Les Larmes des femmes
261 pages
Français

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Les Larmes des femmes , livre ebook

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Description

1944. Après avoir été tondues, des femmes sont contraintes de défiler nues sur les pavés recouverts de débris de verre. Bébert et le Pointu, deux résistants, tentent d'intervenir pour sauver une jeune femme qu'ils connaissent. Arrêté et interrogé, l'homme qui a tondu les femmes dévoile l'identité de son chef, un dangereux collaborateur : l'enquête commence...

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 26
EAN13 9782812933707
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0028€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Roger Faindt



Les Larmes des femmes
















Établi en Franche-Comté, Roger Faindt s’est lancé avec passion dans l’aventure de l’écriture. Il est scénariste, « prêteur de plume », auteur de nombreuses nouvelles, d’ouvrages de science-fiction et de plusieurs romans ayant souvent pour toile de fond les deux grandes guerres du xxe siècle. Il a été récompensé par le Prix Louis Pergaud 2001 pour La lettre de Charlotte.





Du même auteur

Aux éditions De Borée


Bleuvent
Le Dernier Soldat
Les Âmes Simples
Le Silence des roses
La Lettre de Charlotte

Autres éditeurs


10 h 59
Ils ont cru aux larmes des femmes
La petite maison jaune
Le Souffle du Passé
Les fleurs de Nouara
Niobé, la fille aux lèvres bleues
Quand les ombres s’allongent









En application de la loi du 11 mars 1957, il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement le présent ouvrage sans autorisation de l’éditeur ou du Centre français d’exploitation du droit de copie, 20, rue des Grands-Augustins, 75006 Paris.

© De Borée , 2017
© Centre France Livres SAS, 2016
45, rue du Clos-Four - 63056 Clermont-Ferrand cedex 2








À celles qui ont été punies d’avoir aimé.







Avertissement




Thérèse, Rosa, Lucienne et tant d’autres ont été oubliées. Peu de personnes ont cherché à connaître l’histoire de ces femmes maltraitées, humiliées, tondues au cours des jours et des mois qui ont suivi la Libération. Les photographies de ces femmes livrées aux gémonies du peuple ne nous parlent pas. Qui étaient-elles ? Qu’avaient-elles fait pour mériter tels châtiments ? Pas de nom, de prénom à mettre sur leurs visages. Anonymes comme leurs bourreaux aux faciès hilares qui les battaient pour ne pas châtier les coupables. L’épuration fut et restera la honte de la Libération. Ce roman, librement inspiré de la vie de ces femmes et des hommes qui les ont aimées, est une fiction. Mais, entre l’imaginaire et la réalité, la frontière est parfois invisible.







Remerciements




Je remercie Hélène Faindt, Philippe et Catherine Guyot, et Yvain Guerrero qui ont été les premiers lecteurs de ce livre.
Je veux également dire ma gratitude à Françoise et Gérard Comtet pour leur aide à la traduction des dialogues en langue allemande.







« Le féminin est l’avenir ouvert dans un temps déchiré. »

J oseph Debès







Comprenne qui voudra Moi mon remords ce fut La malheureuse qui resta Sur le pavé La victime raisonnable À la robe déchirée Au regard d’enfant perdue Découronnée, défigurée Celle qui ressemble aux morts Qui sont morts pour être aimés…

P aul Éluard, « Comprenne qui voudra »







Il pleuvait. Des larmes transparentes qui avaient la beauté et le parfum des femmes, des larmes auxquelles ils avaient cru… Agenouillé dans la boue, ruisselant de pluie, l’homme qu’ils cherchaient depuis des mois était devant eux. Ses bras aux mains menottées tombaient devant lui comme un collier trop lourd. Un collier de perles comme autant d’histoires tristes dont les reflets zigzaguaient entre les gouttes. La mitraillette en avant, le Pointu attendait. Derrière lui, Bébert serrait d’une main tremblante le pistolet de l’officier allemand qui avait été tué sur la route de Champagney. Claude pataugeait dans la boue, le regard suppliant du prisonnier sur le sien comme un masque. Les trois garçons attendaient l’ordre de Gabriel. Il arriva comme un coup de fusil, précis, brisant les trombes d’eau, cinglant l’air humide en enfonçant la vie comme le marteau les douilles vides dans la nuque des condamnés. Le Pointu tira une rafale. Le poitrail déchiqueté, le regard révulsé, l’homme tomba lourdement sur le côté. Il râla. Il expulsa un gargouillis d’air et de sang et trembla de tous ses membres avant de cesser de respirer. Bébert s’approcha pour lui donner le coup de grâce, mais il ne put. Gabriel lui arracha le pistolet des mains et tira. Bébert était blême. Tous avaient sur le visage cette blancheur un peu grise qui était descendue de la cime des arbres avec les souvenirs. Gabriel et Claude montèrent dans la voiture et se mirent à fumer. Bébert s’approcha du Pointu et lui posa la main sur l’épaule en disant :
– Tu penses à elle ?
Le Pointu hocha la tête. Bébert ne tremblait plus, mais son cœur frappait sa poitrine, imitant le vacarme que faisaient les lapins dans leur clapier lorsqu’ils avaient peur. Il pleuvait. Des larmes transparentes qui avaient la beauté et le parfum des femmes, des larmes auxquelles ils croyaient encore…







Besançon. Novembre 1944.

– Qu’est-ce que tu lui veux ? s’agaça Augustine en regardant Bébert.
– Lui parler. Je suis un ami.
La vieille femme ricana et répondit :
– Il y a longtemps qu’elle n’a plus d’ami.
– Elle est là ?
– Elle ne veut voir personne.
– Dites-lui que c’est Bébert.
La vieille femme accrocha ses doigts noueux à son tablier et, d’un geste, le porta à son visage pour s’essuyer le front. Elle parut ennuyée.
– Elle est partie…
– Où ?
– Je ne peux rien dire.
– Partie définitivement ?
– Cela ne pouvait plus durer. Les gens continuent de l’insulter, de lui cracher dessus. Elle a payé. Qu’on lui foute la paix !
Bébert hocha la tête. La voisine sortit sur le palier, un mièvre sourire aux lèvres.
– Rentre, ne reste pas là, conseilla la vieille femme à Bébert en toisant la voisine d’un regard méchant.
La porte refermée, elle ajouta :
– C’est cette vieille pie qui a parlé. C’est elle qui a dit que Thérèse logeait chez moi. Cette salope peut bien aller à la messe tous les dimanches, elle ne l’emporta pas au paradis sa méchanceté. Tiens, assieds-toi.
Augustine détourna une chaise.
– Tu veux un verre de vin ?
– Volontiers.
– Je vais t’accompagner.
– Vous ne voulez pas me dire où elle est partie ? insista Bébert qui sentait que la vieille femme se détendait.
– J’ai promis de ne rien dire, répéta la vieille femme en servant le vin.
En voyant la mine défaite de Bébert, elle suggéra :
– Je peux lui faire une commission si tu veux.
– Elle vient de temps en temps ?
– Dans ce quartier maudit, plutôt se pendre !
– C’est vous qui…
– Me déplacer ! À mon âge !
– Qui ? demanda Bébert, piqué d’une subite pointe de jalousie.
– Dis donc, t’es bien curieux. Le temps de la Gestapo est révolu à c’que je sache !
Bébert esquissa un sourire. Il prit son verre et but tranquillement. Le visage de Thérèse l’obsédait. Un visage rayonnant, éclairé de magnifiques mais tristes yeux verts qui s’estompaient dans sa mémoire.
Augustine tendit un morceau de papier et un crayon au jeune garçon.
– Tiens, écris.
Bébert parut emprunté.
– Tu repasseras dans quinze jours… j’aurai des nouvelles.
Bébert ne répondit pas.
– Ne fais pas cette tête-là. Écris-lui. Elle te répondra.
– Peut-être, murmura Bébert en écrivant.
Il remit son message à la vieille femme et partit. En descendant l’escalier, il eut l’impression que quelqu’un l’observait, que Thérèse le regardait s’éloigner. Il se retourna, mais il ne vit personne.
Dans la rue, il s’arrêta, mal à l’aise. Une multitude d’images se bousculaient dans sa tête. Des images qu’accompagnaient des voix, des rires et des cris. Des images terribles. Il revit l’homme qui commandait les opérations. C’était lui qui avait demandé de rassembler les filles pour les faire défiler. Un snob, un bourgeois sans grande instruction qui avait rejoint la Résistance en juin 44. Un de ceux qui avaient concilié victoire avec avilissement et d

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