Les Morues
126 pages
Français

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Description

"C'est un roman qui commence comme cela :« Au début, il y a la sonnette – et la porte qui s’ouvre et se referme sans cesse. Des pas qui résonnent dans l’entrée. Et des embrassades, des « ah », des « oh ». T’es déjà arrivé ? J’croyais que tu finirais plus tard le taff. Ouais, mais finalement j’ai bien avancé. Hé, Antoine on va pas parler boulot ce soir, hein ? Ça serait de la provoc ! Un brouhaha généralisé. Des verres qui tintent. T’as apporté les bougies ? Non c’était à Ema de le faire. »Et c’est un roman qui commence aussi comme cela :« Depuis une dizaine de minutes, Ema gardait la tête obstinément levée vers la voûte. En suivant des yeux les courbes compliquées des arches gothiques de l’église, elle espérait éviter de pleurer. Mais d’une elle commençait à avoir sérieusement mal à la nuque et de deux il devenait évident qu’elle ne pourrait pas échapper aux larmes de circonstance. » C’est donc l’histoire des Morues, d’Emma et sa bande de copines, de ses amis, et, si l’on s’y arrête une minute, c’est le roman de comment on s’aime en France au début du XXIe siècle.Mais c’est davantage.C’est un livre qui commence comme une histoire de filles, continue comme un polar féministe en milieu cultivé, se mue en thriller de journalisme politique réaliste – au cours duquel l’audacieuse journaliste nous dévoilera les dessous de la privatisation du patrimoine culturel français - et vous laisse finalement, 500 pages plus loin sans les voir, dans le roman d’une époque embrassée dans sa totalité par le prisme de quatre personnages.Cet ambitieux projet romanesque, qui a pris plusieurs années à son auteur, est une réussite totale. D’abord parce qu’il se dévore. Que sa lecture procure un plaisir continu, et qu’il emprunte toutes ses voies pour s’inscrire dans une perspective globale avec une acuité, une ironie et une gouaille bien contemporaines, mais en y superposant le paysage littéraire d’une jeune femme d’aujourd’hui qui, petite fille, réécrivait la fin des romans de la Comtesse de Ségur pour celles qu’elle préférait lire.Cela donne un authentique et passionnant roman français."

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 23 janvier 2014
Nombre de lectures 5 088
EAN13 9782846263672
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0075€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

C’est l’histoire des Morues, trois filles et un garçon, trentenaires féministes pris dans leursturpitudes amoureuses et professionnelles.
Un livre qui commence par un hommage à Kurt Cobain, continue comme un polar, voushappe comme un thriller de journalisme politique, dévoile les dessous de la privatisation desservices publics et s’achève finalement sur le roman de comment on s’aime et on se désire, enFrance, à l’ère de l’internet.
C’est le roman d’une époque, la nôtre.
 
Née en 1980, Titiou Lecoq débute très tôt sa carrière littéraire en réécrivant la fin des romansde la Comtesse de Ségur puis passe de nombreuses années à boire du café et à étudier lasémiotique avant de travailler. Elle est aujourd’hui journaliste et anime un blog qui croise lesthèmes de l’internet, du sexe et des chatons.
girlsandgeeks.com

 



Titiou Lecoq



Les Morues


 

À ma sœur
 

Prologue
 
La soirée Kurt
 
Au début, il y a la sonnette – et la porte qui s’ouvreet se referme sans cesse. Des pas qui résonnent dansl’entrée. Et des embrassades, des « ah », des « oh ». T’esdéjà arrivé ? J’croyais que tu finirais plus tard le taf.Ouais, mais finalement j’ai bien avancé. Hé, Antoineon va pas parler boulot ce soir, hein ? Ça serait de laprovoc ! Un brouhaha généralisé. Des verres quitintent. T’as apporté les bougies ? Non c’était à Emade le faire. Chut, on va commencer… Moi, j’ai pasde bougies mais j’ai de la vodka. Vodka ! reprend enécho une autre voix. Ça va… On va pas non plusentrer en communication avec son esprit, on a passél’âge… Toi, t’as décidé de jouer le vieux con de lasoirée. Non mais… on va faire ça encore combiende temps ? Jusqu’à l’inculpation de Courtney, tiens.Rires. Putain, vous êtes lourds les mecs. Hey, le MLF , laisse tomber. Mais ça m’énerve ! Faut forcément queça soit la méchante femme, va régler tes problèmesavec ta mère Œdipus. Hou là là… Ça vanne sec cesoir. T’es pas d’accord Charlotte ? Si – mais ils te provoquent. Dis donc Fred, t’as mis ton plus beaut-shirt… Oui, tu le trouves bien, c’est vrai ? Non, ellese fout de ta gueule. On te le dit tous les ans quec’est ringard de se trimballer avec la pochette de InUtero dans le dos. Non, je le trouve vraiment bien,sincèrement, c’est… original de pas mettre Nevermind .Hein ? Quelqu’un veut que je mette Nevermind  ?Ouais ! Non, attends, moi j’ai apporté un CD avecdes faces B inédites. Laisse tomber tes inédits, ils sonttous sortis avec le dernier coffret – à cause de cettepute de Courtney, hein Ema ? Tu m’emmerdesGonzo. Par contre, la bouteille de vodka sur monmeuble Stark, vous allez éviter. Toi, t’as su garder lagrunge attitude dis-moi… Alors, t’as une copine ence moment ? Oui, je vois quelqu’un. Oh mais c’estgénial ! Les filles, arrêtez de lui parler comme s’ilavait 3 ans. Elle fait quoi ? Elle est à la fac. Wahou,elle est prof ? Non. Thésarde ? Non plus, elle est justeétudiante, en licence. Attendez ! Fred fait son coming-out pédophile ! Mais elle a quel âge ? 20 ans. Eh beh,mon cochon… Bon, on commence ? Oh merde,on commence quoi ? On se refait le débat sur lesuicide, c’est ça ? Faites chier, on est le 5 avril, on vapas parler stock-options. Alors, moi je pense qu’ils’est suicidé parce que la vie c’est de la merde, ça te va ? Il s’est pas suicidé ! Y avait aucune empreinte surle fusil, même pas les siennes, on l’a assassiné et moije dirais que c’est… Ta gueule ! Il s’est suicidé parceque le star system c’était pas son truc, il a jamaisvoulu ça. Moi, je voudrais juste vous dire que s’ilnous voyait maintenant, une bande de trentenairesparvenus qui se souviennent du grunge une foispar an, il se tirerait une deuxième balle.
 

Première partie
 

Chapitre un
 
L’enterrement et les Morues
 
Depuis une dizaine de minutes, Ema gardaitla tête obstinément levée vers la voûte. En suivantdes yeux les courbes compliquées des archesgothiques de l’église, elle espérait éviter de pleurer.Mais d’une elle commençait à avoir sérieusementmal à la nuque et de deux il devenait évident qu’ellene pourrait pas échapper aux larmes de circonstance.Bien qu’elle eût pris la ferme décision de vider sonesprit de toute pensée ayant un quelconque lien avec elle , rien ne pouvait effacer cette assemblée vêtuede noir au milieu de laquelle flottaient des visagesfamiliers aux traits tirés et blafards. Ça lui foutaitune boule dans la gorge. De l’autre côté de l’allée,elle pouvait voir la famille et l’éternel – et trèséphémère – fiancé, Tout-Mou I er . Le pauvre garçonétait complètement effondré. Son visage, qui déjà habituellement présentait la virilité d’une pâte deguimauve, avait littéralement fondu. Même Antoine,assis à côté d’Ema, était pâle comme un linceul. Sesmains, posées sur ses cuisses, restaient aussi inertesque le reste de son corps. Il semblait tendu vers unpoint fixe, peut-être l’immense crucifix doré qui lesdominait. Elle ne voulait pas avoir l’air d’espionnerla tristesse des autres ni soupeser les oripeaux de leurmalheur mais elle ne pouvait pas s’empêcher d’épierl’attitude de chacun. En attendant la cérémonie, unentremêlement de vagues chuchotis résonnait dansl’église. Si le simple spectacle du chagrin des autressuffisait à la bouleverser, elle n’osait imaginercomment elle allait réussir à affronter l’enterrementproprement dit. En fait, Ema avait deux trouillesbien précises. Option numéro un : être prise d’unfou rire, un ricanement démentiel à gorge déployée,les yeux exorbités, les veines du cou gonflées et lesbras agités de mouvements incontrôlés, le genrede comportement qui vous fait partir direct pourl’asile. Option numéro deux : plus simple, s’effondrer, se jeter à terre au moment de la crémation.Dans les deux cas, elle passerait pour une hystérique et serait sans nul doute soupçonnée de traficde drogues, qui plus est dans un lieu de culte – cequi constituait sûrement une circonstance aggravante. Heureusement, pour le moment, le cercueilétait invisible. Déjà, pour préserver sa santé mentale,elle avait fermement refusé d’assister à la mise en bière. « Mais les thanatopracteurs ont fait un formidable travail de reconstruction du visage, tu sais. »Par déduction, sans doute la présence du « mais »,elle supputait que cette phrase avait été formuléepour la rassurer. Sur un être à peu près normalcomme Ema, elle avait eu pour seul effet de la pétrifier d’effroi et de lui faire rajouter une centaine demètres de distance entre le salon funéraire et elle.Reconstruction du visage… Ema ne voulait voir cevisage ni mort, ni reconstruit.
Vu les circonstances, c’était quand même remarquable que la famille ait réussi à obtenir un enterrement religieux. Elle s’interrogeait sur d’hypothétiquessommes d’argent que les Durieux avaient dû verserpour contourner les interdits de la parole divinequand elle sentit qu’on pinçait son soutien-gorge.Un petit clac résonna. Elle se retourna, furieuse.« Putain, Gonzo, t’es grave ! » Il écarta les mains d’unair sincèrement désolé. « Scuse, pas pu me contrôler.Me rappelle trop quand t’étais devant moi encours de philo. » Antoine leur lança un regard hautement désapprobateur mais Gilles intervint, « Çava Antoine, chacun gère son stress comme ilpeut. » Le prêtre apparut alors sur l’estrade, suivi dedeux enfants de chœur. L’assistance se leva dansun raclement de chaises désynchronisé. C’est àce moment précis qu’Ema comprit que l’optionnuméro un était nulle et non avenue. Elle allaitdirectement passer à la crise de nerfs, elle se sentait absolument incapable de tenir le coup. À la findu morceau, le prêtre leur fit signe de se rasseoir.« Mes très chers amis, nous sommes réunis aujourd’hui dans la maison de Dieu pour dire au revoir àCharlotte Durieux. » Cette simple phrase, pourtantun ramassis de tous les clichés qu’elle honnissait,provoqua un ensemble de réactions physiques quila dépassèrent. Elle fut prise d’une défaillance alorsmême que la boule dans sa gorge gonflait commeune tumeur. Les larmes allaient jaillir quand, miraclehautement divin, des bruits de pas précipités lasauvèrent du désastre. Fred s’était arrêté au milieude l’allée principale, essoufflé, l’air hagard et mêmeà cette distance ils pouvaient tous profiter du spectacle de sa sueur dégoulinant le

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