Les illusions parallèles
140 pages
Français

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Les illusions parallèles , livre ebook

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Description

Qui n’a jamais rêvé que sa vie ressemble à un film ? De vivre des histoires « comme au cinéma » ?
Là où la frontière entre le cinéma et la réalité est particulièrement étanche, où des destinées se frôlent telles des ombres parallèles, voici 16 histoires de rencontres dans les univers fascinants et singuliers des festivals de cinéma de Deauville, Cannes, Monaco, Dinard, Paris, Cabourg, La Baule, Annonay, Lyon, Saint-Jean-de-Luz, Beaune et même à la cérémonie des César.
Les personnages qui déambulent entre ces pages, passant allégrement d’un côté à l’autre du grand écran, sont criants de justesse à défaut d’humanité pour certains, et passent des rêves qu’il faut vivre envers et contre tout aux amours manquées, aux désillusions secrètes ou aux frustrations qui peuvent faire basculer le destin.
Des textes magnifiques et romanesques, passionnés, d’une écriture délicate et néanmoins incisive, dans lesquels Sandra Mézière fait parfois cruellement tomber les masques et dévoile sans concession l’envers du décor.

Diplômée en droit, sciences politiques, médiation culturelle, titulaire d’un Master 2 professionnel de cinéma à la Sorbonne, Sandra Mézière est l’auteur de L’amor dans l’âme (2016 – Éditions du 38), premier roman sur un deuil et un amour impossibles au cœur du Festival de Cannes. Elle est aussi chroniqueuse cinéma notamment sur ses blogs dont Inthemoodforcinema.com qu’elle a créé en 2003. Elle partage ici sa passion dévorante pour le cinéma et les festivals qu’elle couvre depuis longtemps et dans les coulisses desquels ces nouvelles vous emmèneront pour vous faire voyager, frissonner, rêver, vibrer... comme au cinéma !

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 0
EAN13 9782374533483
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0060€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Présentation
Qui n’a jamais rêvé que sa vie ressemble à un film ?
Que ses illusions deviennent réalité ?
Là où la frontière entre le cinéma et la réalité est particulièrement étanche, où des destinées se frôlent telles des ombres parallèles, voici 16 histoires de rencontres dans les univers fascinants et singuliers des festivals de cinéma de Deauville, Cannes, Monaco, Dinard, Paris, Cabourg, La Baule, Annonay, Lyon, Saint-Jean-de-Luz, Beaune et même à la cérémonie des César.
Les personnages qui déambulent entre ces pages, passant allégrement d’un côté à l’autre du grand écran, sont criants de justesse à défaut d’humanité pour certains, et passent des rêves qu’il faut vivre envers et contre tout aux amours manquées, aux désillusions secrètes ou aux frustrations qui peuvent faire basculer le destin.
Des textes magnifiques et romanesques, passionnés, d’une écriture délicate et néanmoins incisive, dans lesquels Sandra Mézière fait parfois cruellement tomber les masques et dévoile sans concession l’envers du décor. Elle partage ici sa passion dévorante pour le cinéma et les festivals qu’elle couvre depuis longtemps et dans les coulisses desquels ces nouvelles vous emmèneront pour vous faire voyager, frissonner, rêver, vibrer… comme au cinéma !


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Diplômée en droit, sciences politiques, médiation culturelle, et titulaire d’un Master 2 professionnel de cinéma à la Sorbonne, Sandra Mézière est l’auteur de L’amor dans l’âme (2016 – Éditions du 38), premier roman sur un deuil et un amour impossibles au cœur du Festival de Cannes. Elle est aussi chroniqueuse cinéma notamment sur ses blogs dont Inthemoodforcinema.com qu’elle a créé en 2003.
Sandra Mézière
Les illusions parallèles
16 rencontres «comme au cinéma»
Les Éditions du 38
À la mémoire de mon père À ma mère À leur courage À nos illusions et instants partagés : inestimables Et aux illusions salutaires qui (me) permettent de croire que même les parallèles, un jour, finissent par se rejoindre…
« Ombres folles, courez au bout de vos désirs Jamais vous ne pourrez assouvir votre rage Et votre châtiment naîtra de vos plaisirs. » Charles Baudelaire
« Le cinéma […] substitue à notre regard un monde qui s’accorde à nos désirs. » André Bazin cité par Jean-Luc Godard ( Le Mépris )
« La vie est une rose dont chaque pétale est une illusion et chaque épine une réalité. » Alfred de Musset
1. Comme dans un film noir
Festival International du Film Policier de Beaune

Aujourd’hui encore, l’image me revient régulièrement en mémoire. Je ne peux pas dire qu’elle me hante. Avec le recul, elle me semble plus cinématographique que répugnante. Et si je vous disais qu’elle me rassure, vous ne me comprendriez probablement pas. C’est pourtant l’étonnante vérité. J’ai néanmoins besoin d’écrire cette histoire. Peut-être pour me délester d’un fardeau, de mes fardeaux. Peut-être pour me dédouaner. Ce sera à vous de juger.
Cette image est celle d’un corps gisant dans une mare de sang. Je revois encore les bougies qui menaient jusqu’à lui et la voûte en pierre de la cave au fond de laquelle il se trouvait et qui, dans ma mémoire, s’apparente à une sorte de mausolée. Comme le dénouement logique d’une histoire illogique. Comme si ce lieu à l’aura mystique et inquiétante n’avait été édifié et mis en scène que pour cela. Cela aurait pu être la scène finale d’un des films projetés pendant le festival. Avec un rebondissement dont je me serais dit qu’il était trop soudain, violent, incongru pour être crédible. La scène était pourtant réelle.
Mais il faut que je commence par le début pour que vous compreniez.
Tout avait débuté la veille. Il y a un an et demi. Dans le train qui me menait au Festival International du Film Policier de Beaune 2015. J’avais finalement accepté la proposition de mon rédacteur en chef, Martin, de couvrir le festival. J’avais accepté comme je me serais jetée dans le vide. Je venais de perdre mon frère, six mois plus tôt. L’homme de ma vie. J’étais partie pour fuir le chagrin, l’indifférence au chagrin, les lieux qui me rappelaient mon chagrin, les phrases qui exacerbaient mon chagrin : c’est mieux pour toi, c’est mieux pour lui, avec le temps tu t’en remettras on s’en remet toujours, au moins il ne souffre plus, ça devait finir comme ça, ça arrive à tout le monde un jour ou l’autre, tu es forte, la vie continue, tu vas forcément t’en sortir, tu devrais te faire aider. Des injonctions à oublier, à me débrouiller avec ma douleur et mes souvenirs. À ne surtout pas les saouler avec ma peine parce qu’il y avait les vacances à préparer, les compétitions de sport du petit dernier, la vie et ses « aléas du quotidien tu sais ce que c’est toi qui as perdu ton frère », toutes ces occupations beaucoup plus urgentes et importantes. Alors, je suis partie. Pour les laisser tranquilles. Pour ne pas leur déverser ma colère.
Un sponsor du festival invitait chaque année quelques journalistes. Mes articles sur le théâtre étaient reconnus pour leur sérieux. Mon nom avait été suggéré à Martin. Je le soupçonnais d’avoir eu un peu pitié de moi. Je préférais ses silences bienveillants à toutes les fausses marques d’empathie de mon entourage. Je n’oubliais pas qu’il avait été présent aux moments les plus difficiles de mon existence même s’il semblait toujours mal à l’aise en ma présence.
À quarante-cinq ans, j’allais donc pour la première fois à Beaune. Comme personne ne me comprenait, autant jouer à être quelqu’un d’autre. Pour la circonstance, je m’étais donc habillée comme j’imaginais qu’on se devait de l’être pour un festival de cinéma, a fortiori de cinéma policier. Mise en scène moi aussi. Comme une héroïne hitchcockienne. Une coiffure à la Kim Novak dans Vertigo . Des talons hauts. Un tailleur. La tenue idéale pour prendre le train. Je ne l’ai pas remarqué d’abord. L’homme assis face à moi. Ou si je l’ai remarqué, c’est parce qu’il n’était pas très beau, pas complètement laid non plus. Il faisait partie de ces gens que l’on peine à imaginer jeune. Ni petit. Ni grand. Ni maigre. Ni gros. Le crâne dégarni. Un visage sans attrait. Des lunettes. L’allure d’un bureaucrate consciencieux, dénué de fantaisie. S’il ne m’avait pas proposé de m’aider à porter ma valise, peut-être apitoyé par les quelques larmes que j’avais versées pendant le trajet, sans doute l’aurais-je oublié.
Arrivée à Beaune, après avoir déposé mes affaires à mon hôtel, j’ai filé à la première projection. Le film s’appelait Victoria , un film allemand. Un plan séquence de 2 h 20, absolument époustouflant. Un film dans lequel chaque plan exhale des désirs : de vie, de palpitations, de liberté, d’ailleurs, d’amour. Ne craignez rien, je ne vais pas vous donner une leçon de cinéma, mais cette projection a eu une incidence sur la suite, c’est la raison pour laquelle je vous en parle. Totalement fascinée par ce film, je décidai d’aller m’installer dans un café de Beaune pour écrire ma critique. Je remarquai que son dédale de ruelles au charme intemporel semblait avoir été dessiné par le plus doué et inventif des décorateurs de film tant cela aurait pu servir de cadre mystérieux à une intrigue policière labyrinthique. J’ignorais alors que ce décor était prémonitoire. Après avoir marché une dizaine de minutes, je m’installai dans un café depuis lequel j’apercevais la toiture en tuiles vernissées des célèbres Hospices de Beaune. Assis un peu plus loin, je remarquai un homme de mon âge ou un peu plus jeune peut-être, très élégant et portant un chapeau. C’est ce qui m’a sauté aux yeux parce que je me suis dit que lui aussi avait une allure d’anti-héros hitchcockien et qu’il aurait pu être James Stewart dans Vertigo . Et puis son visage d’une beauté froide, à couper le souffle, pouvait difficilement laisser indifférent. J’essayai de me concentrer sur ma critique. Je la commençai ainsi : Tout est dit déjà dans les premières secondes : l’envie de liberté, de transgression, d’évasion, d’enivrement, l’aveuglement, la solitude, la brutalité.
— Excusez-moi.
Je relevai la tête en souriant m’imaginant que « mon » James Stewart m’adressait ainsi la parole. Mais face à moi c’était l’homme du train, le bureaucrate, qui prenait un air gêné. Je lui adressai un sourire machinal que je regrettai aussitôt esquissé. L’homme au chapeau m’adressa un petit sourire entendu. Je poursuivis ma critique ignorant le bureaucrate : Le film débute par les lumières aveuglantes, stroboscopiques et dangereusement grisantes d’une boîte de nuit, rythmées par l’insidieuse violence de la musique techno nous plongeant d’emblée dans la même atmosphère, hypnotique et électrisante, que le personnage principal, Victoria, à qui les lumières, se dissipant, laissent ensuite place à l’écran, et que nous ne quitterons plus une seule seconde en 2 h 20 de film.
Je relevai la tête. Le bureaucrate n’avait pas bougé.
— Oui, je suis toujours là, je voulais vous laisser finir votre phrase. Je vous ai vue à la projection tout à l’heure. J’ai vu que vous applaudissiez avec enthousiasme puis que vous êtes restée longuement dans la salle, face à l’écran noir, après le générique de fin. Vous me sembliez très émue. Rarement un film m’a plu à ce point. Je voulais savoir ce que vous en aviez pensé.
Comme je n’avais pas envie de parler et surtout parce que je souhaitais qu’il parte le plus vite possible, en guise de réponse, je lui montrai mes quelques mots griffonnés.
— Oui, c’est exactement ça, dit-il avec un sourire béat tout en s’asseyant face à moi sans prendre la peine de me demander si cela me dérangeait.
Je me suis dit que les ennuis commençaient. L’homme au chapeau se leva, me fit un petit signe en soulevant rapidement son couvre-chef comme le font les cow-boys dans les westerns et il quitta le café. Et je détestais le bureaucrate pour cela, d’emblée et violemment.
— C’est un très bel homme en effet, reprit le bureaucrate en me désignant la porte par laquelle était sorti le cow-boy. Il s’appelle Anatole Leprince. C’est déjà tout un programme. Son orgueil dé

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