un quart de seconde, être soulagé puis réaliser, blêmir, trembler, voir se profiler la fin de son insouciance et je l’ai définitivement trouvé très laid. Je l’ai entendu murmurer quelques borborygmes auxquels je n’ai pas pris la peine de répondre. Et je suis partie en courant dans les rues désertes de Beaune. Je divaguais, je crois. Je me disais des choses décalées, sans commune mesure avec la gravité de ce qui s’était passé. Je me disais que les trottoirs mouillés me rappelaient ceux des films noirs que j’aimais tant et que me rappelait cette soirée, que c’était beaucoup mieux, les films noirs dans le silence réconfortant de mon salon, que sans doute Antoine avait essayé de me dire quelque chose, et que, s’il m’avait aussi bien parlé de moi, c’était qu’il m’avait parlé de lui, que j’avais peut-être raté la rencontre de ma vie, et que si je n’avais certes pas appuyé sur la gâchette j’aurais au moins pu, dès notre conversation au café, empêcher qu’il en eût l’intention.

Intention. Martin relut le dernier mot, comme si l’histoire n’était pas vraiment terminée. Il avait tout lu d’une traite, les yeux rivés à son écran. Cela faisait quinze ans que Stéphanie travaillait au journal et c’était la première fois qu’elle avait eu ce genre de requête : elle voulait initier un nouveau style d’article, un article sous forme de récit, fictif bien sûr, et qui serait bien pour les vacances lui avait-elle dit, avec pour fil directeur, un style cinématographique différent pour chaque récit. Il avait accepté. Il ne pouvait pas lui refuser à elle, la journaliste exemplaire. Elle avait proposé de commencer par le film noir. À la lecture de son récit, il craignait le pire quand elle choisirait le film d’horreur. Ce mot d’horreur le renvoya à une soudaine frayeur. Il tapa quelques mots-clefs à la hâte sur Google : mort, Beaune, festival, policier, 2015. Tout en haut, au-dessus des articles consacrés aux films projetés pendant le festival, figuraient plusieurs articles aux titres évocateurs : La mystérieuse mort d’un policier au Festival de Beaune, Le polar au cinéma et dans la réalité : mort tragique à Beaune, Le suicide d’un policier à Beaune, Comme dans un film noir . Tous les articles disaient sensiblement la même chose : un policier, dépressif depuis la mort de son fils l’année précédente, s’était suicidé au Festival du Film Policier de Beaune 2015 avec son arme de service, à l’issue d’une soirée trop arrosée dans une cave appartenant à un célèbre vigneron. Il n’y avait pas de doute possible sur les circonstances du drame. L’arme était la sienne. Il était seul. Tout juste un article évoquait-il un témoin l’ayant vu avec une femme l’après-midi, mais ce dernier ayant été incapable de la décrire, la police n’avait pu la retrouver.

Martin relut l’article de Stéphanie, repensa à la mort de son frère suite à laquelle elle semblait trompeusement forte, regarda le nombre de mots qui dépassait allègrement la limite autorisée pour un article. Stéphanie était trop professionnelle pour l’ignorer. Ce n’était pas un article. C’était une confession. C’était une déclaration même peut-être, s’enthousiasma le pragmatique Martin en qui Stéphanie était la seule à pouvoir susciter ces élans comme elle le saurait très bientôt.
Martin se dit qu’il était peut-être temps maintenant pour elle d’être heureuse, d’être délivrée de tous ses fardeaux, et pour lui de franchir le pas qu’il n’avait jamais osé franchir depuis quinze ans qu’elle était son employée, quinze ans à rêver qu’elle soit un jour bien davantage. Il ne prit pas le temps d’éteindre son ordinateur ni son bureau. Il n’avait plus le temps. Il avait déjà bien trop attendu. Il monta quatre à quatre les marches qui conduisaient au bureau de Stéphanie. Au seuil de la porte, il inspira. Le moment était venu. Il allait lui dire. Il allait enfin lui dire…
2. Éternité fugace
Festival du Cinéma Américain de Deauville
 
Cette année-là, il avait fait anormalement chaud pour un mois de septembre en Normandie. Une chaleur ardente, incandescente même. Une chaleur prémonitoire. De ces chaleurs qui vous rappellent à l’éphémère, aux désirs viscéraux, soudainement irrépressibles.
Deauville s’éveillait à peine, fébrile déjà pourtant, remuée par cet été indien, exaltée par la nécessité impérieuse de ne surtout pas laisser passer cette dernière chance d’être, de se sentir exister, de vibrer, de rayonner, de paraître surtout. Pendant ces dix jours de Festival du Cinéma Américain de Deauville, le temps suspendait son vol et les festivaliers se grisaient et s’enivraient de tout comme si demain, un demain insipide et réel, ne devait jamais exister. Oui, de tout : de projections, de fêtes, de narcissisme déifié, de futilités, de celles qui enorgueillissent surtout. Soif inextinguible.
Pour une heure encore, la rue serait paisible et vierge. Si innocente. Puis, elle allait se remplir. De vacarme. D’êtres exubérants, s’obstinant à vociférer et exhiber leur insouciance et leur désinvolture pour s’en convaincre eux-mêmes. De beauté. D’amour. D’ambition. De gloire. Toutes ces soifs insatiables se concentraient là, se confondaient, se confrontaient, se noyaient parfois.
Puis, ce serait le calme, à nouveau. Jusqu’à l’année suivante. Même heure. Même endroit. Même soif insatiable d’éternité fugace. Renforcée par le sentiment d’urgence suscité par l’année supplémentaire écoulée, exacerbée par une année de frustrations sans éternité fugace, plus inaccessible et tentatrice que jamais. Ensuite, l’espoir renaîtrait, férocement, au fur et à mesure que le festival se rapprocherait. Même envie irrépressible de suspendre le vol du temps, d’occulter la lancinance de l’existence dans une débauche de futilités, de fêtes, de séances, d’excès et de passions en tous genres.
Un festival de cinéma réunit tous les possibles, les passions qui s’entrechoquent et s’électrisent, réunit des êtres de papier glacé et de pellicule redevenus être de chair et de sang, qui en désirent plus que les autres, habitués à vivre au rythme trépidant et carnassier de vingt-quatre images par seconde. Le Festival du Cinéma Américain de Deauville, plus que tout autre festival, se distingue par sa foule éclectique, son mélange judicieux et audacieux de films indépendants et de blockbusters, entre, d’un côté, des films sombres, reflet d’un monde d’après onze septembre, chaotique, d’incommunicabilité, d’amours médiocres, et, d’un autre côté, des films manichéens à la fin desquels flotte insolemment la bannière étoilée. Deux mondes coexistent pour former cet étrange univers, égocentrique et intemporel. Par une sorte de mimétisme, la vie finit par ressembler à du cinéma. Un monde où on se hait aussi vite et bien que l’on s’adore. Un monde où les rencontres improbables deviennent banales. Un monde où, jour et nuit, réalité et fiction se confondent. Un monde éphémère, plus que tout autre, qui en a conscience, plus que tout autre, épicurien et décadent. Un monde où l’on surjoue ses émotions. Un monde où on trépigne et piétine à la moindre illusion d’orgueil ragaillardi. Un monde étranger à celui que certains appellent réalité. Un monde qui va bientôt disparaître dans les brumes de leurs mémoires endolories, comme le songe d’une nuit de fin d’été, ou comme un mauvais rêve, englouti. Un monde si éloigné de celui de Sacha. Jusqu’à ce jour.
 
Quand Sacha ouvrit la porte, un éclatant rayon de soleil s’engouffra dans l’entrée et l’éblouit avec une force presque irréelle. Il songea que c’était un beau présage. Sans être superstitieux, son féroce optimisme le conduisait toujours à déceler en tout des clins d’œil du destin, son chaleureux complice. Dans le rai de lumière que le soleil dessinait sur l’allée de graviers tant de fois empruntée, il voyait l’étincelante promesse de dix jours de festival radieux. Il se retourna pour regarder la petite maison à colombage de son enfance, avec un mélange de nostalgie et de jouissance. Heureux d’être quelqu’un d’autre pendant dix jours. De vivre une autre vie à quelques kilomètres de ce témoignage tangible de la rationalité de son enfance et de son adolescence. Il avait accepté ce travail bénévole par curiosité et par envie de vivre une nouvelle expérience. Comme souvent dans sa vie, cela lui était arrivé sans qu’il fasse quoi que ce soit. Il n’avait jamais rien désiré, car il obtenait toujours tout avec facilité et simplicité : ses diplômes, ses amis et même ses amours. Cette aisance en tout au lieu de susciter des inimitiés avait toujours constitué un précieux allié, tout simplement parce qu’il n’en avait pas réellement conscience. C’est aussi comme cela qu’il avait obtenu son poste de chauffeur pour le Festival du Cinéma Américain de Deauville. Il accompagnait un ami lors de la sélection. La responsable des bénévoles lui avait proposé un poste de chauffeur. Il avait accepté sans trop y réfléchir.
Quand il arriva dans l’imposant centre de congrès où se déroulait le festival, le CID (Centre International de Deauville), l’hôtesse lui annonça avec un clin d’œil complice que la réunion était commencée. Il referma...

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